‹ Relations de Suffridus Petri et d'autres savants du 16. siècle avec l'Université de Louvain Etienne Heuschling et les derniers temps de l'enseignement de l'hébreu au Collège des trois languesChapitre 10 sur 14 · C. d’Assonleville · texte numérisé non relu

C. d’Assonleville

La seconde lettre est adressée au Recteur de l’Université de Louvain par l’évêque de Verceil envoyé dans les Pays-Bas catholiques pour l'arrangement des uiîaires religieuses de plusieurs diocèses :

Mag *ac R‘‘®D"*, amieeque plurimum dilecte et hon"**.

(i) Quoique cette lettre ne porte point d'année, on a lieu de croire qu*clle date de Tan i5S6 , ootnine la suiranle qui a traité du mPme sujet ; elle doit d'ailleurs appartenir à la tn^me arto<^e, d'après la date des pièces parmi lesquelles elle citait rangée.

Gulielmo Huysmanno Lirensi, Juris ulriusque Licentiato, Literarumque hutnaniorum item non mediocriter perito , utor familiarissime graviumque virorum qui ex Italia , iibi is aliquot annos laudabiliter et houorifice vixit, ad me diligenter de illo perscripserunt, testimonioadductus, ilium in patrocinium meum suscepi : quamobrem commitlere non possum, quin Mag“*Tuæ, eum Gulielmum, hominem doctum, pium, probumque de meliore nota commendem, ut in biimaniorum literarum professorem in istaÂcademia assumatur; quod eo libentius facio , quod etiam cathedram istam , quam Humanitatis vocant, vacare nunc inteiligam, et ilium ad istud miinus recte obeundum idoneum esse nondubitem. Hoc illi charitatis officium si Mag^'“ Tua præstiterit, ego non vulgari me ab ipsa beneflcio cumulatum existimabo, omnibus sc. officiis, occasione obiata, compensando. Tornaci. Ilir. Non. Jan'“ M. D. LXXXVi.

Mag“® Tuæ

Studiosissimus atque ad of&cia ’ paratissimus, J. Fr*. Ep^-Ver-

cellen : Nunc. que apl'*^*".

L’auteur de cette lettre, J. Fr. Bonomi, avait été sacré évêque de Verceil par St. Charles Borromée auquel il était uni depuis longtemps par une sincère alTection; il eut sans doute l’occasion de connaître et d’apprécier h Milan G. Huysmans qu’il s’empressa de recommander quand il le retrouva en Belgique. Bonomi qui

avait rempli avec habileté plusieurs missions difficiles dont la cour de Rome l’avait chargé en Allemagne, ne montra pas moins de fermeté dans les provinces belgiques; il mourut à Liège en 1587 (1). Il était lui-même humaniste distingué et auteur de poésies latines ; c’est en homme éclairé qu’il s’est fait le protecteur de notre compatriote.

Les deux lettres qui viennent d’être publiées jettent quelque lumière sur l’histoire intérieure de l’Université que Valère André n’a pu raconter à cette époque des troubles d’une manière bien nette. L’auteur des Fasti Academici n’a pas fixé de date précise aux faits qui concernent l’enseignement de G. Huysmans à Louvain; et d’autre part , il avance qu’à partir de la mort de Jean Verhagben , c’est-à-dire , dès l’an 1 584. , il n’y eut plus ni président ni professeurs au collège des Troisl.ângues, jusqu’au moment delà réorganisation de ce collège en 1606 sous la direction d’Adrien Baeckx , de Malines (2). Déjà Paquot avait signalé cette méprise de V. André (3), en observant que Huysmans a dû ensei-

(i) Voir dans la Biographie liégeeite , par Bec de Lièrre ( t. T , p, i-ii — ), une notice qui est une reproduction presque littorale de celle de Gingnen^ ( Biogr. uni ». , t. V, p. i3i)— 4o).

(a) Fasii, p. aSo , p. a^S.

(3) MémoireJ, etc., t. III , p. 608 ( l’d. in-folio). — Nous ajonlerons t l'obserration de Paquot que Hujsmans prend le titre de pmjenor publitut en tête de son livre cité ci-après.

gner au delà de l’année lîiSi , puisqu’il a daté du collège des Trois-Langues, le 16 juin 1589, l’épîtredédicaloire de sa'traduction latine des Lettres sur les affaires de l'Inde (1). Il est maintenant avéré que la nomination de Huysmàns n’a pu être antérieure à l’année 1586 , et il est vraisemblable que son professorat a duré quelques années malgré les dissensions intestines qui l’ont sans doute interrompu à diverses reprises.

Guillaume Huysmans était doué d'un talent remarquable pour la parole; Valère André lui fait honneur d’une diction facile et coulante, non châtiée à l’excès , mais élégante, pure et harmonieuse (2). Cependant il ne put obtenir de grands succès au milieu de l’inquiétude et de l’agitation des esprits. L’esprit sombre des événcmentsdécida G. Huysmans à quitter Louvain, probablement dans les années 1590 ou 1591, et à prendre la direction du collège de Dinant ; plus tard, il se retira en Italie , et c’est dans cette seconde patrie qu’il mourut en 1613. Peu de temps après le départ de Huysmans ( en 1 592 ) , Juste-Lipse fut appelé par les Etats de Brabant à occuper la chaire d’histoire ancienne à Louvain ;

(i) Narrationes rerum Indiearum anni i585 et |5S6, etc. Lrtvanii , ap. J. Haaium , 1 ^ 89 , ia- 8 . — L^original de ces lettres sar les missione des Jésuites daus l*Inde diait dcrit en italien.

( 3 ) Cal/. Trii. «xor</ia y efc., p. 5g : n Fait Hutsmanko sermo faeilts et «qnatiter fluens ^ non amie « non morose diügeos , coutinuns tamen, purus ac nurtiernsus. u

Digiliztxi

:iy GoOgU

il fut aussi attaché par l’administration de rUniversité au collège des Trois-Laugues pour renseignement du latin; mais il n’y fit que quelques leçons : la situation de la ville universitaire ne lui permit pas de remplir régulièrement les fonctions qu’il avait acceptées avec une part à la fondation de J. Busieiden. C’est seulement en 1607 que l’élude du latin fut remise complètement en vigueur dans cette institution philologique, alors que les Etats, de concert avec l’archiduc Albert, appelèrent de l’Italie Erycius Puteanus, déjà célèbre par les leçons d’éloquence qu’il avait données à Milan,

Si, maintenant, nous interrogeons la vie tout entière de plusieurs des hj)j|}»iires du XVI* siècle dont nous avons recherché. iet montré les rapports vraiment honorables avec l’Université de Louvain , nous sommes astreints par la vérité historique à rendre hommage à la sagesse profonde qui présidait alors à la direction des hautes études, sinon dans leur ensemble, du moins dans quelques branches importantes. La philosophie avait peut-être le tort de se renfermer dans un appareil trop formidable de formules; les recherches historiques ont manqué trop souvent d’étendue et aussi de critique, et raccuniulationdesfailsya laissé trop pende placeà la synthèse : mais il est juste de dire que l’élude des langues savantes de l’antiquité avait éveillé d’une manière prodigieuse les forces originales de l’esprit, etque toutes les professions libérales avaient gagné quelque chose à cetteéducation littérairequi enseignaitdc bonne heure et

sans peine la logique dans les affaires, la vérité dans la forme, l’arbanité dans les mœurs , la convenance dans toutes les relations de la vie. Tout le monde sait combien on estimait les études sérieuses de jurisprudence dans ce siècle de la renaissance auquel on reproche d’ailleurs son esprit turbulent et ses tendances frivoles; mais , ce que Ton ne sait pas assez, ou plutôt ce que la plupart ignorent, c’est l’alliance établie dans les hautes écoles de ce siècle entre les études positives du droit et les études plus libres du domaine des lettres. Nous ne voulons point parler seulement de ces illustres jurisconsultes, les Cujas, lesG. Mudée, les P. Peckius, dont les noms peuvent être mis en parallèle avec les plus beaux noms de la renaissance littéraire, ceux des Erasme, des Budé , des Vivès. Nous avons en vue surtout la majorité des juristes qui sôrtaientdes collèges de Louvain ou de Douai , tels que les Suffridus Pétri , les Boetius Epo, les G. Huysmans, et tant d’autres qui ont brillé en Belgique età l’étranger (1).

Ce qu’il faut dire à la gloire des hommes du XVI* siècle, c’est qu’ils ont la plupart emporté de l’Université tous les éléments d’une instruction complète pour leur temps, et qu’ils se sont gardés de l’espritexclusif qu’aurait pu favoriser le caractère contre versiste de l’époque.

(i) Od peut voir par exemple dans deux ouvrages acaiMm'u|ues de Valère Andrt^ qu*un grand nombre de licenciés en droit ü^urenl parmi les professeurs Je bellrs-leltres au collège des Trois-Langucs.

Digilized ]3y Godgk

II faut aUribuer à l’étude des lettres, au précieux apprentissage des humanités, cette heureuse disposition qui les a préservés de la rudesse trop fréquente dans les mœurs et les rapports des savants d’autres siècles et d’autres pays. La Belgique n’aurait jamais dû dédaigner le bon goût et la politesse dont sa propre histoire lui offrait assez d’exemples : ses écoles n’auraient point déchu si tristement depuis deux cents ans, si leurs directeurs, chargés du choix des maîtres, avaient toujours réclamé avec une légitime exigence l’urbanité du langage et des manières, afin de développer dans la jeunesse à la fois le sentiment profond des convenances sociale.s et celui du beau littéraire. C’est encore à l’histoire des écoles de Belgique , aussi bien qu’à celle des écoles d’Italie, au second siècle de la renaissance, que notre temps pourrait emprunter les meilleures leçons sur la dignitéqiii convienlaux hommes qui sont chargés d’un enseignement scientifique; car il y verrait mettre en pratique un système d’égards et de douce familiarité tout à fait opposé aux procédésde lâche complaisance et de basse flatterie au prix desquels la po{>ularité est promptement acquise aux talents les plus médiocres. Enfin, en consultant la vie des jurisconsultes qui ont été appelés à occuper les chaires de Louvain et d’autres Universités, qui ne serait frappé des conditions de travail et d’expérience auxquelles était attaché le droit de représenter la science la plus haute de l’époque : c’est qu’alors on ne se méprenait point sur la vocation et les

qualités toutes spéciales qu’exige un tel ministère ; on attendait de l’interprète des lois le savoir et la gravité du magistrat , et , comme on ne confondait en aucune manière les fonctions pratiques du barreau avec la mission de transmettre et d’agrandir la science , l’opinion publique était accoutumée à distinguer en toute circonstance la verbosité de l’avocat d’avec la dialectique du vrai jurisconsulte. Quel homme ou quelle institution eût osé se mettre au dessus des jugements sévères de cet arbitre, prompt à faire justice de quiconque les eût bravés?

ETIENNE HEÜSCHLING ET LES DERNIERS TEMPS DE L’ENSEIGNEMENT DE L’HÉBREU, AU COLLÈGE ' DES TROIS LANGUES , PAR M. FÉLIX NÈVE.

Ingénia atudiaque oppresieri* facilias quam reTOcarcris.

TA<iiTt , jigricola,

L’aiinée 1847 a vu mourir un des derniers membres de rUniversilé de Louvain qui aient été chargés de quelque branchede l’enseignement au Collège des Trois- Latigiies : cette fondation justement célèbre avait résisté à toutes les commotions dont la Belgique avait été agitée pendant environ trois cents ans; mais elle fut enveloppée définitivement dans la ruine de toutes les institutions sur lesquelles s’appuyait l’existence de l’Université, à l’époque de la révolution française qui fit passer si rapidement son niveau sur nos provinces. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de retracer brièvement la carrière d’un de ces hommes dont la première activité a été dirigée d’après les principes de notre ancien système d’instruction publique, et dont les travaux et les services ont été acquis de fait à la première moitié de notre siècle : Etienne Heusgbling nous donne l’exemple d’une existence ainsi partagée en deux âges que sépare une des plus grandes révolutions de l’histoire du inonde; on conviendra sans peine que, dans une telle biographie, le simple récit des faits peut être

la matière de quelque instruction. Cependant, avant de nous occuper spécialement d'Etienne Heuschling, nous avons l’intention de faire connaître les hommes qui ont rempli la chaire d’héhreu pendant le XVIIl* siècle dans la principale école de philologie que possédât l’Université de Louvain.

Déjà nous avons eu occasion de rapporter les circonstances dans lesquelles fut'fondé en 1519 le College des Trois- Langues , et de signaler l’importance que ses directeurs attachèrent dès l’origine à l’enseignement de l’hébreu; nous avons dit quels mérites il est juste de rapporter à cet égard aux deux hébraïsants les plus distingués du premier siècle de ce collège, Jean Campensis et André Gennep{l); nous avons également examiné quels furent dans le même temps les services littéraires de N. Cleynarts, qui eut part aux premiers succès de la nouvelle institution (:2). Ensuite, nous avons montré quel fut le sort de la chaire d’hébreu, après la restauration de l’Université sous le gouvernementdes archiducs, entre les mains de Valère André et de Jean Sauter son successeur immédiat (3). Après avoir ainsi conduit nos

(l) Voir la Notice nur Irurvic^l leurs traraui Jans l#*s jInaUetts ^ iSfS, p. :i3.

(a) V. dans \e% Annlectes àv tS4 i p- i t la Notice sur C1rjnarl.<« de Diost , son eDieignement , srs fruyrra et ces vo^’age*.

(3) Voir 1a hiogropliie de VaUre André euvisage comme liistnrîcn du college des Trois-Langues et comme professeui d'hébreu, dans 1rs Analectts de p.

esquisses historiques et biographiques jusque dans les dernières années du XVII* siècle, il nous a paru bon de consacrer quelques aperçus à l’état des études hébraïques depuis cette époque jusqu’à la suppression de l’Université. C’est pourquoi nous allons soumettre à une revue rapide les noms des professeurs d’hébreu qui se sont succédé au collège des Trois-Langues pendant un espace de plus de cent années. M. le Recteur a bien voulu nous communiquer des notes manuscrites du procurateur Backx qui sont insérées dans les archives de divers collèges ( cah. VIH ) et qui établissent la succession de ces personnages (1) ; cependant il est encore bien des lacunes que nos propres recherches ne nous ont point permis de combler dans la notice biographique qui revient à chacun d’eux.

Les faits que nous avons à rapporter ne font pas exception à la nature générale des faits qui composent

(t) M. L. UiLr.tt’R s*cst déjà icrTÎ dos mêmes notes dans son esquisse hictoriqne sur les études orientales en Belf^ique en parlant des derniers hébrafsants du collège de Buslriden ( Schets eener geschiedenis der onstersche taelitudien m Belgie , Anlwerpcn, <^47* il j a

oint <^uelqu''S rensrignements tirés de la nouvelle édition drs Fajfi jieademici, pi «'parée par Puquot en deux volumes , tl dont Î1 s cousnlté le mrnuscrit è Bruxelles (Bibi. Bourgogne ^ no ).

histoire de l’Université de Louvain à partir de la seœnde moitié du XVIie siècle; ils atlestenlle maintien es institutions accessoires qui étaient entrées peu à peu dans 1 organisation de l’enseignement universitairemais Us confirment tout ce qu’on sait d’autre part sur 1 abandon où tombèrent de bonne heure à Louvain les e udes philologiques et littéraires, et en général les éludés philosophiques. Nous ne rechercherons pas ici les causes de cet abandon; il ne nous siérait pas d’en aire en ce moment un exposé long et critique, à propos du sort des seules études hébraïques: cependant pour rester dans le vrai en énonçant des choses fort peu glorieuses, nous aurons soin de montrer comment les circonstances expliquent, sinon justifient, l’impuissance des hommes que ces choses concernent. On ne pourrait, sans être coupable de fausseté ou victime de déplorables illusions, donner à l’histoire littéraire de la période que nous indiquons un éclat factice et des

^ autre forme du mensonge

1 Illusion est voisine de l’erreur, tandis que la vérité historique, quelle que soit la nature des événements, transmet de nouvelles lumières et de nouvelles forces aux esprits droits.

On se fera sans peine une idée de la destination restreinte des leçons d’hébreu après la restauration des études académiques qui eut lieu sous le gouvernement Albert et d’Isabelle, quand il est constant que Valère • André fut seul chargé de les donner pendant un espace

Digitizea by V^oogl

de quarante-trois ans, et qu’on cberclierail en vain le nom de quelque hébraïsant distingué qu’on pût rattacher à son école. Absorbé par ses travaux d’histoire et de droit ainsi que par ses fonctions de bibliothécaire, ce savant ne fit sans doute autre chose que transmettre annuellement les premiers éléments de l’hébreu , et on ne peut croire d’après les habitudes de son époque qu’il ait eu d’autres occasions d’exercer son talent sur cette matière. Le plus grand service qu’on puisse lui attribuer à cet égard , c’est d’avoir préparé une édition nouvelle de la grammaire hébraïque de J. Gampensis(i). Son successeur, Jean De Sauter ou Sauterus, flt mieux qu’un projet ; il publia en 1675 sa courte tnfrodurtion à la langue hébraïque, petite brochure de 24 pages in- 12” où les mots hébreux sont écrits sans les points-voyelles afin de laisser aux commençants la peine de les tracer à la main (2). On conviendra qu’il n’y avait pas dans les follicules du laborieux Sauterus une bien vive excitation à la culture de la langue sainte et un bien puissant secours pour l’avenir de l’exégèse biblique à Louvain : encore faut- il lui savoir gré d’avoir.

(i) EHit. manatcr. des FasU par Paqoot. — Cfr* la notice sur Cam- ^ Analcctcs de

(a) LoTanti , (vpis Adriani. — V. la liiogr. de V. Andr^ , p. ai5 (^1 J, — a Qui sibt in cli;ilThe curiosissimoa difertornoa genrrnm tjrpoa hebraicos Acnlp<^ît. ■ ViaiiUL#i Atad, £rt>ean.,p>

travaillé lui-même à ciseler en plomb des caractères hébreux de différents genres, faute de meilleures ressources. Mais, reprenons le récit des faits.

Après J. De Sauter qui mourut le 25 juillet 1679, la chaire d’hébreu au collège des Trois-Langues fut confiée à Jean Herts ou Herrys qui en prit possession en 1680. Ce personnage, natif de Mechelen, bourg voisin de Maestricht , aprèsavoir étudié la philosophie au Faucon et obtenu la 13* place au concours de 1665, entra au collège de la St. -Trinité (1) , et il y fut successivement professeur de petite Bgure ( 1671 ) et de grammaire ( 1672 ). Plus lard, il ne s’adonna pas exclusivement à l’étude de l’hébreu, mais cultiva les études de droit jusqu’au point de prendre le grade de licencié et ensuite celui de docteur le 14 novembre 1690 (2). Que put devenir son enseignement littéraire, quand il eut accepté tour à tour les fonctions de professeur pour les titres du code et de professeur ordinaire pour les Pandectes ( 1701 )?

Jean Herrys qui avait souffert pendant deux ans d’une hydropisie mourut d’apoplexie à Louvain le 17 février 1704. Celui qui avait été son suppléant dans les temps de sa maladie eut alors l’héritage de sa chaire d’hébreu :

(1) Oatre les notes de Bscks snr ce collrge , voir les Mémcir^t do Paquot , l. XVIIl , p. 365 , noteD ( Biogr. de J.Tonsern).

( 2 ) Stipplcment aux Fastes I dans les jénalecles dt i843| p* iSi

Jean Guillaume Van Hoven, né à Mechelen en 1 678, avait obtenu d’assez grands succès dans ses études théologiques et dans la connaissance des langues anciennes pour mériter jeune encore des marques publiques d’estime et de confiance; c’est ainsi qu’il fut admis malgré son âgecomme professeur d’hébreu au collège de Busioiden, soutenu surtout par son maître Martin Steyaerts.Van Hoven fit preuve également d’un savoir approfondi dans les mathématiques, Jusqu’à obtenir la charge de professeur royal pour celte branche d’étude; il la remplit, dit-on, pendant douze ans avec une distinction et une renommée qui passèrent jusqu’en Ailcmagne.v Cependant, il ne négligea rien pour compiéter son instruction dans les sciences Ihéologiqiies; il subit successivement les épreuves qu’on exigeait alors pour les grades inférieurs et remporta toujours dans les discussions publiques un triomphe signalé et suivi d’un grand retentissement; enfin, après avoirdonné desleçons à l’abbaye de Sainte- Gertrude et au collège d’Adrien VI , il fut promu le 1 1 novembre 1721 au grade de docteur en théologie (1 Le haut mérite de J. G. Van Hoven fut bientôt après ré • compensé par la collation de la chaire royale d’Écriture sainte et d’un canonicatde St. Pierre ; mais il n’avait donné que sept leçons quand il fut enlevé à l’âge de

(0 Fasti dactoraltt Fac. S. T/,cologia> , p. 434, rocncil manuicrit J ou soct PKiraits Ip* détails Inographiipips ici consignes.

quarante- cinq ans le avril 1723. Qu’il soit permis de reproduire quelques-unes des figures dont s’est servi l’historiographe'du doctorat pour faire allusion au nom et aux talents de Van Hoven : « Profusorum divinæ in » se gratiæ donorum reconditor, diinissa humilitate diu » fuit Hortus conclusus, donec disciplinarum cuncta' » rum flore conspicuus , deinceps ut Fons signatus ap- » paruit... Lugenti Academiæ eripitur, Fons Hortorum » repente siccatus. » Il parait incontestable que les connaissances solides qu’avait acquises Van Hoven par l’étude de l’Écriture et des Pères ainsi que de toute l’histoire ecclésiastique avaient révélé en lui un théologien de premier ordre ; en même temps que sa profonde piété avait fait l’admiration de tous ceux qui l’entouraient. Les regrets, que J, G. Kerckherdere a exprimés sur la fin prématurée de Van Hoven dans son poème latin sur l’École théologique de Louvain (1), semblent bien justifiés par l’activilé qu’il avait déployée en un petit nombre d’années. Rien n’empêche d’admettre comme fondées les espérances du panégyriste qui disait, en voyant s’éteindre un taient naissant, que Hovius « aurait été bien au delà des richesses de Lucas de

(i) Carmen de Scholn theol: Annuaire de i84o* p. 2ci6;

n Tu claudis , Bovi , suspiria ccptu». .. »

Supr.i Tuca* Bru^ensis it^rum Jauüpniiqur prioris opci , jam gratia magni CtTsarif n mérite dcoai ai lede magislra î'cripttira’...

Bruges et du premier des Jansénius ; » mais , toujours est-il vrai que Van Hoven np réussit point par les leçons diverses dont il fut chargé à exciter puissamment l’attention et le zèle des théologiens en faveur de l’exégèse sacrée et des travaux philologiques qu’elle réclame.

Son successeur au collège des Trois- Langues fiilGisbert-Joseph Hagen, né à Venio le 26 avril 1689: il ii’entra en charge qu’en l’année 1726, et on a lieu de croire qu’il n’a traité l’enseignement de l'hébreu que comme une partie tout à fait accessoire de ses fonctions. Comme nous l’apprend son épilaphe qui se voyait au cimetière de St.-Michel à Louvain (1), Hagen a professé la théologie après avoir pris le grade de licencié, et il aurait occupé tour à tour les chaires de catéchisme et de théologie scholastique (2); il est devenu chanoine de St.-Pierre et président du collège de Malderus. Mort sexagénaire le 2 juin 1 730 , Hagen avait refusé par humilité l’évêché de Ruremonde. Son nom est attaché à une brochure dirigée contre les idées du P. Ch. Réné Rilluart touchant l’obligation de rapporter les actions à Dieu; Hagen avait communiqué à M. Antoine Médard , président du séminaire de Liège, ses remarques sur cette question dans laquelle il soutenait les opinions

(i) Paqaot a insère cette inscription clans son inanusertto des f listes, M. Oelgeor Ta reproduite d'après Paqanl ( Schets , p. :u ).

(?) c/oetnr., p. /j49 V dans la notice con^acree d J. R. G. Caitnn ,

promu docteur en i dt venu plusltird evt^que de Drupes.

dos théologiens de Louvain; la brochure publiée donna lieu à une longue polémique à laquelle prit pari le P. Maiigis, docteur-régent de la faculté de Ihéologie(l).

Le docte J. N. Paquot, de Florennes, fut appeiéaprès Hagen h remplir la chaire d'hébreu; il dut l’occuper avant 1755, sinon en 1750 ou 1751. ücencié en théologie , ii était très versé dans les matières de droit canonique et dans les antiquités ecclésiastiques; mais ses travaux d’érudition , d’histoire et de bibliographie (2), l’entraînèrent à ne s’occuper que d’une manière très secondaire de la langue hébra'ique qui devait être l’objet de ses leçons.

Toutefois, rhistoriographe de Maric-Thérèse(3), qui fut aussi quelque temps bibliothécaire derUniversité(ji ,sut trouverassez de loisir pour disposer les matériaux d’un lexique latin-hébreu, Lcxicon lalino-hcbrœum, quel’on possède encore à la Bibliothèque royale écrits entièrement de sa main (5) : c’était là sans doute le fondement

fl) V. Paqvot , Mémoires , nol. sur P. Billonrt , l. VII , p. et •uÎT. — Sùtems novum R. Pains RiUuart de Relatione operum in Dttim y r^utalum a R. ndm. ac ErudtUssimo D. ((agent, in aima Uniif. Lev.S. Th. Licentiato , professore regio ^ etc. Lrodii, ,

io-170 (t^i pp. pour la r^futafioD ).

( 3 ) Voir le cliapitre qui coocerop Paquol dans Ica (.ectures relaftvet i Vhitt.Jes sciences, par F. V. Goitbah, t. III, p. ( Brni. i838 ).

(3) L’Impilralrice lo nomma i callc charge d'honnrnren i-j6a.

(4) De 1769 i I 77 I- Viiy. NAMca, Hist. de la hiblioth. publ. de Louvain , iS^i . p- fii— 68.

(';) Catalogue de Ch. Van Holthem , t. VI, mannscrlls. o» 1S4. in-

d’un livre classique que son édileiirdestinait aux exercices et aux leçoiisdu college desTrois-Langues. Paquot ne rendit pas un moins grand service en soignant l’impression du célèbre commentaire de SiméondeMuissurles Psaumes; il sechargea de le publier avec les notes de Bossuet en deux volumes in4", en 1770, à l’imprimerie académique deLouvain(l);sansa.voirmisson nom dansquelqiie endroit de cette publication, il remplit consciencieusement ses fonctions d’éditeur et apporta une grande correction dans l'orthographe des mots hébreux insérés fréquemment dans le commentaire considérable du savant archidiacre de Soissons. Nul doute qu’un tel livre ne fût très-propre à répandre le goût de la littérature sacrée et à favoriser la culture d’une exégèse savante : il dut faire naître quelque espoir d’un nouveau développement des études ecclésiastiques en Belgique dans les esprits les plus éclairés sur l’importance et la destination de la théologie ,2).

folio T^liu : <« Dans le nirme volume se trouve la traduclioD latine de plusieurs psauo)' s ég dement de sa main u

(i) Commenturius litter et histor. in omnes Psalmos et seleota P'et, Test, eanticat aded. optimum Paristensem anni MDCL $'ecusus y e/c, Lovanii , t^pis \cademicis. L’ëditeur a pu ajouter au titre à cause de la lionne disposition des matières : « Omnia nunc primum accuralissime recognita ; et commodissimo ordine distri)»utn u ; le liaut des pages est occupé par le texte latin des Psaumes d'après les trois versions de la Vulgate, de St. Ji^rdme et de De Mois ; vient ensuite le commentaire de celui- ci , et enfin , plus lias , les observations de Bossuet.

(a) Nous citerons les termes dans lesquels V approbation du livre a ëtd

Quand Paquol cul quillé Louvain en 1772 quelques mois après l’étrange el déplorable procès qui lui fut intenté, il ne fut pas remplacé immédiatement dans la chaire d’hébren ; ce fut seulement vers l’an 1 qu'elle fut assignée à un des meilleurs théologiens de l’époque, Gérard Dcckers, né à Kevclaer dans la Gueldrc en 1 733. Après avoir accompli ses études de philosophie et de théologie avec distinction dans les collèges de Louvain, il obtint les fonctions de secrétaire auprès de Van Gameren, nommé évêque d’Anvers; mais, avant le départ de ce prélat , il fut appelé au mois d’août 1 759 à une chaire de pbilo.sophie au collège du Porc. Deckers , qui était devenu président du collège Sainte-Anne et chanoine de la fondation de l’autel du St.-Esprit h l’église St.-Pit rrc, fut proclamé docteur en théologie le 21 octobre 1766(1), et nous le voyons deux ans plus tard élu Recteur de l’Université. C’est après avoir rempli beaucoup d’autreschargesque Deckers fut désigné pour occuper la place restée vacante depuis le départ de Pa-

conçue par FrançoU Jacques « dit Jacobi , lie. en pnfsident du

colif^ge des Troia-Langtips , censeur aposlolique et rojal dans Ira Paja- Bas l « Clarissimorum Viroriina nomiua « prcecellenti Iiujoa Operts M titulo inserta , vel soU aufficiunt ei pro dignitete estimaudo. Bfeum N htitc suffragium addere , nccesse non rat Votuin tamen adjicio , ut m omnea Itarum diceceaeon Clrrici aedula ejna lectionc iViagis ac niagîs n acceedantur , ut pt^ aimnl et totrlligr nier psallaut Begi Begum et » Domino Dominanlium. Actuni Lovanii die 8 unrembris i/'O. »

(i) Fa/ti (/vetora/ef Fao. S. Theol.t p.

quoi : il mourut à quarante- neuf ans le 23 juillet 1 782 , sincèrement regretté pour sa science comme pour son zèle , sa charité et ses autres vertus sacerdotales. Deckers ne parait pas avoir obtenu quelque succès particulier dans renseignement philologique dont on l’avait chargé; mais il a laissé parmi ses contemporains et parmi ses élèves la réputation d’un homme profond dans les branches principales des études théologiques.

Dans la même année i 782 , les leçons d’hébreu furent reprises au collège desTrois-Langues par un Docteur promu un an auparavant (1), Joseph Benoit De Mazière, natif de Leysele près de Fumes : il était devenu lecteur au collège d’Adrien VI où il avait fait ses études en théologie , et il venait d’être élu président du collège de Divæus, quand il succéda à Deckers dans l’enseignement de l'hébreu. De Mazière ne put se livrer que fort peu de temps à cet enseignement spécial : il entra eu octobre 1786 dans le personnel du séminairegénéral de Joseph II comme professeur de théologie dogmatique (2) , et, au mois de mars 1788, il fut mis en possession de la même chaire dans la faculté de

(i) Le 20 fi^vrirr Fasti doet.\ p. 4?^* Miipruiiloni hu

invai« recueil U plupart des di^lails biograpliiquet que nous insérons ici sur les deux successeurs ilc Pjquot.

(a) Voir 1rs iMémcires Je Bnpidius de Berg pour servir h Chiit de la révolution brabançonne ^ puhi. psr|P. Gérard. Bruielles. i841tt. Il* p. el i4 V notes.

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