II
Après avoir considéré dans les pages précédentes les ‘ vicissitudes auxquelles furent exposées l’élude des lan-
(t) n. Ad Borcnkt n fort bien signait^ conihien le langage de Jo* sepli lia ans ses édita ctnit provocalear et injurieui pour le cierge, et il remarque justement quant au personnel du séminaire g<^oeral « que plusieurs professeurs étaient signala 1rs un>i par leurs doctrines liasar* dées , les autres par la licence de leur conduite ou la hrulniilf^ de leurs maDièrrs. « Uist, des licites !i la du siècle^ t. I,
Brux i844)p.^'l —
gués savantes et en général les études littéraires à Louvain jusqu’à la fin du XVIII* siècle, il ne nous reste plus qu’à exposer quel a été le rôle d’un des derniers représentants de ces éludes; nous vouions parler d’Eiienne Heuschling qui avait, comme on le verra bientôt , des titres tout particuliers à la chaire d’hébreu maintenue après la révolution brabançonne suivant les anciens statuts. Quand l’Universilé eut prononcé en 17901a déchéance du professeur De Mazière, ainsi que nous l’avons dit plus haut, cette chaire delà fondation Busleiden fut donnée à un Jeune savant qui avait parcouru dans ses propres études le cercle de la grammaire des langues sémitiques sans se borner à la seule connaissance de l’hébreu de la Bible. Le récit des circonstances principales de sa carrière ‘ne sera peut-être pas à cet égard sans intérêt : nous les empruntons en grande partie à une notice rédigée par lui-même, selon l’usage du temps, pour les archives de l’Académie universitaire qui fut établie à Bruxelles sous l’empire français et à laquelle il appartenait comme membre de la faculté de droit (1).
(l) Le recuoil forneuf par Van HuUliriri , un des dirreteara de TAcademie, fjil mnintenant partie des manuscrits de la bihliolh^que rojale où S De ReifTenherg sVst empressé de le mettre à notre disposition (no 17(387, registre in-folio) ; il a pour titre : Benseignemens sur U personnel des recteurs ^ des secrétaires ^ des inspecteurs des trois fa^ cultés fleurs ét$ides ,les fonctioiis qu*ils ont remplies antérieurement , servant de matériaux pour les Fastes de l* Académie de Bruxelles . — Fac de droit , fol. 101 et suir. El . HcuscMing , I. m.
Etienne Heoschling, né ^Luxembourg, le 6 avril 1763, était fils d’Hubert Heuschling et de Christine Theyes. Ce fut au collège-pensionnat royal de Luxembourg qu’il fit ses humanités, la philosophie et la théologie , en terminant cesdeux derniers cours par des thèses publiques. « Au sortir de l’enfance , nous dit-il , il s’était destiné à renseignement public, et, dès l’âge de 20 ans , il y fut appelé par le gouvernement des Pays-Bas » : ce fut vers 1782 qu’il devint professeur de sixième et de cinquième au collège-pensionnat royal de Namur. Un peu plus tard Et. Heuschling sè rendit à Louvain pour y faire ses études de droit, et il y prit le grade de licencié; il fut soutenu dans ces études nouvelles par un parent qui s’étail fait un nom comme jurisconsulte : son oncle, Jean Pierre Heuschling, professeur royal de Pandectes (1), fut pour lui un généreux protecteur.
Cependant , Etienne Heuschling ne resta pas longtemps à Louvain : il partit pour Rome dans l’intention d’y poursuivre l’étude des langues et en particulier des langues orientales qu’il avait sans doute cultivées de bonne heure dans son pays en rapport avec les ressources qu’il y trouvait. Il se rendit bientôt assez habile dans celte branche d’étude, pour prendre part à un concours public ouvert à Rome pour la chaire de la langue syro-
(i) J. P. flruicMtng, promu doctrur l6 juin i^6l « mourut i Lonvain le i6 juillel 1*597 ( Fastes de F. André , pour l#»i» doc-
teurs de la fac. de droit ; Ana(et:les de , p, 19 ).
chaldaïque devenue vacante à la Sapience; il Ht le 22 juillet 1788 les épreuves exigées pour le concours en présence du cardinal Bnoncompagni, secrétaire d’Etat, et des avocats consistoriaux de Sa Sainteté. Heuschling sortit de ces épreuves avec honneur; mais il ne put l’emporter sur un savant Maronite de la famille des Assémani célèbres depuis un siècle par leurs travaux sur la langue et la littérature syriaques : son heureux rival était Antoine Assémani, scribe pour la langue syriaque à la Bibliothèque du Vatican et professeur de langue arabe au collège de la Propagande (1). 11 existe en témoignage du résultat de ce concours, demeuré glorieux pour Heuschling , le certificat qui lui fut délivré par le recteur de l’Archigymnase Romain au nom du collège des avocats de la cour consistoriale, Ch. A. Constantin! (2); nous ne croyons pas superflu de rapporter ici textuellement les termes dans lesquels était conçue cetteattestation si honorable pournotre compatriote (3) :
(i) La cliaire À rCnivrrail^ romaine de le Sapience est occnpt'e
anjoord'liui par le saTarii aLbe Andr<^ Molia , qui est en mrme temps un des consrrvatrurs à la Vaticane.
(?) Carr>Uts Aloysius Constautinus Sacr.*e Coniistorialis Autao A>l?ocatus, et Romani Archigymnasti Rcctor deputatua. — Corilrcsignt^ : }/iarius Tuttopetîo a Seeretis.
(3) Nous devons la communication de la minute de ce document au neveu du savant qu*il concerne, SI. X»virr Reuschlino, chef de la diviaion de statistique giWialeau miDist^re de rinléricur , l ien conru par ses vastes et consciencieuses publications. Nous en avons reproduit le teste entier, tandis qu*Etienne Heu.scliling n*en a inséré qu'un eitrait dant Tauto^jplic cU^.
« Universis et singulis præsentes lileras nostras inspecturis fidenifacimus, atque teslamur Cl. D. Stephanum Heuschlingium Luxemburgensem in concursu habilo die 23 julii labenlis anni corum E”® et R“®D“°card. Boncompagni aSecretis Status Sanctissimi DominiNostri Pii Papæ VI. E™® et R“® D"® card. Camerario adversa valetudine detento siiffecto, et coram II1“‘* et R™** DD. sacræ consistorialisAulæ Advocatis adeo peritum linguæ caldâico syræ sese tribus electisperitisexaminatoribus exhibuissc, ut inspectis cœterisquibus pollet, scientiæ et probitatis requisitis, judicio primum Examinatoriim, dignus renuntiatus fuerit cathedra sive lectura ejusdem linguæ, tune in nostro archigymnasio vacante; deinde vero, ejusdem cathedræ professer désignâtes fuerit per pluralitatem suffragiorum, in secreto scrutinio, ab E™“® et R™® D“® et 111'"’’ et R"“’’ viris supradictis : licet obtento omnium suffragiorum concursu, ejusdem ca- Ihedræ possessio décréta fuerit Cl. viro Antonio Assemanni (sic) Syro-Maronitæ , scriptori supradictæ Linguæ in Bibliotheca Vaticana , et Linguæ Arabicæ Professori in U. CollegioUrbano dePropaganda Eide. In quorum fidem præsentes Literas subscripsimus, et magno Collegii Nostri sigillo miiniri curavimus (1). Datura ex Aula Magna Romanæ Sapientiæ quarto kalendas ja-
(i) Le serait de la Sapieocc perle la figure de Si. Ives ou leo, entourée de cette Irgonde : CoUegium saenw Aul/r eonsistoriaits advocaiorum.
nuarii anno a Nativitate SS™' Domini Nosiri Jesu Christi MDCCLXXXIX. »
Etienne Heuschling nous apprend lui-même que , pour le retenir à Rome, on lui avait promis la première chaire qui viendrait à vaquer et une place de Scrittore délia Bibliotcca Vaticana. Cependant cette perspective ne put le décider à rester beaucoup plus longtemps en Italie (1) : il regagna la Belgique, et c’est après la réintégration des cinq facultés de TUniversilé à Louvain , dans le courant de l'année 1790, qu’il fut mis en possession de la chaire de langue hébraïque au collège des Trois-Langues. Il n’occupa cette chaire que peu d’années , à cause des événements qui ébranlèrent ou détruisirent toutes les institutions publiques en Belgique. Nous ne savons s’il quitta Louvain au moment de la première invasion française ou seulement à l’époque de la dispersion totale de l’Université en octobre 1797. Mais, en tout cas , nous devons observer que Heuschling avait rapporté de l’Italie , pour l’accomplissement de sa charge, une variété et une étendue de connaissances philologiques que n’avaient point possédées depuis deux siècles ses prédécesseurs dans la même chaire. Vers le temps où l’étude du syriaque était en vogue aux Universités d’Allemagne, où J. D. Michaelis réimprimait le
(i) Het'seKling demeura meml re associe de l'Académie llieolo^tque de la Sapience.
lexique de Castel I, où Kirsch et Bruns publiaient à Goettingue le texte de la chronique de Bar-Hebræus, Et. Heuschling allait communiquer à la Belgique les éléments fondamentaux d’une étude qui est d’un si grand secours pour la philologie sacrée et l’histoire du christianisme : mais l’approche des plus mauvais jours de la révolution ne lui permit pas d’atteindre à cet égard quelque résultat.
Nous n’abandonnerons pas Heuschling à ce moment de sa carrière, alors que la force des choses l’arracha des fonctions publiques qu’il remplissait à Louvain : pour bien juger l’activité d’un des hommes qui ont appartenu à l’ancienne Université au double titre d’élève et de maître, il est indispensable de le suivre dans la retraite studieuse qu’il s’était faite et ensuite dans quelques charges qui le ramenèrent à plusieurs reprises à la vie publique.
Etienne Heuschling était gradué dans toutes les facultés, sauf la médecine; il s’appliqua toujours à entretenir ou à augmenter les connaissances spéciales qu’il avait acquises dans les meilleures années de ses études académiques, et il fut appelé à dilféreuts emplois en raison de l’espèce d’universalité qui distinguait son savoir. Déjà nous le voyons, après l’incorporation de la Belgique à la France, membre du jury d’instruction publique formé l’an V à Bruxelles ; un peu plus tard , il entre à l’Ecole centrale du département de la Dyle comme professeur de grammaire générale. Le goût qu’il
avait toujours montré pour l’étude des langues rend raison de la distinction qui lui fut accordée en cette circonstance : Heuschling parlait, dit-on, quatorze langues; il en avait appris plusieurs en fort peu de temps, et il avait montré autant d’habileté dans le déchiffrement des alphabets que de facilité pour l’étude scientifique des grammaires. Il existe une pièce imprimée d’après laquelle on peut juger l’étendue des recherches qu’il prenait pour matière de ses observations et pour fondement de ses théories : c’est le Discours éC ouverture de la classe de grammaire générale , dans l’école centrale , le 17 vendémiaire an VIII, par E. Hegschling , professeur de la même classe (1). On reconnaît dans ce Discours de Heuschling la tendance de son esprit à généraliser les faits spéciaux fournis par la science positive de la linguistique , à faire prédominer un point de vue philosophique dans l’élude raisonnée des lois de la grammaire considérées à la fois dans les langues anciennes et modernes ; on aperçoit qu’il n’avait négligé aucune peine pour rassembler tous les éléments d’une étude systématique du langage, à une époque où n’avait paru aucun des ouvrages fondamentaux sur cette matière, à l’exception des Vocabulaires de Pallas (2). Les vues de Heuschling peuvent être quelquefois exclusives.
(i) 17 pages tn>t9o, tans oom dUmprimeur el sans titre particnlier. (*j) Publias pour la première fois à Pëtersbuurg en 1787 — 89.
et ses rapprochements hasardés; mais il n'en pouvait être autrement en l’absence d’idées universellement reçues sur le partage des langues en groupes et en familles, avant l'institution des méthodes plus rigoureuses dans l’investigation des racines et la comparaison des mots.Heuschling a du moins le mérite d’avoir deviné les travaux de notre temps qui ont préparé la démonstration de l’unité primitive du langage humain. Si nous rapportons ici quelques passages du Discours cité, c’est non seulement pour constater les principes que Hetischling cherchait à établir en linguistique, mais encore pour signaler les vues générales qu’il prétendait faire prévaloir dans cette science d’accord avec le mouvement des études philosophiques.
Nous citerons d’abord le préambule du Discours, dans lequel Heuschling expose en général son dessein :
« Tout est lié dans l’univers. Il existe un rapport bied étendu , bien sensible, vraiment admirable entre toutes les langues de tous les peuples de la terre. Ce rapport est nécessaire; il est incontestable. Ces grandes vérités, ainsi que toutes celles dont la grammaire universelle se nourrit; sur lesquelles elle établit ses théories, elle fonde sa doctrine ; comment parvenir à les démontrer, à les rendre palpables? en suivant les inspirations du génie créateur des sciences, l’esprit d’observation : en recueillant les faits, en multipliant les expériences, en poussant nos recherches en ce genre , aussi loin qu’elles peuvent aller; en ramassant les matériaux les plus pro-
prt^ à construire un édifice durable et majestueux ; en un mot, en perfectionnant la glossologie, c’est-à-dire, la connaissance positive et raisonnée des langues. Il s’agit de nous emparer successivement de tous les idiomes répandus sur notre globe; de les analyser, de les comparer. Les conséquences immédiates, qui résulteront naturellement de cet examen et de cette compa-, raison , formeront autant de principes solides, féconds, lumineux , inébranlables. C’est là la route que tant de grands hommes nous ont indiquée depuis longtemps, que tant de beaux génies nous ont déjà frayée, et que doit suivre l’homme qui, par état et par goût, consacre ses veilles à cette sorte d’étude, de méditations; méditations qui ont pour objet l’apanage le plus noble, le plus magnifique de notre espèce, son caractère distinctif le plus glorieux, la parole, que nous devons regarder comme une partie essentielle, comme un organe de la philosophie (1). »
L’auteur du Discours fait ensuite part à son auditoire d’une première difiiculté qui .s’opposera en apparence aux recherches synthétiques de grammaire dont il a indiqué la nature dans son exorde : le phénomèneexlraordinaire, étonnant, qui devrait éloigner le philologue du but propo.sé, la découverte de lois identiques dans l’organisme de toutes les langues , c’est l’idiome mono-
fl) L«* discours porte cetto rpigraplie grecque en lettres latioes : JCai or^ana dt phdoiofihias loqos« etc. ( Jul Pollue. OftOMAsr IV, 6. 4<>- )
( iOZ )
syllabique des Chinois avec son écriture riche de quatre-vingt millecaractères qu’ilsont ramenés eux-mêmes à deux cent quatorze clefs : «Voilà donc, disait Heuschling, un problème des plus piquants, de savoir s’il est possible de découvrir quelque conformité, quelque ressemblance entre nos langues d’Europe et d’Asie, et la langue de ce peuple fam,eux, peuple unique à tant d’égards. Essayons de tracer une esquisse abrégée de la solution de cet intéressant problème, en faisant voir que le Chinois est d’accord avec les autres langues connues , dans sa grammaire, son écriture et ses mots.»
Puis, Heuschling s’attache à déterminer par quelles opérations on parviendrait à comparer aux thèmes mo’ nosyllabiques du chinois la forme primitive des racines polysyllabiques de la plupart des langues, en d’autres termes le radical dépouillé de tout accessoire et envisagé dans sa simplicité originaire : il indique par quelques exemples le genre d’analogie qu’il prétend exister entre la langue chinoise et toutes les autres. En outre Heuschling considère tour à tour les lois des diverses parties du discours et la manière d’assembler les idées , et il examine sous ces différents rapports comment la nation chinoise « se conforme aux principes généraux et immuable du langage ainsi que les autres peuples, malgré qu’elle semble faire une classe à part » : c’est ce nouveau point de vue qui « continuera , dit-il , de nous faire jouir du spectacle brillant d’une ravissante harmonie. »
Cependant , iieuschling a plutôt émis à cet égard des espérances et des vœux, qu’il n’a établi et prouvé des faits de linguistique. Les analogies partielles qu’il a signalées ne pouvaient mener à la conclusion d’unité originelle qu’il invoquait sans cesse; les difficultés étaient en réalité si nombreuses et si compliquées que la synglosse, malgré ses progrès, n’est point encore parvenue à reconnaître avec assurance l’origine et les affinités de la langue antique du céleste empire (1). Des rapprochements de syllabes prises dans le vocabulaire d’une foule de langues avec des monosyllabes chinois n’ont encore fait obtenir à personne quelque résultat sérieux et durable : il importait, au contraire, de bien préciser la prépondérance de la panie syntactique de la grammaire dans le chinois, pour préparer les dernières investigations de la philologie.
Heuschling n’avait pas été heureux dans son choix en s’escrimant exclusivement dans une première leçon contre quelques termes de la langue chinoise , et il n’avait dans tout cela à recueillir d’autre avantage que celui de la nouveauté d’une pareille entreprise; il eût mieux réussi à s’attaquer aux affinités des langues grec-
(i) li« question dj^ori^ÎDC i/a point nbordee p.ir un des lioromes de noire temps qui ail porte le plus de hirai^re dans la pliitosopliie du laog«igr, M. G. De Hum 1 »o 1 dt « dans sa Lettre célèbre à 111 . Abel-Romusat sur la nature des formes grammattcales en gc^nc>ral rt sur le génie de la langue cliinoise en particulier. ( Paris , 1827 , in-80. )
que et latine avec les langues germaniques, affinités qui furent éclaircies peu après par des travaux solides de ses contemporains , surtout en Allemagne. Au moins, Heuscbling avait-il entrevu l’application de recherches vraiment scientifiques à la comparaison dos langues de toutes les familles , et il a pu dire en terminant ses études tirées du vocabulaire chinois :
« Un travail semblable à celui dont je viens de vous présenter une ébauche très imparfaite, appliqué aux langues indiennes , tartares, celtiques, et ainsi de suite, nous donnera les mêmes résultats, et des résultats d’autant plus satisfaisants , que nous seront rompus davantage à cet exercice. 11 nous convaincra toujours par de nouvelles preuves de fait, que le langage est essentiellement le même partout; que toutes les grammaires se tiennent comme par la main ; que le même esprit fit naître et anime toutes les langues. »
On nous saura gré , nous l’espérons, de reproduire encore ici la péroraison consacrée par Heuschling à la louange de I’Harhonie, qu’il contemple dans le langage, dans l’univers, dans les sphères célestes, dans l’homme et dans la société; on ne verra pas sans quelque sentiment de curiosité et de surprise l’homélie de Heuschling en l’honneur de la nouvelle déesse qui préside à la grammaire générale et à la législation révolutionnaire :
« L’harmonie règne donc aussi dans cette partie de » la nature. O harmonie , fille aînée de l’Éternel , di-
» vine émanation de son essence inefl’able... Salut...! » Souveraine toute-puissante de myriades de mondes, )) chaîne d’or, qui unis les deux avec la terre, salut... ! » toi qui présidas aux œuvres du Créateur, qui réglas la }) course d’innombrables soleils, auguste conserva- » trice des êtres! Heureux , trois fois heureux le mor- » tel qui a des yeux pour te voir, des oreilles pour t’en- }) tendre, un cœur pour t’adorer, une âme pour jouir » des délicieuses extases , qui naissent de la contem- » plation de tes charmes immortels. Toi qui formes le » premier besoin et le premier lien de l’humanité; toi, » la mère des vertus, sois propice aux cœurs droits: » que tes mystères leur soient révélés ! que leurs idées, » leurs sentiments, leurs actions, leurs habitudes, » leurs ouvrages , leur vie et leur mort soient dignes » de toi, dignes de la sagesse, dignes de leurs hautes » destinées. Toi , qui fondes les sociétés, affermis la ré- » publique française, rends-la fortunée par la paix, » autant qu’elle est formidable et glorieuse par la » guerre : que toutes ses institutions soient l’expresu sion fidèle de tes lois ! »
yive la république!
Heuschling avait passé les années les plus funestes de la révolution française dans des fonctions qui l’arrachaient aux luttes politiques, au milieu de travaux qui lui permettaient d’attendre avec patience et avec calme la fin des bouleversements et des orages dont la Bel-
giqiie avait retenti. Il eut le bonheur d’être apprécié par quelques hommes d’ordre qui usaient de leur influence auprès des représentants du nouveau pouvoir, afin de maintenir et de multiplier les moyens d'instruction. L’an Vil Heuschling fut compris paf l'administration du département de la Dyle au nombre des personnes destinées à former le noyau d’une société libre des arts , des sciences et des lettres , près ladite administration : on sait que cette société peut être considérée comme un des fondements de la nouvelle académie de Bruxelles, réorganisée par arrêté royal du 5 juillet 1816. Heuschling se trouva dès lors associé à beaucoup d’hommesqui se sont fait ensuite un nom dans la science ; I esbroussart père , Van Mons, Laserna de Santandcr, le baron de Poederlé, le vicomte de Nieuport, Plasschaert(l), Van Hulthem, Van Ilooghten, Jacquelart, Gendebien, Dotrenge, L. P. Rouillé (2) et d’autres. Plusieurs de ceux que Heuschling eut alors pour confrères rentrèrent en même temps que lui dans l’enseignement universitaire sous l’empire et sous le régime hollandais.
Quand le gouvernement français eut joint en 1806 une école de droit aux autres facultés composant l’Aca-
(i) V. les Viet de quelques Belges , ptr T. Vao Hulst. I.i/ge , 184 a.
(s) Sur la vie de ce litlt^ralcur. qui mourut proTriseur <<mrrite à rCniv, de liège , voir la notice de F. Van Hiiist , dans la liet-ue de Liège , t. I , novembre i8d4 • P- 6a5— 6a.
démie de Bruxelles, Heuschling qui était gradué en droit en fît partie comme suppléant; il avait pour collègues dans celle faculté Michel-Joseph Van Gobbelschroy, ancien professeur de Louvain, Bertrand Cahuac, Jean J. P. Tarte , J. G. Van Hoogten , X. Jacquelart, auxquels fut adjoint en 1810 Jean Gérard Ernst. Heuschling ne paraît pas avoir exercé souvent ses fonctions de suppléant ; mais il continua à s’adonner courageusement à l'élude simultanée de plusieurs sciences (1).
Lorsque le roi Guillaume I” institua en 1817 les trois Universités des provinces méridionales des Pays-Bas, il nomma Etienne Heuschling à une chaire de la faculté de philosophie à TUniversité de Louvain, en même temps que les anciens professeurs Sentelet et Jacquelarl à des chaires de sciences et de droit (2). Heuschling revint avec prédilection à ses premières études, en acceptant un double enseignement philosophique et littéraire; la grammaire des langues orientales devait y avoir une large place, comme on en pourra juger par l’extrait suivant du premier programme de l’Université royale, publié en octobre 1817 (3) :
(i) ilrtiscliling ^tail nirmbrp de la de jurisprudence de
Bruielles.
[ 7 ) Voir sur la carrière de Seiilelet la noie e'tendne de Gérard dans les niém. de Rap. de Berg , l. II , p. 3B —
(3) Etal de l'enieignement supérieur en Belgique, rapport de ' M. IXotliomb. Brui iS44 . '• l*’'. p- '*3“ • Prjelectiones ordinis pliilosoplioruoi. *
« Heuschling, per hune annum dictabit Positiones elcmentares jurisnaturæ, ex ontologia et psychologia depromptas, etc. Interprctabilur , quidquid in scriptis Aristotelis ad Logic. Dialcct. et Metaphys. proprius spécial; porro exponet aliquot Tragædias Sophoclis et Euripidis; tum præmissis necessarüs inslitutionibus in linguam hebr., syriac., caldaïc. et arab. , explicabil libres Gènes, et Psaimos aliquot; item (cald.) Daniel etEsram; porro ( syriac.) N. Test, et Camina Æphrem ' syri; Xüm(2iT2h.) Adagia Arabica, Fabulas Lokmanni et partem Alcorani, diebus Jovis, Veneris et Satumi, h. XI. »
Si Heuschling n’a point trouvé à la nouvelle Université de Louvain de nombreux auditeurs pour toutes ces branches d’enseignement, il faut l’attribuer en partie à l’état naissant de cette institution, en partie à la faveur beaucoup plus grande dont jouissaient dans l’opinion les leçons de philologie clas.sique données en vue des cours d’humanités, en partie aussi à l’exposition un peu confuse du penseur qui aimait à mêler des vues philosophiques à l’exposé élémentaire de toute science. Le cours de droit naturel, donné par Heuschling, se bornait à la dictée d’axiomes numérotés qu’il expliquait brièvement; nous avons sous les yeux la partie du cours tirée de l’ontologie, et il ne nous semble pas superflu d’en citer comme spécimen les premiers aphorismes précédés d’une épigraphe grecque :
«’E» r«tT fc/iteuKeù rcS ê'ixiti'ov **)
reu çiûVTcç^