II
En nous transportant vers une autre contrée de l’Allemagne , nous y trouvons vers le milieu du XVI* siècle un autre savant que la Belgique pouvait alors revendiquer avec non moins d’honneur que le professeur d’éloquence à Ingoldstadt ; c’est à Erfürl que nous voyons faire ses premières armes dans l’enseignement Soffri- Dus Pétri , un des humanistes distingués formés à cette ; époque dans les collèges de Louvain. Il me paraît indis- .
pensable de faire connaître ce personnage dans les principaux moments de sa carrière, avant d’insister tout particulièrement sur les relations qu’il eut avec l’étranger et sur le séjour qu’il fit d’abord à Erfurt et ^ ensuite à Cologne.Cependant, je n’entends relever qu’un petit nombre de faits touchant de plus près à l’histoire littéraire du temps, puisque la vie et les écrits de Suffridus Pétri occupent une place très considérable dans les recueils biographiques de J. N. Paôuot(I) et de F. V. Goetuals (2) : il est bien des détails et des renseignements d’ailleurs curieux qu’on est dispensé de répéter, dès qu’ils sont consignés dans des recueils aussi répandus.
Sufi'ridus Peeters, ou Sjurd Peeters, ainsi nommé parce que son père s’appelait Pierre, a pris rang dans le monde savant sous le nom de Soffridus Petrcs ou Pétri, que l’on trouve employé par se$ contemporains avec peu de variantes. C’est en 1527 qu’il naquit dans un humble village de la Frise, plus voisin de Dokkum que de Leuwarde : cependant, pour faire honneur sans doute à une des villes importantes de son pays natal, où il avait fait ses premières études, Suffridus s’est dit
(1) Mémoires pour servir à l* Histoire tiltérnire des dix*S'!pi prom vinces des Paj-s-Bas ^ etc., t, VII (cd. in-8), p, 271 — 93. LoutatD , 1766.^ A la DOtice de Paquot sc rattacKe celle de Wtias dans la Biogr. universelle, t. XJCX 1 II« p. 53 a — 33 .
(2) lectures relat, h Vhist. des science*^ des arts, des lettres et de la poUtitfue en Belgique t t. IT,p. i6a — G9. Bruxelles 1837.
( il )
le plus souvent originaire de Leuwarde : il n’a presque jamais manqué de joindre à sa signature le double titre de Frisius et de Leovardiensis. Suffridus Pétri se rendit de bonne heure à Louvain qui était le principal centre d’études alors fréquenté iwr la jeunesse des provinces septentrionales de la Belgique, qui devaient un peu plus tard secouer le joug espagnol pour former une nouvelle nation : et naguère, la Hollande n’avait'elle pas payé magniQquement son tribut littéraire à la ville brabançonne en lui envoyant tour à tour Martin Dorpius , Erasme , Pierre Nannius , sans parler d’autres hommes éminents en théologie et en droit? Suivant la coutume, c’est au sortir de l’école latine que Suffridus Petri fut envoyé à l’Université pour y suivre à la fois des cours de philosophie et de langues dans un des collèges de la faculté des arts. On sait qu’il y assistait en 1547 aux leçons de J. Thriverus sur les aphorismes d’Hippocrate , qu’on avait l’usage d’expliquer publiquement comme des axiomes de sagesse universelle, et qu’il a profilé des leçons de littérature ancienne données au collège des Trois-Langues. On le voit quitter rUniversilé en 1553, et rentrer dans sa patrie où il tira parti des connaissances qu’il venait d’acquérir en répandant surtout le goût de la langue grecque. Un peu plus lard , Suffridus Petri était rentré dans les murs de Louvain , quand il reçut du sénat académique en 1557 la proposition d’aller enseigner à l’Université d’Erfurt les langues grecque et latine ; c’est le premier fait
sur lequel nous ayons l’intention de nous arrêter bientôt, en faisant usage des renseignements que la correspondance du nouveau professeur peut fournir sur sa position personnelle et sur la situation de l’Université qui venait de l’adopter.
Cependant le séjour de Suffridus Pétri à Erfurt ne put être bien long, et nous en dirons plus loin la cause : il regagna la Belgique en 1562, pour s’attacher peu de temps après en qualité de secrétaire au cardinal de Granvelle qui fit le plus grand cas de sa diligence et de son activité. C’est à Bruxelles qu’il dut résider le plus souvent avec le ministre de Marguerite , et qu’il put jouir de la société d’Etienne Winand Pighius chargé avec lui de la rédaction des lettres latines et des fonctions de bibliothécaire (i). Lorsque le Cardinal de la famille des Perrenot se retira en Franche-Comté au moment de sa disgrâce ( 1S64), Suffridus Pétri ne le suivit pas à Besançon où le spirituel prélat sut embellir par la culture des lettres et par la société des savants un repos de cinq années : il préféra reprendre un genre de vie plus paisible que celui qu’il est permis de mener dans un palais; ainsi le fait raisonner un de ses biographes, en le disant dégoûté de la cour, aulœ pertœsus , et
(i) SU'phaDQs WxMAMOUs, c('!èbrc comme tWologteo et coAime liunianictr, ëtail tic à Campen, dans la protince d'Over^Ysiiel. Il avait conlacré Kttit aoneea daos Rome à l’étade de rantiquil^ , avant IVpoquc où il devint le secrétaire de Grunvellc. La BiMioUti que R. de Berlin possède les autographes de de scs Jettrrs (oun. 1557-97).
en ajoutant en son nom cette réflexion philosophique « qu’une vie de cour n’est en effet rien autre chose qu’une brillante misère et qu’un bonheur simulé (1).»
SulTridus Pétri fut sur le point de se transporter à Groningue où les magistrats lui avaient offert une chaire f dans un établissement d’instruction récemment créé.
Mais, ayant vu l’entreprise subitement ruinée, il se décida à reprendre à Louvain ses études de droit, et il y fut promu en lî)74 au grade de licencié, Juris utriusque Licentiaius, en même temps que François Scbott, d’Anvers, frère d’André (2). Comme il avait toujours cultivé avec soin l’objet de ses premières études littéraires (3), il enseigna quelque temps la langue grecque au collège desTrois-Langues, comme suppléant de Théodoric Langius {ou Thierry de. Langhe), accablé par les infirmités de l’âge (4); il entreprit avec succès l’explication des
(i) Fa. SwEATit’» , Klhcnæ ( Antvtrpiæ iG?8 , p. (iSt — ] ;
f( Quam viiam niLil aliud juJico quant .«iplcndidnm irii»eriam ac persona* tam felicitalrni. v * — Il oe sera question de S. Pétri que dans les derniers Tolumrs de la Correspondance de Grûm*e//c . pul»li<'e par Weiss, le savant Libliotlidcaire de Besançon ( Paris , 1. R.
(a) Coupé , Soirées littéraires , t. XVI , p. i84- ( Paris I7*)9. )
(3) S. Pétri avait publié dans les années qui ont suivi son appel i Erfurt la traduction latine de plu.^ieurs traités curieux de Plutarque , de Vjépologie d'Albénagorc, et des trois derniers livres de V Histoire eeelé^ siastifjue de Sozoméne. Ces traductions ont paru à Erfurt, à BMe , a Louvain et 1 Cologne.
(4) Tbeodoricus Lanoius, néà Ecklmizenen Bollande, avait enseigné
le grec dix ans à Bordeaux , et il avait remplacé à Louvain Adrien Amerotins ( mort CD i5fo)dansle meme genre d'enseignement; il mourut en Langius avait été au nombre des maîtres d’Andrc Scliolt qui
textes grecs , en particulier l’interprétation de Pindaro, « le plus difficile d’entre les poètes (1) », et il a dû aider Langius lui- même dans la traduction de plusieurs auleurs. Il faut de même rattacher à l’enseignement public de S. Pétri le recueil qu’il fil des discours sur les lettres grecques et qu’il publia à Bêle : Oratlones quinque de utilitate mvltiplici lingvœ Grœcœ (2).
Les troubles qui éclatèrent avec plus de violence dans les Pays-Bas peu d’années après engagèrent SufTridus Pétri à accepter en 1577 une chaire de droit dans une des écoles de Cologne; il fit dès lors des questions de droit la matière principale de scs études, et c’est en qualité de jurisconsulte qu’il entretint les relations les plus nombreuses dans les derniers temps de sa vie : nous reviendrons sur les services qu’il lui fut donné de rendre à cette époque dans un nouveau champ de travail. Cependant, frappé d’un coup terrible par la mort de son épouse en 1580, il entra peu de temps après dans les ordres , et il fut promu en 1 588 au rang de chanoine dans l’église des Douze-Apôtres à Cologne. SufTridus
drplorc sa perte dans une lettre «écrite de Tolède en i.^-8i à Cli. Plantin. ( Lettre înseWe dans son ddilion de Ponipooius Mêla, i’8-a, et reproduite ddns 1rs .énalectes de rAnniiaire , >84;) p . ^36 et suiv. ]
(i) Poelam Grrecorum di0]ciliimum. — Val. Andrt', Co/l. trtl.cxor^ (fia ac progressas , p. H'j. ( Lnvan. i6i4 ) — M. GoetLals met au nombre dos manuscrits do S. Pétri « qui ne sont pas perdus » (sic) des Cofnnien» tnrii tu Pindari (J/yinpica ( Z.ec/ure/, 11, p. iCg).
(î) , ap J Opfrinum , i5C6 , in-8.
Pétri remplit en même temps les fonctions de président du collège des Juristes dans cette ville, et il a porté en conséquence le titre de régent de la fondation des Couronnes d’après le nom de ce collège , Regeus Bursœ Coronanim. Cependant sa patrie ne l’oublia pas toujours : les états de Frise lui conférèrent pendant son séjour à Cologne le titre d’Historiographe ( Ordinum Frisice Uistoricus) ainsi que la jouissance d’une pension qui lui fut payée jusqu’à sa mort arrivée l’année 1597. C’est avec ce titre ofFiciel que Suifridus composa ses deux ouvrages historiques sur la Frise, l’un en trois livres sur l’antiquité et l’origine des Frisons (1), l’autre sur les écrivains de la Frise partagés en seize décades et demie (2).
On a loué Suifridus Pétri pour son zèle infatigable , pour l’ardeur qu’il a montrée dans tous ses travaux et en particulier dans ses recherches historiques. Le dernier éditeur de la Bihliothcca Bclgica a répété à cet égard les paroles de Valère André (3) : « Yir studii aindefessi, tenacis mémorisé, atque historiæ sive le- )) gendæ sive scribendæ ita addiclus, ut ne horara qui- » dcm ullam^sincret lahi , quam non littcris impensam
(1) Db Frisiorum apttquUate tt origine Ubri 1res, etc. Colon. Agripp. 1590.
(2) De Scripforibtis Frisim deea^es XVI et semis , etc. Colon. Agr. 159$. — D’autres editioDS de ces deux lÎTrot furent faites plus tard à Fraoeker en Frise.
( 3 ) Bill. Belg. ( ej. 1623 ) . P . Foppers , p. 1 1 10.
» doleret. n Fr. Swerlius ne s’est pas conlenlé de louer S. Pétri pour son application et sa mémoire; il lui attribue non seulement la diligence, mais encore l’exactitude dans ses recherches, en l’appelant « Antiqiutatum » mirusamator etsedulusinvestigalor (1).» Les auteurs plus récents n’ont pas respecté celte réputation de l’historiographe frison : ils lui ont refusé la critique qui ne peut manquer à la véritable histoire (2). Ils ont pu reprocher àSuffridus Pétri d’avoir accueilli sans réserve toutes les fables dont une ancienne tradition avait composé l’histoire primitive de sa patrie. En effet, pour relever l’antiquité de sa propre nation, il avait usé imprudemment dans le premier ouvrage des romans historiques du moyen âge où le goût du merveilleux avait fait entrer des contes absurdes; il avait cru devoir rom lire des lances pour faire remonter jusqu’à Sem les fondateurs de la nation frisonne et pour rattacher à la personne d’AIexandre-le-Grand deux de ses anciens héros. Rival de Goropius Becanus en fait d’explications patriotiques de l’histoire primitive, S. Pétri était-il plus coupable que ces romanciers modernes qui transforment en héros du cycle de Charlemagne ou en chevaliers des croisades les ancêtres du seigneur de leur village, tout cela en faveur d’une origine ou d’une étymologie ger-
(i) Ouvr. cit^,p. C' 83 .
(a) Voir Paquot, Mêmoiref , l. VIT, p. p. aS3— 85. — Goctbals, / ecturrSf l. II, p. i(i 8 . — Vossita , de flistor. latinis , liv. Il , ch. 3a.
maniqnc? On peut absoudre après tout Suffridus Pétri du reproche de mauvaise foi, mais on ne peut le justifier du manque de critique qui lui a fait attribuer à la Frise .toute une série d’écrivains purement imaginaires (1). Baillel a été trop loin en lui prêtant l’invention systématique de noms supposés (2) : « Il n’a point » eu honte, dit-il , de vouloir nous en imposer, et de )) nous tirer de la fécondité de son cerveau tous ces )) impertinents masques d’écrivains frisons qu’il a forgés » à plaisir, tels que sont les Sofcons, \esSivards, les Jlamcons , les Fortenans, les Abgilles , les Occons, » etc. » Suffridus Pétri aura été entraîné à donner place h tous ces personnages , en se livrant à un travail do compilation sur les anciennes chroniques et sur les vieux poëmes dépourvus de toute notion chronologique; or , il a rendu h cause de ce procédé une partie de sou travail inutile et son livre tout entier suspect aux esprits éclairés de son temps et aux critiques des siècles suivants (3). 11 dut défendre lui-même son ouvrage bis-
(1) C'r 5 >t b partie moderne de son liis'oirc HUeVaire de la?rtsequi est seule de quelque importance ; l'auteur y a fait entrer des notices assea complètes sur plusieurs écrivains encore vivants parmi ses coinpalriotts, par exemple Guillaume Cjoter» J. Bopper, Üoelius Epo , Viglius Xwifliemtus , P. Pierius Smenga.
(2) Jugemens des critiques historiques , t. H^p. i. — Conap
le P. Nicérou , /Kfcm. pour tetvtr à Vhist des hommes iliustres^ t. XXX « p. i 3 i . ( Paris 1734 )■
( 3 ) On lit au sujet de cet ouvrage de S. Pétri dans le répertoire de JocLEK , Uibliotheca hist. Hier, seleeta ( Jenae , t*^ 36 ) , t. II « p. :
torique contre les attaques et les insinuations de plusieurs de ses contemporains : mais V Apologie qu’il avait composée ne vit le jour qu’après sa mort par les soins »le son successeur, Bernard Furmeriusde Leeuwaarde (1), et encore cette publication où il avait maintenu et prétendu soutenir ses premières opinions ne rétablit-elle pas la renommée de l’hislorien de la Frise qui ne fut pas ménagé par son compatriote UbboEmmius dans le grand ouvrage de celui-ci sur les antiquités nationales (2). Mettant à part cette polémique qui fit grand tort à la mémoire de S. Pétri , nous allons considérer les véritables services dont cet écrivain a été capable dans d’autres moments de sa carrière : s’il est vrai que l’esprit de critique et de discernement lui ait manqué pour remplir sa lâche d’historiographe, il a porté dans l’accomplissement d’autres travaux une intelligence prompte et variée qui lui a permis de parcourir librement à la fois le champ de plusieurs sciences (3).
11 nous semble juste de prendre tout d’abord SulTridus
U lucipit a tribus, anlrquam ChrisUts natiis rst , sœcults, et ad sua usque lempora progreditiir, modo que brcvîlcr, modo fu&ius scriptorum de r< bus Frisiortim Vitas recensr-t. Suot inter hos tamrn qui nunqnam rzlitrrunt , idcoque cau(<? legendus lihellus. »
(i) Apologia S\ P.pro antiipiitaie. etc. Franeclteræ , iGo3 , in-4* — Voir sur B. Furmertus les Lectures de Goethals, i. I, p. g8.
(s) De origine et antiquitatibus FTisioruni% Lej’dc ifiiH , in* folio.
(3) Ce sont les paroles de Fr. SwtRTlta dans soa Athènes Belgique. ( p. 68i) : «Fuit illi vatium ingeaium, quod millis iuclusum spatiis , per omnrs fere disetpiinss lilterlus evagaretur. o
Pétri au début de sa carrière publique, aloi-s qu’il fut désigné par l’Université de Louvain aux suffrages d’une Université de l’Allemagne. Il eut en effet l’honneur d’être proposé comme professeur de grec et de latin au corps académique d’Erfurt quand celui-ci eut écrit sur le choix d’un candidat au recteur et aux professeurs de Louvain. La lettre envoyée d’Erfurl le 12 juin 1537 a plus d’un genre d’intérêt (1), en ce qu’elle atteste les causes de la décadence subite de l’Académie d’Erfurt, et en ce qu’elle expose les conditions attachées k un professorat qui était destiné à soutenir cette institution. Nous reviendrons plus loin sur le premier point; mais c’est ici le lieu de parler du second, en empruntant quelques détails à une pièce tout k fait ofücielle (2).
Les chefs de l’Université d’Erfurt qui ont commencé k féliciter les maîtres de Louvain d’avoir assuré aux lettres une culture florissante et un asile paisible (.>), protestent de leur intention de ne pas laisser périr faute d’hommes instruits le dépôt qui leur a été conûé; ils
(i) Elle G&l inivree otre beaucoup d'auire» lettres que neot aurons bientôt Toccasion de citer dans le recncil ^pistnlaire de Sinioo Abhei Gabbema (cent, l, epist. XCII, p. âa 3 — l lllustrium el cluvûrum virorum epistolni ielecliores supericre et hoc seculo jeriptœ^ete »ed. altéra ^ Uarling« Frisiorum , 1669.
(9) Elle est signer en due forme ; Bector, Dectini, Doctorrs et Sagistri Universilatis ErpUordirnsis.
( 3 ) a Sludia literanim apud vos non solum qusm rnaiiim* noirre« sed etism « quod nusquaoi quictius studeatur , læto animo audtmus... •
prient les doctears de Louvain de leur venir en aide en disant qu’il leur est connu qu’il n’y a nulle pari ailleurs que chez eux un nombre plus considérable de professeurs vraiment distingués (1). Voulant apporter dans celte affaire la sincérité et la bonne foi qui ne devraient jamais manquer dans les relations des corps savants (2), ils s’engagent à compter annuellement quatre-vingts thalers à celui dont l’IIniversité de Louvain aura fait choix, et à l’indemniser des frais de voyage; ils exigent de lui comme principale obligation deux heures de leçon sur le grec et le latin les cinq premiers jours de la semaine, quand ce ne sont point des jours fériés.
Suffridus Pétri , choisi par l’autorité universitaire parmi les humanistes de Louvain , se rendit presqu’immédiatement à Erfurt en Thuringe , et quelque temps • après avoir pris possession de sa charge, il écrivit à ses anciens maîtres pour leur faire connaître la situation présente de l’école qui lui avait ouvert ses rangs. Deux lettres inédites de S. Pétri, adressées à l’IInivcrsité de Louvain, sont pleines de renseignements curieux qui eonfirment plusieurs points de l’histoire des dissensions civiles et religieuses de l’Âllemagne. 11 ne sera pas inu-
(i) itid... « Tftisqnam majorrm et paratiorem Profeasorum copiant easc qnam istic. n
(a) n Atqup ut rei l>ona 6de prragalnr et omni fraude careat... Octus» gtn'a (sic) llialeroi J^avliimivoi siugulis annia promittimus atquo nuniepjliimua »»
tile, avant de reproduire ici ces documents, de retracer brièvement les causes de la déchéance rapide d’une Université naguère aussi célèbre que celle d’Erfurt.
La ville impériale d’Erfurt, comprise dans le cercle de la Haute-Saxe (1), avait joui depuis longtemps de grands privilèges sous la protection des ducs de Saxe ; une Université y avait été fondée en 1388, au temps du schisme d’Occident , et elle avait reçu l’an 1389 ses privilèges académiquesdu pape Urbain VI. Cette Université avait subsisté avec éclat jusqu’au commencement du seizième siècle, et elle demeura fidèle à ses constitutions dans les temps les plus orageux de la réforme. C’est sur les bancs de l’école d’Erfurt que Martin Luther était venu en 1301 achever ses études scolastiques, et . c’est dans le couvent des Augustins de la même ville qu’il avait fait profession de la vie religieuse; le moine cité à la diète de Worms en 1320 avait été reçu à son passage par la bourgeoisie d’Erfurt avec un appareil triomphal (2). Cependant, l’institution universitaire n’adhéra point au symbole du réformateur , quand celui-ci eut soulevé la plus grande partie de l’Allemagne contre la papauté; elle conserva sa fidélité à la foi catholique en même temps que son obéissance au pouvoir souverain de l’empereur qui lui devait protection. N’im-
(i) Sot nninii an,:ion9 o'taient EtJ'imUa, Erphnrdia , ErJ'urtu-n.
(î) Merle d'Auliignrf, Hiit.de la Ri/otination , lir. Vtl , ch. VII ( I. Il , ed Brui. ).
pui'tent les droits qu’elle avait aux laveurs du prince qui était le chef temporel de la chrétienté d’après les idées de l’époque, l’Université d’Erfiirl se trouva trente ans après le soulèvement de l’Allemagne exposée à une ruine imminente; il serait exact de dire qu’elle était cernée au dedans et au dehors par le luthéranisme naissant. Elle ne pouvait compter sur les secours des magistrats de la ville qui lui avaient ravi la meilleure partie de ses privilèges, et qui lui refusaient des secours pécuniaires ; elle avait , d’autre part , à .soutenir la concurrence des Universités fondées ou relevées autour d’elle par les princes protestants : c’étaient Wittemberg d’où était parti le signal de là révolte (1), Francfort-surrOder(2 , Leipzig (3), et surtout lénaqui se posa comme sa rivale aussitôt après avoir été érigée en 1348 par Jean Frédéric, électeur de Saxe (4). Malgré le mauvais vouloir d’une population devenue en partie luthérienne, malgré l’influence dont jouissaient les écoles voisines , les chefs de l’académie d’Erfurt tentèrent de la recon-
(i) L’Univcrsilc de Witlemhprg en S»xe {Viterber^emis) avait etd fonde'e en tôoa par Alexandre VI et en i5o6 par Juics If.
(?) Celte Univeraild avait é\é ioatitutV en i5o6 par iVtectear de Brandebourg.
(3) La création de cette Uoivertite remontait à TanneG i4o8 ; aon importance ne fit que grandir avec la r^formation.
(4) n*autres Universités furent encore fondées dans les pajs germaniques vers la ral^roe époque : celle de Marbourg, en i536{ celle de Copenhague , en i539 ; celle de Roeuigaberg , en i544>
stiluer l’an 1557 , et c’esl alors qu’ils adressèrent à rUniversilé de Louvain la lettre que nous avons déjà citée plus haut et dans laquelle nous avons jugé digne de remarque le passage suivant :
>< Quanqüam hæc schola olim fuerit frequentissiina , > qua de re autem infrequentiur sit facta , an in causa fuerit sinisteritas lemporum boininumque , an dissensio animoruin sive opinionum potius dissidiura (1), quo nunc orbem concuti videmus , an tenuitas salariorum nondum statuere libet, certè experiinur etiam in Musarum rebus regnare fortunam , ità visum fatis , ne quid sit in rebus bumanis tam undique fclix , ut non aiiquo veneno conlaminetur. Sed speramus tempora commodiora. Nam sunt qui studia refrigerentia conantiir excitare. Sane nobis magna est parata adversaria è scbola lenensi bine distante quinque milliaribus, quam instituèrent Duces Saxoniæ Vimarienses... »
Peu de mois après, Suffridus Pétri rendait compte à l’Université de Louvain des faits qu’il avait pu observer de ses propres yeux : les détails que contiennent scs deux lettres ont l’intérêt d’un rapport authentique sur l’état des choses ; ils sont accompagnés de l’expression
(t) Erfurt avait perHu l'appui plusieurs noms c<*!M»res r|nancl 1rs troubles avairnt fait déserter la plupait de ses étudiants; elle fi l de vains eirorts pour retc'bir riiuutaoiste et poète Eobanus H<ssus qui se rendit en • UarVniirg sur ritivitation du laodgravc de Hesse. Ce savant mourut dans cette dernière ville en i5|0; c*e»l dune â tort qu*on a dit quelquefois que S. Pétri lui aTait succédé à Erfurt.
vraie de l’attachement et de la reconnaissance que leur auteur vouait à l’institution belge dont il était en quelque sorte le représentant à Erfurt. Malheureusement, il ne m’est pas permis de donner autre chose que des extraits de la première de ces lettres, à cause des taches d’eau qui ont effacé en partie le premier feuillet de l’autographe.
Datée du 22 septembre 1557, cette lettre est adressée au recteur et aux autres dignitaires de l’Université que Suffridus Pétri avaitconnus personnellement(l). Il commence par s’excuser auprès d’eux du retard qu’il a mis à les informer de sa position, en attestant qu’il a saisi la première occasion pour leur écrire ; il est disposé à leur transmettre tous les documents qu’ils désirent sur Paca démie de la Tburinge. Puis il les informe de son heureuse arrivée à Erfurt onze jours après son départ de Louvain, de la distribution du temps des leçons (2), et de l’assistance généreuse qu’il a trouvée immédiatement auprès de plusieurs personnages attachés à l’Université. Suffridus Pétri passe ensuite à une description générale de la ville d’Erfurt et à un court récit des événements qui ont mis son ancienne Université en pé-
(i) Klle a pour ioscription l « M.-igoifico D. Roctori c€etrria(|up viria clariasimif « deputalis, Alis» Acailemis LoTAOtvotiia , patronta meia uoice col^ndia. »
( 3 ) 1/^ conra de latin avait lien te matin Je liait à neuf lienrea , le «ocra de grec do drui à Iroia lieurea dana rapres-midt*
ril; nous allons reproduire textuellement le reste de la première lettre qui a jusqu’à sa fin une valeur historique , en mettant en note les éclaircissements que le sujet comporte : ^
« Restât nunc ut de civitate bac agamiis : ea, ampjitudine Lovanium facile æquat, amænitate superatopulenta et populosa ; nam parochias habet viginti sex præ* ter monasteria plurima : septuaginta duos ingéniés populososque pages, et comitatus quinqne sub ditione sua babet ipsa civilas Imperialis, sui Juris, ac defensores agnoscit principes Saxonicos et Gæsarem. Dioceseos est Moguntinæ (1). Magistratum habemus geminiim, alium ecclesiasticum,civilem alterum. Ecclesiasticus, qui pars estAcademiæ... agnoscit Ecclesiam; civilis Magistratus... in superiorem et in inferiorem dividilur, cum maxima pars populi Lutheri doctrinam sequilur : quare cura rei literariæ authoritas penes pontificios , imperii poteslas penes Lutheranos sit, nemo religionis causa hic appellatur , sed et libris et cibis quibusvis , uti cuilibel llberum est. Sunt anlem monasteria nonnulia à Lutheranis et lempia occupata, nonnulia etiam plané deserta quorum fructus alio conversi sunt a summo magistratu. Sed de bis hactenus. Quod autem ad academiæ dignitatem multis modis sumus vobis inferiores sive collegiorum copia
(i) ErfurI qui tvnit appartenu fort anciennement aux ^lectenra archn* vfitjufs de Xajence ne rentra qu*en t664 tout leur domination.
aique splendore, sive professorum authoritate, sive slndiosoriim frequenlia. Spectemus vereorque profectô hac in parle paupertatem salis nostram : nam quatuor dumtaxat hahemus collegia nec pædagogia prætereà ulla. Tura et professores artium doctos hic admodum paucos invenias, ità studiosos alienigenas et cxtraneos adesse triginta non puto. Ejus rei causa hæc est : cum divus M. Lutberus, hic doctor promotus , enuntiare suum dogma cepisset , commoti rerum novitatesludiosi, quorum numeruserat tune frequentissimus, excitata seditione ponlifieios opprimere conati sunt. Quarè, magistratus, religionis dissidium perpeluæ seditioni fomitem fore prospiciens, academisesua privilégia eripuit, et in seditiosos, cujuscunque status aut conditionis esset, graviter animadverlit : maximècum videretetiam cives, suh prætexUi studiosorum, academiæ privilegiis abuti. Sublata itaqne spe impunitatis, alii propter odium sectarum, alii propter academiæ deformitatera aliô sese contulerunt. Accessit deinde huic malo malum aliud : erecta sunt in foribus pene civitatis hujus, Lutberanorum academiæ plurimæ, in quibus et liberaliora stipendia professoribus, et libertas major studiosis esset. Ilaque ergo adhærent Luthero: quia decrevit hic pontifex , fractæ pauatim sunt academiæ nostræ vires. Sed ut est omnium rerum quædam vicissiludo, speramus meliora; quando Lutherani nobis jam panio sunt æquiores,etin ecclesiis suis ipsi se se mutuo conficiunt ac lædunt et ex antiqnis ecclesiæ rilibus ultrù multa repe-
( if» )
tunt. Deindè quia senatus ipse, quart) vis Universilati sua privilégia nondum reddiderit , reddilurum se tamen hrevi proinisil. Tum etiam quod inter ipsos senatores sunt nonnulli qui singuli de suo singulas lectiones novas liberalissimis stipendiis sunt instituturi , quôdque studiosi non pauci magnates qui ingentem pecuniæ suinmam ad academiæ restauralionem coegerunt. Quæ si omnia rata nobis ac solida fuerint, ad prislinum vigorem redire academia hæc brevi tempore facillime polerit. Nam, si sit religionis unio, si restituta sint academiæ sua privilégia, si sit bonorum professorum copia , cælera quæ vei ad vitæ necessilatem , vel ad oporlunitatem studii pertinent , adeô sunt bic in promptu , ut nusquam possint esse magis : si quidem libcralis et honesta mensa viginti daleris in annum comparari facile potest, armaque scholastica propter academias vicinas et Francofordiam prupinquam hic parvo constant. Publica academiæ instituta mihi valde probantur quibus cavetur ut omnes studiosi qui hùc sludiorum gratia accedunt suum aliquein magistrum babeant, qui Decano artium tanquam censori rationcm de moribus eorum et profectu reddat. Deinde in disputationibus publicis quæ die Sabbati semper babentur, non bonor modo sed et præmium in publico proponitur. Hæc pro temporis augustia, viri clarissimi, breviter ac raptim utcunque delineare potui; ad primam quamque occasionem diligenlius scripturus ea quæ nunc omissa sunt. Interea Deus Opt. Max. insolumes servare vos et acade-
miam vestram uniciim orbis christiani lumen semper in majus ac melius augere dignetnr. D.Petrum Nanium esse defunctum summoperè dolui (1), sed quia divinæ Providentiæ ilà visnm fuerit , precamur illius manibus ætcrnam requiem. Cupio autem ne gravemini, mei cerliores facere singulares hosce Mœcenales meos ac viros Claris simos : scienlificum magistriim noslrum ac Dominum Dominum Varmeserum (?) Noviomagum Dominum meum colendissimum ; clarissimum græcæ linguæ professorem D.Theodoricum Langium mœcenaiem meum unicum(2); clarissimum virum ac D. D. Amerotium Suessionensem patronum meum benevolentissimum (3); clarissimum \irnm meiquc studiosissimum D. M. Cornelium Valerium (4) : quibus ego singulis maxime scribere cuperem, si qua temporis ratio patiatur. Valete viri Claris-
(i) Pierre Namiick , d’Alkniaer, tucces»ear de Conrad Goclenioa , dans la chaire de langue latine au coll/ge dra Troia-Langora , «^tait mort à Lourain le 3i juillet
(a) Ou a TU plna haut quelles relations intimes S. Pétri a litres 3 son retour k Louvain avec Th. Langins dont il fut quelque temps le anp« pleant dans la chaire de grec.
(3) Adrien Amerotius « deSoissons, fut chargd pendant de longuet
anntVs de renseignement du grec « d’abord au college du Lys , puis au collège de la fondation de J. Busieideo. Il mourut en février 1 * 6 ? ( Fasti Acad., p. Exordia eoU. Tri},, p. 66 ).
(4) Coro. Valeriu» , d'Utreclit , venté comme latifiisle pour la pureté de aa diction, fut le successeur de P. ffanius; et U occupa la ni 6 me chaire pendant ai ans ( i55^ — 78 ). Nous aurons occasion de mentionner de nouveau son nom.
simi , et si qua in re voltis erit opiis opéra raea, imperate fauiulo vestro, vobis ad omne obsequium paralissimo.
» Erphordiæ postridiè S. Matthæi anno 1337. »
SUFFRIDIIS PeTRUS, Lrovardk'tisis Frisius.
I.a seconde lettre que Suffridiis Pétri envoya quelques mois plus lard n’a pas moins d’importance que la première; elle est datée du 13 mai 1338 et elle porte une adresse semblable à la précédente. Elle renferme un nombre considérable de faits qui exigeraient plutôt une traduction qu’une analyse à cause de leur haute signili cation dans l’histoire du temps : c’est pourquoi nous avons préféré rapporter en entier le texte de ce morceau inédit et si nous nous sommes abstenu d’accompagner de notes un grand nombre de passages , c’est parce qu’un commentaire historique et critique des faits mentionnés nous aurait entraîné bien au-delà des limites de notre présent travail. On va voir que Suffridus Pétri a exposé avec la plus grande netteté les causes simultanées qui ont jeté l’Université d^Erfurt dans les embarras les plus graves; il ressort à l’évidence de son témoignage que cette institution, catholique par son origine, ses ^traditions et son symbole, s’est trouvée en quelque sorte isolée par une conspiration permanente des intérêts prote.stants qui s’agitaient et grandis-saient autour d’elle : ' • .
« Haud scio, Viri Clarissimi , an in vita mihi quicquam gravius accidere posait , quam quia hic lam pauci reperianlur qui literas nostras isluc transporlandas recipere velint. Non modo quod mea erga vos graliludinis ratio ssepius id fieri merito poslulet , ut benevolentissimos patronos ac Mœcenates meos quibus et bonorum et fortunæ fundamenta lubentissime debeam, interdum literis meis invisam, sed etiani quod Universitatis et nostræ et veslræ quoque id non parum referre putem. Cujus rei rationera vobis in præsentiarum, Viri Ciariss. , paucis reddere decrevi : quod vobis non ingratum fore confido qui noctes atque dies ad verse pietalis et rei literariæ subsidia conatus vestros omnes confertis. Universitas itaque nostra magis ac magis in dies it pessum , propter has causas quas breviter subjiciam ; prima est quod A.cademiæ præsides ecclesiam Romanam agooscunt, quam non vicinæ tantum ÂcademiæGermanicæ, sed Erpbordiensis quoque civitas, et magistratus ex maxima parte detestatur. Secunda est quod studiosi hic nulla privilégia babeant : eripuit enim ea magistratus Universitati in initio dissensionis Lutberanæ , neque adhuc restituit. Tertia est, quod medicina, jurisprudentia, tbeologia, propter stipendii defectum suos professores ordinarios non habeant : artes liberales auteni nimium d'uriter aiuntac sordide, utpoteviginti quatuor aureis Philippicis. Quarta est, quod collegiarecipien-
dis fovendisquc sludiosis idonea non sint. Quinta est, qnod ad qiiinque miliaria hinc in eivilate lena , Saxoniæ Duces 1res electoris filii novam Academiam condiderint, accitis undique largissimo stipendio viris doctissimis. Quarc mirum non est studiosam juvenUitem ibi se conferrc potissimum, ubi vigent ea quorum desiderio maxime lenelur : nos intérim frigcmus. Si quis quærat qiiod hisce malis sit parandum remedium , pietatem de medio tollat, hoc eslecclesiam Romanam in Lulheranam convertat : videbit nibil obstare causas cæteras ul et Vittembergam et Lipsiam et lenam penitus intra sex menses absorbeat, adeo accommodatus est hic locus stndiis. Promisit quidem Senatus Universitatis restitutiunem , et potest privilégia erepta reddere , potest luciilentissimum slipendium conferre professoribus quarumiibet artium , potest collegia rcstaurare vctera etedifîcare nova. Sed quia plerique omnes Lutherani sunt , papistas ut nos vocant extinctos cupiunt potius quam restitutos; id enimspectant uiiice, utemigrantibus alque morienlibus paulatim nostris, ubi successores non sunt, ad ipsos tandem academia devolvatur: quod illis proh dolur ! bactenus satis ex animi sententia succedit , cum pauci admodum nostrarum partium supersint. Quare nobis propemodum res bic rediit, Mœcenates candidissimi, ut non de optima valetudine comparanda, sed de fugienda morte sit cogitandum ; ut si sanis esse non liceat, languidum tamcn spiritum utcumqucducamus, douée Deus Opt. Max. nos oculo benig-
niori respiciat. Nam privilégia restituere , stipendia üigna bonis professoribus dare, locum sludiosis idoneum præstare, Universitas ipsa non potest, remittere autem religionera pium non est. Quare illud , ceu anchora sacra , solum rebus pene deploratis snperest, ut in eorum subsidium saitem, quifilios suos ex vicinis plerisque locis hue ad veram religionem discendam ablegant, aliquem portum tranquillum habeant, in quo academiæ sustinendæ successores idonei præparentur : est autem hic mortuus ante paucos annos quidam prior Augustini monasterii, ejusdem in quo Lutherus fuit. Is cum nullos omnino successores haberet, vacuum cœnobium Universitati ad fovenda studia quasi ex testamento reliquit, cum summa pecuniæ non contemnenda : testamentum illud etiamsi nuilius vigoris esse possit , pecuniam tamen non reluctante Senatu ad studiorum usus deduxit. Sed monasterium Senatus occupavit , et templum Lutheranis concessit, interiora penetralia cum reditibus reservans sibi. Intérim hæcomnia Universitati se restituturum poIlicetur,si quod super his ipsis indultum a Summo pontifice Universitas impetrare possit. In hoc igilur laboratum est multis jam temporibiis successu parum felici , quod episcopus quidam Romæ qui ad se exequendum negotium illud receperat mortuus sit, neque de morte ejus universitas nostra fieri cerlior potuerit, ideoque frustra quod sperabat expectavit! Delegata ejus negotii cura nemini : nunc autem Romam scribere propter conditionem temporis tutum non est ,
etaudimus esse nunc S. Pontificis legatnm Bruxellæ , quem hac in re authorilate pontiQcia salisfacere posse nobis arbitramur, præserlim cutn Universitas illud raonasterium non ulterius sibi concedi postniat, quam cousquc donec ratio temporis religiosos fralres rursus aliquando hic esse paliatur. Interea enim satins esse putat, bonestis studiis illud concedi, quam fovendis bæresibus, ideoque magnam in auxilio vestro spem posuit , Viri Clarissimi, ut ad banc rem obtinendam illi aliquando adsitis. Delegatum fuerat anno siiperiore mihi ut ex academia vestra canonici juris professores duos accesserem , quibus singulis singuli canonicatus baudquaquam contemnendi in professionisstipendium, cum non nisi ternis in hebdomade diebus legendum esset ; etlaboravi cquidem slrenue, ut et parerem noslris, et vestris prodessem, et utrosque juvarem siinul. Sed tanta est hominem horum malitia, ut aut non recipiant literas noslras, aut receptas etiam supprimant. Quare tametsi in præsentiarum singulare mandatum Universitatis nullum habeam , ut a vobis quicquam petam , illud lamenoraremeobnixevoluilM.Rector, ut si quando supplicationes nostras pro rebus necessariis ad legatum S. Pontiûcis Bruxellam miserimus ( quod brevi fortasse futurum est ) operam vestram quoque interponere piis conatibus dignemini , cum et honestum simul et necessarium sit reipublicæ christianæ, fomites aliquos ecclesiæ veræ conservari.
» Si quid autem de meis rebus privatim scire cupitis.
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quibus ego nunc aures vesiras onerare nolui , D. professorLangius vosearuo) certiores faciet, ad queni diligenter eas perscripsi Res autem Germanorum apud nos turbulenlissimæ sunl ; vicini principes nihil aliud quam beliimi crêpant, nos tamen in tuto sumus. Âcademiæ vicinæ sunt inter se maxime discordes : Philippus Mel. Illyricus, et JustusMenius infamibus libellis muluo sese proscindunt, ut sperandum sit hinc illud , quod recte mihi est, hæretk-orum discordiam e^e pacem ecclesiæ. Ego unqiiam in istis horainibns esse tantam perversitatem crederem, nisi viderem præsens. Oralionem vobis et Carmen unum mitto, quæ pro necessitate Universitatisad petitionem M. Rectoris scripsi (i); quæ si bis literis annexæ non erunt , a R. Gravio pelantur. Date quæso veniam, Viri Clarissimi, quod nimis improbe sim abusus otio vestro. Deus Opt. Max. amplitudinem •prudentiamque vestram publice atque privatim in inajus ac melius augere dignetur.
. » Erpbordiæ ex majori collegio idibus Maii anno 1 558.
» SuFFRiDus Petrcs Lcovardiensis Frisius famulus vester deditissimus. »
. Nous ne relèverons dans cette seconde lettre que deux faits : d’aprèsle désirdu Recteur, S. Pétri demande
(i) Il i*Agit ici do doui morccaui cît^s parmi ica oiirragcs de S Peiri : Oratio pro reformniionc Vnivtrsifaiis Erphordtensis , discours imprimé à Brfurt on t566 ( ? ), et le Carmen ^ratulatorium adrrss^ à l'abbi! d*un monastère voisin d'Erfurt et imprimé en i5’t8.
à rUniversité de Louvain deux professeurs de droit canonique pour celle d’Erfurt , tout en représentant les obstacles que les ennemis, de la foi ne manqueront pas d’apporter à un tel choix. On observera, en second lieu, en quels termes S. Pétri réclame les bons offices de l’üniversilé auprès du nonce apostolique de Bruxelles , afin que l’école d'Erfurt pût être admise par le Pape à recueillir une partie des revenus de la maison des Augustins après la mort du dernier abbé. Une réponse fut adressée à S. Pétri sur celte affaire au nom de l’Université en date du 14 juillet 1558 (1) : elle y promet son intervention bienveillante pour l’arrangement que l’Université d’Erfurt entend proposer à la cour de Rome ; elle s’engage même à charger d’une démarche officielle un de ses canonistes habitué à correspondre au sujet d’affaires semblables avec le Saint-Siège , mais elle fait expressément remarquer, à l’occasion de la demande exposée, qu’aucun des biens du couvent desAugustins ne pourra être détourné à un autre usage qu’à l’entretien de professeurs catholiques. En offrant ce genre de services à l’institution d’Erfurt , l’Université de !.ouvain
(i} Elleost 9Îjo^e par Joaones Wame9Îus« jarisconsulte « i/ic/afor ou secrétaire général de rUnirersité pendant 3l ans ( i558— 8i)). La lettre a été publiée dans te recueil de S. A. Gabbcma ; cent. I « epist. XCI , p. sijg — Il y est question des deux lettres de S. Pétri qne nous publions axijoiird’bui J et de Tintérét qu Viles ont eteitédana Louvain eu égard i leur eipnsé des afTaires rclîgieiisea
lui rappelle le lien véritable de leur rralernilémutuelle, le mainlien , l’honneur et l’accroissement de la foi orthodoxe.
Suffridus Pétri, dégoûté des tracasseries suscitées à l’Université d’Erfurt et peut-être de la mauvaise conduite de quelques-uns de ses membre.s, la quitta en lS62,et l’on voit en effet qu’après son départ la situation de cette Université ne flt qu’empirer, malgré les efforts tentés pendant plusieurs années par ses chefs et ses administrateurs (i). Il avait déjà manifesté en 1561 à son ami Boetius Epo l’intention de se rendre d’Erfurt à Paris ou à Louvain : celui-ci prévint ses désirs en le désignant à la bienveillance de J. Hopperus, qui lui ht proposer la charge de secrétaire et de bibliothécaire dans la maison du cardinal Granvelle. Une lettre de
(t) Le manque de ressources et Tcsprit df secte contribnerent i jeter rtlDÎversU^ d’Erfiirt dans les plus graves embarras; des jeunes gens fo* rent promus à plusieurs fonctions importantes; en i 566 « on dnt cooeë* der une diaire de théologie pour la confession d’Augsbourg. Au siècio suivant , la faculié de théologie catholique alla toujours en déclinant ; les autres facultés se maintinrent avec plus d*honr:eur jusqu'à la fin da 1 8e siècle, et elles ont laissé des preuves d'une assez grande activité scientifique dans la collection des Acta Aeadewiœ EUct. Mogunt, ErJ'ur» diensiâ ( 1776^9.’' « la vol. in -4 }• Quand la forteresse d'Erfurt fut devenue une enclave prussienne au milieu des petits duchés de Weimar et de Gotha , IXriiversité fut supprimée en 1816 par le nouveau gouvernement. ~ Voir riiistoire abrégée de 1 a ville et de TUniversité d'Erfurt par H. A. EsHann, dans V En^elopidie Allem. de Ertcb et Gmber^ I. section. Leipzig, 1841, 36 e partie ( p. 4 ^^ - 7^ }•