LETTRE A M. NAUDIN, A BLOIS
IsiKJian » 15 aoftt isss.
:. BiOH Caitt MOfIftUEOA NAiH^m,
Là dernière lettre que je vous écrivis , à mon passage à Ispahan (2) , finissait justement comme
(ly Extrait des Mémoires de la Sdciëté des Sciences et des Lettres de la ville de Blois, t. m , p. 180, 1840. i (2) Lalettse dimtile8tici(piesiioojtes'68t|KMitx«tCMTÀ^
une tragédie, par un coup de poignard. Je me flattais que la suite de mes aventures serait un peu plus divertissante ; mais tout a été pour moi de mal en pis. J'ai été obligé de laisser à Ispahan mon fidèle Âchate , le Grec Nicolas , qui n'avait pu se rétablir encore des fièvres du Ghilan , et qui ^ devenu presque hydropique , était hors d'état de m' accompagner. Ainsi , en moins d'un an , de quatre individus partis de Constantinople pleins de santé et de zèle , moi seul , et le plus faible de tous , ai pu continuer à voyager. Je ne vous donnerai point par jour mon itinéraire , ce serait à n'en plus finir; je vous dirai seulement que nos cartes sont d'une honteuse imperfection , depuis Ispahan jusqu'à Cbyraz. Quant aux ruines , dites de Persépolis , que j'ai visitées en passant , je ne chercherai point à vous les décrire, c'est un travail au-dessus de mes forces, et qui n'est point de mon ressort. H y a peu de monuments célèbres de l'Orient que je n'aie visités : j'ai vu Palmyre j Baalbecky Athènes, toutes les merveilles de l'Egypte; et toutefois , je dois avouer que j'ai été frappé de la plus vive admiration à la vue du Takht-Djemched (trône du Soleil) , qui surpasse tout ce que j'avais vu jusqu'alors. Outre ces ruines auxquelles on donne fort impropre^
ment le nom de Persépolis , et qui ont été bien
€74 RELATIOliS W TOT AGES
décrites^ il y en a beaucoup d'autres fort ifie portantes à Chapour, Firouzabad^ Ghouster, Fasa, etc., etc., qui sont en grande partie inconnues : c'est une riche mine que nos antiquaires ont le grand tort de n^liger*
J'arrive d'un seul trait à Chyraz, ville qui jouit en Europe d'une grande célérité, et sur laquelle vous ne serez peut-être pas fâché d'avoir quelques renseignen^ents. Comme toutes les villes de la Perse , elle est bâtie en plaine ; les montagnes qui l'entourent sont sèches et stériles , il n'y a guère que les chèvres et les botanistes qui puissent y trouver leur vie. Ne cherchez donc point aux environs de Cbyraz des sites pittoresques, des coteaux couverts de vignes, de frais bosquets où gémit le bulbul (1) , de vertes prairies émailléés de fleurs, des ruisseaux qui murmurent sous Tombrage et parmi le gazon : tout cela est européen ^ et ne se trouve point en Perse. Vous n'y verrez que d'immenses vergers où les arbres sont plantés sans art , et végètent presque abandonnés à eux-mêmes : sous un climat brûlant , ce sont , à vrai dire , des endroits délicieux, de vrais paradis, suivant Tantique expression des Perses. Il y a là de l'om-
(1} Le roangnol
m ottmrr. mh
brage et un peu de £raiclieiir> la ch(me au monde la plus désirable , quand la chaleur enflamme le sang; car il s'en fa^t bien ^'il r^gne dans cette yallée un printemps p^pétuel : les ét^s sont d'une chaleur infernak. Les poètes de l'Ourlent ^ bien plus encore que leurs confrères d'Occident y ont , comme tous le voyea 9 beaucoup abus4 du droit de t<rafc oser. C^^^endant on Uowre à ChyraiK des fleurs et des frwts en tout temps, des parfums , du vin délicieux , cte jolies filles de joie et de beaux garçons ; que faut-il de plus à un musulman, et surtout à un Persan, le plus sensuel de tous les musulmans?
jL'eau est détestable à Ghyraz , elle contint de Tacide qui lui d<mne une arrière-goût fort désagréable. Celle qui traverse la ville, et que boit la plus grande partie de la population, est la plus mauvaise, et de plus, elle est purgative. Il y en a une autre un peu meilleure et que l'on nomme fi^asir. Hafiz en fait l'éloge le plua pompeux , et lui donne même une origine divine. Urapporte que dans les montagnes du Farsistan se trouve un endroit ignoré des hommes et enveloppé d'une nuit éternelle , que de cet endroit coule une source qui donne l'immortalité. L'ange GalH*iel en ayant fait la découverte voulut qu'elle allât abreuver les Ghyraziens; cette eau a «conservé le nom de Kasir, qui est celui de
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la source mystérieuse ; il faut avotier qu'elle a bien perdu en route.
Chyraz est la ville persane par etcellence, c'est là qu'on étudie les vices et les qualités des Persans, je ne dirai pas leurs vertus ^ car j'ose affirmer hardiment qu'il n'en existe pas une seule parmi eux. Ne demandez point à la Perse des hoipmes dévoués à leur patrie, à leur famille, à leurs amis. Aucun sentiment honorable, ne fait battre leur cœur : gloire , honneur^ réputation , courage, sont pour eux des mots vides de sens. Il n'y a que l'intérêt le plus matériel, \ auri sacra famés ^ qui soit capable de leur donner quelque énergie. La classe élevée se distingue par une grande politesse de manières , mais si outrée, si évidemment fausse, qu'un Européen en est souvent révolté. Leur dégoûtante passion pour les garçons est si générale , qu'ils aiment à étaler ce vice comme on fait chez nous de ses chevaux et ses équipages. Les Khans sortent rarement sans être accompagnés de leurs mignons, et ceux mêmes qui ont le moins de goût pour ce genre de débauche, se croient obligés de faire comme les autres pour lie point se couvrir de. ridicule. Chyraz et Ispahan sont les deux chefs^lieux des Lotys, c'est là qu'ils sont en plus grand nombre et qu'ils exercent toute leur influence. Comme les voya*
geurs n'en ont presque point parlé, et qu'on ignore généralement en Ëarope ce que c'est qu'un Loly, je vous en dirai quelques mots.
Les Lotys forment, une vaste association secrète qui a ses ramiScations dans toute la Perse. Ils constituent une opposition fortement organisée, et quelquefois très-redoutable au pouvoir. €e sont comme qui dirait des carbonari» des jacobins , ou plus exactement , c'est à peu près l'ancien tribunal secret en Allemagne. Les plus grands personnages y sont secrètement alEliés; cette société est d'aùtaùt plus redoutée qu'elle frappe souvent dans l'ombre , et que le pouvoir n'ose jamais remonter à la source d'un crime qu'il ne peut punir.
Gbyraz, comme vous le savez > est la patrie des deux plus grands poètes persans , Haliz et Saadi, qui y ont leur tombeau. Le premier est uo poète é: it en bonneur
auprès des libertins. Les
dévots doni l ses obscéni-
tés , de mé nous pour les
gravelures de la Bible. Les œuvres d'Hafiz ont l'honneur de servir à faire l'Istikar (1 ) ; on ouvre ce livre au hasard et l'on trouve un oracle infaillible dans le dernier vers de la page.
(1) Vnf^. pa^ 491, noie.
STS RELATIONS DE VOïAGES
Chyràz est d'une médiocre ëten<lae, et né doit pas avoir 30^000 habitants ; c*ést, au reste, presque une niaiserie que de faire de la statistique eh Orient, ùik au tnoindre mécontentement donné par le gottvemeur de la province , la population se transporte ailleurs. Les principales maisons sont bâties avec goût ; elles ont de vastes cours avec de grands bassins d'eau coulante j des allées de platanes ou de cyprès , ou des plateik-bandes garnies de rosiers et de fleura.
Quelques jours avant mon départ de Chyraz, je reçus la visite d'un Persan qui avait été eh France et parlait très-intelligiblement le français ; il me conduisît chez lui : « €omme tous êtes, me dit-il, une barbe blanche, je veui vous présenter à ma femme k . Je ne savais que penser d'une faveur aussi grande de là part d'un musulman , et ma surprise ne fit que redoubler, lorsque j- entendis cette jeune femme m'adresser ainsi la parole: « Bonjour^ Monsieur; ah ! que je suis aise de vous voir!» Tout s'expliqua bien vite; cette femme est fratiçaise , et très-française, car elle se dît nièce du général B***. Hadji-Âbbas ( c'est le nom du mari), en passant à Orléans, fit connaissance avec sa fkmille , et comme les Persans ont un aplomb et un talent particuliers pour le mensonge , il fit entendre au père quMl avait d'îm-
EN ORIENT- etfl
menses richesses en Perse, et quHl élèverait sa fille au comble des honneurs s4i voulait la lui donner pour femme. Peutnêtre éleva-t-il aussi son beau-père au rang de mamamouchi. Quoi qu'il en soit, i} l!obtint,et depuis plus de vingt ans cette femme végète à Chyraz; elle s'est fait musulmane et parait même attachée à cette religiou; Son mari , quoique à peine à son aise, lui a fait donner l'éducation du pays ; elle parle et écrit, l'arabe et le persan. Je lui ai demandé si elle était heureuse ; elle m'a répondu qu'elle n'avait point à se plaindre de son mari qui n'avait point d'autre femme et la traitait bien, mait qu'elle ne pouvait point s'habituer au caractère de ses nouveaux cdîîipatriotes , et qu'elle regrettait bien sincèrement la France , quoiqu'elle la connût à peine , l'ayant quittée à l'âge de qminzè ^ ans.
En voilà beaucoup trop sur ce sujet , il faut laisser là Chyraz et continuer notre voyage. Je vous dirai cependant que j'y ai fait provision d'une certaine quantité de flacons de son vin délicieux ; je veux que nous les vidions ensemble , à Blois , dans la société de nos amis , pour y célébrer mon retour : dit concédant I
De Chyrai, je descendis de vallées en vallées sur les côtes du golfe. Jfe me rendis à Bender- Bouchyr, où le consul d'^Ângleterre , pour qui
j'avais des lettres de recommandation , m'en donna d'autres pour Mascate. Comme les yoyages par mer ne m'apprennent rien , je me décidai à me rendre à Bender-Abassy par terre ; j'eus beaucoup à souffrir sur cette côte aride , de la mauvaise qualité des eaux : mais j'en trouvai de meilleures une fois que je fus parvenu dans les montagnes. On ne boit dans tout ce pays que les eaux pluviales recueillies dans des citernes, car il y a fort peu de sources; or, comme il ne pleut que du 15 février au 15 mars, il en résulte que les eaux deviennent, à la fin , croupissantes et fort malsaines. J'eus au reste la bonne fortune de me trouver dans la saison des pluies* Jusqu'à Bender-Abassy, mon voyage fut fort paisible , malgré l'étonnement extrême que ma personne faisait éprouver aux habitants de ces contrées presque jamais visitées par des Européens. Le pays est habité par des Arabes , nation hospitalière, et qui conserve presque les vertus de ses pères. Le Kl)an de Lar exerça à mon égard lapins franche hospitalité; il me fit accompagner par un de ses esclaves jusqu'à Bender-Abassy , et ordonna que sur ma route je fusse logé et hébergé le miçux qu'il se pourrait faire. A Bender-Abassy, je reçus le même accueil du Gheik arabe. Ce port appartient à l'Imam de Mascate , ainsi que toute la côte , à l'excep-
tion de Bouchyr ; mais rimam paye un léger tribut au Chah. Quaataux îles , telles qu'Ormouz Kichme, Salaman, etc., etc., qui appartenaient autrefois aux Persans , elles obéissent à présent à rimam qui ne paye point de tribut à raison de cette possession. Comment, ^n effet, la Perse aurait-elle pu conserver ces îles , elle qui. ne possède pas un seul bateau sur toute la côte?
11 me tardait de me rendre à Mascate avant les grandes chaleurs ; je m'embarquai donc sur le premier bâtiment arabe qui se rencontra. Je m'y trouvai eji assez nombreuse compagnie; il y avait des Persans, des Arabes et des Banians. Sa cargaison consistait en feuilles de Myrte ^ qu'on recueille dans les vallées des montagnes de moyenne élévation /et dont on fait un grand usage en Arabie pour les bains. Il y avait aussi belle provision ^ Assa'fœtida{\\ dont le souvenir me fait sauter le cœur , quoique ce soit un régal très-recherché par les Indiens» Nous relâchantes en passant à Ormouz, autrefois dépôt de toutes les richesses de l'Inde , et maintenant habitée par quelques pauvres familles arabes. Jusqu'jsiu cap Mascédon, notre navigatipn fut heureuse, quoique fort lente. Une nuit, je contemplais le
(1) Substance gqmmo-résineuse ex;traite de la jracine de la Ferulà asschfœtida , plan^ originaire de la Perse.
68i RELATIONS DE VOYAGES
magnifique spectacle que présentent les mers tropicales; il y avait calme, mais avec d'immenses vagues; à chaque mouvement, la surface de la mer semblait s'embraser à perte de vue :
cette curieuse phosphorescence est due, comme vous savez, à la présence de certains animalcules dans les eaux de la mer. Tout à coup le redoutable chemàl (véntd'ouest) se déchaîna avec sa violence ordinaire, et avant que notre maudite voile arabe pût être descendue^ le grain nous atteignit, le bâtiment fut jeté vers la côte , et Teau y pé* nétra de toutes parts, car les bâtiments arabes ne sont qu'à moitié pontés. Je crus que c'était fait de nous, et je me disposai à faire le saut périlleux. Cependant la voile fut descendue. On se hâta de jeter à la mer les ballots de feuilles de myrte, tout le monde courut aux seaux, et avec beaucoup d'efforts on parvint enfin à s'alléger un peu. Mais la tempête continuait toujours, le vent menaçait à chaque instant de renverser notre frète embarcation. Il fallait entendre les lamentations des passagers : les Sunnites répétaient incessamment en chœur : AUab 111 Allah ! les Schjry tes : la Ali I les Banians invoquaient je ne sais qui, et mon pauvre domestique arménien, les larmes aux yeux , implorait tous lés saînts de son calendrier. Qmmt à moi, j'étais ^éclateur , et quoique f eusse pris mon parti , je ne
EN ORIENT. èM
pouvais m'empécher de reporter ma peiii^e sur lââ pauvre femme, sur ma fille et sur ma patrie t etdulces moriem reminiscitur... Blesas (1).
Nous en fûmes quittes, toutefois, pour cinq ou tàx heures d'agonie ^ au lever du soleil, lèvent se calma , et après huit jours de navigation ^ nous jetâmes Taucre dans le port de Hhseate. H n'y a que les avantages d'un bon port qui ont pu dé«terminer à construire une ville dans une aussi mauvaise pcM^îtion. Mascate esi bâtie dans un en^ tonnoir fort étroit ; les montagnes^ ou plutèt les rochers qui l'entourent de toitô côtés sont fott élevés 9 taillés à pit ^ et d'une aridité particulière à ce pays ; lorsque le chemàl souffle ^ il pénètre dans la ville par l'étroite ouverture du p«rt, et Ton se trouve alors fort heureui: de res{^rw cet air, tout embrasé qu'il est. Le climat de Mascate est, avec raison, si mal Ismé chez les ^nglate, qu'il n'y en a pas un qui^ pour traies iitoses au monde , consentit à y passer une seule nuit à terres Je me hâtai de gagner l'intérieur, qui est beaucoup moins iimalubre. L'agent an^ glais ^ juif de Bagdad , me procura des lettres des min^resde l'Imam, car ce dertii^ esta Zansibar^
(1) Sternitur infdix. * , . . • cœlunique A^picit, et dulces moriens reminiscitur Argos.
\îrg., MuAà,^ X, V. >BL
ile d'Afrique <|uikâ appartient, et qui s'était réy^ljtée contre lui. ^e m& fis accompagner dans cette excursion par un soldat dont Funiforme ne doit pas ruiner son: maître. Tous les soldats de rin^am sont absolument nus :. ils se distinguent seulement par leurs Icnags .cheveux. Leurs^ armes consistent en un salure, un petit bouclier et un
fusil à mèche.
.Je ne veux pmnt pour le moment vous donner .la, fatigue de m'accompàgner dans ces déserts inconnus à l'Europe ; ma visite dans l'intérieur de .l'Jmamat.fera la matière d'une autre lettre. Je restai plus^ d'un mois dans cette course que je poussai jusqu'au cap Raz^l-Gat et jusqu-au vil- Jage de. Guebriny appartenant aux Wahabites, seete de musulmans qui afait beaucoup de bruit^ mais: qui se trouve maintenant beaucoup trop /aibie, pour entreprendre aucune, nouvelleexpédition, quoi qu'en aient dit dernièrement les joarnaux d'Europe; j'ai pris^ sur cette secte quelques* renseignements nouveaux. Désirant ne rien Ijlis^r échapper dans un pays qui n'avait jamais ,été visité , je : ptis le parti d'aller toujours à .pied;;mais la fatigue qui. en, résulta sous ce soleil des ti^opiques et la mauvaise nourriture me donnèrent le Houmma-y-Gâchi. C'est une fièvre dont les paroxysmes sont précédés de cinq ou six heurçs d'évanouissement dont rien ne peut faire
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sortir le malade ; au bout de deux ou trois accès la mort est mévitablei Le sulfate de quinine, dont j'avais heureusement une bonne provision , fit des merveilles ; à mon retour à Mascate cette fièvre me reprit de nouveau , et j'eus le bonheur d'en guérir par le même moyen.
Comme j'avais hâte de regagner les côtes dé la Perse , je m'embarquai sur une bala qui venait de rinde, et pmiait à Bassora un grand > nombre de pèlerins Schyytes indiens qui se rendaient au tombeau d'Ali , près de Bagdad ; le capitaine devait en passant me laisser à Kichme ou à Ormouz. Le chem^l ne cessa de souffler pendant les premiers huit jours de notre navigation , mais comme il n'était pas très-violent nous ne laissâmes pas que de faire quelque chemin. Mous contmencions même à découvrir le sommet des mon^ tagnes de l'île d'Ormouz, lorsque le vent devint si violent qu'il fallut nous laisser aller à la dérive. Tous les bâtiments arabes qui naviguent sur le golfe Persique sont mal i>ontésv mal voilés et hors d'état de marcher contre le vent ; ils sont obligés de suivre toujours la vague ; c'est ainsi que nous fumes jetés sur les côtes du Bélout-f chistan, où nous mouillâmes dans une rade nommée Bender-Saîd. Nous allâmes à terre avec quelques précautions, c^r les Béloutches ont une très-mauvaise réputation. Mous en vimes bientôt
m KELATmX^ Iffi VOYAGES
4dax ¥6air à nous; ite nous ieEdlrc»^ la mtan k k manièi^ arabe et noua ocoidiiHwrmt amiculQment à leu» tentes^ a« oomlure 49^ cinq ou six. €«« g^ia-là ne {liafiircAt Soort inoffensifa; Us vivent 4aa» ce coin olwoiir et recule du globe sinon fort somptueusement^ du moins fort tranq^iUes et fort beurw». Gomme à Mascate, et sur K^utea les c6tea an golfe , leur nourriture conisiste en pois^ son: les ctevaux niémea aequii^nt par*Ià une force et un embonpoint que la meillevre iierbe et l'orge ne leur donnent jamais.
Je recueillis dans ce désert, des plantes fort .curieuses et pour la plupart nonv^les- Le Figuier des Banians , dont vous voua rappelez sans doute avoir lu une description dans la Chaumière Indienne^ cte Bernardin de $aint*>Pierre (1), y forme d'imm^uies arceau:^ ; le S^Mkuia é^cidua^^ est ccmtinuell^aieiit couvert^^ fleurs et de finiits
(1) Ficus benghalensiSi L.-F« vasta, de Forskael» Fl. œgypt. ara6.,p. 179.
« La cabane était inébranlalile ; oi|tre ^^elle était dans le ^ plus étroit du yailon , elle était biiie sous im igrtee de war i> ou figuier des Banians , doiit les branches , qui poussent des » extrémités de racines à leurs extrémités , forment autant d'ar- « cades qui appuient le tronc principal. Le leuittage de cet » «£bre étl^t sî épsis qu^ila*y pASdait pas use goutte de ]4uie ; » et quoique Touragan fit ent^endr^ ses terribles rugissements » entremêlés des éclats de la foudre , la fumée du foyer, qui » sortiât par le milieu du toit, et la kiœièredeU lampe îi'ë-
n tmam pas vBiàmfè AsitécA » Bsaii. si Sx-Pisru.
d'im^ go4t déliciett:^^ CeU» végétation Hie parut si intéressante, que. je me déterminai à gagner Qender^Abassy par terre. C'était un peu hasardexoi ) mais trop de prudence ne convient pas en voyage. J'envoyai un Béloutcbe dans un village voisin 9 afin qu'il m'amenât des chameaux, et je retournai au navire pour me dis^ser à partir le lendemain matin. Mais pendant la nuit ^ le veAt étant devenu favorable , le capitaine mit à la voile malgré me^ instances. Nous ne tardâmes pas à arriver à Kicbi|ie , où je pris une légère embarcation qui, en quelques beures, me débarqua beureusement à Bender-Abassy. Une cbaleur et une humidité extrêmes rendent Bender-Abassy peut-être plus iusalubre que Mascate; je me pressai de le quitter, et comme je n'avais point renoncé à retourner dans le Béloutcbistan, le Cbeik^ dont l'obligeance pour moi était inépuisable , me donna des lettres pour les autres Gbeiks sur ma route , des hommes et des montures.
Je me dirigeai donc sur Minah et le cap Moubarek , décidé à pousser plus loin , si les circonstances m'étaient favorables. Je côtoyai la mer à peu de distance 9 à travers un désert où se trouvent, ça et là , quelques puits d'eau saumàtre et de misérables hameaux arabes. Le second jour 4» notre voyage , nous éprouvâmes un vio«
lent chémâl qui dura depuis neuf heures du matin jusqu'au coucher du soleil. 11 m'est impossible dé vous donner une idée de ce que j'^ai souffert. J'étais étendu sous ma tente, sans niouvemènt , presque sans connaissance ^ et tourmenté par uni horrible cauchemar. Une poussière d'une extrême ténuité pénétrait par tout, dans nies caisses , mes bottés à insectes , mes livres et jusque dans ma montre à double boite. Le vent en un instant dessécha mes outres pleines d'eau, évapora toute ma provision d'éau-de-vie, et mit à sec mes reptiles qui étaient cependant enfermés dans des flacons d'esprit de vin hermétiquement bouchés. Chaque bouffée d'air était brûlante et semblable à celle qui sort d'un four bien chauffé. J'espérais que cet état de choses ne durerait pas et je continuai ma route pendant la nuit ; mais nous éprouvâmes régulièrement tous les jours le même temps. Mes forces m'abandonnaient , je ne pouvais manger un peu que pendant la nuit ; mon domestique était encore plus malade que moi , et n'était presque plus en état de se tenir sur son chameau. Je reconnus qu'il y avait de la témérité à aller plus loin , et je me jetai dans les montagnes pour regagner la Perse comme je pourrais.
Ici vont commencer mes véritables infortunes. J'espérais trouver dans les montagnes un air
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plus frais et de meilleure eau; je me trompais^ la chaleur concentrée dans les vallées était plus étouffante que sur la côte , et toutes les eaux , saturées de sulfate de magnésie , y étaient d'une amertume insupportable ; un seul verre suffisait pour me purger pendant deux jours. Mes forces allaient toujours en décroissant, une fièvre lente s'empara de moi ; je ne trouvais absolument rien à manger dans le pays, sauf des dattes que mon estomac ne pouvait garder. Dans ce misérable état, j'eus encore le courage, ou, pour mieux dire, la témérité d'explorer une haute montagne nommée Guenau. J'employai quatre jours à cette excursion qui faillit me coûter la vie , et ne fut pas très -fructueuse ; je n'aurais pas été le seul Européen qui y eût reposé; on me fit voir sur la cime, le tombeau d'un Anglais qui / poursuivi par le climat affreux de Bender- Âbassy , était venu chercher vainement sur ces hauteurs quelque adoucissement à ses maux.
Mes guides, au retour, me firent prendre un chemin qu'ils disaient plus court; mais soit qu'ils ne le connussent pas bien , soit qu'ils voulussent rester quelques jours de plus à mon service , ils m'engagèrent hors de tout sentier, dans des rochers et des précipices. Mes chaussures furent bientôt mises en pièces, et je fus obligé de marcher nu-pieds sur des roches tranchâtes et sui;:
6«e RELATIONS DE VOYAGES
un terrain couvert d'épines de Mimosa qui me mirent bientôt tout en. sang; ajoutez à cela un soleil dévoifant çt le manque d'eau. Il fallut passer la nuit au milieu de ces rochers. Le lendemain j'essayai de me mettre en route j tout mon corps était brisé ^ mes pieds enflés ^ ma langue, desséchée, adhérait à mon palais.
Il n'y avait que deux partis à prendre, ou mourii^ sur place ou partir. Après avoir essayé quelques pas , je m'arrêtai au premier parti , je me laissai tomber à terre et attendis la mort. Cependant un de mes Arabes, touché de ma position désespérée, parvînt à découvrir un peu d'eau pluviale qui s'était conservée dans les cavités. Je biis, et mangeai un petit morceau de pain , ce qui me donna la force de me lever et de faire une nouvelle tentative. Que vous diraî-je, enfin ? l'amour de la vie (et il fallut qu'il fût bien fort) nae fit encore faire six interminables lieues^, toujours montant et descendant.
Après quelques jours de repos, je continuai ma route dans un pays Inconnu, toujours au mî- Ifeu d'un désert brûlant, et j'arrivai enfin àSazeb, premier village persan. Mes chameliers , braves gens, Arabes sunnites, ne voulurent pas aller plus loin dans le pays des Persans, qu'ils craignent et qu'ails méprisent avec tant de raison. Les villageois de Sazeh , me voyant à leur dîspo-
EN ORIENT. €9i
sition , commencèrent à vouloir m'effrayer en me disant que la route était impraticable, qu'à deux heures de leur yiUâge il y avait plus de quinze centi^ hommes en pleine révolte contre le gouverneur de la province , que ces gens-là ne connaissaient personne , et pillaient indistinctement tout ce qui osait se présenter sûr cette route. Gomme je ne paraissais pas ajouter grande foi à leur rapport (il ûe fallait, en effet, queleplussimpie bon sens pour en voir toute la fausseté ; comment quinze cents hommes auraient-ils pu vivre dans des montagnes, sans eau, sans village et sans le moindre moyen d'existence!), ils levèrent le masque et exigèrent de moi 1 touman pour chaque chameau (12 fr.) par journée de quatre à cinq lieues. J'en passai par là, et après six jours de marche sans rencontrer une seule figure humaine , si ce n'est dans lin misérable village, j arrivai à Taroun, lieu que Chardin cite comme un endroit délicieux.
A Taroun , il n'y avait plus de chameaux/ il fallut prendre des ânes et payer le même prix, 12 fr, par journée , quoiqu'un âne ne porte pas autant qu'un chameau, et qu'il enfallât prendre le double. Ma bourse, qui avait été singulièrement torturée par les Arabes de Mascate^ ne pouvait résister longtemps à dépareilles saignées , et j'arrivai à Darap presque à see , ayant encore plus ^
soixante-quinze lieues à faire pour gagner Chyraz. Ce qui me désespérait le plus , c'est que mes collections souffraient beaucoup sur les ânes, qui allaient à chaque instant se heurter sur les rochers. Deux barriques furent défoncées, et les poissons qu'elles contenaient tout à fait perdus. Désirant trouver promptement d'autres bêtes de somme, j'entrai, contre mon usage, dans la ville y et allai loger dans un caravansérail. Mon réduit fut bientôt rempli de tous les curieux du paysj ils venaient voir comment était fait un Franghi; c'était un animal nouveau pour la plupart d'entre eux. Or, vous saurez qu'il n'y a pas au monde de race plus stupide , plus importune et plus insoleniment questionneuse que les Persans. Je ne pouvais plus respirer dans mon trou , j'étais sur le point de me trouver mal ; je me vis obligé de prier tous ces imbéciles de vider la place , et de me laisser tranquille. ^ Ce fut le signal de la guerre. Je fus hué par la foule, des pierres me furent lancées , et je fus blessé si grièvement à la jambe que la plaie n'est pas encore entièrement cicatrisée; je fus obligé de me barricader dans ma chambre , et de n'en pas sortir pendant deux jours , sous peine d'êtjre massacré pjir cette race impie et scélérate. On ne -trouvait pas même d'ânes à Darap, et je ne savais cç que j'allais devenir , lorsqu'un mulçtier
qui venait par hasard d'arriver , et qui avait été longtemps au service d'un Anglais de mes amis , le brave colonel Shee, vint m'offrir de me conduire à Chyraz. Vous devez croire avec quel empressement j'acceptai cette proposition. Le lendemaiïi ^ au moment de mon départ , toute la population était sur pied dans la cour du caravansérail^ et dans les riies que je devais parcourir. Dès que je parus, les huées recommencèrent|; craignant quelque violence, j'avais chargé mon fusil et mes pistolets à baïle, €t j'étais décidé à faire feu au milieu de la foule si elle essayait sur moi quelque violence. Mes dispositions imposèrent et j'arrivai heureusement hors de là porte de la ville, toujours accompagné par la foule. Là , il me prit fantaisie d'adresser quelques mots à cette canaille : « Vous êtes des misé- » râbles, leur dîs-je; vous n'avez de respect^ ni » pour la vieillesse , ni pour le malheur; un étran- » ger mourant est venu chercher quelques mo- » ments de repos dans vos murs , vous l'avez in- » suite et blessé , l)ieu est juste, il vous punira! » Ces dernières paroloi , quoique prononcées par un organe étranger à la langue persane , firent cependant beaucoup d'eflfet sur ces misérables qui ne soufflèrent plus mot, et parurent repentants. J'avais à peiue achevé ma harangue, qu'on entendit dans Fair un bruit singulier, et qui
ressemblait à celui que fait la grêle , quand elle tombe avec violence; chacun se tourna vers Touest , d'où venait le bruit; c'était une immense colonne de la sauterelle émigrante, qui menaçait de ravager toute la contrée. Je fus étonné moimême de la coïncidence de ma menace avec l'arrivée de cet animal destructeur ; quoique ce soit un événement très-commun dans le pays, tous les esprits en furent frappés. Les uns me prirent pour un magicien , et voulaient qu'on me lapidât; les autres avaient meilleure opinion de moi , et j'entendis même prononcer le mot de peîgamber (prophète). Malgré cet honneur insigne, que je n'aurais jamais obtenu dans mon pays, je jugeai prudent de m'éloigner au plus vite; les mules avaient bon pas, et pous gagnâmes promptement sur la foule , qui ne tarda pas, d'ailleurs, à s'éclaircir jpar la nécessité d'aller s'opposer à l'invasion du fléau. Ils attachent, pour cela, des mouchoirs ou des serviettes à de longs ^bâtops qu'ils agitent dans l'air avec de grands cris accompagnés de coups de fusil. En. pareil cas, t^t est sur pied pour défendre son champ, femmes, enfants, vieillards. J)eux jours après, j'arrivai àFasa après avoir parcpuru de riches montagne^, où, malgré ma faiblesse, je ^s une admirable récolte de plantes et d'insectes. Je me gardaibiend'entrerdans la ville*
Jq campai à un^ boime distance , mais malgné cette prépautîou ^ je ne tardai pas à être relunoé par les habitants ; je fus plus mall^euren:^ emw^ à Darap : ils vinrent , pendant la nuit> CQupor les cordes de ma tente , et jetèrent ensuite siipr moi une pierre énorme 9 qui m*aurait infailliUe^ ment tué, si elle n'avait pas été amortie par la toiIe« Je reçus toutefois une contusion vÎQlente, £nfin> le jour suivant , pendant que mon domesH tique était allé faire quelques provisions au bazar, et que je tremblais de la fièvre , qui ne me quittait presque plus depuis huit jours, cinq mi^ sérables parvinrent à m'enlever tout l'argent qui me restait^ mon seul habillement propre e(; une montre de quelque prix. Ainsi , ma voil^ sans argent^ et presque couvert de haillons au })eau milieu 4^ la Perse. Quelle situatiof^ ! Jç n'aurais pas éprouyé un traitei^ei»^ aussi crue} si j'avais ^^ ayec moi une nombreuse suite i car il n'en faut pas davantage pol^* inspirer de 1% crainte I ef même du respect^ aux Persan^ qui i on ne saurait trop le répéter | ^oi^t les pluQ vjili; et les plus lâches 4^ homn^s.
De Fasa à Chyra^ on ne trouve qije de.paii** vres villages ; je fis ce trajet paisil^le^ienl;, quoir que dans un état de santé de§ plus déplorfibles* Je restai plusieurs jours à Cbyra* ^ pu j'^n^pruntai quelque ;urgent à douze pour cent par mois ,
taux très-îtiisonnable dans ce pays-ci y et continuai ensuite mon voyage pour Ispaban. Je ne croyais jamais arriver jusque-là : j'étais tombé dans le marasme, il m'était impossible de me tenir sur les jambes. L'amitié du père Giovani Derdérian , préfet de la mission catholi^iue , homme recommandable par son talent et son caractère , et les soins éclairés du docteur Bertopi, me rappelèrent à la vie. De jour en jour ines forces reviennent , et je me dispose à retourner l'année prochaine à Constantinople, en visitant Bassora, Bagdad , Mossoul, et les hautes montagnes encore vierges de la Médie, où a été assassiné le malheureux et savant Schultz, mais dans un temps tout différent de celui-ci.
Yoilà , mon bon ami , une relation bien succincte de ma vie , pendant six mois : ma feïnme m'écrit que vous avez fait insérer dans les journaux quel(}ues-unes de mes lettres , vous en êtes certainement bien lé maître ; mais je dois vous faire observer qu'elles sont écrites à la hâte , et qu'elles doivent être pleines de répétitions^ d'expressions lâches et de phrases plus que négligées ; un bon coup de polissoir serait donc nécessaire si vous voulez mettre mon griff'onnage sous les yeux du public.
Croyez-vous que le Ministère consente à m'accorder quelques secours ? je sais que vous vous
en occupez avec toute la chaleur de l'amitié. Grâces vous soient mille fois rendues !
J'ai renoncé , malgré moi , à visiter, cette année-ci Hérat , Caboul et Randahar ; tout ce pays est en combustion. Le Chah de Perse assiège Hérat avec peu de succès ; il vient dernièrement de perdre, dans une sortie, presque tous ses oflScieris européens. L'Olympe s'est partagé : les Russes excitent le Chah à s'emparer de cette place ; les Anglais s'y opposent de toutes leurs forces ; l'ambassadeur fait mine de vouloir quitter la Perse si le Chah persiste ; le plus embarrassé , c'est le pauvre Chah qui voudrait plaire à tout le monde.
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