‹ Relations de voyages en Orient, de 1830 à 1838 (volume 2)Chapitre 2 sur 24 · AUTRE LETTRE A M. NA13DIN, A BLOIS · texte numérisé non relu

AUTRE LETTRE A M. NA13DIN, A BLOIS

Gonsunlinople, 18 JaQYier i>37.

Mon cher monsieur Naudin ,

Je ne saurais assez vous témoigner toute ma reconnaissance pour les peines infinies que vous ayez prises pour faire réussir moij affaire. Je vois avec bien du regret que mon absence l'a fait échouer et qu'il est peut-être impossible de la reprendre avec quelque avantage. Toutefois je me décide de nouveau à adresser une seconde demande au ministère, et vous avez tant de bonne volonté pour moi , que je prends la liberté de vous envoyer ma pétition en vous priant de me continuer vos bons offices. Cette fois-ci, je fixe la somme que je crois nécessaire , peutêtre là trouvera-t-on un peu élevée , mais j'aî arrangé ma demande de manière que si le ministère a quelque bonne volonté pour moi , il trouvera moyen de me secourir. En attendant cette décision, comme je ne veux point perdre cette année dans l'inaction , je vais me rendre sur les côtes méridionales de la Caspienne , d'où je remonterai à temps sur le plateau de la Perse,

pour en explorer les hautes montagnes. J'attendrai à Téhéran la décision du ministre ; si elle n'est pas fayorable , je continuerai mon voyage sur le golfe Persique ; dans le cas contraire , je reviendrai à Constanlinople pour me préparer à mon grand voyage , si cela est nécessaire.

Je n'ai point oublié le bon curé de Cour-Chevemy, je vous prie de lui dire que je suis sensible à son bon souvenir ; enfin, mon cher Monsieur, obligez-moi de distribuer mes amitiés à tous ceux qui ont bien voulu ne point m'oublier entièrement.

Je partirai au plus tard dans le mois de mars; si cependant vous aviez quelque chose à me communiquer, votre lettre pourrait m'être envoyée en Perse , par la voie de l'ambassade anglaise à Gonstantinople.

Adieu , mon cher monsieur Naudin , croyez à mon inviolable attachement.

JOVAML Dl 1837 ET DE I838«

15 mars 1837. Je partis de Gonstantinople avec M. Dufaud , Français , mon aide pour l'histoire naturelle , un drogman grec et un domestique franc. N'ayant pu nous procurer de muletier, nous prîmes le parti de voyager ^vec nos propres chevaux , sans trop peser les inconvénients de ce mode. Après avoir échappé à grand peine aux importunités des demandeurs de bakchich , nous traversâmes le détroit et nous trouvâmes enfin un peu plus tranquillei^ à Scutarii noqs chargeâmes nos effets tant bien que mal, mais nous nous aperçâmes bientôt qu'i} nous était impossible de marcher ainsi ; nos chevaux n'étaient point accoutumés à porter la charge , et notre domestique ne connaissant rien à la manière de charger, deux fois notre bagage fut renversé , nos chevaux s'échappèrent , et pour

comble d'infortune la pluie s'en mêla. Nous rencontrâmes, par bonheur, un brave musulman qui nous aida à recharger, et clopin dopant , nous arrivâmes le soir à Kartal, assez gros village, à quatre heures de Scularî. La route dernièrement faite par les ordres d'Ahmet-Pacha , est très-bonne et carrossable , jusqu'à Nicomédie (1); des poteaux à la russe, bariolés de blanc et de noir, placés tous les quarts de lieue , indiquent les distances. Entre Scutari et Kartal , se trouve le village de Maltéjé, sur la droite, au bord de la mer. Le pays est très-ferlile et assez bien cultivé.

16 mars. Nous cheminâmes à peu près avec les mêmes tablatures que la veille. A une demî- 'iki^ village grec sur la mie plus loin , Touzta , loin, Jretchou; couché ivee une belle mosquée.

un guide, non pour la sUente, mais pour nous aider à conduire nos chevaux que les voitures effrayaient , et pour relever notre charge. Nous ne Hmes que quatre heures et vînmes coucher à Uraki, oh. il n'y a que deux ou trois mau-

(1) En turc, Ismid.

Tais cafés. Une heure auparavant, sur un promontoire qui avance dans le golfe de Nicomédie, nous remarquâmes un village dans une position charmante, c'est Taou-chandeil {i).

18 mars. Notre route est sur lacdte,àuuede-.

mi-lieue à peu près du golfe ; les haies sont garnies de la Clematis cirrhosa (2), dont les beaux festons en fleurs et en fruits font un effet admirable. La montagne est couverte de l'Jrbufus andrachne en fleurs, et les bords du chemin de V jànemoneformosa (3). Grâce au guide que nous avions pris, notre route se fit bien, et nous arrivâmes sans encombre à Nicomédie. — Cinq heures d'Uraki.

sncomédicYiHe dans une position admirable, sur le golfe de ce nom, avec un c construction des vaisseaux de g Times une frëgate qui venait d'é mer. On évalue le nombre des mai cents , sans compter les bazars , les cafés et les khans qui sont très-nombreux à cause du passage fréquent des caravanes. La ville est construite

(1) Ce mot signifie : langue àa lièvre.

(3) Il n'existe pas de plantes sous ce nom dans les collections d'Aucher; il a voulu sans doute parler des Anènume coronaria ou stellata , espèces assez communes en Orient,

fsuT le penchant de la montagne, les maisons sont petites et entourées de jardins , il n'y en a qu'une centaine de grecque^; les Arméniens quatre fois plus nombreux^ ont Ye droit d'babiter dans la partie élevée de la ville, près des Turcs, tandis que le quartier grec est sur la route , c'est-àdire dans la partie basse. Il y a aussi des Juifs. Je ne pense pas que la population de Nicomédie excède 15,000 habitants.

19, 20 et 21 mars. Dans Tespérànce de trouver une caravane avec laquelle nous pussicms voyager de concert , nous restâmes le 19 et le 20 à Nicomédie j n'ayant rien pu trouver, nous primes un guide le 21 , et, après avoir parcouru la belle et fertile plaine de Nicomédie, puis une vaste forêt 9 nous arrivâmes , après une route évaluée à six heures, mais qui nous parut beaucoup plus longue, à Sabandia^ petit village situé près du lac de ce nom.

22 mars. Nous entrâmes dans des montagnes de médiocre hauteur (première ceinture du pla* teau de l'Asie Mineure), et nous trouvâmes bientôt dans une belle vallée où coule le Sakaria (1). Environ à moitié chemin, la vallée se rétrécit beaucoup. Nous y remarquâmes des ruines de portes el de tours , probablement éle-

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(1) Le Saugarius des ailciens.

EN OKIENT. S7»

v^es par les Grecs du moyen âge , afin d'arrêter la marche des Turcs , qui étaient maîtres d'An* gora , longtemps avant d'arriver à Nicée et à Ni* comédie. Au sortir de la vallée, nous passons le Sakaria siir un pont , et arrivons une demi^ heure après à Guewé , village situé dans une belle plaine bien cultivée en mûrier? et encéréalest

23, 24, 25 mars. La pluie n'ayant cessé de ionh ber, nous fûmes obligés de rester à Gueivé, groa village peuplé en grande partie par d^ Turcs^; mais la contrée est habitée par de« Grecs qui ne parlent que l'arménien ; on ne sait pourquoi , puisqu'il n'y a point d'Arméniens dans le pays*

26 mars. Nous traversâmes la seconde cein« ture des montagnes qui soutiennent le plateau de l'Asie Mineure, et après six heures d'une routo affreuse, nous arrivâmes à Teraklou , gros bourg où se fabriquent des peignes , des cuillers en bois et autres instruments de ce genre ; les habitants en fout un assez grand commerce; Teraklou vient de Terak , qui signifie en turc i peigne.

27 mars» Notre route fut belle , et nous n'eûmes à monter et à descendre qu'en approchant de Torbali^notre konak (1), ^ cinq heures de ce

wm'^mi^^^'^mmmmmÊÊm^mmtmrmmmmmmmtmmmmmmmÊ^mmm^fmmmmm

(1) Le gîte.

point. Torbali^ du turc Torba, sac en crin , parce qu'on y fabrique particulièrement cet article , est une petite ville située dans un site très-sauvage et entourée de précipices de tous côtés. Une rivière qui va se jeter dans le Sakaria , traverse la ville. Un auteur anonyme d'un Itinéraire de Constantinople à Téhéran , imprimé à la suite de la traduction française du Voyage de l'Inde à Chyraz, par Scott Waring (1) , se loue beaucoup de

la réception amicale des habitants de Torbali ; nous pouvons en dire autant, chacun fut honnête et prévenant à notre égard ; le maître du café dans lequel nous étions descendus partagea son souper avec nous , et chercha à nous divertir en nous faisant de la musique.

28 mars. Ce jour là, par un temps magnifique, nous traversâmes la troisième et dernière ceinture de montagnes avant d'arriver au plateau. La montée est très-rapide en sortant de Torbali ; mais ensuite la route est beaucoup plus facile. Nous voyageâmes huit heures et arrivâmes à Keustebek ^ mauvais village dans une position très-élevée.

29 mars. La pluie nous ayant surpris, nous résolûmes d'attendre le retour du beau temps ;

nous nous occupâmes de chasser aux oiseaux ,

^— — il I ■ ' ■ iii II ■ I III » • —

(1) Voyage en Perse , par Scott Waring, t. III, p. 275.

qui sont très -nombreux et très -variés. Nous cherchâmes aussi des insectes et en trouvâmes d'intéressants sur les écorces des pins.

30 mars. Le mauvais temps continuant , nous sommes forcés d'attendre encore. La neige tombe une partie de la journée.

31 mars. De Reustebek à iVa//A7ian, cinq heures ; la route suit une vallée au milieu d'une belle forêt; plus on approche du plateau^ plus les arbres deviennent rares, et enfin , sur le plateau , à Nalikhan, ils disparaissent tout à fait. Nalikhan est un gros bourg habité par des Grecs et des Arméniens ; on y trouve quantité d'arbres fruitiers.

1" avril. De Nalikhan à Sarilar (les jaunes), cinq heures. Singulier aspect de montagnes schisteuses en décomposition , image du plus affreux désert; chaleur étouffante produite par la réverbération du soleil sur les terres blanches. Sarilar , petit village assez misérable , où nous trouvâmes cependant un logement très -propre.

2 avril. Belle route, à six heures , Bej-Bazar ( bazar du prince ) , gros bourg. Même aspect singulier du pays ; coAstammenf; des minarets à la chinoise ; habitants turcs.

3 avril. Aïass , six heures. Presque toujours en plaine. Arenaria umbellata^ Cytisus ponticusp

Jlyssum strigosum (1), minutum (2), et quelques autres bonnes plantes. Aiass , gros bourg turc , dans une Jolie vallée bien plantée d'arbres fruitiers. Maisons bâties en argile. Effet très-pittoresque.

4 am/. Emiraïnlar , cinq heures. En sortant d'Âïass nous gravîmes une basse montagne , au bas de laquelle nous trouvâmes, de l'autre côté, un petit village, à l'entrée de la vaste plaine où est bâtie Angora. Cette ville étant éloignée de neuf heures d'Aïass , nous résolûmes de nous arrêter dans un petit village turc nommé Emiraïnlar.

6 avril. Angora , quatre heures et demie.

Dans la même plaine, belle et fertile, mais qui est loin d'être entièrement cultivée. Angora est bâtie sur une montagne volcanique ; la citadelle est sur le sommet. Les habitants disent qu'il y a 30,000 maisons , ce qui est exagéré. Turcs, Juifs , Arméniens , Catholiques, nombreux ; Schismatiquës moins nombreux, Grecs. Commerce : poils de chèvre , tissus de la même matière, peaux de lapin, coton, graine jaune de Perse, branche de commerce qui, depuis quelques années, s'est beaucoup accrue , la qualité

tî) N*» W96, M.éasycarpuntj Bois»., 3l7.

tS} N^ 40»9 , B^ss. , 31S.

de cette graine surpassant celle de Césarée; maroquins, pommes et pofres, qui y sctot trèsgrosses et très-bonaes} iM)n ?ia spiritueux et agréable au goût.

Du 6 au 9 ai^ril. Séjour. Désespérant d'arriver à temps sûr la mer Caspienne , nous avions décidé de visiter Diarbekir , Mardin , Âmadieb , Gioulamerk , Yan , Ouroumiah. La soumission récente des Kurdes nous faisait espérer que nous pourrions faire ce voyage sans grande difficulté ; mais comme notre firman et notre teskéré (1) ne nous autorisaient qu'à aller de Gonstantinople à Erzeroum , pour entrer en Perse nous fîmes demander un bouyourdi au pacha d'Angora , pour nous rendre à Kesarieh (Césarée), etc. 5 mais, à notre grande surprise , il nous refusa , en nous priant de suivre directement l'itinéraire tracé par notre firman. Force nous fut donc de prendre la route de Tokat et de Sivas 5 dans l'espérance d'être plus heureux auprès du pacha de Sivaa.

10 aifriL Hassan-Ogîouy petit village turc; six heures. Nous suivons pendant quelque temps la petite rivière d'Angora, dont les bords sont

(1) Le firman , passeport donné au nom du Sultan , par la Porte. — Le teskéré , laissez-passer pour les effets à la douane. — Le bouyourdi , feuille de route donnée par un gouverneur de ville ou de province.

plantés de-Saules, .de Frênes^ à'Eleagnus angustifoUa , que l'auteur de rilioéraire précité prend pour des oliviers. Nous parcourâmes d'abord un pays très-sec, où nous nevimesde culture que de loin en loin; cependant la vallée où est Hassan-Oglou, est belle et bien cultivée.

W avril. Galaidj ilar OM Galatjik, gros bourg bâti autour d'un côoe , au sommet duquel est construite une citadelle qui tombe en ruines; six heures. Nous traversâmes une basse montagne et ensuite nous gravîmes l'Eliz-Dagh , montagne de moyenne hauteur, qui, dans celte saison, ne conservait plus qu'un peu de neige sur les plus hauts sommets. Galatjik est situé au pied de belles montagnes.

12 avril. Kotchubaba , nei Hté tire son nom d'un saint de musulmans très-distincte se rapprochent par leurs d c'est-à-dire des Schyyles :

tueux,maispassentpourvol IeKizil-lrmak(1)àunedemi un mauvais pont en bois. N temps les bords du fleuve, puis nous entrons dans une vallée étroite et sauvage, et enfin dans une belle plaine , bien cultivée ; nous trouvons

(1) Le Qeuve Holys de lA Géographie ancieDoe.

plusieurs villages. Vent sud-ouest, qui |eflfraye nos chevaux et nous force à nous jeter par terre avec précipitation, pour ne pas être renversés. Arbres couverts de lambeaux d'habits de malades (1).

13 avril. Songourlou^ neuf heures. Nous voyageons presque toujours en plaine ; passage d'une rivière ; vallée bien cultivée ; Chêne vélanède (2), que l'on cultive dans quelques cantons. Songourlou , bourg avec de magnifiques vergers qui s'étendent assez loin le long d'une petite rivière.

14 avril. Aladja , huit heures , village misérable; hospitalité très-intéressée. Beau pays, assez bien cultivé.

16 avril. Kempensik ^ quatre heures. Mauvais village ; le pays est moins beau et moins cultivé. Importunité des gens du village, qui viennent se planter dans notre chamKre , et dont nous pouvons à peine nous débarrasser pour nous cou<» cher. Les Turcs sont presque toujours oisifs; à quelque heure que nous arrivassions dans un village, nous étions toujours surs de les voir la pipe à la main.

16 avril Karatchik^ huit heures. Nous voyageons dans une belle vallée , au fond de laquelle coule une rivière. Après six heures , nous arri-

(1) /^oy. page 146, note 1.

(2) Quercm œgylopSf L.

vous à Basl^meg^ où nous ne trouvons personne, tow loshabîtantss'etant rendus dans une plaine, à quelque distance; nous ne sûmes dans quelle intuition. Kous ne rencontrant qu'une jeune ille qui, effrayée à notre yi^, courut se cacber, et ne sut répondre à nos questions que kimché-yok (il n'y a personne)! Mous fûmes donc obligés de continuer et de choisir au hasard, entre trois ou quatre routes, qui toutes semblaient être dans notre direction; nous eûmes recours au sort, et le hasard voulut que nous eussions rencontré juste. Au sortir de Baslameg, nous passâmes une basse montagne, et nous trouvâmes , dans une petite vallée , arrosée par la même rivièneque nous avions rencontrée dans la matinée ^ Enfin nous arrivâmes à Karatchik , petit village à une d€3ni heure de la route. On y cultive des arbres fruitiers et la vigne. Nous y iûmes très*bien reçus.

17 wriL DUes ou ZUl , six heures. Campagne en général bien cultivée. Avant d'arriver à Diles , nous descendons dans une belle vallée , en forme d'entonnoir , où est bâtie Zill , au pied d'un cône couronné par une petite forteresse. Pays couvert d'arbres fruitiers et bien cultivé en céréales.

18 avril. Bhzar-keui^ huit heures. Nous continuâmes la vallée qui est toujours bien cultivée.

Bâzar-keui , situé aii pied d'une montagne^ est assis sur la route et possède quelques maisons. Nous allons loger dans le village.

Nous suivons toujours la vallée; deux heures avant d'arriver à Tokat , la route est à mi-côte. Beau et bon pays.

19 avril. Tokat , quatre heures. Arrosé par le Tozmilu ; dans une gorge profonde, hes maisons sont presque toutes à deux étages et bâties en amphithéâtre ^ sur un plan de rochers sauvages qui s'élèvent en aiguilles ; au sommet des deux plus grands, sont deux châteaux tombant en ruines , et où furent détenus plusieurs Français pendant la guerre d'Egypte. Les mines célèbres du cuivre que Ton fond à Tokat sont situées fort loin dans l'intérieur ( à quatre-vingt-dix heures), où le combustible manque entièrement; Tokat est l'endroit le plus rapproché des mines où il soit plus abondant. Les habitants sont exempts de tout impôt , à condition qu'ils iront chercher le minerai : ils emploient , à cet effet , un grand nombre de chameaux.

20 avril. Nous suivons les rives duTozanlu, bordées de beaux saules. Nous arrivons , après dix heures de marche , devant le^ village à' Aimons j mais nous nous décidons à gagner Octak y village situé à quelque distance , bâti au milieu d'une forêt d'arbres fruitiers.

21 avril. Nous descendîmes dans une gorge /

étroite, couverte de grands arbres ; nous y fimes une bonne herborisation. Au bas de la vallée, qui peut avoir deux lieues de longueur, nous trouvâmes un village. La route était droite, mais une mauvaise indication nous fit prendre la route du pont, qui nous aurait forcés à faire un grand détour: On nous remit dans le bon chemin , et après avoir traversé des marais où nos chevaux enfonçaient , nous arrivâmes à un bac , et peu de temps après à Niksar^ gros bourg placé sur le penchant d'une montagne. Les environs du bourg sont couverts de magnifiques arbres fruitiers.

21 avril. En quittant Niksar, nous gravîmes une montagne très-escarpée ; deux heures après nous arrivâmes au village de Zeret. Là , nous nous écartâmes de la route , et après avoir suivi une route qui nous, conduisit, à travers les sommets neigeux, à un Yaïlak (village d'été) (1) alors inhabité : nous fûmes tout à fait égarés. Nous errâmes assez longtemps , par une neige épaisse , mais enfin nous eûmes le bonheur d'arriver à un village sur notre route, Bech-Tchi/lik (les cinq fermes).

22 avril. Ce village est fort élevé ; nous y pas-

■■I I» - > I. I » ■!■ Il I I I. Il ■ I J ■ I I ■ I

(1) Campement d'été dans des lieux élevés et frais.

sames la journée du 22, pour faire reposer nos chevaux. — Six heures.

23 avril. Kisilgram , huit heures. Nous montâmes toujours 9 en suivant une vallée. La base de la montagne est garnie de nombreux villages, bâtis avec des troncs de pins non équarris. Nous approchions du konak , lorsque nous fûmes assaillis par une bande de vigoureux chiens de berger. Notre domestique, serré de près par ces animaux , voulut leur tirer un coup de fusil ; mais, par maladresse, il se blessa lui-même grièvemeat à la main gauche , et se fit même sauter le petit doigt. Nous arrivâmes péniblement à un village voisin , mais tous les habitants étant occupés a labourer leurs champs, nous fûmes obligés d'aller plus loin , au village de Kisilgfam, où nous nous hâtâmes de nous informer s'il se trouvait un chirurgien. A force d'argent, nous décidons un homme à aller chercher un Turc qui avait quelque pratique de la chirurgie, et demeurait à deux lieues. Il vint le soir, et, tant bien que mal, posa à notre blessé un appareil composé de sel et de miel/ L'hospitalité qu'on nous donna dans ce pays fut assez intéressée, et nous eûmes en général à nous plaindre de l'importunité et de l'avidité des habitants , qui , nous voyant dans l'embarras , voulurent nous exploiter.

24 am/. Ofan. Village, quatre heures, dans les

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montagnes , où nous eûmes continuellement de la pluie , ce qui ne nous permit pas de faire une plus longue journée. Bonne réception.

25 ai^ril. Kulei-Hissar (le château de la tour), six heures. Montagnes bien boisées ; après une descente rapide nous nous retrouvâmes sur le plateau (que nous avions quitté en laissant Angora , pour aller à Tokat) , dans une vallée profonde où roule le Kelki. Le pays a la même physionomie que celui de Sarilar(l); ce sont des montagnes nues et argileuses, où croît seulement le Juniperus hispanîca. Ruiei-Hissar est un faible village composé de maisons éparses ; elles ne sont plus construites en bois, qui est devenu rare.

26 avril. Arpaghrî^ village , six heures. Nous suivîmes les rives du Kelki, dans une vallée étroite et sauvage; la route passe au milieu des rochers , et nous étions souvent suspendus audessus du fleuve.

27 avril. Chaboun-Kara-Hissar^ sept heures (l'autre Kara-Hissar, sur la route de Constantinople à Konieh, $'appelle Aphioum-Kara-Hissar). Nous suivons la même vallée ; à deux heures de là nous laissons la vallée et le fleuve , et après une montée et une descente au milieu des bois ,

nous arrivons à Chaboun-Kara-Hissar , petite

(1) roy.l**avra, page 381.

EN OftIENT. »l

ville Ott il y a quelques Grecs et quelques Arméniens, Mines d'alun situées à huit heures.

28 et 29 àiril. Séjour. Château de Kara-Hîssar, abandonné. Nous y fimes une course. La vallée où coule le Kelkî est fertile et bien cultivée.

30 am/. A une heure environ de la ville , nous passâmes, sur un pont couvert, près d*un village et de nombreux vergers, un a£3nent dn Keltî.

Nous traversâmes ensuite ce ifleuve qui ne paraît pas éloigné de sa source , et nous nous élevâmes toujours. Après huit heures de mîfrche dans des chemins afifteux et â travers un pays de loîil en loin cultivé , nous arrivâmes à Karahoursk ^ petit village turc à une demi-heure hors de la route.

l*' mai. A une heure de Karaboursk , le village de Tekkek , couvent sur la route d'Erzeroum à Trébizonde. Ce village est célèbre pour avoir conservé quelque ressemblance de nom avac le mont Tecchès, mentionné par Xénophon , dans sa reretraite des Dix mille (l).,Nous nous élevâmes ensuite et nous trouvâmes encore de la neige sur notre route. De tous côtés nous voyions les hauteâ montagnes neigeuses du Laristan et de TArmé-

(1) Ce Tekkek n'est pas celui de la route d'Erzéroum à Trébiaonde et auquel s'applique ce qui concerne les Dix mffle. {Noê^âe M. Lapie.)

S9a RELATIONS DE VOYAGES

nie; après huit heures de marche , nous entrons au petit village à' Outo^Cheher (grande ville), où nous passons la nuit. La route que nous sui-vons est plus courte que celle qui passe par Zul, Lorg, etc.; elle n'est point indiquée sur les cartes.

2 mai. Keusé^ 10 heures; village à demiheure environ de la route. — Petite rivière, grand nombre d'arbres.

3 mai. Baïbôut, dix heures. Appelée par les Arméniens Païpert et par les Turcs Baitbourd , on la retrouve dans Procope sous le nom de Baïberdon et dans Cédrenus sous le nom de Païperte., Païperte est composé de deux mots arméniens , pertj forteresse, et pai, prince, dont les Turcs ont fait bey. Les princes Pogratides en firent une place de guerre dès le premier siècle de l'ère chrétienne ; les Romains l'occupèrent ensuite et Justinien augmenta beaucoup ses fortifications. Elle est couverte de ruines , depuis la guerre avec les Russes. Il paraît toutefois qu'avant cette guerre elle était déjà en fort mauvais état : il n'y a presque plus que des Turcs; les Arméniens s'en sont peu à peu éloignés.

4 mai. Khan-Massat^ six heures. A trois heures, à droite, mines de cuivre, dites de Tokat; à peu de distance de la route sur la montagne; ponts nombreux sur la rivière de Baïbout, que

l'on suit dans la vallée. Cette rivière est nommée aussi Tchorok; c'est l'Acampsis des anciens.

Elle a sa source dans le Koschapoun-dagh , passe à Baibout après avoir reçu une autre rivière , à Ipsera après s'être grossi de beaucoup d'autres afiQuents, et va se jeter à la mer, assez près de Gounieh. Khan-Massat est composé de trois ou quatre maisons sans habitants. Nous y trouvâmes des paysans qui labouraient la terre et qui allèrent nous chercher des vivres à un village éloigné d'une demi-heure.

5 mai. Continuation de la route , près d'un pont sur un afiQuent de la rivière de Baibout ; on aperçoit un village sur la montagne; la vallée s'élargit, nous arrivons à la montagne de Koschapoun. Koschapoun-dagh (Seydisses des anciens), l'une des quatre montagnes principales de l'Arménie. De l'autre côté , nous déjeunons au village de Koschapounar^ à huit heures. Trois heures plus bas , au village de Malmansour^ nous traversons au gué une rivière assez profonde. Nous avions donné là rendez-vous à l'homme qui conduisait nos bagages : une mauvaise indication nous fit penser qu'il avait continué sa route ; nous allâmes à sa recherche au village de Pitchouk; n'y trouvant point nos bagages, nous nous dirigeâmes vers Kaîapa^ village sur la route, mais nous nous égarâmes pendant la nuit;

nous fûmes trop heureux , enfin , de trouver, conduits par Todeur de la fumée de tesek (1), le village de Terkii^ où nous passâmes la nuit : ce jour-là nous fîmes quatorze heures,

6 mai. De Kaiapa à Erzeroum (2). Quatre heures.

15 ma/. 'Départ d'Erzeroum. En sortant de la ville, basse montagne, puis plaine jusqu'à /^a^san-Kalekj&bi heures. Pont sur Yj^raxes, presque en fuine. La citadelle, sur un rocher escarpé, est en ruine, ainsi que la ville.

16 mai. Tuzeren , six heures ou plutôt huit heures. Nous suivons à quelque distance les rives de l'Araxes. A trois heures Keuprii^keui^ village où il y a les ruines d'un khan fortifié; puis, en bas d'une colline , beau pont arménien ^ ce que constate une inscription placée au milieu. CoUiïies pierreuses, très-riches en plantes , Allium, {species nova) , Cicer songaricum (3) , Campanula argentea , etc» Le pays est passablement cultivé mai& toujours froid; il tombe de la neige.

(1) Fiente de Tftdie.

(2) /^oy. pour des détails sur cette ville y le Journal de 1834, page 97.

(3) K"* 1742. n y a aussi un Cicer songaricum, Hwend, n«1127.

17 mai. Delthaba , village arménien. Le temps, la température, changent sensiblement, et la végétation est en activité. Delibaba est sitaé an pied d'une montagne ai^ileose. Nous faisons une bonne herborisation.

18 mai. Noos remontâmes le conrs de la petite rivière qni passe àSelibaba, puis nous entrâmes dans nne montagne assez élevée, et nons arrivâmes à Dahiz^ village kurde. Le chef dhercha à nous efTrayer snr le danger des voleurs pendantla route; il voulut d'abord nous donnerplusieurs hommes d'escc

nmes voir qne nous nous étions décidésà p offrit seulem^it un gu

l'acceptâmes. Nous montons toujours et passons dans des routes affreuses, presque dans les neiges. Nous y cueillîmes une espèce de Talirmm.An bas de la montagne , dans la plaine, nous trouvâmes le village arménien de Tehir-Khan -, nons allâmes coucher à Kollah~Soleiman , village arménien, en briques, à une heure de Topra-Kalé; nous logeâmes chez le prêtre de la montagne.

Nous avions commencé à apercevoir l'Ararat.

19 mai. Toujours en plaine. Nous traversons nn grand nombre d'affluents de FEuphrate, et arrivons près du lit principal de ce fleuve, an bourg arménien de Karakikssi,

20 mai. Nous remontons le cours de VEuphrate, et, après une journée de neuf heures, nous arrivons au monastère arménien de Vanga^ ancienne Soliva, à laquelle les Arméniens donnent une haute antiquité (quinze cent trente-cinq ans), ce qui est démenti par Tarchitecture de ce couvent , qui n'est point du même temps. Il est habité par quatre ou cinq Arméniens qui passent pour pauvres parce qu'ils sont exposés au pillage des Kurdes. Yanga s'appelle aussi en turc Alagon.

22 mai. Nous continuons à remonter le cours de l'Euphrate , que nous quittons à Diadin , village à gauche de la route , avec une forteresse. A deux heures environ de Vanga ^ nous aperçûmes au pied de la montagne , sur la rive gauche du fleuve, une autre forteresse. Nous entrons dans des collines , et puis nous redescendons dans un pays horrible et bouleversé par d'anciens volcans qui l'ont couvert de leurs déjections. Nous jouissons de l'admirable vue du grand et du petit Ararat. Enfin , après une journée de six grandes heures de marche , nous gravîmes le rocher sur lequel est construit Bajazid, qui se confond dans le lontain avec les rochers de toutes couleurs qui l'environnent. La citadelle est construite dans un lieu très-escarpé. Le palais du pacha , bâti en belles pierres de taille , avec une porte ornée d'arabesques et de beaux astragales^

lout incrustée d'or et embellie de peintures dans le genre persan. Une mosquée ancienne^ le Sv^ul édifice remarquable de la ville, est presque ruinée, ainsi que les anciennes tours et les autres travaux de défense qui couronnent les hauteurs ; il existe peu de positions aussi sauvages.

23 mai. Quelques petites affaires nous empêchant de partir , comme je l'avais espéré , mon compagnon de voyage en profita pour faire une excurision dans les rochers voisins de la ville. Il en était à peine à deux cents pas, qu'il fut assailli par cinq ou six individus accompagnée d'une bande d'enfants. Ils commencèrent à l'appeler Orous (Russe) ! en y ajoutant mille grossières injures. Un deux , plus hardi , tira son yatagan et fit mine de l'en frapper; un autre lui assena un violent coup de bâton sur le bras et le blessa assez grièvement. Les enfants lui jetaient une grêle de pierres , et cherchaient à le pousser dans un précipice. Il fut assez heureux pour échapper à cette bande de misérables. Je me rendis aussitôt chez le pacha pour demander justice ; celui-ci donna des ordres en conséquence : le procès fut bientôt instruit ; les plus coupables reçurent un déluge de coups de bâton, et furent, de plus, condamnés à payer 500 piastres. Cette petite aventure servira à montrer aux Français quelle haine

on porte, en Turquie, à tous les Russes. Cette affaire nous ayant retenu très*4ard y nous remimes notre départ au lendemain.

24 méiL La route passe à travers un terrain fortement accidenté , et au milieu des rochers et des précipices; elle s'améliore ensuite jusqu'au pied de la montagne qui sert de limite entre la Turquie et la Perse. Comme les Kurdes avaient pillé quelques voyageurs , le pacha nous donna un homme pôurnous accompagner. Notis ne rencontrâmes personne et arrivâmes sans accident au delà de la montagne (1) , à Kilissé , autrement Oradjik , premier village persan , près d'une petite rivière qui va se jeter dans l' Araxes. Peu après nous éprouvâmes le contraste qu'il y a entre l'indolence , Tapathie des Turcs , et la prévenance des Persans ; ceux-ci vinrent au-devant de nous pour nous offrir un logement et des vivres, bien entendu dans le but de faire un bon profit avec nous. Nous ne fîmes , ce jour-là , que six heures.

25 mai. Route en plaine. Après huit heures , nous arrivâmes au village de Karaméj une heure

(1) Dans ces lieux mêmes , venait d'être assassiné un négociant russe , dans la compagnie duquel Aucher Eloy était parti d'Er^eroum. f^oy. plus bas lettre du 27 septembre 1837, 4b«ée de T«ébéiw.

après, celui de Zeidé : même activité pour nous servir; mais aussi ^ grande avidité.

26 mai. Dixheuresjusqu'au village de Zerova^

près d'une rivière.

27 mai. Nous Hmes onze heures, et après avoir desceadu le plateau sur lequel nous nous trouvions j nous arrivâmes dans la belle plaine de Kboï , bien arrosée , couverte de maisons et de beaux vergers.

Khoï, sur les bords d*une rivière qui va se jeter dans l'Araxes; population de 15 à 20,000 habitans, tous Persans, à l'exception de quelques Arméniens ; grande activité dans les bazars.

27, 28 m^i. Séjour.

29 mai. Nous traversâmes la plaine pour nous rendre à Sud-Kadji ; nous passâmes par une allée d'arbres à l'extrémité de laquelle est un pont en pierre. Le pays devient ensuite très-sec ; nous passâmes encore la rivière sur un pont. Sud-kadji^ au pied des montagnes; joli village bien arrosé.

30 mai. Nous fîmes une excursion sur la montagne j et nous recueillîmes quantité de bonnes plantes ; de la cime nous voyions le lac d^Ourou-miak (1) , qui offre de là un beau spectacle.

(1) On trouve dans un des catalogues la note suivante d'AucherÉloy— : N'^QOQ, Lichen, Ouroumiah. « En 1829, pendant la guerre entre les Persans et les Russes la disette

31 mai. Nous essayons de dessécher nos plantes ; mais la pluie qui tombe à tous moments ne nous le permet pas. Nous campons près d'une fontaine excellente. Querelie d'intérêt avec les gens du village; je les menace, mon fusil à la main ; ils se sauvent tout effrayé.* , et je finis ainsi la discussion.

\^^ juin. Nous allons coucher à une heure du village , dans la gorge de la montagne ; la pluie nous y surprend la huit.

2 juin. Nous descendons par une route difficile sur les l)ords du lac , et nous campons près du village de Selmas.

3 juin. Campement près du village deKizildja.

V étant très-grande à Ouroumiah , un jour, pendant un vent » violent, le pays se trouva couvert de ce lichen qui tom- » bait comme du ciel. Les brebis se jetèrent dessus et le dé- » vorèrent avec avidité , ce qui donna l'idée aux habitants de » le réduire en farine et d'en faire du pain qui se trouva assez M bon et très-nourrissant. Les paysans crièrent au miracle et » ne manquèrent pas de l'attribuer à Ali. Les gens du pays as- » surent n'avoir vu ce lichen ni avant cette époque, ni après ; » il est probable qu'il a été enlevé des kautes montagnes et » précipité parla tempête dans la plaine. »

Gé lichen singulier, déjà mentionné par Pallas, est décrit par M.Lév^Uésousle nom de Lecanora esculenta d'Ëversman, dans la partie botanique du voyage dans la Russie méridionale et la Grimée, exécuté en 1837 sous la direction de M. Anatole de Démidoff , pag. 139 et suivantes.

Les échantillons recueillis par Aucher Éloy existent au Muséum d'Histoire naturelle.

A juin. Autre campement non loin du lac, dans une prairie.

5 Juin. La route passant près du lac, nous nous détournons pour lé visiter • Les eaux ont une grande amertume (1). Aucune plante marine , à l'exception d'une Uha^ qui forme sur les bords une croûte fort épaisse. Point de coquilles^ point de poissons suivant les habitants.

6 /uin. Campement près d'un village.

7 Juin. Nous. logeons danâ un caravansérail, à trois heures de Tabriz.

S Juin. Nôtre route se fit à travers une vaste plaine stérile et salée , dans laquelle nous eûmes de beaux effets de mirage. Des chevaux qui paissaient à quelque distance de nous , dans des endroits un peu herbeux , nous paraissaient gigantesques 5 et les cavaliers, sur la route , prenaient à chaque instant des formes nouvelles et extraordinaires ; ils semblaient quelquefois avoir plus de quatre-vingts pieds de hfiut.

Tabriz. Je cherchai vaineiment à me loger dans un caravansérail; comme je n'étais pas marchand^ il me fut impossible d'y trouver le plus

(1) Il en est de même de tous les grands lacs d'Asie , tçls que le lac d'Aral, véritable iner intérieure, le lac de Van , situé àù pach^k de ce nom. p^ay. page 412, note , extrait relatif aux eaiix de la mer Caspienne.

petit cob« J'eus recours 4 uû Anglais de mes amis, qui me logea chez lui. Tabriz est une ville êasM considérable ^ bàlie en boue ^ comme toutes les villes de Perse j j'y restai quelques jours pour Aiet^re mes collections en ordre. Je dinai plu- «ieure fois chez le major Camorin et le capitaine Wadfort ^ officier anglais au service de la Perse^ Depuis qu'Ispahan est ruiné ^ Tabriz est peutêtre la première ville de Perse : elle est certail^emeat mieux bâtie et plus agréable que Téhéran ; le commerce en est plus grand , car c'est TentrepÀt de toutes ]bs marchandises européennes { la population ne me paraît pas moindre. La pureté de l'air y est plus grande , le séjour beaucoup plus agréable pour un Européen. Les vivres y sont en abondance et à bon marché ; il y a d'excellents^ fruits. Elle est traversée par deuk ri- TtèreS) rune(Spitttcha)^ qui est petitei et une autre sommée Adja(aBière)^ qui est très-forte depuis le printemps jusqu'ea automne; l'hiv^ y est rigoureux. Souvent ravifée par les Turcs et les trem- 4ilements de terre ^ elle a été comme la province Toisifiedei'AdertHdjan, beaucoup améliorée par Abbas-Mirza, prince remarquable, mort devant Hérat , dont il allait s'emparer. Les habitants de Tabriz passent pour être moins mauvais que les ^kîMïes Pers&ns ; le concours dea étrangers con-^ tribue sans doute à les dviliser.

£NOai£NT. 403

iQ juin. Nous quittâmes Tahriz pour nous retk^ dr«, p9œ Àrdobîl ^ sur la mer Caspiemie. Nous suîyîmes p^idant près de deux jouï*s la route de Téhérw* Le pays s'élève toujours, et, après ciaq iarsangs^ nous vînmes camper près du village de

Seid Âbad*

H Juin. Nous gravtmès' une basse montagne auprès de laquelle était un camp. Nous trouvons sur la route uiïe gralide quantité de ruches cy* lindriques posées à terre^ et gardées jour et nuit. Vers la cime de la montagne , nous fûmes sur-pris par un orage accompagné de pfuie violente , ce qui ne nous permit pas d'aller au delà du village ; ^Èrichtenaf^ deux farsangs :, tous les ar-^ bres à fruits ont disparu. Au delà de la monta* gna, la route se bifurque; celle 4e gauche, que nous primes , conduit à Ardebil^ et l'autre à Té^ her^n : à la bifurcation, se trouve unxaravan'^ sérail.

iijuin. Nous cûntinuàmes no^e route sur un plateau beaucoup plus élevé que la plaine de Tabriz , et qui s'étend jusqu'au pied des montagnes de la mer Caspienne. Les cultures s'y font sans irtîgatiom9. Après quatre farsangs, nous faisons lialte à un grand village DLonuné Turkende ( village turc). Nous faisons encore deux farsangs, et npus campons dans un endroit très-her-« beux , près d'un village et d'un campement

d'Yaïlak. Depuis le matin , nous avons en vue les cimes neigeuses du Ses^ellan. Nuits très-froides.

M juin. RoiUe dans une plaine déserte et sans eau. Nous trouvâmes unie rivière qui coule du mont Sevellan , et après une journée de six farsangs, nous vînmes coucher près du gros bourg de Surah. On n'y cultive pas d'autres arbres que le peuplier; la montagne paraît voisine de Sarab.

\ A juin. Nous prenons un guide pour nous conduire au Sevellaiij nous nous^ rendons d'abord au village de Kerdemir^où l'on cultive quelques arbres fruitiers. Nous trouvant encore trop loin de la montagne , nolis continuons notre route et venons nous établir près d'un campement de Kurdes ^ dont l'importunité nous Vexa beaucoup.

On nous assura qu'il n'y avait que trois farsangs popr gagner le Sevellan , et nous nous mîmes en route ; mais , après avoir marché une grande partie de la journée , nous nous en trouvâmes encore à une distance énorme. Du reste , il était beaucoup trop tôt pour visiter cette montagne; nous étions parvenus dans la région des neiges. La végétation était «jacore engourdie. Nous revînmes harassés defetigues, rapportant seulement une dizaine de plantes. Nous trouvâmes un magnifique Lamie (1) sur les ombellifères.

(1) Insecte coléoptère.

i^juin. Nous descendons de la montagne pour reprendre la route d'Ardebil , et venons coucher au-dessus d'un village , dans une jolie position , qui domine une vallée arrosée par une rivière qui coule du Sevellan.

16 juin. Nous remontâmes la rivière dans une gorge, et tournâmes autour du Sevellan, dont nous n'étions plus qu'à une légère distance. C'est delà qu'il faut visiter cette montagne. Nous commencions déjà à ressentir les effets 4u voisinage de la mer Caspienne; des brouillards épais suivent les montagnes et viennent se résoudre en pluie dans les plaines. Nous étions à trois heures d'Ardebil. Près (fu village à^Alghir, les habitants ne se contentèrent pas de nous importuner comme à l'ordinaire , ils volèrent nos assiettes et plusieurs autres objets. Je mè rendis chez le Ketkhouda, et lui dis que j'allais àArdebil, et que si .l'on ne me remettait point à l'instant les objets volés, je m'y plaindrais au Chah Zadé. Ma menace produisit son effet : en quelques instants, tout me fut restitué avec instance de n'en point parler au Chah Zadé ; c'est , me dirent-ils , un homme cruel qui a fait pendre des hotnmes de leur village pour une peccadille.

Nous né nous arrêtâmes guère à Ardebil; cette ville, d'une antiquité reculée, mérite, toute ruinée qu'elle est cependant , d'être visitée à cause

de sa mosquée qui renferme raie collectiOB remarquable de vases anciens en porcelaine de là dhine, et ïe tombeau du Cheîkb-Sefi-eddin, fyft^ dateur delà dynastie des Sefl (et non Sophî) (1>, de Ghah-Ismaël le Séfi, fils à la cinquième génd^ ration du précédent •

Nous passâmes la rivière sur un poiSt et alla*mes camper deux heures plus loin , dans une prairie salée , près d'un village où je cueillis le Nitraria schoberi(2). Nous eûmes la pluie toute la huit , et l'humidité était tellement grande, qu^îl

i*«Mi*a*MMaBMMMaÉMaBMMaMaMM««i*^taiartMMMl*MiirtiMMM*a»rfi***i

(l)Gel Imam 68t aitefré dans kmosquée attenant k k Ifrande place ou meîdan. L'édifice est précédé par une grande cour quadrangulairé au devant de laquelle sont placées des boutiques. Le tombeau est dans une cour intérieure auto«ir de laquelle sont les appartetnènts des gordieiB, On y voit aussi les siépultures de quelques princes Persans, fils des différents Chahs, Le sépulcre de Cheïkh-Sefi est sous un petit dôme octogone dont les portes sont couvertes de lames d^ai^ient. H est oonMtuit en bois ûrmé de mMqmttmm do ptos beau itars^ vail. La voûte est éclairée par des lampes qui sont toutes d'argent et d'or. C'est dans la pièce voisine qui sert de bibliothèque , que sont placés ces vases de porcelaine dont quelque*- «m tout d'une diineiftsic»! eomidérable. Ils sont destinés aioc «sages de la mosquée , parce qu'il est défendu de se servir de vases d'argent ou d'or,

La ville d'Ardébil est située au milieu d'une grande plaine entourée de montagnes' du o6tédtt Horà^ qui rendent la ten»pérature extrêmement chaude en été , au point que presque tous les habitants se retirent dans les montagnes.

(Note de M. TtotAet,) f2)N*45S5. .

EN ÔMBNT. 40*

nous, fttt imipoMible de donner de Fair à nos pldiW teg. Pietro délia Valle »o«€; apprend qu'Ardei* bit n'est qii'à cinq petites lieues de Tabriz ) il Tanlait sans doute dire cinq petites journées. Quant à la ressenaWanee qu'U a trouvée entre Ârdebil et Venise , je doute qu*elle ait jamais existé ; ee qu'il y à de certain , c'est qu^ je , n'en ai rien découvert.

Vï juin. Nous traTfrsàmes plusieurs alliages dans la plaine^ et aprivâmes , après cinq heures de B^arche , au YÎHage de Hiz , tout à fait au pîed deis montagnes de la mer Caspienne.

i9 Juin. Mous primes un guide pour nous cou* duire à Mecké , c'est-à-dire à l'endroit oà conamenoent les forêts. La route était roide, nous ft mes une magnifique herborisation ; mais , dès qu0 nous eûmes atteint les hauteurs, nousfttmçs assaillis par un orage yiolenf accompagné de pluie et de grêle énorme. Nous desc^idlnaies sur les bords d'un lac dont les rives sont occupées par d'innombrables tentes d'Uîates (1). Nous fautes oWîgés de camper dans laboue et de faire un peu de feu avec des astragales que nous arrachâmes.

i^Jum. Nous partîmes de grand matin. Après une heure de route nous trouvâmes un caravansérail , et, deux heures ensuite, nous arrivâmes

i^mf

(i) l^oy* page 248, ^ôtel.

au pays boisé. Là, uûe pluie violente nous assaillit eijcore. Nous nous mîmes en vain à l'abri sous les arbres , gens et effets tout fut trempé; nous nous bâtâmes de descendre et arrivâmes dans une petite plaine où il n'avait point plu.

£n arrivant au premier village, qui appartient àBala-Khan, le fils de ce seigneur;^vint au-devant de nous, nous accabla de questions, et nous demanda notre teskéré ; je lui en montrai un qtii m'avait été donné à Khoi , il parut s'en contenter ; toutefois il hésitait à me laisser passer, disant qu'il voulait me questionner et savifir qui j'étais ; je le satisfis du mieux que je pus. Il voulut ensuite que je campasse dans le village. Je lui répondis que les Persans étant très-curieux et très-importuns, j'avaisHoujours pour usage de camper loin des villages, et que dans cette occasion-ci j'en agirais de même ; il me laissa partir en murmurant. Je fis encore une heure , et descendis par une vallée basse jusqu'à iin pont près duquel je campai, sur un taj[)is de fraisiers. Je me hâtai de donner de l'air à mes pauvres.plautes qui, depuis plusieurs jours, avaient été mouillées. Tous les passants, et il y en avait beaucoup^ venaient^ sous ma tente, m'accabler de toutes sortes de questions qui finirent par m'irriter tellement que je leur répondis des injures en les chassant à coups de bâton. Bala-Khanlui-^méme, qui passait

EN OBIENT* 409

par là en revenant de la plaine, vintaussi se planter devant ma tente^ sans rien dire ni sans se faire eoimaître. Je \m demandai ce qu'il voulait, et lui fis observer qu'ayant beaucoup d'ouvrage, je ne voulais pas être importuné. Il répondit que j'étais fou, demanda ensuite à voir le teskéré et partit. Nous étions bien tranquilles la nuit,, lorsque le domestique vint nous éveiller pour nous dire qu'on venait d'enlever deux chevaux à l'instant même. Je sautai isur mes armes, nous allumâmes le fanal^ et au milieu de la nuit nous cherchâmes à suivre les traces des ^chevaux. Nous ne les reconnûmes que jusqu'au village du khan. Je me doutai que le coup avait été fait par le khan lui* même. Le matin , j'envoyai vers lui mon drogman. Bala-Khanlui rit au nez et se plaignit beaucoup de la manière dont je l'avais reçu. Mon drogman lui dit que si nos chevaux, ne nous étaient pas rendus , nous nous plaindrions au Chah lui-même, pour qui nous avions des lettres. Il promit de faire des recherches, et cependant le soir était arrivé que nous n'avions aucune nouvelle. Je me disposai à aller moi-même le voir et à tenter un dernier effort ; j'étais en route , lorsque nous rencontrâmes un de ses domestiques ramenant un cheval qu'il prétendait avoir trouvé dans la nîontagne; il nous dit qu'il allait faire des recherches pour retrouver l'autre. Je

Mû RELATIOlfS VB TOTAGES

Itti proink un beau baludbicb 6Î le ekevftl était retrouvé le siÀt même : il retounui sur ses {ms, et einq mmutes après il le ramena ; ce qui me prouva très-claîremeaC que les deux chevaux avaient été emmenés ensemble 4afts rëcurie du khan(t).

21 juin. Mous descendîmes U montagne au milieu de sombres forêts de GUdiisia (2)^ de Fraxinus pendula (Z) y de MinwM julibrissin (4)^ de Chênes^ de Tilleuls <5) ^ de Chërmm («), èe Grenadiers^ de Mespilus (7% en suivant toi^oura le CQinrs d'une rivière que bow ipassimes prèa d'un village, composé ide quelques maisons d^ séminées au milieu de la forêt et construites en roseaux. ]^us campâmes près d'un petit village» Aussitôt que le soleil eut disparu de l'horîion^ la rodée tomba avec une telle abondance , que

•««^i^iMi-^Mii^M»*^— ^|l>«iai**W<^-^lW4l«WM»vM»^

(1) « La prûvinée de BaU^lian t^appeUe Kergasareuâ , sa plus belle montagne A^^-Evlère. » (Note Ifoavée àxoê le cahîor d'Aucher Eloy, mais écrite d'wie autre main que la sienne.)

(2) N*» 4376. Cteditsia caspica.

(à) !*• 49ai: Fr.^tcekwrl

(4) D'après un des catatpgues, cette plante est app^lée^ danp le pays, Chéb Xousp^ c^esi-kr^âireDormetisedela nuit, dénomination toute poétique exprimant le phénomène, assez fréquent d'ailleurs parmi les plantes à feuillet pemiëtt, de Tabanse* ment de leurs folioles pendant lanuit*

(5) Nos 4287, 4288. T. platiphyllos.

n{6) N*" 6328. Carpitms orimtalis, n* 6329, C^betulm. (7) L'wpariticmçubite de plusieurs de ces arl»es sur le Ters^mt de la mer Caspienne «^mérite u;;^ attenlioa particulière.

filf OlIBNT. Mi

toos affi&ts et im papiers furent imbibés eomme par ane bonne pluie. Je ne remarquai, ni Sapin, m Pmy ni Laurier^ ni Nerium ole a n d er ^ plantes eoBinraiies dans la région méditerranéenne. La plaine ofiRre d'ailleurs la plus grande resseûN blanceavecla végétation européenne ; Rjpericum p^forotum y Cire^sa Imteikina (i)^ Meh^ha fmlêgium , Trapa natans (î) , Tèucrinm chanuxdrjrs, Linùm gallicum (3) , Urtica urens^ Scrophularia n^iioM et 4tfuaiicap MeniAa sfli^esiris » ebulas j Lftkrum salicaria (4) , Ammi visnagaj Samimcus Centaurea calcitrapa (5) , Phjrsalis alkekengi (&). 22 juiru Après trois heures de route ^ nous arrîvlimes au travers de forêts épaisses , prèsqu'au bord de la mer Caspienne , non loin dhine jpécfaerie de Russes : nous eûmes recours à eux pour avoir du pain , mais il refusèrent de nous en vendre. Nous nous mimes à Tabrî près d'un corps de ^arde des gens de BalarKban. Je me

(2) Sfttttntmér». — LàC8 4<L<%i]an«

(3) NM373 , CttcUlà «issi i Gcmstaoïdiiople I a<> 822.

(4) L. saliearia, vmt. — - jMitoeafMy GhUAii , têm nmnéro. (&) N* 738.

(6) Appelée Itakenâgi du» le pays, et àutti jirdmdêsperdéj c'esl-àHËKre fèmméeimtéi ((kutogue d'Aii£liei;râ»y.)- Ce der- BÎer non aëtéiiiftpBPé au génk <»kntil par la singidarilé que présente le PhfsaUê edkekmffi, quand son fruit ap|Mrodke dte la maturité ; le calice qui Tenveleppe a'enfle et s'tânincît en sorte de gaze légère de c^ukurorangée.

ilà RELATIONS DE Y0YA6ES

hâtai de goûter Feau dé la mer Caspienne qui me parut à peine salée (1). Les recherches les

•■I ,— — — ^— I I I I I ■ I t ■ I ■ III 1 1 ,1 ni!

(1) « Les eaux de la mer Caspienne ne sont rien moins » qu'homogènes, et le nombre considérable de fleuves et de » rivières qui s'y jetent d'une part; et de l'autre, la constitu- » tion de son fond y occasionnent bien des variations. H est » vrai '^ qu'à généralement parler, les eaux sont salées; mais » quoique toute la côte occidentale de cette mer s'étende » depuis le 46^ jusqu'au 35^ degré de latitude septentrionale, » et qu'on pourrait en conclure , par anologie , que ces eaux » doivent contenir beaucoup de sel ; 1& résultat des expén riences que M. Gmelin a faites dans le Ghilan, lui a prouvé n le contraire , et il est certain que par les vents de nordf> ouest et de nord-est , la salure de cette mer diminue^ quoi- » qu'on puisse paiement présumer avec bien du fondement » qu'elle doit cette salure aux mines de sel existant le long » des deux rivages., tant de celles qui «ont déjà connues, que » de celles dont la découverte est encore réservée à la posté- » rite. De même la profondeur des eaux va en diminuant de » pied à pie4} à mesure qu'on approche du rivage, ce. qui » rend les atterrages si difficiles ; de même aussi la salure des M mêmes eaux s'adoucit à proportion de leur proximité de la » terre. II arrive même as^z fréquemment des cas où de vio- »> laits vents du nord font entrer par les embouchures des » fleuVes , des volumes d'eau entièrement douce , mais trouble w à la vérité et char|;ée d'argile, qui s'entendent jusqu'à trois » et quatre lieues en mer. Gmelin attribue l'amertume par- » ticnlière des eaux de la Caspienne , qui fait sur la langue un » effet presque analogue à celui que fait la bile dea animaux, » aux sources abondandes de naphte qui roulent du pied du » Gaucasç dans la mer, et à un sel qu'il a reconnu être le sel M de Glaubert des apothicaires qui surpasse le sel ordinaire en » proportion considéraMe. » (Extrait relevé par Aucher Éloy âsms l'Histoire des découvertes faites par divers savants voyageurs, etc. , 3 vol. in-4% Ba^ne 1781),

plus minutieuses ne m'ont fait découvrir aucune trace de Thalassiophytes (1) ni de Polypiers. On aperçoit seulement des fragments de coqiiilles sur la.côte (2).

23 et 2^ juin. La chaleur du jour étant excès* sive , nous prîmes le parti de voyager pendant la nuit. En suivant le bord de la mer, nous eûmes à traverser une quantité innombrable de rivières qui viennent s'y jeter. En passant un de ces cours d'eau , un cheval s'abattit avec sa charge, tous les effets furent mouillés et particulièrement le produit de mon herborisation du SevellaU.

Nous ne pûmes continuer et passâmes le reste de la nuit et la journée en cet endroit , à faire sécher nos effets.

Nous passâmes, toute la journée , un grand nombre de rivières, et vînmes camper dans un

(t) Plantes marines, Algaes.

(2) u Quelques peines que M. Gmelin se soit données , il n'a » jamais pu rencontrer dans la Caspienne ni Zôophytes ni au- » cun ver du genre des mollusques. Il en est presquede même » à l'égard des coquilles , notre voyageur n'ayant trouvé dans » cette mer que les suivantes : l^s Cœurs que Linné appelé » Cardium éduUy Cardium rusHcum, et Cardium irilaUrum » (Gmelin), même espèce que le Cardium trigonoides (Pallas), » Tellina fragiUsy Mytilus edulisy Chama cor y Serpula tri^ » quetra et conglomérera , Mj/tilus potymorphu» i Pallas ) , » Mya ideniula (Pallas}^ enfin, un grand nombre de[)etites >» Nérites, Neritapapa), » ( Extrait rdevé par Aucher Eloy.) J^oy, page précédente, note.

Hé RELATIONS DE VOVâGES

TÎUafe cadié au milieu des bois, prèd de Meke» met Vucani : depuis deux jours nous ne trouvons plus de paiq , mais seuletiieiit du riz cuit à l'eau.

26 Juin. Nous passâmes une rivière assez pra« fonde, oÉ fies effets f^»«iit encore picmillés, et 'une partie de nos plantes perdues !

Le chemin, après s'être élevé un peu, redes^ oend entre la mer et le lac d'Inselli. Nous voyageâmes une partie de la journée dans cettç langue étroite de terre ^ par un soleil dévGa*ant.

Inadii, petite ville habitée par des Persans et des Arméniens : c'est Téchelle de Redit. Il y avait dans le port quelques bâtiments russes et p^^saas; ces derniers sont ifort petits et «n mau*vais état.

A TOÎr les mmisonis d'Ineelli, toutes couvertes de rweaux, on croirait qu'elles en sont bâties , et ce serait un bien faible rempart contre les grandes pluies et les vents qui régnent dans [ce pays ; mais les roseaux récouvrent scrulement les murs en terre , et les préservent ainsi de rhumîdité. Du reste , les toits sont faits d'une faible couche de pailVo et de roseaux qui 4se durcit et devient impénétrable à Teau.

InzelU «est le Qieilleur port de la mer Cas-pioâme ; son lac est très-profond , et peut offrir ttn mouillage à de gros vaisseaux ; mais l'entrée est dangei euse ; les barres vjtriaot sans ce&sQ de

ENORtENT. M

plâCê , H tmt beaucoup d'expériesce pour les franchir ; soqyctA même il arrive des accidents. Les b&tiflients dédiargent ordinairement leur cat^aison en septembre on octcAre. Quaittité de bricks russes Tiennent alors mouiller à Inzelli , et donnent à cette ville nn grand mouvement, ' Nous louâmes trois barques, deux pour nos chevaux et tine pour nous , et , après quelques tieures de navigation dans le lac , nous entrâmes dans une riyière , et une heure après , nous abordâmes à Pter^Bàzar , composé de deux ou trois maisons. Nous trouvâmes là un individu qui prétendit exiger de nous 5 toumians , et se disposait â employer la violence; mais, de mon côté, je Tempoignai à la gorge et parvins à Tintimider au point qu'il nous laissa tranquilles. Nous fîmes trois agachs le soir même, et arrivâmes à travers les bois àRecht. Nous logeàînes dans un caravansérail où nous trouvâmes des déserteurs russes^ une quinzaine environ. Il y a eu en Perse jusqu'à 3,000 de ces déserteurs , mais il n'en reste plus guères que 600 qui forment un bataillon, les autres ayant déserté de nouveau pour rentrei^ en Russie. Ce bataillon , le meilleur de toute Farmée persane , n'est pourtant guère composé que d'ivrognes ou de vieillards qui ont presque oublié la manœuvre : certes, si la Russie ^ en demandait le renvoi , le Chah n'oserait s'y refuser. On prétend qu'il est

de la politique russe de fermer les yeux sur cette désertiez; on va jusqu'à dire que ce gouverne-

ment Ta provoquée : ce$ soldats, au reste , rendent i|^ grands services au Chah , et, dans plusieurs affaires difficiles contre les Turcomans et les Khans révoltés, ils ont décidé l'affaire. Plusieurs, mais en petit nombre, se sont fait musulmans , et , dans le cas d'une invasion de la Russie en Perse , il est douteux que ces gens oubliassent, qu'ils sont Russes. £n attendant, leur position est beaucoup plus agréable que chez eux, et aucun ne voudrait retourner en Russie , s'il en avait la liberté; ils se marient , et, grâce à un degré un peu plus avancé de civilisation, et à une certaine pratique des arts utiles > ils obtiennent quelque considération et q^ielque aisance. Du 27 juin au 2 juillet. Séjour à Recht. Cette grande ville, capitale du Ghilan, avait 32,000 habitants avant la dernière peste (1832) ; elle n'en a plus aujourd'hui à peu près que 16^000; elle est avantageusement située pour le commerce , et possède de beaux bazars. Chah-Abbas, qui avait de grandes idées sur Recht , l'avait choisie pour eh faire Iç principal comptoir de la mer Caspienne. Les Russes l'occupaient à cette époque (1) depuis une cinquantaine d'années : Chah-Abbas ■I I ■ II,- , ■ I il I I

(1) Vers la fin du xvi* siède.

la racheta , et donna aux Russes d'autres possessioBs en échange.

Tout le long de la côte occidentale de la Perse t les Russes ont des pêcheries; ils payent, environ 500,000 roubles au Chak, pour ce droit , ce qui n'est certainement pas assez. Quelques-^uns de ces établissements sont considérables ; on y voit de vastes magasins et des maisons élégantes. La pêche commence en septembre et finit en avril, dans l'été y la. grande chaleur ne permettant pas la moindre action. En avril ^ les bâtiments char^ gés de poissons et de vivres partent pour la Rus* sié , avec une partie des pécheurs qui reviennent Taùtomne suivant. Les Russes ne sont point in^ quiétés sur cette cète ; mais sur la côte orientale ; ilsi»ont obligés d'avoir continuellement des bricks de guerre pour les protéger contre les Turcomans qui s'emparent quelquefois , pendant la nuit ^ des pêcheurs, et les réduisent en esclavage. Kbiva contient , dit-on , environ 8,000 de ces esclaves. Auprès d'Astérabad^ les pécheurs ne cou-chent point à terre ^ et se retirent ^ la nuit , sur leurs navires.

Les hommes du Ghilan sont, en général, grands et bien faits; mais les femmes sont surtout remarquables par leur beauté , leur blancheur,, ainsi que la douceur voluptoeuse de leur marche et de leur regard.

418 ABLATIONS DE VOYAGES

Les habitants soat plus superstiteux que dans les autres partiei^ de la Perse f mais il faut leur rendre justice, ils ont aussi plus de pureté dans les mœurs. Us sont généralement moins voleurs que^ dans l'Iran , et nous eûmes beaucoup moins à nous plaindre de leur importunité.

■ Le Mazendéran actuel paraît avoir été FHircanie des anciens. Quant au Ghilan , on trouve, dit- on ^ dans Hérodote (1), la mention d'un peuple appelé Guelé , qui a une grande analogie avec le nom de Ghilan. Les habitants de cette province 5 dispersés dans leurs sombres forêts^ ont dû y rester, pendant des siècles, dans une sorte d'état sauvage î ils demeurèrent attachés au culte du feu beaucoup plus longtemps que les autres Persans , et il n'y a pas plus de trois cents ans qu'ils se sont entièi'ement convertis à rislamisme.

Les habitants du Ghilan voyagent ordinairement les pieds nus et le pantalon retroussé jusqu'au-dessus des cuisses ; ils transportent leurs denrées dans des paniers suspendus également de chaque côté d'un bâton de bois dur et flexible.

(1) On ne trouve dans Hérodote que la mention du pays des Gherres , voisins du Borysthènè , et qui n'ont aucun rap^ port avec le Ghilan.

Le climat est généralement malsain en été :

il y pleut deux trois ou jours par semaine, ce qui donne une humidité insupportable. Les chaleurs y sont excessives en juillet et août , aussi Fhydrophobie est-elle commune parmi les chiens.

Quelquefois il soufiBe un vent de sud-ouest brûlant, qui dessèche le pays en quelques heures ; alors les meubles se brisent , la terre se fend ; mais ensuite surviennent des pluies abondantes qui ramènent l'humidité. «

On cultive dans le Ghilan le lin et la soie en abondance. Cette dernière culture va toujours, croissant , parce qu'elle est profitable : il existe à Recht des fabriques de soieries. Gmelin pense que le ver à soie est indigène de ce payjs ; mais bien ^ue le mûrier soit abondant partout, et dans les endroits les plus éloignés des habitations , l'opinion de Gmelin n'en est pas plus prouvée. Les autres cultures. sont négligées; les arbres fruitiers d'Europe qui croissent presque partout spontanément et avec vigueur dans les bois, y sont restés presque à l'état sauvage; le Noyer ^ le Grenadier^ le Pommier, le Néflier , le Cerisier^ Y abricotier y y Amandier y la Vigne ^ le Figuier^ le Châtaignier, les Orangers et les Citronniers étaient communs avant l'hiver de 1833. Maintenant , il n'en existe plus que quelques pieds. En général ^ les hivers sont doux ^ toutefois ,

490 RELATIONS DB YOYAGES

il n'est pas rare qu'il y tomb^ beaucoup de neige^ ^

4 juUléU Le séjour de Redit étant trop mal*sain ) et d'ailleurs peu convenable pour nos recherches en botanique 9 car la ville est fort éloignée des montagnes ^ noUs nous décidâmes à aller rejoindre le consul de Russie ^ M. Al« Chodsko qui , fuyant aussi oe climat meurtrier^ était allé s'établir sous des tentes^ à la mon* tagne appelée Zarin^koti^ près du village de Menjill 9 sdr la route de Téhéran. Nous marchàines toute la journée/ dans un chemin bordé de chaque côté par des haies élevéœ, et quel«^ quefois des forêts de haute futaie) le chemin était horriblement défoncé dans quelques en-** droits ^ hôs chevaux avaient peine à sortir des bourbiers» Nous arrivâmes à uh bazar^ à cinq ou six heures deRecht) mais; coinme il était de bonne heure, nous nous résolûmes à passer plus loin. Pendant que nous faisions nos provisions , mon domestique arménien d^Erzeroum , qui portait le turban à la manière turque, flit pris par les Persans pour uh Osmanlî ; ils se mirent à l'injurier dé toutes les manières et à maudire Omar avec les plus horribles imprécations. Le pauvre Arménien, qui se souciait fort peu d'Omar et de tous les califes , avait beau leur crier et moi aussi que je me souciais très*

BN ORIENT. Ml

péu(l)d*0inap,e6fi fapatiques étaient tellamenl hopft d'eux-mêmes , qu'ils n'entendaient iriôn* Mon Arménien avait priii le parti de qe plus les contredire, afin d'avoir 4n moiQS la liberté dç pouvoir communiquer librement aVei^ eu: , cari^ malgré leur haine pour les Sunnites , ils le» cour sidèVent cependant comme musulmans , et ne se croient point souillas en les touchant et en man** géant avec eux. Cette espèce d'aquiescement n'était pas prudent, car, qui sait où peut se porter la haine de pareilles gens ? Ils ne cessèrent leurs cris que lorsque nous leur abandonnâmes H

place. La pluie nous ayant surpris peu de temps après, nous fûmes obligés de nous arrêter et de tshercher un abri sous une chaumière , ce qui n(p nous empêcha pas d'hêtre mouillés toute la nuit, ^t, pour comble d'infortuné, d'être dévorés par les cousins.

b juillet. Nous reprîmes notre route par un horrible chemin entièrement défoncé* Un groe ruisseau, gonflé par le^ eau&, ne permettant guère 4^ tenter le gué , un de nos gens eut rimprudence de passer sur un mauvais pont avec un cheval de charge : ^ le pieuvre aiumal fût presque tué et toute }a charge em-

m I I I ■ mmmm^im'n ■< ■ ww— #»^«j^»— ^g^^ir-^— P— ^Pl^-™»^iywffy^»

<1) Il ^a daofl le ihanuserit une expression beaucoup plus

portée par lé courant qui était très-rapide; nos plantes, nos collections , nos munitions , furent en partie perdues ; nous repéchâmes cependant quelques objets, un fusil de chasse ^itre autres , qu'un persan retrouva en plongeant.

Q juillet. Nous restâmes toute la journée à sécher ce que nous avions sauvé des eaux.

7 juillet. Nous nous remîmes en route et arrivâmes bientôt au caravansérail de Imam-Zadé^ qui est en construction. Nous y fîmes quelques provisions et continuâmes notre route , et ne tardâmes pas à nous trouver sur les rives du Sefid-roudj que nous côtoyâmes à travers de magni^ués forêts. Sefid-roud est le nom que prennent le Kizil-ouzein et le Ghah-roud après leur , jonction , un peu au-dessus du village de Rout-bar. Un peu avant le village de Rostem^Ahad^ les forêts cessent subitement , et toute la vallée du fleuve est alors dépouillée et présente le spectacle des montagnes de l'Iran. Nous parvînmes la nuit au caravansérail de Rostem- Âbad.

% juillet. La route suit presque toujours les hords du fleuve , elle est pratiquée dans le rocher et a dû coûter beaucoup de peine et de dépenses. Elle ne date que du règne de Feth- Âli-Chah ; c'était autrefois un chemin presque

EN ORIENT. tô3

impraticable, on était suspendu au*des$us du fleuve par un sentier sur lequel un cheval au^ rait eu peine à poser le pied ; les voyageurs en faisaient un tableau horrible, Aujourd'hui , * la xoute est très-bonne et très-facile. Après deux ou trois heures de marche, nous arrivâmes.dans une région qu'on peut nommer des Oliviers. De tout le Ghilan et le Mazendéran^ c'est le seul coin de terre où l'on cultive en abondance cet arbreprécieux ; mais les habitants ne connaissent que très-imparfaitement les procédés de fabrication de l'huile. Au reste , leur cùltiire s'étend fort peu dans -le p5>ys , elle ne va guère plus loin que Menjill. C'est là seulement que j'ai rencontré le Myrte , et quelques] plantes de la région méditerranéenne. Nous trouvâmes quantité de villages , la plupart sans habitants pour le moment, la population étant dans l'usage de gagner la montagne dans la saison chaude. Le dernier village est le plus grand , c'est celui de Routbar. Nous avons eu là à éprouver des coups de vent d'une très-grande violence. Nous ne tardâmes pas à arriver au pont construit un peu plus bas que la jonction du Rizil-ouzeinâvec le Chah-roud. Trois ou quatre arches du centre sont tombées et remplacées par des planches et des garde-fous très-légers, et qui manquent dans beaucoup d'endroits; c'e>t un passage excessivement dan-

434 RELATI(»f& DE VOYAGES

get-enx lor^ue le yent souffle, ce qui ne iiiftiK(iie jamais depuis midi jusqu'au soir j sa violence est telle, que des hommes et des chevaux qui se hasarderaient à le passer dans ces circonstances , seraient précipités dans le fleuve où ils ne manqueraient pas de disparaître. Cest ordinairement cet endroit que les malfaiteurs choisissent pour leurs expéditions. Quelque temps auparavant remployé du préposé de Recht , pour la perception des impôts , qui avait des ennemis dans le pays, fut précipité du haut du pont. La veille même de notre passage , trois hommes y avaient violé une fille. Un des coupables, le principal , vint se réfugier dans Técurie du consul (1) , lieu sacré et inviolable en Perse. Cependant, la fille se rendit à Téhéran , se présenta devant Mohamed- Chah, en demandant justice. Le Chah ordonna qu'un des coupables épousât la fille et que les autres fussent livrés à sa vengeance , pour qu'elle les fît mourir ou les obligeât à racheter leur vîe

(1) En Perse, ce ne sont pas 9 comme on pourrait le croire, les mos<]uées qui servent d'asiles, mais bien les tombeaux des grands saints , la porte impériale , les cuisines et les ëcàxies du chef ou des unbassadeurt étrangers et m^e des grands seigneurs. Le Chah ne peut violer ces asiles , mais il défend qu'on porte à manger aux coupables et les force ainsi à sortir.

. (N^ ^Aucher Eloy.)

EN DKIENT. m

par une forte sûmine. Le Cbab fit écrire par 8e$ ministres au consul , pour qu'il rendît celui qui s'était réfugié dans son écurie; mais, comme on s'y attendait bien , le, consul refusa : c'eût été çn effet une action qui l'eût déshonora dans le pays. Bref, la fille épousa un de ses assaillants 9 les autres payèrent .une légère somme et tout finit par des chansons.

Kous fûmes oblige d'attendre que le vent se

calmât, et le soir, vers la nuit, nous transportâmes à bras nos effets au delà du pont et fîmes ensuite passer les chevaux. Quoique le vent ait beaucoup perdu de son intensité , il n'en agitait pas moins le pont en planches de telle sorte, quece n'était paysans trembler qu'on se trouvait suspendu au-dessus 4c l'abîme sur un si frêle support. La nuit était close lorsque notre passage fut effectué; Nous passâmes la nuit sur la rive du fleuve. Le matin nous fûmes éveillés par une caravane qui traversait le pont aux cris dô : ia Ali ! ia AU ! C'est le cri ordinaire des Persans dans le danger, ou lorsqu'ils veulent s'exciter.

9 juillet. Menjill est situé à une demi^heure au delà du pont; nous nous y arrêtâmes jusqu'au soir^etnous apprîmes que le consul de Russie était campé dans un village voisin , à Erze^il. Nous partîmes le soir, et, ap*^ès une heure de

route nous nous trouvâmes dans son campement. M. Ghodsko nous accueillit parfaitement bien, et pendant plus d'un mois qu'il nous donna l'hospitalité, nous trouvâmes beaucoup de charme dans sa société, et beaucoup de profit dans- sa conversation sur la Perse qu'il a visitée dans presque toutes ses parties , en observateur exact et éclairé. Quelques jours après , nous visitâmes le Zarin-kou , montagiie où le consul avait campé quelques jours , mais d'où le mauvais temps l'a*vait chassé. Le village d'Erzevil est bâti précisément sur la lisière , entre le pays sec et le pays humide , ou autrement dit le pays nu et le pays boisé; pour peu qu'on s'élève au-dessus du village , on est dans les brouillards, Notre excursion fut des plus fatigantes, et quoique nous ayons trouvé de fort bonnes plantes ^ à peine eûmes^ nous le courage de les recueillir au milieu d'un brouillard épais et souvent d'une pluie battante.

Nous étions dans le voisinage de la plus haute montagne du Ghilan, le Dulfek'-kou (1). Nous prîmes deux guides avec des mules et partîmes le soir pour cette excursion. %

i S juillet. A peine eûmes-nous quitté Erzevil que nous nous trouvâmes dans un brouillard, et

(1) Sans doute le Derfek-dagh de la carte d'Arrowsmith.

quand nous entrâmes dans les forêts , nons fûmes bientôt pénétrés par la pluie. Ne pouvant pas nous décider à camper , en cet état, au milieu des bois, nous descendîmes environ une heure, par un chemin affreux, vers la région sèche , dans la vallée dû Sofid-roud , et gagna* mes un village où nous passâmes assez bien la nuit, sôus un magnifique platane.

i& juillet. Nous suivîmes tè bord du fleuve (1) en 1^ remontant , et vînmes coucher en face de Rostem-Âbad, près de Duzon-Tïbas. Nous avions traversé de jolies vallées où il y avait d'immenses rivières.

\7 juillet. Après avoir passé par la région du Paliurus aculatus , nous ne tardâmes pas à entrer dans les bois de haute futaie. Nous montâmes, par des routes affreuses, excédés de fatigue et tout trempés par la pluie ; nous nous trouvantes heureux de rencontrer quelques Maugrabins du pays , que la chaleur horrible du bas Ghilan avait décidés à s'établir dans cet endroit; ils avaient, je crois , presque autant à souffrir de ce climat humide que de celui qu'ils avaient abandonné.

iS juillet. Par une route non moins mauvaise,

(1) Sans doute le Ghah-roud.

tl» RELATÏOSB DE VOYAGES

nous atteigntmes la fin des bois. Nous nous ar-^ Fét&mes près des tentes des nomades (1)# Habi^ ttt^s aux mours des Persans de la côte, nom n'ôiions nous asseoir sur les tapis de ce» noma-* des et nous servir des vases dans lesquels ils nous offraient du laitage i mais nos guides nous ras^ surèrent bientôt en nous disant que ces gens ne faisaient aucune difiSculté de boire et de manger avec des hommes d'une religion différente de la leur. Nous nous reposâmes, et, après ^voir re**cueilli quelques bonnes plantes, nous vînmes camper sur un petit plateau du Dulfek-kou, dans la région nue , où il ne pleut que fort rare*^ mmt. Nous trouvâmes quelques maisons (2), et nous recueillîmes d'excellentes plantes dans ie^ rochers. Le lendemain nous allâmes camper sur le plateau le plus élevé , à côté d^ nombreuses tentes.

Ce plateau forme un grand bassin borné au nord et au sud par des rochers escarpés i le côté

mm^mmim uM i nm ' * > pi i .1

(1) /^oy; ûote suivante.

(2) n y a dans le manuscrit maisons de nomades \ ces deux termes impliquent contradiction. AucherÉloy a voulu parler de ces espaces de chalets de copstruption grossière qu'on trouve dans toutes les montagnes, et où les habitants du Gfeilan, outre leurs tentes, trouvent un abri lorsqu'ils* viennent habiter ces montagnes pendant l'été. Cette explication se trouve coi^mée à la page suivante.

Eli ORIENT. 4M

dtt nord, qui regarde la côte, est cpupé à pic d'une manière effrayante. Il n'y a pas d'eau sur cette partie de la montagne , mais on y trouve plusieurs cavernes très-^profondes où la neige est accumulée depuis lé commencement des temps. Les pâtres la mettent fondre pour se procurer de Teau* On nous parla de l'une de ces cavernes où , suivant la tradition du pays , l'on voit pétrifies une femme et ses enfants, un cheval sellé et bridé , etc. Il fallait des torches pour pénétrer dans ces souterrains; probable*^ ment nous n'en aurions pas trouvé , et nous ne pûmes savoir à quoi nous en tenir sur ces récits, sans doute inventés ; ces gens auront pris pour une partie de leur vision , quelques stalactites ou jeui de la nature (1).

L'hiver avait été très-chaud j il était tombé peu de neige , de sorte que la montagne en était entièrement dégarnie. Tous les sommets , que nous visitâmes avec soin , étaient déjà brûlés^ Nous découvrîmes cependant de bonnes plantes, dans les rochers. Nous ne manquâmes pas , sui-

Il 11

(1) On Sait en effet (jue ces concrétions calcaires affectent SoUYent kd f<H*toes les plus Inzarres. On peut voir, dans le voyagé de Tournefort, sa description de la grotte d'Antiparos ; les grottes d'Adelsberg, en Garinthie ^ sont, à ma connaissance, celles qui offrent les exemples leà plus curieux de ces jeux de k nature»

yûnt Tusage , d'avoir la vîsite des habitants de la montagne. Bientôt nous nous aperçûmes qu'ils n'étaient pas moins voleurs que dans la plaine. Ce sont en effet les mêmes hommes et non de vrais nomades. Ils quittent, pendant l'été , leurs villages avec leurs troupeaux, et viennent se réfugier dans les montagnes. La montre du drogman lui fut enlevée avec beaucoup d'adresse. Nous fîmes venir le Ketkhoiida et le menaçâmes en vain ; il n'en eut pas Fair fort touché. Au moment de partir, notre guide s'éloigna un instant, et alla faire visiter quelques tentes, sans nous rien dire de ses intentions, et nous nous remîmes en route, perdant l'espoir de retrouver la montre. Nous prîmes, cette foisci, une autre route et tournâmes le Zarin-kou à l'ouest , au lieu de le tourner à l'est. Nous évitâmes par là le brouillard et eûmes presque toujours une belle route et une bonne herborisation à faire. Je ne sais s'il y a quelque point sur le globe où l'on puisse jouir d'un spectacle aussi singulier que sur le Dulfek-kou. Son tiers supérieur, dépouillé d'arbres, est presque toujours favorisé des rayons du soleil , tandis que la partie boisée , qui occupe les deux autres tiers , est presque continuellement dans les brouillards, que le soleil perce rarement ; la base, du moins , Ja partie qui est baignée par le Sefid-roud , est

. EN ORIENT. Wl

également dépouillée et jouit en compensation de la vue du soleil. De la cime de la montagne , de quelque côté que la vue se projette, le brouillard forme comme une immense mer agitée par le vent; les cimes déboisées ressemblent à des îles qui s'élèvent au-dessus de cet Océan, et rillusion est si complète, qu'on se surprend à chercher quelque voile ou du moins quelque embarcation naviguant près de ces îles imaginaires. Il arrive fort rarement que les vapeurs poussées par la mer se dissipent , et alors , sans doute , on peut jouir d'une vue admirable de la côte.

C'est du Dulfek-kou , celle des montagnes du Ghilàn qui arrête la plus grande quantité de vapeurs, que le vent se précipite dans les vallées du Chàh-roud, etdu Kisil-ouzein, pour remplir en se raréfiant cet' espace de pays nu, dont le sol argileux s'échaufi^e singulièrement; les nuits étant presque toujours fraîches, l'équilibre se rétablit jusqu'au lendemain , vers neuf ou dix heures : le soleil raréfiant de nouveau l'air, les vents fougueux recommencent, atteignent leur plus grande violence pendant la grande chaleur du jour , et s'afiaiblissent insensiblement jusqu'à ce qu'ils tombent à l'entrée de la nuit.

De retour à Erzeyil en trois petites journées,

nous portâmes nos plaintes au con9ul de Russie , au sujet de la montre volée :,celuM;î, connais* sant fort bien le pays , ordonna de suite qu'on arrêtât le guide qu'il soupçonnait auteur ou du moins complice du vol. Le guide jura, avec Tair hypocrite des Persans, qu'il ne concevait rien à cette affaire, çt qu'il avait fait en vain des efforts pour découvrir les auteurs du vol. Cependant il finit par réfléchir sur sa position, et, pour obtenir sa liberté , offrit au consul de lui laisser sa mule en gage> ce qui fut accepté; la mule valait sans doute mieux que la montre, mais il se trouvait trop heureux d'échapper à la punition qui pouvait être aussi sévère qu'on l'eût voulu, les peines étant, en Perse, tout à fait au caprice de celui qui les inflige. Le consul dénonça ensuite le vol au khan, iquî réside à Menjill , et, peu de temps après, ce dernier renvoya la montre que nous croyions bien loin , sur la cime du Dulfelk-kou. Nous eûmes peu de temps après l'explication de tout de cela : j'ai rapporté qu'avant de quitter la montagne, le guide avait été visiter les tentes ; il avait alors obtenu la restitution de la montre , mais il résolut d*en faire son profit , et , pour assurer son vol, d'en partager la valeur avec son khan : il lui remit en effet la montre à son arrivée en lui dî-^ sant que nous lui en avions fait présent , et de-

manda quelque chose pour sa part. Mais , dès que le khan eut reçu la lettre du consul , il connut la ruse , et restitua la montre , après avoir fait appliquer au filou plusieurs centaines de coups de bâton.

Je passai quelques jours sous ma tente à mettre en état ma belle herborisation du Dulfekkou,d'oà je n'avais pas rapporté moins de 150 espèces que je n'avais pas encore trouvées dans ce pays. J'éprouvai ensuite quelques accès de fièvre, ce qui ne m'empêcha pas toutefois de faire un voyage à Recht , où j'avais des emplettes à faire pour la continuation de mon voyage.

Jusqu'à la région boisée , j'eus un temps couvert; mais , arrivé dans les forêts, la pluie tomba avec beaucoup de force , et les chemins devinrent afireux : je fis toutefois la route en un jour et demi. En ap|)rochant de Recht, la chaleur devint horrible ; c'était absolument celle qu'on respirerait dans un bain d'étuve. Les forces me manquaient 5 et je pouvais à peine me tenir sur mes jambes. M. le consul m'avait donné une lettre pour un certain Âga Michaël, afin qu'il m'aidât dans mes acquisitions : celui-ci me donna , en effet, son domestique , dont il eut bien soin de vanter la probité. J'allai avec ]ui dans les bazars ; à chaque pas, j'entendais autour de moi des injures et

«M RELÂTKWS DE VOYAGES

des imprécations; OrousJ orous! criait-on de toutes parts , et Ton me témoignait un profond mépris en crachant de côté avec force. Mais ces malheureux sont si lâches que le moindre mou^ vement que je faisais les mettait en fuite. J'eus cependant la satisfaction d'en surprendre un , et de le rosser convenablement , au milieu d'un caravansérail, sans que personne eût le courage de lui porter secours. Le fidèle domestique d'Aga Michaêl fit une partie de mes achats ; mais à chaque article^ il faisait au marchand un signe d'inintelligence^ prenait les objets sans discussion ^ inscrivait la somme sur un morceau de papier , et excitait grandement le rire de ceux qui comparaient ce qu'il écrivait avec ce qu'il devait me faire payer : tout ce manège était des plus gros* siers. A chaque article qu'il achetait il me demandait de l'argent ; je lui comptai de la sorte cinq ducats^ Mais^ retourné ensuite chez son maître, pour déposer nos emplettes et faire le compte, ce malheureux assura alors qu'il n'avait reçu de moi que trois ducats. Il n'y eut pas de serments qu'il ne fît , de preuves qu'il ne cherchât à administrer pour me convaincre de fausseté. Voyant que je ne pouvais obtenir justice, je dis à Âga Michaël que ce serait à M* le consul à 'décider entre son valet et moîi Cependant^ ayant encore quelques acqui-

sitioDs à faire ^ il ne me restait plus que deux du-^ cats en poche j je demandai à Aga Michaël s'il me prêterait de l^argent pour les finir , il me le promît ; j'employai mes deux derniers ducats ^ et quand je n'eus plus d'argent , il m'en refusa j de sorte quejemevoyalsàRecht sans pouvoir acheter un morceau de pain pour moi , ni une me-' sure d'orge pour mes chevaux* Je revins à la charge auprès d'Aga Michaël, et j'en obtins enfin un touman, que le pauvre homme lâcha avec une peine et un regret indéfinissables. De retour dans la maison du Consul où j'étais logé, je passai une nuit horrible ; j'avais la fièvre ^ tant la chaleur était forte et accablante : ce ne ftit que le matin que je pus prendre un peu de repos. Cependant^ je désirais visiter le petit lac d'Ecnek, qui veut dire lunette , parce qu'il en a la forme. On m'avait assuré que je trouverais là le NeUitnbium speciosum (1). J'y allai dans la matinée avec un guide qu' Aga Michaël m'avait procuré, et qui se trouvait être un piéton que le consul russe de Tabriz expédiait à celui de Recht. Je traversai la ville au milieu des huées de toute cette canaille , et arrivai bientôt à Ecnek. Je n'y trouvai

(1) Plante d'Egypte. Il existe certainement dans la mer Gaq[>ienne ime espèce de ce genre t M< Fischer l'a nommée

point le Nelumhium , ce n'était pas la saison ; j'y recueillis y entre autres plantes intéressantes , le Trapa natans (1) , le Vîllarsia nym^ phoides (2).

Pour éviter d'être tué par la populace, le guide me fit revenir en me faisant faire le tour de la ville. Tous ceux que nous rencontrions m'accueillaient par des rires indécents ou des insultes grossières. Un individu qui portait du vin, me voyant en main un portefeuille rempli de plantes , se hasarda à venir me le prendre dans les mains; je lui assenai , je dois le dire, un coup de bâton si violent sur le bras , que je craignis de le lui avoir cassé ; il paya pour les autres. De retour à mon logement , il me fallut encore aller au caravansérail de Gullhéné où se tenait Aga Michaël ; là, je fus retenu, pendant plus de trois heures , par une lettre qu'il avait à écrire au consul , et le compte de mes emplettes qu'il refit plus de vingt fois. Enfin, je pris congé de lui ; il me répéta à satiété de lui renvoyer le plus tôt possible le touman qu'il m'avait prêté. Je me mis en route avec le domestique qui était tombé malade en route, et avait toujours eu la fièvre pendant

(2) Ces plantes croissent spontanément dans les lacs etiétangs de la France.

EN ORIENT. *3r

mon séjour à Recht, et le piéton qui m'avait servi de guide à Ecnek.

La première journée mon domestique redevint plus malade. Le cheval que je montais et qui n'avait point été nourri à Recht refusa de marcher. La nuit étant venue , je fus obligé de descendre dans des chemins horribles. Je fis une chute et me blessai grièvement à la jambe ^ et faillis ensuite me perdre dans une fondrière ; enfin nous arrivâmes au bazar (1).

Le lendemain je continuai à pied, quoique je souffrisse beaucoup de ma jambe. Sur la route, nous trouvâmes une espèce de poste de douaniers qui nous ordonnèrent impérieusement de nous arrêter. Je leur dis que les caisses que je transportais étaient vides , qu'elles étaient pour le consul russe, et que je n'avais rien à démêler avec eux. Un des douaniers vint prendre à la bride le cheval de charge , et menaçait de ne point le laisser aller. J'allai à lui et lui fis lâcher prise, en l'injuriant du mieux que je pus, suivant l'usage persan. Il ouvrit de grands yeux, me regarda fixement en voulant m'imposer. Je lui ris au nez , ^t le menaçai de le rosser avec le bâton que j'avais en main. « Attends, attends, me dit-il, j'ai un fusil et nous verrons ! » Et moi, j'ai des

(1) Déjà cité, page 42Ô.

pistolets , lui r^ondis-|e , nous alloas voir beau jeu ! A la vue de mes armes, le pauvre diable fut tellement effrayé qu'il s'échappa en toute hâte dans la montagne. Voyant que le combat cessait faute de combattant , je voulus désarmer mon pistolet; mais , je ne sais comment cela se fit , le coup partit malgré moi. Je craignis d'abord d'a-r voir blessé quelqu'un , mais je fus bientôt ras-r suré. Au bruit de la détonation , tout le corps de garde effrayé sortit, non pour m'arrêter, mais pour 3e cacher dans les bois, comme une volée de moineau:s; que Ton tire avec de la cendrée.

Je revins sans autre encombre à Ërzevil , où je iîis repris par la fièvre.

17 août. Départ d'Ërzevil, Nous suivons le flanc de la montagne sur la droite du Cbab-roud, que nous remontons à deux ou trois heures de distance ; nous faisons encore quatre farsangsot nous venons coucher au village de Bmrzen^ où se trouve une jolie mosquée dans l'endroit le plus élevé du village , avec de belles eaux.

Nous continuons toujours à suivre la mon»

tagne par des routes affreuses. Nous faisons près de six farsangs sans trouver d'habitations , et nous venons coucher à Kelas , village situé dans une belle vallée où sont cultivés une grande quantité d'arbres à fruits.

BBT OniUMV. 41»

là août 9 qo«tro fef s^BgSi Goiiehée à Mêêomam bad.

^OaQ4ff quatPd fepsangs. Geudiëe à Oaeknei'n mut.

91 août ^ tpois ftipsaBgs. Ccmehée à Bèsiiguir.

31 août. Jusque ici nous avons toujours ét^ battus par les vents impétueux qui régnent dans les vallées 4u Ghah-roud , du Kizil-ouzein , et dont j'ai déjà expliqué la cause (1),

22 aoât. Nous descendons de la montagne sur les rives du Chah-roudj et venons couchef kHia ^ presque en face de Cherhistan ; j'avais des lettres de recommandation pour le khan de cette contrée , appelée aussi Routbar j maïs ayant appris que ce seigneur était à Ga^bih , je n'allai point dans son yjllage qui n'était pas tout à fait sur ma roilte. La chaleur ainsi qute les cousips nous incommodent beaucoup.

23 aqiit. rïous traversons plu$ieur§ fpi^ le Chab-rQud et i^rivons après deux fa|*sangs à Ç^tukian.

24 çioûtp Nous passons dç nquye^u )e Ch^hroud et entrons datas la mont^^gne ; nous dei^çei^T dons ensuite dans une vallée pu cpijle une braijche du Chah-rpudj qui vient de rElbourzj

nous avions laissé à quelque distance la branche principale. Les bords de cet affluent sont imprégnés de sel 9 provenant de la montagne , qui contient des salines très-riches qu'on exploite ; nous rentrons dans la montagne et venons cou^ cher à Ikint En entrant dans le village , nous demandâmes à un paysan où nous pourrions trouver de l'ombi^e et de Teau ; il eut l'audace de nous dire qu'il n'y avait pas d'eau dans son village , et nous conseilla d'aller plus loin : il craignait de là voir souillée par des chrétiens. Cependant un autre paysan fut un peu moins scrupuleux ; il nous conduisit dans un joli endroit planté de peupliers , et où il y avait un beau réservoir d'eau. Le khan vint bientôt après nous recevoir, nous accabla de politesses , et nous fit servir une petite collation ; il scandalisa étrangement les habitants du village en mangeant avec nous: le soir il voulait faire tuer un mouton, mais comme toujt mon monde avait 1^^ fièvre , et que mpi-méme j'étais un peu indisposé, je le priai de ne faire aucun préparatif.

25 août. Le lendemain, l'heure du départ étant arrivée , je cherchais en vain les gens du khan^ pour leur donner un bakchich, suivant l'usage : aucun ne se présenta ; j'étais, bien malgré moi, obligé à me mettre en route sans avoir reconnu l'hospitalité qu'on avait exercée envers

nous. En passant devant le village , je vis arriver le khan avec empressement, il me renouvela ses politesses^ j'aurais voulu lui faire quelque présent , mais n'ayant absolument aucun objet à donner, je répugnais à lui offrir de l'argent, craignant de l'offenser; cependant, sur l'observation de mon domestique persan, je lui fis r^ mettre par mon drogman deux ducats : c'était lui payer au. doubla les menues dépenses qu'il avait faites pour moi , car il n'avait réellement fait de grands frais qu'en paroles : à ma grande surprise , il reçut les deux ducats avec avidité, et nous partîmes. Nous n'étions encore qu'à quelques portées de fusil , que nous vîmes accourir un de ses gens , nous rapportant les deux ducats, en objectant que ce n'était pas assez, qu'il en fallait au moins six , et que son maître avait dépensé bien plus pour nous : je lui ris au nez et lui dis que je ne donnerais rien de plus , ' et que s'il ne voulait pas des deux ducats il n'avait qu'à me les renclre ; il ne fut pas assez sot pour cela , et , après avoir continué à nous tourmenter quelque temps , il prit le parti de se retirer.

26 août^ trois heures. Nous trouvâmes une petite montagne et arrivâmes dans une autre vallée du Chah-roud. Le khan du lieu nous fit inviter à venir manger chez lui, et ne voulut pas

413 RELATIOVS fiE VOYAGES

que nous payassions pour la paille et l'orge que nous servîmes à nos chevaux; mais je rejetai toutes ces politesses Intéressées qu'il aurait faïUu payer trop cher.

27 août. Nous traversâmes plusieurs villages et arrivâmes , après trois forsangs à peu près , au village de MahmoudrÀbad^ tout à fait au pied de V Elamouth^dagh^ une des plus hautes cimes de la chaîne de l'ËIbourz; elle est célèbre par le séjour qu'y faisait le vieux Hassan , connu sous le nom du Fieux de la montagne (1); en la parcourant je trouvai plusieurs restes de fortifications qui avaient été élevées par ce fanatique célèbre : nous y fîmes provision d'orge pour nos chevaux, et nous allâmes camper à deux heures du village dans la montagne.

28 août. Nous faisons séjour dans le même endroit^ nous y recueillons quelques plantes, mais en général toute la végétation sous-alpine est passée.

29 août. Nous nous élevons à une assez grande

(1) Gheik-al-Dschebal,chefde Tordre des Assassins, fonde Tors le milieu du xi* âèole. Ik prirent d'abord le nom de /irdavîi c'est-à-dire ceux qui se saorifi^at, pui« odui de ^Aichkhin^ que certaines personnes font dériver de AascAîcA , sommitës de chanvre ; cette substance ayant i|ne propriété eniyranle trè»<énargique.

hautaup, près des tentes de noQiades et % quelque distance de la neige.

30 ae4r. J'allai visiter les plus hautes cimes de rEIamouth. Toute la partie sous^-alpine , sans exception, était desséchée; mais je fis une excellentQ herborisation dans la partie la plus alpine : j'y recueillis un magnifique Oro&u^, qui parait être VOrobus formosus déjà trouvé par le bota« niste Steven dans la partie orientale du Caucase (1); une Smtellaria^ trois Véroniques^ une Oxitropis (2) , et plusieurs autres espèces nou* Telles. De ce lieu élevé, on jouit du même spectacle que du sommet du Dulfek*kou ; la plaine est couverte d'épais brouillards qui ressemblent à la mer : on voit le plateau de la Perse et toutes les cimes neigeuses de la chaîne de l'Elbourz.

31 août. J'employai cette journée à dessécher nog plantes et à en recueillir quelques-unes autour de ma tente.

i^^ septembre, i^ fis une seconde excursion sur l'Elboarz , je gravis la cime la plus élevée 011 je fis une belle collection ; je m'engageai ensuite dans une profonde vallée du coté du nord , qui m'offrit plusieurs plantes nduyeUes. Je découvris dans cette excursion une espèce nouvelle

(1) Manque dans la oolleotion.

m RELATIONS DE VOYAGES

de Cicer{i), que je nommai j^erenne, parce qu'en effet , la tige est ligneuse inférieurement. Je descendis coucber près des tentes des nomades où mes chevaux m'attendaient.

2 septembre. Nous descendons tout à lait l'Elbourz et venons camper an bas du village de Dugunt, sous des peupliers, près de belles sources.

3 septembre. Nous prenons un guide pour nous conduire au pic de Demawend (2); il y a deux routes , une qui suit le revers oriental des montagnes; l'autre, qui les traverse, suit le plateau et passe près de Téhéran ; notre guide nous ayant assuré que la première était beaucoup plus longue et excessivement difficile , nous nous dé-

r par la seconde. Ce qui me ssi le revers oriental de 1% mu et qui n'eût pas manqué :*est que mon compagnon et it gravement malades, et que isser à mon passage à Téhéran; nous traversâmes doncja chaîne de l'El-

(1) N" 4337. Cicer tragacanthoides , niuat. Plant. Orient, tab. 4».

(2) Kn 1835 , dans le même mois, A'ojf- page 297 et suir., Aucher Éloy retenu par les artifices du khan de la contrée, avait Tainement essayé d'atteindre cette montagne. Il fut plus heureux cette fois, Fo^. plus bas.

bourz, et, après une journée passable, nous suivîmes le plateau et allâmes camper dans un verger au village de Pachan.

4 septembre^ six farsangs. Campement près d'un village.

5 septembre. Nous vînmes coucher dans un mauvais village, au milieu des ruines, à une heure à peu près de Téhéran. Beaux effets de mirage de tous côtés (1).

6 et 7 septembre. Ne voulant point entrer dans Téhéran de peur d'être obligé d'y perdre trop de temps , et voulant aussi voyager à la légère dans leis montagnes , j'envoyai une partie de mon bagage chez M. l'ambassadeur de Russie, M. le comte de Simonitch : il m'écrivit qu'il avait eu la bonté de me recommander au prince du Mazendéran , et à la mère du gouverneur du Larjan, qui lui avaient promis que je serais parfaitement reçu , et qu'on me donnerait les moyens de faire naes recherches. M. de Simonitch ajoutait que , pour plus grande sûreté , il avait envoyé , depuis une douzaine de jours , un de ses gens pour m'attendre au village d'Asjk, principale résidence du khan du Larjan.

(1) Ce phénomène si bien décrit et expliqué par Monge, pendant son séjour en Egypte , est commun dans les déserts, particulièrement en Perse.

«Ig RELATIONS DB VOYAGES

8 èeptemère. Nous passâmes près des portes dé Téhéraîi par une route très-bonne , et nous al^ lames coucher dans un caravansérail sur les bords de la rivière de,*.*, (1); Avant d'arriver à ce gîte nous rencontrâmes l'homme que l'ambassadeur nous avait envoyé : il nous dit que fatigué de nous attendre à Ask , il avait été au** devant de nous jusqu'à Mâridjan , et qu'il s'eil retournait ne nous voyant pas Venir 5 il nous dit que son tîheVal étant malade il s'en allait à Téhéran, mais qu'il reviendrait si l'ambassadeur lui en donnait l'ordre*

9 septembre. Nous continuâmes notre route fencore assez biçn ce jour-là, mais nous né primes pas la route la plus courte ^ et nous nous dirigeâmes à tort sur le village de Demawend. Nous vînmes coucher à Hassan^ dans une belle vallée où il y a beaucoup de villages.

iO septembre. En continuant la vallée nous arrivâmes bientôt au beau et grand village de /?emawend , si remarquable par ses plantations et l'abondance de ses eaux ; nous passâmes au rtli^ lieu de bazars qui iiotis partirent bien fournis.

1 1 septembre. Nous ne tardâmes paâ à entrer dans les montagnes et dans dès chemins horribles ; sur une éminence , avant d'entrer dans la

(1) Le nom manque dans le manuselit

gorgé , je trouTai le tombeau parfaitement entretenu d'un saint persan. Je rencontrai ensuite tin Anglais qui revenait du sommet de Delnawend. Nous passànies la ririère de £ar ou à'Hétak sur un pont^ à Feutrée d'une gorge étroite. Après une joiirnée des plus fatigantes au milieu des pierres et des précipices 3 nous arrivâmes enfih kJlsk. A l'entrée de la vallée nous remarquâmes des sources d'eau sulfui^euse; Nous allâmes des-^ cendre chee le khan , qui nous fit force questions et semblait ne pas vouloir que notas fussions les personnes recommandées par le wékil-mouk^ dar (1)^ parce que au lieu de venir du Mazendéran nous arrivions par Téhéran; enfin tout i^'expliqua et nous fûmes reçus^

12 septembtêi Nous comptions nous reposer ce jour-là et aborder le Pic de Demawend le lendemain^ mais de bonne heure on nous pria très-poliment de déguerpir* Le khan nous donna cependant un homme afin de nous conduire au village de Ohena^ dont les habitants sont les meilleurs guides pour la montagne ; ils y font tous les ans plusieurs voyages jusqu'à la cime pour en rapporter du isoufre. tihenà est placé tout à fait au pied d'un profond ravin , qui part presque dé la cime ; la position du village est très-sauvage et

(1) fioToyé dudrgé d'aimdncer fei visites*

romantique. Le village de Règne , situé à une demi- heure de là, fournit également de bons guides. Â une heure et demie de distance, au pied de la montagne , nous nous y établîmes assez commodément dans la maison du Ketkhouda.

Le khan du Larjan ne paie aucun tribut au Chah ; il lui fournit seulement 10 soldats tous les ans. Ce canton est fort petit, sa longueur n'excède pas 6 farsangs^ il est situé en entier dans une vallée profonde et très étroite, arrosée par la rivière Lar, et sur le flanc des montagnes qui sont couvertes de jolis villages ; le froid y est très-intense dans l'hiver, et la neige intercepte alors toutes les communications ; aussi presque tous les habitants descendent-ils dans le Mazendéran pendant la mauvaise saison ; il ne reste alors dans les villages que très-peu d'hommes qui y passent une vie assez triste. La route du Larjan , vers le Mazendéran, est horrible; celle du même pays à Téhéran est un peu meilleure , mais encore fort mauvaise ; le khan se fie sur cette circonstance pour se révolter très -souvent; et comme son pays est la seule route du Mazendéran en Perse , le Chabiest obligé de ménager ce chef qui , sans cela , intercepterait les convois chargés de riz , qui approvisionnent Téhéran. Le riz , comme on sait , est la principale nourriture des Persans , et la rareté de ce comestible pourrait causer en

Perse, comme ché^ nous, la rareté du pain, un mécontentement des plus sérieux.

13 septembre. Accompagné de deux guides, je partis deux heures avant le jour pour visiter la pic de Demawend , ou , selon les habitants du pays, Damawend ; après deux heures de marche, nous nous reposâmes sous un rocher qui forme un grand abri , et y déposâmes nos principaux effets; nous continuâmes ensuite notre route vers la cime; malheureusement je me sentais les jambes très-faibles, et je pressentais une attaque de fièvre. La région moyenne n'avait presque plus de végétation , mais j'espérais me dédom^mager amplement dans la région alpine ; celle-ci ne se compose que de lave , de pierre ponce , de quartiers énormes de pierres qui, toutes ont éprouvé l'action du feu , de sorte qu'aucune végétation ne peut s'y implanter : je recueillis toutefois, au milieu de cet horrible chaos , trois ou quatre jolies plantes , un Lamium , une nouvelle espèce de^Se/iedo (1) ,unecharmantepetiteCr;7>^ophila^imDraba (2), une Fîcia (3), etc. Cependant j'étais arrivé au pied de la cime : je proposai à

mes guides de m'y conduire, ils résistèrent de tous

(1) N*^ 4179 pourrait être le S. delphinifolius.

(2) N« 4067. Z>ra6a JokanniSj Host. Boiss., 343.

(3) N» 4363. ricM Âucherii. lUustrationes Plantarum OrienV^lium.

leurs efforts en me disant que personne n'avait été jusque-*là, et qu'ils y trouveraient la mort. Ils ÎEnentaient ; mais ne pouvant parvenir à les décider, je résolus de gravir seul cette cime : je ne saurais dire quels efforts je fus obligé de faire; enfin j'atteignis le but désiré. Le cratère était tout couvert de neige , et je n'en vis même pas la forme; je commençais, malgré la rigueur du froid , à m'ôrienter pour apercevoir dans le foilitatn les lieux principaux qu'elle domine, lorsqu'un violent coup dé vent accompagné d'un IxrduîIIard glacial m'obligea à redescendre bien vite; je retrouvai mes gens qui m'attendaient, et regagnai mon rocher, où je passai toute la nuit près d'un misérable feu qu'ils allumèrent avec des tiges mortes de VOnobrythis eomuta.

M. Tbompson , Anglais attaché à l'ambassade Britannique, qui avait visité la montagne quelques jours avant moi , l'avait mesurée à l'aide du baromètre et avait compté 12,000 pieds anglais; on sait que le pied anglais a 1 pouce de moins que n'avait le pied français) (1 ), mais on peut douter de Fexactîlude de cette appréciation. Quand on veut Visiter cette inontagne avec moins de fatigue, on peut coucher à la baâe de la cime > dans une ca-

(1) Cette hauteur serait de 4,548 mètres , d'après une obserTation barométrique , cbmtûunîquée par M. Texier.

EN OIllENT. 451

Verne où Ton ressent une chaleur très-forte, évideinment produite par des feux intérieurs; toutefois , aucune tradition ne parle d'éruption de ce volcan qui est éteint probablement depuis bien des siècles.

14 septembre. Je revins à Ghena, où une violente fièvre me saisit : j'avsfîs rarement fait avec tant de fatigue et de dépense une si pauvre herborisation !

15 septembre. Nous nous mîmes en route pour retourner à Téhéran, prenant te chemin du haut qui passe au-dessus d'Âsk. Deux heures à peine après notre départ, nous nous aperçûmes que nous avions oublié dans notre logement, chez le ietkhouda , un sac contenant beaucoup d'objets indispensables à nos travaux; nous renvoyâmes un domestique pour le chercher; à son arrivée il trouva tous les objets dispersés : chaque personne de la maison avait pris ce qui lui convenait ; il passa plus d'une heure à en recouvrer une partie , et il revint enfin avec une paire de pistolets de moins, une tasse à eau, etc.

16 et X7 septembre. Nous continuâmes notre route sans encombre , mais évitâmes toutefois de prendre le chemin de Demawend qui est beaucoup plus long.

18 septembre. Nous arrivâmes à Téhéraa où nous croyions trouver M. Tambassadeur de Rus-

sie ; i! était encore dans sa tente près du palais du Chah , à une heure et demie de distance; nous nous y rendîmes et nous fixâmes à côté de lui. M. le comte Simonitch estRagusain, âgé d'en* vlron cinquante ans; il a servi avec le grade de capitaine dans les régiments de Croates , au "^ service de France , jusqu'à la dérouté de Mos-

cou. A dix* huit ans, il /était lieutenant, et à vingt**- deux capitaine; il prit ensuite du service en Russie, devint général à l'époque de r^quipée d'Âbbas - Mirza contre les Russes.

L'armée russe trop faible pour oser résister à des forces nombreuses , pensait à se rendre \ le conseil de guerre présidé par Pastevitch était unanime à l'exception du comte Simonitch qui, ayant remarqué les mauvaises dispositions de l'ennemi, entrevit un moyen de salut; ît en*traina le conseil , et eut le bonheur et la gloire de mettre en déroute l'armée persane. Dans cette affaire si honorable pour lui, il eut une jambe cassée, et passa quelque temps, pour mort ^r le champ de bataille : sa jambe ne fut jamais entièrenient remise , et elle est restée beaucoup plus courte que l'autre.

19 septembre. Je me rendis à Téhéran pour faire une visite à M. l'ambassadeur d'Angleterre, sir Mac-Neill : il me reçut parfaitement bien. M. MacrNeill actuellement âgé de quarante ans

environ, homme fin et pénétrant, rempli de savoir, entra d'abord comme médecin au service de la compagnie dés Indes ; il fut ensuite envoyé en Perse où les services qu'il rendit sous le rapport politique en l'absence de sir Campbell , le firent remarquer de son gouvernement; sîr Campbell ayant été rappelé, M. Mac-Neill le rempla:ça.

21 octobre. M. Dufaud , mon compagnon de voyage, avait été atteint, à Erzevil ^ d'une fièvre qui fut alors bientôt coupée par une dose de quinine. Le malade, .malgré nos remontrances , n'ayant pas voulu se soumettre à ob^ server un régime et ayant continué à boire du vin, du punch, etc., fîit de nouveau atteiïit, Le quinine rélissit encore ; mais le malade ne fut pas plus sage, il continua à manger de tout indistinctement et sans mesure pendant la route, des fruits non entièrement mûrs, du laitage, etc., de sorte qu'il réduisît son estomac à ne plus rien digérer; comptant sur la force de sa constitution, il ne s'inquiéta nullement de son mal . Toutefois il maigrissait à vue d'œil; il perdit bientôt toutes ses forces : il était atteint d'un asthme et d'une gastro-entérite bien prononcée, lorsque nous arrivâmes aux tentes de l'ambassade de Russie. Mon opinion était qu'on lui appliquât force sangsues sur l'estomac , mais cotnme il y avait un médecin à l'ambassade, je ne voulus pas

prendre sur moi cette responsabilité* Le ipéde^ cin prétendit qu'il ne fallait pas de sangsues^ mais du vin ; des cordiaux, etc* Au bout de peu de jours d'un pareil traitement^ le malade fut dans un état désespéré; on lui mit alors des sangsues; un mieux très^prononcé se déclara, et nous étions pleins d'espérance ; mais il fallait ^n-^ core lui appliquer les sangsues deux ou trois fois pour détruire tout reste d'irritation : le médecin prétendit qu'il était trop faible , il eut de nouveau recours aux purgatifs , au vin , au bouillon , etc. , le malade retomba; j'allai consulter le docteur Bell , médecin de l'ainbassade anglaise ; celui-ci ordonna(on pouvait le prédire d'avance) la panacée universelle, le remède à tous les maux cbez les Anglais , le calomelas, l'eau-devie , le vin de Madère, Enfin ils tuèrent le malade en quatre ou cinq jours. Mon pauvre compagnon mourut le 21 octobre dans le palais de l'ambassade russe à Téhéran où nous nous étions transportés; il fut enterré par le ministre d^ Arméniens schismatiques , dans l'enceinte de leur église,

2A octobre. Je fis une visite àMirza^Masroud» ministre des affaires étrangères, que j'avais déjà vu à Sîiint-Pétersbourg , où il accompagnait JPipsrew-Mirza,.daBS son ambassade, comme interprète et conseiller, Mirza-Masroud est pour

mrORlBlIT. 4M

un Persan un homme très-éclairé; il a beaucoup de finesse ; il a appris le français de nos compatriotes qui furent envoyés auprès de Feth-Ali<^ Chah, du temps de Napoléon » et il a épousé une fille de Feth-Ali-Ghab ; mais comme la pliqmrt des grands seigneurs persans de ce temps , il est avare et très-avide d'argent. On dit que tout est immuable en Orient; il faut cependant bien admettre que, depuis moins d'un siècle, il s'est opéré dans les mœurs des Turcs et des Persans une bien grande révolution, et que siChai^in, par exemple, revenait au monde, il ne reconnaîtrait plus les hommes dont il fit un portrait si vrai pour son temps. On reconnatt bien toujours chez les grands seigneurs persans , leur àpreté pour le vol et les concussions , mats cette géaé* rosité , cet amour de la dépense dont parle Ghar^ din , où les rencontrer maintenant?

25 octobre. En allant rendre visite à une Française^ itatadame L. de La Marinière ,établiede* puis plus de vingt aqs en Perse, et employée dans les harems d'Abbai^irza pour Finstruction de ses femmes , je passai devant l'ancien palais de Russie où l'ambassadeur Gribafdoff et sa suite ftirent massacrés par le peuple en 1838 ; la mai* son est tout en ruinç , car en Perse on ne ré^ pare jamais les vieilles masures, et encore moins celles où i! iif'est passé quelqtie évéfiement ira-

4Sé RELATIONS DE TOYAGES

gique. &, an lien de défendre les portes à l'arme blancfaeyettde jeter des poignées de ducats par les fenêtres, Fambassadeur GribaïdofF avait avec ses soixante et quelques Russes fait un feu bien nourri sur cette lâche canaille /il Teut fait fuir sans doute y ou du moins il aurait donné à la force armée le temps de le délivrer^ J'ai parlé à un forgeron qui se vante d'avoir lui-même tué l'ambassadeur en lui déchargeant un coup de marteau sur la tête; le corps du malheureux fut traîné dans la rue avec une corde au cou.

Députa le 15 septembre jusqu'à peu près vers le 15 octobre , il avait régné à Téhéran des vents laolents d'est qui avaient répandu une poussière suffocante dans la ville. Le temps^ s'était mis ensuite ati calme «t il avait tdmbé quelque pluie pendant les nuits , car dans le jour le soleil est rarement caché. Habituellement en novembre le froid commence , mais il ne se fait guère sentir que le matin, le soir et pendant la nuit; le temps est magnifique pendant la journée , et elle est même assez chaude. [A cette époque les arbres n'ont pas encore perdu leurs feuilles. £n décembre, surtout vers la fin , il tombe de la neige, mais en petite quantité ordinairement , et elle ne reste pas sur la terre (1).

■Mb

(1) Le nMBiifcrit oontieiit ici : 1* une iddifeation vague

eN oriekt, w

^décembre. Après aVoir pris congé (Je mes amis^ je me mis en route une heure après midi avec des chevaux de chalvadar (1), deux pour la charge , et deux autres pour moi et mon drogman Nicolas , qui , quoique encore assez malade , voulut à toute forc^ mesuivre. Indépendamment de lettres de Recommandation que je dois à Tobligeance de M. Mac-NéjU, du comte Simonitch et d'autres p6rsottnes> j'étais porteur d'un recam(2), qu'à la sollicitation du comte Simonitch, Mirza^Masroud m'avait délivré ; les titres les plus modestes qui nx'y étaient donnés étaient : le phénomène du siècle, la crème des herboristes, l'élixir des phi* losophes, etc.; en fait de style oriental, c'était vraiment le moins qu'on pût faire pour moi. Mon chalvadar se nomme Méchédé-Mourat (c'est-à-dire Mourat, qui a fait le pèlerinage de M éched), il a une figure assez stupide et singulièrement hypocrite, mais il est, comme tous les Persans, fort

d'un procédé de fauconnerie qui consisterait à 8up[^éer artificiellement à l'absence ou à la défectuosité des plumes des oiseaux de proie destinés à ce genre de chasse féodale dont Tusage parait être conservé en Perîie.

2"* Une note des personnes quTÀ,udi^ Eloy a connues à Téhéran ; M°^ L. de La Marinière; MM. Pietro-Frazzi^ directeur de la manufacture de fusils ; Barbieri , directeur de la poudrière; Bawlinson.

(1) Midetier.

(2) Firman, passe-port. .

intelligent poiyr ses intérêts , ce qui Veut dire de très-mauTaise foi } bref, c'est un fripon fieffé : il avait deux droits à ce titre , celui deChyrazien et de pèlerin. Je ne l'ai jamais yu faire le nama2(l), et il n'observe nullement le ramazan (2).

Nous fîmes route au milieu de la campagne aride et monotone des environs de Téhéran , où Ton aperçoit seulement de loin en loin quelques petites oasis de culture. A envirod deux farsangi j'arrivai sur le vaste emplacement de iîe;^, Fan» ti^e Rhagès ; le sol est couvert partout de mon«tkules formés de débris de briques et de poterie^ Chah-^Abedelasim est un assez grosboui^ avec un baiar.

31 décembre. La p^uie continue. Notre route passe à travers une plaine encore plus st^le et plus monotone que la veille; elle se termine par une chaîne de basses ^collines de formation tra* chytiques.'Après l'avoir traversée, on se retrouve dans une plaine pareille à celle qu*on vient de quitter. On marche environ une heure pour atteindre à Kinaraghueit , notre menzil (3) , assez petit village. Nous descendîmes au caravansérail, 4>ù nous nous chauffâmes avec des herbes du

(1) Namaz, prière que les musulmans font à l'heure de midi.

(2) Gtrême des musulmans.

(3) Menzil , gtte^ retape , correspond au koiiak des Turc9> et

déseri, particitlièremeut YJrtemisïa (4 ), que naoâ payâmes fort cher. Nous mimes 6 heures de Cbahabedelasim à Kinaraghueit , ce qui fait à peu près quatre farsangs.

22 décembre. Nous pardmes à huit heures du miitin, par un temps magnifique. Le pays est toujours le même, un véritable désert; nous n^arrivâmes que sur . les quatre heures au mau-* vais caravansérail de Chaouz-Sultanj isolé au mi« lieu du désert à huit farâangs de Kinaraghueit-. ^ hiver, on a la consolation d'y trouver de bonne eau que l'on conserve dans un réswvoir couvert ; mais en été cette eau devient sale et peut à peine être bue par lés bêtes de somme. Aifôsi , dans celte saison , les voyageurs sont asseas dans l'usage de faire double konak sans débrider, c'estrà-dire plus de vingt lieues de France : comme la.veîUe, nous fîmes notre feu avec les plantes du désert Privé par la saison du plaisir d'herboriser, tout en me chauffant je m'amusai à déterminer mes fagots; les espèces étaient plw variées que la veille; j'y remarquai VAtrapha-xis spinosa^ le Lagonychium stephànianum, VAs'

par synecdoche on dît menzil, konak, pour une journée. Ex. : Tel lieu est situé à 2, 3 konaks de tel autre.

(1) Le nom spécifique manque dans le manuscrit. N*4773. Téhéran. -^Les espèces ligneuses d'Armoise sont nombreuses

Uxigalus tumidus^ plantes avec lesquelles on ne sechauffecertainement pas aux environs de Paris, sans que pour cela on fasse moins bon feu.

Nous trouvâmes nombreuse campagnie au caravansérail. A grande peine, pûmes-nous y trouver un coin libre dans récurie , toutes les chambres autour de lacourayaient été prises avant notre ar-^ rivée. A peine commencions-nous^ nous y installer, que nous nous vîmes presque forcés d'en dé^ guerpir. Deux femmes quiavaient pris leur gîte en face de nous, commencèrent àjeter leshautscris; leurs maris furent bien obligés de venir nous prier d'aller plus loin ; ces dames, disaient-ils, ne pourraient ôtei" leurs voiles devant nous, et les yeux d'un cli|!étien pourraient exercer une funeste in*^ fiuence ^ur elles. Nous répondîmes que nous ne changerions pas déplace^ et que si leurs femmes ne se trouvaient pas bien de notre voisinage , elles pouvaient chercher une autre plûce ; or, comme il n'y en avait pas , force leur fut de vivre une journée comme elles purent. Je remarquai cependant qu'elles s'apprivoisaient un jieu; l'une d'elles, qui était vraiment jolie , soulevait de temps à autre son voile en souriant; et je crois, sans suffisance, que nous n'aurions pas tardé à fs^ire plus ample connaissance, si le temps et les circonstances nous l'eussent permis.

Quoique un peu blasé sur les scènes de l'Orient,

n'ayant rien de mieux à faire , je me mis à étudier le spectacle assez cttrieux que m'offrait notre caravansérail. Tout y était calme à notre ar« rivée , et Ton aurait à peine soupçonné qu'il y eût du monde; chaque groupe était assis tristement dans son coin, les uns occupés à se chauffer, les autres à dormir; mais aussitôt qu'un des çhalvadars, faisant les fonctions de muezxin, eut annoncé la prière, la vie commença à renaître parmi les musulmans. Ils se levèrent eXt hâte, firent leurs ablutions , secouèrent la poussière de leurs tapis ^ se peignèrent la barbe et firent leurs génuflexions. Pendant ce temps , le soleil descendait sensiblement vers l'autre hémisphère ; tous les yeux des musulmans étaient fixés sur cet astre et attendaient avec impatience qu'il eût tout à fait disparu , car il ne faut pas oublier que nous sommes dans le ramàzan. Dès qu ils eurent remarqué la première étoile, ils se jetèrent avec empressement, la plupart sur le càlioum(l), d'autres sur l'eau , d'autres enfin sur leur dîner qui les attendait. Quand cette opération fut terminée ce fut alors que la gaieté et Tactivité particulières aux Persans se firent remarquer dans toute leur force. Les uns se mirent à chanter à tue-téte

(1) Pipe en usage en Perse pour fumer le Tumkeki , espèce de tabac particulière à la contrée.

Mi RELATIONS DE VOYAGES

les autres à faire vibrer d'une manière assez disrcordante une espèce de mandoline ; ici on riait aux éclats 9 là on se querellait; mon voisin , pieux musulman 9 psalmodiait le Coran à haute voix; ce vacarme était accompagné du cri des chameaux» du braiement des ânes et des mulets, de l'aboiement des chiens , du miaulenrent des chats. Ce fut en vain que nous essayâmes de dormir ; ce tapage dura toute la nuit , et à peine le jour commença-t-il à poindre , qu'il fallut nous préparer à repartir.

23 décembre. Ce n'est qu'en sortant du caravansérail de Chaouz-Sultan qu'on entre véritabiementdansle grand désert saléqui parattétre le lit desséché d'un ancien lac. Quoique a(;coutumé à la vue des déserts dont toute la Perse est couverte , la physionomie de celui-ci n'en est pas moins étonnante pour moi : toute la surface du terrain est couverte de sel très4>lanc qu'on prendrait dans cette saison pour de la neige. Aucune plante n'y végète , si ce n'est, à d'immenses distances, quelques 'chétifs pieds de Salsola et de C^nopodium Jruticosum ; au nord, la vue est bornée par la chaîne des montagnes neigeuses de l'Ëlbourz, qui domine comme un géant ce magnifique panorama ; à l'ouest , par de basses montagnes noires». et au delà j[>ar la haute chaîne de l'Elwend ; au sud , par des montagnes moins

EN ÛRISNT. M»

hautes et surtout celle de Khouroud ; mais àVEst, le désert paraît sans fin et s'étend toujours avec la même physionomie jusque dans le Khorassan. Suivant les superstitieux Persans , le désert est le séjour des Djins (génies); ils ne le traversent jamais sans quelque appréhension et sans invoquer à chaque instant le nom d'Ali.

Après avoir marché trois heures , nous arrivâmes à Sadré^Ahhas , grand et beau caravansérail situé à l'extrémité du désert salé ; nous nous élevâmes ensuite un peu et traversâmes une petite chaîne de collines trachytîques et calcaires. Deux heures plus loin , nous arrivâmes au caravansérail de Poul-Dellac^ sur le bord d'une petite rivière et en tête d'un pont que l'on passe pour se rendre à Koum. L'eau de cette rivière est très-bonne en hiver , mais en été elle se sale au point de n'être pas potable. Nous brûlâmes ce soir-là des branches de Tamnrix gallica ; cet arbuste croit en abondance dans les terrains d'alluvion qui s'étendent fort loin et dénotent de grandes inondations de la rivière.

24 décembre. Après avoir voyagé près de deux farsangs sur un terrain d'alluvion , nous arrivâmes à des collines schisteuses, au delà desquelles nous aperçûmes la coupole dorée du tombeau de Mersoumé, sœur de l'imam Ali-Riza, qui brillait aux rayons du soleil levant. Nous mar-

çhâmes encore deuiL heures et nous arrivâmes à Koum.

Koum, qui doit son existence à une petite ri* vîère dont l'eau est toujours bonne et ne tarit jamais , est renommée par le magnifique tombeau dont je viens de parler, et qui renfernie de grandstrésors. Une partie de la ville et des bazars sont en ruine. La sotte curiosité des habitants à notre égard, nous importuna beaucoup, et nous eûjoies beaucoup de peine à nous en défendre.

26 décembre. Après avoir marché près d'une heure dans les pays cultivés, nous arrivâmes dans la plaine stérile ; nous rencontrâmes, deux heures ensuite, les ruiner d'^n village où il y a cependant des cultures. J'y remarquai un tombeau ombragé par quelques pins en parasol. Nous fîmes, ce jour-là, cinq farsangs pour atteindre au caravansérail isolé de Passengou.

26 décembre. Après deux heures et demie de marche, nous atteignîmes le caravansérail isolé de Chourale où se trouve de bonne eau. Nous m arcbâmes en tout quatre heures pourarriverau village de Sensen, éloigné de cinq farsangs do Passengôuetqui possède des cultures assez étendues.

27 décembre. CaclMn» La physionomie du pays est un peu changée , les cultures sont assez fréquentes, et l'on voit au loin plusieurs villages au pied des montagnes.

Au lieu d'entrer dans Cachan, nous logeâmes dans un caravansérail au dehors. L'avenue de Cachan est régulière et garnie , sur chaque côté , de cultures et de jardins. Les environs sont agréables aussi et la campagne est très-bien cultivée , grâce aux eaux que lui fournit la montagne de Khouroud.

28 décembre. Nous partîmes deux heures avant le jour; après avoir marché assez longtemps parmi les ruines, nous entrâmes dans les cultures oii nous nous égarâmes. Nous fûmes obligés d'attendre le jour pour trouver la route. En sortant deCachan, la pente ejst douce jusqu'au pied de la montagne de Khouroud^ presque à l'entrée de la montagne se trouve un caravansérail, et environ un farsang plus loin un bend (1), formé par un barrage solidement construit, qui ferme la vallée et retientunê grande réserve d'eau pour l'usage de la plaine de Cachan. Peu de temps après avoir passé le bend , nous trouvâmes de la neige et de la glace ; enfin, après avoir voyagé plus de six heures, nous arrivâmes à Khouroud , dont nous admirâmes les vastes vergers et les belles cultures en terrasses ; nous

(1) Réservoir. On trouvera dans la Revue des deux Mondes

du 15 février 1842, la description que je donne du système

de réimion des eaux qui servent à la consommation de Con-

stantinopk.

pQMàmes la nuit dans^im mmiyais caravansépail rà HOU» éprouvàmei^ beaucoiqy de froid pendant la nmU II y a cependant «m antre caravaaséipaîi fiiu» beau dans le village.

29 décembre. Ncms continuâmes à gravir la montagne au milieu de neiges fort épaisses.

Comme il avait fait beaucoup de vent la nuit , k route était couverte par la neige qui y avait été poussée et nous perdîmes un instant le chemin ; nos chevaux entraient dans la neige jusqu'aux oreilles. ISous franchîmes eepeiKiant ce Hiauvais passage sans^ accident , et nous arrivâmes jusqu'au pied de la montagne au village de Tchechmé , après avoir marché sept grands farsangs par un froid violent, malgré le beau soleil qui nous favorisait. Tchechmé a de belles cultures , mais peu de vergers.

20 décembre. La neige ne couvrait presque plus la terre et n)ous ctescendîmes^ da&s la plaine où le froid cessa. En qùittantTchechmé les cultures continuent, eCnous trouvâmes plusieurs villages avec de beaux vergers; auprès dudernier village, nous vîmes un bend , et nous entrâmes ensuite dans: la plaine stérile , d'où nous aperçûmes à une grande distance le village de Moutchakar. Nous y arrivâmes, après une journée de sept farsangs , et logeâmes- danfr un petit caravansérail; il y en a bien un grand , mais qui tombe emmine.

ENORiENT. 4«7

On sait asses qu'^a Perse on ne restaure jasaais rien, etlorsqu^im caravansérail commence à se ruiner, il ne tarde pas à devenir inhabitable.

31 décembre. Il nous restait dix farsangs pour jatous rendre à Ispahan ; après six farsangs ^ noui; ^ arrivâmes au beau caravansérail àe^Guèsy nous en avionsdéjà trouvé plusieurs sur notre chemin.

Parvenu* à l'entrée d'Iqprfiaay le muletier ^vita de me faire passer par les bazars , et nous les tournâmes pour aller au faubourg de Djuirfa{\). Nous ne pâmes cependant les éviter entîèrem9Qnt;àpetney eus-je paru que mon costume 'européen excita les rires insolents de cette populace^ la plus vile de toutes celles de la Perse; on ne se contentait pas de rire , on faisait entendre à mcm passage une sorte d'éternuement qui ressemble au bruit que font les chèvres:

rien n'est plus méprisant parmi les Perisans. l'adres^i des injures à ces misérables , espérant leur imposer^ mais je iie fis qu'exciter des huées ^us vives ; irrité au dernier point, |e ttrm mes pistolets de mes fontes ; à cette vue , tout rentra dam&lWdre^ parsome n'osà plus rire, et même beaucMp de personnes lefflrayées prirent la fuite, le^fitixïtfêii ma route, le pistolet à la main 9 il

^Mi^— AJMMI^iafc*«tertiMi<fciaMtifc< I I ir I I I t^mm^ti»

'Ci) )^- 9 a(ux généralitéft 9»: ta Perse , lœe mAc %at l'an"

n'était ni chargé, ni même armé, mais c'en était assez pour effrayer cette canaille.

Lorsque je fus parvenu à la porte de la ville à rentrée du pont de Tcharbak , le portier .me demanda mon recàm. J'aurais pu me dispenser de le lui montrer et lui administrer bien plutôt une volée de coups , car dans ce pays on ne connaît rien autre chose que la* force; mais l'habitude dont je ne puis me défaire d'avoir des égards pour l'autorité du pays que je visite , me fit obtempérer au désir de l'homme qui se disait l'esclave du Chah. Il s'imclina devant mon firman en mettant ses deux mains sur ses yeux ; mais il me dit que cela ne suffisait pas , qu'il lui fallait un pour-boire, et sur mon refus, il exigea que je Faccompagnasse chez le gouverneur. Ma patience fut alors à bout ; je tirai de nouveau mon pistolet, que j'avais remis dans mes fontes pour passer le boulevard où il y a ordinairement peu de monde. Cette exhibition produisit l'effet accoutumé ; on prit lafuite^ et je continuai alors paisiblement ma route.

Sans parler des temps de troubles , très-fréquents en Perse , où tout n'est que pillage , rien n'est comparable au désordre qui y règne habituellement. Les employés sont mal payés, et quand, après bien des formalités, ils obtiennent le bazotv ou ordre de payement , de nouvelles

difficultés recommencent ; ils ne peuvent enfin recevoir ce qui leur est dû qu*en en laissant une partie dans les mains du payeur. Les recams de l'autorité ne sont pas respectés ; il ne faut attendre de . protection que de soi-même et de ses armes. Tuer un homme qui vous insulte est une chose toute naturelle et contre laquelle personne, pas même Tautorlté, ne réclamera : c'est un. fait accompli contre lequel il n'y a rien à dire* Chiha a^uto , ha avuto (1) ! me disait un horloger italien établi à Ispahan^ si vous allez vous plaindre à l'autorité d'avoir été insulté , battu ou volé, on ne vous donnera aucune satisfaction, et tout en vous faisant des compliments, on rira in petto de votre aventure. Un Anglais alla se plaindre un jour à un prince du sang de ce qu'on lui avait volé son cheval ; Allez, lui dit le prince , allez dans mon écurie et choisissez le cheval qui vous plaira. — Mais, lui répondit l'Anglais étonné , je ne viens pas vous demander un cheval, je viens vous réclamer le mien, celui qui m'a été volé. — Si vous voulez votre cheval même, repartit le prince, je ne le puis pas; comment voulez- vous que je sache où il est?

trouvez-le , et je vous le rendrai.

J'arrivai vers la nuit au couvent des mission-

(1) Tant pis pour celui qui attrape!

4ra RELATIONS DE VOYAGES

Dâirés èâtboliqiies, à Djtilfa ^ où je retrouvai le père Giovani Derdérian^ préfet apostolique^ et le père Stephano Âdjour (1), anciens compagnons qui me reçurent à bras ouverts. J'y trouvai aussi deux Européens 9 lé docteur Bertoni^ homme aimable et fort instruit/ dont la conversation m'intéressa beaucoup*

V^ janvier 1838. Je revenais au couvent avec le docteur Bertoni , qui demeure à DjuMa, lorsqu'un Persan ivre, Un couteau à la main, s'ap* procha de moi et me saisit par le collet ; ne pou* vaut souffrir cette insolence je lui donnai un soufflet et renversai son bonnet : il leva son couteau sur moi , mais j'eus le temps de m'éloîgner. Le lendemain il vint faire ses excuses au docteur Bertoni , en disant , suivant l'usage , qu'il était notre esclave, notre chien.

Djulfa a cinq cent dix maisons d'Arméniens, tous schismatiques ^ à l'exception d'une doti-

mim

(1) La mission catholique dont le siège est à Ispahan , a été remise entre les mains d'un évêque arménien , depuis que les jésuites ont ce^é de la diriger. La France avait fait, dant le courant des deux derniers siècles, de grandes acquisitions au territoire dé Djulfa. Les monastères qui avaient été fondés sont aujourd'hui abandonnés ; les vastes terrains qui en dépendent sont plantés en vignes , et sont affectés au revenu et à l'entretien, de l'église catholique. Le père Derdérian habite le monastère arménien dont les constructions bien entretenues contrastent avec les misérableé masures de Djulfa.

[Note deM.Teâcier.)

EM OIUi!NT. «tt

îaine qui sont catiioliques. Ils sont ipteKfa^ tons fort pauvres ; le pays ne lenr offre pas de moyens d'existence. Les hommes émîgrent pour la pln^ part ; une grande partie se rendent aux Indes, où ils font assez bien leurs affaires. Les habitants de Djulfa passent pour de fort mauvais sujets; ils ne respectent pas les Européens plus que ne le font les Persans , et sont toujours disposes à les insulter; mais ils sont bien plus lâches que les Persans , et comme le docteur Bertoni leur a fait plus d'une fois sentir la vigueur de son bras, ils n'osent plus rien dire.

Le premier ministre de la Perse, qui se dit grand ami des Français , mais qui, en réalité, est partisan déclaré des Anglais , et s*est en consé^ quence opposé à l'expédition du Chah à Hérat , envoya un de ses gens pour s'informer de ma santé. Je le remerciai beaucoup , et lui fis dire qu'étant sur le point de partir je ne pourrais avoir l'honneur de le saluer, mais que je m'en dédommagerais à mon retour.

Suivant le docteur Bertoni , qui en a fait l'expérience par la méthode thermométrique (i) pour mesurer les hauteursi Ispahan serait situé à 4,500 pieds au-dessus du biveau de la mer. Il

(1) Foy. au Voyage de 1835,page 142 , note 3^1a mesure de rOlympe donnée , par la même méthode , par M. le maréchal duc de Raguse.

prétend que la plaine d'Ispahan est plus élevée que celle de Téhéran. Suivant moi, le plateau de la Perse s'abaisserait depuis le Caucase jusqu'à Gachan , qui doit être en effet assez bas , car j'y ai cueilli deux plantes, le Fagonia Bruguieri et le Tribubis alatus (1), qui lie croissent ordinairement que dans les parties les plus basses de la région des déserta. Cette partie basse du plateau est occupée par le grand désert salé, qui, dans les temps les plus reculés, devait former un lac sans écoulement ; de Cachan le sol se relève d'une manière continue jusqu'au delà de Yesdikhast, et même jusques un peu avant le caravansérail de Deibid , où le plateau recommence à s'incliner jusqu'à la mer. A partir de ce dernier point, la pente vers le golfe Persique est exactement distribuée en gradins formés par les plaines de Mourghab, de Persépolis, deChyraz , de Kazeroun , de Kamaratich , de Konaktakhan^ et enfin par la côte, toutes séparées et soutenues par des chaînes de montagnes (2).

^ janvier, ie me remets en route avec le même

(1) Sans numéro :Ispahan. Tribulus terrestris ? . (2) Ces détails intéressants sur la^ configuration de la Perse avaient été consignés, par Aucher Eloy, en ^arge de son tna-» nuscrit,'à une époque évidemment postérieure , puisqu'ib sont en grande partie le résultat des observations qu'il a faites à son retour. Je les ai laissés à cette place, parce qu'ils édaircissent ce qui va suivre.

chalvadar et un domcstiqne arménien établi à Bjulfa, mais natif de Karabagh; il se nomme Alawerdi, c'est-à-dire Dieudonné. Nous étions partis quatre de Constantinople, il n'y a que.dix mois; je me trouve seul aujourd'hui en état de continuer mon voyage!; L'un s*est estropié avec une arme à feu; l'autre est mort à Téhéran; le troisième y Nicolas , qui me servait de drogman , est devenu comme hydropique à la suite de ses fièvres du Ghilan; je suis obligé de le laisser à Djulfa, chez les bons pères missionnaires et aux soins du docteur Bertoni. J'espère qu'il se rétablira sous un ciel pur^ et qu'il pourra me rendre quelques services en recueillant, pendant naon absence, les plantes des environs d'Ispahan, et en s'occupant d'insectes et d'oiseaux. Me voilà, pendant six mois au moins, condamné à ne plus parler français. Je ne dois plus faire usage que de turc et de persan, et par hasard d'italien à Ghyraz et à Bôuchyr.

D'Ispahan à Maiar ou Maier^ premier village sur la route, il y a huit farsangs. C'est un désert immense , coupé en deux parties par deux chaînons bas de montagnes trachytiques. Maïar est un village assez petit , mais la campagne en est assez étendue et bien arrosée. II ne le cède en rien à Ispahan pour le luxe de ses colombiers magnifiquement peints , et même souvent dorés au de-

474 RELATIONS DE TOYAGES

hors* Il y ft à Maïar un des plus beaux et des plus vastes caravansérails que j'aie encore tus, mais il commence à se dégrader beaucoup. Le plateau s'élève Sensiblement au sud; la pente es^t à l'est 5 janaUr. Pendant trois farsangs la route coor tinue à passer dans une plaine déserte ; elle s'a* baisse un peu avant d'arriver k Koumechah^ grand village situé dans une belle et lai^e vallée, très«bien arrosée , qui possède une magnifique culture et de beaux colombiers. Comme le temps était superbe , nous ne nous arrêtâmes point à Koumechah , qui est le menzil ordinaire. Nous continuâmes notre route et remontâmes la val* lée au pied des montagnes , à gauche. Sur, un plateau déjà aussi naturellement élevé, pour peu qu'on s'élève un peu, on trouve une température bien plus rude. Jusqu'ici nous n'avions point éprouvé de froid ni trouvé de neiges sur notre route ; à peine hors de Koumechah nous trour vâmes la terre couverte de neige et les eaux glacées, même à midi. Le soir nous éprouvâmes

un froid violent; nous arrivâmes au soleil couchant près du méchant village de Maxous-

Beghi, où le caravansérail n'était pas habitable*

Nous fûmes obligés de nous réfugier dans un

colombier en ruine. De Maïar à ce village il

doit y avoir bien près de dix farsangs.

6 Janvier. La plaine continue à s'élever. En

scMTtant du village, on cc»iinien<^ à r^oeooitrer en grande quantité les tiges desséchées de Fombellifère qui produit la gomme ammoniaque du commerce. Dans l'état où est la plante , il m'est impossible de décider si c'est un Pastinaca ou un Ferula 5 mais c'est une question que j'espère résoudre complètement à mon retour; ce que je puis assurer d'avance, c'est que ce n'est pas le Ferula orientalis. Il me semble avoir déjà cueilli cette plante sur le mont Elwend (4 ).

A moitié chemin , c'est-à-dire à trois farsangs^

'•■i*"«"«^««B»«PWW»™*W*i^i^^"^P*-"B«"».«

(1) Le Diot. des se. nat. de LeyrauLt, Terb. gûmÊne$ r^ sines, t. XIX, année 1821, dit que la gomme ammoniaque provient d'une plante de la famille des ombellifères , dont Tespèce n'a point encore été déterminée par les botanistes. Elle nous est apportée de la Libye. >» Olivier» t. II, p« 189, dit que cette gomme s'obtient par incision d'un espèce de férule qui croît spontanément dans les déserts de la Libye , en Arabie, à l'est et au sud de la Perse, et qui est apportée en !l^[ypte , tant par les caravanes qui viennent au Caire, que par les navires qui abordent à Suez.

La plante en question porte dans la collection le n* 4595 ; elle est déorite et figurée, tab. 40, dans nos Illmtrationes Plan-' iarttm orientalium , où, elle forme un genre sous le nom de Diserneston^ ou plantes des deux Ernest , que je lui ai donné à l'intention de MM. Ernest Germain et Ernest Cosson, auteurs d'une excellente Introduction à une Flore analytique et deseriptive des environs de Paris. Ces deux jeunes botanistes se trouvent ainsi véunis dans l'hommage que je leur rends, comme ik le sont par leur amité et la communauté de leurs travaux.

Il existe à la collection d'Aucher, au Muséum, plusieurs férules^ avec l'indication vague, Perse australe.

47ft RELATIONS DE VOYAGES

nous trouvâmes un petit village avec un caravansérail , et à travers une plaine non arrosée , mais couverte d'une végétation luxuriant^, nous arrivâmes à Yezdi-^hast , gros bourg d'un aspect singulier ; il est construit sur un rocher au milieu d'un ravin lai^e et très- profond , et au fond coule un grand ruisseau sur le bord duquel est construit le caravansérail. On entre à Yezdikhast par un pont jeté en travers du ravin. Toutes les maisons ont de petites fenêtres carrées qui donnent sur lé ravin , chose inusitée en Perse, où les maisons n'ont jamais de vue en dehors ; elles ont toutes des balcons en bois, ce qui leur donne un aspect tout e:xtraordinaire dans ce pays-ci. Je remarquai, dans le cimetière, des lions grossièrement sculptés^ ce qui indique sans doute que le défunt était un brave.

7 janvier. Après être sorti du ravin profond de Yezdi-khast, nous nous retrouvâmes dans une plaine absolument pareille à celle de la veille ; j'y remarquai de nombreux troupeaux d'antilopes (1). Au lieu de suivre, directement notre

(1) L'Antilope kevel ne diffère guère de l'Antilope gazelle, dont le doux regard fournit tant d'imâgeé à la poésie galante des Arabes , qu'en c^ que ses cornes sont comprimées à la base , et ont des anneaux plus nombreux. Guv. , Règ. an., éd. de 1839, t. III, p. 267.

route au sud , nous nous dirigeâmes un peu à l'est , afin d'éviter les montagnes couvertes de neige qui se trouvent sur la route qu'on suit en été. Dans tou& les cas, il me convenait de suivre la première route, ^rce que je voulais voir en passant le monument de Persépolis.

Nous continuons à nous élever un peu , et la végétation est aussi abondante ; mais nous ne troU' vâmes aucune trace d'habitation pendant notre route, qui fut de cinq heures. Nous arrivâmes ensuite au caravansérail de Choulghissourty où il y a tout juste assez d'eau pour fournir à la consommation d'un petit village d'une dizaine de maisons. Ce jour-là je souffris beaucoup du vent d'ouest et du froid , malgré le beau soleil qui n'avait pas discontinué de nous favoriser.

Sur toutes les routes du nord de la Perse jusqu'à Ispahan , j'avais constamment rencontré de nombreuses caravanes et beaucoup de voyageurs isolés. Sur la route que je fais , à peine si depuis Ispahan nous avons rencontré deux voyageurs.

Je n'y ai vu aucune caravane.

S jani^ier. Route sud-^st. Nous continuons toujours notre interminable plaine. A unfarsang environ plus loin que Choulghissoun YOmbelU" fère qui produit la gomme ammoniaque (l)j'us-

(1) Fby. p. 475 , note.

«78 IlELATI(»fS DE VOYAGES

quc-là si commune , disparaît entièrement : sa localité peut être établie ainsi entre Koumechah et un peu plus loin que Choulghissoun.

 cinq farsangs nous ^trouvâmes Abadeh^ village qui a de beaux^erçers et de vastes cultures. D'Abadeh à Sourma ^ notre ménzil , quatre farsangs , «n tout neuf heures et plus à cheval , mais nous n'éprouvons point de froid, le vent d'ouest étant tombé. Depuis Ispahan, et je pourrais dire depuis le menzil près de Téhéran, le ciel n'a pas été obscurci par le pius petit nuage. On voit rarement en Perse ce ciel gris et maussade si commun en France , et le soleil n'est jamais un jour sans briller du plus vif éclat. Plus loin nous rencontrâmes plusieurs villageset de belles cultures. Sourma ^st bâti au pied de la montagne nordest , qui 5 avec une autre chaîne parallèle sudouest , encaissent la plaine depuis Maïar, selon une carte delà Turquie d'Asie , de la Perse et de TAfghanistan , dressée par Lapie (Paris ^ Émery, 1831). Le couris des eaux, et par conséquent la pente du plateau y sont indiqués au sud et à i'ouest,pour sfelréunir au Bend-Emir. C'est une erreur; leè eatix ne peuvent se diriger qu'au nord*eât d'où elles iraient sans doute tomber dans le Zende-^'oud, si, comme cette derrière rivière, elles ne se perdaient dans les sables , par suite des irrigations. Il n'y a d'ailleurs de cours

d^ean tant soit peu remarquable , que celui qui arrose Yezdi-khast.

Sourma est bien arrosé et a des vergers : nous n'y trouvâmes qu'un mauvais caravansérail , où , par extraordinaire , je fus bien couché. La terre avait été ^ je ne sais pourquoi , fraîchement remuée, et je fus presque aussi mollement que sur un lit d<e plume. Il y a longtemps que je n'ai couché dans un lit. Hier, morfondu par un. froid violent qui irritait mes rhumatismes , rompu par un maijivais cheval de caravane sur lequel je reste ordinairement huit à neuf heures par jour, et ayant un peu de fièvre , de rhume et de fatigue , j(5 me suis surpris à désirer un lit; il est vrai qu€) j'étais sur des pierres qui m'entraient dans les: flancs , et que le froid était si grand que mon encrier a gelé pendant que j'écrivais. C'est une pétille faiblesse qu'il faut me pardonner, et pendant encore deux ans que durera mon voyage, je me prt)mets bien de ne plus faire entendre de pareilles^ plaintes qui pourraient me faire taxer de sybarirtisme.

, Pendaat trois jours de suite nous ne devons plus trouver de villages, c'est pourquoi nous faisons c les provisions à Sourma. Nous y achetâmes ei atre autres choses une viande de mouton préparée pour se conserver et qu'on appelle korma.

Q janvier. Route sud-est. Continuation de la même plaine qui s'élève beaucoup (1). Notre traite est de huit farsangs , suivant l'estimation du chalvadar, mais elle n'est guère en réalité que de sept , que nous fîmes en six heures et demie. Nous ne trouvâmes pas une goutte d'eau sur la route, et, pour la première fois de cette campagne, je souffris de la soif, car malgré l'élévation où nous nous trouvions le soleil était brûlant. Nous passâmes la nuit dans un caravansérail isolé nommé Khona-Khora , que nous trouvâmes presque entièrement occupé par une nombreuse caravane venant de Chyraz, chargée de marchandises pour Ispahan.

iO Jarn^ier. Route pendant un farsang environ au sud-est, ensuite sud plein. Nous continuons à monter la plaine , et nous entrons bientôt dans la montagne formée par la réunion de deux chaînes; il y avait peu de neige sur la route, et le froid n'était pas trop violent. Après trois farsangs environ de marche , nous descendîmes dans une plaine où coulent quelques ruisseaux , et où est bâti le caravansérail de Deibid, que nous atteignîmes après une marche de près de cinq heures. Près du caravansérail il y a quelques

(1) rof/. page 472 , note 2.

'EN ORIEOT* ' ' 481

cultures /et un monticule factice autour duquel on remarque des restes de constructions ; c'est sans doute un tombeau. Nous ne nous arrêtâmes point au caravansérail de Déibid , meUzil ordinaire des caravanes; nous contmuons notre routeVet bientôt après commençons à descendre beaucoup^ Après'quatre heures de marche nous arrivons au caravansérail isolé de Khona-Kergoun^ entièrement construit en pierres^ tout auprès coule un gros ruisseau sur lequel il y avait un pont en pierres, aujourd'hui détruit. Il n'y a point d'habitations dans ce lieu^ mais il y a beaucoup de cultures. Nous trouvâmes auprès^ deux caravanes de chameaux qui campaient en plein air, Le froid est bien moins grand ; cependant la montagne est couverte de neige presque jusqu'au niveau de la plaine.

ii janvier . Route sud. Nous suivons pendant quelque temps la plaine, puis nous entrons dans la montagne : j'y remarque le Pistacia tere* bînthus, un Acer^ le Daphne salicifolia (1), Au pied de la montagne, dePautre côté, nous trouvons la source d'une petite rivière , c'est le Cyrus des anciens , puis à cinq farsàhgs environ de Khona^kergoun, le mauvais village de Mourghab^

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(t) N° 2515; ressemble au D. collina, d'Italie.

m RELATIONS JDE VOYAGES

dans une plaine arrosée par la rivière dont je Tiens de parler. Il y a de grands pâturages autour du village et des cultures assez étendues. Pïous paj^ons la rivière en face de Mandatas oleiman , que nous voyons à notr^ droite à demi^farsang; nous entrons peu de temps ^près dans une gorge profonde où croit en grande abondance i)n amandier qui pourrait bien étr^ nouveau et qui n'est certainement pa^ V orientalU i j'espère à mon retour le trouver eu état. 1^ sortant de ce^te vallée qui doit être ricbe en beUeg plantes , on arrive à Kiiilakj village à cinq fersangs de Mourgbab f^yec de grands vergers et de belles eaux. Les paysans s'an^u$ent pr^que tous a ipanger le fruit du Pistat^ia terehinthiis. -

i2 janvier. Route sud* Peu de temps après être sorti de notre menzil , nous entrons dans

1^ montagne que nous trave^^ns par u»e vallée qoUTerte de Pistac^ Urekmiku^ ? d' J? rabks et d'Jmfgdalus arabica dont je ramassai d'excel'lents fruits à terre pour les envoyer à Paris , car je crois que cette espèce nianque à nos j^r^inP (!)• La vallée se rétrécit ensuite et f^rnie un horriWe défila qui seirp^te à un« in)]»euse pyofon^

(1) If 1425 , M&opotamie. — 4471, lmktm^ — W%x Piré-iend, 18 janvier 1838. Cette espèce avait été rapportée précédemment par Olivier.

BN OâlENT. iêi

denvyk travers des roohers calcaires qui s'élètent k pic de chaque c6té« A pèioe ai la route est praticable pour des mulM^ et bien rouvent elles ne peuvent passer qu'une à une. J'ai parcouru bien des montagnes, je n'avais encore rien vu de pareil; je doute que la Suisse, terre classique des belles horreurs , ait rien de mieux à offrir.

En s^tafiit de cette gorge nous descendons dans [une autre plaine à l'entrée de laquelle nous trouvons le village de Saldou qui a de beaux vergers.<**^Envhroo trois farsangs. La plaine est aisfs bien cultivée et on y remarque quelques villages, mais petits; la population est gëné<ralement faible dans le pays que j'ai parcouru , depuis Ispahan, Nous marchâmes à l'ouest pour déboucher dans la plaine oà sont les ruines de Persépolis (1), nous côtoyâmes la riviera de Mourghab, et lorsque nous quittâmes la plaine de Saidou pour entrçr dans celle de Pers4polis^ qui a une large ouverture» nous trouvâmes des ruines antiques , à demi-farsang plus loin d'admirables sculptures sur trois rochers , enfin à un farsang plus loin les merveilleuses ruines de Takht^ Vjemcbed (trône du globe du Soleil). J'ai vu Falmyre, Baalhek^ Athènes, presque tous les

«ViPf«"^H?v«mi^w«»i^*M*«*ii*»«v«w««ni^«aMMMaiM«v4i*^a«i*i««M*«M«M

(1) Let iûmtmtH tsifpotUs par MM. DeXa Guicbe et Taak*, Mn^ttt beaucoup i llntettigence de cette route.

monuments de l'Egypte, etc., etc; j'avoue que les ruines de Persépolis. m'ont encore beaucoup étonné après lés merveilles que je viens de citer. Je ne suis point antiquaire et ne suis pas de ces gens qui, s'extasient devant tout ce qui tient de Tantiqùité ^ manie que je trouve passablement rid icule. Je n!essayerài donc point de parler ab hoc et ab bac d'une matière que je n'entends point, je me borne- à exprimer ce que j'ai éprouvé d'admiration à la vue de ces belles choses. Je dirai en passant qu'un antiquaire de \ . mes amis prétend que ce: ne sont point là les

I, ruines de Persépolis , qui devait occuper ' un

autre emplacement; il regarde Takht-Djemctied comme uu: temple du Soleil et les environs comme un lieu sacré où les Persans se faisaient inhumer : on .voit en effet plusieurs magnifiques ^ tombeam; tout à côté dans la montagne, c'était un lieu semblable à celui de Kerbelah (1) où les Persane modernes font transporter leurs dé--

(I) Les idées que développe Fauteur sur les ruiue^ de Persépolis, sont le résultat de ses conversations avec le père Derdérian, qui avait cru reconnaître dans les mots Tao-y- Djemsched, un mot composé (Schems, soleil, d*où schems cddin, soleil delà religion), dont la signification se rap-* portait au culte du soleil. Il appuyait son opinion sur les bas^reliefs sculptés aux environs, dans lesqueb on remarque un mage devant l'autel du feu, et le globe du s(d€il

pottilles mortelles. La plaine de PersépoHs est assez bien arrosée , et a plusieurs villages ; nous allâmes passer la nuit à celuirderiTenàra, en face de Takht-Djemched , à une petite heure de distance. Nous fîmes ce jour environhuit farsangs. - iZ janvier. Je fis environ quatre farsangs pour atteindre rextrémité de la plaine de Persépolis où il y a beaucoup de marécages. On a été obligé d'y construire une chaussée et plusieurs petits ponts , mais au mois de janvier la route est trèssèche. Ce n'est en effet que du 15 février à peu près la fin de mars , qu'il pleut dans . ce pays, farrivai ensuite à la riyière de: Mourgab (le Cj^ rus)f qui a pris beaucoup d'accroissement. Je la passai sur un pont en pierre qui tombe en ruine. En avançant un peu plus , on voit à gauche de la route, sur les côtés d'un angle que forme la montagne , le gros village de Zergoun qui est bien arrosé et a de belles cultures. La route s*élève ensuite dans la montagne. J'y trouvai la première fleur de cette année : je crois qu^elle est nouvelle ; c'est un Bulbocodium bien distinct du

dans le champ du bas-relief; selon lui , les ruines de Persépolis ne seraient autre chose qu'un temple. Mais cette opinion ne saurait être sérieusement défendue , et tous, les . archéologues d'Europe sont d'accord pour y reconnaître les débris du palais qui fut incendié par Alexandre. , ) * :

( Note de M. Texier.) .

4M RELATIORS DE VOYAGES

i/êmum ) et c(ui ne petit pas être non plus le Butbocodium i^etsicohr.

Jusqu'à ChyraZ) la route monte et desoend ooA^ tf uuellement ; toutefois la pente du oAté du liud est toujours considérable. A deux farsftngs de Ghyraz,jetrouvfd uncaraYansérail avecunraha^ dar (corps de garde)» Contre mon attente, on me laissa passer sans même me faire de questions^

Cliyrai m*apparut tout à coup, au détour d'une colline : cette ville est admirablement ancadrée dans l'ouverturd de la montagne qui semble S'é^ carter comme la toile d'un théâtre pour faire jouir le voyageur du plus agréable spectacle. Avant d'arriver à l'avenue , qui est pariaitement droite et débute par deux grands jardins plantés» dé beaux cyprès pyramidaux » on passe sous une grande porte d'un bon effet* On aperçoit autour de la ville beaucoup de jolies maisons de plai'^ sance et de vastes cultures. La campagne com^ * mence à verdir; en un mot, il n y a point, en Perse , de plus belle position pour une ville.

Lés cérémonies de la douane, qui, dans les états de l'Europe, n'ont lieu qu'une fois à la frontière , se renouvellent ici à chaque grande ville, n fallut donc que j'allasse à la douane , mais il n'y avait là personne pour visiter mes effets ; on me prdpoea de les laisser au maga-* sin : comme je n'àVais que des effets à mon

usage , il U'était iâipdssible de m'en séparer. Je fis voir mon recam , et j'obtins enfin qu'on vînt me visiter. On retint seulement quelques rames de papier gris qui servent à là dessiccation des plantes. Cette affaire terminée il fallut se procurer un logement, ce qui est toujours difficile. Al -- 1er dans un caravansérail, ce n'était pas convenable pour un Européen ; puis on n'y trouve point de places. Je me déterminai à me faire conduire chez le fils d'un nabab indien que les Anglais ont dépossédé et auquel ils ont donné en échange une pension : une partie de cette pension a été, à ce qu'il parait, conservée au fils, pour lequel j'avais des lettres. Pour me rendre chez lui , il me fallut traverser les bazars qui sont larges , fort bien construits et ornés de petites bandelettes de couleur;' ma présence excitait partout l'hilarité. La foule s'assemblait autour de moi , et des masses d'enfants me suivaient comme un animal curieux. C'est un spectacle qu'ils ont pourtant assez souvent, car il passe continuellement des Anglais par Chyraz : un médecin , le docteur Marotti , demeure même à Chyraz , et y porte ^ comme moi , le costume européen. Mais il est peu d'hommes aussi sottement curieux que les Persans ; j'en ai vu , dans les caravansérails , se planter devant moi une journée tout entière, occupés à suivre tous ffies mouvements. Je]| fus

très-bien reçu chez le nabab qui me fit une visite.^ Le lendemain, 14 janvier, je reçus aussi celle du docteur Marotti.

En attendant qu'un plus long séjour puisse compléter mes renseignements sur Chyraz , je recueillerai sans ordre les observations que. j'ai pu y faire* Le climat n'est pas aussi excellent que le prétendent les poètes de l'Orient , qui, bien plus que leurs confrères de l'Occident ont abusé du droit de tout oser , que leur accorde Horace (1). Il n'y fait jamais de grands froids, il est vrai , et l'oranger y prospère très-bien en pleine terre; mais^ quoique ce ne soit pas toutefois encore la région des palmiers, les chaleurs de l'été y sont insupportables , et les eaux , dont l'abondance fait la beauté et la prospérité de Chyraz, y causent vers l'équinoxe d'automne des fièvres d'une nature fort maligne. Le malade , au moment du paroxysme, au lieu d'éprouver du froid, tombe dans un évanouissement duquel aucun moyen ne peut le retirer ; si l'on ne combat pas promptement cette fièvre, et que le paroxysme se renouvelle deux ou trois fois , le malade succombe. Mais après le premier accès, on est presque sûr d'empêcher le retour d'un se-

(1) ••..•. Pictcuribùs atque poetis

Quidlibet audendi semper fuit aequa potestas.

cond en employant le sulfate de cpiiiiine. Cette fièvre est commune au littoral du golfe Persîque, et est connue aussi à Mascate (1) sous le nom de Hoummai-gâchy. L'eau à boire est fort mauvaise à Chyraz ; elle contient de Tacide carbonique qui lui donne un arrière-goût désagréable. Celle qui passe dans la ville, et que boit la majeure partie de la population , est même purgative ; il y en a un.e un peu meilleure nommée kazir. Hafiz (2) en a fait un éloge pompeux. Il dit que dans les montagnes du Farsistan , se trouve un endroit ignoré des hommes et enveloppé d'une nuit éternelle, d'où coule une source nommée Kazir qui donne l'immortalité ; que l'ange Gabriel en fit la découverte, et permit qu'elle coulât jusqu'à Chyraz. (Il faut voir le texte de Hafiz, que je rapporte sans doute fort mal.)

Les pluies sont très-rares à Chyraz, même en hiver; au 15 janvier la campagne commence à verdir, et un joli Bulbocodium y fleurit déjà. Si quelques pluies surviennent à cette époque, tout s'y couvre de fleurs dès le mois de février. Comme toutes les villes de Perse, Chyraz est bâ« tie en plaine et son territoire ne s'étend pas au delà du pays plat ; les montagnes voisines ont

(1) Notre voyageur l'y a cruellement éprouyée.

(2) Célèbre poète persan, f^oy. p, 491.

49d RELATIONS DE VOYAGES

cet aspect tfidte et nu^ qui rend la Fei*se si mcH notone. Il ne faut point chercher âul 6iiTii*ons de Ghyraz des jsites pittoresques , des coteaiim couverts de vignes , des bosquets où gémit le bulbtil ^ ou rossignol , si souvent célébré par les poètes persans, par Hafiz surtout ; de vertes prai* ries émaillées de fleurs , de6 ruisseaux qui mur* murent sous l'ombrage et parmi de verts gazons* Tout cela est européen et ne se rencontre guère en Perse ; Vous n'y trouverez que de grands jardins ^ c'est-à«-dire des vergers où les arbres sont plantés sans art; tout leur mérite est dans la fraîcheur délicieuse dont on y jouit 5 sous tin climat brûlant où la chaleur enflamme le sang ; c*est ce que les Grecs, d'après les anciens Perses, nomment Paradis.

Les éloges donnés à la vallée de Chyraz sont donc fort exagérés. Cependant on y trouve des fleurs, des fruits en tout temp6, des parfums, du vin délicieux, de la mtisique, des chansons, des danses lascives, de jolies filles de joie et de jolis garçons. Que faut-il de pltts pour un mutsulman^ et surtout pour un Persan, le plus sensuel de tous les ttinsulmans ? Chyraz est la ville pér-^ sane par excellence; c'est là qu'on peut plus qu'ailleurs y étudier le caractère persan (1).

(1) Foy. plus bas une Notice intitulée. M(ÉUrs dés Persàn$.

Lortfquf le soleil est couché^ la population dô CbytBz se livre au plaisir, Tair est Sillonné par laâ fusées YôUntes et les pétards t on entend de tous côtés le bruit du tambourin et des casta^ gnettes, et le cri àbs femmes qui ressemble à cefui des femmes arabes; c'est alors que ce peuple dépravé s'abandonne à l'iVrognerie et au libertinage avec des ^lleS publiques et des gar^ çons. Que Dieu extermine cette race perverse !

Cbyraa a donné naissante aux plus célèbres pdëtes persans i Hafiz et Saadi y ont leur tom« beau. Le premier est un poëte ërotico^bachiqtie^ autant en. honneur parmi les dévots que parmi les libertins ; les dévots donnent un sens mystique à ses obscénités , de même que cbe2 nous on l'a fait pour les gravelures de la Bible. Les œuvres d'Hafiz servent à faire l'istikar (1)| on ouvre le livre au hasard et on trouve un oracle dans les mots de la dernière ligne de la page*

Chyraz^ tel qu'il est en ce moment^ est d'une

(1) L'istikar' (Ml fâl est une sorte dâ diyinatîon qui se fait par le moyen des livres des poëtes. Plusieurs auteurs jouissent dé ce privilège ; ttiais le livre d'Hafiz est celui qui est te plus géttëraléittent.eotlftulté. On «hoisitctti 9(Â--iaèmè^nè page dé* terminée | et l'on tire du texte de eette {Nige une explioaticfn. }je Coran est souvent consulté de cette manière , mais les imans prétetident que ic'est cîontrëtenir diik vàiantêi de Dieu que dé lé fôrÇét â dévoilcf aînsl l'âtènif .

m RÈLi^TIONS DÉ vor^Gis

médiocre étendue et ne doit pas aToifvplus de Sâ^OQO habitants; .c'est du : reste une niaiserie que de Youloir faire de la statistique en Orient oûrtoùt y est si précaire. £n supposant qu'on trouvât juste au moment où l'on écrit, un an après ..tout s'y trouverait erroné, Chyraz paye, en . :temps ordinaire , 400^000 toumans (1 ) : 200,000 sont employés à solder les employés, et le reste entre dans les caisses du ^ chah. Les maisons principales y sont généralement cbnstruites:avec goût!et ont>des cours plantées de platanes , de cyprès pyramidaux , d'orangers , et ornées de beaux bassins d'eau. courante.

iS jawier.: Je iveçus la visite! d'un Persan nommé Hadji-Abbas, qui. a demeuré .plusieurs années en' France et s'exprime trè&-intelligiblement en français; il me conduisit chez lui le lendemain : « Comme vous êtes, me dit-il, un aknsak-al , c'est-àniire , une barbe blanche, je vous présenterai à ma femme; non-seulement vous lui parlerez, mais vous pourrez vous asseoir côte à côte avec elle dans la même chambre.» Je ne fus pas moins surpris d'une faveur aussi extraordinaire de la part d'un mu* sulmap que de m'entehdre dire en entrant par cette dame , avec le pur accent français :

(1) Le touman VMM: 12 francs.

.(c JBôxijoiir, monsieur, comment vous portez-vous ? je suis bien aise de vous voir. » Mon étonnëment c^sa quand j'appris que niadame Hadji-Abbas est française , et même , d'après ce qu'elle dit, nièce du général B***; Hadji*Abbas, en passant à Orléans , fit connaissance avec son père ; quelques mauvaises langues prétendent qu'il l'éblouit en se disant prince et faisant valoir les grandes richesses qu'il avait, disait-il, en Perse; peutêtre même s'éleva-^t-il au grade de mamamouchi comme M. Joiurdàin. Quoi qu'il en soit , il obtint la r. main de cette jeune fille qui avait ' alors quinze ans, et la conduisit à Chyraz, où elle est devenue à ce qu'il parait très-bonne musulmane/Son mari lui a fait donner Ja meilleure éducation du pays; elle lit et écrit bien l'arabe et le persam , et quoique depuis seize ans qu'elle est en , Perse , elle n'ait guère eu occasion de parler , français qu'avec moi , elle n'a point oublié sa langue : maternelle et s'exprime fort bien. Je lui ai demandé si elle était heureuse; elle m'a répondu qu'elle n'avait pas à se plaindre de sa position qui , à vrai dire , est supportable, mais qu'elle ne pouvait encore s'habituer au caractère persan qu'elle trouve abominable ; elle ne se plaint point de son mari qui ne man-» que point d'attentions pour elle et n'a pas d'autre femme ^ continence exemplaire dans ce pays-ci.

*tt4 Ii;£LATIÛNS SI V0YÂËE;S

H^jnAbbaa Mt loin d'être mket tout^ois, depuis quelque tempa 9 il a c^t^u anpnèi du vî$ir un emploi qui le met un p^ à son aise.

M*^^ Qa^ji parut vraiment fort satisfiùto de voir un compatriote , et lorsque son mari nous quittA pour faire préparer du thé ^ quoique bonne musulmane et bien que «on mari exige qu*elle soit strictement voilée conuotie les femmes du paya > elle crut devoir un instant écarter $on voile et se fit voir à moi à visage décou-^ vert; il y avait dans cette action 5 politesse et sans doute aussi un peu de coquetterie ; elle Vou« lait qtie je pusse dire qu'elle était jolie, ce qui est vrai* Elle a ecmsesvé le plus àwt souv^ir de la France et ne pwd pas l'espérance de la revoir. Elle me fit beaucoup de questions sur le général B*^^ ce qui me fait croire en e£fet qu'elle est sa nièce* Elle doit me dcmner à mon retour à Chyrai^ des leitres pour lui et pour sa mère , dont elle n'a {Nia eu de nouvelles depuis fort longtemps.

17 janHet\ le croyais me mettre en route aujourd'hui 9 et j'avais fait priic pepr Botidiyr avec le même cbalvadar qui m'a amené de Té** bérau} mais le prince F^ridoun^Mirsa, frère du roi (Firman<^Firman)^ gouverneur militaire du Faraistany d'Ispahan, de Kerm^n, de Yead, etc. , ^aait m^ettre en ré^ipiîliçui toutes les hèHB do somme pour une rap^^tion sur TcbaM^ ; vc4ei

m ORIENT. 4^5

à quelle occasion. Un peu au-dessQUâ de rem* bûuchure de TEuphrate, existe une petite pwsqu'île nommée Tchabba , habitée par quelques misérables Kurdes. Le pacha de Bagdad, préten^ dant que cette presqu'île lui appartenait, y fit une expédition et força les habitants à lui payer un tribut* Les Persans, s^ leur tour, préten-dent que Tchabba fait partie du territoire persan, et pour soutenir leurs droits, ils envoient mille

hommes et quatre pièces do campagne.

C'était im be^u sujet de pierre , Qu'uo Ipgis pu lui-même il u'^^trait qtf ei^ l:e|npa^t,

Mon chalyadar, craignant qu'on ne s'emparât de ses bétes , se refusa à partir. Je sais qu'en ville ou près de Içj ville, on respecterait proba'bleinent les chevaux d'un Franghi, mais comme la petite armée persane suit pendant trois men* zjls la même route que moi, il n'est pas bien sûr que les soldats, upe fois dans la montagne, aient les n^^n^es égards peur moi. Je prends donc le parti de prier le docteur Mai?otti qui, par sa pro^ fession, ados relations habituelles c^vec le prince Firman-Firman , 4e lui demander un ordre pour qu'on me laisse passer librement. Comme je suis porteur de lettres de recommandation pour le prince et pour le visir Mirza-Taghy, il y atout lieu de croire que cet ordre ne me sera pas refusé et qp^ je pourrai me inettre deiuaiç en route*

496 REIATIO^ S DE VOYAGES

Il y a deux vîsirs à Chyraz : celui. du gouvernemeEt , Mirza-Taghy ,- et un autre qui est rhomme de confiance du prince ^ tandis que le premier est son ennemi secret. Dans tous les autres gouvernements de la Perse, il y a, comme ici , un prince frère du roi , mais il n'est là que pour la forme, toutes les affaires sont entre les mains du visir, seule autorité qui ait en main le pouvoir exécutif. A Chyraz, au contraire, et^ comme preuve singulière de la confiance illimitée que le chah a placée eii Feridoun-Mirza , ce dernier a seul l'autorité , et le visir n'est plus en conséquence qu'un rouage inutile , aussi essaye-t-il sous main . dé reconquérir une autorité qu'il regarde comme usurpée ; mais avec un homme du caractère et de la fermeté du prince, toutes ses tentatives seront vaines*

Le peu de relations que j'ai eues avec lesChyraziens, m'ont appris qu'ils n'aimaient ni le chah ni le prince Firmari-Firman , gouverneur de la province* Je croyais leur faire plaisir en leur annonçant la prise d'Hérat; mais, quoiqu'il n'y ait point de raisonspouren douter, aucun d'eux ne .voulut y ajouter foi. Plusieurs * d'entre eux s'emportèrent en invectives contre Firman-Firman , et le traitèrent de bandit et de chef de voleurs. Le docteur Marotti m*ex- ' pliqua cette haine, en m'apprenant que-'lc'

prioiee, par la fermeté de soa caractère, était parvenu à réprimer le caractère séditieux des Ghyraziens.Les troupes régulières sont des Aderbidjanais, qui sont aussi détestés des Ghyraziens que leur chef ^ car il a toujours existé une haine violente entre les habitants du Farsistan et ceux de l'Âderbidjan. Dernièrement le bataillon chyrazien, composé d'habitants du payis, s'entendit avec les habitants , suscita une émeute ^ et vint même cerner le palais du prince pour lui faire la loi. Il ne se laissa point* intimider, donna ordre à ses fidèles Aderbidjanais de braquer leurs canons sur la ville , et déclara aux mollahs (1) et aux principaux d'entre le peuple, qu'il avait convoqués , que si dans une demi-heure le calme n'était pas rétabli et tout le monde soumis, il donnait à ses soldats le pillage des bazars et l'ordre de tirer sur la ville. Cette menace , que le prince était homme à faire exécuter, calma tous les esprits àl'instant même. Le prince, pour punir le bataillon chyrazien , fit bâtonner les officiers qu'il réduisit à la condition de simples serbaz (2) , et fit passer tous les soldats par les verges. Enfin , depuis fort longtemps aucun gouverneur de Chyraz n'était parvenu à se faire

(i) Prêtres^ ,

(2) Soldats des troiipes régulières.

49t RELATIONS HE VOYAGES

autant craindre , et surtout à œvofçr d'amai grosses soiâmes au chah.

Sur la demande du docteur Marotti , le pHnce Feridomi-Mirza fit tenir le goutemeur de la ville, et lui erdonua de^ donnw tout de suite ttu écrit par lequel on eât à resf^eeter tout ce qui m'^appartenait« Je lui avais ^Toyé uneleitre quèFainbassadeur de Russie m'avait donnée pour lui , mais elle ne lui avait pas encore été remise. Il n'en témoigna pas moins le désir de me voir ; comme jMtais sur mon départ ^ je lui fis faire mes excuses et promis qu'à mon retour à Chy^ raz, }e ne manquerais pas d'aller lui présenter mes respects.

iSfariifier. Muni de l'ordre du prince, je partis dès le matin ; mais arrivé à la porte les gardes s'opposèrent à ma SOTtie, et voulurent s^'emparer de mes mules. J'eus beau leur exhiber Tordre par écrit dont j'étais porteur 5^ aucun ne savait lire; il fallut que j'envoyasse le cbalvadar chez le gouverneur de la ville ^ pour qu'il donnât de nouveaux ordres à i^on égard. J'attendis plus de deux heures à la porte y expose aux mauvais pro« pos et aux rires insolents dcjgf passants. Batailler avec eux serait une guerre à n'en plus finir , et qu'il faudrait renouveler à chaque nouvoau venu. Je me résignai donc à Caire l'aveugle et le sourd.

Enfifi im farach (1) du gfontenieiir arrivi et Hong parttmeflu

Ma petite caratané t'était acdnie de itoiê inàl^ iriduâ : deux &ne§ etiitt petit esclare âoir.

le teaveriai^ dalii^ la dîreetion dtt rad, la plaine de Chjr&t. A environ dettx IkrsangiE^) les ettltures cessent et le teiipaia, en s'élevant^ devient eicessivement pierreux. Jetrorntai snr la rente un rabadar, oti corps de garde , qni me laissa passer sans rien dire ; ee rab adar est eon^ struit près d'une petite ririère snr les bords de laquelle eroit en abondance le Nêrksm odotumi nons entrâmes dans la montagne où je ctteillis Une jolie espèce de Morwa. La traite est longue de Cbyra^ à KhoHaf^enioun ^ il ne doit pas y avoir moins de btfit fkrsangs; nons trotrrâmes ensuite une petite rivière , et prés de ses bords nous desc^ndfmes au caravansérail deKbonazeitîonttf il y a quelques pauvres maisons I cbté. Le Morina petsica est commtm dans ceiit mon* tagne (2).

(1) Officier de police dont l'en^pld correspond à celui dé kâwai», iett Ttfrqaiê.

Asie MittâM»! k^ dtsotfiin du col^ elUjre Kizi%ibakik et h vaUée du Lycus, âûx environs de Selendi et de Tchafder- Bîssar {Azani) } elle est figurée dans le voyage de Tournefort ; t. II ^ p. 2S2.

500 RELmONS D£ VOYAGES

id Janvier. Nous cojitinuons à nous élever :à un farsang et demi , je trouvai une tour bâtie sur une élévation qui domine la route de tous <îôtés; cette tour fut construite sans doute à l!époque où la route était infestée de brigands; après trois farsangs environ , nous descendîmes dans une vallée cernée de toutes papts par des montagnes où est bâti un mauvais village nommé Dastergeriy une source abondante sort tout à côté du pied de la montagne et forme une petite rivière qui traverse la vallée et devient ensuite un marécage , |aute d'écoulement ; je trouvai dans cette plaine, qui doit former une belle prairie en été, un Colchicum qui me parait nouveau ; du reste il n'y a dans cette plaine ni cultures , ni vergers ; les habitants ne s'occupent probablement que d'élever des bestiaux.

Nous traversâmes ensuite le Kotali-piré'-zend, dans la partie la plus basse; la route est partout très-praticable et libre de neige , il ne s'en trouvait que sur les cimes les plus élevées; la montagne est couverte d'arbres et d'arbrisseaux, j'y remarquai un Chêne (1) dont les glands couvraient la terre, je les ramassai presque tous.

Une fois parvenu à la partie la plus élevée de la route, on descend très-rapidement, et a

(i) N' 5831. Quercus œgilopifolia ^ de Lamarck.

chaque pas on remarque une grande différence dans la végétation qui commence à sourire; f aperçus à ma droite lé lac Bouroudjoun. Après avoir fait trois farsangs depuis Dastergen , nous arrivâmes au caravansérail isolé de Kotali-pirézend^k côté duquel je cueillis plusieurs plantes en bon état 9 entre autres deux jolies espèces de Cerasus (1) qui me paraissaient nouvelles. Le passage du Piré-zend était autrefois très-dangereux à cause des volçùrs, et on n'osait le franchir sans une bonne escorte; depuis une dizaine d'années que le père du prince de Chyraz à battu les Kurdes Backtiaris, qui habitaient ces montagnes^ ils sont soumis, payent des tributs et n'attaquent plus aucune caravane.

'20 janvier, ^ons descendons rapidement; après environ un farsang , nous arrivons dans une large vallée bien plantée de chères et cultivée en quelques endroits ; nous étions à très^ peu de distance des bords du lac; nous entrons de nouveau dans la montagne et trouvons un rahadar sur la route.

Cette fois les six gardes qui composaient le poste vinrent insolemment me taxer et exî-

(1) !• NM473, en mauvais état, difficile à déterminer, ressemble par les fleurs au C. prostrata ; 2« Piré-zend, sans numéro.

509 RELATIONS Jfi TOYAGES

gèpent de moi trois Jkorans, contra toute espèce de droit. Je refusai , bieu eutendu , mais ils se mirent à me suivre ^ en continuant à me deman* der cette somme ^ tantôt avec prières t tantôt ayec menaces, Nous arrivâmes Hentôt dans le chemin le plus affreux que j'aie jamais \% La route serpente à travers les rochers i On a con-^ struit sur les côtés des parapets , pour empêcher que les bétes de somme ne têmbent dans les précipices. Les gardes, qui me^suivaient toujoursi voyant que je ne songeais point à les satisfairo, commencèrent k vouloir agir par la forcç, Commç la caravane marchait fort lentement et fort difficilement en descendant dans les rocheréi j'avais pris Ids devants. J'entendis les cris de ces misérables; je me retournai, et vis qu'ils voulaient arrêter mes mules en exigeant, soit del'ar^ genti soit unrecam j ils pensaient me prendre par là 9 car ils s'imaginaient que si j'en avais eu uni je l'aurais d'abord ei^hibé. Fatigué de tant d'obstination» je me saisis du fusil que portait Ma-* werdi, et leur criai que c'était là le recaui que je leur donnerais. Je manquai alors de prudenœ , ou pour miens: dire de réflexioni Ma position ne

pouvait être plus désavantageuse pour livrer combat | mes six bandits étaient juchés précisément au*-de8sus de moi, à plus de cent pieds.

A cette distance mon fusil ne les intimidait

guère 9 et d'ailleurs ils pouvaient facilement se garer derrière quelque roche. Dès qu'ils virent que mes int^tions étaient vraiment hostiles^ ils firent pleuvoir des quartiers énormes de rocherfe ^ tellement que je croyais que toute la montagne allait s'abattre sur moi. Ma posi*^ tion était vraiment très^iangereuse dans un chemin aussi étroit ; il y avait peu de chance pour esquiver les projectiles de mes adversaires* Heu^ ritisement il se trouva à quelques pas de moi un rocher faisant saillie qui m'offrit un abri sûr; bien m'en prit , car deu:ii minutes plus tard j'é« tais écrasé par une pierre énorme qui encombra toute la routOé Alawerdi, tout tremblant, iivait à peine la force de leur crier de cesser , et quô nous consentions à capituler* Le chalvadar, de son côté, qui était avec les gardes^ employa aussi son éloquence pour les apaîser« La moitié des gardes garda sa position et le reste vint à moi | ils sentirent que s'ils venaient tous les six ils perdraient tous leurs avantages, car ils sont convaincus qu'un seul Franghi serait en état de lutter avec avantage contre un régiment du chah. Quand ils furent venus à moi i « Ne comptez poilit^ leur dis^je ^ que je vous donne de l'argent, vous n'aurez pas de moi un seul karapoul (1).

(1) MonBaie de cuirre.

Quant au recain , voilà la seule condescendance que je puisse avoir pour vons. » Là-dessus je leur déployai ma pancarte* Un de ces gardes savait lire , il lut tout haut mon recam , et sentit qu'il était pour }e moins inconvenant à eux de traiter comme ils Tavaient fait le phénomène du siècle, Félixir des philosophes (1) etc. lisse retirèrent alors, et eurent même la politesse de me souhaiter un bon voyage.

Au pied de la montagne nous trouvâmes le Nakhté-Timour ; ce sont des peinturesmodemes de très-mauvais goût renfermées dans une enceinte. Nous entrâmes ensuite dans une large plaine, cultivée en quelques endroits. Nous passâmes sur les ruines d'un grand village que Ton reconnaît à de nombreux monticules , et bientôt après nous aperçûmes Kazeroun et ses palmiers.

Les matériaux dont les maisons sont construites ne sont plus les mêmes que sur le plateau ; ici ce sont des pierres et non de l'argile* Kazeroun a plus de ruines que de maisons en boii état : celles-ci sont isolées et ne forment pas de rue ; c'est moins une ville qu'un gros village ; il n'est point entouré de murs. Les Orangers^ les Jujubiers^ le Zizjrphus^spina-Christi (2) et les

(1) ^oy, page 457.

EN QRIENT. 5M

Palmiers y sont abondants. J'achetai pour quatre sous de France près de dix livres d'excellentes dattes. — Cinq farsangs.

2\ janvier. A deux farsangs de Kazeroun, nous trouvons Diris^ qui a quelques maisons et des ruines considérables* Nous quittons ensuite la route de Bouchyr, pour prendre sur la droite celle de Ch^pour^ Le chalvadar me conduisit dans un mauvais village ^ où il y a un fort. Les ruines de Chapour sont à un farsang plus loin, dans la montagne* Nous croyions pouvoir passer la journée et la nuit dans ce village , mais les habitants ne consentirent point à nous donner un logement, probablement parce qu'ils n'en avaient pas. La meilleure raison , suivant eux , pour que nous ne passassions point la nuit près d'eux, c'était qu'on pourrait bien nous voler nos mules et nos effets. Voyant tant de difficul-* tés, j'ajournai à mon retour la visite aux ruines de Chapour.

La plaine de Kazeroun est fort mal cultivée, on voit partout dans ce pays misère et découragement. Le palmier , ^rbre si utile , et qui croît si bien dans la contrée , n'est cultivé que de loin en loin.

Nous quittâmes bientôt la plaine pour rentrer dans la montagne en reprenant la route de Bouchyr. Nous ne tardâmes pas à rencontrer un ra-

50« RELATIONS D12 VOVAGES

hadar; comme i! n'est pas fort agréable de faire tous les jours la guerre , ou pour lé moins de disputer des heures entières avec ces gens-là^ je leur lâchai un koran. Les gardes sont, suivant moi, beaucoup plus à craindre que les voleurs; c^est une chose assez rare que de rencontrer ces derniers, tandis que les premiers sont inévitables. Après avoir passé dans une gorge assez difficile, où je remarquai quantité de plantes rares , mais non encofe en état, nous descendîmes dans une belle plaine, où Ton voit çà et là des ruines; elle est fort mal cultivée, point d'irrigations; il paraît que les pluies du printemps suffisent. Nous atteignîmes lé village de Kamaratich au fond de la plaine.

Nous avons fait ce jour-là six farsangs. Je trouvai dans cette plaine une Jpocynée qui forme un arbrisseau et que les gens du pays nomment kharb. Chardin en yarle ^ c* est le Calot topis procera dé Robert Brown (1).

22 jan\>ier. Nous eûmes en partant une querelle avec un homme du village; il prétendait être payé pour le logement que nous avions eu dans le caravansérail qui , comme on sait , est public sur les grandes routes. Comme pour un

(1) M» 4932. Cette plante à une éeorce sabéreiiM lrt^rf^• marguable.

EN ORIENT. 5ÔÎ

mi&t ou un ftutro ces diiBoultâs sont fréquentes, ja n^ m'en occupai guère, et laissai mon domès^ tique s'expliquer. Cependant j'ëtaîs déjà à cheval •t en route ^ quand je vis cet homme bousculer le petit esclave noir et s'emparer de son manteau ; je tournai bride x aussitôtrhomfiàe,éffî^yé, rendit le manteau et prit la fuite. Nous marchâmes peil de temps dans la plaine ^ entrâmes de nouveau dans la montagne et rencontrâmes un corps de garde qui nous laissa passer sans nous rien dire. La route est très^lifficile, et construite à grande peine sur les bords d'un ravin profond. J'y trou* vai une grande quantité de belles plantes , mais non encore en état , à L'exception du Solanum suffruticosum (i). Enfin, après avoir beaucoup descendu , nous atteignîmes les bords de U ri** vièré Âbi*Rocona, et puis une plaine ; nous nous arrêtâmes dans un caravansérail bâti près du vïWaf^dB Konakta^Khanj o& il y a quantité de palmiers, lia plupart des habitants vivent sous des cabanes (2). Les premiers qui m'aperçurent furent effrayés et crièrent aux autres : « Sauvez* vou8| voilà un Franghi. » Je ne sais d*où peut

(J) N* 6030, sans pom.

(2} Pareilles sans doute 4 celles qu'Aucher Éloy rencontra 1» tuirlendeiiuiB > et qui sont recouyertes de nattes et de

«pi

S08 RELATIONS. ïffi VOYAGES

leur venir cette frayeur, si ce n*est de notre costume. Ils doivent cependant voir souvent passer des Anglais , et savoir que les Franghis ne sont pas des anthropophages. Nous ne fîmes guère ce jour-là que cinq farsangs.

Je suis toujours étonné de la beauté du temps, mais j'apprends que les pluies ne tombent ordi^ nairement que du 15 janvier au 15 mars, et se prolongent quelquefois plus tard dans la partie , encore assez élevée, du pays où nous nous trouvons. Je remarquai sur la route le Vitexagnus castus^ et je cueillis une belle espèce dUAstraga-lus y voisine de VAstragalus tumidus, mais qui en djffère essentiellement.

2^ janvier. Nous faisons à peine un demi-rfarsang en plaine et nous entrons dans la montagne, à l'entrée de laquelle se trouve un rahadar* Un des S^ardes vint me présenter une orange pour avoir un pour-boire ; c'est plus poli que de l'exiger. La route fut aussi mauvaise que la veille, et la montagne beaucoup plus longue à traverser ; mais il ne faut pas s'en plaindre, c'est la dernière. Nous passâmes à gué la rivière Âbi-Rocôna , sur laquelle il y a deux ponts; mais ils sont en ruines. L'eau est tt*ès-saumâtre ; le sel effleurit sur les bords. Parvenus à Textréniité de la montagne , nous aperçûmes enfin la mer et une vaste plaine plantée çà et là de nombreux palmiers. Je fis ce

{IN ORIENT. 50f

joui^Ià une assez belle herborisation. Je retrouvai beaucoup de mes connaissances d-Ëgypte et de TAràbie Péttéé : Calotropis procera {{) ^ Sar* costema viminale (2) , Sahia jEgjrpiiaçaf Hjros^ ciamus muticus (3), Ochradenus baccatus (4), Trianthema fruticosum (5) , et un arbrisseau que j'avais déjà rencontré sur le plateau de la Perse , qui a les plus grandes affinités avec le Zygophylbim et surtout le Porlieria. Nous|nous arrêtâmes au village de Dalaki^ où tout le caravansérail était rempli. Il y a tout autour de glandes plantations de palmiers*

24 janvier. Nous suivons la plaine basse où nous sommes entrés la veille. L'air est infecté par deux ruisseaux d'eaux chaudes sulfureuses qui sortent du pied de la montagne. Il y a quelques cultures dans la plaine , et on voit çà et là de vastes plantations de palmiers. La route est couverte de caravanes venant deBouchyr. Nous trouvons deux villages composés de cabanes re* couvertes de nattes ou de feuilles de palmier. Les manières du peuple me rappellent l'Egypte et l'Arabie; je retrouvai les mélodies, les danses et

'^f'^ft

(1) Fay. pag. 506, note,

(2) TSr 4930.

(3) No 5040.

(4) W 4177, ians locaUté.

(5) N° 4539, sans nom, 2\ proeumhms?

^le RELATIONS UB yOYAGES

surtout ce cri singulier que font ^tendre le&fem* mes enroulautla langue lorsqu'elles veuleut mto^ quer leur joie« Kous fais<ms balte au seeow} Vih lage^etàdeuxheures, après le soleil couché^nous pous remettons en route dans la compagnie d'une earaYaue qui se rendait conime nous à Bouebyr. Le soiri il faisait vraiment chaud ^ mais, vers le matin f il s'éleva un fort vent d'ouest ^ cwmu dans le pay^ sous le nom de chemâl^ lequel nous fit éprouver un froid violent. Toujours eo plâiiie basse ^ de terrain d'alluvion^ ou le sel afi^urità la surface et ne permet qu'à un très^tit &ogi«^ bre de plantes de végéter^ après avoir marché plus de diii heures ^ nous arrivàmesau solcÂl levé «a face de Boucbyr.

^jarwwr. Bouobfr s« présente asses bien } la ville est petite » mais ne paraît pas trop ruinée contre l'ordinaire des villes de Perse* Bucôté de la terrei elle est entourée de mui^Uet passable» ment en état; le port est boOi, il y avait akra trois ou quatre batmientsdec<»mmetfce»C€m3(ine l'étais porteur de lettres de recommftudaticn dâ 11. Mac-N^ pour le cousu) an^mi f je me n^idis cbe^ lm> Il était d ep u i s q u e lq ue temps parti pour Bombay, mais je trouvai à sa place le dex^teur Mackenzie qui me fit le meilleur accueil du monde et eut la bonté de faire retirer mes effets de la douane. Malheureusement pcmr jwmiML Mac-

keuxieoe parle pas français, et me voilà* obligé déparier le pluadeteatable anglais qui soit jaiaa^ iK>rti d'une bouche humaine^ Si j'avais à parler devant deux Anglais réunis , ils ne pourraient retenir leurs rires; mais M* Mackenzie a la bonté de garder son sérieux % il fait mieux encore ^i il me comprend.

Le costume^ la physionomie des habitants, diffèrent de ceux des Persans > ils paraissant la i^upart d'origine arabe (1 ),

Bouchyr ne reçoit que à^ marchandisef voyant de Bombay > mais,, comme le tr%)et d'Europe est trop long, et Ic^ routes par l'intérieur de la Perse tràs*mauvaises 9 il y a peu d'articles qui puissent entrer en concurrence avec ceux venant en Perse par la mer Noire. Téhéran et Tabriz Mrlout sont à de trop grandes distances. Tréln- Miide a pour les bâtiments européens des avan* tagés bîeii plus grands qui le fercait toujoui^ ptéiww par le eemmerceu

Dià 35 au 2Bjarmsi\ Séjour à Bofuchyr«

29 jmwkr. Le doctew Mackensûe me donne 4es lettres de recommandation pmir les agents consulaires britanniques à Kirgah et à Mascate.

Départ pour Bender-Abassy. Je marchai aujourd'hui au sud-est , dans la plaine basse et

(1) Foy. page 609.

512 RËUTIONS DJi VOYAGES

salée des environs de Bouchyr, où Ton voit de tous côtés de singuliers effets de mirage, mais où il n'y a presque point de végétation. Je trouvai cependant , près d'une plantation de palmiers j quelques petites plantes en état : Cotula aurea (1), Senecio squalida^^ var. nana (2), un Calendula (3) que je crois le Siculaj le Scro^ ûilaria deserti; enfin, près du menzil, une espèce à'Heliotrùpium qui me paraît nouvelle (4). Je ne fis que cinq farsangs pour atteindre je petit village de MirahdeUa^ composé de cabanes^ les habitants vinrent en foule m'importuner , quoique j'eusse eu le soin de planter ma tente à une assez grande distance de leurs demeures. ^ Jani^ier. Route à Test, toujours dans la plaine salée. Je rencontrai en route une famille de pauvres gens qui transportaient leur habitation ailleurs; les femmes couraient, sans doute pour me demander quelque argent; j'allais leur donner quelque chose , lorsque ne s'aperceyant pas de mes bonnes intentions , elles me menacèrent des fusils que portaient deux hommes de la bande , qui étaient devant. — S'il en est ainsi ,

(2) No 471&

EJV ORIENT, 513

leur dis-je, vous n'aurez rien ; moi aussi j'ai un fusil, appelez vos deux hommes et nous verrons! » Klles les appelèrent en effet ; ceux-ci firent mine de venir. Mais quand ils virent que loin d'avoir peur d'eux, j'allais à leur rencontre, ils reprirent leur route et marchèrent d'un train qui me fit bien voir que ces ennemis-là n'étaient pas dangereux ; je continuai ma route saQS faire cas des cris des femmes et des enfants.

Nous nous arrêtâmes , après avoir marché cinq farsangs , au grand village ^Ahram , peutêtre le même qui est indiqué dans la carte de Lapie , sous le nom ^Akhrem ; toute la population accourut pour me voir; les femmes se voilant -avec beaucoup de négligence, n'étaient pas moins curieuses que les autres. Si elles admiraient mon costume, je n'admirais pas moins le leur j elles portent , dans cette partie de la Perse, des pantalons collants qui leur descendent jusqu'aux chevilles , absolument comme les nôtres, et n'ont le haut du corps couvert que d'une espèce de camisole très-courte; il est vrai que dans toute là Perse , les femmes portent des pantalons, maisilis sont ordinairement larges.

Il y a à Âhram d'immenses plantations de palmiers et des cultures en céréales assez éten^ dues , il y passe une petite rivière d'eau fort saumâlre; on me livra pour 1 sabkera ( 1 fr. 25 c),

six batmans (1) de dattes, plus de cinquante livres; j'allai établir mon campement [à une demiheure plus loin que le village, pour n'être pas, comme la veille , importuné par les habitants. L'eau que nous bûmes était détestable par son amertume , provenant de la grande quantité d« sel d'Epsom qu'elle tenait en dissolution , aussi fûmes-nous tous purgés de la belle manière , ^t l'effet de la médecine se prolonga jusqu'au lendemain soir.

31 jamiev. Route est. J'entre dans les montagnes qui présententl'image du chaos; je trouve de temps en temps d'énormes blocs de rochers j forihés de grandes coquilles (huîtres), passées à l'état siliceux; je passe et repasse plus de cent fois la rivière que j'avais rencontrée à Ahram; la route est affreuse et à peine praticable ; nous fîmes environ cinq farsangs pour arriver au village de Khaloma où nous trouvâmes enfin de l'eau potable.

Malgré la précaution que j'avais prise, soi^ vaut ma coutume , d'aller camper assez loin du village, la plupart des habitants, ayant leur chef en tète, vinrent me rendre visite, et comme sur cette routé aucun Européen n'a peut-être passé depuis le commencement du monde, j'étais

(1) Espècedemè^urede capacité, correspondant au décsdttre.

pour eux uu animal vraîment fort curieux ; Un Osage, à Paris, n'est rien en comparaison ; aussi leur împortunité fut telle, quil fallut se fâcher sérieusement et les faire fuir en exhibant le seul passe-port qui vaille quelque chsoe en ce paysci , mon fusil.

V^ février. Route est, tirant un peu sur le sud. Nous continuons à voyager dans la montagne, nous arrivons ensuite dans une vallée où est situé le grand village de Bouchougoun ; toutes les maisons en pierres sont en ruine et remplacées par des cabanes couvertes de nattes divisées par petits groupes , entourés de haies mortes de branches de Spina Christi (1). Mon passage fit autant de sensation dans ce village que dans le précédent; mais j'eus le soin d'aller camper au loin. Nous bûmes de l'eau de mare qui sentait horriblement la bourbe , mais au moins elle ne nous purgea pas. JTéprouvai^ ce jour-là un désagrément bien vif , le vent déchira ma tente et la mit hors d'état de servir. Imaginez maintenant le supplice d*un malheureux botaniste obligé de remuer plus d'une rame de papier au vent et de courir à chaque instant après ses plantes (2).

(1) Zbyphus.

(2) Non igoara mali, etc.

2 février. Même direction. Nous marchâmes toute la journée dans une plaine déserte, couverte presque partout de Zizjphus spina Christi^ qui forme quelquefois un très-grand arbre. Nous trouvâmes sur la route une petite rivière salée, et un peu plus loin un petit ruisseau dontFeau était amère et purgative; la chaleur nous accablait et nous ne pouvions, en aucune manière, étancher notre soif. Nous trouvâmes une route de Chyraz à Bender-Abassy , un peu avant d'arriver à Ferrachben ; la journée fut longue^ environ huit farsangs.

Ferrachben i qui est situé dans une plaine affreuse, couverte de sel en beaucpup d'endroits , n'est qu'un petit kala, c'est-à-dire un tout petit village fortifié de murailles flanquées de tours comme sont presque tous les villages de Perse. Il y a cependant beaucoup de ruines alentour, ce qui annonce que c'était autrefois un endroit assez important. Il y a des plantations de palmiers assez grandes, et la terre y est un peu cultivée. Il parait que les pluies printannières suffisent pour les céréales , car on ne fait pas du tout d'irrigations dans cette partie du Farsistan.

Je trouvai à la porte du kala un Khan qui était campé avec une suite nombreuse et plusieurs tentes. Pour éviter la curiosité des villageois, et plus encore les cérémonies fatigantes que le

Khan n'aurait pas manqua de me faire, j'allai camper à une demi-heure plus loin , ce qui n'empêcha pas les gens du Khan de venir me relancer; leur maître m'envoya dire qu'il n'était pas bien que je campasse si loin , qu'il y avait des voleurs, que je devais venir sous ses tentes et qu'il me traiterait bien. Je refusai net.

Toute la plaine est sans eau, mais il y en avait autrefois; ce qui paraît évident par le grand nombre de puits actuellement comblés. J'envoyai au plus vite le chalvadar chercher de l'eaii au kala , car je mourais de soif. Il partit avec ses chevaux, mais il ne revint pas. J'attendis fort longtemps avec une grande impatience; à la fin j'envoyai Alawerdi pour savoir ce qui empêchait le chalvadar de revenir. Celui-ci y alla en effet et me rapporta la désolante nouvelle que les portes du kala étaient fermées. Ainsi, il fallait se passer d'eau jusqu'au lendemain, j'avais également grand'faim , mais comment faire lorsqu'on a la langue enflée par la soif et que la gorge est tellement desséchée qu'on peut à peine parler? Je me couchai donc sur la terre, avec la faim et la soif, et pour comble de bonheur à la belle étoile, ma tente étant, de la veille, hors d'état de servir. Le froid et le vent étaient si grands qu'il me fut impossible de me réchauffer. J'essayai en vain de dormir ^ ce fut tout à fait im-

possible* Je crois avoiîr rarement autant souffert que cette nuit ; au re$te j'aurais tort de l'affirmer, c'est la dernière épreuve qui parait toujours la plus dure; je ne suis pas au bout!

Le lendemain matin, lechalvadar revint et donna pour toute excuse de sa conduite qu'il avait trouvé une connaissance à Ferracbben.

ZJevrUr. Même direction. Nous suivîmes la plaine pendant plus de deux farsangs. Nous en-* trames ensuite dans la montagne et passâmes dans une vallée dont les roches sont formées de bancs énormes de coquilles fossiles; j'en re-* cueillis de trois espèces différentes. Ayant trouvé un endroit où il y avait plusieurs sources d'excellente eau et quelques masures, nous y fîmes notre menzil^ à moitié chemin de Firouzabad, à environ quatre farsangs et demi. Campement en plein air; le soir en nous chauffant, car le froid est très-grand quand le soleil a disparu , nous vîmes venir à notre feu cinq ou six montagnards qui voyageaient : nous leur demandâmes , suivant l'usage 9 d'où ils venaient et où ils allaient. Ils répondirent à la première question qu'ils venaient d'un village près de Firouzabad et qu'il allaient à Téhéran, où le Sultan les deman-* dait pour être soldats. Us s'y rendaient gaiement^ mais fort pauvrement, faisant la route à leurs frais. En Perse , l'armée se recrute facilement

par des engagements Volontaires. En Turquie , c'est tout différent, on mène les recrues les mains liées comme des galériens.

4 féi^rier. Même direction. Nous sortons de la plaine pour entrer dans les mlontagnes, et continuons à nous élever. Le Zjziphus spina Christi disparaît pour faire place à VAcer et au Pistacia terebinthus ^ qui couvre la montagne. Nous redescendons ensuite tin peu pour entrer dans la plaine où est situé Firouzabad. Nous passons, avant d'y arriver, une petite rivière (1) dont l'eau est excellente et sert aux irrigations de la plaine. Toutefois, les cultures sont loin d'être aussi considérables qu'elles pourraient l'être. Un peu avant d* arriver à Firouzabad, je remarquai un pan énorme de muraille antique et, un peu plus loin, un monticule couvert de belles pierres de taille , avec des murailles s'élevant à quelques pieds. Les ruines de Firouzabad sont peu connues et mériteraient d'être explorées par un antiquaire. La plaine possède quatre ou cinq pauvres villages. Firouzabad lui-même est à peine un bourg ; toutefois il y a un bazar. — ^Nous avons fait ce jour-là à peine six farsangs.

Je suis tout à fait dans une autre région botanique; celle des palmiers a presque disparu : à

(1) Le Nabloa.

peine en voit-on quelques-uns , les arbres d'Europe ont reparu , ainsi que les orangers } la végétation est tout à fait celle du plateau de la Perse.

Je croyais trouver une route pour aller directement de Firouzabad à Djarroun, mais il n'en existe que pour les gens de pied ; ainsi , il faut encore nous rapprocher de Chyraz dont je ne suis plus qu'à quatre petites journées.

5 février. Notre direction fut nord, et d'après ma carte , je croyais devoir marcher peut-être deux jours dans cette direction; mais, après avoir traversé une montagne assez élevée et fort difficile, nous nous dirigeâmes au sud-est et commençâmes à descendre. Je remarquai sur la route plusieurs tombeaux dont la vue aurait transporté un Sunnite d'indignation; suivant la profession que le défunt avait petidant son vivant, il était peint sur la pierre sépulcrale, à cheval , le sabre à la main , ou gardant ses troupeaux, etc. , etc. Le pays est convertie Pistacia terebinthus , dont les troncs exsudent en grande abondance de la gomme résine. Je fis ensuite un véritable massacre d'une fort belle espèce de perdrix qui y est excessivement commune.

Nous marchâmes ce jour-là cinq farsangs pour atteindre Maïman^ village situé dans une plaine bien arrosée et qui a de vastes vergers : les grenades de Maïman sont surtout célèbres

parleur grosseur et leur qualité; elles surpassent celles de Chyraz, qui jouissent cependant d'une grande céléhvité en Perse.

* Je rectifiai là plusieurs noms .de lieux' singulièrement estropiés dans les cartes d'après Chardin ; au lieu de Kaffer^ il faut Kafal ou Karal^ au lieu de Tadivan, Badindjoun (Moukak est exact).

Les gens du village qui vinrent ensuite m'obséder , m'apprirent qu'un Français avait visité, il y avait une douzaine d'années, leurs montagneà pour y cueillir des plantes. Ce doit être Bélanger, dont j'ai su le nom à Persépolis, et dont on publie CQ ce moment les plantes , partie du nord-est (1).

6 février. Toujours même direction. Nous descendons une rivière, le Tengui-^Tachka (tengui en persan, signifie rivière), qui coule dans une charmante vallée fort bien cultivée et couverte de Myrtes ^ de Vitex-agnus-^castus et de Figuiers f etc., qui croissent spontanément. Telle est cependant l'incurie des habitants, que le figuier n'est pas cultivé; je remarquai

(1) Le voyage de M. Bélanger est de 1829^ Il en a paru plusieurs livraisons contenant sa relation jusqu'à Tauris, (Tabriz) et quelques planches de botanique. Cette publication intéres* santé a été malheureusement interrompue. Son itinéraire , en Perse, figurera tout entier dans la carte de M. Lapie , annexée à nos lUustratienes Plant^trum Orientalium.

plusieurs petits villages dans la vallée, un entre autres dont toutes les habitations sont creusées dans le rocher. Le palmier commence à reparaître : je campai sur les bords de la rivière^ en face du village de JEspal-Destaiet sur le Tengui-Tachka» Four la première fois depuis mon départ d'I^aban, le ciel se couvrit de nuages et la pluie devint tellement imminente, que je passai la rivière et allai occuper un taudis dans le village : je cueillis en route VHyosciamus senecioms.

7 février. Même direction. Nous laissâmes à notre droite la vallée du Tengui-Tachka et en^ trames dans la montagne; aprèâ avoir fait envi*ron quatre farsangs , nous trouvâmes une autre rivière qui coule de l'est à l'ouest etva se jeter comme l'autre , dans le Tengui-^Jkoun ,• celui-ci vient de Test et se dirige au sud-ouest pour aller se jeter dans le golfe, nous passâmes tout auprès ; la carte de Lapie est assez exacte pour le cours de ces rivières. Nous passâmes au pied du Kou-'Nemek (montagne de sel), ainsi nommée à cause de la grande quantité de sel qu'elle contient; nous trouvâmes, sur les bords de ces rivières, quelques petits villages, quantité de palmiers et de cultures de riz ; j*achetai environ vingt livres de riz pour un sabkera. Nous fîmes plus de sept farsangs pour atteindre le gros vil-

EN ORIENT. un

lage à'Akouuy bâti en amphithéâtre sur une colline : les environs sont bien cultivés en riz et bien plantés de palmiers; je cueillis en route le Convohidus spin osus^

B février. Même direction. Nous remontâmes la rivière à'Jkoun à travers une plaine bien cultivée; après avoir fait environ quatre farsangs^ nous trouvâmes le petit village de Djevé^ et, un farsang après, DJarrouriy petite ville avec un bazar et deux caravansérails , l'un en bon état, mais où il n'y avait pas de place , et l'autre en ruine 5 où il fallut cependant bien nous fourrer dans un coin, malgré les oisifs toujours fort nombreux, et les enfants de la ville qui jouaient dans la cour, et qui , à mon arrivée , m'accueillirent par des rires insolents. A cinq cents pas environ de la ville, il existe encore un troisième caravansérail dont parle , je crois , Chardin , ou ub autre voyageur, mais je ne pus pas décider le cbalvadar à s'y rendre. La ville tst bâtie en terre et ne paraît avoir ni augmenté ni diminué depuis Chardin. Toute la nuit précédente , que je passai en plein air, et toute cette journée<-ci la pluie tomba assez fort; c'était un événement heureux, attendtt avec impatience par les habitants 9 dans ce pays naturellement si sec, et tous les gens que nous rencontrâmes, s'adressaient des félicitations à ce sujet.

Les environs de Djarroun sont bien cultivés et plantes d'une immense quantité de palmiers qui fournissent les meilleures dattes du monde.

La montagne de Djarroun ou Bjarran est une des plus élevées de cette chaîne d'ailleurs basse ; elle s'appelle .

gurée par Cba 11 y a deux r deux premiers prise par Cha:

de son pren ser : ne faite

même pas du tout IV final. Ce mot est d'ailleurs assez difficile à saisir pour la prononciation: j'ai entendu prononcer Houzir, Mounzir, qui est le nom donné par Thévenot , mais plus souvent Mousé. Jusqu'à Lar, les noms propres de lieux de Chardin sont exacts.

9 fei'rier. Même direction. En sortant de la ville} je tronvai encore quelques ruines du caravansérail dont parle Chardin , et à côté un nouveau.

Après avoir traversé le Kou-Albourt par une route fort difficile et fort escarpée , nous arrivons au caravansérail isolé de Tchatar , de l'autre côté de la montagne.

iO/evrier. Nous continuons à descendre en traversant deux basses montagnes ; an pied de la

secoiide est une source d'eau chaude, mais qui n'a aucun mauvais goût ; puis une plaine toute blanchie par le sel, circonstance d'où est dérivé sans doute le nom du village de Séfiz .- nous y arrivâmes après avoir fait cinq farsangs. Le chalvadar, que j'avais eu le tort de prendre au mois, T la route , m plein air, uelien n'écaravanes.

re était huencore fort incertain : j'insistai pour que nous allassions àBénâron, gros village avec un caravansérail , à trois farsangs plus loin. Je n'y réussis point sans me fâcher beaucoup, et j'aiirivai le soir à Bénârou, où j'eus beaucoup de peine à trouver une petite place dans le caravansérail. Ce village a de grandes cultures et diverses plantations de palmiers.

1 XJévrier. Je me disposais à quitter mon mauvais gîte quand le chalvadar me déclara qu'il ne voulait pas partir et qu'il resterait trois jours à Bénàrou. Je chargeai Alawerdi de trouver des chevaux, mais il n'y avait pas même d'ânes ; il fallut donc condescendre aux volontés de ce misérable. Cependant je lui proposai 4 toumans pour me conduire à Bender-Âbassy, à la condi-

lion qu'il partirait immédiatement. U me demanda 2 toumans à TaTance^ et quand il les eut, il déclara qu'il ne partirait que le lendemain : il fallut donc rester à Bénàrbu ^ pour être expose à la curiosité de tout le village.

i2/émer. La pluie était tombée toute la nuit et une partie de la journée ; il est impossible que je me mette en route. Le Khan de Lar, qui se trouvait cejour4à àBénàrou,fut très-poli à mon égard. Il m'envoya dire d'aller loger chez lui, et comme je n'acceptai point sa proposition , il fit vider pour moi une chambre du caravansérail où je trouvai nombreuse compagnie : c'étaient des myriades de souris qui me rendaient la place àpeinetenable et m'empêchèrent de dormir de la nuit , en entrant sous ma couverture et me i.'ouraut sur la figure. Le Khan m'envoya deux fois par jour à manger^ et me proposa de me donner un mimandhar (1) jusqu'à Bender-Abassy. Je refusai; la route étant très-sûre , le mimandhar ne me servirait qu*à me faire dépenser de l'argent , et à me .gêner dans ma marche. Comme il est tout à fait insupportable pour moi d'aller foire des visites à des gens aux usages desquels il est fort gênant de se soumettre , par exemple de rester, tout le temps de la visite, ordinairement

(1) Guide , ksiyrM en Turquie.

fort longue y assis sur les talons. Je fis dire au Khan de m'excuser si je n'allais pas le voir : j'alléguai mon ignorance de la langue. Il crut sans doute que ma conduite était dictée par mon rang , et qu'il ne ine couTénait pas de lui faire les premières avances : je passai à ses yeux pour un personnage important ; toutefois il ne se regarda pas comme mon inférieur, puisqu'il s'abstint aussi j de me faire visite : les Persans , comme on sait, sont très-sévères sur l'étiquette et les préséances. Tout alla donc^pour le mieux, et je n'eus pas à me déranger.

a février. Le temps s' étant un peu remis, je pus continuer ma route. A quelques portées du fusil, je rencontrai le JRhan qui se rendait à Lar, accompagné d'une trèS'-nombreuse suite : c'était un homme de bonne mine et de manières distinguées. J'aurais voulu éviter Je mimandhar, mais il n'y eut pas moyen , il s'acharna à m'accompagner; il fallut bien en passer par là. Du reste ^ ce n'est pas un personnage d'une grande distinction, c'est tout bonnement un esclave abyssinien*

Je sortis de la plaine de Bénârou par une vallée qui traverse la montagne , pour entrer dans une autre plaine cultivée en quelques endroitis , et où je remarquai quelques chétifs villages* Noua traversâmes ensuite une autre montagne

et iine aatre plaine où est situé Biris ou £izn, petit village ruiaé, avec uu vaste caravansérail, bâti par Chah-Abbas et qui est occupé par ce qu'il y a d'babitants dans le village. On y voit le tombeau d'un imamj en forme de pyramide, dont les pierres font saillie, et surmonté d'une petite colonne ; il parait que ce personnage est en vénération dans le pays. C'est la seule construction qui soit entièredans le village. II n'y a dans les alentours que deux ou trois palmiers. Notre journée, jusqu'à Biris, ne fut que de six petits farsangs. Grâce à la pluie abondante qui avait tombé la veille, l'eau de la citerne était très-bonne et je m'en régalai.

14 février. Après avoir ti'aversé une basse

montagne , nous nous trouvons dans une plaine

cultivée en plusieurs endroits, et où, après

quatre heures de marche, nous trouvons le petit

'ourdeh. Le beau caravansérail dont

in a disparu j il y en a plusieurs sur

ais tous sont en mauvais état. tJn far-

n après Kourdêh , est une montagne

aversâmes assez facilement, la route

tscarpée. Nous descendîmes ensuite

idantdeux farsangs, avant d'arriver

i sur la route une grande quantité de

citernes, mais toutes en mauvais état, et, malgré

les pluies abondantes qui sont tombées Icsjours

ËM ORIENT. 529

précédents , eljes ne contenaient pas une goutte d'eau* Notre journée fut d'environ huit farsangs.

Lar est bâti dans une plaine bien arrosée et passablement cultiyée. En arrivant du côté de Chyraz, on passe entre deux montagnes qui étaient autrefois bien fortifiées et défendaient la ville. Il existe beaucoup de restes de ces travaux et un château qui paraît en bon état.

Les environs de Lar sont plantés d'une immense quantité de Tamarix articulata (1), mais dont je n'ai jamais pu voir la fleur, ni en Egypte^ ni en Mésopotamie. U parait que peu de botanistes ont été plus heureux que moi, si même il y en a un seul. Les échantillons du riche herbier de De GandoUe sont sans fleurs. Si Forskael avait vu ce Tamarix en fleur , certainement il n'en eût pas fait son Thuya aphylla ; il est même étonnant que le port de la plante ne lui ait pas fait reconnaître à quel genre elle appartient.

À en juger par les ruines , dont l'emplacement de Lar est couvert , il y avait autrefois des murs, mais maintenant cette ville est ouverte de toutes

(1) N"" 4509, in desertis ad sinum Fersicum, étiqueté Trichawrmj par M. Decaisne. Foy* page 227.

parte et la population actuelle est faible. Larderait être une ville importante, et qui ne le cédait pas à Chyraz pour l'étendue; maintenant elle ne présente plus que l'image de la désolation. Les citernes^ autrefois au nombre de plus de trois mille ) sont la plupart en ruines. On y cultive beaucoup d'orangers et de palmiers^ ^e Khan me fit préparer un logement dans un de ses jardins , tout dévasté comme le reste de la ville. Le soir, il m'envoya à souper et insista pour que son esclave m'accompagnât; il me fit dire que c'était Tordre du prince Firman-Firman , et que tout ("ranc qui passait dans son kbanat devait être traité ainsi; il n'y avait rien à dire.

i^ février. Je ne pus partir qu'après dîner, et comme pour trouver un village , il faut marcher quime farsangs , nous n'en fîmes que trois et nous arrêtâmes à Tengonou , hameau de trois maisons, avec quelques palmiers et des cultures. Notre route passe dans une plaine de terrains d'alluvion, où le sol s'effleurit à la surface, et qui est cependant très-fertile quand elle est arrosée. Le terrain est de la même nature que celui de Ba|[dad et de Babylone. A deui^ heures^ nous trouvons deux petits villages , Birak et Bira^i.' Quant au village de Chercoff dopt parle Chardin, c'est un nom estropié et tout à fait inconnu î c'est prolwd>k!ment Birak. Le B majus-

EUT ôttiÊjrr. 5âi

cule fturâ été pris pour Gh ^ l potir é, rt pout èOy et * pour deux /f (1 )•

IBJëi^rier. Nous suivons là plaine qttl S*élètô un peu après un caravansérail ruiné ; deux farsângs plus loin > le village A'Jlî-Jbad^y à gauche de la route, à demi-farsang ^ est un caravati^ sérail. La plaine devient de plus en plus horrible ^ elle est toute couverte de sël; trois farsangs plus loin 5 le caravansérail isolé de J'ckem-^Ùis^ singui. Sur là routé, on trouve quantité de rtlineîi, de citernes et de caravansérails. Nous traversâmes ensuite Une bas^e montagne , et nous de£h cendtuies encore dans ûnè plaine où est le village de Khûrmoiit ; notre menti! , à douze heures de Tengonôu. Il y a danb t^tte plaine quantité de Miniùstîy qui forment de grands arbres ; ils ne sont pas fiti état , mais je crois qùé cette espèce est le Mimosa /àmesiana. J'ai cueilli dans lès sables le Phèlfped iuiea parasite sur les racines de soudë.

1 7 février. Route Sud. Après avoir marché environ trois fersangs , dans la même plaine , nous passâmes une montagne , une vallée où coule une petite rivière qui n*a probablement de l*eau que danâ ce moment qu'à cause des pluies , et trouvâmes , après avoir marché cinq fârsangs, un

^^ j>v * *rf

■rfi .r^-Mf ifX'' ■- '.t. j-

(1) Cette ètjAic&tidnr^teiiiMe beaucoup à une plaisanterie. On pMniÉit éii4)re antAttt À^bBêmém^ i'éêjmâo^k».

caravansérail avec un canal d'excellente eau , et un peu plus loin, des plantations de palmiers. Sur la gauche, au pied de la montagne^ il y a là probablement un Village. Ensuite, après £Âx farsangs de marche , nous arrivâmes à Dalaun , petit village que Chardin appelle Tenk-Dalaun (Tenk serait-il une corruption de Kend , village? ) , qui a cinq ou six maisons et autant de cabanes, quelques cultures et de bonne eau.

Dalaun doit son existence à une petite source qui sort du pied de la montagne. J'ai fait aujourd'hui une très-belle herborisation. Les habitants sont singulièrement surpris de voir un individu aussi extraordinairement vêtu , et venu d'un pays dont ils n'ont jamais entendu parler, cueillir de l'herhe pour la mettre entre des feuilles de papier ; ce sera une époque mémorable dans les annales, sans doute fort monotones, de Dalaun. Du reste, comme l'a, je crois, déjà observé Morier, les habitants du Laristan sont fort pacifiques et peu enclins à mal , faire.

\^ février. La pluie étant imminente , je m'arrêtai à un caravansérail , à deux farsangs de Dalaun; bien m'en prit, car la pluie tomba un instant après avec une grande violence.

Après cette averse, je fis une petite course autQur du caravansérail et j'y cueillis de fort

EN ORIENT. 58â

bonnes plantes, un Calophaca (i) ^ une Mathiola^ espèces nouyelles^ un Cleome qui me jfMsAt différer du Cleome glandulosa (2) , par ses feuilles à cinq nervures , et enfin le Capparis afzelii^ ou plutôt une espèce nouvelle (3), quoique la phrase du Prodrome de Dé Gandolle convienne à merveille ; les feuilles adultes sont glabres et charnues, tandis que les plus jeunes sont minces et couvertes de petites écailles argentées comme celles de YEleagnus. Je recueillis deux espèces de Termes dont les mâles volaient en grand nombre après la pluie*

\9 février. Même direction : nous suivons une plaine déserte couverte de beaux Mimosa -y à trois heures , caravansérail de Gour-Bazerguiarij et trois heures plus loin nous nous arrêtons au caravansérail de Soultanjr^ sans habitants ; je cueillis une jolie espèce de Fîola (4) et une Eùphorbia.

20 février. Même direction : après une heure de marche, Rarestoun avec un caravansérail et

(1) No 4436.

(2) N» 419. Cl. S. qwnqm neni»^ Auch.

(3) N« 4189 , 4191 et 4192. Le vrai Capparii ufzelii , est originaire de l'Afrique occidentale.

(4) La même que celle du mont Akadar, dans l'Imamat de

Mascate; voir plus loin.

iM RELATKW8 PE TQVAOES

gmiqueil msHQns, mais sans bsbitanta. Le fuya est couvert de magBifiquea Mimosa qni forraeiit A9 irranija arbres; tr<Ati faraangs plualoin, aoua wyona les ruines d'un pont for» long dont il y ft encore une trentaine d'areadea dehout j il aura été abandonné parce que h torrent a diangé de lit. A eaviron traia portéea de fnsil de là , noua nous trouvons en fa^ dn torrent qui jlait oonaidér-ablenienl grossi par les pluies do la veille) le ninasdliar vouldt le passer, mais aoB cheval perdit pied et tous les deux disparu^ rent un instant ; ils eurent beaucoup de peine k «'en tirer, Qnant à noua, nous fâmea obliges de cheroher, en leumant sur la gauche, quelque village afln de trouver de la paille et de l'oi^e ^ur nosokevaux,en attendant que le torrent devint goéable ; nous vîmes des plantations de palxaier* et quelques cabanes, mais ne rencontriinies personne. Nous continuons notre marche etapereawnsenftn un Arabe, car tout le pays n'est plus habité que par euxi à notre vue il prit la iuite malgré nos cris. Nous fûmes plus heureux un instant après , nous surprîmes un berger endormi; sa frayeur fut grande quand nous le reveillâmes , mais lorsqu'il lions que savoir la route

donna tautw lea indications plus loin, un autre berger

BN (HuniT. sas

prit la faite; do« gens ayant remarqué quelque chose sur la place qu'il venait de quitter, ycou« rurent, c'était un agneau que le berger venait d'égorger. Nous arrivons à la nuit au village de Kiohal où nous passâmes la nuit*

21 fé^fler. Nous n'étions plus éloignés de Bender Abassy que de huit farsangs, nous passons lé torrent faoilemënt , les eaun ayant beaucoup baissé la nuit. Nous entrâmes ensuite dans une horrible montagne , image du chaos; j'y cueillis la Fagonia persica , une charmante légumineuse qui malheureusement n'a point encore de gousses, Indigofera spinosa (1), et V Isatis Garcini (2), En m'écartant pour cueillir ces plantes, je perdis mes gens de vue, et fus bientôt totalement égaré au milieu des précipices et des rochers ; j^eus beau appeler, les échos seuls répondaient à mu voix; enfin j'aperçus un Arabe, qui, à la vue d'une personne vêtue d'une si façon singulière, ne parut pas médiocrement étonné. Cependant il ne s'enfuit pas ; je lui demandai la route de Bendei^Abassy : il s'y rendait, en sorte que nous fhnes amicalement route ensemble; je retrouvai mes gens et nous arrivâmes enfin à cette ville.

(S> M* 40i5 , Ar(Mr»M Jmslmii , Boias. f 161.

5a6 RELATIONS DE VOYAGES

OÙ le Gheik me fit donner un logement et m'em- Yoya tout ce qui m'était nécessaire.

22 février. Bender-Abassy est plus petit que Bouchyr; la yille proprement dite entourée de murs, renferme un bazar qui n'est pas très-bien fourni» et une centaine de maisons; i% a, tout auprès, un petit village à un quart-d'htere , sur le bord de la mer» où habitent les pécheurs; la majeure partie de la population est Arabe , il y a cependant passablement de Persans; on y trouve aussi des noirs Africains et des Banians. 11 y a autour de la ville quelques palmiers, et de pauvres jardins où l'on cultive le Radis dont on mange les feuilles en salade, le Pourpier^ l' Ognon^ le Palma Christi. Bender-Abassy appartient au Cheik Sied, Imam de Mascate, qui nomme le Cheik gouverneur, mais il paye un tribut au Chah de Perse. Il n'y avait à mon arrivée, que deux bâtiments arabes un peu forts , dans le port, et trois autres plus petits; un des deux grands bâtiments devait, disàit-on, mettre à la voile pour Mascate, le jour de mon arrivée, mais c'était un mensonge ordinaire aux marins ; ils parlent à présent de partir dans deux jours et je crains bien que ce ne soit pas plus vrai. Au reste, je suis bien décidé à profiter de la première occasion qui se présentera, afin d'être de retour sur les côtes de Perse pour le fort de la végé-

tation qui est le mois d'avril. Les montagnes du golfe Persîque du côté de la Perse , sont encore vierges et vraiment très-intéressantes pour l'histoire naturelle. Il n'est question dans les livres de botanique^ que de quelques plantes rapportées par Garcin et décrites dans la Flora Indica de Burman; j'en ai déjà cueilli quelques-unes, entre autres, F/ya^i^ Garcini (1).

II y a sur les bords de la mer plusieurs oiseaux intéressants que je fis tuer et dont je rapporterai les dépouilles. Quant aux coquilles, elles sont peu nombreuses, ainsi que les plantes niarines, vu qu'il n'y a point de rochers qui baignent dans la iner. Mascate m'ofi&*ira sans doute plus d'avantage à cet égard.

La nourriture ordinaire des hommes et même des animaux est le poisson , qui y est très-abondant et à vil prix; Alawerdy acheta deux énormes poissons, qui pouvaient peser ensemble vingt livres , pour 6 karapouls ( 30 centimes ). Les dattes sont excellentes.

Dans ce temps-ci, le climat de Bender-Abassy est très-bon et l'eau y est fort potable , mais dès que le mois de juin approche, les fièvres y font de grands ravages , et il ne serait pas prudent à un

(1) ^oy. page 135, note 2.

étrafiger d'y séjourner. Presque tous les hubl* tants fuieut la ville pendant Tété et vont eher^

eherunpeud'airpurdanslesmontagnesToUmes.

Les environs immédiats ne sont qu'un désert couvert de plantes marines ; il y a cependant an» tour de la ville quelques plantations de palmiers, fHà et Mféuri0r. Séjour. J'emploie ces journ^ à mettre en ordre mes collections , et surtout à préparer les oiseaux des environs. J'ai mh en

jpNBau trois Larus (t) de grande tfiiUe qui m'ont fiaru intéressants.

Le bâtiment qui d#v«ît faire voile pour Mm* cate le jowr de mon arrivée est encore à l'ancre; il n'a pas encore sa charge i j§ ne naja quand jp

pourrai partir.

^féi^mr. Je me décide enfin ^ aller faire nne visite anCheikgouvernenr, qui me do^na l'hospitalité la plus cordiale j je le trouvai îissis à l' wgle de son divan, et tons les gène de sa suite étaient aœronpis sur les talons, de (h^qne côté de la salle; 11 y avait là des fignres de toutes les coulenrs, depuis le blanc jnsqu'an noir d'ébènej den? noir^ de 2^nzibar, n'ayant que la ceinture dQ pndewr étaient à la porte d'entrée^ tenant une pique à lamaino La plupart de^ gens du Cheik, à

(1) Nom générique des Goélands, et des Mouettes ou Mauves.

)6ya à mcm {inriyée et m fit autant qu^nd jç pri^ ci>pgé de lui j il me fit bçîi\icoup de q^estÎQQ» wv }a Frapce et ^ur 1q {loi , et ne manqua pas de mQ parler 4^ NapQléon ayec de grande éloge^^ Où la i^enommée de ce grand homme n'at-t^Ue pas pé? nétr^? U me parla ausisii de la prise de Constan-»

tine dwt la nonvçlle est d^à parv^uç çhm m^t U me demanda on^nite « qvçl pays >e pré|!^ai$ ? de la Turquie ou tIç l* Perpe? — Je Ini réponr dis : « que la Per^e avait peu d'bab)tant$^t 4^6 se§ yiUes et ses villages étaient ruinéa , et que la

majeure partie n'était qu'un désert i^a^S 6aU|

an lieu que la Turquie était ep général un pays

très-rfertile et cultivable en toutes ^es parties

sans l^eauooup d'fffnrts,-mîa»l)ienî medH-il,

puisqPQ c'est un pays sil^ean? pourquoi ]es Français ne le prennentri}$ pas? -r^r Parce que, lui rér pondiS'je, les Français ne sont pas des yoleurs^-^ Ebl mç dît-il en riant, pourquoi ont^ils donc pris Alger? — Parce que les Algériens t repli»quai-rje, étaient dos pirates qui ne respectaient rien et faisaient les Chrétiens prisonniers esclaves} parce qu'ils avaient insulté la France,

Ot qu'il était de 1* dignité d^ eeHç«çi d'çn tirer vengeance. -^ Mais pourquoi n'aveîf^vpus p«s rendu le pays au 3ultan JMabnaoud, apr^S avoir puni le Dey, en exigQa4t du $^ltaP q^'il pé|)rimât

la piraterie? —Le sultan Mahmoud n'étaitpasle maître d'Alger ; son autorité y était nulle, et si Mahmoud en fût devenu possesseur, la piraterie aurait recommencé , parce qu'il n'est pas en état de la réprimer. Le pays se serait bientôt isoulevé contre les Turcs ^ et la France aurait inutilement versé le sang de ses soldats. Au reste , la France n'empêche nullement l'exercice de la religion musulmane; elle respecte les propriétés, les mœurs etusages des Arabes, et ceux-ci sont les premiers à vanter en ce moment les bienfaits d'un gouvernement ami de la justice. »

Le Gheik fut très^content de mes explications; et ajouta « qu'on lui avait dit tout le contraire , » entre autre choses qu'il n'y était plus permis » aux Arabes de faire la prière , et que les mos"- » quées avaient été démolies. » Je lui répondis « que ces nouvelles absurdes étaient répandues » par des ennemis de la France. » 11 parut convaincu de ce que je lui dis.

Le Cheik possède plusieurs bâtiments : un d'eux attendait ses ordres pour ajppareiller. Sur l'observation que je fis que je désirais partir le plus promptement possible pour Mascate , il eut la bonté de donner des ordres pour que le bâtiment mît à la voile le surlendemain.

26 , 27 et ^février. Séjour.

V mars, ie me transporterai avec mes effets à bord du bâtiment du Gheik après avoir payé 4 toumans pour mon passage. Le navire est de médiocre grandeur^ et ce qui me contrarie le plus, c'est qu'il n'est pas ponté. 11 est chargé de sacs remplis de feuilles de Mjrte qu'on exporte à Mascate, des vallées des montagnes entre Chyraz et le golfe. Je ne manquai pas de m'informer quel usage on faisait de ces feuilles, et j'appris qu'on en faisait une eau pour servir de lotions. Il y avait ensuite des pots ^Assafœtida (1) qui répandaient une odeur infecte et désagréable au plus haut degré. Nous mîmes à la voile environ à midi et nous arrivâmes le soir à la nuit à l'île de Kichme.

2 mars. Les gens du bâtiment étant Jtous de cette ^le et y ayant leurs femmes, il n'était pas présumable que nous partissions tout de suite; en effet il fallait y séjourner; j'en profitai pour faire une petite excursion dans l'île; j'y trouvai le Solarium coagulons de Forskael (2) , la Cassia ohovata (3), la Sida mutica (4), le Capparis afzelii (5). Les montagnes, du reste assez basses.

(1) Ferula osschfœHda.

(^} f^oyez page 533, note 3.

54s RELATIONS DÉ VOYAGES

de l'fle sont toutes de calcaire, et j'y recueillis un bonliombre de coquilles fossiles en bohétat. L'île de Kichmë a plusieurs villages et des plantations considérables dfe palthiers. Le village principal est assez bien bâti ^ il possède un bazar et il a tin aspect beaucoup meilleur que Bender- Abassy. L'tle appartient à l'Imam de Mascate , qui ne paye , pour cette possession , aucun tribut au Chah de Perse. Tous les habitants sans exception sont Arabes, mais ils ile parient que ië persan.

3 fnars. Nous mîmes à la voîle, quelques heures avant le jour ; nous laissâmes l'île d'Oi^ mouz à notre gauche, passâmes tout près de Tilë de Larak , et d'assez bonne heure nous arrivâmes près de l'île Salaman, qui n*est séparée du cap Mascédon en Arabie, que par utie passe trèsétroite (Ras-Mascédon opposé au Ràs-Moubarek (1)) , est-ce par hasard que Ton trouve ici deux noms grecs Macedon et Salaman(Salamin), ou bien ces noms avaient-ils quelques rapports avec l'expédition d'Alexandre?.,.. Il y a deuioû trois écueils qui sont la prolongation de l'île ; Salaman est petite et tae contient aucun habitant; de ce point on aperçoit la côte de Perse, car où est

(i) Le Bas-Moubarek est Tun des caps les plus ayancés de delaoôtedePerse.

dans lapattiiB la plus étroile du golfe, que 'par un^ yent ordinaire, on peut traverser en trois heures»

4 matÉ. Nous longeons les côtes d'asscâs près et ensuite nous les perdons presque de Tue;le Tent est très-^faible et la nuit noufc ayons un c3àlme plat.

5 mars^. La nuit, par extrâordinaîre , le Vent fut assez frais, et je me félicitais d'avancer un peu , lorsque tout à coup le gouvernail échappe des mains du reiss (1) , qui crie aux matelots endormis de baisser la voile ; nous étions en effet assaillis par un violent coup de chémâl (vent d'Ouest). Cette maudite voile arabe ne se descend pas aussi vite qu'on le voudrait en pareille occasion , aussi le grain eût41 le temps de nous atteindre, et nous reçûmes Une secousse que je crus bien être la dernière de ma vie. Le bâtiment fut presque renversé; nous fûmes inondés, l'eau nous gagnait de toutes parts. Cependant la voile fut enfin descendue, le bâtiment se releva et flottait toujours , mais il avait à peine un pouce au-dessus de l'eau, tant nous en avions embarqué ; la plus petite introduction nouvelle devait nous submerger; nous n'eûmes d'autre res-

(1) PatoOB 9 capitMmj

source pour nous alléger, que de jeter à Teau une douzaine de sacs de feuilles de myrte , et de vider le bâtiment avec des sceaux qui se trouvaient heureusement à bord. Tous les passagers et les matelots eux-mêmes , quoique plus accoutumés que les premiers , à de pareilles algarades, se croyaient perdus; en effet, la violence du chemàl allait toujours croissant; les sunnites se mirent à répéter en chœur le : Allah ill Allah ! les Chyraziens , à invoquer Aly^ et les Banians , \isnou ou Brama , je ne sais lequel. Mon brave Alawerdy, qui voyageait pour la première fois sur mer , pleurait à chaudes larmes , en implorant la Sainte-Vierge et tous les Saints du martyrologue Arménien. Quant à moi, je dois l'avouer, je n'invoquais rien , j'avais bien autre chose à faire; quoiqu'en face de la mort que je n'ai jamais vue si imminente^ je ne pus m'empécher d'admirer le terrible et magnifique spectable que me présentait la mer. Par un effet particulier de la phosphorescence dans les régions tropicales, la mer paraissait en feu, et chaque nouveau coup de vent nous lançait au milieu de montagnes roulantes de flammes sans cesse renaissantes , qui menaçaient à chaque instant de nous dévorer. Nous en fûmes quittes cependant pour une bonne peur ; le coup de vent ne dura pas plus dô trois heures, et quoique la

mer continuai à être irritée toute la joum,ée , le vent reprit sa direction ordinaire.

6 mars. Je me réveillai le matin près de la côte non loin de Sohar^ au biruit du tambourin : nous étions en temps de baïram. Les Arabes, de même que les nègres, ont une passion démesurée pour la musique et pour la danse, dès qu'on approche de quelque village arabe, on est sûr d'entçndre le bruit du . tambourin , et le roulement dé langue des femmes arabes qui témoignent leur joie. La côte est couverte de forêts non interrompues de palmiers. Sohar a un château en bon état et appartient à un parent de l'Imam de Mascate; il est à peu près indépendant»

7 mars. Toujours fort peu de vent dans le jour et calme dans la nuit. Nous atteignons cependant Borka^ non loin des îles de sable.

ô mar$. La montagne se rapproche beaucoup de la mer , les palmiers y sont nombreux; nous passons à côté d'un écueil nommé Safal, tout près de Masoate^ que nous ne tardons pas à apercevoir, ainsi que trois villages , qu'on peut regarder comme ses faubourgs.

Mascate. L'entrée du port est défendue par des forts assez mal construits ; mais, au fond, il y a sur la raontagne la plus élevée , un château très-bien construit , bâti autrefois par les Portu-

546 RELATIONS JiÈ VOYAGES

gais ; le port est grand , ptofotld et à rabri de tous les vents. Il y avait trois gros bâtiments de guerre de l'Imam, mouillée dans le port, le reste de la flotte est composé dé plus de vingt bâtiments construits à Bombay , à TeUropéenne , et à Zanzibar, île d'Afrique orientale^ q^i appartient à rimam, elle s'était révoltée contre lui , et il s'y est rendu pour, la soumettre. Les montagnes au pied desquelles est bâtie la ville , sont d'une aridité remarquable.

Mascaie est petit, les rues àont étroites et fort sales ; Sa population est toute hétéi'ogêne ; il y a une grande quantité de Ëanians, de nègres, et quelques marchands persans j cependant la majeure partie est Arabe, quoique le noir soit la couleur dominante.

Mascate, bâti comme dans Un entonnoir, au pied et devant des montagnes arides et •brûlantes , ne reçoit le vent de mer d'aucun côté ; l'entrée du port n'étant point dirigée du côté de la ville , et par conséquent elle éprouve d'épouvantables chaleurs et l'air y devient très-mauvais. Toutefois il paraît qu'on m'a beaucoup exagéré le danger d'y séjourner : d'après les Anglais , Une nuit seule passée à tetre , devient une caiisfe pi'esque certaine de mort; j*y ai trouvé pourtant quelques étrangers i un juif de Libourne, l'agent anglais lui-même , natif de

Bagdad^ dés t^ér&atis, etc., qui y demeùretit depuis longtemps et se portent k merveille. AU reste janvier^ février, mars et avril , sont assei Supportables.

n y a beaucoup de femmes ptibltqliés à Màscaté , comme dans tous Içs pays qtli approcheni des tropiques , où le climat pousSe irrésistible-^ ment à l'aniour physique j il y a toute liberté pour le libertinage. Musulmans , Chrétiens , Indiens, à quelque nation qu'on appartienne, où est bien reçu de ces femmes, et les genS'du {)ayS ni Fautorité, n'en prennent aucun souci, à la différence des autres contrées musulmanes dé la Turquie d'Asie par exemple, et même dé là f erse , où il serait fort dangereux d'être surpris avec une femme musulmane.

J'avais des lettres pour Tagent anglais à Mascate , juif de Bagdad , qui me fit un excellent accueil (1). — ïl n'y a pas plus de huit jours qu'un gros bâtiment de guerre français a quitté Mascate , VArtémise , capitaine Laplace; ce bâtiment a fait voile pour Moka. Si les circonstances m'eussent mieux servi, j'aurais probablement profité de cette occasion , pour me rendre a

(1) Les prodédes dé cet homme changèrent Bieiitôt, ainsi qtt'on le Verril plus lôiil.

548 REIATIONS DE TOYAGES

Moka et visiter les montagnes de l'Arabie Heureuse ; je regrette beaucoup de ne m'étre pas rencontré avec des compatriotes. J'ai manqué aussi l'occasion de voir M. Fontanier, consul de France à.Bassora, qui a passé il y a quelques jours par Mascate, pour Bombay, d'où il se rendra à Suez et de là en France.

9 mars. On ^lous dit aussi que le consul anglais de Bouchyr, qui était depuis quelque* temps à Bombay, arrivait avec un bâtiment de guerre , et se trouvait près de Mascate^ mais nous sûmes bientôt que c'était un bâtiment marchand anglais chargé de charbon de terre pour le bateau à vapeur.

10 et 11 mars. Je pris quelques renseignements sur les Wahabites. Cette secte est toujours trèsnombreuse^ et sa principale ville est Derrekey entre Mascate et la Mecque. Ils sont plus de trois mille dans cet endroit, mais depuis qu'Ibrahim-^ Pach^ les a défaits, ils ne paraissent plus en état de reprendre les armes. C'est donc tout à fait à tort que quelques journaux européens ont annoncé un nouveau mouvement parmi eux.

Mascate exporte en Perse beaucoup d'ânes, qui sont très-gros et très-forts. Les fruits y sont estimés; ce sont, comme on le pense bien, tous fruits de l'Indie; le Bananier (Musu pa-

radisiaca\ VÀmba {Mangifera Incfica) (1), etc.

J'allai faire une petite' promenade en dehors de la ville dans une Vallée où il y a beaucoup de cabanes d'Arabes. Gomme nous sommes en temps de baïram, toute la population est en réjouissances , et porte ses habits les plus beaux. Leur plus grand plaisir est de battre d'une espèce de tambour fort long , qu'ils se contentent de frapper avec la main^ ou de sonner dans une longue corne. D'autres agitent une espèce de fruit long, dont les graines résonnent dans l'intérieur (2); dWtres enfin , et c'est le plus grand nombre , se contentent .de frapper en mesure dans leurs mains, en s'accompagnant de la voix, tandis qu'ils exécutent * les mouvements lubriques qui constituent en général la danse parmi les Arabes, les Persans et les Indiens.' En général soit en travaillant, soit en se réjouissant, les Arabes s'accompagnent toujours de la voix. Un d'eux entonne un air et les autres répondent; c'est ce qu'ils font en chargeant et en déchargeant les marchandises sur le port.

Cette populiation noire, et il faut bien le dire

(2) Sans doute une Cucurhitaeée. H est à rqpretterqu'Aucher Éby ne s'en soit pas assuré.

550 RELATIONS p^ VOYAGES

aux traits généralement hideux, ne pouvait «'empêcher de témoigner son étonnemeftt de vpir un F?ftne, et éclatait souvent de five ^ m^

vue. Il »e serait pas prudent de se fâcher contre «nx, et il vaut Ueauepwp naieu:^ ffiire. 1^ spnrde oreille, j'admirais surtout 1^ nviïiee 4^ Gh^\h composée d'hemmes nws, h cheveux Ipngs et flottants sans ordre sur leur tête, Us r(?siçerobîent entièrement à dés sauvages, et le^r Çguçe en a toute la férocité.

je croyais qu'il me serait fteile devisiter l'intérieur du pays soumis au Cbeik ; tout s'annonçM* bien. Mais les difficultés commencent v et ftieu sait quand elles finiront. L'absence du Cheikn'e^t pps favprable à mon projet ; son fils aîné étant employé dans un gouvernement éloigné ^ il avait nommé son second fils lieutenant de ses états : mais ce jeune homme s'étant mal cond^iti le Cbeik écrivit qu'on jRt revenir à Mascate son fils aîné , et qu'on lui donnât la lieutenance, Néanmoins, comme il n'avait pas une grande confiance en lui, il institua comme régente une vieille tante âgée de près de cent ans , qu'il aime beaucoup , et qui passe pour avoir de la capacité et de la prudence. On pense bien que le second fils n'a supporté qu'avec répugnance cette disgrâce. L'iin et l'autre ne sont pas aussi disposée à être agréables à l'agent anglais que le€heik lui-même,

et d'ailleurs il paraît qu'il n'a pas du tout les moyens de se fpiîre pbëîr.

On avait désigné pour m'accpnatpagner un homme d'une des meilleures famille^ 4h P^yPt lequel sait un pe|i d' anglais çÇ qui CQpn^t 1^ Européens po^jr le? avoir fréqnentçs daw l'Jndp y où il a séJQurné, Maijs cet hoiqqie 6s| vénv^ s'eiL^ cuser sous prétexte qu'il a une fenuw^ qw'il m peut se résoudre à quitter pour si longt^mpi; î i} n'est pourtant question que de trois s(!Q)aip6tf au plus, au reste cet bomme 5 qui probablement a servi quelques Anglais et en areçij^ des émolu** ments considérables, suivant l'usage de çe^ n^es»* sîewrs 4ws l'Iijde, oi^ |ls toucbept 4e fi^ftf^ PPr pointements 4e le^r gjQnvernement ^^ m\ p^ut guère pie convenir, |i mw, pauvre di«iW«,quî voyagea mes frais. Il y a çncpre d'autres difficultés j on n'a à Mascate d'autres bêteg de ^Quiipe qiie des ânes, le Cheîk sewl a desçheyau^^ ^t 4e$ cbaweîiuî^ , mais çe§ «piwau^ soiit 4ww l'ift-*

térie^r du payç, et ms^o^^ m peut-fl» fPikfM s'en )g»ervir dans t^s wc^tagpes. Quelle que mt la yigueur des ânça? il&ne peuvent p«i* porter

de grandçis charge», el, U me faut bçAWQHpdft papiers pour mes plantes. Dieu veuille m'avoir en pitié !

Dans la petite excursion que j'ai faite , yç rémarquai un petit nombre de plante&inurien^e^,

Capsicumfrutescens (1), Mangifera amba (2) , et quelques autres que je n'ai pu préciser aujourd'hui , et sur les montagnes les plus arides peutêtrç du monde entier, un Crozophora (3) (Cro* ton, Linné), qui me paraît nouveau.

Je reçois une lettre en anglais d'un Arabe, agent commercial français à Mascate établi par M. Fontanier^ agent consulaire français à Bassora. Il me priait de venir chez lui après-demain ; je lui répondis comme je le pus en anglais , que je ne pouvais le faire en ce moment, étant sur mon départ, mais qu'à mon retour j'aurais cet honneur. L'agent anglais ne voit pojùt avec plaisir cet agent, français, qui, selon lui, volait indignement les marins français abordant à Mascate, et aurait vendu la viande à la frégate VÂrtémise trois fois plus qu'elle ne lui coûtait.

12 mars. Enfin tout parait terminé et prêt pour mon excursion dans l'intérieur, l'agent anglais a obtenu en ma faveur des lettres de recommandation pour les principaux Gheiks de l'intérieur qui sont obligés de me fournir des escortes et des vivres sans frais pour moi. Il m'a procuré pour guide un Arabe qui parle le persan, et connaît

(2) Foy. page 649.

l'intérieur du pays. Je pris donc un bateau pour me rendre à Matraky accompagné d'un juif, ami de Tagent et de son secrétaire. Comme il n'y a point de montures à Mascate , il fallait bien se rendre à cet endroit pour s'en procurer.

En sortant du port , nous longeons la côte occidentale qui contient des villages dans tous ses enfoncements; Kalhou^ village de belle apparence, où les Banians brûlent leurs morts.

Douhka et quelques autres; enfin Matrak, éloigné à peine d'une heure de Mascate , et qui , pour le pays, est plutôt une ville qu'un bourg. Matrak est d'ailleurs auBsi grande que Mascate , il y a un grand bazar, des murailles et des portes bien gardées. L'air de Matrak, bâtie enface de l'ouverture du port , qui est très-vaste , est bien meilleur que celui de Mascate. Il y a autour de la ville quelques jardins et de bonne eau que l'on retire des puits.

Nous né trouvâmes point chez lui le chef de Matrak : il était à quelques heures plus loin auprès du second filsdu Gheik. Comme nous avions pour lui un ordre de nous fournir des montures^ nous lui envoyâmes notre Arabe ; il nous rapporta pour réponse que le prince ne se croyait pas assez autorisé à me faire partir pour l'intérieur, et qu'il lui fallait des ordres plus précis. Évidemment l'orgueil du jeune Cheik

était blessé de ceux qu'on Hi avait d^jà dQUués h mon égard. Nous fûines bien pbligés de rçtouruer àMascate.

Pendant Tabsence de notre messager, nous avons fait une pe|ite promenade dans la ville. Le juif qui m'accompagnait portait une oml^elle; au moment où il allait passer sous les portes, un garde se jeta sur lui et allait ropipré son ombrelle sous prétexte qu'il est défendu de passer l'ombrelle ouverte devant un corps de garde.

Mais quand il vit qu'il avait affaire à un homme de l'agent anglais , il s'excusa et demanda pardon^ tout le corps de garde ^n fit autant et le laissa passer l'ombrelle ouverte:

L'agent fut bien surpris de notre retour; il se rendit aussitôt chez le gouverneur» et lui dit que puisque l'on mettait des entraves à mon voyage, j'étais décidé à rester ici jusqu'à la réponse qu'il recevrait de ses supérieurs et du Çheik seid luimême , auquel il rendrait compte de tout ce qui se passe. A cette menace , la gouverneur et son conseil furent fort troublés ; ils prièrent instamment l'agent de n'en rien faire , et lui promirent que tout serait prêt dès le lendemain, et que rien ne s^opposerait plua à mon dépe^rt. Je ne donne ces détails que pour prouver l'influence dont jouissent les Anglais en ce pays.

IS mars. Je fus obligé de rester toute la jour-^

^S QUIPÎÏT. 555

née à Mascate î je l'employai h visiter la yille ,

qui n'a rien de remarquable que quelques grandes maisons, celle de l'Imam et de plusieurs autres grands du pays. En faisant iîette promenade , je m'arrêtai auprès du port pou? y être témoin ç^e, la vente des esclaves. Il y en avait une dizaine ; filles y garçons et femmes , assis dans une cour en attendant leur tour, ta vente se fait à l'encan ; le marchand promène sa marchandise dans la place , et les amateurs viennent l'examiner et la tâter. Le cadi est assis à quelque distance sur le $;euil de sa porte, et quand la vente de chaque esclave est conclue, il donne à l'adjudicataire un acte en forme de propriété , moyennant une }:*#ribution.

14 mars. Je quitte de nouveau Mascatç^ poqr pénétrer dans l'intérieur. Cette fois je suis accompagné par un soldat de l'Imam , dont l'uniforme est le plus simple qu'on puisse imaginer : il consiste en une simple ceinture de pudeur ; tout le reste est absolument nu. Les armeis consistent en un fusil à mèche, un long sabre droit et un bouclier. Je pris à Matrak trois chameaux pour Naxal et je partis le même jour. Nous nous dirigeâmes à l'Ouest en passant dans une vallée ; une heure environ , Gheurme^ petit village avec un fort ; une heure plus loin , Otaia , et au delà Rhouï. Puis nous nous retrouvons sur les bords

de la merj nous marchons environ une heure encore ^ et nous nous arrêtons pour passer la nuit à Goôm, petit village composé de cabanes. Tout le pays n'est arrosé que par Feau que Ton tire continuel lemen t des puits.

15 mars. Nous suivons toujours là mer à quel*

que distance. Nqus faisons environ cinq heures de routé , et nous vînmes coucher entre les villages de Khais et de Khalil , composés de cabanes^ et qui ont de nombreuses plantations de palmiers.

16 mars. Nous quittons le bord de la nier a trois heures environ. Nous arrivâmes sur le bord d'une rivière qui vient du village de Khob , et va se jeter à la mer tout près de Elban \ au villagfe de Sïbb^ petit port. Nous nous arrêtâmes près d'un village bâti sur les bords de cette rivière. Les habitants étaient tout en émoi, poussant des cris affreux , et faisant retentir tous leurs ustensiles de cuisine , pour repousser une nuée de sauterelles qui obscurcissaient l'air et menaçaient de détruire leurs récoltes.

Nous repartîmes le soir, fîmes environ trois heures et vînmes au joli village de JSTAoô, bien arrosé d'eau de source et entouré d'une belle végétation ; le Palmier , le Mangifera indica , y forment une belle forêt.

17 mars. Jîous fîmes quatre heures dans le dé- * sert et nous nous arrêtâmes à- Lahiat^ au pied de

la montagne. <

18 mars. Nous suivons le pied de la montagne, et après avoir fait environ quatre heures nous arrivons au grand village de Naxal , ^u pied du Djebel-Chebeh. t

, Comme j'avais pne lettre pour le Cheik , je me rendis à la porte de la forteresse qu'il habite, et qui e^ (Construite sur un contrefort de la montagne dominant la ville : on nous reçut comme dans une place de guerre ; on entr'ouvrit une petite porte basses plusieurs soldats nus, armés de piques, se présentèrent; on lut la lettre, et ensuite on me conduisit dans une petite maison, fort commode pour la dessiccation de mes plantes. On fait, dans la forteresse , une garde sévère pendant la nuit, et les sentinelles se répondent incessamment. Il paraît que le village est souvent exposé aux attaques des Arabes indépendants , car la place est bien entretenue, et je remarquai même plusieurs pièces de canon.

J'apprends d'ailleurs de mauvaises nouvelles relatives précisément à la route du Djebel-Akadar, que je veux visiter j les Arabes ont volé je ne sais combien de chameaux et tué deux hommes.

Nous fûmes obl^és de rester ici quelques jours pour savoir s'il était possible de continuer notre

route. Du reste il n'est pas sans intérêt pdur moi de visiter le mont Chebeh.

Il y a à Naxal de belles cultures, beaucouf) de Palmier^j de Bananiers j de Mangifera indica^ j'y découvris un bel arbre du genre Niehburta et tin arbrisseau à fleurs d'un joli effet du genre Fogelia (1); malheureusement les feuilles sont couvertes d'une poussière farineuse qui ressetable à une dartre , et pour cela je l'àî nommé Fo^ gelia leprosa; si les graines que j'envoie! âtl jat* din des Plantes, réussissent, ce sera ttlie belle occasion pour nos fleuristes. Je trpuvaî atissi uùë belle plante que je crois être un Dicfyptefa (2) et qui probablement aussi est UdUVeller, et Id Canne à sucre dont on n'extrait pas de sûcté i où se contente de la sucer.

19 mars. Accompagné de trois homtnes, je fls une première excursion au mont Chebeh^ j'eit rapportai une vingtaine d'excellentes plantes, qui me sont inconnues, et que je crois nouvellés (3), Le frère du Cheik qui est fort empressé

(1) W 5285 , nommée par M. Decaisne Fogdia amplexicaulis.

(2) Genre de la famille des Aeanthàcées. tA toViecûét. n'en cèntient aucQne espèce.

(3) C'est peut-^tre là qu'a été troui^ la plante qui m'a été dédiée par M. Guillemin , sous le noniae Jaubertia jiucheriû Fby. Ilitistraticmeâ plant, dr. tab. 8.j

à me seryir pendant l'absence de celui-ci , m'apprend qu^il a pris des informations, et qu'il y a une route sûre qu'il m'engage à prendre. -^ Sur tha catte , les noms sont estropiés et les princi-^ paux endroits, iVaxa/ mêiûe, y sont omis(l)* Il y a dans la même plaine, plusieurs yillages, qu'on aperçoit de Naxal; ce sont Mousulmat, Hafi^ Hdbra , Ouacet , qui ont tous de vastes plantations de palmiers et de belles cultures, on y fait en ce moment la moisson.

20 mars. J'ai fait ce tnatin îane seconde excursion sur le niont Chebéh accompagné de déuk hommes.que m'a donné le Cheik , et dont je suis fort content. Le Cheik s'est montré très-ertipressé à m'être agréable; il m'a envoyé deux fois pat» jour à manger. Le déjeuner consistait en un pain très-banc et mîîice comme de la dentelle, et auc(uel on n'ose toucher de peur de le mettre en poudre. On le sert sur une petite corbeille qui n'a pas d'autre usage. Ce pain , ou plutôt cette espèce de gaufre , se fait avec de la fleur de farine et du blanc d'oeuf; le reste du déjeuner consiste en une tasse de lait un peu ^igre. Le soir ; c'est un pjlaw au beurre et quelques Tobias (Phaseolus

(4) Notre carte, extraite, en cette partie, de celle du capitaine WeDsted ( Journal of the Geographicat Society , t. 7) , rectifie et complète les notions qu*6n possédé étiï Ce pays.

sep RELATIONS DE VOYAGES

lablah) , cuits dans Teau avec les cosses coriaces, dont il faut qu'en mangeant je dégage le haricot; tel est Tordinaire arabe, et il est suffisant dans ce pays brûljant , où la viande serait fort nuisible.

Je découvre dans cette excursion plusieurs plantes nouvelles. Tout m'est d'ailleurs incondu; à peine si je reconnais de temps à autre une plante de l'Egypte ou de l'Arabie pétrée ; j'y ai' retrouvé cependant Ylphiona scabra eXjuhiperifolia du Sinai et j'en trouvai une espèce nouvelle (1 ). l^ gravis jusqu'à la cime de la première rangée de rochers, ce qui ne fut pas sans difficultés^

A mon retour , je trouvai un arabe qui m'attendait et qui , ayant jugé qu'après une course aussi pénible, j'avais besoin de boire, m'avait apporté de l'eau de leben (2) et des dattes, le tout par esprit de charité et d'hospitalité, et sans la moindre pensée de retirçr quelque profit de cette bonne action; je n'eus pas même l'idée de lui offrir quelques pièces de monnaie parce que je l'aurais offensé. Quelle différence entre ce peuple et le Persan! Celui-ci ïi'a aucune des vertus patriarcales et hospitalières des Arabes : les grands n'exercent l'hospitalité que par os-

(1) N» 4725 et 4726 , Iphiona horrida.

(2) Lait aigre, comme masten persan, et yoghourt en turc.

tentation et presque toujours dans l'espérance de recevoir des présents excédant de beaucoup leur dépense. Malheur à un pauvre étranger qui se trouverait en Perse sans argent ! il y mourrait de faim sans aucun doute. L'homme du peuple est curieux , insolent et lâche , et ne sait qu'insulter un étranger s'il juge qu'il peut le faire impu-. nément; mais si celui-<;i a une nombreuse suite^ le Persan est respectueu!x ou plat au dernier point. Sans doute il ne manque pas d'apporter des fruits sur votre route, et cet empressement le fait passer pour hospitalier aux yeux de quel* ques personnes; mais si vous ne lui en payez pas dix fois la valeur , il vous témoigne le mépris le plus profond; l'Arabe, au contraire , se croirait offensé si l'on voulait payer c6 qu'il offre.

21 mars. Je fis une troisième excursion dans une vallée du mont Chebeh , que je remontai assez loin. J'y découvris de fort jolies plantes; une petite Linaire^ très-grêle et très-élégante , plusieurs jolis arbrisseaux , et surtout le Moringa arabica^ qui habite les rOchers les plus inaccessibles (1).

22, 23 mars. Séjour.

24 mars. Je me remets en route avec trois cha-

(1) N» 4374 — autre des rives du Jourdain et du couvent deSt.*Saba,n<^1128.

S«i RELATIONS DE VOYAGES

meaux pour mon bagage et mes gens ; car, quant à moi, je marche toujours à pied , et depuis Mas^ cate, je ne me aitis pas servi de monture une seule fois. Les nouvelles que le Cheik nous donna étont très-rassurantes , et ce qu'on m'avait dit de deux hoiàmes tués, et de quantité de chameaux volés y se trouvant complètement faux, je pris la route la plus courte et la plus in^ téreasante. Nous suivons pendant trois heures au moins le pied du mont Chebeb, puis nous entrons dans une vallée , et deux heures après nous trouvons le petit village d'Oém, oii nous passâmes la nuit sous un magnifique Tamarin-^ dusindica (i).

25 mars. Nous fîmes encore environ cinq heures dans la même vallée , mais qui s'est élar* gie : elle se rétrécit ensuite beaucoup en approchant du Djebel-Âkadar. Nous nous arrêtâmes au village de ffell^ au delà duquel les chameaui^ ne peuvent plus alleÉr.

26 mars^ Quoique mon bagage ne soit pas bien considérable , il a fallu cependant douze ânes pour le transporter ; la route est si mauvaise que chaque âne ne porte pas plus de vingt-cinq à trente livres. Suivant l'usage du pays, il faut un homme pour chaque bête de somme , de sorte

qu'indépendamment des quatrehommesquim'at^ compagnent , ma suite s'est accrue de douze in-^ dividus qui ont les dents fort longues et qu'il £aut que je nourrisse. Nous ne fîmes ce jour-4à qu'une heure, et vînmes camper dans la montagne, auprès du village de Lihigar, sur les bords d'un joli ruisseau. Lihigar a des cultures en céréales, et surtout de grands vergers composés de Grena^ diêrs^ qui donnent des fruits très-gros et excellents. Je fis une excursion dans la montagne et rapportai quelques jolies plantes, entre autrei un Boehra^ia nouveau (1).

27 mars. Nous gravissons la montagne pen** dant deux heures par une route fort escarpée ^ et venons camper près du village à'Oukend.

Les palmiers ont déjà disparu , et les fruits des régions tempérées s'y font voir. On cultive la vigne; elle forme de jolies treilles qui offrent un ombrage délicieux.

Je m'élevai aussi haut qu'il me fut possible, mais je ne pus parvenir au sommet de la montagne. Je rencontrais toujours des rochers à pic qui m'offraient des obstacles insurmontables. Je rapportai de cette excursion une jolief7o/e«tf (2), qui croît sur les rochers les plus secs , et surtout une

im*

(1 ) W 5250 — autres du même pays^ n^s 5249 et 5251 . (2) N« 4199, sans nom,

plante qui a le port du Primula^ et qui formera probablement un genre nouveau (1). Je trouvai près le village d'Oukend^ une charmante espèce nouvelle de Lonicera à belles fleurs ^ d'un beau jaune , et que j'ai nommée aurea (2) .

28 mars. Nous continuâmes à gravir le mont Akadar, plutôt au moyen d'un escalier que d'une route. Nous remarquâmes fort haut le petit vil*lage de Chéréghé. Nous passâmes sur la cime de la montagne , qui peut avoir 800 à 900 toises, et nous descendîmes ensuite jusqu'au village deSik^ où les arbres des tropiques étaient remplacés par des arbres des climats tempérés. Je remarquai le Noyer, le Figuier^ V Abricotier , le Cerisier^ la Figne et \e Grenadier. L'air fut vif pendant la nuit Nous fîmes ce jour-là cinq heures.

29 mars. Journée des plus fatigantes , montant et descendant au milieu d'horribles rochers stériles. A trois heures de distance du gîte , nous trouvâmes l'Ouadi-b^n-Abil, et après six autres heures au moins de route, nous arrivâmes au village de Tomouf-djebeUAkadar^ au pied de la montagne. Je remarquai à la porte de la forteresse deux magnifiques Cissus , gl^and arbre que je crois nouveau, et que les Arabes appellent

(1) N* 6Î36, P. jéucheri Illu&t. Plant, orient., tab. 49. — Voisine du P. verticiltaia ^ de Forskacl.

Zaru (1). Chaque village est défendu par des murailles et des tours, car les Wahabites et les Arabes viennent souvent faire des excursions dans les pays cultivés. Les Bédouins ont, comme on sait, un mépris souverain pour les Arabes cultivateurs, et le nom de fellah est pour eux une grande injure.

Comme j'avais des lettres pour le Cbeik, j'entrai dans la forteresse pour les lui présenter; ma présence causa un grand étoutiement dans le pays, et au Cheik lui-même, jeune homme fort naïf, même pour un Arabe. Je le trouvai sous une espèce de hangar bâti au milieu du village , entouré de ses gens. Quoique je diffère peu d'un Arabe, car j'en ai la barbe, la chemise, et presque le teint, tant le soleil m'a brûlé ^ ma personne fut un objet de surprise universelle ; après nous être serré la main , et avoir répété cinq ou six fois : taïb taïb(2), je m'assis auprès du Cheik qui commença à faire nion inventaire. On examina longtemps mes souliers eurppéens, puis le Cheik ayant remarqué à mon cou le ruban qui tient ma montre, je la lui fis voir; il me demanda ce que c'était, il n'en avait aucune idée; ayant entendu le bruit du mouve-

(1) Le nom arabe est dans le manuscrit; il n'y a d'ailleurs pas de Ci$su$ dans la collection»

(2) Boni boni

ment, il l'approcha de son oreille, et ne put s'empêcher de pousser un cri d'admiration ; la montre passa de main en main ou pour mieux dire d'oreille en oreille ; ce fut bien autre chose quand j'ouvris la montre , et que je lui fis voir le mouvement. Je ne m'attendais pas à une pareille simpli-^ cité à si peu de distance de Mascate , fréquentée par des Européens.

30 mars. Nous voyageons en plaine , et après avoir marché cinq heures, nous arrivons à Nezouéy grand village ou plutôt petite ville, qui a de vastes cultures. On y voit beaucoup de cannes à sucre dont on fait un mauvais sirop noir, le Palmier^ le Bananier^ le Cotonnier^ VAmba^ le Grenadier^ le Citronnier qui donne un fruit petit, mais plein de suc. Je me trouvai alors toutprès de Guebrin^ village des Wahabites, au delà de la montagne. Comme ces sectaires n'approuvent point le pèlerinage de la Mecque, ils ne laissent point passer les pèlerins sur leurs terres.

Je fus très-bien reçu par le Cheik, qui se montra attentif à m'être agréable en tout. La fatigue et la chaleur très-forte à Nezoué me donnèrent la fièvre pendant la nuit. Alawerdi se trouva aussi malade; quelques jours de repos réparèrent tout.

31 mars. La fièvre me r^rend aujourd'hui , mais fort légère et sans prostration de forces.

l*"^ flm/. Je fais aujourd'hui, accompagné d'uti homme du Cheik , une excursion dans les jardins autour de Nezoué. A mon retour, je retrouvai Alawerdi avec une forte fièvre ; quant à moi , je me sentais très-bien : je mangeai de bon appétit, ce qui n'empêcha pas la fièvre de me reprendre avec force ; il fallut alors avoir recours au quinine : j'en pris avec Alawerdi une bonne dose d'heure en heure.

2 avril. La fièvre paraît coupée , du moins elle n'est pas revenue aujourd'hui ; j'en profite pour faire mes dispositions de déjpart pour Zikki.

3 am/. Séjour à cause de ma faiblesse. Le Cheik fut véritablement très-honnête à mon égard, il me faisait régulièrement trois visites par jour. Il m'apporta lui-même un pain de sucre, chose rare dans le pajFS , quoique le pays soit couvert de cannes à sucre.

4 amZ. Je me mis en route après midi, et j'eus la force, malgré trois jours de diète très-sévère , de faire environ cinq heures, à pied, suivant mon usage très-fatigant, il est vrai, mais nécessaire pour un botaniste, s'il ne veut rien négliger. Une heure après Nezoué , nous trouvâmes le vil* lage de Fargh. Les habitants étaient occupés à battre leurs blés avec des stipes de palmier: Nous marchons quatre heures encore avant d'arriver à Borkha''el''Mùss , Village avee de tadtes

568 RELATIONS DE YOYÂGES

farêts de Palmiers. Nous passâmes la nuit à la porte du château.

5 avril. Le Cheik de Borkha vint lui-^même m'accompagner avec une nombreuse suite de tufenkdjis (1 ), sous prétexte que la route était peu sûre. Nous fîmes à peine trois heures^ et nous arrivâmes au village de Zikki. Je me trouvai par^ faitement bien portant , mais comme je campais au milieu du village, tous les Arabes du pays vinrent me faire visite, et cela ne se passait point sans beaucoup d'ennui pour moi. Le Cheik de Borkha campait à côté de moi; chaque Arabe qui arrivait venait lui baiser la main, et allait ensuite serrer la main aux quinze ou vingt hommes de sa suite , qui se levaient tous à cet effet , cérémonie qui se renouvela une centaine de fois au moins, t

Je désire partir demain matin, mais, le jeune Cheik de Zikki m'annonce que la route est infestée de voleurs. Ces voleurs ne sont autres que les Bédouins qu'on nomme ici Bedou; ils font quelquefois des expéditions dans les pays cultivés et n'épargnent rien , tant leur haine et leur mé* pris sont grands pour tout ce qui est cultivateur. C'est la crainte continuelle de ces bandits qui force les Arabes des villages à faire une garde

(1) Soldats ^niiés de fofili, fttnliers.

sévère pendant la nuit. Le plus petit village est très-bien fortifié contre de pareils ennemis^, qui n*ont point d!artillerie , ni même d'armes à feu. On sent que ces fortifications, quelque grandes qu'elles soient , ne résisteraient pas deux heures à l'artillerie, car elles ne sont construites qu'avec de la terre. Quant aux Wahabites, qui habitent eux-mêmes des villages, ils respectent la propriété, et quoique ennemis par religion des autres Arabes , ils ne font point d'excursion sur leurs terres , du moins dans l'intention de les piller.

Le Gheik ajouta qu'il allait envoyer un homme pour prendre des informations , afin de me donner, une escorte en conséquence. Je crains bien de rester ici demain avec ces gens, que je ne peux nommer insolents , mais qui sont au moins fort importuns. Tout le pays, y compris la montagne, est brûlé et aride, mais la campagne est arrosée et magnifique*

6 avril. Gomme je l'avais prévu, aucune nouvelle n'arriva , et me voilà forcé de perdre cette journée. Du reste, ma santé est parfaitement rétablie.

Les seuls animaux domestiques que j'aie remarqués dans le pays de Mascate, sont le char meau, l'âne, le chien, le chat, la poule et la chèvre. Il n'y a que quelques chevaux, qui appartiennent à rin^am ; il y a sur les hauteurs du

Djebel-Âkadar quelques vaches, mais nulle part ailleurs. Je n'y ai jamais vu de mules, de moutons , de buffles , de dindons , d'oies , de canards, de pigeons domestiques, d'abeilles, etc.

Les seules de nos plantes potagères que j'aie vues cultivées, sont YOgnorij le Radis , dont on mange non-^senlement la racine , mais encore la feuille , les petits Pois : les autres plantes potar gères particulières à ces contrées, sont le Xablab^ le Cor chorus olitorius (1).

7 avril. Le Gheik de Zikki tint enfin sa parole; il m'envoya un chameau et une légion d'ânes pour transporter mes gens et mon bagage à un village prochain, où je devais trouver facilemefat d'autres montures pour aller directement à Mascate, ou pour mieux dire pour Matrak, car il n'y a dans cette direction aucun chemin praticable pour les bêtes de somme. Après avoir traversé les vastes cultures de Zikki , nous trouvons le

désert, et une heure après un village. Nous entrons de nouveau dans le désert, et trois heures ensuite au petit village de Moutaich , où nous devions prendre d'autres montures que le Cheik devait nous procurer pour gagner le village prochain. Heureusement nous trouvons des cha* meaux de retour , et nous nous mettons immé^

té^mtttmmtmmi^mummmamlm

(I) N» 4tW.

diatement en route. Comme il était question de Tapparition, sur la route, de Bédouins quiavaient sans doute entendu parler du passage d'un Français , et qui nécessairement le croyaient cousu d'or, le Cheik vint lui-même m*aécompagner avec une nombrelise escorte de fusiliers. Us nous laissèrent à quelque distance de TOuadiben-Rou^hh, arrosée par les eaux de Zikki, lesquelles disparaissent sous les sables dans une distance de près d^ cinq heures. Les cultures de rOuadi-ben-Rouahh sont très-belles^: on y sème généralement sous les palmiers le Medicago satwa (1) pour la nourriture des animaux , le coton dans la vallée et presque dans tous les villages; je remarquai des métiers pour le filer et lé tisser, c'est la seule industrie du pays.

8 am/. Au bout du pays cultivé , la rivière disparaît encore dans les sables du désert , mais de temps à autre elle reparaît, et il nous fallut la passer plus de vingt fois. Après avoir fait ainsi une traite de cinq heures environ^ nous arrivâmes à Samahiel et y fîmes station sur le bord de là rivière pendant quelques heures.

Comme j'étais très-fatigué, et de la marche à pied et du soleil , il eût été prudent à moi de

m^immmmmmmmmimÊmmmtmÊmtim^tmmÊmmmmmm

(1) La Itaerne.

coucher dans ce village , mais le désir de retourner à Mascate me fit consentir à faire encore près de cinq heures , moitié dans le désert, moitié au milieu des cultures de cette magnifique vallée; nous nous arrêtâmes, environ trois heures après le soleil couché, dans un petit village de la vallée.

9 avril. Tout fatigué que j'étais, n'ayant plus de souliers aux pieds , et obligé de marcher sur des pierres aiguës qui me mirent les pieds en sang^ je m'acheminai vers Matrak. Après deux heures environ de marche , nous laissâmes la rivière et la belle vallée qu'elle arrose sur notre gauche, et après avoir marché près de cinq heures dans un pays sans eaux, nous couchâmes à la belle étoile.

1 avril. Nous nous mettons en route de bonne heure , et après quatre heures de marche nous arrivons près d'un petit village composé de cabanes ; nousy restâmes seulement quelques heures; trois heures après, nous arrivâmes a Gobra. Je fis la faute de ne pas m'y arrêter; je me fatiguai excessivement , et me vis forcé de m'arréter a une heure de Matrak , au village d'Osaia.

11 avril. J'arrivai de très-bonne heure à Matrak , mais le chemâl était si violent qu'aucun bateau ne voulait se rendre â Mascate. J'eus l'imprudence de décider à force d'argent des bateliers à me conduire, et Dieu sait quel dii^er

nous courûmes^; l'eau entra tellement dans Tem* barcation que j'étais comme dans un bain ; enfin nous arriyâmes, et aussitôt une fièvre violente s'empara de moi.

Je fus salué à mon arrivée par les huées de la canaille de toute couleur qui se tenait sur le port : indigné 5^ je pris une pierre et je blessai assez grièvement un de ces hommes. Ils ne sont point, tant s'en faut, aussi lâches que les Persans, un d'eux vint à moi armé d'un gourdin, mais je me saisis d'une bonne pierre , et il eut peur du projectile; j'étais d'ailleurs près de la maison de l'agent , et une fois entré tout fut fini.

C'est véritablement une position très-pénible que dé voyager avec peu d'argent dans ce pays et d'être obligé de regarder à la dépense, et je regrette quelquefois d'avoir entrepris un pareil voyage avec si peu de moyens. Les deux hommes qui m'accompagnaient nem'ont rendu aucun service sur la route; ils ont plutôt entravé que favorisé mes recherches; toutefois^ leurs prétentions furent extrêmes, et chacun d'eux ne voulait pas moins de 15 colonates par mois (78 fr. 75 c). L'agent britannique soutenait que je ne pouvais faire moins, et pour l'honneur anglais, qui, disait-il , se trouvait compromis , il insistait afin que je payasse. Ces misérables querelles d'intérêt étaient on ne peut plus fatij^ntes : je ne com-

il* RELATIONS BS VOYAGES

prends pas comment l'honneur d'iTne nation consiste à donner de l'argent à pleines mains à des gras qui n'ont point fait leur devoir à votre égard; cette condescendance ressemble plutôt à de la peur qu'à de la générosité. Enfin je donnai à chacun d'eux 10 colonates, au risque de man* quer d'argent sur ma route. Dieu veuille m'avoir en garde I

En résumé, je n'ai pas cueilli dans tout l'imamat de Mascate plus de 250 plantes ; encore beaucoup d'espèces, surtout ies ^pi^nds arbresi n'ont point de fruits. Les pluies ne sont point réglées sur cette limite des tropiquey^ cojûlme elles le sont quelques degrés pins loin; elles sont d'ailleurs rarement abondantes; lorsqu'elles tombent avec force y c'est une fois 0u deux dans l'année, à des époques, irréguliè^es. Les gens du p^ys assurent que peu de temps ap^s ces i^uies le pays est eouvert de fleurs; mm qui pourrait se résigner k passer une aili^e^dans nn pays où il y a à dépeui^r beaucoup d'argent, à respirer un air exeessivemebt mauvais,

presque mortel pour ks. Européens, où règne eaûn une chaleur excessive ? Encore suîs^je convaincu que dans ce pays , le plus aride du monde, il serait fort difficile de recueillir plus de 500 plantes. Comment fera donc un pauvre bota* sèsto obligé de faire métito et miurch«&4i»â de

BN OlaENT. 57S

botanique? on lui donnera avec grande peine 30 francs de la centurie, et on se croira suffisamment quitte envers lui. L'extrême cherté de toute chose à Mascàte pour les Européens, où Ton ne parle que de real frantza, c'est-à-dire colonate d'Espagne ( 5 fr. 25 ) , tient aux Anglais de rinde qui passent par Mascate ; un de ces hommes a visité, comme moi, l'intérieur du pays (1), et par morgue de Nabab, il a répandu les colonates à pleines mains , sans compter des présents de grand prix. One vouleï-vous donc que fasse un pauvre botaniste après ces gens, lui qui n'a pas les revenus des employés de l'Inde, tant s'en faut?

Du reste, je dois rendre justice à la vwité ; si la race mixte de la population de Mascate ^st fort méchante, il n'en est pas de même de Tin* térieur, où j'ai trouvé généralement beaucoup d'hospitalité, d'honnêteté et parfois de cordialité. Le Cheik de Mascate n'a du reste qu'une autorité fort précaire sur les Cheiks de l'intérieur, qui ont pour lui une certaine déférence, mais ne lui dojnnent ni argent ni soldats, et si l'Imam voulait

■ I I I I II I I .■^— — ^i»^ i^i^^^ii I I — »»»— I— »»^^»— ^>— — H— —i^H— ^

(1) C'est sans doute le capitaine Wellsted envoyé par la compagnie des Indes pour explorer l'Imamat de Mascate. Journal* At la Soc. géogr. de Londres, t. 7. • — ^ Aucher-Eloy a fait reniarqucr aUkurs k pditique lii^bUe , qiû £(mnût ai 1^^ M» A^pçnmdes i\çentg an^^Uis.

être exigeant, ils seraient fort en état de le braver dans leurs forteresses. Je pense que la bonté des gens de l'intérieur tient au gouvernement fort doux et, pour ainsi dire, républicain des Cbeiks ; le peuple n'y est pas riche, mais on n'y voit aucun pauvre. Il faut si peu de cbose à ces Arabes! Ils n'ont pour vêtement qu'une ceinture, ils ont en tout temps des dattes qui leur servent depainetune grande variété de fruits dans la saison; sur la côte, ils ont le poisson en abondance. 12 avril. Le Juif agent anglais à Mascate, qui comptait que je distribuerais l'argent à sa guise , ce qui aurait beaucoup augmenté sa considération personnelle, dont il est très-jaloux, changea tout à fait de manières à mon égard , après les difficultés que je fis de satisfaire aux ridicules prétentions du misérable soldat qui n'avait été pour moi qu'un embarras j il ne montra alors plus qu'empressement à me faire quitter Mascate. Pendant que j'étais tourmenté par une fièvre violente et presque sans connaissance, il ait partir de suite [ue j'en profitasse, ne trouverais d'ocla bala n'était point it réellement cinq entôt à la voile, et « de recevoir trois

EN OMENT. 577

toumans. Comme, d'après les principes de ce per^ sonnage, on n'est recommandable que lorsqu'on paye trois ou quatre fois plus qu'on ne doit à des misérables qui se moquent de vous , il me dit qu'il avait fait prix à dix toumans. Nouvelle difficulté : je lui dis que je n'étais pas fou et que je ne payerais jamais pareille somme.

Poqr en finir, je consentis à quatre toumans et demi.

13 avril. Le chemâl continuant à souËler, je me pus m'embarquer, au grand regret du juif : j'eus toute la journée une fièvre ex-^ trème.

14 avril. Le temps ayant paru convenable pour mon départ, le juif et toute sa suite quittèrent la maison^ et de très-bonne heure il m'envoya son secrétaire me dire qu'il fallait que je partisse de suite. Je n'avais pas alors la fièvre, mais j'avais passé une^ fort mauvaise nuit, et il m'était impossible de me tenir sur mes jambes. Toute cette conduite me parût odieuse et digne en tout d'un juif.

Je dois parler aussi d'un misérable rabbin qui se trouvait alors à Mascate et venant ^e l'Inde. M'ayant vu me servir d'un porte -crayon d'argent de quelque prix, il fit tant qu'il me le vola avec deux canifs que j'avais laissés sur la table; personne n'était entré que lui dans la chambre.

578 RELATIONS DB YOTAGES

Toutefois je ne vonlus point faire d'esclandre, et pour l'émouvoir un peu, je lui dis que je préviendrais l'agent qu'on m'avait volé chez lui ; dès ce moment ce misérable fit tout ce qu'il put pour éloigner l'agent de moi, et ce fut là sans doute une des causes des indignes procédés de ce dernier à mon égard. Je profitai du temps que me donnait le s^our de la bala à Matrak pour écrire une petite lettre de reproches à l'agent. J'eus tort, j'aurais dû oublier tout cela.

On m'avait installé à bord d'une fort mauvaise bala qui mettra à la voile Dieu sait quand. Contre mon attente, tous les passagers s'étant rendus à bord , la bala mit à la voile le soir par un vent passable. Tous les passagers étaient des musulmans Chyas (1) de l'Inde qui allaient en pèlerinage à Kerbela ; il y avait quantité de femmes, d'enfants et de vieillards. Nous marchâmes assez bien toute la nuit, mais sur le matin le chemàl revînt ; comme îl n'était pas violent , nous marchâmes assez vite le lundi 16 et le mardi 17.

18 ai^ril. Pendant la nuit, le chemâl se déchaîna avec une violence extraordinaire , et nous etimes beaucoup à souffrir.

( 1 ) Uiyâou Chyâs €8t k pluriel de Sdiy jte ^tartisan d*A li) .

ENORIEJfT. $7a

1 9 avril. Noas marcbàmes assez péniblement ; cependant nous avions dépassé le cap Mouba^ rek , et déjà nous apercevions les montagnes de File d'Ormouz , lorsque nous fûmes assaillis de nouveau par le chemâl. Toute la nuit nous fûmes à la dérive, car les bâtiments arabes qui navi-^ guent sur le golfe sont mal pontés, mal voilés, et hors d'état de résister à la vague; aussi marchent-ils toujours dans le sens de celle-ci, et ne se permettent -ils jamais ]Ui moindre impolitesse à cet ^ard. Le matin, nous trouvâmes que nous étions beaucoup plus bas que le cap Moubarek , sur les côtes du Mekran; le vent continuait toujours, et la mer était dans une agitation extrême. Le reiss gagna a|i plus vite un mouillage nommé Bender-Said , où s'étaient réfugiées plusieurs autres balas.

Lorsqu'il nous fut permis de mettre une embarcation à la mer, je me rendis à terre avec le reiss. Nous trouvâmes, à quelque distance ^ plusieurs magnifiques Figuiers du Bengale , dont les branches qui retomI>ent s'implantent en terre , en formant de vastes et admirables arcades, qui offrent un abri impénétrable contre le soleil. A côté était un puits d'excellente eau. Je passai quelques heures dans le plus doux repos , après les craintes que j'avais éprouvées sur mer. 11 y avait autour de moi quelques

plantes rares et nouvelles; le Sodada deci-dua (1 ) de Forskael , était couvert de jolies fleurs et de fruits mûrs , ressemblant à des cerises , et fort agréables à manger. Une espèce à^Hedj-^ sarum , arbrisseau charmant , couvrait le désert ainsi que beaucoup d'autres. Nous étions tout à fait sur les frontières du Béloutchistan^ et nous ne savions pas s'il y avait réellement sûreté à nous écarter, quand nous vîmes arriver deux hommes qui nous adressèrent très-amicalement les compliments d'usage. Nous apprîmes que le pays obéissait à l'Imam de Mascate , et qu'on y jouissait de la plus grande sûreté : ils nous conduisirent à une réunion de cinq ou six cabanes habitées par des gens fort inoffensifs , qui se nourrissent de poisson ; ils vivent paisiblement, sinon splendidement^ dans ce coin reculé du globe. Ces braves gens m'apprirent qu'il était possible d'aller dans le Béloutchistan , à Bumpour, à Kedjo , etc., mais avec beaucoup de précautions; que les habitants de ce pays-là, qui ne sont pas , dirent-ils , très-musulmans , arrachent les yeux (c'est leur expression) à un étranger, pour un karapoul. Toutefois, avec la faveur de leurs Khans , ce voyage ne serait

peut-être pas aussi difficile qu'on le dit. La petite

— -»^»i Il» ■■. . .11 iiii.i.

m ORIENT. 581

herborisation que je venais de faire, et Taspect des montagnes voisines et des vallées me donnaient un grand désir de me rendre de là à Bender-Abassy , mais on ne trouve pas de chameaux dans ce pauvre hameau. Je décidai , pour quelque petite monnaie, un des Béloutches à aller au village voisin, éloigné de cinq farsangs, prévenir le Cbeik de l'arrivée dans ses parages d'un Franghi qui désirait se rendre par terre à Bender-Abassy , en le priant de lui envoyer des chameaux. Le Cheik répondit qu'il était tout prêt à se rendre à nos désirs, mais que le bruit courait que le Khan de Lar devait arriver incessamment à Minah avec 5 à 6,000 hommes . et qu'alors il ne manquerait pas de mettre tous ses chameaux en réquisition. C'est une lactique habituelle des gouverneurs des provinces de Perse; quand ils veulent faire des levées d'argent , ils font courir Iç bruit qu'ils doivent arriver avec des troupes, et cela suffit pour faire renti'er dans leurs caisses les sommes qu'ils désirent. Le Khan me priait d'ailleurs de venir passer quelques jours dans son village ; il enverrait savoir, disait-il, si l'arrivée prochaine du Khan de Lar était vraie , et après cela il se conduirait suivant ce que les circonstances lui permettraient de faire. J'étais décidé à profiter de son invitation , mais pendant la nuit le vent changea , la bala mit à la

voile. Le reîss me promettait de me déposer à Minah ; le vent ayant continué à être favorable , mon homme poursuivit sa route et m'annonça le matin qu*il allait me déposer à Kichme^ ce qui eut lieu en effet le 23 dès midi.

Cette même nuit, avant que le vent s'élevât, la mer me présenta un fort beau spectacle : les vagues étaient immenses, et à chaque mouvement toute la surface de la mer devenait nhosphorescente à perte de vue : c'était éblouissant, et la lueur se reflétait sur la voile. Kichme, dépourvu de mouillage , ne présentant pas assez de chances de découvertes, je me décidai à partir le soir même pour le continent sur un simple bateau, ce qui n'était pas très-prudent ; mais j'étais si fatigué de la mer , que je voulais a tout prix en finir. Ma témérité fut heureuse; j'arrivai vers le milieu de la nuit à Bender-Âbassy , au moment même où le chemâl recommençait à souffler. Je m'étendis à terre sur des planches , et ne tardai pas à m'endormir du plus profond sommeil.

Lorsque je me réveillai, j'étais tout trempé de rhumidité de la nuit, qui avait percé ma couverture , mon manteau , etc. (1).

24 ai^ril. Le Cheik Seid de Bender-Abassy me

(1) Cette imprudence, ajoutée à tant de fatigues, devait être fatale à notre malheureux voyageur.

fit donner un logement : je me préparai à visiter le capMoubarek et les monts voisins du Béloutchistan.

25 avriL Séjour à Bender-Abassy ; je remploie à mettre mes plantes en ordre. Mon Alawerdi, qui jusqu'ici s'était montré brave homme , commence à me donner des motifs de mécontentement. N'ayant pu me procurer une tente , j'en avais fait faire une, mais elle ne pouvait plus faire le service , tant elle avait été mal organisée; je dis à Alawerdi de s'en occuper , de la faire recoudre 5 etc. ; soit paresse , soit mauvaise volonté, il ne voulut pas y toucher , et commença à me donner mille mauvaises raisons/ se plaignant beaucoup de m' avoir suivi à Mascate , et disant qu'il n'était pas mon esclave. Dieu sait toutefois si cet homme a eu lieu de se plaindre4emoi, et si je l'ai maltraité. J'ai découvert en lui de fort mauvais défauts: il est sale, négligent, fort irascible et passablement iqsolerit ; du reste honnête homme, à ce que je crois , qualité rare dans ce pays. Comment ferai-je sans une tente en route ? Ah ! maudit argent! maudit voyage !

L'air de Bender-Abassy est peut-être encore plus mauvais que celui de Mascate. Pendant tout le temps que j'y suis resté, le soleil a été constamment voilé, jusque vers dix heures du matin, par d'épais brouillards qui la nuit se ré-

solvent ea une humidité chaude très-malsaine. J'y siais perclus de douleurs , et tous mes rhuinatismes , qui m'avaient quitté depuis quelques mois^ sont revenus. Je ne doute pas qu'un plus long séjour ne me devienne fort préjudiciable. U n'y a point de chameaux, le Cheik en a envoyé chercher dans un village prochain. Dieu sait quand ils viendront ! Il faut dans ce pays une patience à toute épreuve. Du reste , la paix est faite avec Alawerdi.

26 ai^ril. J'ai fait ce matin une excursion autour de Bender-Abassy : le désert m'a fourni le Neurada prostrata (1) Tribulus alatus (2), VAm-mania que j'ai déjà recueilli à Mascate , Géranium puherulentium , Convolvubis , espèce nouvelle (3), etc. Les montagnes les plus basses m'ont fourni un Erodiumnouye^Vi remarquable par ses calices garnis de deux ou trois soies ; une Fagonia nouvelle , toutà fait remarquable par ses stipules excessivement courtes et presque oblitérées et que j'ai nommée mitissima (4) , V Isatis Gar--

(1) N*" 4495. Le fruit persiste à la racine , comme dans les Medicago.

(3) n existe dans la collection un assez grand nombre de ConvolvuliU^ ayec l'indication vague de Pen^e méridionale.

cim{A) y sont en grande quantité, etc. , €tc. On m'annonce que les chameaux doivent arriver ce soir, et que je pourrai partir demain; je n'ose compter sur ce bonheur.

27 ai^ril. Les chameaux sont en effet arrivés, et j'espère enfin quitter Bender-Abassy, où la chaleur est extrême, et l'air excessivement mauvais. Alawerdi est hors d'état de se mouvoir|; il pousse des soupirs et des hélas ! à faire croire qu'il est près de mourir. Quant à moi, je suis assez bien , et je mange même de fort bon appétit.

28 am/. J'aurais pu partir ce matin , mais il me faut faire une visite au Cheik qui doit me donner une lettre pour son frère, Cheik de Miûah ; il faisait une excursion autour de Bender- Abassy, de sorte qu'il faut que j'attende son retour. Après dîner, je fus tout à coup saisi d'un violent mal de tête accompagné d'une prostration de force singulière ; je ne pouvais faire un pas; toutefois je me tramai chez le Cheik , et, bien convaincu que mon malaise ne provenait que de l'air, quand il m'eut écrit sa lettre, je fis charger et partis. Je fis ce soir-là deux farsangs à pied. Nous trouvâmes à une heure un tout petit village, composé de cabanes avec de

(1) f^oy. pag€ 535 , note 2.

mauvaises cultures^ et un farsang plus loifi^ un autre village également fort petit où nous trouvâmes de bonne eaù de puits.

29 am/. Nous fîmes encore cinq heures , toujours dans le désert , et vînmes camper près de quelques cabanes où il y a un puits de bonne eau et où Ton cultive un peu de Millet. Je fis une excursion vers les collines voisines j j'en rapportai quelques bonnes plantes , entre autres une Mimosa qui me paraît nouvelle. Du reste, il n'y a point de palmiers. Ma santé paraît rétablie.

Nous éprouvâmes ce jour-là un' violent chemâl qui , depuis dix heures du matin jusqu'au soir 5 me réduisit dans un état difficile à décrire; c'était- un vrai cauchemar ; l'eau me manquait ; les routes étaient affreuses; ma provision d'eaude-vie fut bientôt évaporée, et mes reptiles euxmêmes, quoique dans des flacons bien lûtes, furent mis à sec et les bouchons enlevés. Une poussière subtile pénétrait partout , poussée par un vent d'une chaleur qu'on a comparée avec raison à celle qui sort de la bouche d'un four bien chaud. La matinée apporta quelque fraîcheur , mais pas assez toutefois pour me permettre de dormir.

30 avril. Je m'étais imaginé que la route de Minah passait à travers les montagnes et que j'y

pouvais trouver un peu d'air , mais voyant que nous devions toujours continuer à voyager dans ce désert brûlant, au risque de faire quelques jours de plus , je me dirigeai vers le pied des montagnes voisines. Nous trouvâmes un petit village avec beaucoup de palmiers, Taazbar^ puis Gaoudij puis enfin Ziarat^ où nous nous arrêtâmes. Le chemâl continua avec la même violence , et me fit encore horriblement souffrir.

Je reconnus qu'il y aurait de la témérité à vouloir continuer à voyager sur cette côte, et malgré l'intérêt que semblaient m'ofifrir les montagnes voisines du Béloutchistan , je dus y renoncer; mes forces s'en allaient de jour en jour , et je craignais véritablement d'être hors d'état d'aller plus loin. Je congédiai le chamelier qui devait me conduire à Minah , parce qu'il ne voulait pas aller d'un autre côté. Malgré la répugnance des Arabes pour le pays des Adjems , dont ils redoutent les avanies , ils consentirent , séduits par un bon prix , à nous conduire à Taroun.

!•' mai. Nous marchons environ quatre heures vers l'ouest, et nous faisons halte près d'un petit village, composé de cabanes. Le soir, nous marchons encore quelques heures, et nous campons dans le désert.

2 mai. Nous arrivâmes près du vîUagç de Guenau , situé au pied de la montagne du même nom 5 célèbre dans tout le pays par de beaux jardins. Je résolus de la visiter, et me rapprochai pour cela le plus possible du pied de la montagne. Il y avait là de l'eau potable et quelques Arabes; leur village était encore à quelques portées de fusil , caché par les Palmiers. Je fis ce jour-là une excursion sur la montagne la plus basse, et j'en rapportai quelques bonnes plantes : une Ombellijfere remarquable/ qui pourrait bien être une nouvelle espèce très-distincte de VAnisosciadium^ de De Candolle (1); une autre , qui forme un grand arbrisseau, etc.

3 mai. Accompagné de deux guides, je me mis en route pour visiter la montagne ; nous fîmes environ trois heures , mais la chaleur nous força de faire halte. Je fis toutefois dans une vallée voisine une petite excursion qui me procura un Echinophora (2) nouveau, et une jolie petite Légumineuse. Le soir je continuai ma route , et m'arrêtai dans une gorge profonde et sauvage. Je me disposais à me coucher à nu sur les galets qui couvrent le lit du torrent, mais mon guide ,

W— — — — — — ^— ■! I I I ——^^——^——1 III Il 11 ^mmmmmimmmmmmmm»

(1) N^" 4556, parait être la même que VA. de Mossoul. »• 3598, Foy, p. 204, note 1.

voyant mon intention , vint remuer mon lit de plume en écartant les plus grosses pierres ; après cela, je fus vraiment fort confortablement couché. Je crois qu*une feuille de rose pliée en deux m'aurait empêché de dormir.

4 mai. La route est singulièrement mauvaise ; il y a des endroits où il faut passer à travers des fentes de rocher, comme dans une cheminée.

J'arrivai bientôt cependant dans des jardins composés d'orangers , de palmiers , de pruniers, d'abricotiers, d'oliviers; au reste, ce dernier arbre est sauvage de tous côtés, et ne paraît pas être l'objet de l'attention des habitants. L'eau est excellente et abondante. Nous nous élevons encore un peu, et trouvons des vergers plus vastes; j'y fis halte, et l'air pur de cette montagne me ranima. On m'y montra le tombeau d'un Anglais, qui était venu malade de Bender-Abassy pour respirer le bon air de cette montagne, mais il parait qu'il était trop tard. Toutefois, je trouvai peu de plantes; j'en vis seulement reparaître quelques-unes du plateau de la Perse. Au reste, cette montagne ne peut avoir plus de 900 toises.

N'ayant rien à faire, je résolus de regagner au plus tôt ma tente, mais comme j'avais fait prix avec mes guides à tant par jour, il n'y a pas d'obstacles que n'apportassent ces gens à ce que

590 RELATKMS DE YGÏÂGES

jerevînsse ce jour-là à Guenau. Nous prîmes une autre route qui me parut un peu moins difficile, mais beaucoup plus longue. Â chaque pas, ils avaient besoin de manger, de fumer le calioun (1), de se reposer, de faire le nemby (2) , qu'ils font durer dçux heures ; s'ils rencontraient un Arabe, après s'être baisé réciproquement la main , il fallait faire la causette qui ne finissait pas. A chaque abadeh (3), et nous en rencontrâmes plusieurs, ils voulaient s'arrêter pour passer la nuit. Ils firent si bien, en efiet, que la nuitùous surprit au milieu de la montagne : il fallut bien s'arrêter, et je me couchai sur des rochers horribles dont les aspérités me meurtrirent tout le corps , quelque habitué que je sois à coucher sur les pierres.

5 mai. Nous reprîmes notre route , et quoique nous fussions près de mon campement, les guides, pour avoir le droit de réclamer un jour de plus , m'engagèrent dans des précipices affreux, et ce que je craignais le plus arriva ; mes chaussures furent mises en pièces, et je œé vis forcé de marcher pieds nus sur des pierres aiguës. Ppuir comble de malheur, la route est couverte de Mi^

I l ' i < I»X— »^— i— — ^—^>^»»— — .M*— <i*i*ii*J— *

(1) roy. page 461, note.

(2) Faire halte, kief en turc.

(3) Lieu où l'on trouve de Teau et q[uelques habitants* f^oy* page 595 ,

EN ORIEEiiFT. 591

mosa , dont les épines couvrent la terre ; à chaque Instant , elles m'entrent dans les pieds , ce qui me les met bientôt tout en sang ; ajoutez à cela un soleil brûlant qui m'enlève toutes mes forces? le manque d'eau, etc., et les guides enfin qui finissent par s'égarer euxmêmes. Je ne pouvais pas mettre un pied Tun devant l'autre , et cependant il fallait toujours monter et descendre- J'en suis arrivé au point de désirer la mort^ car jamais souffrances n'ont surpassé celles-là.^ Ah ! messieurs les amateurs de botanique, vous saurez bien dire que chaque échantillon de plantes vous coûte 30 centimes, mais vous ne ferez aucun cas des maux qu'endure celui qui vous les a procurées !.. Tout finit enfin ; nous arrivâmes au village de Guenau où coule une grande quantité d'eaùx sulfureuses qui empestent l'air ; ces eaux sont absolument argentées, et le soufre qu'elles déposent sur les bordi?, en très-grande quantité > est très-blanc. Il y a pourtant aussi des eaux ordinaires en abondance , mais aucune n'est véritablement potable ; à quelque distance coulent deux rivières , mais elles sont salées. Enfin , je regagnai ma tente à moitié mort. Je congédiai mes guides en ne leur payant pas toutefois le troisième jour : ils s'en étaient dédommagés en volant mon couteau et un canif*

6 mai 1838. Route nord-ouest. Je partis pendant la nuit, et fis environ 4 heures pour coucher en plein air.

7 mai. Notre marche^ encore de nuit, fut un peu plus longue, toujours dans un désert aride et pierreux. Nous nous arrêtâmes à Sazeh , village persan (1) ; nous voici dans le pays du mensonge. On nous débita à notre arrivée les nouvelles les plus alarmantes ; au delà de Gora sur la route de Taroun, tout était en révolution, on volait, on tuait^ on égorgeait, etc. Mes Arabes effrayés voulaient partir à l'instant ; je cherchai à me procurer d'autres chameaux : on me répondit qu'il y en avait : bessiar ! (beaucoup). Je fis prix pour Taroun , m'engageant, en cas de danger, à prendre une escorte : mais quand il fallut partir, il n'y avait qu'un chameau sur cinq que je voulais. Je décidai mes Arabes à continuer jusqu'à Gora.

8 mai. Nous marchâmes toute la nuit dans uns désert horrible et vînmes coucher à Bichon , village persan, avec Aqs Palmiers. Je me trouvais assez bien en arrivant, je dormis et mangeai ensuite de bon appétit deux cuisses de poulet , et bus sans ménagement l'eau qu'on m'apporta;

(1) Notre voyageur entre dans le Laristan. La contrée qu'il Tient de quitter appartient aussi à la Perse ; mais elle est habitée par la race Arabe.

EN ORIENT. sn

quoiqu'elle eût mauvais goût; j'y fis peu d'attention , il y a si longtemps que je n'ai bu un bon Terre d'eau!... mais peu de temps après ma digestion fut horriblement troublée, et je fus purgé de la belle manière. Dans l'état de faiblesse où je me trouvais , un tel purgatif ne pouvait que m'étre fort nuisible, et en effet, je perdis toutes mes forces.

9 mai. Nous continuâmes notre route dans la même direction et toujours de nuit , car dans le jour il n'y a pas possibilité de voyager. Le pays^ est désert, aride et sans eau ; il nous fallut absolument gagner Gora , petit village avec de grandes plantations de Palmiers et où le Pommier commence à être cultivé; c'est peut-être l'arbre fruitier qui s'étend le plus au Nord et au Midi.

Il y a à Gora les ruines de deux khans qui annoncent que cet endroit avait autrefois un peu plus d'importance. A Gora, toute la crainte de cette grande insurrection dont on nous avait parlé se réduisit à un espace de trois heures où il y avait, dit-on, un peu de danger; mais les gens de Gora ne faisant aucune difficulté de nous conduire à Taroun, nous congédiâmes nos Arabes pour prendre des paysans de Gora. Quand il fut question de partir, il ne se trouva point de chameaux; on les avait envoyés à trois jours de Ik et on ne savait

quand ils seraient de retour; me voila ce qu'on

appelle en plant. !^ faiblesse redouble; je voulus manger un peu, mais bientôt des vomissements et des déjections fréquentes me mirent dans un état qnî m^alarma; du reste, je ne reçois aucun soin de mon domestique qui est un peu malade, et encore plus paresseux.

10 mai. Je suis un peu mieux , je désirerais manger quelque chose, car je n'ai point dé fièvre, et j'éprouve des besoins extrêmes ; mais admirez notre position : dans ce pays on ne connaît que le krov\rn(l), et il ne me reste plus que des demi* ktt>wns. On ne veut pas les recevoir, quoiqu'ils aient cours à douze lieues plus loin, à Taroun : de Tor, on n*en veut pas davantage. Ainsi il faut mourir de faim avec de la monnaie du pays en poche. Cependant, à forcetie chercher, je trouvai un krown; je désirais avoir quelques pommes pour les faire cuire , mais on ne connaît pas de menue monnaie, et pour cinq ou six pommes il me faudrait donner un krown. Je serai donc réduit à manger de mauvaises dattes que les Arabes ont oubliées ou rebutées, qui me font bondir le cœur ; quel régal pour un malade ! Du reste, il n'y a aucune pitié à attendre des Persans.

(1) Rrown, pièce d'argent Tabnt la doutième partie d'tin tonBiaii (1 fr. i&cej^âmes). , .

14 mai. Point de nouYelles des chameaux : je me trouve un peu mieux; mon estomac crie, mais je n'ai plus à donner à ce pauvre diable que des dattes détestables et de Teau bourbeuse»

Sortirai-je de ce mauvais pas? Dieu le sait!

Ajoutez à tout cela qu^^il ne me reste pas 15 toumans en poche , et que les habitants de Gora , voyant ma position, m*en demanderont peutêtre la moitié pour me conduire à Taroun, à douze lieues de là : à Tàroun , que devenir? mais, comme disent les Osmanlis : Allah kerim (1) ! les Osmanlis sont grossiers , mais au moins ils ont de la pitié et croient en Dieu.

i2 mai. G3mme je Favàis pressenti , les habitants de Gora 5 voyant que rions étions à leur disposition, exigèrent de nous 1 tonman pour chaque chameau jusqu'à Taroun, situé à douze heures plus loin; ii fallut céder et compter 5 ton* mans à ces misérables. ]Sk>us partîmes quelques heures avant le soleil couché ^ et après avoir fait avec une lenteur désespérante deux £arsangs^ nous passâmes une ^rtie de la nuit près d'oA abadèh, lieu où l'on trouve d^ l'^au €;t qijfôiqiiès habitante ; nûim y échangeàmw d^ dattes contra du lait aigre. ^

iS mfl». Nous voyageâmes le reste de la nnit

(1) Diea ert grand !

dans un désert affreux. Nous nous arrêtâmes, à cause de la grande chaleur, auprès d'un endroit où il y avait de l'eau; c'était encore de l'eau purgative! Le soir nous nous remîmes en route, et traversâmes une gorge où le sel d'Epsom couvrait la terre à un pouce ou deux d'épaisseur. Les eaux y étaient abondantes , mais excessivement amères; elles finissent pfir se réunir et forment une petite rivière. Au delà nous trou- Tàmes un canal d'excellente eau qui va arroser Taroun; nous nous y arrêtâmes pour y pas$;er une partie de la nuit.

14 mai. Nous gagnâmes le matin un abadeh , a deux farsangs de nôtre jnenzil. On cultive dans cet abadeh quelque peud'orgç. Nous y passâmes la nuit, et le 15 au matin nous nous rendîmes à Taroun\ ({m n'en était éloigné. que de trois heures. D'après les élogés.des gens du pays et de Chardin, je croyais trouver un pays charmant, où l'on cultivait l'oranger et beaucoup d'arbres a fruits , mais je fus bien détrompé ; un pays ruiné, des eaux détestables^ et seulement des palmiers; le bazar n'est composé que de deux ou trois mauvaises boutiques. Les montagnes y sont basses et brûlées ; je ne sais où les géographes ont trouvé la haute montagnç marquée

sur les cartes.

^ 5 mai. Je ne pus trouver de chameaux à Ta-

tN ORIENT. 59Ï

roun ; il fallut se contenter d'ânes pour gagner Forg , où Ton m'assure qu'il se trouve , par hasard, des mules de retour pour Ghyraz, sans quoi il faudra de Forg aller à Darap (deux journées? plus loin) 5 pour trouver des mules et gagner enfin un peu vite Chyraz. Mes poches se vident; il n'y reste pas plus de sept toumans.

16 mai. Je pars de très-grand matin , et, viensr passer la forte chaleur près d'un village où il y a des Palmiers. Le soir nous partîmes de trèsbonne heure, et arrivâmes le 17 au matin à Forg.^

17 mai. Forg. Comme nous nous sommes passablement élevés, la nuit fût très-froide. Forg est un peu en meilleur état que Taroun. Je croyais y trouver quelque chose à manger, mais il fallut me contenter de dattes , quoiqu'elles me fissent mal. Les mules qu*oa m'avait annon« cées étaient parties depuis quelques jours : il fal^ lut encore. avoir recours aux ânes , que je payai extrêmement cher.

18 mai. Nous partîmes de grand matin, traversâmes la plaine et entrâmes ensuite dans une gorge. Je fis dans ce trajet une magnifique her* borisation. Nous passâmes la grande chaleur près d'un ruisseau d'eau excellente, bonheur que je n'avais eu depuis bien longtemps.

19 mai. Nous continuâmes notre belle vallée,' à l'issue de laquelle nous trouvâmes des ruines

«»8 REI.ÂTIONS D]^ YOTÂGES

de fortificatioBfi^ Npiis entrâmes ensuite dans .ime plaine magnifique, parfai tenant sgrosée, et couverte d'une superbe végétation. J'y recueillis quantité de plantes nouvelles* Mous vinsies coucher sous un h^saiCjprès^ près d'un ;abadeh.

20 mai. Nous partîmes de grand matin , et ar- .rivâmes à Darap vera midi«

Darap est dans une belle situation; les ^eaux y sont abondantes; la plaine et les montagnes couvertes dé végétation. Le Palmier y croit encore , mais n'y forme plus d'épaisses forêts ; la chaleur n'étant plus trop ardente, il ne faut paS) comme dans les pays ti^ès-chauds , chercher à lent procurer de ta fraîcheur par des irrigations^ h' Oranger^ V Abricotier^ le Pommier jet autres fruits, y croissent en abondance. IVIais .si le pays est beau, en revanche, les habitants ont la réputation bien méritée d'être encore plus méchants et voleurs que dans les autres parties .jde la Perse. Gomme on m'assurait qu'il n'était pas prudent de camper, je pris le parti d'aller .dans un caravansérail du bourg* Il n'y a pas rd'importunité dont je n'aie souffert ; tout le bourg .vint dans ma chambre, et comme elle n'était pas excessivement grande, la porte était tellement obstruée que je ne pouvais respirer, sans compter que ces misérables furetaient partout pour

chercher à voler ; beureasemeat que je u'ayais rieB ouvert.

21 rkai. Séjour. Je ne savais comment faire pour continuer ma roule. Ce quej'ayaisi prévu arriva ; à force d'être §ucé par ces maudits paysaniS , je me trouvai à Darap avec quelques krowns.

Du reste, â l'argent vient à me manquer entièrement, telle est la charité persane, que je dois m'attendre à mourir de faim. Heureusement uû jaiuletier qui a loi^temps servi les Anglais arriva , et me proposa de me conduire à Fasa , où je coippte aller ce soir.

22 mai. Le 22 étant un jour de fête parmi les Schyytes, mon chalyadar, ne tint point sa parole; il fallut encore passer l'un des plus tristes jotirs de ma vie, étendu sur mon taudis » où de temps à autre venaient m' assaillir quelques pierresu

23 mai. Enfin je sors de Darap , fort tard il est vrai, mais j'en sors. Tous les habillants étaient, je, crois, réunis pour me saluer de leuvshué^. JXous traversâmes une plaii^ abondamment arrosée de bellçs eaux , mais qui sont loin d'être entièrement utilisées. Nous fîmes environ six farsangs et vînmes coucher près d'un, campement de Lores (1). Je remarquai sur la route une grande quantité de Sabadora persica.

(1) Ou Lmirs, peuple du Xt^uiistau.

" 24 mai. Après avoir fait environ trois farsangs, nous arrivâmes près d'un Kouba (1), où nous trouvâmes un détachement de Serbaz(2) qui se rendaient à Darap ; nous passâmes à côté d^eux la grande chaleur. Le soir, après avoir marché à peu près comme le matin , nous vînmes camper dans une prairie, à quelque distance d'un campement de Lores, et non loin d*un vil- %e (3).

25 mai. Nous traversâmes une basse montagne, puis une plaine bien arrosée, où il y a des cultures assez nombreuses en céréales, et çà et là plusieurs petits villages. Nous en trouvâmes un, aux trois quarts ruiné, puis nous arrivâmes à Fâsa, ville de moyenne grandeur. Â Darap, on voyait encore quelques Palmiers ,• ici ils ont entièrement disparu. Pour ne pas m'exposer aux mêmes insultes qu'à Parap, jç m'arrêtai en dehors de la ville; mais précaution inutile! j'y fus bientôt entouré par les stupides habitants de Fasa. D'abord ils vinrent en petit nombre , et nos relations n'avaient rien d'hostile ; mais insensiblement , de même que les mouches , ils s'accru-

(1) Kouba ou Imam-zadé, lieu où les musulmans s'arrêtent pour faire leurs prières.

(2) Serbaz, soldats des troupes régulières.

(3) Le nom de ce yillageest resté en blanc dans le manuscrit.

EN OÎUENT. 601

rent à plus de cinq cents , et vinrent fourrager dans mon bagage, me faire de sottes questions, se placer devant moi , la figure béante. Il fallut bien tâcher de modérer un peu la turbulence de cette foule importune , mais c*est alors que com** mencèrent les dérisions et les violences ; les pierres ne tardèrent pas à siffler ; mon dômes ti'^ que m'avait fait cuire un peu de riz à Teau, car j'étais malade : les malheureux y jetaient les plus sales ordures. Enfin ils trouvèrent le moyen de m'enlever un paquet contenant un habillement, le seul propre que j'eusse , et une montre; les violences durèrent une partie de la nuit , et je fus blessé deux fois à la jambe par leurs pierreSé Je comptais que le lendemain je serais débarrassé de ces misérables en partant de bonne heure , mais le chalvadar , sous prétexte que ses mules avaient besoin d'être ferrées , me fit passer toute la journée en cet endroits Je n'eus pas moins à y souffirir que la veille.

. 26 mai. Nous partîmes pendant la nuit et traversâmes la ville, dont les habitants étaient, fort heureusement pour moi, tous retirés. Nous marchâmes toute la nuit, et le matin nous nous trouvâmes au pied d'une montagne couverte de végétation. Je ne pus y résister, et malgré mon état de faiblesse , je laissai mes gens aller devant et je m'amusai à herboriser. Alawerdî fît cinq

602 RELATKMCS IWE VOYAGES

heures à pi^sd pour rejoindre le menzil; je n'eus pas la même peine , lé ehalvadar eut la complaisance de m'atlendre avec un cheval à trois heures plus loin, de sorte que ma fatigue ne fut pas ex-cessive. Nous arrivâmes vers midi à Salmsoun , petit village avec de magnifiques vergers* Nous campâmes sous de grands mûriers , et près d'un ruisseau de fort belle eau. Comme le village est à une certaine distance, je fus peu importuné,

27 mai. Nous voyageâmes environ toute la nuit dans une plaine à peu près déserte. Le matin, nous arrivâmes près du lac que les Persans nomment Deriamemek (mer salée), dont on tire le sel pour Chyraz, Nous campâmes au pied de la montagne sous de beaux Pistacia terebinihus ^ près d*un petit village. Il paraît que je m'y refroidis ; je fus saisi de vomissements fréquents et de fièvre violente, ce qui m'empêcha de visiter les bords du lac, qui me paraissaient beaux, et la montagne qui était couverte de verdure.

28, 29 mau Nous voyageâmes encore toute la nuit; le matin nous trouvâmes un rahadar avec lequel il fallut disputer une heure. Il prétendait avoir de mol 1 touman; la chose était difficile, car je ne le possédais pas. Enfin, après avoir bien crié, il fut convenu qu'un des gardions viendrait

à Chyrazy et que là, si je devais psiyer, je m'exécuterais.

Arrivé à la porte de Chyraz, un individu préposé à je ne sais quoi se jeÇa sur Alawerdi et le secoua avec violence ; on lui demanda 2 krowns, je ne sais à quel titre, Alawerdi résista, mais le préposé s'empara du fusil qu'il portait en bandoulière. Je le laissai faire , bien persuadé que j'en obtiendrais raison. Je fus d'abotd à la douane où je déposai mes effets qui furent culbutés ^^ Dieu sait comme! et me rendis ensuite chez le nabab où je retroiïvai mon logement.

SOmai. Visite du docteur Marotti (1) à qui je communiquai mes plaintes contre les habitants de Fasa , et contre le préposé qui avait pris mon fusil. Le prince est malade ; il ne peut lui parler d^affaires.

31 mai. Hadji-Abbas (2) vient me voir et me propose de m'accompagner ji^squ'à la fin de mon voyage ; mes finances sont loin de me permettre im tel surcroît de dépenses, mon indisposition augmente au point de devenir sérieuse; mon estomac ne peut rien supporter ; j'ai une diarrhée avec ténesme (3) qui ne me laisse aucun repos..

(1) roy. page 488.

(2) roy. page 492.

(3) Ce sont des ^reinles douloureuses à l'anus.

604 RELATIONS DE TOTAGES

Vjuin. Âlawerdi vend avec peine quelques marchandises qu'il a apportées de Mascate , et me procure ainsi une vingtaine de toumans pour aller jusqu'à Ispahan où il faudra encore s'ingénier î

Ijuin. Mon fusil m*est restitué ;FirmanFirman expédie des ordres à Fasa pour qu'on me rende les effets volés. Ma maladie fait des progrèsi.

3 Juin. Une application de sangsues me fait un bien extraordinaire ; j'espère qu'un petit voyage au Piré-zend (1) contribuera à me rétablir : je me dispose à partir demain.

A juin. Je me sens un peu mieux; les douleurs ont un peu cessé , mais je n'ai rien à manger ; on m'apporte de chez le nabab constamment la même chose, tous les jours : trois morceaux de viande hachée et épicée que je n'ai jamais pu digérer en aucun temps , du youghourt (2) et des concombres : voilà un régal bien convenable à

(1) Montagne près de Ghyras. f^ojf. page 500.

(2) Foy. page560ynote2. Sorte de laitage qui fait la base de la nourriture des tribus nomades. On le prépare en mettant une petite portion de ferment dans^im vase de lait tiède ; au bout de cpielques heures, celait se coagule et acquiert une saveur légèrement acide. Le yoi^ourt a des qualités éminemment nutritives et rafraîchissantes. On ne saurait trop en recommander l'usage aux voyageurs.

{Note de M, Teœier.)

EN ORIEÎfT. 605

un malade ! la fa»m me force à en manger, et mon estomac en souffre beaucoup.

5jum. Je me décide à me mettre en route pour visiter le Piré-zend , malgré mon extrême faiblesse. C'était pour moi une corvée que de traverser la ville; il m'était impossible de souffrir les injures de ces bandits de Persans qui éternuaient , chantaient , riaient et faisaient lentendre une foule, de quolibets insolents à mon passage y il fallut après cela éprouver des difficultés pour sortir. Enfin me voilà dehors ! Je trouvai la plaine mal cultivée et inculte en grande partie; après une traite fort longue , je descendis au caravansérail de Khonazenioun (1). La .montagne est couverte partout d'une végétation luxuriante.

Je m'arrêtai un instant à Dastergen^ je vis de grands arbres près de la belle source qui coule de la montagne , et gagnai ensuite le caravansérail deKotali Piré-zend , après avoir traversé cette montagne. La végétation y est très-belle, niais je ne remarquai rien quïne se trouvât sur les autres sommités. D'ailleurs il y a bien peu de temps que la neige a disparu j il y en avait même fort peu lorsque j'y passai cinq mois auparavant.

(1) /%. page 499.

Le froid ayant été assez grand pendant la nuit que je passai à Khonazenioun , au lieu de me rétablir, ma diarrhée augmenta , et il en résulta une faiblesse extrême. Je n'eus que la force de me tratnet autour du caravansérail de Kotalî Piré-zend et d'y faire une petite herborisation ; ce court séjour me fit du bien.

Pendant la nuit, couché sur du fumier dans l'écurie , je commençais à m'endormir, quand les cris aigus de deux vieilles femmes édentées vinrent me réveiller en me criant : Caca freré kardach ! caca poul bédé (donne-moi de l'argent) ! sans que je pusse comprendre comment je leur en devais. Le seul homme que j'avais avec moi ne put m'expliquer clairement 6e qu'elles voulaient, ou pour mieux dire , c'était une dette qu'il avait contractée , et qu'il me jetait sur le corps^ Le bruit continua une partie delà nuit, je finis par m'endormir, et je m'aperçus le lendemain que mon fripon de guide leur avait abandonné une partie de ipa provision de riz pour s'acquitter.

6juin. Je me remets en route pour Chyraz, descendant de cheval pour recueillir les plantes qui me paraissent intéressantes.

7 Juin. Je fus de retour à Chyraz de mon excursion; j'entrai dans mon logement, hué suivant l'usage.

J'occupe chez le na}>ab un petit appartement à rextrémitë d'un jardin fort agréable où il y a de beaux platanes et un bassin d'eau courante. Tous les soirs, il s'assemble sous mes fenêtres une douzaine de Persans, qui, à leur costume, paraissent les plus distingués de la ville, et parmi lesquels siègent les deux fils cju nabab : c'est ^ à proprement parler , une réunion de littérateurs. Un d'eui, qui est probablement le poëte à la mode de Chyraz , lit des vers pçndant trois ou quatre heures. Cette manièt'e de débiter ses vers, commune à tous tes Persans, est eniphatique et continuellement sur le même ton; à chaque vers, ils élèvent beaucoup la voix pour marquer le rhythme; à en iuger par l'impassibilité dès auditeurs, ils ne semblent pas prendre beaucoup de plaisir à ces lectures ^ ou pour mieux dire l'ennui parait les dominer.

1? juin. Je quittai .Ghyraz pour me rendre à li^ahan. Comme les chalvadars ne peuvent jamais partir de bonne heure le premier Jour, nous ne fîmes que trois farsangs et vînmes coucher dans une ruine sur le bord d'un ruisseau.

Il va sans dire que nous ne pûmes sortir de la vitle sans de grandes difficultés et sans être ran-^ çoniiés contre tout droit. Deux ou trois misérables se jetèrent sur nous , sachant bien que leur importunité nous ferait lâcher quelque chose.

iZjuîn. Nous partîmes dé très-grand matin, et nous arrivâmes avec le soleil levant à un rahadar ou poste avancé de douaniers ; là , il fallut de nouveau crier et se mettre en colère, les douaniers exigeant un touman, quoiqu'ils sussent fort bien que les Francs ne devaient rien payer. J*eus recours à foute mon éloquence injuriante turque et persanne ; les : haram zadé ! keupek ogli!> ai redzem! salim (1)1 et autres belles paroles leur furent prodiguées ; je les intimidai un peu, et j'obtins de ne payer que 2 sabkera (2). Nous continuâmes notre route , et arrivâmes de bonne heure au gros village de Zer^ goun (3) , au pied d'une montagne aride et brûlante^ qui échauffe singulièreiûent le pays. Je logeai dans le caravansérail ; mais , comme nous étions seuls, nous fermâmes les portes pour éviter les importuns.

iijuin. Cinq farsangs. Nous entrâmes dans une plaine plantureuse, mais où le Glfcjrr-^ rhfza (4) couvrait tout. Nous passâmes près du

(1) Bâtard, fils de chien et de..., etc.

(2) Foy. page 513.

(3) Foy. page 485. Aucher ne reprend ensuite qu'à Yezdi-Khast , la route qu'il avait suivie en allant dlspaban à Ghyraz.

(4) N* 3838, — itéglisse. Infestissima in totà Persidj dit le catalogue.

BN ORIENT. 6d9

village de Dehbit{\) , puis nous allâmes camper près du village de Fatabad, où nous rencontrâmes un kalifé ( caravane ) qui se dirigeait , comme nous V sur Ispahan. Les chalvadars sont absolument comme leurs mules , quand, ils se rencontrent , ils ne peuvent plus se quitter ; il faut qu'ils marchent en troupe; le mien me déclara qu'il voulait marcher de concert avec la caravane , et par conséquent , voyager la nuit« J'avais fait , à Chyraz, mon marché pour ne marcher que le jour ; je persistai dans mes conditions ; il n'y eut pas de raisons que le chalvadar ne mit en avant ; enfin , il imagina de dire qu'il V avait des voleurs : à ce mot mon brave Alawerdî dressa les oreilles , et me déclara qu'il avait peur , qu'il ne passerait pas la nuit dans cet endroit. J'eus à lutter alors à la fois contre lui et contre le chai vadar . Ce fu t bien pisquandle kalifé . se mit en mouvement, et que le chef voyant que nous restions en place , nous dit que nous étions des imprudents , que cinquante tufenkdjisne seraient pas suffisants pour nous enipécher d'être dévalisés. Je me moquai de tout cela ; je tins bon , et le lendemain matin nous nous mîmes en route. i 5 Juin. Nous Hmes sept farsangs , et nous

(1) Ne pascoDfondr€;ayec/)et6î(l. F'oy. page 480 etpageôOS, note 3. -

•Id RELATIONS 98 VOYAGES

irrÎTàmes sand encombre ail village de Main ^ qui a de beaux jardins.

iejuin. Nous entràmei» danil la montagne, et après trois farsangs , nous arriTàmes à Jmam^ Zadé y petit village avec le tombeau d*uû Imam. Nous nous y arrêtâmes pour passer la chaleur qui y était très*- grande. Le soir, je voulus faire encore trois farsangs , mais le ehalvadar s'y op-> posa^ et par conséquent aussi Alâwerdi, qui n'est jamais de mon avià; je fus obligé de passer la nuit dans cet endroits

M juin. Nous traversâmes une montagne éle* tée et retotnbâmes dans la plaine oiï est le cara<« vansérail isolé à'Oudjoun^ à trois farsangs de 6o4re dernier menâsit Nous fîmes encore trois ftirsangS) et vînmes coucher près d'un ruisseau éans une prairie.

i&juih: Sept farsangs. Couchée près d'un cara-* vansérail isolé , où se trouvent quelques tentes. Les montagnes gardaient encore un peu de neige.

4 9jmn.Cm(i farsangs. Couchée au petit village de Dth^Kour.

2Qjuin. Nous ftmés huit farsangs et vînmes re^ joindre à Yezdi-khast , la route que j'avais faite en allant (1). J'espérais y recueillir VOmbelliJere

(1) ^<»y- page 476,

&N OfeiENt. «11

qui produit la gomme ammoniaque (1); mais je ne trouvai que d*anciennes tiges desséchées.

2i juin. Maùcom-Beghi.

22 juiiu Koumechah , où Lirgen et Shee battirent les troupes du Chah , qui s'était fait recohtaàitre à Ghyraz en même temps queMéhémet- Chah.

2^ juin. Maiar. Contre mon attente ^ je trouvai là la magnifique espèce iX OmhelUjère en question. * 2^ juin. Ispahan. J'ai parlé plus en détail de toute cette route dans mon voyage d'aller à Chyraz (2).

Désirant obtenir des lettres de recommandation de l'Imam Djunna , ou chef de la religion , pour un chef de Lores ; j'allai lui faire une visite, d'après le désir qu'il en témoigna lui-même. ,11 était venu passer quelques jours à D juif a , ce Qui me dispensa d'aller à Ispahan. Je fus accompagné par lés deux frères missionnaires , le docteur Bertoni, et une suite nombreuse de dômestiques , suivant l'usage du pays. Nous le trouvâmes assis sur un tapis à l'ombre d'une allée, dans un jardin; c'était iin jeune homme d'une bonne physionomie. Il nous accueillît très-bien, nous fit asseoir sur son tapis et Aoiis fit servir

(1) Foy. page 476, et plus bas, 23 juin, (51) ^oy, page472et8uivantc«,

du thé qu'il prit avec nous ; ce qui me surprit certainement de la part du chef de la religion ^ Schyyte, qui regarde comme impur de communiquer avec des Chrétiens. Il est vrai que cela se passait dans son intérieur ; publiquement, il n'eût jamais osé le faire, malgré son autorité plus grande que celle du Chah. Au reste , le père Dom Gioviani Derdérian m'a assuré avoir eu plusieurs conversations avec lui sur des matières religieuses, et que Tlmam Djunna était fort loin d'être un bon Musulman. Quelques jours après, ce jeune homme d'une santé robuste, fut frappé d'apoplexie. On appela aussitôt le docteur Bertoni, qui recommanda immédiatement une abondante saignée, mais les médecins persans s'y opposèrent ; ils voulurent d'ailleurs faire l'istikar (1) auparavant. Yoici pn quoi consiste cette cérémonie : un homme se tient debout un chapelet à la main ; il fait en arabe une prière dans laquelle il dit à Dieu : «Je suis un faible mortel ignorant , et ne sachant quelle roule je dois prendre : éclaire-moi , mon Dieu, etc.; faut-il saigner ou non? » Alors il prend au hasard un grain du chapelet^ et se met à compter par trois ou cinq ce qui reste ; si à la fin il en restte un, deux ou quatre, la réponse est fa-

(1) Foy. page 491, note.

vorable; mais si le nombre est trois ou cinq, c'est tout le contraire. Malheureusement pour l'Imam Djunna, après avoir fait l'Istikar, la réponse fut qu'il ne fallait pas saigner, et il mourut deux heures après, victime de la superstition. Sa mort fut un deuil général pour toute la Perse; à Ispahan, les bazars furent fermés pendant quinze jours; les mosquées étaient continuellement pleines de gens qui allaient prier pour le repos de son âme.

5 juillet. Je restai chez les missionnaires noirs (1) catholiquesde Djul fa jusqu'au 5 juillet, pour tâcher de rétablir ma santé et surtout mes foices singulièrement épuisées. Malgré les soins éclairés du docteur Bertoni, je ne fis pas de grands progrès dans la guérison de ma maladie, que le docteur nomme névralgie musculaire, et qti'il prétend provenir bien plutôt de mes souffrances morales que de toute autre cause; je crois que mon état de langueur et de faiblesse tient également aux privations quej'ai endurées. Enfin, espérant obtenir quelque amélioration en me mettant en route, je me décidai à visiter de nouveau les montagnes des Backtiarîs, qu'on dit être plus tranquilles en ce moment que lors-

(1) Ainsi nommés sans doute d'après leur costume , pour les distinguer de$ autres congrégations.

que je les visitai la première fois (1). Je pris un second domestique; c'était un soldat arménien nommé Katschik qui m'avait déjà accompagné dans mon premier voyage, et dont j'ai été fort content. Il y a plusieurs soldats de cette nation au service de Perse; tous ceux d'Ispahan, tant Arméniens que Persans, ne reçoivent ni âolde ni vivres ; ils vivent comme ils peuvent de vol et de pillage. Aussi leur service n'est pas pénible. Celui-ci , fatigué de ne pas recevoir de solde , s'était rendu à Bagdad, pour y chercher du service auprès du Pacha ; mais n'ayant pas trouvé mieux , il revint à Ispahan quelques mois après sans que son absence ait été punie , ni même aperçue.

Nous allions nous mettre en route le soir, lorsque cinq ou six autres soldats arméniens , ayant appris que Katschik devait partir avec moi , s'en vinrent le réclamer au nom du Begler-Bey (2) et déclarèrent qu'ils ne le laisseraient pas partir. Ces misérables, dont; la moitié étaient ivres, ne voriilaient que nous arracher quelque argent* Katschik avait pris la fuite et était allé nous at-^ tendre sur la route dans une ruine. Quand ils virent qu'il leur avait échappé, ils ne voulurent

(1) f^oy. pages 259 et 329.

(2) Général.

BVOHIBlfT. eu

plus nous laisser partir j ils tirèrent leurs baïonnettes et nous menacèrjent d'en faire usage si nous essayions de résister. Enfin Tangent arran* gea tout; ils nous serrèrent ensuite la main et nous souhaitèrent un bon voyage. Nous arriva-» mes de bonne heure à Nadjabab , grand village. — Cinq farsangs.

6 juillet. Nous partîmes le soir, arrivâmes, après trois farsangs de marche , au beau et grand village bien arrosé de Tiran^ et quatre farsangs après, nous atteignîmes notre menzil, Mehemedi^ fort petit village , avec des ruines de belles mosquées.

7 juillet. Nous ne fîmes que cinq farsangs , et arrivâmes de bonne heure à Kurdeler\ petit village arménien auprès du Dalin-Kou^ ou il y avait encore un peu de neige. J'y reçus la visite du prêtre, qui m'invita à dîner chez lui.

J'apprends ici de mauvaises nouvelles des Backtiaris qu'on dit en révolte, mais il y a si peu de confiance à avoir dans les bruits et en général dans ce qui se dit en Perse, que je n'en crois rien, et que je suis décidé à aller en avant ; ces bruits se dissiperont, je l'espère, comme des brouillards.

9> juillet. Malgré, mon extrême faiblesse, je me traînai comme je pus sur la montagne , et par* vinsmême jusqu'à la cime j j'y fis une belle récolte di Ombeltifères .

9 juillet. Nous nous rendîmes à ..... (1), où réside le chef Lore , pour lequel j'avais des lettres ; il me reçut bien, m'envoya un mouton, mais me dissuada d'aller plus loin , m'assurant que le pays des Backtiaris était en ce moment moins sûr que jamais , parce que , n'ayant plus de chef, ils s'abandonnent à leur instinct de brigandage. Il fallut bien renoncer à ce voyage et revenir à Ispahan. Année malheureuse pour moi (2)!

(1) Le nom est resté en blanc dans le mam:^crit.

(2) Ici s'arrête le manuscrit : on peut voir dans la Notice , page xsyiy que, de retour à Sjulfa, Aucber-ELoy mourut le 6 octobre 1838 , entre les bras du père Derdérian, préfet apostolique , et du docteur Bertoni.

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