‹ Relations de voyages en Orient, de 1830 à 1838 (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · DE SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

DE SAINT-PÉTERSBOURG

Erzeroum, 15 mai 1837.

Monsieur,

En passant à Erzeroum pour me rendre sur la Caspienne et dans le Khorassan, M. le consul de Russie m'a communiqué la lettre que vous lui avez écrite , et m'a prié de répondre aux diverses questions que vous lui adressez : j'accepte d'autant plus volontiers, que c'est une occasion de me rappeler à votre souvenir , et de commencer une correspondance que je désirais entamer depuis longtemps.

C'est pour la troisième fois que je visite Er-

(1) Dans le silenœ du manuscrit sur la désignation de la personne à laquelle la lettre était adressée^ nous avions conclu de la précaution que prend Aucher-Eloy d'avertir son correspondant qu'il indique les dates dans le nouveau style, P^oy, page 619, qu'il écrivait à un Russe, la seule des nations de l'Europe qui ne se soit pas encore conformée au calendrier grégorien. M°^^ Auclier-Eloy nous a fait connaître depuis que cette personne était M. Fischer, directeur du Jardin des' Plantes de Saint-Pétersbourg.

m RÇLATIQNa m YQYAGES

zeroum; ce n'a pas toujours été, il est vrai, dans des circonstances également favorables ^ des recherches; toutefois je possède près de mille espèce;; recueillies dans un rayon d'une quinzaine de lieues, autour de cette ville. Les bords de l'Euphrate , depuis la source jusqu'au Taurus , m'ont fourni surtout une riche et curieuse moisson de plantes rares et nouvelles. Je vous les cçmmuniquerai avec bien du plaisir, mais ce ne pourra être qu'à la fin de 1838 , c'està-dire, lorsque j''aurai terminé le voyage que je viens d'entreprendre ; car après avoir visité les rives méridionales et orientales de la Caspienne et le Khorassan , je me propose de me rendre sur le golfe Persîque et de visiter en même temps les montagnes du Kurdistan ; je n'espère pas être de retour à Constantinople avant le mois d^octobré 1838.

Quoique je sois passablement riche en espèces de ce pays-ci , cependant il est certain que plusieurs plantes ont dû m*échapper ; j'ai engagé quelqu'un à s'occuper de me faire des collections, on me l'a promis; mais, à vous dire la vérité, je n'y compte çuère ; (J'aUleurs les plantes recueillies par des personne* étrangère* h hm^um laissait presque toujours quelque chose à déti^ rer. Ce sont particulièrement les hautes montagnes qu'il est important ^ yis^er , et à momê

que d'être $u)Qtenu par un vif fimonr de l;i science, comment sf'exposer aux fatigues inséparables d« ce genre de recherche» ?

h^ plaine dans laquelle est bâtie Erzeroum n'a guère plus de 5,000 pieds au -^ dessus dn niveau de la mer (1) ; le climat y est trçs^rigou-' reux ; il y tombe quelquefois de la neige dans le mois de juin, et aujourd'hui U mai (non»

veau style ) pendant que je vous écris , la neige tombe en abondance, mais ne reste pas sur la terre; la plaine est; assez ordinairement dégagée de neige à la fin d'avril ( nouveau style). Les montagnes autour de la ville n'at^ teignent pas les limites des neiges étemelles, mais elles en sont rarement dépouillées à la fin d'août. Le thermomètre de Réaumur descend très-souvent jusqu'à 28^. ]£n juillet, août et sep^ tembre , les chaleurs sont ordinairement asseis

fortes, quoiqu'il pleuve asse^ souvent, teagrands vents qui régnent en juillet et la nature du sol qui se dessèche facilement 9 obligent l6 culti^ valeur à avoir recours à l'irrigation usitée en Perse, L'automne y est généralement beau « et se prolonge quelquefois jusqu'en novembre sans pluie ni neige \ les céréales réussissait parfaite»

(l) &)yîrQn 1830 mètrçs. M. Texicr ^ trouvé |Mtr (k« d^ seryatioDS baaroinétric|ues , une hauteur de 1962 mètres.

ment ; mais il n'en est pas de même des mûriers ^ de la vigne et des arbres fruitiers, si ce n'est le pommier. Quant aux forêts, il n'en existe aucune sur tout le plateau de l'Asie Mineure , de l'Arménie et de la Perse. Il n'y a même aucun arbre spontané dans toute cette vaste région , si ce n'est de loin en loin, les Juniperus , et encore près de la limite des montagnes boisées. Les montagnes qui supportent le plateau, sont situées sur les côtes des mers qui le ceignent ; elles se composent le plus souveîit d'une simple rangée iSéparée par de larges et belles vallées. Comme elles sont généralement très-élevées , elles arrêtent les vapeurs des mers , et n'en laissent rien pénétrer dans l'intérieur du plateau , qui ne présente que d'affreuses montagnes d'argile, bouleversées par des volcans dont les bouches sont éteintes. On pourrait diviser l'Asie Mineure en pays boisé et en pays nu : le pays boisé appartient à la région maritime ; le pays nu appartient à la région Caucasienne. La Flore d'Erzeroum est ^trèjs- remarquable et très -riche en espèces, et malgré les rigueurs de la saison, dans une exploration que j'ai faite hier , j'ai recueilli une vingtaine de bonnes plantes, dont trois ou quatre sont nouvelles.

Si vous le désirez, je puis non-seulement vous envoyer les plantes de ce pays-ci^ mais encore

plus de 7,000 espèces d'Asie Mineure, de Lydie, de Syrie, de Mésopotamie , de Perse, d'Arabie, etc., etc., pays que j'ai visités avec quel- (|ue soin, depuis que j'ai quille la Russie; mais comme je vous l'ai déjà dit, cet envoi ne peut avoir lieu que vers la fin de 1838, mes collections éiant toutes à Conslantinople(I). Vous conviendrait-il d'acquérir ces plantes au prix de 31 fr. la centurie, (chaque espèce est représentée parun ou deux échantillons), ou bien vous seraitplus agréable de faire des échanges? dans ce dernier cas , je ne voudrais que des espèces d'Orient. Comme il est probable que je reviendrai à Erzeroûm , avant d'aller sur le golfe Persique , vous pourriez me faire parvenir votre réponse par M. le consul de Russie. Si vous désirez de plus amples, détails sur Erzeroûm^ je vous prie de ne pas me ménager^ je tâcherai dé résoudre toutes les questions que vous m'adresserez.

J'ai l'honneur , etc. ,

(1) Lé brouiUpn de la lettre porte Pétersbourg , évidemment par distraction.

m RËunoNâ de itotaûës

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