JOURNAL DE 183S
CoDBtantiuople, 9 février. Je pris passage sur un bâtiment ponté turc, lequel devait mettre à la voile deux heures après , mais les autres passagers n'étant pas arrivés , et le capitaine n'étant pas plus pressé qu'eux , on remit le départ au lendemain matin. Je m'y rendis à l'heure désignée, et ce ne fut cependant que vers midi que je commençai à m'apercevoir de quelques préparatifs ; enfin lés passagers arrivèrent tout doucement les uns après les autres. 11 y avait des individus de tout âge , de tout sexe , et de plus de dix religions différentes : c'était l'arche de Noé de toutes les sectes du pays , depuis la plus fière jusqu'à la plus humble, c'est à dire depuis le Turc jusqu'au Juif. 11 y avait cinq ou six vieilles femmes turques, une jeune qui avait des yeux magnifiques , et une fille grecque fort avenante. Mais c'était surtout parmi les hommes
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qu'il y avait une étrange yariété : deux ou trois soldats, autant de gros Turcs bien paisibles, et bien contents de leur embonpoint; une espèce de soldat irréguli^r de l'interieprf à culotte courte très-serrée (1), et à turban en pointe; des catergis (2) turcs , race querelleuse et peu endurante ; un derviche de Bukarest , dont j'avais déjà eu l'honneur de faire la connaissance l'an dernier dans les montagnes du Lazistan (3) , et qui me demanda de nouveau si les Français étaient bons musulmans, et choieraient volontiers un saint personnage comme lui; je ne lui ai pas conseillé d'en faire l'expérience. Ajoutez à tout ce monde des Arméniens, des Grecs, quelques marchands italiens , un Géorgien , un marchand d'esclaves arabe aVec sa niarchandise , venant probablemont du voisinage du Darfour : enfin trois Juifs.
Tout le monde étant rénni, les douaniers arrivèrepî pour TÎsiter les effets ; il fallait les voir extorquer les balçehich aux pauvres juifs qui versaient up torrent de larmes à chaque para (4)
(1) C'était un soldat de la milice desZiebeck , Journal de 1832 , page 5, note 2.
(3) Muletiers, du mot «aler,' mulet.
(3} f^ojf. la notice,
(4) Le para est ^ quarantième partie d'une piastre. La piastre valait à cette époque 25 centimes.
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qu'on leur arrachait, mais ils n'osaient crier trop fort; l'Arménien se laissa tpndre hissez doucement, cep^nijant on le ménageai le Crée cri^ , pria, frappa sur l'épaule du douanier, çt fit ci bien qu'il finit par payer moins quQ )es autres. Mon tour Tint , on fut plus poli ; mais on de^ manda le bakchich j je répondis : yer-m^m (1) ! on voulut visiter mon bagage, malgré mon t^skéré; je m'y opposai, je me fâchai; je crois même que je l&chai un pezeving (2) , c'était ipoii plus fort argument : il l'emporta.
Cette visite avait duré plus de deux heures, j@ croyais que nous allions enfin partir, lorsque parut l'efTendi chargé d'examiner lespasse-ports} plusieurs passagers n^ étaient pas en régie ; on Içs expulsa : il m^ manquait à moi-mèm^ un visa, il fallutqiiejeme rendisse au bureau, malgré les cris de mes compagnons de voyage qui pensaient que j'allais retarder Iç départ, Arrivé devant l'efTendi des passe-ports, il fallut faire la conversation; j'avais beau Inidirequelebàtirqent partirait sans moi ; son çalem(3) n'allait pas, il le tournait cent fois entre ses doigts , essayait la
(1) Je ne donne paa.
(2) Expreuion injurieuse. Foj/. page 127, note.
(3) Calem ( calamu») Plume de roseau dont se servent les . Turcs.
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pointe sur son ongle , sans se décider à s'en ser- ' vir : arrive un antre Turc qui demande où j'al~ tais. Quand il sut que c'était à Bagdad ; c'est donc pour 1ê commerce , me dit-il , que vous allez si loin. Non ! lui répondis-je , onalla (1) ! jVe vaudrait-il pas mieux rester chez soi ; ou , pour le dire à la turque , être assis chez soi ? On mit enfin le cachet sur mon teskéré. 3e comptai 6 paras, et je courus au. bâtiment que je croyais parti. Mais il s'y passait bieu autre chose : le marchand d'esclaves, je ne sais pourquoi , avait déclaré trois individus, mais il avait caché un petit nègre dans les bagages sous le pont; il fut découvert; la garde est appelée : on s'empare du marchand et du capitaine pour leur appliquer à chacun cent coups de bâton sous la plante des pieds. Je désespérai alors départir. Mais il faut en convenir, si la justice turque n'est pas toujours juste , en compensation elle est très-expéditive; elle gagne en célérité ce qu'elle perd en qualité. En moins d'un quart d'heure l'afTaire fut instruite, plaidée , jugée et la peine fut appliquée. Notre capitaine revînt clopin dopant ; on expulsa du bâtiment le marchand d'esclaves, mais comme il tardait tant soit peu à déguerpir, l'homme aux petites culottes qui s'ennuyait de tant de retards,
(1) Ce mot correspond à l'e^ipression française , Pardieu !
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se mit à rÏQJurier ; il y eul aussitôt des deux côtés une explosion d'injures qui se heurtaient à faire plaisir: le marchand lança'en arabe, sa langue maternelle, tous les marasse! les cansir! et autres belles expressions, qui laissent bien en arrière les ana séné sigdim (1) turcs. £nân le calme revint ; on mit à la voile , no» sans avoir bien crié ponr se dégager des autres bâtiments parmi lesquels nous étions; chacun prit sa phtce, on alluma Iqs tchibouks.(2), et la satisfaction régna partout.
Nous nous traînâmes lentement toute la nuit par un calme plat , n'étant remorqués que par quatre hommes. Le lendemain soir nous nous trouvions à l'entrée du golfe de Moudauia;le vent étant contraire, mais faible, nous courions toutdoucement une bordée, lorsque nous vîmes sortir de l'entrepont beaucoup de fumée, et nous sentîmes une forte odeur de brûlé. langhenvar (3)! fut le cri général. Aman! Aman (4)!
s'écria à son tour le reiss (5) ; il y a dix barils de poudre. L'homme aux petites culottes, en vrai tapageur, se mit aussitôt à accuser un gros Turc
(1) Injures familières aux Turcs.
(2) Longue pipe droite.
(3) Il y à le feu!
(4) Mon Dieu ! mon Dieu !
(5) Capitaine.
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Jt turbap v(;rt, qui reposait doucement dç l'autre côté, d'avoir laissé tomber pn charbon. A cette accusation qm avait été accompagnée de l'expression favorite de pezeving, l'émir furieux se lève^ et fait pleuvoir sur le soldat un déluge de cpups de tchiboub ; le soldat prend son yatagan , et voilà nos deux honiqies s'escrimant à qui mieux mieux; le sang coule : tout est en émoi. L'équipage cherchait à éteindre le feu j les passagers voulaient mettre la paix parmi les combattants; il n'y avait giière que moi qui fusse un peu de sang-froid j on avait tout à fait oublié la conduite du navire; nous étions cependant au bout -de notre bordée et près de nous jeter sur les rochers ; je m'en aperçus et criai bientôt à mon tour: Amau! car le danger était pressant. La situation était assez extraordinaire ; un incendie , une explosion imminente d'un côte; un combat et un naufrage de l'autre. On saula vite à la mafiœuVre et nous réusstmes à virer de bord. On éteignit le feu qui avait pris h une couverture de coton qui se consumait très-innocemment sur les barriques de poudre. On força tes Turcs à s'embrasser, et Dieu aidant , nous ïntmes en- ^ron trois heures pour les deux milles qui nous séparaient de Moudania , où nous arrivâmes pendant la nuit.
\2 février. Je partis le 12 février au matin avec
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trois chevaux, sgns surudgis (1), et le soir j'arrivai ^ Brousse où M. Crépin(2)ine donnal'liospitalité. La plaine de Brousse est bien loin d'être entièremept cultivée; il n'y a que la partie la mieux arrosée qui soit plantée en mûriers; cependant noti'e capitaine m'assiira ijne la culture avait fait de grands progrès depuis une quinzaine d'années , et que par cuite l'air était devenu bien meilleur, tellement qu'on n'y connaît plus les fièvres qui autrefois y faisaient beaucoup de ravages. Cet avantage est dû , Il est vrai , en grande partie , à ce qu'on a défendu la culture du .rïz>
La population de Brousse ne s'élève pas à moins de cent mille habitants. Les Turcs y sont en grande majorité; le reste se compose d'Arméniens schismatiques, de catholiques (environ cinq à six cents), de Grecs et de juifs. Le principal produit de Brousse consiste en soie : il s'en exporte pour une valeur de 25 millions de francs, principalement en France et en Angleterre où elle sert à faire la trame ; elle ne peut être employée pour les organsins, parce qu'elle est mal
(1) Guides, palefreniei'S.
(2) M. CrépÎD , négociant d'origine française , établi depuis langtempi à Brausn, y accueille les reyageun avec uneobligeance, dcmt j'ai eu moi-même à me louer en 1839. Il l'occupe aussi de botanique.
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140 RELATIONS DE VOVAOES
triée. On y fabrique aussi des étoffes en soie fort en usage dans le Levant ; ces étoffes sont fortes , à bon marché , et peuvent se laver. On en fait un commerce assez étendu dans toute la Turquie.
Il y a aussi un certain nombre de tanneries.
Brousse serait admirablement située pour une ville de fabrique , par l'abondance des eaux et du bois, et sa proximité de la mer.
Les avanies (1) sont loin d'avoir cessé dans ce pays , et quand on pense que le mutselim (2) ne touche que 250 piastres par moîs^ on conviendra qu'il est impossible qu'il n'y ait pas beaucoup de vexations commises. C'est à cet état de choses qu'est dii l'accroissement de la populatioiftde Brousse; les villageois s'y réfugient pour s'y mettre un peu plus en sûreté. Les villages Turcs sont les premiers abandonnés ; dans ceux où il y a des Grecs et des Turcs , ceuxci sont toujours les premiwsàquilter'la place; bien souvent les Grecs restent seuls^ et comme ils sont actifs et laborieux, ils résistent aux avanies que le Turc indolent et apathique ne peut supporter. Plusieurs villages autour de Brousse
(1] Cette e](^«8Sion est employée par les Levantins pour désigner les tiïbuts illé^ux qu^ les goaTO-neura lèvent snr leurs administrés.
(2) Gouverneur de h. ville.
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sont dans-ce cas ; à Houdania même il n'y aprèsque plus de Turcs. '
Il y a ici un missionnàli-e-àméricain chargé de répandre la lumière de l'Ëvangile; ses efforts sont bien inutiles, c'est de l'argent mal employé.
Avant de partir de Constantinople j'avais fait prix avec un moucari (1) alé[>in (1050 piastres pour trois chevaux), pour me conduire en trente jours à Alep. Je croyais trouver les chevaux prêts àBrousse, mais ils étaient à dix heures delà, dans un village. Il fallut envoyer un exprès, ce qui me força à séjourner le 13.
14/emer. Une soirée à Brousse. — Je fus invité à une soirée chez un Grec d'Àlep. Nous trouvâmes en arrivant ti'ois musiciens qui jouaient l'un du violon, l'autre du psalterion (2), .et le troisième du nec , instrument turc à vent , de la forme d'une flûte, mais beaucoup plus long. Les premierss'accompagnaientde la voix ; les dames occupaient un côté du divan, et les hommes l'autre. On commença par nous servir les confitures avec le café, suivant l'usage, ensuite pendant toute la nuit, sans qu'on laissât un iiistant
(1) Ou moucre , conducteur de chametiux, et par extenûon muletier.
&) Sorte d'harmomca, raoutë avec des cordes de métal.
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les m&choires'se reposer, les dames présentèrent à tour de rôle des friandises , telles que dragées, pistaches, pâtisseries ) fruits secs et confits, accompagnés dé petits verres de vin et de liqueurs si souvent réitérés, que la plupart des hommes étaient à peu près gris. Ou dansa la Romaika(t) en se tenant aVec des mouchoirs j un bouffon vint ensuite qili imita un juif priant dans la synagogue ^ les juifs sont le plastron favori dans les farces de l'Orient. Un habitant d'Alep nous exécuta seul une danse à caractère; et après que l'on eut pris le thé avec force rhum , la musique nous reconduisit chez nous.
Suivant le maréchal Marmont Brousse en 1834, le mont 01yni[ nie (2) a 140Ï' toises au-dessus du mer (3).
i5 février. Départ de Brousse. Je que quatre heures pour aller coucher à Aksoii , petit village qui compte à peine 50 maisons ; j'ai fait route pour le nord-est et longé ta chaîne deFOlympe. À l'extrémité de la plaine de Brousse
(1) La danse grecque.
(2J Aucher Eloy n'a point visité l'Olympe dans ce Toyage: il y Avait herborisé 'à pluaiOurd reprises dons les uméei "ptécédentes.
(3) D'aprte let raiRei(n«iii«it8 donnés par M, U oolenel Vapie cette hauteur serait de 2,578 mètres.
se trouve une petite forêt de chàlaigniers et de chênes dont on extrait quelques planches. La plaine est assez bien cultivée en mûriers et en vignes.
iB/évrier. Route à l*est. Nous nous trouTons dans une belle plaine bien cultivée, derrière l'Olympe (1); je ne fais que quatre heures et vais coucher à Veni-keui, bourg avec un bazar; ou cultive le mûrier autour du village (2).
\7 février. Route au sud. Plaine magnifique ar osée par une petite rivière ; quelques villages de belle apparence autour desquels on cultive le mûrier ; je ne fis que trois heures et allai coucher à KourouckouTidoun, petit village. Coi^versation de mon hôte avec ses amis à mon sujet : les Français , disait-il , sont des gens dangereux : ils ont enlevé l'Algérie, la Morée au sultan Mahmout ; ils parcourent te pays pour voir ce qui leur convient. Si c^était mon affaire, on ne laisserait pas passer celui-ci sans savoir s'il a des firmans.
18/èVrîer. Route est. Je gravisune montagne assez élevée , couverte de chênes; je redescendis
(I ) C'«t-â-dlre lut- le tfOTattt Oriental du eol d'Aluou. (3) Lk culture du rÎB réusilt aisA bien dans les mui d'Yeni-keui ; elle se contiuue dans le district tout entier. (JVbfe dé la. Te3^».)
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fort peu et allai coucher à Bazardjik^ petit village turc avec deux khans , et une mosquée : je fis ce jpuy-Ià cinq heures.
\9 février. Dodorga^ 7 heures. Misérable vil' lage dont tes maisons moitié abandonnées sont construites avecdes troncs d'arbres non équarris. Nous avons traversé pendant deux heures une gorge arrosée par un ruisseau , ensuite une montagne assez élevée.
20/évrier. Seid Omar, six heures. Nous gravissons une haute montagne couverte de beaux pinsj formant le dernier contre-fort de la vaste , ceinture de montagnes qui soutient le plateau de l'Asie Mineure; nous redescendons fort peu. La terre est couverte de plusieurs pieds de neige. Jusqu'ici les montages étaient formées de schiste dur, semblable à celui des montagnes du Bosphore; à Sèid-Omar, les collines sont composées de schiste jaspoïde , dont les débris rendent le sol rouge; ensuite vient le schiste argileux qui forme les montagnes nues et monotones du plateau. A moitié chemin un village aussi misérable que Dordoga. Celui de Seid-Omar 6st en pierre, horriblement mal construit.
2i février. Je traversai un grand nombre de collines argileuses tout à fait nues , et j'aperçus au loin Koutaya, bâtie dans une plaine immense et adossée à^e hautes montagnes, suite de la
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chaîne de l'Olympe. Cette plaine est très-fertile et assez bien cultivée en céréales. L4 ville est grande , mais mal bâtîe, remplie d'tmmondiees, de cadavres d'animaux, enfin une ville turque; il y a beaucoup de Grecs, un château en ruine sur la montagne. Je fis ce jour ^ là quatre heures.
22 février. Nous suivons la plaine de Konlaya , nous passons une petite fnontagne, et descendons ensuite dans tme vallée où coule un rui^ seau d'eau chaude qui n'a aucun mauvais goût. . il y à là un banc de schiste tégulaire (ardoise): Nous remontons un peu , et nous arrivons dans une plaine sans fin , tout à fait déserte et sans culture. Il y végète une espèce de chêne qui ne s'élève pas au delà de la taille d'un arbrisseau (1), et surtout le Junipems kispanica (2) qui acquiert, quelquefois d'assez grandes diniensiims. J'en remarquai plusieurs plantés en rond , probablement autour de quelque tombeau de saint musulman, et qui paraissaient l'objet d'une certaine vénération , s'il faut en jugei' par toutes les pièces d'étpffes qui y sont attachées. Les musul-
(1) Cette indicaUciu est trop Tague pour qu'elle puisse servir ù déternûner l'espèce i les coUecUons d'Auclier Éloy ne contiennent pas d'cclianti lions de cette localité;
(2) A'oy. note, page 67.
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mans s'imaginent que l'arbre sur leqaol est attachée une. partie dq TétemeDt d'un malade se chargera du mal; ils ont la même superstition à l'égard des tombeaux de quelques-uns de leurs saints (1). Mous trouvâmes en route un Tiilage en ruine; il y reste deux ou trctis maisons habitées par des pâtres. Nous Vînmes coucher k Tchakemrsix ^ petit village de quelque maisohs à moitié minées, prèsd'nn marais; j'y eus cependant un assez bon kohak (2).
^fév. Aphioam-Sara-afaiw, neuf faevres.
Toujours même solitude et mémeabandoR ; après trois heures, un grabd village ruiné; il y reste à peine donre maisons habitées. Trms henres plUs loin , un village en meilleur état à toits plats : le sol commence à ^tre un peu cultivé , ce qui
• continue jusqu'à Kara-Hissar. Une heure avant d'arriver à celte ville , près dû village de Baha" baUa , sur un pont de l'Akar-Sott (petite rivière qui prend sasonrcedanisla chaîne formant cou'tinnation de rOl3rmpe, et vase jeter dans un lac â J-k-Chéher) ^on voitune pîerrecarréeen mai^>re
(1) Cela s'appelle liar la maladie, et se prUii]ue siutout pour les fièvres intermittentes. On amène le malade près du liea en renom , et tmdto i]u'Qb derviche pmionce la prière d'uu^, on lie un lambeHU dVtoffe k la branche 4e l'arbre ou à i]iiel:[tie partie i1h tombeau. ( iVoft de M, Taeitr.)
(2) fliaisonjgîlc.
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blanc , portant deux, personnages en pied, tronqués par les Turcs ; en bas un dessin effacé, mais que je crois représenter des instruments d'agriculture, et en haut, dans un coin échancré, ILVniTO en belles lettres gi^cques. Les rochers et les montagnes autour de Kara-Hissar sont formés de roches micacées et talqueuses, dont quelques-unes ont épronvé évidemment l'action du feu, ce qui annoncerait l'existence d'un ancien volcan. Le nom de Kara-Hissar (1) vient évidemment de la couleur de ces rochers. La ville est construite autour d'un énorme rocher isolé et très - escarpé , sur le sommet .duquel on a foàti un château fort. On ne conçoit pas d'abord comment il a été possible de le nicher là. C'était certainement une position inexpugnable.
2A février. J'employai le séjour que je iîs à
(1) Château Noir, n y a pliiràeun villes de oe nom en Ane Mineure. Celle-ci eit déaignée par les Turcs bous le nom d'Aphioum -Kara- Hissar, le Château Noir de l'Opium, comme chef- lieu du district où se cultivait le pavot A opium. Ces ^mduits ayant été accaparés par le monopole, et l'exp^tation en ayant conûdânblement diminué depuis la goene de Chioe, le district de Kara-Hissar ne cultive plus la dbûème parde du terrùn qui était autrefois consacré à ces produits. La montagne du château estdueà un épanchement trachytique d'a& noir violet.
tiVo/ede^. ï'Mier.)
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Kara-Hissar à visiter cette citadelle ; j'y passai par un chemin pratiqué à pic dans le rocher; j'y trouvai plusieurs débris d'antiquités , en bas^ un torse d'homme @t un lion en marbre blanc , et des débris à la sommité, probablement ceux d'un petit temple. Sur une pierre qui a dd servir d'entablement sont sculptées plusieurs figures symboliques, un oiseau tenant une plante dans le bec, deux lions, dont l'un a des ailes, et un homme tenant une couronne. Kara-Hissar, spivant l'estimation des habitants, a 10,000 maisons, ce qui me parait exagéré ; 13 mosquées. 11 y a 500 Arméniens ;' le reste est Turc. On exerça envers moi l'hospitalité en m'appelant giaour! et keupeck (1)1 chaque fois que je sortais. Je logeai dans un khan aussi sale que tout le reste de la ville.
25 février. Continuation de la même plaine, et à peu près même abandon ; deux villages sur la route* dont un absolument en ruine; quelques faibles troupeaux errent dans ces solitudes.
Oiaban-keui, neuf heures : village avec les restes d'une belle mosquée, dont le portail est à peu près entier, et un beau khan dont la voâte est défoncée. Saleté horrible , délabrement général.
(1) Gituner veut diie iofidèle,- laupeek signifie chien.
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TIè février. Jk-Cheher, inéme plaine. Plusieurs grands villages au pied de la montage , à l'entrée des Tallëes; les terres sont assez mal cultivées, mais je vois, de loin en loin, d'immenses jardins entourés de murs et plantés d'arbres à fruits et de peupliers que je prenais de loin, dans cette saison, pour des minarets. Ces arbres paraissent fournir la plus grande partie de la nourriture deshabitslnits. Ak-Chefaer, petite ville bien sale et couverte de décombres, au milieu de ver-gers qui sont eux-mêmes fort mal entretenus; ruines de mosquées , de médressées , de khans , de tombeaux, etc. — Neuf heures; 600 Turcs, 200 Arméniens. Le lac est à peu près à deux heures de la ville.
27 février. Même plaine ; quelques villages , vergers plus rares , quelques champs cultivés. Jrkitkhan, village turc, six heures. Lé soir,suivant l'usage, les habitants viennent, attirés par la curiosité , ^s'accroupir en cercle autour de la cheminée et remplir la chambre de fumée.
Sottes questions; importunité; rires indécents; quand on parle de moi , c'est toujours en se servant de l'épithètc de giaour. Si je fais un mouvement, tout le monde est en émoi; il s'est gratté l'oreille! il a bâillé! Lors de mon repas, on compte mes bouchées et combien de fois je bois. En me servant de ma fourchette, si je laisse
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tomber quelque chose sur ma serviette , ce sont des rires h n'en plus finir, etc.
SSyéVner.MdmepIaine; JitroisheuresenTÎron, eaux thermales , avec les ruines de plusieurs beaux bains, dont uu seul, à moitié ruiné, sert encore; comme c'était le samedi, lendemain du jour consacré par le prophète au devoir conjugal, le bain était rempli de femmes ; je n'y pus entrer. Ces eaux nesont point sulfureuses. La campagne est peu cultivée et entièrement nue , mais la chaîne boisée de l'Olympe n'étant pas loin , tout le pays brûle du bois. Aiach^ neuf heures : bourg situé sur unecolliiie, aucun arbre à l'en- . tour ; il doit y faire une chaleur horrible en été.
1" mars. A quatre heures d'Aiach , Ladik{\)j village presque ruiné, bàtî sur une émtnence ; les murs des maisons , le soi , le cimetière , tout est couvert de marbres antiques avec inscriptions. Il y aurait pour plusieurs jours à les relever : il faut laisser cette besogne à M. Texier : chacun son affaire. Environ une heure plus loin, village depuis longtemps en ruine; il ne reste plus que des tas de pierre et le cimetière ; quelques inscription sur la route. En sortant de Ladik, le sol est légèrement montueux. Nous allons cou-
(1 ) Gtst l'anoauie loodJoM eeu^mta.
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EPf ORIENT. 151
oheràciitqlteurespIusloinidansuakbftnRQmnié Dokous-Kbao, ea ruine comme tons les autres, près du champ de bataille entre les Turcs et Méhém&t-JUi boulets sur U route et mitraille. Ce khan ne tarda pas à s'emplir de chameaux et surtout d'une nuée d'Ânes dont les voix harmo-; nieuses nous donnèrent pendant la nuit un concert. Les conducteurs furent bien supppjs de trouver là un personnage aussi extraordinaire que moi; ils commencèrent à rire aux éclats, et, comme on peut le croire, la conversation ne roula tonte la soirée que sur moi et les giaours. N'ayant rien de mieux à faire , je prêtai l'oreille à leurs sots discours , tout en paraissant m' endormir pour ne point les gêner. Un d'entre eux qui avait étéà Smyrne, et qui par conséquent avait vu desgiaours, fut le principal interlocuteur, etses récits excitèrent à la fois la surprise, Tindignation et l'hilarité parmi les autres. Ima^lnea-vous, leur diaait^il, que toutes les femmes des Francs sont des dévergondées; elles courent librement dans les rues à visage découvert, quelquefois bras dessus , bras dessous , avec des hommes. Quand un Franc voit dans làrue une Franque, si elle lui plaitjilvaàelle, lui parle,laprendparlamain,
l'emmène, et puis ; du resta ils ne sont pas
jaloux : moi qui vous parle , j'en ai vn an à Smyrne de mes yeux qui tenait une femme sous
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le bras; eh bien ! il la céda à un autre sans la moiodre difficulté...— Oualla! s'écria un autre, mais ces giaours ne doivent pas connaître leurs enfants ? —Ëst^» que vous voyez les chiens s'occuper de leurs petits? — C'est vrai, ils ne les connaissent pas, s'écria la. foule, dont ce trait avait excité le rire, -r- Comme ça, lia ne se marient pas ? — Ah bien oui ! se marier. Quand on vous dit que toutes les femmes sont en commun chez eux. — 'Que nous sommes heureux, nous autres; d'être musulmans, et d'avoir des femmes ^ussi sages ! (Ainsi, aimables et pudiques. Européennes , tendres mères de famille , fidèles époujses, c'est dans les harems de l'Orient, dans cette école de la modestie que vous devez aller apprendre à exercer lés vertus qui font la gloire de votre sexe!) — Mais que viennent-ils faire chçz nous? est-ce que nous allons chez eux? — Ah ! effendis! ils viennent enlever tout ce que nous avons. A Smyme et partout ailleurs ils chaînent (tes bâtiments qui portent dans leur pays du pain , et tout ce qui sert à vivre , car chez eux il n'y a rien de tout cela. On y trouve des étoffes imprimées et toutes sortes de manirfactures , car ils sont adroits , . ces chiens-là! mais cependant on ' ne vit pas avec des manufactures , et sans nous i|s mourraient de f^m. — Hais pourquoi , dit un autre, .ont-ils tant d'argent, ces infidèles? Âh,!
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De savez-Tous pas que cet argent vient de nous? 74e voyez-vous pas que plus nous devenons pauvres , plus ils deviennent riches ï — A cet argument sans réplique , ils tournaient vers moi des yeux pleins de colère, en disant à demi-voix sictir (1)! Là conversation roula ensuite sot la religion musulmane que nous voulions détruire, sur le vin dont nous. faisions usage, sur les pays que nous voulions prendre, etc., etc. Mais le sommeil s'empara de moi , et je perdis, sans doute beaucoup à ne pas-avoir entendu le reste. — Ce sont là, me direz-vous, des idées de chameliers et d'âniers : ne croyez pas cependant que ces idées soient particuUères à ces gens-Ut : elles sont partagées par la masse de la nation.
2 mars. Konieh. Nous nous trouvons dans la plaine immense de Konieh, champ de hataille admirable : vue de XArgeh et des sommités élevées du Taurus. -^ Konieh, quatre heures:
grande et vilaine ville dont la moitié , mosquées, khans, médressées, tombe en ruine. Les tombeaux autrefois très-beaux sont en partie abandonnés; tout s'en va (2). — Population compo-
(1) Etprenion de mépris.
(2) Konieh , clief-lieu du p&chalik de ce nom , réùdence des sultans Seldjoucides , renferme encore de nombreux débris des monuments de cette époque, tous en ruine.
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sée de Turcs et d'Arm^iens (environ 10,009 hûbitanifit dit-OD^ mais qui le sait?) La ville regorgeait de troupes (10^,000 hommes); les khans étaient pleins. Je fus forcé de coucher dans l'écurie avec mes chevaux. — Grossièreté des habitants ; injures qui m'accompagnent partout, ce que j'attribue à mon costume.
Voulant cependant Visiter la ville et ne pas être exposé. à de nouvelles insultes, je me coiffai avec un'fez, puis une veste àla I^izam (1), et de cette manière je me trouvai réellement assez semblable à un Turc de Constantinople ; mais il faut qu'il règne autour d'un Franc une aimosphèreparticulièrOjOuquelHearaitmarqnéd'un sceau réprobateur, car à peiife me trouvai-je sur la place publique que de tous côtés les rires et les cris de giaour, de chien, retentirent à mes oreilles. J'étais indigné, quoique non effrayé, car je n'ignorais pas que personne n'aurait l'audace de me toucher : dans ce moment je vis en
On y remarqué la mosqu^ bâtie par le suluc Ala-£ddin. Cette ville co;ii;erTe eccoie beaucoup d'importance soua le point devuë religieux, car elle est la résidence du grand cheik des derviches mewleriou tourneurs qui a le privil^e de ceindre l'épée au sultan le jour où il monte sur le trdne. f^oy. mes lettres écrites d'Orient en 1839. Revue du Dttix Monde», lévTKtiUl.
(l>Troupet régulières, voy. note 2, pageâ7.
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m ORIENT. tdâ
bc& de moi uh soldât «yii oie i^arrait le passage en me riant au nez d'une manière insolente ; il y eut une telle force d'attraction entre ma main et cette impertinente figure , et je lançai au soldat un soufQet si vigoureux^ qu'il tomba ii la renverse : à peine ce, coup fut-il porté que je, compris le danger de ma position; la place était emcombrée de soldats etd'ljabîtauts. Cependant, bien convaincu qu'il ne faut jamais montrer de peur devant les Turcs , je me retournai avec une contenance ferme du côté d'oîi partaient les cris que mon action venait d'exciter, et levant ma canne , je leur dis avec foi^e -: Taisez-vous , chiens, si vous ne voulez tous être bàtonnés. Le silence régna aussitôt dam toute la place, et fier de ma victoire, j'achevai le tour de la place, maître du champ de bataille, sans <)ue personne osât soufiler. Cependant, en guerriçr prudent, je battis aussitôt après en retraite, et rentrai dans mon écurie pour n'en plus sortir que le lendemain à la pointe du jour- Cette petite aventure prouve que le Turc est aussi lâche quand il vous supposequelqneautorité, qu'il est insolentquand vous, êtes sans défense.
3 mars. Je suivis la plaine qui est entièrement déserte. Sa monotonie est cependant corrigée par de beaux effets de mirage dus à des vapeurs qui s'élèvent de la terre et réfléchissent U lu-
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mièredusoleiL Fendant toute lajonmëe, le mont ^rgeh est en Yue ; le soir, au soleil couchant , il me présenta un spectacle admirable. Il ressemblait {i une magnifique tente tendue au milieu de la plaine ; les rayons du soleilie teignent de mille couleurs. La terre est desséchée comme dans les chaleurs de l'été. Les deux affluents du Kizil-IiTnak marqués^ur les cartes , sont à sec ; c'est en avril et mai , époque des ploies et de la fonte des neiges du Taurus, que la campagne se ranime. —Je vinç coucher à Ismil , gros village , douze heures.
4 mars. Héme plaine ■- injures et malédictions de tous les passants; je les fais taire en les me-, naçant. Je rencontre un mutselim qui se rendait à son poste de Nigdeh; il était accompagné d'une nombreuse suite et d'un fou chaîné de charmer les ennuis du voyage. Lui et tous ses gens me 0rent des politesses. Après neuf heures de marche, nous arrivâmes à Karapia , bourg naturellement défendu par de nombreuses collines volcaniques et par des marais situés au nord. Cette position est importante pour empêcher le passage ; aussi s'en est-on servi pendant la dernière guerre, et y voit-on de nombreux retranchements en terre, construits dans les endroits découvertç, ainsi que deux vieilles tours sur une des collines les plus élevées.
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5 mars. A une heure environ de Karapia^ on voit un large et profond enfoncement circulaire , du fond duquel s'élève un cône volcanique surmonté de son cratère : l'enfoncement est rempli par les eaux pluviales qui ceignent des deux côtés la base du petit volcan , ce qui fait un assez bel effet. Tout ici est volcanique, et pendant plus de trois heures on ne marche que sur un sol formé de détritus de lave. Ce terrain volcanique repose sur du schiste luisant. On rentre ensuite dans la plaine argileuse : elle forme un vaste cirque entouré , excepté au nor.d - ouest , de hautes montagnes. Mes chevaux étant fatigués, nous résolûmes de passer la nuit dans un village habité par des Turcs pasteurs qui gagnent les montagnes pendant l'été , à la manière des Turcomans. Leurs femmes me parurent jolies; elles ne se cachent point la 0gure , pas .même le sein.
A notre arrivée , des chiens féroces se jetèrent sur nos chevaux et les mordirent à outrance, sans qu'aucun villageois cherchât à les apaiser. On nous indiqua une maison où l'on recevait ordinairement les voyageurs , mais à ma vue on se barricada à l'intérieur, et je ne pus trouver à mé mettre à l'abri qu'en promettant beaucoup de . paras , mais ce mot étant vague, il fallut que j'articulasse â piastres : on me reçut donc à ce prix. Tout le village fut bientôt réuni
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150 tlELATI(»IS DE VOTAGES
autour de ihoi : les hommes , les femmes , les enfants, toas poussaient des ciis d'étonnement; on De me fit aucune iDJure , mais ces gens poussaient à l'excès leur importunité. Quand il fallut se procurer de la paille et de l'orge pour les cheranx , on déclara qu'il n'y en avait pas , ce qui , suivant toutes les apparences, n'était pas vrai , puisqu'il y avait des chevaux dans le village. En donnant beaucoup d'argent on n'en aurait pas manqué, mais comme le catergi n'était pas disposé à rien payer au delà de sa valeur, il me proposa d'aller le soir même coucher à ^/-eft/i : j'acceptai , trop heureux d'échapper aux importunités de ces paysans inhospitaliers, quoiqu'il ne fût pai très-prudent de s'engager tard dans une plaine marécageuse. Cependant nous arrivâmes heureiisement à Erekli au commencement de la nuit, après trois heures de marche. Eretli est tin bourg habité par des Turcs et des Arméniens. Il est bâti au milien de vastes vergers , au pied du Taurus, ayant le mont Jrgek en face.
6 mari. Séjour. ■ -
7 mars. La plaine se prolonge encore un peu en sortant d'Brekli , et on entre ensuite dans le
1 Taurus. On voit à quelque distance de la route deux petits villages ,• du reste , le sol est inculte. |A cinq Heures, village avec quelques champs
ESi œUBNT. u»
cuItÎTës; qteftbre heures ^us loin, Olukiohia{\)^ mauvais village à l'entrée d'une vallëe, «vec wi grand khan dont la moitié est niinée.
8 mars. La vallée où je suis oitré la veille est bien cultivée ; beaucoup d'arbres fruitiers et da peupliers, plusieurs khans entièrement ruiaés; trois ponts en boa état ainsi que la route , ce qu'il faut attribuer au passage des troupes ;da reste, rien n'est ici plus facile que de faire une bonne route. La vallée se rétrécit de plus en plus ; elle est formée par les montagnes à pic volcaniques dont la neige tait ressortir la couleur noire ; ce paysage est très-«auvage : un« rivière coule au fond. Après dix heures de marche, nous arrivons à Yeni-khan> premier corps de gardé du pacha (2). Ce khan est très-mal construit; il y en a un immense et bien bâti à côté , mais ce dernier est totalement ruioé. Nous trouvâmes là plusieurs Rouméliotes (S), soldats salariés du pacha.
(I ) La grande ctacm.
(2) Le voyageur atteint ici la limite des poasexioiu que l'ai» rangement dp Kutahîa', en 1833 , avait reconnues â Méhëfflet- Ali.
(3) En quioast la Hâtée , Ibmhin-Pafllu ttonorra ia cni»mandement dei; Ainautcs ou Rouméliotes qui avaient fait la campagne ; il transporta ces troupes en Egypte , et elles lui ■CTVirant pour rassemlAer les tecme» destina à former llM premiers régiments réguliers ; luaisil neputjamais d fc ié cf Ift»
1«0 RELATKOIS DE VOYAGES
9 mars. Après avoir marche quelque temps dans la même Tallée , celle-ci change tout à coup de direction (no]rd-est)<t devient impraticable. Nous remontons un peu et redescendons ensuitedans une autre vallée où il y a un second corps de garde de Mehémet-Ali, puis un antreprès du Boghazoa défilé des Portes Syriennes; un peu avant d'y arriver, on trouve quatre batteries dans l'endroit le plus favorable pour défendrele passage. Il y a un grand nombre de mauvaises huttes qui servent de logement aux artilleurs et à' des mineurs occupés à exploiter des mines de plomb très-riches. Je passai ensuite les Portes Syriennes dont j'admirai l'aspect imposant : l'endroit le plus étroit n'a pas plus de trente pas ; de chaque côté les rochers forment une muraille d'une hauteur prodigieuse. Un torrent occupe tout lé passage et roulé d'énormes blocs de pierre. L'an dernier il y avait un pont et tout à côté un rocber portait une sculpture. Je n'ai plus rien retrouvé ; le pont aura été détruit ainsi que le rocher, probablement pour faciliter le passage des pièces d'artillerie.' La vallée continue à être pittoresque; j'ai remarqué à une grande hauteur un village perché comme un nid d'aigle ;
, Amautes eux-mêmes ni les Cretois à servir dans les troupes r^ulièns.
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EN OAIENT. i«i
la route est couverte de paysans et de soldats occupés à traîner, à l'aide de buffles, des pièces de canon (pour une pièce vingtK;iaq hommes et huit buffles); j'arrivai ce jour-là à A'ouA'oi^^i- Ar/i(m,khani£ioté, si sale et si infect que je prierai coucher sous un rocher. — ■ Onze heures.
Les portes syriennes m'ont vraiment ouvert le printemps ; à peine leseus-je passées que la neige disparut entièreinent : tout se ressentait des douces influences d'im autre climat;la hyacinthe orientale , Ja violette odorante , mille variétés de V Anémone coronaria , le Cyclamen persicum , quatre espèces de Crocus dônttrois sont char- . mantes et probablement nouvelles, forment de jolis parterres (I).
- 10 marf.Adana. On aperçoit plusieurs villages et des cultures; quelques sommités sont couronnées par de vieux forts. Après trois heures de marche, une station de soldats du pacha campés sous des ten%s , çt des paysans occupés à traîner de rartillerie. Après sîx.heures de route dans les dernières ondulations du Tauru9, j'arrive dans la fertile plaine de la Cilicie, d'abord mal cultivée , et ensuite très-soignée en approchant
(1)M«* 2137, 2128, 2139. Un habile et patient botaniste , M. 6ay, fw^Mre depuis longtemps la monographie de
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de ta ^lle. Adaria (f ), douze heures : grande ville «aie et mal bâtie ; 14,000 soldats dans la TÎUe, point de logement dans leskbans; Je suis obligé départager un mauvais rédnitavecun Arménien, avec lequel VOda Bachi(2) disputa longtemps pour m'obtenir cette faveur. Les habitants de la province ne ^'étant point reventes comme la plupaia des autres provinces nouvellement ccmquises, le pacha n'exigea d'eux que la moitié de ce qu'ils payai«it.atitrefbi$ à la Porte ; aussi a-t-il beaucoup de partisans dans ce pays-là. C'e!st une politique assez naturelle que.de se ménagerie peuple des provinces frontières. Le Sjkoun est dans cette saison une belle rivière.
1 1 mars. On passe la plaine sur un long et beau pont. Ën«ortant de la. ville, la campagne est assez bien cultivée , œaisbifflitôt elle devieut déserte ; on aperçoit cependant qndques petits villages. A quatre heures, Messis (d), village où la tOTre est ctiltivée passablement : SOOO soldats 7 sont réunis; je passe le fleuve sur un beau pont, dont deux arches ont été coupées et re*
(1) AucberÉloy, en 1834,3eTnidftnt deEcwiehi Alqp, a passé aussi par Adana et suivi le même Itinéraire, à partir de cette ville, P'oy. page ?7.
(3) Le cfaef des chambres ; c'est l'officif r chargé de )<^er des étrangers.
(3) L'ancienne Mopsuestia.
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construites en bois; de l'autre côté, à la tête du pcnit^un beau khan qui se ferme la nuit et oùie gardien me fit une petite avanie : je lui donnai les 10 paras qu'il me demandait pour ne p^s perdre de temps, mais avec accompagnement d'injures, ceqiiî lui. importait fort peu. Derrière le khan , est un grand village dont il ne reste que deux ou trois maisons. Le khan étant plein de soldats, je préférai aller coucher une heure plus loin en plein air. Il y avait d'ailleurs une caravane avec laquelle je me proposais de continuer ma route. — Cinq heures.
12 mars. Kousloula^' six. heures. Deux heures après Messis, on entre dans de basses montagnes et on se trouve ensuite dans une vaste plaine marécageuse^ où des tribus dé Turcpmans font paître de nombreux troupeaux; on s'élève ensuite un peu et on trouve un très-grand khan nommé Kousloula, dont les -trois quarts sont en ruine. Jhs nomades ont établi leurs tentes sur les'^écombres. J'avais l'ûatention de faire ro^te avec la caravane; mais comiUeelLe nefaîsait tout au plus que quatre heures par jour, je ne pus me décider à voyager si lentement et je continuai mon voyage dans la société d'un Arménien et d'un Arabe d'Alep. Nous cpuchâmes dans la mosquée du khan.
13 mars. Scanderoun(A\exanâren6). Nous
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descendimes quelque temps et nous nous trouvâmes sur les rives du golfe d'Jlexandrette, mais avant d'y arriver on remarque dans tine vallée sur la route une porte qui servait à défendre le passage. Cette côte est marécageuse , malsaine, et tout à fait abandonnée, cependant i) paraît qu'il n'en était pas ainsi autrefois, car on rencontré à chaque pas des ruines de forts, d'habitations , de digues qui 's'avancent dans la mer; Les paysans de la montagne de Païass (1) étaient en rébellion contre le pacha , p^rce que celui-ci avait voulu les désarmer : on avait envoyé contre eux uu régiment et dès Bédouins que le pacha emploie comnie troupes irrégulières, ils sont excellents quand il y a à piller; ce sont les Gosagues de Méhémèt-AK. A peu près à moitié chemin , nous fûmes arrêtés par quatre hommes armés jusqu'aux, dents qui nous demandèrent insolemment où nous allions, et comment nous osions voyager en si petit nombre dans cet endroit. Je leur répondis que nous n'avions pas peur, ce qui , était évidemment un mensonge, car mes comparons de voyage treml^aient de toutes leurs force$ : quant à moi, j'étais un peu plus résigné, mais fort inquiet.
<1) Faiumt partie de U chaîne de l'Aima Dagh, Amans des ancien!. '
jM,Goog.lc
EN ORlEMt. 185
Je leur montrai mes armes, en disant qu'avec cela nous leur tiendrions tête. Ils ne firent pas grand cas de mes bravades , et ils délibéraient s'ils devaient aussitôt me dépouiller, quand on aperçut à quelque distance un groupe d'individus qui approchaient. Craignant alors que la partie ne devint trop inégale pour eus, ils se décidèrent à nous quitter.
Neuf heures* Paiass, boui^ autrefois considérable, bâti sur une hauteur, maintenant abandonné et en mine : il y avait une forteresse et un grand khan; le bourg a appartenu à Âli-Bey, qui s'était rendu presque indépendant, il y a trente ans; lorsque les Turcs .marchèrent en Egypte contre les Français , ils n'osèrent pas passer par ^j-ass (i). Depuissamort, sesfUs ont perdu toute leur autorité; c'est cependant l'an d'eux qui est maintenant en révolte, mais avec pende monde. Je dinai,enpassantàSeaDderoun, chez l'agent consulaire de France. Ibrahim-Pacha, ayant l'intention de rétablir la ville, qui par la bonté de sa rade peut acquérir beaucoup d'importance, avait dû songer d'abord à assainir les environs. U avait chaire de ce travail l'agent
(1) Aucher Eloy, ayant siûtî les bords dugolfe, a dû passer par Ayau avant d'arriver à Païass.
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16e RELATIONS DE VOYAGES
consulaire, qui a quelques connaissances en ce genre; celui-ci détermina en effet le Mivean, mais le canal qui devait conduire les eaux à la mer ayant été fait avec de mauvais matériaux et sans murs de soutènement , lé mauvais temps agàtéletravailpendant Vhiver; lecanal s'estcomblé, et maintenant il faut ie recommencer; cependant l'étendue des marécages a été notablement réduite, et on peut espérer un plein succès. Pour attirer les habitants à Scanderoun , le pacha leur promet trois années franches de tout impôt. — On voit sur toute la côte un grand nombre de palmiers (1) qui végètent sans culture, ce qui fait penser qu'ils étaient cultivés autrefois : aujourd'hui ils. ne fournissent point de fruits, ou de très -mauvais. — 'Je me rendis le même soir à Baylan , trois heures , village dans une jolie position, sur le mont Jmanieh; j'allai coucher dans un café qui était plein de Turcs. Le lendemain' de très -bonne heure, les habitants vinrent prendre leur café et fumer leurs tchiboucks : comme le bruit qu'ils faisaient m'avait réveillé, je prêtai l'oreille à leur conversation : le mot giaour ! avait frappé plusieurs fois mes oreilles, je croyais qu'il était
(1) Phcmix dactylifera. Lin.
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EN OBIEMT. 167
question de moi , je me trompais; c'était à Ibrahim qu'ils douiai^at cette qualification. Us énuméraient les différences de prix dans les denrées depuis qu'il était leur maître avec l'ancien prix, et finissaient par maudire cet infidèle^ Je jngeai facilement par leurs discours qu'Ibrahim est en horreur parmi eux.
14 mars. DePaïàss, nous continuâmes notre route à travers àe» ^squets de myrtes, de lauriers, à"Andracknés, de Styrax^ etc.; nons redescendîmes sur les bords de la mer, où nous marchions sur les galets.
1 5 mars. Jntakié (Antioohe). Quand onest parvenu an sommet de la montagne ^ on aperçoit le lac d'Antioche, qui de là semble occuper toute la plaine. Pour y descendre, la route est horrible. A une demi-beure avant d'arriver à Karamourkhan , on voit à diroite de la route , sur un rocher, un ancien château fort nommé Sacras t il est de l'époque des croisades. Autour de ce fort est bâti un village. Karambur-khan est au pied de la montagne ; l'an dernier, il y avait encore quelques maisoas'tout auprès , mais cette année tout s'est réfugié à Bacras, à cause du passage des troupes. Le khan est à peu près ruiné ; il n'y a que six heures du khan à Antakié, mais nous en employâmes plus de huit, tant la route estmau-
,vaise. Les bords du lac sont garnis d'une belle
variété d'/rûi(1)> de Natxissuspofyanthosi^. — Antioche est dans une bel le position. Je descendis chez M. Georges Michaël , j'y trouvai un officier de la marine anglaise. M- Che^iey (3), et nn ingénieur français au service d'Angleterre , qui attendaient les bateaux à vapeur qui doivent naviguer sur l'Euphrate depuis Bir jusqn'à Bassora et retour.
16 man. En quittant Antioche , la route suit quelque temps les bords de l'Oronte ; je passai la nuit dans la chambre du gardien du pont de Demir Keuprous^Qu, sur rOrontet Le pont se ferme tous les soirs , etan-^essus de la porte se trouve la chamln^du ga^ien. — Quatre heures. Il y a près dn pont un petit village;' nous n'y trouvâmes plus d'habitants, parce qu'ils avaient foi à cause du passage, des troupes qui les dépovillaienL
17 mars. Dartah , dix heures. Continuation de la plaine d' Antioche. Monticules factices semés dans la plaine , sur la plupart desquels sont construits des villages on des habitations; il parait
(f) Bulbocodium, a* 2114.
(3) Chef de l'expéditkm nu •ont tracés sur U carte ann oriental, f^otr, pour lei déta du Journal of tke Gtograf ^oy. page 181, note.
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que» dans l'origine, ils avaient été élevés pour Apercevoir de plus loin l'ennemi et se défendre(l). — Nous nous enfonçons dans les marais : route affreuse. En sortant de la plaine , au pied de la petite chaîne de montagpaes qui supporte le plateau peu élevé d'Alep, on aperçoit sur la. droite, sur un rocber détaché de la montagne , un diàteau fort ruiné, du pied duquel sort une source d'eau chaude. Arrivé sur le plateau , le so! devient fortement ferrugineux : on commence à voir de nombreuses ruines de villes , de forteresses, de monastères du Bas-Empire et du temps des croisades. Les montagnes à droite et à gauche sont couvertes des mêmes ruines, et on voit de nombreuses cavernes créusées de main d'homme. J'ai remarqué surtout un vaste monastère avec une tour carrée , dont tout un c6té est encore debout : ces ruines , placées au milieu de solitudes, sont toujours un objet d'étonnement. Nous marchons, à travers les rochers , dans des sentiers tortueux , qui allongent beaucoup la route. Danah est un village entouré de ruines; nous eûmes beaucoup de peine à y trouver un konak. Je passe la nuit chez des Fellahs (2), an milieu de fMimes et d'enfants.
(1) Fby. pag. 174, note 1.
(2) Pajsan. Cette espreision n'est ordinairemeit edi[ilo)fe qu'en parlant dea pavana de race arabe de VEgyptle.
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170 KELATIONS DE VOYAGES
18 mars. Alep. La ronte continue à travers la métne plaine ; les vallolis et les endroits débarrassés de pierre sont d'une fertilité extraordinaire ; ils sont très-bien ciUtiTés. Beaucoup de Francs d*Âlep fournissent aux Fellahs des instruments, des bœufs , des semences, et partagent ensuite le produit avec eux. llsn'ont à payçr au pacbà qu*un certain droit [tour la terre qu'ils ont en culture. Alep, six heures. M. de Boûrvillê, consul de France à Tripoli , gérant en l'absence de M. Duval , titulaire d'Alep , me fait coucher atl couvent de Terre-Sainte.
Du 19 au 24 mars. Séjour à Alep. Le pays se soumet fort difficilement au nouveau gouvernement qui, jusqu'ici, n'a pasencore osé établir un monopole général; mais on sait positivement qu'il y tend. Déjà il a mis sur toutes les denrées des droits très -élevés, ce qui, joint au grand nombre de troupes qu'il entretient en Syrie, rend très-chers les objets de première nécessité. Le gouvernement s'embarrasse fort peu de blesser les usages et les opinions religieuses du peuple ; par exemple, il a établi ra/)â/;e (on ferme de l'impôt) pour l'eau-de-vie et le vin, articles qui autrefoisnese vendaient jamaispnbliquementen Syrie. Autrefois des peines très-gravesétaientencourues par ceux qui étaientconvaincus d'avoir fait commerce d'uu objet si expressément défendu par le
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{Coran. Le{[ouTernemeDt, pdm établir son monopole et rédnirç les habitants de la Syrie à la condition de serfs comme ceux de l'Egypte^ a besoin delesdésarmer,ce qui présente de grandes difficultés dans les pays de montagnes, et occasionne tous les jours de nouvelles révoltes. Les montagnards de Païass sont en pleine insurrection j^et on annonce aujourd'hui que les Druses se sent de nouveau soulevés. Le gouvernement vient d'envoyer des troupes , et il obtiendra plein succès. Le désarmement s'qpèrç d'upe manière dont on se fait peu d'idée. Celui d'Àlep est incroyable. L'ordre ayant été donné d'ôter à chaque habitant son fusil , il a fallu que ceux qui n'en avaient point en fournissent néanmoins un, sous peine d'être bàtonnés. il s'établit alors un grand commerce de fusils j ceux qui en possédaient plusieurs en vendaient à ceux qui n'en avaient pas, et ceux qui étaient tro^ pauvres pour en acheter, étaient bàtonnés à outrance. Néanmoins, comme beaucoup de musulmans ' avaient jusqu'à dix fusils chez eux, il est certain que lé désarmement est bien loin d'être complet. — Révolte de la montagne du Liban ^ les communications entre Tripoli et Latakié (I) sont interceptées ; les insurgés ont pillé des caravanes
(I) Laodicée des anciens.
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et tué quelques pèlerius chrétiens qui se rendaient à Jérusalem. La tribu des Ansarie vient de faire sa soumission. La cause de leur révolte est assez singulière: ils. ont découvert, disentils, dans une prophétie , que les Ânsarie étaient autrefois maîtres du monde, et que dansTanuée où nous sommes , ils devaient rentrer dans leur ancienne puissance : ils ont en conséquence ilommé pour sullan un Cheik très^-vénéré parmi eux , et se sont disposés à marcher sur Constantinople , mais ils n'ont pas tardé à reconuaitre là témérité de leur entreprisej à la première rencontre avec les troupes d'Ibrahim, ils ont été mis en déroute. Ibrahim n'a point accepté leur soumission. Il a donné l'ordre de les exterminer tous et de brûler leurs villages. Il n'en a excepté que les hommes propres à faire des soldats. Du reste, Méhémet-Ali vient d'essuyer une défaite dans le Hedjaz. Il s'est mis lui-même en campagne ; on retire quatre régiments de Syrie pour les porter sur l'Arabie (1).
25 mor;. La caravane pour Mardin tardant à partir à cause de la réquisition (fae le gouvernement
(l)neat fait mention id, comme note, d'une anecdote relatiTe m tmnbeau d'Aaron, et du respect inviolable de* Arabes pour leur* hâte*. Il n'esiUe pu & cet égard d'autres détails daiulemaniilcrit.
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avait faite de toutes les.bétes de somme poiirlè transport des .Fégiments qui vont dans rArabie* je résolus de mettre à pro0t le temps qu\ me restait pour faire mon excursion dans le désert. Au reste, le paysdepuisAIep jusqu'aux approches du golfe Persique n'est point, à proprement parler j le désert comme on l'entend des déserts de sable d'Egypte et d'Arabie; c'est au contraire une terre rouge , pierreuse il çst vrai , mais trèsfertile , absolument comme celle d' Alep ; au reste entièrement dépouillée de grands végétaux, à l'exception des bords de l'Euphrate, où il se trouve quelques forêts dont le chêne est la principale essence. Palmyre est bâtie sur un sol semblable , et ce désert est arrosé par de petits cours d'eau ; on peut y établir des puits partout. Il serait très-habitable, et il l'était autrefois, comme l'attestent les ruines nombreuses qu'on y trouve. i
Je as route à l'est et j'arrivai après 4 heures de marche à ^^re (1), gros village habité par des Arabes cultivateurs. Je trouvai sur ma route plusieurs villages ruinés ; toutes les maisons sont \en téità pain d«; sucre, cequî annonce des pluies violentes en hiver : ces cônes disposés en lignes font un effet singulier et tout à fait nouveau pour
[I ) (MÎTier ^crit i'phiri.
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m RELATIONS DE TOYAGES
des Européens. Je trouvai sur ma route une troupe de bohémiens Chinganë, dont les enfants étaient entièrement nns. La plaine est seméô comme celle d'Antioche de monticules factices élevés à côté des villages, ou des ruines de villages, et sur le sommet desquels estordinairement construite la mosquée (1), Les temples des faux dieux éta:ient probablement autrefois élevés sur les mêmes monticules, et c'est ce que veut dire sansdontèleshautslieuxdansrÉcriture(2). — Les femmes de Sflré ont la lèvre inférieure peinte en bleu et les ongles en rouge;quelques-unesontdes bouclesdans les narines. Je fus très-bien reçu par une femme -qui connaissait mon domestique. U y a un assez fort ruissean qui coule près de Sfiré ; du reste tonte la surface du terrain est impré-
les monticules pour établir leurs villages, parce que d'nua part ib pouvaient aperceroir de ptua loin lés ennemis , et que de l'autre ces terraina aont plvs uina dana la saison pluvieuse (A'ofe de M. Texier. ) '
(2) L'interprétation nous paraU im peu forcée , puisqu'il ne s'i^t ici que de monticules faits d* nudn d'bomtne.
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26thars. Je partis ■pour DJeboul, distaotde près de trois heures de Sliré; le sol devient de plus en plus salin; je trouvai sur ma route plusieurs fontaines et ruisseaux qui vont se reudredaus le lac de Djeboul (ElmeUo ah en arabe). CeTac est grandi on m'a assuré qu'il a.vait au moins lîO lieues de tour (1). i^es anciens géographes' n'en font point mention. Djeboul n'a plus d'habitants; les maisons sont cependant encore entassez bon éta};,lesol est excellent,ilyaprèsdulàcdetrèsriehes pâturages où ne paissent aucuns troupeaux ; c'est la crainte des Arabes qui a ffût fuir les habitants. Des nuées dç cousins muets (2) nous assaillirent et nous entrèrent dans les yeux et les oreilles. 11 y a à Djeboul un khan bâti à côté de deux collines de très-t>eau sel gemme qui fournit it la consommation d'Àlep.
Je ne ijie trouvais qu'à 1 heures de l'Ëuphrate ; j'eus un instant l'intention de m'y rendre , mais on m'en dissuada , le trajet présentant de grands dangers de la part de la tribu des Ànezi ; c'était un pâu trop de bonne heure pour la4>otaniqùe ; ce-
(1) Cette ëvaluation parait exagérée.
(2) Tout le monde conoalt le bourdonnement importun que font en volant les deus espèces de Cotutn de" France , le cousin commun ( Culex pipivns) j et le cotoin anndé C Cakx onnuIoAtj).
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|7« RELATIONS DE VOïAUëS
pendant c'est une localité trè»-intéressan!e et à recommander aux botanistes qui viendront après moi j il faudrait la TÎsiter au commencement de mai (1^ J'y cueillis promptement quelques plantes curieuses et peu connues : Hesperis angusti- .folia, Arenaria umbellata, j4stragutus tumiduSy qui forment de charmants petitsbuissOns ; Astraguius brackj^stachiSfValantiacUiatade tinsselqvà n'est point le Valantia hîspUia, comme De Candolle te suppose (2); la variété altiuscula de Vffutekinsia procumbens (3) sur lés bords du lac. Je revins le solr^ coucher à Sûre.
17 mars. Je partis le matiq pour retourner à Alep, et au lieu. de prendre la route par laquelle j'étais venu , je me dirigeai vers les basses montagnes pour g;agner la ville : j'ignorais que la veille les Arabes avaient enlevé 30 chameaux sur cette route. Du reste, c'était bien choisir mon temps , car il était à présumer que tes voleurs n'étaient plus là. Tout le pays derrière moi, présentant de superbes effets de mirage , les monticules dont la plaine est couverte parais-
(irOlirier et Bruguière ont fait U nielle route au mois de novembre 1794.
(3) De CandoUe ne donne qu'avec doute le sjnonyme de BuMel. (Prodr. 4, p. 614.) Cimparez f^oUmtîa arisktla, â'Audier, d' 670 , m Me$opotamià,
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saient de petites Des an milieu d'une vaste mer. Je remarquai que le mirage n'avait lieu que dans la partie imprégnée de sel; de tous les autres côtés il n'y en avait aucune apparence, ce qui semble prouver que le mirage n'est dû qu'à des exhalaisons salines. Après 'avoir fait quelques récoltes en plantes et en insectes, je fus de retour vers midi à Alep.
28,29, dOmars. Séjour.
Climat (TJlep. Pendant les mois de décembre, janvier et février, on éprouve assez ordinairement quelques froids; la neige couvre quelquefois la terre pendant une huitaine de jours et même plus longtemps ; l'abaissement du thermomètre ne dépasse pourtant guère un ou deux, degrés an-dessous de zéro; mais comme le vent est fort et qu'il vient des sommités glacées du Taurus , on éprouve des sensations de froid très-cuisantes. Les orangers né résistent pas en pleine terre ; on ne peut les conserver que dans les jardins de l'intérieur de la ville où cette année (hiver 1834 à 1835) ils ont beaucoup souffert. Vers la fin de février le printemps commence, et en mars la végétation est en activité : il fait pendant ce dernier mois des chaleurs assez fortes; mais souvent l'air se refroidit tout à coup, le vent devient piquant, et si on ne se couvre pas aussitôt on court le danger des maladies inflammatoires.
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1 7d RELATIONS DE VOYAGES
Au mois de juin les chaleurs sontinsupportablës, la campagne est brûlée. En g&iëral l'air d'Alep estpiir , mais il est vif, et ne convient nullement ' auxpersonnesdont la poitrine estfaible. Russel, qui a exerce longtemps la médecine à Alep, assure que presque toutes les maladies des indigènes proviennent des vers; on connaît le bouton d'Alep dont non^seulement les gens du pays , mais encore les étrangers qui y font un très-court séjourne peuvent se préserver (I).
Le commerce de laFVance , dans les mains des Français établis à Alep, était autrefois trèsconsidérable, maintenant on ne compte que deux ou trois maisons de notre nation qui ^fassent quelques aCTaires ; cependant, en somme, il se pourrait bien que la ccmsommation des articles français n'eût pas autant diminué qu'on pourrait le croire. Autrefois , les gens du pays ne faisaient point le commerce extérieur : aujourd'hui, on compte un grand nombre de maisons arabes qui ont leurs correspondants et même leurs agents particuliers à Marseille et dans quelques antres villes de France. L'économie de ces gens , leur manière de vivre à laquelle les négociants français ne pourraient se soumettre, donnent aux premiers un avantage considérable, et c'est
(1) ^oy. pageS6, JeurMldet«34.
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nne des causes qui ont forcé les Français à ra^ noncer au commerce d'Alep. Il est vrai de dir« aussi que le commerce anglais a fait de grands progrès dans le Levant et qu'il a dû contribuer beaucoup à réduire le nombre des maisons ù-ançaisei.
4 avril. Après aroir pa^ seize jours à Alep, la caravane se mit enfin en route; suiTant l'usa^ on partit à Vasr ( trois heures après midi) , et on, fit peu de chemin. Nous allâmes camper suc les bords de la rivière (1) qui sont, dans cet eudroit, assez agréables par leur verdure et leurs
5 avril. Nous fbnes à peine cinq heures , cw dans cette saison les car avtmes vont avec une lenteur désespérante pour un voyageur un peu {M-essé, l«l que moi. ^onaa fîmes r&ttle à travens des rochers et vînmes camper près d'un missean, bob loin jie tentes d'Arabes.
6 avril. Le pays est bien cultivé et d'une admirable fertilité; on aperçoit detouB côtés denombrenxviHages qui paradsseBteu banétat. Us sont habitueUement bâtis au pied ou sûr le pencliaiit d'un monticule factice qui était entouré de murailles et de fossés, et servait aubrefois à défendre
(1) Le Kalik, qui se perd dans les sablet au sud d'Alep.
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180 RELATIONS DE VOÏAfiES
les habitants contre les attaques des Arabes (1). Quelques-uns de ces monticules ont encore leurs murailles. La Gilicie , la Syrie , la Mésopotamie, . sont couvertes de ces monticules. Je remarquai quelques villages à toits en pain de sucre, maisen général ils sont tous plats. — Cinq heures au plus.
7 avril. Continuation de la même plaine , belle culture, villages nombreux ; après quatre heures , lentes d'Arabes ; le pays est inculte.
S avril. Même abandon -, quoique le sol .soit très^ertile. La caravane est inquiète , parce qae les Bédouins viennent quelquefois exercer leur brigandage dans cet endroit. Nous campons à quelques heures de TEupfarate. Depuis Alep, le plateau s'est toujours élevé, le sol n'a point changé de nature, il est toujours calcaire, très-pierreux et recouvert d'une terre rouge très-l^re et fertile.
9 avril. Nous venons camper sur les bords d'un affluent de FEuphrate , à cdté d'un pont. Le calcaire (craie) est fort tendre : la végétation est peu avancée et sans intérêt. Les matinées sont très-
-froides.
10 avril. B^ OU Biredjik. Le pays est assez biea cultivé. Nous arrivâmes , après trois heures de marche, sur l'Euphrate. Nous en passâmes au gué
(1) Fv^. page 174, note 1.
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une partie pour gftgner nneUe sablonneuse où nous nous embarquâmes pour BiFédjik (1), b&ti sor la rive opposée (ancienne Birtha). Cette ville possède une grande forteresse construite sur un rocher doiit l'Eupbrate baigne le pied; du reste, elle tombe en ruines comme les murailles de la ville, auxquelles on a fait , depuis peu , quelques réparations pitoyables. La ville est enfort mauvais état; elle peut avoir 3 ou 4,000 habitants , presque tons Turcs. On y voit beaucoup d'habitations pratiquées dans le rocher. A mon débarquement , je fus empoigné par denx soldats , qui me conduisirent devant le gouverneur à la citadelle, afin que j'exhibasse mon teskéré. C'était un vieillard qui me reçut assez bien : il me lit apporter le café et la pipe. En sortant , les domestiques vinrent m'entourer pour avoir un bakchich, mais je crus que je n'y étais point obligé pour une visite forcée, ce qui les mécontenta beaucoup. A la porte extérieure, lés soldats me présentèrent les armes, mais comme je me disposais à passer outre , ils croisèrent la baïon-
(1) C'est aaprèt de Bir qu« le colonel Chesney , ^oy, page 168 , note 3, établit son entrepôt de Fort-William ; les bMeaux à vapeur en fer desdoés à la Davigation de l'Euphrate, comtruils en Angleterre, furent transportée par pièces i l'embouchuie de rOroniê , etdelàiparkscound'eauctpv terre , jl Fmt-WîUiain.
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nette et m'ui^tèrent tont conrt. Je leur demandai ce que cela signi0ait et s'ils saTsiait bien & quoi ils s'exposaient en agissant ainsi ; ce peu de paroles suffit et ils me laissèrent aller. Nous allâmes camper k un quart d'heure de Biredjik , à C6t^ d'une fontaiDO et près de nombreux jardins , disposés par gradins sur la montagne et où Ton cultive la vigne et des arbres fruitiers.
11 avrîL Le rocher est presque à nu, et le pays est coupe par de nombreux ravins qui conduisent les eaux à l'Ëupbrate. Nous traversons de basses montagnes : les vallées sont très-marécageuses et peu susceptibles de culture; nous marchons à peu près quatre heures, et venons çampersur les bords d'un ruisseau. -
1 2 avril. Le sol devient meilleur et le pays est passablement cultivé.
1 3 avril. Pays sans culture. Sur la route ruines d'un vaste khan, qu'on nomme Outrmelekkkan et que, chose extraordinaire, on s'apprêtait à reconstruire ; les matériaux étaient en partie réni;iis. On trouve sur la route plusieurs puits très-firofmids , dans lesquels on descend par des chemins inclinés, fort commodes et fort bien creusés dans la roche. Nous campâmes près d'na de ces puits ^ nos vivres étant épuisés, Je fis cuire au beutre de jeunes tiges de 6un-
■ EN ORIENT. m
délia Toumefortu, qui me parurent d^icleuses et d'nn goût plus délicat que l'artichaut (1).
14 avril. Orfa. Nous graTissons des rochers escarpes et allons camper sur une hauteur au pied de laquelle est bâtie Orfa. Tonte cette montagne calcaire estcreuséeparlamainderhomme, pouryfairedes habitations ou peut-être des tombeaux. Il y a , de tous côtés , de belles citernes , et la route ellë-méme a été taillée dans le rocher. Orfa était l'Edessa des Grecs, VUr des Chaldéens, d'où Abraham vint demeurer dans l'Ha^ ran; Nemrod passe pour en avoir été le fondateur. Avant la conquête qu'en firent les Romains , c'était la capitale de l'Osroâne. Depuis la courquéte d'Alexandre ^a population fut mélangée avec des Arméniens, des Syriens, des Arabes, et sous les Saladin , elle prït le nom de Dessa. Feu après , en 1097, elle devint une principauté frsnque qui subsista cinquante-quatre ans : les comtes de Dessa étaientde la famille des Courtenay.
Orfa est située à l'entrée des goi^s de la montagne^ et peut être regardée comme la clef de la Syrie et de la Mésopotamie ; elle est ceinte de murailles en mauvais état , et pourvue d'une ci-
{l)N-3484. Le Gim4elia TounufortU (Dec. Pn)dr.4. p. 88 )> appartient, CMnme l'articliaut, à la famille des composées. Ce genre a été dédié par Tournefort à Guiidebliàmer Mm compagnon de voyage.
nigiti.rji^/GoOgll/
18* REiATIONS DE VOYAGES
tadelle qui ne vaut guère mieux. Quoi qu'il en soit, c'est une place importante , et Miéhémet-Ali s'est assez fait prier pour la restituer. La plaine d'Oi^ est très-fertile et assez bien cultivée dans les parties basses , mais celles qui sont élevées sont pierreuses et sont n^ligées parce qu'elles donneraient trop de peine;, on cultivé un peu les vignes, qui paraissent y réussir admirablement. Cependant une grande partie du vignoble est abandonnée , et comme tout le pays est nu , je vois beaucoup de paysans arracher les vignes pour en vendre le bois à la ville. ■
Orfa , compris les militaires , peut avoir 20 ou 25,000 habitants, dont 2000 chrétiens, 500 juifs, le reste musulmans. •
La route de Mardin se dirige par les parties basses ou les plaines; mais comme les Arabes Anézi se trouvaient de ce côté , et qu'ils sont ^craindre, nous prtmespar les montagnes, ce qui nous fit faire trois jours de plus démarche : car au lien de prendre à l'est, nous BOUS dirigeons au nord. Nous campons à six heures d'Orfa; la pluie nous surprend pendant la nnit. .
16 avrU. Après avoir gravi quelque basses montagnes , nous nous trouvâmes sur un plateau absolument désert ; après six heures de marche, nous vînmes camper prèsd'un village kurde.
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. JEN ORIENT. lU
Les chats de l'endroit vinrent au-devant de noua en miaulant ; je ne savais à quoi attribuer cette singulière députation quand j'appris qu'il n'y avait pas d'autres habitants dans le village. Reschid-Pacfaa avait fait une expédition de ce côté ; les habitants avaient tous pris ta fuite pour ne pas être décimés, et le village avait été mis sens dessus dessous par les soldats. La carafvane aiv racba ce qu'elle put de portes et de solives, et en 6t un feu d'enfer toute la nuit; nous .en avions besoin, car il faisait très-froid, et nous étions campés au milieu d'an marécage : j'aperçus de là les hautes sommités du Taurus.
17 avril. Même fertilité du sol et même abandon; de nombreux monticules annoncent qu'il n'en était pas de même autrefois; nous trouvons un village miné, àrexception de deux on tavîs maisons, et couchons, après cinq henres de marche, près d'un campement de Kurdes; il y-avait un monticule et des fondements fort anciens.
Nous eûmes la visite de quelques Arabes à ûgur res aussi sauvages et aussi extraordinaires que celles des Kurdes: Ds étaient armés d'un cassetête , en bois. Quant aux Kurdes , voici leur costume : une-chemise en toile qu'ils relèvent audessus des genoux ; quand ilsmarchent, une ceinture en cuir et un manteau ; les cheveux longs ' et une calotte, quelquefois un turban pai^es-
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SUS. Leurs armes, consistent en une lance énorr mëment longue, quelquefois accompagnée, pouir les chefs, d'une queue de cheval ; un fusil , us sabre recourhé et un petit houclier : quelquesuns avaient des frondes et lançaient des pierres avec beaucoup d'adresse.
iS avril. Le plateau commence à s'incliner; même dbandcm. Nous trouvons des tentas de Kurdes qui cultivent une petite portion de terrain en coton et en blé. On voit de grands mon*tieules , et des ruines de villages. Nous faisons cinq heures et venons coucher près d'un ruisseau où je recueille quelques bonnes espèces d'insectes. Quant aux plantes , la saison n!est pas assez avancée : je cueillis cependant le Barbarea integrifolia (1) en bon état.
19 avril. Plusieurs grands moAticules sur notre route, et ruines de villages considérables, sur lesquelles les Kurdes ont dressé leurs tentes- Ces demi-sauvages accourent sur le passage de la caravane pour demander un peu de tabac; ils paraissaient tous dans une grande misère ; il en vint à moi deux qui faisaient mille gambades , chantaient et s'accompagnaient d'instruments grossiers; je leur jetai 'une piastre sur laquelle ils se précipitèrent comme sur un trésor. Le sol
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est tellement fertHe et si lé^er qu'il a àpeinebesoin d'étrelabouré; lesplan tes sauvages puUalent extraordinairement dans les champs cultives { le Leontice chrysogonum (1) , par exemple, formait de larges tapis jaunes dans la plaine.
20, 21 avril. Nous errons pendant ces deux journées à travers nn pays tout couvert de roches et de pierres volcaniques détachée, qui ne permettraient pas de le cultiver au peuple le plus industrieux, quoique l'herbe croisse avec vigueur da^s les intervalles. Le payis est nécessairement désert. La caravane éprouve de grandes difficultés à passer de nombreux ravins oik Teaa coulait encore.
20 avril. Le terrain devient un peu moins pierreux. Nous trouvons quelques tentes de Kurdes : {»%s d'un ruisseau , une vingtaine de femmes kurdes se lavaient ou se baignaient absolument nues ; elles ne furent nullement étonnées à notre approche : les plus modestes , en petit nombre-, nous tournèrent simplement le dos; les autres ne paraissaient pas se douter qu'elles étai^it nues devant des hommes. Ensuite nous campà-
tl) N' 393, Mesopot. LeonHte ekryîosoiam de Lot.: (Prod.l,p. 109) n'était indiqué dans Us auteurs çp'enGrèce et dana lira lies de l'Archipel ; se trouve aussi en abondance dans le Caucase , prorince de Baki. Bieger l'a décrit dans ses Enumérations, p. 174, sous le nom de Bongm^dia,
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iU RELATIONS DE VOYAGES
mes près de tentes kurdes, et je fus obsédé de demandes de médicaments- Nous avons beaucoup descendu , et déjà la chaleur est considérable, rtons sommes à douze heures de Mardin.
22 avril. Le pays est meilleur : les Kurdes cultivent en coton et en blé quelques portions de terrain; nous (imes ce jour-là environ nenf heures et vînmes coucher près d'un village eh grande partie ruiné, à trois heures de Mardin, dont nous apercevons le château. Près de ce village, coule un ruisseau sur le bord duquel j*ai le plaisir de voir quelques mûriers.
23 à f/^iL Mardin. !Noas marchons deux heures en plaine, et ensuite nous gravissons péniblement la montagué conique de nature calcaire et schisteuse sur laquelle Mardin est bâti. Je descendis chez un négociant arménien catholique pour lequel j'avais des lettres de recommandation.
Mardin, ancien Marde ou Merida, a environ 2000 maisons turques, 400 d'Arméniens catholiques, 400 de Syriens dont la moite est catholique. La population est de 12 à 15,000 habitants.
La ville est entourée de murailles en bon état; la citadelle, qui domine la ville, termine et couronne le cône; elle est naturellement très-bien défendue par les rochers à pic , et passablement en état.
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Les habitants de Mardin sont presque tous janissaires ; il y a les Otouz-Bir (1) , les Irmi- Bech (2), les Kefs, qui portent les signes de leur orta (3) écrits sur les bras aTec de la poudre. Ils se font souvent ta guerre entre eux ; les enfants mêmes en se rencontrant se prennent de querelle, s'ils sont d' cola différente; ils se lancent des pierres avec des frondes, et malbear au passait qui se trouve au milieu de ces cailloux , qui rebondissent dans les rues étroites.
Le commerce de Mardin consiste en coton cultivé par les Kurdes fellahs , et dans une espèce de toile légère de coton. La montagne est assez bien cultivée en jardins, disposés en gradins, naguère plantés d'un grand nombre d'arbres fruitiers, mais les soldats turcs d'Âli-Pacba les ont tous coupés pour se chauffer; on ne songera probablement pas de limgtemps à les replanter dans un pays où le découragement est partout.
J'appris des nouvelles de l'armée de Reschid- Facba: il a fait tomber près de cent cinquante tètes de Kurdes près de Diarbekîr.
Il y a à Mardin un archevêque et un éréqne
(1) Les7V«n<ee(tm> {%) he$nngt-emq.
<3) Compagnie.
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it9 RELATIONS {!£ VOïAGES
catholiques qui. ont étudié à la Propagande de Rome.
24, 25 avril. Séjour, courses autour de Mardin. —Herborisation dans la montagne; végétation encore peu intéressante} je trouve cependant quelques plantes nouvelles.
26 avril. Je profite de l'occasion d'un pacha qui se rendait k Bagdad avec une suite nombreuse pour aller à Mossoul; les caravanes font un détour assez grand pour s'y rendre et suivent le pied de la montagne , passant par Auzilm et E^ki-Mossoul , quelquefois même par Dgeziret) suivant que la route est sûre ou non. Le pacha suivit la route directe à travers ce qu'on appelle le désert , qui serait mieux appelé les steppes; elle n'est jamais suivie àcause des Kurdes et des Arabes qui l'infestent , mais le pacha ayant les moyens de se faire respecter, n'hésita pas à s'y engager : j'eus donc la bonne fortune de passer dans un pays peu visité;
Nonsnefîmesque sis heures et vînmes coucher dansunoampementtrès-considérable de Kurdes nomades. En sortant de Mardin, il y avait quelque peu ée culture et quelques villages ruinés, mais bientôt toute trace de culture cessa. On ne peut se faire une idée juste de la vigueur de la végétation qui couvre ces riches plaines désertes. On y trouve aussi une grande quantité de ma^fi-
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EMORIEKT. 191
qnes insectes. — LesKurdes chez lesquels doust&> çûmes l'hospitalitë, sont tout à fait indépendants : ils reçurent le pacha avec les honneun dns à un ë^anger distingué^ une garde armée reilla autour de sa tenté; ces Rnrdes me pamrentbeaucoup moins misërablesque les Kurdes fellahs que j'avais rencontrés. Leurs femmes étaient en général assez proprement vêtues; leur camp forme plusieurs grands carrés ouverts d'un côté. Deyx cbeiks kurdes nous accompagnèrent. 27 avril. Une heure après avoir quitté le camp des Kurdes , nous trouvâmes une large vallée dans laquelle nous vîmes quelques cultures et quelques villages. On rentre bientôt après dans le désert; la végétation s'y déploie avec la plus grande force. De même que les tribus qui occupent la Mésopotamie ^ -quelques plantes semblent se disputer l'envahissenient du sol ; leurs diverses stations forment dans la plaine autant de tapis de diverses couleurs : la Cenfaurea behen ( 1 ) occupe à elle seule de vastes espaces et ne . permet qu'à quelques faibles plantes de vivre sous sa protection ; le Sinapis oUveriana , une espèce à^Avena^ etc. etc. , se montrent presque partout^
(1) Indiquée dans la collection sous lenom de Ceniaurea cerinthefolia. Mësopot. {SemUula cerinthefolia, Dec. Pr. 6, p. 567). — Il yen a une autre soua le même nom, qui est la CeMaurea tonsanguinea, de Dec. itnd.
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1» RÇLATJOftS l)fi VOïAUËS
Vers ia fin de notre journée , le pacha et sa suite s'arrêtèrent devant un ruisseau pour attendre les mules chargées , parce qu'au delà on se trouvait dans le voisinage d'Arabes Âuézi , la plus nombreuse et la plus redoutable tribu de cette nation. On ne tarda pas, en effet, à apercevoir une quantité considérable détentes noires dispensées sans ordre dans la plaine, et plusieurs Arabes montés sur des dromadaires qui se dirigeaient vers nous. Lasuite du pacha, qui nous avait devancés, nous criait de nous hâter, recommandation qu'il était presque Inutile de faire aux muletiers, car épouvantés de l'approche des Arabes , ils poussaient à outrance leurs malheureuses mules. Tout à coup cependant ils cessent de les harceler, leur figure redevient sereine , et ils se mettent à chanter. J'ignorais ce qui avait pu causer ce changement, car nous étions encore assez loin des tentes , et il fallait passer un large ruisseau pour y arriver ; mais je m'aperçus que le pacha et sa suite avaient pénétré dans les tentes des Arabes: dès lors toute crainte avaitcessé; le pacha, et tout ce qui lui appartenait, étaient désormais sous la protection des Arabes : nous étions leurs hdtes, et leur hospitalité est tellement connue que les muletiers étaient dès lors aussi tranquilles que dans les rues de Mardin. On fit une grande réception au pacha ; on tua force
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EU OniENT. 193
moutons et on distribua de vastes teirines de pilaw (1) à toute la suite. Le pacha fut même obligé de leur accorder un jour entier. Four mettre cette politesse à profit , je me fis accompagner d'un Arabe et je fis une excursion dans le désert , mais la Tégétatton est peu intéressante : jusqu'à Mossoul , elle est uniforme et méditerranéenne (2).
Les Arabes passent pour être riches, mais leur manière de vivre est très - misérable ; ils sont
, couverts de haillons, n'ont souvent qu'une chemise et vont nu - pieds ; leurs cheveux sont ' partagés en grandes tresses sur les côtés de la figure ; leurs femmes sont recouvertes de lambeaux de chemises, aussi noires de saleté que
' leur peau; lés enfants sont entièrement nus jusqu'à sept ou huit ans , quoiqu'il fasse quelquefois très-froid.
Non loin de Nizibiu se trouve Daviua, ville antique, mais ces deux villes ne sont plus que des bourgades dépeuplées.
28 avril. Séjour.
29 avril. Nous partîmes tard , car les Arabes voulurent servir à déjeuner au pacha : une procession d'Arabes portant chacun un plat se di-
(1) Biz bouilli.
(2) G'est-À^re semblaMe à cdle dea provinoes qui avoi- ■înent U Médilerraoée.
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iH RELATIONS DE VOYAGES
rigea de la tonte 011 l'on faisail la cuisina à cells du pudia; ou servit uu éuorme.pilaw à ia snite. Le pacha distribua des robes rayées aux cheiks, et ensuite on se mit en route avec une escorte de cinquante Arabes montes deux à deux sur un dromadaire, et tenant une jument en laisse ; ils étalent armés de lances de plus de dix pieds de long. Toute la journée nous eûmes à passer des ruisseaux très-profonds , un entre autres qui l'était tellement , que les cbevaux furent obligés de le passer à la nage. On chargea les effets sur les dromadaires , mais cependant tout fut mouillé , quelques effets tombèrent dans l'eau et (Virent perdus; un homme de la suite du pachâ se noya parce qu'il yonlut passer sur son cheval. Ne me fiant pas aux dromadaires qui, en se débattant dans l'eau , imprimaient de violentes secousses à leurs cavaliers , et qui ne marchaient qu'à force de coups , je me décidai à passer le torrent à la nage ; ïnais sachant à peine nager, je me fis soutenir par quatre hommes qui me conduisirent k l'autre bord.
Une heure avant d'arriver au konak, nous cheminions très-paisiblement lorsque tout à coup nous entendîmes des cris affreux qui partaient de l'escorte à quelque distance de nous : les gens qui la composaient avaient mis pied à terre , s'étaient pris de querelle , et comme pour me
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âonner un simulacre ée leurs combats , Ils s'ëtalent partages eh deux bandes: les lances sa heurtent , on se prend aux cheveus , un homme est bleasë & la main , le combat s'échauffe de plus en plus, le tout accompagné des cris des cha' méàux, aussi «xtraordinaires que ceux de leurs mattres. Le pacha , qui ne pouvait rien sur cette bande désordonnée, continuait paisiblement sa roDte , lorsqu'à quelque distance de nous , nous aperçûmes une trentaine d'hommes , armés da ftisils , postés sur la route ; on s'arrêta , on appela les Arabes qui , pour un instant , oublièrent leur querelle et volèrent au-devant de noua. On marcha avec précaution , on découvrît encore un autre parti d'hommes armés; c'étaient des Kurdes du mont Sinjar ; ils ont dans cet endroit deux forts villages en bon état", et cultivent une cw-t taine portion de terrain. Grâce à leur position éloignée des villes de Mardin et Mossoul , ils sont indépendants de la Porte , et gr&œ à leurs flisils et à leur cqurage, ils savent bien se défendre contre les Arabes qui n'osent les piller. Quand ces Kurdes virent que nous n'avions aucune mauvaise intention, ils se retirèrent sans qu'onéchange&t de côté et d'autre la moindre politesse. -^ Kous établîmes là notre kottak ; les Arabes firent un grand cercle ; leurs chameaux s'agenouillèrent aussi en cercle derri^^ eux. Ils anumèreiot dtf
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fen et se mirent à causer entre eux , leurs lances plantées en terre à leurs côtés. C'était un spec^ tacle assez nouveau pour moi que celui de ces bommes presque nus , à figures sauvages , éclairées par le feu du bivouac. — Le pays que nous avions parcouru était entièrement désert , mais denombreux monticules que npusapercevions indiquaient qu'il avait été autrefois très-habité; il parait néanmoins qu'à toutes les époques la majeure partie du pays était fréquentée par les nomades. Nousrencontronsaussi.desruiuesdegrands villages. — Nous faisons ce jour-là dix heures. 30 avril. Nous continuâmes notre route k travers le même pays; nous rencontrâmes un grand nombre de petits cours d'eau à chacun desquels nos effets furent mouillés, particulièrement nos plantes. Nous eûmes ensuite six mortelles heures à faire sans trouver une goutte d'eau » par la plus'forte chaleur du jour. Lorsque nous approchâmes du ruisseau , nous en fûmes avertis par une nuée de cousins ; mais dès que nous fûmes sur le bord, il ne nous fut pas possible, ni aux hommes ni aux chevaux , d'y tenir : les cousins et les taons y étaient si nombreux que, hommes ' et bêles, tout fut couvert de sang en un instant; lions fûmes cependant obligés d'y rester assez longtemps , car les bétes de charge enfoncèrent 4visleraisseaUf et on euttoutes les peines imagi-
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nables pour les en retirer.—^ Mous fîmes ce jourlà seize heures , et nous marchâmes quelque temps dans l'obscurité : la pluie tomba assez fort pendant la nuit.
1er mai. Jq trouTfti sur la route une ënorme quantité de sauterelles qui n'étaient encore qu'à l'état de larves et qui se dirigeaient toutes du même côté; la terre en était couverte et semblait brûlée sur leur passage. C'est ainsi que, faTOrisées par le Vent , elles ont 'quelquefois déyasté l'Asie et l'Europe. JVous étions à quatorze heures de Mossonl et nous résolûmes de nous y rendre le même jour. Le pays devient un peu montueux : arrivés à huit heures environ de Mos> soui , nos Arabes crièrent à toute la caravane de faire halte : leur coup d'œil perçant avait discerné à l'horizon an point imperceptible pour nous; ils nous dirent qu'ils voyaient distinctement des Arabes, mais qu'ils ne pouvaient dire s'ils étaient amis ou ennemis. Aussitôt ils sautèrent de leurs dromadaires sur leurs juments, et en un instant ils disparurent de nos yeux «n se dirigeant vers la troupe qu'ils avaient aperçue. L'un d'eujt, parvenu sur une sommité, arrêta tout à coup sa jument et se dressa sur ses'jambes pour voir de plus loin , sans que la jument ftt le moindre mouvement, et repartit ensuite avec une vitesse extraordinaire. Les Arabes restés sur
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m RELATIONS DE VOYKGES
les chameaux suivirent les juments, et en uq instant l'escorte disparut; mais bientôt après iU accoururent en dansant et en chantant, et nous apprirent que c'étaient des Arabes amis. La caravane continua sa route après cette alerte* et quelque temps après nous aperçûmes la rivière; c'était le Tig-re. Le pacha descendit de cheval , les Arabes firent cercle autour de lui, on fuma la pipe, et le pacha conféra avec eux pour la solde qui revenait à l'escorte. Un instant après nous aperçûmes Hossoiil. J'allai descendre diex nn chrétien cathoIiquepourlequelj'avaisuuelQttre» et je fus l)ien reçu.
Mosioul est entouré de murailles en bon état e\ qui ont été rétablies^ il y a une douzaine d'années, avec un fossé peu profond : le tout n'offrirait pas une grande résistance à de i'artillerie. On ne sait pas au juste la population de la ville: on compte 2,D00 maisons de chrétiens, 1,000 de Chaldéens catholiques, 1,000 de Syriens catho-. Vques et 1,000 de Syriens schismatiques; il y a aussi quelques juifs- Quant à la population musulmane, il est vraiment difficile de l'établir. Si vous consultez les habitants, ils vous diront qu'il y a 50,000 maisons, ce qui est absurde. Je serais porté à croire que toute la population n'excède pas 30,000 habitants. Si l'on compare Mossoul à une ville de France de 30,000 âmes , à
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Orléans par exemple, on tronvera qud Mossonl est bien inférieur en étendue , et encore on peut dire que le bon quartier de la ville est en ruiné. La popnlaticHi y était plus considérable il y a quelques années, mais la famine et la peste de 1830 et 183.1 en ont réduit beaucoup le chiffre; beaucoup de villages et plusieurs parties de la ville ont été abandonnés. Les maisons sont en général assez bien construites et garnies intérieurement de meubles qu'on fait venir de Bagdad. Elles sont disposées de manière à mettre à l'abri de la chaleur, qui est excessive depuis mai jusqti'en décembre. Toutes les chambres sont voûtées : celles du bas, qui sont comme des caves, sont habitées l'été, celles dn haut l'hiver; les terrasses servent pour dormir pendant la nuit. — Je fus invité à dîner chez un catholique : on commença par servir des confitures , des dra-gées, des pastèques, des grenades, etc., etc.j et de petits verres d'eau-de-vle. Ce prélude de dîner durapendant près de trois heures, pendant lesquelles les convives ne cessèrent de boire de petits verres d'eau-de-vie; aucun d'eux n'en but moins d'un litre, ce qui m' étonna beaucoup dans un pays chaud. Ils chantaient en poussant des cris horribles et en faisant des contorsions à l'avenaut. Ënfm, à ma grande satisfaction, on se leva pour s'accroupir autour d'un vaste plateau :
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chacimporta la main au plat non sans répa&dre la moitié de ce qu'il contenait. Il vint plus de trente plats qui étaient péle-méle an milieu des débi-is. Le service dés petits verres d'eau-^de-vie ne se ralentit pas pendant le dfner.
A l'ouest du Tigre ilyabeaucoup de ruisseaux d'eau sulfureuse, et à l'est des eaux thermales-
Le principal commerce de MossonI consiste en toiles peintes de coton , d'où est venu le nom de mousseline. La plupart des ouvriers sont tisserands ou teinturiers; le fil de coton leur .vient de l'Inde , car il n'y a pas de filatures à Mossoul; ils se servent , pour donner de la roidenr à leurs fils, d'un empois qu'ils préparent avec lesoignons de VOrniihagalum umbellatum (t), que les Arar bes leur apportent du désert , et qu'ils leur vendent à très-bas prix. » ^ • ,
Les chrétiens se plaignent beaucoup des musulmans , et surtout du gouvernement , qui ne cesse d'exercer des avanies à leur égard ; à diaqne
(1) n partirait au contraire, d'après ce qu'a bien touIu m'endire M. Decaisiie,quel!LpUnte qui fournit l'empois sec dont se serrent 4es cordoimiers à Constant inople et qui est appelé ârich, provient d'un grand asphodèle blanc, voisin de Va. ramosus. M. Botta m'a confirmé le fait, en ajoutant que cette substaoce se recueille eu assez grande quantité aux ea- Tirons d'Alep.
Les collections d'Aucher ne contiennent d'ailleurs , en fait d'omitbogales à ombelles, que les n"* 2144, au inont Olympe, et J&80, des environs d'Isfûbtui.
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VSt OIUEKT. IM
nouveau pacha, ils sont obligés de payer des sommes considérables. La population musulmane est fort turbulente , et divisée en plusieurs partis qui se font sans cesse la guerre , les uns pour tel pacba, les autres pour tel autre. Une partie de la ville s'arme contre l'autre ; on tire des coups de fusil dans les rues; on crie à outrance; on démolit quelque pan de muraille, mais bien rarement le sang coule. Après s'être bien évertués entre eux de la sorte, les Turcs, fatigués, éprouvent le besoin de s'occuper de leurs affaires ; on fait la paix, sauf à recommencer à la première occasion. Les pachas ne se permettent guère d'exercer d'avanie à l'égard des Turcis , tout retombe sur les chrétiens. Mon hôte , jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, jouissait d'une certaine aisance ; mais à la mort de son père , le pacha d'Alep exigea de si fortes sommes , que la malheureuse famille fut obligée de vendre tout ce qu'elle avait de mobilier pour contenter l'avidité du Turc.
Mossoul est eu plaine, et n'offre guère d'avantage à un botaniste. Depuis Alep, le sol est uniforme, ainsi que la végétation ,- elle estméditerranéenne (i X et ne m'a pas offert plus d'une centaine de plantes de quelque intérêt. On aperçoit, k
(1) ^oy. p. 193, note 2.
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Ml RELATKWS DE TOïAGES
quelque disunce, lesmMUgnes néigQtiseA d'Ama* dieh; mais, comme mon intention était de visiter Bagdad, je ne touIus pas étendre jusque-là mes redtercbes(l). Je me décidai seulement à eonsacrer que]([ues jours à visiter une petite montagne iBommé« Makloub (2) , à cinq heures de Mossoul, nu delà du Ti^e. Je passai 16 fleuve sur un bac' de forme irrégulière; la proue se relève presque à angle droit, à la manière des bâtiments turcs, à éperon, de Constantinople. De loin, je prenais ces proues pour des tentes ; on ne voit pas quelle peut être la nécessité de cette forme. Je me trouvai sur Tenlplacem^it de l'ancienne iViniVe que r^m reconnaît très-bien aux divers monticules qui couvrent la plaine; en creusant, on trouve facilement des fondations d'anciens édifices. La plaine est bien cultivée jusqu'au pied des m<Hitagnes,et on aperçoit plusieurs villages.— Après cinq heures de marche nous arrivâmes à un vil- \a%B.niimmé Bagtchika^ entouré de très>beaUX oliviers; il en est de mÂme de quelques villages voisins; la population se compose de Yezides, nation répandue sur le mont Sinjar. Les ¥ezMes n'adressent d'hommages qu'au diable; ils se rapprochent des Guèbres et des Sabéens, mais
(1) f^o^. pourtant page 206.
(2) On trouve dans le manuscrit , entre parenthèses , le mot Ttnvenée : c'est sans doute U signiOcutioii de Maklgub.
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BNimiEMT. M»
tuufJSBmtiu^ plw Anciens qa'inix îo'wt uiiMste de la religion des Mages oa celle des deox prineipes (!)• (Gaizoniy notice sur les Ywides deBsgdad.) — Il y t aussi dans ce village des Scbyy tes OH sectateurs d'Ali (3). Je nie trouvai ce soir-là précisénient à ranniTerfiaire d'une fête.qu'ils e^ lèbrenttous les ans« et qui consiste à maudire Omar. La cérémonie se passait sur une- terrasse Toitine de celle où je «ouchais; le cbeîk monta stit une peUte coupole en agitant un dr^eau auquel il avait mis le feu ; la foule pendent ce temps chantait à tne-téte, et en s'acconpaguant de tambours de basque x II n'y a pa$ tfaUtre Dieu que Dieu i Mahomet est son prophète et Mi le vicaire de Die». Yûireat ensuite dea imprécations contre Omar. On ne doit jamais prononcer devant euiL le nom de Cheytan ou tout autre mût qufrcommenoe par ch.^^ J'étais descendu chea un Guèbre jacobite (3) , qui voulut bien m'accompagner sur la montagne et me Caire visiter le couvent chrétien qui s*y trouve : nous mîmes
(1) ArîmoDe et Oromaze.
(2) On sait que cette secte du mahomjtîsme est dominante en Perse.
(3) La secte chrétienne des jacpbite* , formée par un moine syrien du vi* siècle, a uq chef qu'elle appelle patriarche d'Anlioche et qui réside dans le Diarbékir. Cne graade putie d'entre eux se sont réunis i l'ÉgUM catholique.
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deux benres à faire cette coarse.' Le cènveAt est inhabité depuis deux ans qae les Kurdes, survenus k l'improviste , le pillerait entiètHoent , et forcèrent les moines à se sauver. Il est immense et d'une construction singulière ; c'est un vrai dédale. L'église est très-grande et contient beaucoup d'inscriptions syriennes sur marbre '. elles paraissent fort ancienneis. Près du couvent , il y a de belles cavernes ombragées d'oliviers et d'où l'eau coule en abondance : c'est un endroit délicieux dans un climat brûlant. Je fia une assez ' bonne berboftsation : je cueillis V Ânisosciadium oriehtate(i)j Calophaca eupkratica{2)i une non* Telle espèce de A/icAaiwcia (3); etc^T- J'allai coucher le soir au village , et le lendemain je fus de retour de bonne heure à Hossoul où jefusobligé d'attendre qnelquesjourspour trouver un kellek ou bateau posé sur deà outres (4), pour Bagdad. Il y avait , il y a vingt ans , des dominicains à Mossoul ; mais des querelles étant survenues entre eux et les catholiques du pays, ils furent rappelés par la conr de Rome. On me conduisit à leur
(!) N° 3598. Aucher Éloy l'a retrouvée aux cnTirona du golfe Persique , n* 4556.
(2) N° 1186 , Boua le nom âe C. tigentta, Auch. heC, euphratica porte le a" 240&, avec cette indication des localités ; entre Ziamat et Eningam.