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\i) Toy. p. 18, note 3, et p.213.
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EN OMENT. 906
couvent qui n^a rien de remarquable. Je visitai la bibliothèque- qu'ils dnt laissée; elle ne se coibpose guère quede livres ascétiques. Chaoun peut en prendre à ^ guise , car ils n'ont plus de maîtres ; cep^dant , au nombre qui en reste , il né parait pas qu'il y ait grand amottr pour la lecture àMossoul. ^
Tous les kelleks étant partis pour conduire les troupes à Bagdad, je me vis dans l'obligation désagréable de perdre plus de quinze jours à Hossoul à les atteUdre.
Le temps était d^autant plus perdu que Mossoul ne m'offrait aucun moyen de l'utiliser (1).
(1) Lemanque de resaourcea pécuniaires suffisantes, non moins qat les événements dont la.contrée était alors le tb^âtre, et qu'Aucher Eloy indique (ilusbas , l'ont empêché de tirer de ■ODséjourà Mossoul le parti qu'il en avait espéré. Ilestàregrettér surtout qu'il n'ait pas pu accomfdir son excursion dans les montafpMB d'Amadieh ; il aurait rapporté sans doute de cette contrée, si peu comiue, des plantes intéressantes. Mais tout porte à croire que nous aurons bientdt des notions complètes sur Mossoul et ses environs , grâce à la nomination de M. Bottaauxfoactionsdeconsul deFrancedans cette TiUeilea voyagea de M. Botta eu Arabie ont enrichi l'histoire naturelle ; les [Jantes qu'il en a rapportées sontdéCrit^ par M. Decaisne. Nous avons vu M, Botta avant son départ pour Mossoul , et noiA l'avons engagé , autant qu'il était en noua , à faire profiter la science des facilités que sa position lui donnera pour explorer lepays: personne n'est plus capable que M. Botta de nous le bien bire connaître.
Sont le rapport politique , sa mission ne peut manquer non
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•06 REUTIOfffi. Xa VOYAGES
Gependaut j'apercevais au loin et au delà du Tigre les montagnes (ÏJmadiehy dont les premières lignes conservaiont encore de la neige. Je résolus d'y tenter une excursion. Les un« préludaient qu'il y;avait du danger, les autres qu'il n'y en avait pas; ce n'était cependant qu'à: une petite journée de Hossoul. Je ne me laissai point intimider, je pris des cbeyanx et je partis. Le passage du Tigre ute prit beaucoup de temps.
En été , lorsque les eaux sont basses , on établit sur Je Oeuve un pont de bateaux j mais le Tigre étant très-fort daue celte toison, on se sert de barques. La réquisition des kelleks pour conduire les troupes à Bagdad, n'en avait laissé que trois pour faire le service « pendant la récolte desorges. On ne peut se faire une idée de la confusion qui régnait à ce passage ; les bommes , les femmes se beurtaient pour entrer; d'autres survenaient qui les poussaient et les faisaient tomber par douzaine dans la rivière : le sang'coulait , les effets étaient emportés par le courant « les en* fants étaient foalés aux pieds ^ etc. En payant dix fois la valeur du passage, j'obtins non sans peine
|dui d'ctreudiei l'inBuaicefruiçaiM dans e» conti^et loin* tainesites chrétiena,qiHyi(mtenei»er^putdnacn aMngnpil nombre, y reconnaissent encore li Fiaaee omwim leur fm tecbiee BtUmlb.
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d'mtrer dans U barque , où je Aw entasse parmi des Kurdes et des Arabes en haillons et couvôrtff de Termine. Je passai près du village Jonas , où l'on prétend qu'est le tombeau du prophète de ce nom(l). La mosquée qui renferme cesprécieuseft reliques est située au sommet d'un monticule autour duquel est construit le village. — Je passai de nouveau à Bagtchika, et le soir iioQS arrivâmes près d'un village kurde , où nous campâmes.
J'étais à peine assis que je vis alrriver un paysan tout éploré qui vint nous dire que les Kurdes de la montagne lui avaient enlevé deûx^ mules chargées. Les gens du village ne tardèrent pas à venir nous rendre visite, et j'appris d'eux qu'il était impossible d'aller sur la montagne, que la route d'A-madieb était complètement interceptée-
Le beyde Ravandus ayant appris la sév^ité de Rescbid-Pacba envers les Kurdes des montagnes du Diarbékir, et sachant que ce visir méditait aussi de le soumettre \ s'était d'avance mis eu mesure : il ayait armé les Kurdes et ne permettait à personne de pénétrer dans les montagnes. Le bey^ de Havandus était naguère un assez petit prince kurde : il ne possédait en quelque sorte que le
(l)DftnBle Journal d'une campagne , etc., page 115, il est donné une autre venion vai l'origkie «le 'Ce nom.
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boui^ de ce nom , qui avait du reste l'aTantage d'avoir une forteresse construite sur la sommité d'un rocher, et qui parait imprenable, du moins dans ce pays. Il a étendu depuis son pouvoir en s'emparant d'Amadieh et d'autres cantons; de sorte que c'est maintenant un des plus redoutables chefs kurdes. C'est un homme plein d'énergie (1) et même de génie, et qui a su établir des lois et une police au milieu dés brigands kurdes. On sait que le fameux Soliman, la terreur des Croisés , était de la nation des Kurdes , et que toute la Mésopotamie leur appartenait. Le bey de Ravandus est capable de rétablir leur puissance. Cependant il a à lutter contre les Turcs et les Persans: poùrra-t-il conjurer l'orage? 11 craint beaucoup les Francs, et leur permettrait difficilement de visiter son pays. 11 redoute d'autant plus Reschid-Pacha, qu'il voit que celui -ci a des Francs avec lui; on Itlia entendu dire : >Lës têtes noires (c'est ainsi qu'il appelle les Francs) ne me reviennent point du tout !»
Il peut facilement réunir 30,000 combattants , hommes d'une férocité et d'iAe intrépidité rares; ils ne connaissent pas d'autres armes que le kan-
(1) Oa trouvera dans la Relation du Foyage en Armait et en Perte , par M. Tcsier, le détail romanesque des circoo- Btauces qui mit précédé l'avéoemeiit au ptmvoir de ce Iwj.
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djar (1); ils se précipitent avec cette seule arme sur re&nemi et i'égorgent , sàris être effrayés ni par la fusillade , ni par rartillerie. L'armée turque, toute régulière qu'on la dit, n'est composée que d'infanterie et de brigands que la soif seule du pillage anime. A Diarbekir, ils ont commis des atrocités réroltantes. Après avoir assouvi leur fureur sur les femmes et les filles , ils les égorgeaient et jetaient tes enfants encore à la mamelle dans le feu. Avant ' ces circonstances, le bey de Ravandus laissait passer tranquillement les caravanes ; on pouvait même parcourir seul les montagnes sans courir aucun danger. Il a établi un ordre très-sévère, et on ne connatt point, dit-on , de voleurs dans tous ses domaines (2).
Je fus obligé de renoncer à cette excursion , qui me promettait une bonne récolte , et je revins tout chagrin à Hossoul. On préparait des kelleks , mais il n'y avait pas de rameurs ; ils
(1) Espèce de poignard court que les Turcs portrait à c6të du yatagan.
(2) Le bey de Ravandus a été fait prisonnier en 1836 avec un certain nombre de chefo de sa nation. Envoyé à Constantinople, il est resté longtemps à l'arsenal ; rendu à la liberté, en faveur d'une espèce de traité, il est mort à Sinope en débarquant , ainû que plusieurs de ses «oropagnons. On suppose qu'ils (»t été empoisouoés.
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alO RELATIONS DE VOYAGES
étaient tous partis pour Bagdad , et c(»nme il est impossible à ces kelleks de r^nonter le fleuve , oes hommes étaient obligés de revenir par terre, ce qui demanda beaucoup de temps. Il fallut donc s'armer de patience. Imaginant cependant qu& le pacha pourrait trouver le* moyen de me faire partir, j'allai lui présenter mon firman et mes lettres i je parlai d'abord à un homme de sa suite , qui nous traita , mon conducteur • chrétien, et moi , avec beaucoup de hauteur. Cet homme avait cela de remarquable qu'il avait un nez d'or tenu par une petite chaîne du même métal, attachée derrière la tête. L'avantdemier pacha lui avait fait couper le nez pour le punir de ses extorsions; mais il était rentré en grâce auprès du nouveau pacha, et ne se montrait» me dit-on, pas moins insolent à présent qu'autrefois. Du reste, dans un pays où l'on ne connaît de l'honneur ni le nom ni la chose, ce n'est point du tout une honte de porter la marque de punitions justement méritées. Les Turcs, bien loin de rougir de la bassesse de leur naissance et de leur professsion, s'en font un titre d'honneur. Usvontplnsloin : ilstirentvaniténon- Sâttlement de leurs imperfections extérieures , mais encore de leurs vices et de leur crimes. Un pacha raiployé dam l'armée de Rescbid-Facha se fait appeler Tcherkoth Ali-Padta (Ali4^cha
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l'arrogant). Il n'est connu qiie sons ce nom, et lui-même répète souvent : Je suis Tcherkoth Ali-Facha!
J'avais attendu l'arrivée du pacha au palais; quand il approcha,lecapidjiannonçason arrivée à haute voix : aussitôt une centaine de soldats irréguliers, les uns à cheval, les autres à pied, et presque tous en haillons , se mirent eh rang dans la cour; le pacha pa^a cette troupe en re< vue et se rendit à son audience» oii les principaux de la ville l'attendaient pour lui faire leur cour. Le pacha, après avoir pris connaissance de mes papiers, me fit appeler. J'entrai dans la salle, et m' assurant de l'œil la place qui me convenait, j'allai me placer auprès du pacha. L'homme au nez d'or ne manqua pas de me rappeler à l'ordre et de m'indiquer du doigt la dernière place du divan : je le regardai alors avec dédain , et il fut bien surpris quand ii entendit le pacha lui-même lui dire : « Non» c'est à côté de moi qu'il doit se placer. ■ Le pacha m'acciabla de politesses , mais je ne pus obtenir rien de plus. En sortant du divan , je n'avais pas encore eu le temps de remettre mes souliers qu'une naée de domestiques, comme des harpies, se jetèrent sur moi peur avoir des bakchich; rien n'égale l'avidité et la bassesse de ces misérables. Quoique habitué aux mœurs de l'Orient, je fus révolté
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313 ftELATIONS DE VOYAGES
de leur hardiesse, et j'en eoTOyai promener la plus grande partie ; ils ne se regardèrent pas comme battus , et ils vinrent les uns après les autres à mon logement pour extorquer quelque chose.
id mai. Enfin tout fut prêt ce jour-là pour mon départ. J'avais fait prix pour un ahra à raîson de mille paras de Hossoul (1540 de Constantinopte): c'était trois fois trop cher, mais comme mes hôtes les chrétiens n'osaient contredire des. musulmans, et que je ne pouvais faire, moi, 4]u'ane mauvaise affaire personnelle , il fallut en passer par là. 11 y a deux, sortes d'embarcations pour descendre le Tigre jusqu'à Bagdad : les abras et leskelleks, qui ne diffèrent les unes des autres qu p ar la ^randear. Les abras ne peuvent guère contenir que trois ou quab-e personnes , tandis que sur les kelleks on peut faire entrer cent persomies et plus. Toutes^ deux ne sont que des radeaux de branchages et de roseaux supportés par des outres gonflées d'air. Lorsque ces radeaux sont arrivés à Bagdad, on vend les brandiages, car le bois est rare et cher dans cette ville, et on renvoie par terre les outres à Mossoul : on pense bien qu'il ne serait pas possibleàces embarcations de remonter le Tigre (I).
(1) Ce proche est en usage depiiis un' temps inimémorial
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, Lorsque, je fus rendu à l'endroit où je devais m'embarquer, jetrouvai un attroupement nom- breux qui m'y attendait j pour arracher de moi des bakchich. Les kellek-bachis, au nombre de cinq ou six, malgré le prix excessif que je leur aTaisdonné, osèrent encore me demander un bakchich, et j'eus beaucoup de peine à les éloigner. Vinrent ensuite les hommes qui avaieiit enflé les otatres , ceux qui avaient lié les branchages , cinq ou six domestiques du pacha j des employés de là douane, une espèce d'inspecteur du port, deux ou trois individus qui ne purent bien me décliner leurs titres. Je ne voulus point d'abord écouter toutes ces impertinentes demandes , mais on ne me laissait point partir; alors, j'eus beau me fâcher et crier à mon rameur de partir, il ne bougeait pas plus qu'un terme. J'eus d'abord l'envie d'aller ebez le pacfaa , mais je réfléchis que c'était une grande perte de temps et d'argent à distribuer à sa suite, et qu'ensuite, suivant les idées des Orientaux, j'aurais eu aux yeux du pacha ntauvaise grâce à réclamer pour des bakchich. Je m'exé<Tutai et satisfis à toutes
pour descendre le Tigre et l'Euf^irate. V<^. Hérodote Ut.I", chap. 194.
Sur le Nil , oo se sert d'embatcationa soutenues par dei à~ trouilles. Foy. p. 18, note 3.
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les prétentions; c'était, me disait-on, la coutume.
Enfin on détache l'abra , et bientôt le courant m'entraîne hors de vue de Mossoul. Le rameur de mon abra était un montagnard du mont Sinjar, aussi stupide que yorace; et si je n'y eusse mis ordre , il aurait dévoré le premier jour les provisions que j'avais faites pour tout le voyage. La rive gauche du Tigre est bordée de collines de marbre , sur lesquelles je recueillis quelques bonnes plantes. Le Tigre est une fort belle rivière plus de deux fois plus large que la Seine au-dessous de Paris; on trouve sur ses bords plusieurs ruines de villages , et des restes de châteaux forts sur la rive gauche. Au reste, de chaque côté le ■pays est désert , c'est un terrain d'alluvion aride et rempli de cailloux, qui ne convient pas à la culture ; le palmier ne paraît point devoir y réussir.
16 mai. Vers le soir , nous nous trouvâmes au commencement de la chîdne du mont Hamerin (1), qu'on appelle en cet endroit Gébet Âli. Le rameur tira de dessous son fez une sale calotte de laine , et me la plaça sur le genou ; ignorant ce que signifiait ce procédé , je repoussai la
(1) HatitruB, de la carte d'Arrotramith. M. Teïier dit Btùnroun.
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calotte qui alla tomber dans le Tigre. Gela lui déplut beaucoup ; il repêcha sa coiffure et m'apprit qu'il voulait encore un bakchich ; que l'usage le voulait ainsi , parce qu'une fois qu'on était parvenu au Gebel-Ali , il n'y avait plus rien à craindre des Arabes. Jevoulus donneralors cinq peischirsqu'ilrefusaavecmépris,enajoutantqu'il en voulait vingt.. J'étais occupé à le gourmander à ce sujet , lorsque nous aperçûmes toute la rive droitQ couverte d'Arabes qui nous adressaient les questions d'nsage: D'où venez-vous? Où allez-vous? Qui êtes-vous?Dès que n.ous ëâmes satisfait leur curiosité , ils nous prièrent , avec quelque autorité, de venir à terre, et sur notre refus, deux Arabes prirent leurs, outres et se mirent à nager vers nous avec leurs fusils sur la .tête. Pendant toutes ces explications, j'avais préparé mes armes, et nous leur criâmes que s'ils s'avançaient d'avantage nous ferions feu sur eux ; que d'ailleurs ils pre- . naient mal leur temps , parce que nous étions suivis de deux kelleks qui portaient chacun plus de 300 nizams. Ils se retirèrent alors en protestant qu'ils ne voulaient avoir qu'un peu de tabac.
Les bords du Tigre, dans beanconp d'endroits, sont couverts de la plus vigoureuse végétation , et en grande partie le Tamarix gallica , le Salix
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eupkratica (i) y le Capparis (2), îa S'mapis glabrata, ete. (3).
Nous arrivâmes pendant la nuit à Tekret, et l'ahra s'arrêta derrière un rocher en vue du port. Je descendis à terre pour y passer la nuit; le lendemain de très-bonne heure, je fus réveillé par les voix de femmes du village; elles ve-, naient les unes après les autres puiser de l'eau au Tigre , et se laver en même temps ; et comme j'étais en partie caché par le rbcher, et que d'ailleurs elles ne soupçonnaient pas qu'un homme était couché près d'elles, elles découvraient sans . réserve ce qu'an reste , dans l'Orient, on montre plus volontiers que sa ûgure. Il n'était pas prudent de me découvrir , je restai coi pendant fort longtemps, quoique cela me contrariât beaucoup, car j'avais l'intention de partir de trèsgrand matin pour herboriser autour de Tekret. Cependant une femme m'aperçut par hasard ; elle se mit à donner l'alarme. Quelques-unes avaient même déjà saisi des pierres; mais comme j'affectais de dormir profondément, elles s'éloignèrent sans chercher à m' emporter ities effets, et je pus enfin me lever. Tekret est un assez
(1) Populus Eupbratica. Olivier, 6g.
(2) N» 409 , C. leueophylla.
(3},N* S26, Sinapis iavigaia.
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pauvre Tillage qui avait un château et des murailles, mais presque tout est en mine; les paysans, cultiyent des céréales sur l'autre rive du Tigre. Le désert était tout brûlé; je trouvai cependant quelques bonnes plantes.
17 mai. A midi, je repartis avec un autre rameur, car on est dans l'usage d'en changer à Tekret, qui est à peu près à moitié chemiU. Nous vîmes bientôt sur lâ rive opposée àTekret, des ruines très-considérables qui s'étendent pendant plusieurs lieues sur les rives du Tigre. On me dit que les habitants les appellent Eski-Bagdad(i). Vient ensuite le village de Dor, où je remarquai le premier bouquet un peu considérable de palmiers. J'aperçus au loin une tour conique dont la construction remonte à une antiquité reculée; vient ensuite Samara , village comme les précédents. Le pays est couvert de ruines, et je remarque l'embouchure de plusieurs grands cours d'eau (2), ce qui donne au Tigre une laideur et une profondeur qui en font uqe superbe rivière. Je passai une partie de la nuit à terre.
18 mai. Les palmiers deviennent très-com-
(1) Le Tieux Bagdad,
(2) Ce sont les embouchures du grand et du petit Zab qiti descendent des montagnet du Kurdutan.
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ait RELATIONS DE VOYAGES
muns et les villages nombreiiix; mais tont paraît' sait dans un délabrement et une misère déplorables. Pe tous cMés on élève l'eau de la rivière (1) pour arroser les terres cultivées.
19 mai. Bagdad. En approchant do- Bagdad, la rivière se promène majestueusement an milieu de magnifiques plantations de palmiers, sous lesquels sont construites les maisons des habitants; j'aperçus la coupole dorée d'un kesmène, tombeau d'un prophète mort en ce lieu , et trésrévéré des Persans , qui y viennent en pèlerinage. Enfin Bagdad s'ofih-it à mes regards. J'allai d'abord ch'ez l'abbé Triochi, vicaire apostolique faisant les fonctions de coiisul par intérim. Je me présentaiensuite chesM. le Résident anglais de la compagnie des Indes, qui me reçut avec la plus grande. affabilité, et me fit accepter un lo> gement chez lui.
Me voici dans la cité du commandeur des fidèles , dans la ville d'Haronn-al-Raschid, suf le théâtre des Mille et une Nuits. Combien j'ai été désenchanté ! Combien sa grandeur est déchue ! Presque toute la ville est en ruine , ses rues sont désertes , et de 60,000 habitants qui s'y trou-
(1] Sans doute avec les rooes à godets ou norias, en usage dans tout l'Orient, et introduites, dit-on, dans le tnidî de l'Europe par les Arabes.
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vaient il y a seulem^it cinq ansj il n'en reite peutêtre pas au delà de 20,000 : la peste, la guerre civile et l'inondation ontruinë Bagdad en 1831.
Daont-Pacba j gui en était le gouverneur à cette époque , av^it levé l'étendard de la révolte ; c'é* tait un homme énergique^ animé de bonnes ii>tentions, et qui était parvenu à faire fleurir le pays. On entend dire de tous côtés : «Dutempsde Daont-Pacha les choses n'allaient pas ainsi I » Ce temps est en quelque sorte l'âge d'or pour Bagdad. II était parvenu à contenir.Ies Arabes et à en tirer des tributs. Daout aurait probablement réussi à se rendre indépendant dans cette province éloignée de la capitale de l'empire , car lA avait pour lui l'attachement que lui portait la majeure partie de la population; mais le commandant des troupes turques , le pacha actuel , Méhémet-AIi, profita des trois fléaux qui s'étaient réunis contre la ville, et en eut bon marché (1).
Le sol, aux environs de Bagdad, est un désert nitreux peu propre' à la végétation; cependant le palmier y réussit admirablement. Du temps de Daout-Pacha, on cultivait la canne à sucre, l'indigo et le coton; maintenant ces cultures sont
(1) f^oy. à la fin du Journal de 1835, Motioe spéciale sur Daout-Pacha. ■
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a» RELATICHÏS DE VOYAGES
abandoiuiiées; senleraeDt oo voit encore quelques miaérables (^amps de coton.
Je 6s en Mésopotamie une course qui ne me prodaÛHt presque rien. J'entrai en passant dans la cour de rimam-Housa , grande mosquée couverte, ainsi que s^ quati^ minarets, de belles mosaïques; il y avait un nombre considérable de Persans, d'Hindous, de musulmans de toutes les sectes et de tous les pays, qui y étaient venus en
Bagdad occupe les deux rives du Tigre réunies par un pont de bateaux dans l'état du monde le plus misérable ; la partie de la rive droite est la plus considérable, l'antre n'est guère habitée que par des Arabes. Dernièrement la guerre existait entre les deux parties , et on se battait à outrance ; le pacha parvint cependant à chasser les rebelles, et maintenant tout paraît asâez tranqiiille. Ce pacha est , au reste , un homme faible ; il ne fait pas volontiers le mal , mais il le lai^e faire. En résumé , h Bagdad , comme dans le reste de la Turquie, tout annonce la ruine et la desUmction. J'appris, à mon jgrand étonnement , que le commerce 4e l'Angleterre était fort peu de chose dans ces ciHitrées, et que c'était la France qui en faisait la majeure partie, surtout pour les draps.
22 mai. Je partis pour visi ter Babylone avec un
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■rai ORlEIVt. »1
jeune Turc quiparle très-bien le français, et quia étudié à-Paris aiix frais du pacha d'Egypte (1). Un des ' biitëatlx du pont de la Tille ayant été emporté par le courant , nous fûmes obligés d'attendre plus de, deux heures qu'cm eût réparé le pont; à une heure plus loin , nous fômes arrêtés par de nombreux canaux qui contenaient encore beaucoup d'eau. Ordinairement il se trouve des couffes, espèces, de corbeilles rondes d'osier, et enduites de bitume, et qui servent de bateau, mais les Albanais à la solde du pacha , et qui gardaient leurs chevaux au vert, se permettant toutes sortes de vexations envers lés bateliers, ces derniers avaient abandonné leur poste. Nous fûmes obligés de coucher sur les bords de la rivière.
23 mai. Le lendemain nous nous voyions sur le point de revenir à Bagdad , lorsque nous vîmes arriver un gros bateau qui nous prit à son bord, et. nous conduisit au delà des canaux dans le désert. Après deux heures de marche «nviron , nous trouvâolés un khan ruiné , nommé khan Keroua; deux heures après nous en vîmes un autre en bon état , le khan Jzad. À une heure plus loin nous traversâmes lé canal Mahmoudieh;
(1) /^oy. page 99, te Journal d'une c«mpa(^faitepar ce jeune bouune au service du paciia de Bagdad , en 1S34.
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att KELATiœ«S DE VOYAGES
noHS trouTàiïiâ^ ensuite Les restes d'un ancien canal , et <rîilmes coucher au khan Bir el Nous, à côté d'un canal. Les khanp'qui se trouvent de deux heures eu deux heures sur cette roule sont I ferment la nuit pour se mettre rabes, qui les respectent tout t. Il y avait autrefois des vilkhans, mais il n'en reste plus
Quelques habitants se sont logés dans le khan Asad. Quelques heures avant que j'y arrivasse, les Arabes venaient de tenter sur une caravane un enlèvement qui s'avait pas réussi. Nous trouvâmes sur la route une grande quantité de Juifs, de Persans, d'Hindous, d'Arabes, qui se rendaient en pèlerinage , les premiers à Kéféli , où est le tombeau d'Ëzechiel , mort pendant la captivité de Babylone, les derniers à Kerbela. Celte dernière ville est depuis peu de temps devenue considérable .- elle est habitée pur tout ce qu'il y a de mauvais sujets et de vagabonds en Perse, en Mésopotamie et en Arabie. Ils ne rectmnaissent aucune autorité et ne payent aucun tribut au paclia de Bagdad. C'est là que se réfugient chaque jour les habitants mécontents de Bagdad , Hillad , etc. Les environs de Kerbela sont plantés d'une énorme quantité de dattiers. On y cultive aussi les céréales an moyen d'irrigations , par un canal
âérné de l'Euphratc, et qui a été fait par un prince hindou. Le grand nombre de pèlerins qui affluent à Kérbela suffit pour joter d'aiUenrs beaucoup d'argent dans le paya;
34 mai. Après une heure de marche, le boI devient gypseux et contiait de petits caillouK roulés. Ce changemrat de sol prodiiit une différence sensible dans la Tégétation, et j'y remarquai des plantes que je ne retrouvai plus aillent: le Fagonia Bruguierii (1), etc. Une heure après nous trouvâmes le kh4m Scandera f à quelque distance, à droite, on aperçoit un autre khan surlaronte de Hussein. Une heure après le khan Scandera , on arrive i Toweba où Ton trouve les premières collines composées de débris de briques, et qu'on suppose être le commencement de l'emplacement de Bâhylone. Là finit le terrain gypseux. Depuis Tow^>a, tout le sol est couveirt de débris de briques pt de poteries. Noos trouvâmes le canal Nosseil , puis le khan Nesserau; deux heures après le khan Muhanil avec quelques palmiers. Nous trouvâmes ensuite beaucoup de canaux, et nous ne tardâmes pas à arriver sur les bords verdoyants de l'Euphrate. Il y a d'épaisses forêts de polmiers jusqu'à Hilla. Nous passâmes sur un pont de bateaux, et nous entrâ-
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au RELiTlOUS DE VOYAGES
mes dans la ville où nous allâmes loger chez an Arabedu pays.
. 25 mai. Hilla {Babylone)^ sur la -rive gauche de TEuphrate, a des murailles et une citadelle de hrique^ le tout très -faible, mais suffisant pour imposer aux Arabes. Voici une preuve de l'impossibilité de rien établir de fixe sur les peuples des villes de l'Orient: sur le bruit qui courait qu'on allait faire .une levée d'hommes pour cinq ans, la moitié de la population qui a en horreur l'état militaire, surtout le régulier, se sauva les uns à Kerbela, les autres chez l'imam de Mascate. Tous les |oars il en partait : cinq jours de voyage à travers lé désert et à l'aidede dromadaires suffirent à ces gens pour se mettre àTabri.
Noos parâmes de bonne heure pour visiter Birs Nemroudy qu'on suppose avoir été le temple de Belus. U ne reste plus qu'un pan élevé de murailles en briques, sur un énorme monticule formé lui-même de constructions de même nar ture. Sur le sommet |se trouvent de gros blocs de briques, dont la superficie est comme vitrifiée. On remarque dans les constructions des conduite qui avaient pour but de faire circuler l'air au travers décès énormes masses : de la sommité j 'a per^ ÇU8 Kéfeli où,estle tombeau d'Ëzéchiel. Au delà du lac qui est voisin de Bahylone , l'Imam-Hussein,
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lieu de pèlerioage pour les Persans. Notre guide nous cobta qu'autrefois il n'y avait point de lac eu cet endroit, et qu'il s'est formé sousl'influenCe d'une prière d'Ali. Ce que dit Hérodote sur l'immense étendue de Babylone n'est point exagéré, (Quatre cent quatre-vingts stades de circuit (dix étades pour un mille); il y avait, il estvrai, des jardins, des champs labourés dans l'intérieur ; mais les aurailron comptés parmi les merveilles du monde , s'ils n'avaient été tels qu'Hérodote nous les repcééente ? Je fus de retour de bonne heure à Hilla. Berka n'était qu'à environ deux heures.
26 mai. Mujellibé {Bdbel). Nous reprîmes la route de Bagdad, et nous allâmes visiter les rui- . nés de la tour dite de Babel : Mujellibc, Mukallibé ou Makloub c'est-à-di^e renversé. Parmi les ruines on trouve un lion en granit, à moitié enterré, et qui tient un homme couché sous lui. Ce sont d'énormes monticules de débris parmi lesquels On distingue encore çà et là des murailles, mine inépuisable où l'on vient extraire des briques et des pierres pour construire. Il y a., sur la sommité , un arbre isolé {Tamarix articulata ) (i) àont tous les voyageurs parlent : les
(i) La collection contient : 1° un échantillon sans numéro
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996 RELATIONS DE VOf AGES
uns (lisent que c'est un cèdre , les autres un arbre tel qu'on n'en trouve nulle part de semblable; un arbre enfin qui date des temps anciens , peut-être même du temps d'Hérodote. Nous allâmes coucher au Khan Iskandera^ où nous trouvâmes une société nombreuse de juifs qui allaient en pèlerinage. Nous vîmes là un jeune homme assez extraordinaire ; il avait six doigts très-bien formés, tant aux deux pieds qu'aux deux mains.
27 mai, Nons trouvâmes sur la route une grande quantité de Persans qui revenaient de Kerbela. iXous rencontrâmes fort heureusement nn bateau qui nous conduisit à une heure de Bagdad ; mais il fallut attendre longtemps avant que le patron du bateau eût recueilli le prix du passager. Les gens du pays payèrent 1 tcherkli, 2 f. 20 c; quant aux Persads, que les Sunnites (1) détestent et méprisent comme hérétiques^, ils n'en exigèrent pas moins dç 1 kran.
ni nom, mais avec l'indication précise de la localité : recueilli sur les ruine» de la Tour de Babel. 2", n' 2822, Tomtrix pycnocarpa, Babylone,
Ces deux édiantillons appartiennent au Triehona pyjnoearpa , de M. Decaisne.
(I) Les Sunnites sont une secte du mahométisme à laquelle appartiennent les Turcs. I<es Persansaa contraire sont Schyyles ou partisans d'Ali.
jM,Googlc
£N QRI£MT. SA7
c'est-à-dire 5f. Comme étranger, ils voulurent aussi me donner une preuve de rhospitalilé musulmane^ et exigèrent de moi 1 kran. Un jeune musulman qui m'accompagnait leur parla avec fermeté; on se disputa longtemps. Mou gpide fit valoir mes firmaps, mes lettres pour Ali-Paeba, etc. , et l'on fiait à Famiable avec 2 tcher-> klis.
Le sol, d^uis Bagdad jusqu'à HilU est sec , ingrat et nitreux^ on n'y voit que UsTamarïJcgai^ lica et articutata , pfctiocarpa , le Chenopodiàm fruticosumylçZfgoph/ilumsimplexylePeganum, harmalaMFagOHinBruguien{\){tBTe),\inCiicu~ mis nouveau (2) , un ^juga (3), le Savignia œgyptiaca,.eX le Rammculus natans que je ne pus recueillir (4): tout était desséché i le pays. serait fertile s'il était bien arrosé.
a juin. Ignorant qu'il y avait une oarayane prête à partir de Bagdad pour Kermanohai je m'étais fait donner cinq hommes d'escorte y car indépendanunent des voleurs qui infestent la
(3) M°385, nos Irait, mdéterminaUe.
(3) N° 1575, sans nom, étiqueté A. elongala. M.-B. par M. Décaisse-
(4) Peut-être le tl. aqmtilà qni croit en Awc comiM en Ewope. A^oba {loy Va recueilli dans le Jourdain. N'39.
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roiite f il y avait encore à craindre les Kurdes de Ravandus, qui erraient sur la frontière. — Ffons traversions les bazars où il y a toujours Une grande foule, par conséquent, beaucoup de tumulte et souvent des querelles. Un Alignais qui se disputait vivement avec un aiitre homme , voyant qu'il nepouvait pas obtenir raison, tira un pistolet et brûla la cervelle à son adversaire : le malheureux vint tomber aux pieds de. mon cheval qui fut effrayé et faillit me renverser par terre. En sortant de la ville , je remarquai une mosquée du temps des khalifes : elle est, comme presque toutes les mosquées de ce pays-ci , recouverte en entier de belles mosaïques. En dehors des portes , je trouvai campée une caravane de Persans pour Kermancha. Je continuai ma route à travers un sol d'alluvion desséché et nitreux , qui produit de très-beaux effets de mirage, et vins attendre la caravane près d'un camp, voisin d'un village à peu près ruiné ; elle me rejoignit vers minuit, et après avoir voyagé tout le reste de la nuit , nous arrivâmes à la Duila, petite rivière que nous passâmes sur un bac. Le chef du bac exigeait de chaque Persan un demi-kran pour le passage , tandis que les Turcs qui se trouvaient là en même temps que nous , ne payaient qu'un huitième de kran environ. Je me fis l'honneur de penser que jo valais bien un Turc , et en con-
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séquence je donnai un kran pour moî et- ma suite ; on me jeta mOn argent au nez et on se mit en mesur&de m'empêcher de sortir du bac. Tout ceci se passait à Tinsu de mon escorte qui se trouvait parmi la foule et ne pouvait guère Toîr c&qui m* arrivait. Dès qu'elle en eut connaissance , elle accourut , distribua à tort et à travers des coups de fouet , et je ne payai absolument rien. C'est une petite avanie que je ne regrette point de leur avoir faite.— De l'autre côté de la Diala , se trouve le village de Bakauba^ qui est bâti au milieu d'une forêt de palmiers. Le village est assez considérable , mais délabré , et la culture y est fort négligée. Nous allâmes camper en dehors, et pass&mes la journée sous nos tentes. Mon escorte me devenant inutile, puisque je me trouvais dans une caravane composée de plus de cinq cents bommes et de mille bétes de cbarge , je congédiai mes gens , à l'exception d'un homme qui demandait à m'aCcompagner jusqu'à la frontière. .
A juin. Une heure après le coucher du soleil, la caravane se mit en route; nous traversâmes un pays absolument désert , et marécageux en plusieurs endroits , à cause des canaux d'irrigation de la Diala. Le matin, nous arrivâmes à Scharaban. On alla camper dans un champ nou* Tellement moissonné, Lq feu qu'on alluma sç
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1» RELATIONS DE YOYAGES
eottiBtunîqtta bientôt à im tas de gerbes et menaça de faire un graod dég&t } henreusaBent ee tas seul brûla, nous nous bitimes d'aller no«s établir ailleurs.
S Juin. Au eomxqencement de la nuit on se mit en route; le pays est désert. Vm» le milieu de la Buit , nous airivâmes aux sources de la Diala ( i) qui sort du mont Hamerin , et qne nous passâmes snr un pont. Le sol d'alluTton cesse et les pierres commencent. Je regrettai beaucoup de n'avoir pas traversé le mimt Hanerin pendant le jour, car la végétation doit y 4tre intéressante. J'avais Intention d'y foire halte et d'y att^adre le joar« mais on m'assura que c'était très-imprudent , parce qne la route était iafe^ée d'Arabes et de Kurdes. — De bon n^Un noua noua trouvatmes à Kosrabad, village de 200 habitant^ Les environs de Kosrabad n'étant pas sûrs, je fus cMigé de mé faire escorter par cinq hommes pour faire tme excursion dans le dé^rt. A ma grande satisfaction la végétation y était encore dans tonte sa force, et je reoiallis dans cette course le. G/ar.i£ut£nionf/x(^uMn avec de beaux fruits; VOUveriaorientaUs et une nouvelle espèce de BuploTum. Je me reas«itis ce jour-
Ci) Aucher-Eloy a coufoodu un dei aStuoits de ta XHab avec cette rivlire dle-inéiBe.
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là pour la première fois de la mauvaise qualité des eanx des plaines de la Perse; j'éprouvais des coliques violentes tontes les fois que j'en buvais , et mon estomac en fut continuellement dérangé.
Gjuin, Nous partîmes de grand matin etfhaes à peu près cinq heures pourarriver à Hadji-Karw Khani (1) , village (limite des palmiers) , avec un beau pont sur VElhuan^ petite rivière qui vient des montagnes du Kurdistan ; ce pont est en assez btffi état i l'exception d'une arche; il faudrait peu de frais pour la reconstruire, mais qui se chargera de cette dépense? Nous fûmes obligés de passer la rivière à gUé; nos chevaux avaient de l'eau au>-des.su$ du poitrail. Nous allâmes camper au delà du village ; là nous apprîmes qu'une caravane considérable avait été pillée deux jours auparavant par les Kurdes, et qu'on se disposait à en faire autant de la nôtre.
La caravane ne voulut point se hasarder à continuer sa routé sans escorte : elle jugea prudent d'attendre le retour de soixante cavaliftrs persans qui étaient allés accompagner une caravane du côté de Bagdad. Nous restâmes
(i] Le khan aaa dm pèlerins, La lettre h aspira K preoDOnc comme un it. A. £loy écrit Khadji,
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932 RELATIONS DE TOfAËES
donc en place toute la jotii-nëe du 6 et du 7. 7 juin. Je profitai, de ce retard pour faire une excursion dans le désert, et je cueillis le Ttivemièra nummularia (1), X Heliotropium per~ sicum (2), le Lotus Michauxianus (3) , etCi Je me fis accompagaer par un paysan, qui à chaque instant me suppliait de retourner au camp, m'assurant que quoique nous ne fussions qu'à une heure et demie du village il n'y avait point de sûreté pour nous , et quç bous courions risque d'être dépojjillés et même tués. J'étais octcupé à cueillir le Tavemiera, qui croit sur les collines escarpées , lorsque mon guide qui était monté sur le sommet de la colline, vint à moi tout tremblant en m'assurant qu'il venait d'apercevoir deux cavaliers, qui safns le moindre doute nous avaient vus et nous auraient bientôt atteints. Je gravis à mon tour le sommet , et distinguai en effet dans l'horizon deux points nOirs qui me parurent être des hommes à cheval. Je jugeai prudent de déguerpir au plus vite, et me fiant sur ta bonté de mes jambes, je liai solide^ ment mes .plantes et je dis à mon guide de me
(1) \° 1080, avec cette étiquette d'Aucher: Hedysarum m rvpibus desertis Assyrias.
(2) N° 2390. Cette plante à corolle inrundibulifomie , doit probablemeat former un genre nouveau.
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suivre. En on instant je. franchis ravins et collines , ine dirigeant toujours en ligne droite vers le village qu'on apercevait au milieu de tous les. bouquets depalmiers. La route que nous suivions était tellement accidentée , qu'il aurait été impossible à un cheval de nous y suivre ; nous craignions seulement d'être cernés ^ ce qui faillit en effet nous arriver. £n regardant autour de nous, nous aperçûmes de chaque côté un cavalier qui avait l'intention de nous barrer le chemin, mais ils étaient encore loin, et en redoublant d'efforts , j'arrivai à ma tente couvert de sueur et de poussière , et dans un état difficile à dépeindre, avant qu'ils eussent pu m'atteindre; cinq minutes plus tard je tombais entre leurs mains.
Le soir , l'escorte étant de retour , nous nous mimes en route. La caravane an lieu de marcher avec ordre, et de se- choisir un chef, comme cela arrive dans les caravanes qui voyagent dans le désert , se trouva bientôt dans une confusion inimaginable ; chacun commandait i les femmes criaient, les enfaiits pleuraient ; les plus braves invoquaient Ali. On entendait crier de tous côtés : la Ali ! les derviches récitaient des versets du Coran, etc. Nous marchâmes pendant près de deux heures sans que personne S9 présentât, ce qui rftssura un peu la caravane
nigiti.rJMjGOOglC
tS4 RELiLTIOirS DE TOTAGES
et rétablit uiaiBittiblèmeat Tordre , lorsqu«^ tout à coup le cri d'alarme se fit entendre. Je croyais que les femmes allaient pousser des cris de désespoir , et que de nouveau tout allait rentrer duis le désordre ; mais soit habitude de pareils dangers, soit réngnation , soit enfin confiance dans notre escorte, on garda le plus profond silence. On continnait à réciter des versets du Coran , et à répéter sans discontinuer la profession de foi musulmane des Schyytes:
11 n'y a pas d'autre Dieu que Dieu ! Mahomet est son prophète, et Ali est le vicaire de Dieu ! Au premier cri d'alarme , les cavafiers qui marchaient à la queue de la caravane , se portèrent à la tête, et bientât j'entends la fusillade. Les Kurdes, soit qu'ils fussent en petit nombre, soit qu'ils se souciassent peu de se mesurer avec soixante hommes bien armés, lâchèrent pied, car en général ils n'aiment point à se faire tuer, et la moindre résistance leur fait abandonner la partie. Quand ils forent éloignés, tous les hommes de la caravane, qui étaient armés de fusils , se joignirent à l'escorte : on cria victoire -, on tira force coups de fusils, pour effrayer davantage l'ennemi , et lui &ire croire que nous avions avec nous des troupes Filières, qui sont l'effroi des Kurdes ; nos gens montaient sur les hauteurs et commandaient l'eierclce avec des voix de Stentor, (te
n,g,t,7.dt,'G00gIc
BNOMQIT. 3S5
marcha cepe&duit Id reste de ta mit , en ayant la ^écaution d'envoyer dei édairetiTs sur les devants de la caravane.
Sjain. Le S au matin, après cinq heures de marche, nous arrivâmes sur le territoire Persan, au khan Kekerrad(i% où sont les ruines de l'ancienne ^^^^rte, sur les bords de l'Ellouan (2). Autour du khan se trouvent quelques huttes de paysans. Les ruines d'Astigarte sont fort étendues; les mors d'enceîate existent encore en grande partie, ainsi que des restes considérablea d'une forteresse. J'allai Visiter sur une hauteur deux petites pyramides élevées sur les tombeaux de deux voyageurs Prussiens , assassinés par les Kurdes , suivant ce que me dirent les gens du pays ; je ne pus en savoir davantage : les tombeaux eux-mêmes ne portent aucun renseignement. Nous passâmes la journée auprès du khan, et le soir nous nous mîmes en route. Toute espèce de crainte étant dissipée , l'escorte nous avait quittes , et nous cheminions paisiblement, lorsque des cavaliers qui étaient restés en ar->
[1] Sam doute le klian de Shah Zada, appelé pawagede Kari»a dans U carte d'Arrowsmith.
(2) Ou plutôt un de MB «ffluemtB. Le principal cours de U rivièie semble remonter vers le nord^ d'après U carte d'Arrowsmitb.
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â36 RELATIONS DE VOYAGES
rière , accoururent au grand galop et jetèrent de nouveau TépouTaute dans la caravaHe , annonçant que l'on'Tenait de découvrir un parti nombreux de Kurdes qui témoignaient l'intention de nous attaquer. On fit aussitôt halte ; les hommes armés de fusils se réunirent au nombre d'une quarantaine ; j'en faisais partie. Eu ma qualité defrànghi (l)je devais connaître le talim(2), et je fus d'un commun accord nomiué général de toute l'armée , tant cavalerie qu'infanterie , car , il y avait environ quinzehomines de cette dernière arme : c'étaient des calérgis qui suivaient, à pied ouàâne, leurs mules chargées. Je disposai mon monde de iuon mieux , et leur reicommandai sur^ tout de ne pas tirer , suivant leur usage , un seul ' coup de fusil avant que l'ennemi né fût à portée. Je recommandai- aussi à la cavalerie de ne point faire de mouvement avant que l'ennemi, après avoir perdu quelques hommes, commeuçât à s'ébranler. Mes dispositions prises, nous attendîmes l'ennemi de pied ferme. Un instant après, un nuagO épais de poussière nous annonça l'approche des Kurdes. Je réitérai mes ordres d'attendre que l'ennemi fût arrivé à portée; mais, au mépris de leur général, ils déchargèrent bieii-
(1) Nom générique des ËuropéenB.
(2) La tactique miliuire.
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tôt au hasard leurs liislls , tous ensemble , et en criant comme; des démons : l'ennemi riposta à la même distance et se retira voyant qu'on était en mesure. C'est ainsi , en général , que se fait la guerre entre . les tribus nomades ; on tire des coups de fusil pour se faire peur, et il est bien rare que le sang coule. Après avoir fait feu, l'ennemi intimidé n'ose pas riposter ; on s'élance sur lui et le pillage commence.
Le matin nous passâmes devant un grand village ruiné, nommé ^er/)ou/, où il y a deux grands khans en bon état. Quelques temps auparavant nous étions entrés dans une vallée assez bien cultivée et où coule une rivière qui sert poiir l'irrigation des terres. Les montagnes de celte partie de la Perse ont ta forme , la teinte noire et sauvage qui distinguent les formations trachitiques. Nous allâmes planter nos tentes à une heure de Serpoul , près d'un campement de Kurdes cultivateurs , jusqu'au pied de la montagne dite Nâlkou (qui brise les fers des chevaux).
Bj'uiiî. Voulant faire une excursion sur la montagne qui était couverte de verdure , je Cs venir un Kurde; et je lui demandai si, moyennant un Kran de bakchich, il voulait m' accompagner sur la montagne : il y consentit et je partis. Nous trouvâmes, à peu de distance, des tentes kurdes entourées de nattes et couvertes de feuillages.
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9K RELATIOCfS.M VOYAGES
D^s que je fas aperçu ^ les femmes et les enfants accoururent à moi pour m'examiner, et quoique m<m costume ne dût rien aroir de bien extracH*dinaire pour elles , puisque c'était à peu de chose près celui du pays , elles ne cessaient pas de me tâter de tous les cétés. Deux d'entre elles poussé* rent l'indiscrétion si loin, que je fus obligéd'eraployer la force et de leur donner sur les mains de violents coups avec le manche du keser ou fouet que je tenais à la main. Elles avaient mis la main dans mes poches et en avaient retiré mon mouchoir et ma bourse , tandis qu'une autre , soit qu'elle eût pris certaine ouverture de mon pantalon pour une autre poche, soit par un autre genre de curiosité , s'amusait à y fourrager d'une manière fort désagréable pour moi. J'eus tontes les peines dn monde à écbiapper à ces harpies, après avoir repris les effets qu'elles m'avaient ' enlevés. Je n'étais pas à une demi-heure de la caravane lorsque mon guide , l'être le plus stupide et le plus sauvage que j'aie jamais vu , me témoigna l'intention de retourner, disant qu'il y avait des voleurs, que le soir approchait, etc., et il était à peine midi. Je me fôchài contre lui, mais il me mit en main l'eau et le papier qu'il portait et me laissa là. Je fus donc obligé de retourner senl à ma t«ite, chaîné du bagage destiné à cette grande berbo-
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risati(m qui se borna à deux on trois plantes. Le Kurde eut le front àe se préœnter pour toucher le k rau qui lui avait été promis, et, pour avoir la paix, je lui en donnai la moitié. Un instant après, unkurde, se disant autorisé par legouTemement persan , vint œe demander oomme un droit établi suc tous les voyageurs la somme de six kraus. Je lui répondis, qu'étant Franc je n'étais pas soumis à cette loi, que je ne payerais qu'à la force, mais qu'ensuite malheur à lui, parce que à Kermancha je saurais le faire punir. Je n'eus pas besoin d'en dire davantage , car la peur que les Persans ont des Francs est incroyable.
liions partîmes le soir une heure avant le coucher du soleil , en remontant le cours de la rivière qui arrose la vallée. En approchant du pied de la montagne, cette v^léé devient charmante. La rivière eslbordéede^a/ix euphratica (l).Nous gravîmes le Nàlkou à travers les pierres dans un sentier très-difficile : la montagne est couverte du Qâercus, qui fournit la noix de galle du commerce, de Pistacia terebinthus etdu Rhamnus pubescens qui fournit la graine jaune de Perse, Voulant visiter cette montagne, je m'arrétaf vers
(1) ^oy. page 216, note 1.
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le milieu dé la nuit près d'un camp, pour y attendre le jour, et laissai la caravane continuer sa route.
\Q juin. Le matin, j'explorai quelques vallées et montai sur un des pics les plus élevés; j'y fis une herborisation passable. Je continuai ensuite ma route au milieu d'une forêt de chênes. La vallée s'élargit et forme une assez belle plaine, fermée de chaque côté par des montagnes élevées , puisqu'elles conservaient encore de la neige. On voit quelques villages au pied des montagnes > et des tentes de Kurdes dans la plaine. Vers midi , je rejoignis la caravanequi était arrêtée à Khan Soliman , près du village de Zuhat. Un garnement me vola mon canif, tandis qu'uu autre enlevait les cordons de mes souliers, et qu'un troisième proâtait de cette occasion pour me voler nia montre dans ma sacoche.
Le village de Zuhat est dans une position charmante ; ony cultive beaucoup de vigne et d'arbres fruitiers. De même que sur le plateau de l'Asie Mineure , on cultive généralement en Perse le peuplier pour entretenir la fraîcheur et ensuite parce que cet arbre poussant très-promptement, fournit au bout de quelques années du bois de chauffage , si rare dans cette contrée. Les habitants de ce ' village sont des j^U UUahi, secte particulière qni
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regarde AU comme Dieu unique , réunissant en lui Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Us ont de la vénération pour le diable, parce qu'il provient de Dieu, et que Dieu ne fait rien de mauvais. ( Voir sur cette secte Wolf. Researckes on missionary labours, 1835.)
1 1 Juin. Je pris un homme avec moi, et je ûs une excursion sur les sommités neigeuses du Nâlkou, qui peuvent avoir 1500 toises, et qui conservent la neige jusqu'au 15 juillet.
Là , je ûs la première excellente herborisation de tout mon voyage. £n revenant nous entrâmes dans la plaine sous les tentes des Kurdes qui nous apportèrent plusieurs grandes, tasses en bois de lait aigre pour nous rafratcfair. Je voulus donner quelque monnaie à ces gens , mais tout le monde se mit à me rire au nez j l'escorte et les hôtes étant de.même nation , il y aurait eu honte pour ceux-ci de recevoir l'argent des étrangers qui viennent sous leur tente prendre quelque repos. Nous partîmes le soir et continuâmes à nous élever; la nuit fut très-froide et nous souffrîmes beaucoup , étant obligés de camper en plein air.
iijuin. Nous parUmes pendant la nuit, et vînmes faire halte dans une va$te plaine passablement cultivée. J'avais en vue ÏElwend couvert de neige ; de temps en temps on aperçoit
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daos la plaine des ruines de villages et des tentes de Kurdes.
1 3 juin. Kermancbah. Comme il n*; arait plus que quatre heures à faire pour se rendre à Kermancbah, je me reposai un peu, et n'arrivai que le soir. Je cueillis sur la route , dans les endroits secs et stériles, le Gaillonia Olmen{\). J'allai descendre dans un khan et m'y logeai dans une mauT^se chambre étroite où j'avais peine à me retourner. Bientôt après , le domestique d'un officier anglais au service du roi de Perse, m'apporta une lettre dans laquelle ce. gentleman m'invitait à venir loger chez lui. J'accotai cette offre sans hésiter ; c'était un jeune homme plein d'affabilité , d'instruction. La position des instructeurs Anglais en Perse ne ressemble en rien à celle des instructeur au service du sultan ou du pacha d'Egypte. Les premiers ne sont point , à proprement parler, au service de la Perse, car
( t ) Dans le manuscrit le nom a ét^ efface par Audier Ëloy. On ne trouve pas dans !a collection du Muséum d'échantillons de Gaillonia provejiantdes environs de Kermanchah.
Mais il y en a t " : de Téhéran , n" 829 , tout semblable k ceux qu'Olivier et Bruguière ont recueillis jwès de k même tille , et entre Bagdad et Alep ; 2° du Laristan , (inter Faroun et Darap, secus rivulos), n° 1254 (mter Para et Darap) , n' 1357.
Le genre Jsvhertia , lUast. fiuit. orient. , t. 8 , est voisin du Gaillonia.
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c*est le gouvernement des Indes qui les a envoyés et qui paye leurs honoraires. Aussi sOnt-ils sur un pied qui ne peut manquer.de leur attirer beaucoup de considération ; leur gouvernement leur alloue les frai» d'une grande maison , force domestiques, plusieurs chevaux; ils ne sortent ]amais qu'avec une suite nombreuse.
iAJuin. Le jgouvemeur de Kermanchab, frère du roi régnant, ayant témoigné le désir de me voir, je me rendis à son palais. Il m'entretint pendant quelque temps par xme fenêtre d'un appartement qui donnait sur un jardin oiî nous avions été introduits; l'étiquette est si absurde et si minutieuse enPerse, qu'on jugea que c'était le seul moyen convenable, de me donner audience.
15 Juin, Je me rendis & Takt-et-ffostan pour y visiter le célèbre monument de ce nom; A est situé à une heure et demie de la ville, au pied des montagnes. Je ne m'attendais point à trouver une construction aussi imposante; elle a été élevée par Kosroé Parvis (1). Les quatre figurçs principales sont l'ouvrage d'un artiste persan , mais les chasses qui sont représentées sur les côtés et les deux renommées placées en dehors7
(i) Kosroë pMfts, lUs d'Moruiu III , téfuaait en £01.
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âU RELATIONS DE VOYAGES
décèlent par leur 6ni et leur élégance un ciseau grec ; Kosroé, dans son expédition en Grèce, n'aura pas manqué d'en ramener des esclaves , et ce sont eux sans doute qui auront terminé le monument. A côté de ta grande caverne s'en trouve une autre plus petite avec des âgnres et des inscriptions en Pehlvi (1) -, ce monument est plus ancien que le premier. L'endroit est charmant : une eau magnifique coule en grande abondance du pied de la montagne , et fait tourner une quantité de moulins : c'était un endroit de. plaisance très-bien cboisi. Dans la grande caverne, sur un des côtés, on voit des figures récemment sculptées par ordre du prince qui commandait àKermanchahsousle demierchah; elles représentent Feth^Ali-Chah avec deux de ses fils et une de ses filles.
(I) LepeUvt estuneIaiigued£laPene,qui s'estcoDierrée comme langue savante , dans cette contrée , jusqu'à des temps assez rapprochés de nous ; inaû elle n'y était déjà plus d'un usage général au m' siècle de notre ère. Ou peut conjecturer que le peklvt a succédé au sendi c'est dans ces deux idiomes que nous ont été transmis les plus anciens textes des livres qui portent le nom de Zoroastre , et que les Parses de U Perse et de l'Inde r^^rdent conuue le fondement de leur loi. Il parait aujourd'hui démontré que le pehlvi dérive de U même source que lé tanicrit et lepaU.
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16 et itjuin. Ces denx journées furent employées en débats avec un muletier pour continuer mott voyage. Je m'aperçus pour la première fois de la fausseté des Persans , et de la difficulté de terminer une affaire avec eux. Un voyageur doit bien se garder de prendre à son service un muletier persan , à moins que celui-ci ne soit recommandé par de bons répondants, et surtout ne Ini avancer de l'argent que sous de bonnes garanties , car ces misérables sont dans l'usage de vous conduire quelques jours et ensuite de vous laisser là , quand ils trouvent une occasion favorable, emportant l'argent qu'ils font presque toujours donner d'avance. J'en fis venir deux : je traitai successivement avec eux , mais quand je croyais tout fini , tes diMcultés recommençaient et il fallait chercher d'un autre côté.
La ville de Kermanchah qui, il y a quelques années , pouvait avoir une population de 20,000 habitants, n'en compte maintenant pas plus de 5 à 6,000 , depuis la peste qui désola ce pays il y a deux ans. La plus grande partie de la ville et (les bazars sont en ruine; la citadelle n'existe plus. La rivière de Kerah passe à une bonne demi-lieue de la ville.
Au moment de mon départ de Kermanchah, oq parlait d'une expédition ççntrç 1q bey ^e i^T^^l
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2l6 RELATIONS BE VOYAGES
tJus (1); elle devait se faire en commud k\e6 les Tuh:s , qui étaient déjà en marche et campés à Kackou. Le prince gouverneur de Kermancbah doutait i)ue les Turcs eussent véritablement rm>tention d'attaquer les Kurdes; il ne regardait cette guerre que comme un prétexte; leur véritable but, suivant lui , était de s'emparer de Sulîmanieh , dont les Persans touchaient. les revC'nus et s'étaient pour ainsi dire emparés contre toute justice , profitant de la faiblesse des Turcs de ce côté. Il y avait bien un pacha turc à Snli'manieh, mais il était sans autorité, et celle des Persans lui était bien supérieure. Ceux-ci n'ayant point de troupes dans le voisinage étaient dans l'appréhension , et le prince expédia à Téhéran un courrier pour prendre les instructions du roi. Après les avoir reçues , il fit partir un envoyé pour Bagdad afin de s'entendre avec le pacha, mais cet envoyé fut attaqué sur la route et blessé par les Kurdes : plusieurs hommes furent tués, et il eut lui-même beaucoup de peine à s'échapper.
11 est revenu à Kermanchah sans avoir pu réussir dans sa mission.
19 jum. La plaine de Kermanchah est passablement, cultivée partout où l'irrigation est possible. A une heure se trouve un khan près d'un
il) /'oy. Journal de ï 837.
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EN ORIENT. â4T
pontsiarla nirière de Kermanchah. Après àToir marche six heures toujours en plaine, je vins coucher à BesUoun, village ruiné où il y a un khan et beaucoup de peupliers.
VXijuin, Route toujours dans la plaine, cultivée en riz. Après cinq heures de marche, Sana, gros village, mais à moitié ruiné. Nous al Ions camper une heure au delà.
2ijuin. Nous gravissons une montagne pea élevée, et nous retombons dans une plaine où il y a de belles cultures et quelques villages épars; nous allons coucher à Kangovar^ petite ville avec des murs en terre , une mauvaise forteresse et les restes d'un temple de Diane; la base de ses colonnes est encore en place. Les Turcs ont une mosquée dans cet emplacement. Un Anglais qui a visité cette mosquée n'y a trouvé aucune inscription(I).
12 juin, r^ous' franchissons une montagne peu élevée et nous nous trouvons ensuite dans une vaste plaine avec de belles cultures et des pàtu-
(t) Les ruines qui restent à Kangorar , appartiennent au përibole d'un temple que l'on regarde comme consacre à Diane persique. Le soubassement occidental est encore parfaitement conservé; il supporte six colonnes dont les chapiteaux et l'entablement ont été renversés , mais dont on trouve de nombreux fragments dans les décombres.
i^Note de M. Texier.)
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rages occupés par des Iliates (I). Au pied delà chatne de l'EIwend , je traverse de nombreux villages avec des peupliers, des vignes, etc, Le premier que l'on, trouve dans la plaine est Mondourav, ruiné , avec un fort encore en assez bon état, mais bâti en terre, rious venons côtoyer Cemabadanx>ied delà montagne : ici les rochers schisteux avec des liions de quartz commencent à succéder au calcaire. On me fait une singulière querelle pour avoir satisfait, étant debout, à un petit besoin (2).
HZ Juin. Nous gravissons une montagne qui fait partie de l'EIwend, et nous couchons au pied de la principale cime, ]^ïous repartons pendant la nuit et entrons bientôt dans la magnifique plaine d'Hamadan, admirablement cultivée, et arrosée par les eaux qui coulent de l'Ehvend.
24 Juin. J'arrive à Hamadan, oiî je loge dans
une maison particulière , ne faisant point usage
des lettresque j'avais pour lechefdesKaragueuz-
arce que je n'avais point de temps à
m, bâtie en terre comme toutes les
(1) Lps Iliatps sont des Kurdes nomades du mont Zagroa.
(2) En pareille circonstance , lea Orientaux ont coutume de s'accroupir.
(3} Karagueuïlui , bomp^ aux yeux noîn , poiq d'ane
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Tilles de la Perse, est biwî déchue de la gloire de l'antique Ecbatane dOftt elle occupe à peu près remplacement ; je -dis 1t peu près , car Ecbatane , suivant le rapport des géographes anciens ^ et particulièrement d'Hérodote , devait être beaucoup plus sur le penchant de l'Ëlwend. La ville actuelle est presqn'^i plaine , à l'exception du château en ruine , et ne pourrait point, comme le dit Horier, compter ses collines comme Rome et Constant! nople : on ne conçoit guère comment ce voyageur a pu voir ainsi. Il n'y a aucun monument ancien bien remarquable, si n'est des inscriptions à tétès de clous (1) gravées sur le rocher. On y remarque une vaste mosquée, Mesgid-Djouma , qui est en ruine. C'est un édifice qui passe pour être le tombeau d'Ësther et de Mardochée. On y lit une inscription en hébreu dont on peut voir le texte et la traduction dans Morier. — Hamadan ne compte pas plus de 15,000 habitants ; il y a un petit nombre d'Arméniens et de Juifs. Onyvoit le tombeau d'Âvicenne et des ruines de tombeau,x , de très-belles mosquées avec des caractères kufiques ; enfin un an-
(1) Ces Inscriptions sont gravées dans les rochers granidquefl du niontElwend. Elles sont désignées par les habitants sousle nom de Gagdinaioéh (l'histoire du trésor). Ces inscriptions que ]ei travaux récents des philoli^ues ont expUquéea en partie ,
nnt «D Unyue mfrieoiu et pem, (^Qft ^ M, TxpiWj
rmn-n-.;Goog\c
SM RELATIONS Sï TÔYAGÊS
tiqmire powrait j faire de bellefi éécoaTertes(l). (kl peut s'y procurer de bennes médailles et de belles pierres gravées ; mais les Aidais , en les achetant ssms rime ni raison , en ont foit éksTer le prix imokodérément , et les juifs se sont emparés de ce geikre de ^afic.
tiSJuifi. Je partis pour les sommités de t'Elwend (Orontes des Anciens), j'entrai bientôt dans une vallée charmante parfaitement cuItÏTée en blé , en vignes et en peupliers. J'allai ensuite planter ma tente an-dessus d'une plaque de neige, etde là, accompagné d'un guide, je me dirigeai snr les cimes neigeuses les plus élevées, errant y faire une abondante moisson de plantes rares. Entraîné par mon zèle , je franchis avec ardeur les vallées et les précipices sans m'oceuperdn chemin, Il y avait plus d'une heure que je marchais ainsi, lorsque je me retourne pour faire une question à mon guide ; mais j'ens beau appeler, personne ne me répondit : j'étais seul, et, m' étant fié sur ce guide, absolument hors d'état de retrouver ma route. Je ne renonçai point cependant à gagner la cime , ce qui me fut d'autant plus pénible que je ne trouvais rien On très-pen de chose pour me dédommager de
(1) Le public jouira sans doute bientàt de celles qu'y A fûtes M. Ch. Texier. Fog. le prospectus récemment public de «CD grand ouvrage tm l'Annënie et h Perse.
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EN Oftlffilt. «i
mes fatiga«s. LaTëgéUtion tétait à pes près cell4 de la plaine : F^rsètia suffruticosa (1 ), f^esicarût vestita (3). J'jr cueillis oep^tdant trois érucj/^x intéressants : nn Hesperîs nouveau (3), un CEthi membnznaceum{i)^ et un Tytlaspiqai pourrait bienétrenoiiTeau(5). Les hauteurs de l'Elwend offrent peu de points de Tue intéressants, si ce n'est, d'un côté, la belle plaine d'Hamadan bornée par des montagnes grises ; et d'unautre^ celle de Kattgovar et les cimes neigeuses de Bisitoun.
Je ne savais comment faire pour regagtier mefi gens , et je n'osais trop m'avancer de peur de m'égarer davantage. J'esp^ais toujours voir quelqu'un venir à ma rencontre. Cependant le soleil baissait, et je pensais avec horreur à la nécessité dépasser la nuit dans ces cimes glacées, et dans la société des ours qui n'y sont pas rares. Je pris le parti de descendre dans une vallée profonde , au fond de laquelle coulait un torrent et où du moins le froid serait moins in^-
(1) N* 234. — Elwend , n' 204 — (ex montibus Persi»), n^l631.— Ispahan, n" 4086, sani localité. (F. penduU Boisrier, n" 283.
{3) Sans numéro (/f, Pertica? Bout.].
li) Deleas. Icônes gelectat, 2, t. 75.
(5) N' 247. JHà$mophgttt AtKhtri, Mm-t a* 309.
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H2 Relations de voyages
tense : j'étais résolu à y passer la nuit. J'avais déjà beaucoup descendu, lorsque j'entendis là détonation d'un fusil. Ne doutant pas que ce ne fussent mes gens qui étaient à ma recherche , je me dirigeai du côté du bruit, comptant bien qu'il recommencerait. En effet, après une demiheure de marche , je vis un homme qui appelait et tirait de nouveau Un coup de fusil j je marchai avec ardeur; enfin, après deux heures de la route la plus pénible à, travers les pierres roulantes, les rochers à pic, les vallées, etc., j'arrivai à moitié mort à ma tente.
L'Elvrend est au demeurant, une montagne fort peu intéressante pour les botanistes. On n'y trouva que les plantes de la plaine et des montagnes à sommités beaucoup plus basses, ce que j'attribue à sa nature schisteuse ; en effet , ce terrain est tellement sec que , autour de la neige , Jout était comme brûlé. Sa hauteur n'est point grande , et ■ elle ne conserve point de neige toute l'année ; je ne sais si elle a été mesurée , mais je doute qu'elle atteigne 1 ,200 toises. Elle n'offre aucun genre de beauté ; c'est enfin une montagne vulgaire s'il en fut jamais ; mais quelle que soit la pauvreté d'une montagne , on n'en revient cependant jamais les mains entièrement vides; j'y avais cueilH une belle espèce nouvelle de^S'iVene,
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pétales sont marquées d'un petit point noir , le Papaverfugaxy le Cicer songaricum^ etc. Je passai lauuitsur l'EIwend^et le lendemain , 25 , je fus dé retour à Hamadan.
26 Juin. Je me mis en route pour Ispahan.
Après être sorti de la plaine , le pays est inculte* faute d'irrigation. Nous fîmes seulement deux heures, et allâmes coucher près d'un petit village aune heure au delà de Jalkan, qui lui-même est un gros village avec de belles cultures et de belles plantations de peupliers et d'arbres fruitiers. Tous les villages delà Perse sonten quelque sorte fortiûés : pourquoi ce gouvernement ne préserve-t-il pas les villages du pillage, au lieu d'en faire autant de places fortes ? Telleétait la France, tels étaient la plupart des états de l'Europe sous le système de la féodalité.
Ce qui frappe le plus eu Perse , et ce qui contribue à donner à ce pays une physionomie triste et mélancolique , ce sont les ruines qui couvrent le sol ; il est rare de trouver un village dont la moitié au moins ne soit pas en ruine : il y en a un grand nombre qui sont tout à fait sans habitants. Il faut dire pourtant que les ruines ne sont pas toujours une preuve de dépopulation , et le Voyageur ne doit point s'y méprendre. En Orient^ en Perse surtout , on ne répare presque jamais les édiûces ; si une maison , par une cause quel-
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m RELATIONS DE VOYAGES
conqne, devient inliabUable^ûnrabaDdoDiie pour en bâtir uoe autre à côté. Far suite de la domination des Afghans, les guerres lointaines de Nadir-Chah (1), et des guerres civiles qui ont [urécëdé l'avènement au trône de Feth-ÂU-Ghah, une immense quantité de villages Airent ruinés de fond en comble ; les habitants ne cherchèrent point à relever ces ruines i ils aband<Hmèrent le lieu , se réunirent à un autre village ou en bâtirent un nouveau. Au reste, et dans tout le pays que j'ai parcouru , depuis Kermanchah jusqu'à Ispahan , partout où il y a te moindre âlet d'eau , il est utilisé pour l'irrigation des terres. On ne voit pas les terrée , susceptibles de culture , abandonnées comme en Turquie , ce qui est surpreaant avec un aussi mauvais gouvernement. Les Persans sont naturellement indostrieux, laborieux, et paraissent se plaire particulièrement à la culture des terres.
. J'étais campé au pied de l'Ëlwend , et conuae mon muletier prétendait qu'il y avait des voleurs sur la route , qu'il n'était pas prudent de voyager seul, et qu'il fallait attendre une caravane, je me décidai à visiter cette partie de l'EIwend.
(1) Nadir Sclialia régné dix ans , de 1737 à 1747. Fetli-Ali-^aliestmont^surletrAMeentTg?; il est mort m 1834.
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EN OBIËNT. US
39 fuin. Le matin je partis pour cette «xctiiv sion, accompagné d'un paysan persan. Je traversai un grand et beauTÎHage Uen fortifie, am pied de la montagne. Nous traversâmes ensuila quelques tentes d'IIiates , et nous arrivâmes , :^rès deux heures de marche , dans une vallée bien arrosée , au pied de la principale sommité. Mon guide paraissait très-£atigué ; je lui dis de m'attendre dans un endroit convenu; je me dirigeai seul vers les sommités, j'y recueillis quelques plantes intéressantes, quoiqu'en petit noin* ,bre, telles que la Fesicariacretiea (l),et naCory' dalis nouveau (2). Je descendis pour rejoindre mon guide , mais , par une erreur qui faillit m'étre-fatale, je prie une autre vallée que celle où je l'avais laissé ; je me mis à l'appeler , mais j'eus beau crier , personne ne répondait à ma voix ; ce qui contribuait à m'eutretenir dans mon erreur , c'étaient des tentes d'Uiates que je prenais pour les mêmes que j'avais vues le matin- Enfin , fatigué de crier, j« me décidai à rega-
(f ) N'existe pas daus la collectioD, On n'y trouve, se npportant à cette localité, que la p'esicarid nommé ttiloba , par Aucher , à feuilles pinnatifîdes trilobées qui porte le n" 247.
(2) On ne trouve dans les colkctkms d'Aadxer que lea Coryd. wrlicUlarii, u° 400 , Mésopot.
— rutafolia 402, Baylan.
— — 4053, Asie Min.
— — 403, Mwit. de Carie.
^ BELATIÔNS DE VOYAGES
gner ma tente sans le guide ; lorsque je passai devant les tentes des nomades, ils vinrent tous à moi et leurs procédés furent d'abord honnêtes, mais me voyant seul , ils s'enhardirent et prétendaient vouloir me retenir la nuit dans leurs tentes; je leur dis que je ne pouvais y consentir, puisque la caravane dont je faisais partie, devait se mettre en roule la nuit même ; ils n'ajoutèrent point foi à mes paroles et se mirent à employer la force pour m' entraîner sous leurs tentes. Cette manière d'exercer l'hospitalité ne me révenait pas du tout. Je fis lâcher prise au plus obstiné en lui donnant sur les doigts des coups de fouet , et n'hésitai point à me sauver d'entre leurs mains en traversant le torrent qui coulait au fond de la vallée. J'avais jugé ce torrent assez peu profond et cependant j'avais de l'eau jusqu'aux aisselles : ils n'essayèrent pas de me poursuivre et je sortis en courant de la vallée. Arrivé dans la plaine , je ne connaissais nullement ma route : par malheur encore j'ignorais le nom du village près duquel j'étais campé , de manière que je ne pouvais démander que la route d'Hamadan à Ispahan ; tous les paysans que j'interrogeais me regardaient la bouche béante , et je ne pouvais tirer d'eux la moindre réponse. Je m'arrêtais continuellement croyant quelquefois avoir retrouvé ma roule , puis je reconnaissais mon illusion ; je revenais
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Snr mes pas pbur m'en^jî^er dans de nouvelles routes, et tonjours ainsi. Je désespérais de me retrouver, et je me voyais dans la nécessité de passer la nuit en plein champ, dans un pays où les nuits sont glaciales et où Thomme ne se fait aucun scrupule d'en égorger un autre. Cependant à force d'errer, j'aperçus un village du haut d'une émineuce ; je m'y dirigeai ; là , j'eus toutes les peines du monde à décider un paysan à me conduire sur -la route de Hamadan à Ispar han; il voulait que je lui payasse un kran à l'avance , ce qui était fort difficile pour moi , car je n'avais pas jugé prudent d'emporter de l'argent sur )a montagne. Enfin , après bien des explications indispensables de ma part, il Vint avec moi. J'étais mourant de fatigue et encore cet imbécile ne cessait de m'adresser les questions les plus saugrenues et de les répéter mille fois : il fallait qu'à chaque instant je lui répétasse que je lui donnerais un kran pour sa peine. Cependant )a nuit arrivait, et monguide alors me proposa de retourner à son village; je fis tant que je le décidai à continuer, mais bientôt il recommença à ne plus vouloir marcher; il fallut que je lui promisse un second kran. Arrivé sur la route d'ispafaan , je ne me reconnaissais point , mais . je jugeai que ma tente devait être plus près d'Hamadan , et je dis à mon guide que bientôt nous
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SM RELATIOKS HZ TOÏA.GES
serioiisrenda5,etqiielà, je le payerais. Gea pro> messes ne firent aucvn effet sur lui; il prétendit être payé snr-le-champ, et voyantque je ne le faisais point , il fit quelques pas en arrière et se mit en mesure de m'asséner un coup d'on bâton ënormeqa'il portait : nous étions dans an chemin creux , je sautai lestement sur une petite hauteur, et là , m'emparant d'une grosse pierre , je la lui lançai à la tête. J'eus la main malheureuse; je ne roulais que l'effrayer, je fis plus : la pierre lui mit toute la figure en sang et lai cassa deux dents. Il se mit à pousser des cris affreux; je m'emparai alors de son bâton et lui dis de marcher, ce qu'il fît : nous trouvâmes un petit raisseau, il selaTaetderint à peu près tranquille;enfîn après une demi-heure de marche j'aperçus ma tente. 3e jugeai que mon guide avait été assez puni, je lui comptai ses deux krans, et il s'en retourna dans son village avec deux krans de plus et deux dents de moins. Je n'avais rien pris de la journée, et j'étais tellement harassé que je ne pus manger : la fièvre s'empara de moi et je passai une très-mauvaise nuit.
Cependant la caravane que j'attendais ne paraissant pas, je me décidai à me mettre en route, et après une marche d'environ quatre heures , pendant lesquelles je cueillis quelques bonnes plantes, j'arrivai à Orouk^ petit village
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fortifié. Je commençai à avoir en vue les mon* tagnes neigeuses du Lonrislan.
{"Juillet. Je fis environ quatre heures et ar* rivai à Nanatck , village.
2 Juillets Dovlot-Jbad. Cinq heures.
3 juillet. Parri. Cinq heures. Petit village à moitiéruin é.
4 juillet. Hasar. Cinq heures. Jusqu'ici nous avions suivi la route directe d'Hamadan à Ispahan, mais la nouvelle nous étant venue que les Backtiaris(i) avaient dépouillé des caravanessur cette route^ et qu'ils y faisaient continuellement des excursions , nous fûmes obligés do changer de route et de nous diriger vers l'est.
5 juillet. Le pays que nous parcourûmes est désert; j'aperçus devant moi des plaines séléniteuses qui brillaientau soleil comme si c'eût ét^ de la neige. J'allai planter ma tente à quatre heures de distance, aux portes du gros village 4e Ckeshnau, où j'éprouvai les premiers symptômes du cboléra-morbus, que j'avais contracté par suite de ma coursepur l'Elwend. Les curieux du village ne manquèrent pas de venir sous ma
(1) Tribus insoumises , Labitant les montagnes du Louris. tan, ancienne Suriane, au S.-X). dlspahan. (^oy. la Notiea •orlfll Swi^MV . k U fin du JiKiroal de 1837'38.
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S69 RELATIONS DE VÔÏAGES
tente, et de m'importaner , au delà de toute etpressioD, de leurs sottes questions. Bientôt les enfants s'en mêlèrent : mon domestique essaya de les chasser; ils ripostèrent par des pierres, sans que les hommes intervinssent. Malade comme j'étais^ il n'était pas possible d'y tenir; je me décidai alors à me rendre chez l'aga. ie pris le firman du prince de Rermancfaah et me disposai à entrer dans le village ; alors trois ou quatre individus , qui me parurent les premiers du village, accourant tout effrayés sous ma tente, me conjurèrent de ne point aller trouver l'aga : ils éloignèrent alors la nuée d'enfants qui m'assiégeait, et me proposèrent de rester-auprès de ma tente pour me protéger. J'y consentis, mais les menaçai de faire punir le village de sa conduite inhospitalière, et telle était en effet mon intention. Je remarquai du reste que dans toutes leurs importunités il n'y avait aucune injure, et que les e'nfants eux-mêmes ne paraissaient excités ici par aucun mépris pour ma religion, ni par aucun sentiment superstitieux: iisnefaisaiéntque ce que pourraient faire en pareil cas les enfants^e la plupart des grandes villes de l'Europe. Je n'eus de tranquillité que lorsque la nuit close fat arrivée et que les portes du village furent fermées. Hais alors commença sérieusement le choléra; toute la nuit je fïis sur pied : mes déjections étaient
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ENOaiENT. 90t
d>bord très-abondantes, ensuite elles devinrent pénibles et noires.
6juiUet, L'état dé sonffi'ance dans leqael je me trouvais m'aurait, dans tout autre menzil (1), déterminé à y séjourner, mais je ne pouvais le faire à Cheshnau^ Je me remis en route et fis six heures au travers d'un désert couvert de plantations d'oliviers. Ma maladie m'obligeait à descendre de cheval à chaque minute. Enfin nous arrivâmes à Chayé^ village en ruine, mais encore habité.
7 et S juillet. Le choléra fit de tels progrès que je désespérai d'en échapper; cependant je n'éprouvaipas tous les symptômes, puisque je n'eus aucun vomissement, le manquais absolument de remèdes, j'éprouvais des douleurs cruelles dans la r^ion- gastrique. La nécessité me suggéra quelques moyens qui ne furent pas inutiles. Je pris dans ma collection d'insectes les lyttes(2] que j'avais recueillis, les mis en poudre et en fis un vésicatoire qui rubéfia beaucoup la peau et me procura quelque soulagement. Le lendemain matin un clystère m'aurait fait le plus grand bien, et je récitais vivement d'avoir négligé de prendre un clysoir, lorsque jetant machinale-
(1) Ou konak , lieu de itation, (S) Eap^de caqth«ride,
MyGOOgIC
ment les yeux sur mon omlH*9U6; je reiuarquAi que ison fourreau était de peau : aussitôt je fis couper un morceau de tuyau d'écume qui servait de tcbibouck à mon domestique « je radaptai au fourreau et réussis parfaitement à me faire un clysoir. J'attribue mon rétablissem^it aux lave-^ ments que je pris. En effet, le 7 au $ûr, les dé* jections furent plus abondantes , moins noires et je pris un peu de repos , tellement que le 9 je me remis en route moins mourant.
Tout le pays jusqu'au menzîl prochain, Fàr^ éloigné de sept heures, est montuenx et sans eau; c'est un vrai désert. Je cheminais fort tristement, la tète baissée, dévoré de fièvre > redoutant une rechute et pensant à ma famille que je ne reverrais peut-être plus, lorsque mon cheval fit un écart qui faillit me jeter à terre; je levai la tête , et je vis an milieu du chemin un cadavre nu , la gorge coupée et dans la bouche duquel On avait mis une pierre. Ce spectacle ne contribua pas peu à augmenter ma tristesse , et je me. voyais dans là position du malheureux qu'on avait probablement égorgé pour le dépouiller de quelques mauvais baillons.
iO Juillet^ quatre heures. Toujours le .désert. Nous gravissons une montagne atssez élevée et approchoDS d'un village nommé Makatai. Là sch*!, , du pied de la montagne un gros ruisseau qui va
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ENOSIENT. m
porter l'abcutduiee dans ia pUine. Les ariires fruitiers, les pev{diw6» les platane, etc., y sont admirables. Ce village offre yn coup d'œil ravissant lorsqu'on sort du désert.
- ll^Kt/fef. Toujours le désert. Nous fîmes sept heures et arrivâmes près du petit village fortifié de Méimen.
\2juiUet. Désert, sept heures. Rouatmek^yH' lage avec de belles cultures ; là on nous dit que les Baktiaris interceptaient la route.
MjuiUet. Nous fîmes deux heures et arrivâmes à un village où nous devions prendre de nouvelles inf(HinaUonssur les Backtiaris. D'après ce qui nous fut rapporté , le muletier et mon domestique étaient d'avis qu'il fallait s'arrêter et attendre qu'il plût à Dieu de nous procurer quelque occasion d'achever notre roule. Un tel parti, qui flattait beaucoup la parère du muletier queje payais à tant par jour, ne poxivait me convenir : dans l'état où je me trouvais , j'avais besoin d'être dans une grande ville où je pourrais Wjnver les moyens de me rétablir , et j'aimais encore mieux courir ia chance d'être dépouillé, que de mourir sans secours dans un méchant village. Je me fâchai sérieusement, menaçai de donner des coups , et j'obtins non sans peine de continuer la route. Un paysan qui allait à Ispafaan se joignit à nous; nous Hmes
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S<« RELATIONS ft£ VOYAGES
ce jour-là une ronle de douze heures à trAvera un dësert affreux. Nous ne trouTàmes qu'uae seule fois un peu d'eau sanmâta^ ; enfin nous arrivâmes à un endroit où il y a quantité de khans construits; c'est l'embranchetnent de la route de Téhéran. Un peu plus loin, nous trouvâmes un canal d'eau courante, nous y passâmes la nuit : cet endroit s'appelle Moutckakar. Le paysan qui nons avait accompagnés s'éloigna à une certaine distance de nous pot(r ne pas être souillé par des chrétiens(t) , et nous ne le trouvâmes que le lendemain sur la route.
i4 juillet. Le désert continue. Nous flmes qua-' tre heures et arrivâmes à ui^beau khan nonsué Gués. Nous apprîmes là qu'il yavait des troubles à Ispahan et que le choléra-morbus y rouait-
15 Juillet. Ispahan. Je 6s trois heures dans un pays couvert de ruines et arrivai en6n aux portes d'Ispafaan : je traversai une grande partie de cette immense ville pour me rendre au faubourg arménien de Djulfa ,- je vb le magnir fique bazar, la.superbe place , les jardins du rot. Tout, dans cette ville, respire un air d'ancienne majesté qui émerveille , mais on voit par-
(1) Cette répugnance est plus rare en Perse qu'en Turquie. Vùtj. la NoUce sur les mœurs des Persan», & la suite du Swa-
nalde 1837.1838.
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EJfcmiENT. an&
toiit des ruines , et on ^t frappé d'un sentiment profond de tristesse à la vue d'un tel état de dépérissement. Ispahan , dans le tentps de aa splendeur, devait être la plus grande et la plus belle ville de l'Asie. Sa population est tellemient réduite qu'elle compte à peine 60,000 habitants , au rapport même des gens du pays qui exagèrent toujours : peut-être le nombre est-il beaucoup moindre. On ne voitun peu de monde que dans les bazars. Dans là plupart des rues on n'aperçoit que peu d'hommes errant au milieu des ruines.
Vjulfa ne compte pas plus de 1,500 hatûtants, tons Arméniens, dont quelques familles sont catholiques. J'allai, descendre chez le préfet de la mission, catholique de la Propagande , le père Jean Denderiân, pour lequel j'avais des lettres de l'abbé Triochi ^ vicaire apostolique de Bagdad. Je fus reçu fort' bien par ce bon père et aussi par son collègue, autre Arménien, qui a demeuré quinze ans à Rome (1).
Le père Denderiân me conduisit dans la Tille pour m'en faire voir les curiosités. II faudrait un livre entier pour décrire tout ce que cette ville offre d'intéressant : palais , jardins, bazars , ca-
(1) C'est et^tre leurs bras que notre malheureux voyageur nt mort troii au après , à sob retour de Mascate,
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Mt RËLATIOEIC AE VOYAGES
favenfteraiU, médrastéB, fostaines, jetf d'eau* etc., tout y est dtùa graiidioie et d'une magnificence qui ne sont point surpassés par les descrip* tioDft des Blîlle et une INuits. Dans un de ces palais, je vis la place où mourut. Feùi-Ali-Chahi Hais tout tombe en mine ; jamais on ne r^are rienf et si les choses vont ainsi encore cinquante ans , il ne restera plus rien de la ^lendeur d'ispahan.
Du 15 an 25 , je séjournai à Ispafaan , pour y rétablir ma santé. Je fls^nlement quelques pro* roenades à cheval dans la ville.
Je fis uiie excursion sur la montagne dite Sophi , sacrée pour les Guèbres , et où se trouve un de leurs autels. A mi-côte, il 7 a un petit palais que te prince qui résidaità Ispahau, avant la mort du roi , avait commencé à réparer. On y trouve un peu d'eau douce , et ce qui rend cet endroit agréable, c'est qu'on y jouit de la vue de tout Ispahan. Quoique cette montagne parût extrêmement sèche, j'y cueillis quelques belles plantes, entre autres un ^/^Aœa nouveau que je nom* mai pulverulenta, et dont j'euvoyai des racines à Paris (1). En revenant, je passai au milieu des ruines immenses de trois ou quatre palais.
(I) N* 852, BfmaXe nova àé Alth.melànosperma, Auch. L'indication précise delà localitéi/ipaAafltn monte Soph%,nt permet pu de donter de identité de l'e^ce.
jM,Qooglc
Wm OHIKMT. in
25 fuillet. Quoique du Miité ne fût pas encore très-ferme^ je résolus dé faire une excursion à la - montage de KeU, qu'où me vanUit comme couverte de plantes. Mous partîmes vers cinq heuresdu matin, par un soleil brûlant. Nous passâmes à travers d'immenses jardins, environnés de murailles « et ensuite dans une campagne bien cultivée en rix. Le pays s'appelle Peria; nous arrivâmes, après six heures de mai^ che, à Nadjabatî mais le soleil m'avait tellement frappé que j'eus un accès de fièvre aises fort. Madjabat est un gros village j j'allai m' établir à quelque distance , car le choléra 7 faisait de grands ravages.
26 Juillet. Je fis environ sept heures , et vins coucher, après avoir traversé des plaines arides, à Tiran , où il y a des restes de belles mosquées. J'eus un second accès de fièvre.
X^ Juillet. Après quatre heures de désert, nous arrivâmes à un petit village arménien , qu'on me dit être Keis, mais onm'avait trompé, etjesos plus tard que ce vUIage était situé deux, heures plus loin. Au reste , cela m'importait peu , le village où j'allai descendre élantau pied de lamou tagnë, et c'est tout ce qu'il me iallait. Je me présentai chez le prêtre Arménien qui me fit coucher à l'église même, dans une petite chambre haute, ornée d'images,6tc. J'eus là tmiroisièmeaccès de fièvre.
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itë RELATIONS DÇ T0ÏA6ES
26 Juillet. Se ne savais comment faire pour gravir la montagne , dans l'état de faiblesse où je me trouvais. Je m'y décidai cependant , et comme la fièvre ne me prenait ordinairement que dans l'après-midi , je partis de bonne heure pour tâcher de faire mon herborisation auparavant. Presque tontes les montagnes de la Perse sont escarpées et d'un accès difficile. J'avais déjà gravi , avec grand effort , une partie de là montagne, lorsque j'éprouvai des frissons , et bientôt après une fièvre ardente que la fatigue avait sans doute accélérée et augmentée. J'éprouvais une soif brûlante, et cependant l'ean ne se trouvait que dans une haute vallée éloignée : il fallut bien m'armer de courage et gagner Teïiu. Je crois n'avoir jamais tant soufi'ert ; enfin j'y arrivai. Je me couchai à l'ombre d'un rocher, et laissai passer mon accès. Je voyais à pen de distance les sommets où il y avait encore un peu de neige : c'est la première fois de ma vie que j'ai renoncé à gagner la cime d'une montagne. Je chargeai mon domestique d'y monter et de me rapporter absolument tout ce qu'il trouverait. Cet homme était intelligent , et il m'apporta quelques bonnes plantes, entre autres un Raniaiculus voisin du demissus , s\ ce n'est lui, le Pastinaca pimpinelUfolia , une nouvelle espèce de Piepeta , et une belle espèce nouvelle de Ru^
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bia (1). En somme, je rapportai de Keis yingtcinq plantes, la plupart rares et nouvelles, entre autres un Prangos bien distinct (2); YJstragalus verus, dont on extrait la gomme adragante, branche de commerce à Ispahan ; un Sureau magniQqùeet nouveau, etc. Lorsque mon accès de fièvre fut passé , je descendis la montagne.
29 et ZO Juillet. Je revins à Ispahan , et pendant cevoyage je n'éprouvai plus de fièvre.
Les domefstiques d'Âli-Naxi-kfaan , serdar (3) d'une partie des Backtiaris (4), étant venus apporter à Ispahan la soumission de leur maître' et des présents pour le Chah , quelques Arméniens et quelques Persans à qui j'avais parlé du désir de visiter le Zerdakou (S) (mont Jauiie), amenèrent au couvent les Baoktiaris, qui me promirent de mé conduire en toute sûreté à leur khan, et d'avoir pour moi tout le respect et les égards possibles. Je me décidai donc à faire cette excursion que nul Européen n'avait encore faite , me promettant d'abondantes récoltes sur
(1) N° 664 , fluWo persica.
(2) N" 3586 , étiquette Pr. ulôptera , mais non par Aucher. j
(3) Chef.
(4) f^oy. notice sur les Backtiaris, à la fin du Journal de 1837-t$38.
(5) Koli>i-Zenl, d'Arrowamith.
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une montagne à neige ëiemelle et que nul botaniste n'avait pu encore visiter. J'obtins facile* ment des lettrés de recominândation de Kosrew- Hhan, gQuverneur d'Ispahan, de Macor-Khaa et d'un autre seigneur persan. Je fis une bonne provision de vin et d'eau-de-vie pour donner ati serdar, car on ne se présente jamais.lçs mains vides chez les grands dans ce pays-ci.
2 août. Nous partîmes h huit heures dn soir; nous- nous égarâmes quelque temps dans les vastes ruines du palais situé au pied du mont Sophi, et traversâmes an pays très bien arrosé par leseauxdaZeRC^mu(^(l), que nous passâmes sur un pont. Après être entrés ensuite dans les montagnes, nous retombâmes dans une belle vallée cultivée en riz et ea coton. Nous passâmes de nouveau le Zenderoud, sur un pontj près dé plusieurs grands villages en bon état; nous nous élevâmes de nouveau, et après avoir voyagé toute' la nuit du dimanche et toute la matinée du lundi, nous nous arrêtâmes à Kalavallas^ où il y a un caravansérail. Nous devions repartir le soir même, mais les Backtiaris qui avaient apporté d'Ispahan une grande provision de vin et d'ean-de-vie, ne purent attendre plus longtemps
(l)/l0U(i, tçnne générique signifiant ri rière; de linéme que A^ou , en Perse , et Dagh , en Turquie , signifiait montagne.
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EN ORIENT. 9Tt
pour faire la débauche. Ils étaient déjà tou9 ivres lorequ'ils vinrent me prier de venir avec eux. Je lUontai dans une petite chambre haute, dans une des tours qui flanquent les angles du caravansérail, et je trouvai la les Baktiaris avec une fille publique qui dansait et chantait en prenant les postures les plus lubriques : elle était presque nue. Les Backtiaris qui pouvaient se tenir sur leurs jambes, dansaient avec elle ; ^out à coup un des acteurs se mit à faire sa prière , e^ quand elle fut terminée, ^ recommença ses gestes lascifs, sans mettre aucun intervalle entre l'une et les autres, de manière qu'on eût pu croire que c'était absolument le même acte.
4aoiU. Au matin, nous nousremtm^enroute.
Nous traversâmes plusieurs vallées bien cultivées. J'aperçus les montagnes neigeuses des Backtiaris, nous traversâmes plusieurs villages et
vtpmes coucher à (1), après une journée
fort longue.
5 août. La journée fut assez courte pour nous. Nous arrivâmes au mal (3) du serdar. Après m'avoir fait quelques questions et demandé ce que je voulais faire sur le Zerdakou, je lui montrai mes plantes et lui dis que j'«tais médecin.; je lui remis
(1) Le nom eat complëtament effacé iaatle inaoïucrit.
(2) Campement. -
rmn-n-.;GoOg\c
S73 RELATIONS DE VOïAGES
mes lettres et njon présent de TÏn; il rae fît alors beaucoup de politesses et me dit que nous étions frères. Je plantai ma tente près de la sienne ; le soir, il me fit appeler et je (e trouvai entouré de sa conr. Un jeune faomme qui pourrait bien être son Ganymède était à côté de lui, et.versaitdu vin etde l'eau-de-vie à la ronde, tandis que d'autres chantaient et faisaient de la. musique. Après avoir bu quelques verres de vin, je me retirai , mais ils continuèrent une grande partie de la nuit à^ réjouir. Ils en font autaut presque tous les soirs.
Le s'erdar est très-riche « il possède un nombre immense de chevaux, de jument^, de bœufe, de moutons, etc., et sa suite est composée de près de mille personnes. Il peut lever prés de trente mille hommes.
J' agirais voulu partir le lendemain même pour le Zerdakou , mais le serdar me pria de rester ce jour-là , parce que lui-même devait changer de place : je me résignaidonc à perdre un jour. Le lenjiemain matin en effet,. tout le mal se mit en mouvements Un de mes domestiques le siiLvit avec çaa tente. Le serdar ordonna à trois hommes de m'accompagner à une montagne voisiné , où il y avait encore de la neige. Nous traversâmes le Zenderoud , et après avoir visité la montagne, qui ne m'offrit pas grand'chose d'intéressant , je
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EN OHIENT. 273
vins me reposer à une des sources du Zenderoud, ' et le soir je repartis pour le mal; mais mes guides, ne connaissant pas l'endroit du campement , me firent tomber au milieu d'un mal ennemi , sous le commandement du serdar Giaffer>KouIi-Khan, grand ennemi du nôtre; heureusement pour nous le màlétait peu considérable, et les familles qui le composaient étaient campées à de grandes distançes.Cen'étaientd'ailleursque de misérables chevriers qui couchaient en plein air sans tentes, et ayant à peine de quoi se garantir du froid ; leurs femmes étaient obligées de passer la nuit auprès du feu, qu'elles avaient soin d'entretenir pour ne pas être morfondues. Mes guides me proposèrentd'y passer la nuit, je m'y opposai fortement, car je n'avais rien pour me couvrir ni pour manger; je proposai de l'argent aux hommes du mal pour me conduire , mais ils s'en gardèrent bien. Enfin mes guides se décidèrent à partir, et après deux heures au travers des montagnes et dans l'obscurité , nous arrivâmes à notre mal.
6 août. Le matin , il y eut tin grand conseil ; le serdar s'assit au centre d'un vaste cercle, composé .âe ses principaux domestiques; derrière, étaient les gens du commun; on s'entretint des affaires générales de la tribu, il s'agissait de guerre avec Giatîer. Après le conseil , le serdar,
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accompagné d'une nombreuse isuite et précédé d'un drapeau blanc , se mit en route pour aller visiter iin autre khan , son allié. Pour mol , quand il faillit partir pour le Zerdakou , l&s difficultés commencèrent; mes guides déclarèrent qu*ilà n'iraient point , qu'il y avait des voleurs et quantité de bêtes féroces , que dix cavaliers bien armés seraient à peine suffisants. Lé serdar aurait levd toutes les difficultés, mais il était parti; J'eus recours à son fVère, qui me donna à peu près les ibêmes raisons , et me dit que le lândetiiain il me donnerait six cavaliers poui- m'accompagneh Je Iqi. répondis que je ne pouvais attendre jusqu'au lendemain ; que six hommes seraient pour moi uneescorte trop embarrassante, et que, puisqu'il y avait tant de difficultés pour cette montagne, j'y renonçais, voulant partira l'instant pour Ispaban. Le frère du serdar ordonna alors aux trois guides de se tenir sur-le-champ à ma disposition ; ils ne répliquèrent pas, et ine voilà en route.
J'avais fait à peu près une heure, lorsque ces trois hommes mè déclarèrent qu'ils n'iraient point au Zerdakou, qu'il y avait trop de danger. Cependant ils me firent entendre que si je voulais donner par jour une bonne somme à chacun d'eux, il n'y aurait plus de diffîcilltés; ils me demandèrent ^Uâtl% kràns par jour thacuii: Je leur
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BN ORIENT. â75
eil accordai trois, ils parurent contents; ils mirent la main ^ur leurs yeux et me promirent de m'accompagner partout où je Toudrais ; il n'y avait plus alors de yoleurs, de bétes féroces, etc. , enfin Je croyais tout fini. IVous entrâmes dans une charmante vallée où coule le Zenderoud, dont les bords sont couverts de saules , et ensuite ilous nous trouvâmes au pied du mont Serekj au lieit nommé les Quatre-Fontaines, à cause du grand nombre de ruisseaux qui coulent dé cette montagne et Jbrmetit le Zenderoud ; c'est titi lieu fort agréable. Il y avait encore de la neige à la sommité. Malgré nos conventions j les guides me dirent qu'ils me conduiraient à cette montagne, mais non au ZerdakoU; que si je voulais monter à ce dernier, il leur fallait à chacun quatre krans. Toutes les raisons que je leur donnai ne servirent à rien; enfin, fatigué de tant de débats, Je tourtaai bride, résolu à retourner à Ispahan. JF'aVais déjà fait quelque chemin Cil at-riète , quand ils me rappelèrent , craignant sans doute d'être punis par le serdar. Je repris donc la roUte du Zerdakou et vins coucher à un mal nomnié Piroun. Les habitants y sont sédentaires et cultivent un peu la terre.
i août. Le lendemaih, nouvelles difficultés:
quand il lallnt partir, les brigands qui m'aocompagnaieht déclarèrent qu'ilà Voulaient étt-e
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payes d'avance. Te me décidai alors de nouveau à retourner au mal du serdar : ils me laissèrent partir; mais, nouvel embarras, où trouver le serdar, qui tous les jours, on au plus tous les deux jours , changeait de place î La prudence voulait donc que j'accédasse à leur demande, quelque danger qu'il y eût: je les payai, et nous partîmes avec un guide. Nous gravimes d'abord une petite chaîne de montagnes avant d'arriver tout à fait au pied du Zerdakou. Nous descendîmes ensuite dans une vallée profonde où coule le Karouny qui va se jeter dans l'Euphrate au-dessous de Bassora. Cette rivière coule à l'est de la mon-
, tagne et se dirigeonsuîte vers l'ouest en passant k ,Ahvaz (i). Quelques rois de Perse avaient d'abord songé à détourner le Karoun pour le conduire à Ispahan, mais ce serait un travail prodigieux pour une pareille nation ; il faudrait percer une montagne qui a plus d'un mille anglais de largeur, pour opérer la jonction avec le Zenderoud. Nous traversâmes avec assez de peine le Karoun, et après avoir monté un peu , mes chevaux s'arrêtèrent près d'une fontaine ; je fis un déjeuner frugal en montant le Zerdakou. Me voilà donc sur cette montagne si désirée, sur cette mon-
- tagne à neige étemelle , par le 32" degré de latî-
(1) AunlçssuBdeGliouster (l'uicienneSme).
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EN ORIENT. 2tr
tude , <|ui ne peut avoir moins de 1800 toises. Je me flattais d'y trouver quantité de plantes alpines, telles qne Saxifrages, Jndrosaces y et mon cœur palpitait d'avance. Quel fut mon désappointement! Partout des roches calcaires à nu que le soleil rendait brûlantes; dans les hautes sommités , j'éprouvais une chaleur presque égale à celle de la plaine. Quelques plantes végétaient tristement, au milieu de ces rochers, et sur le sommet, où je parvins avec beaucoup de peiné, je ne trouvai qu'une Centauréa et une Crucianella , toutes deux nouvelles , il est vrai.
Mais je dois reprendre l'histoire de mon ascen" sion sur la montagne. Deux hommes et un de mes domestiques m'avaient suivi ; à chaque pas, ils voulaient rétrograder ; ils me firent remarquer de la fiente récente d'ours, et bientôt m'en firent voir à quelque distance de nous. Uy aur rait eu de quoi refroidir tout autre zèle que le mien, mais j'insistai pour gagner le sommet; nous étions quatre hommes avec trois fusils et une paire de pistolets que j'avais à la ceinture; je crus pouvoir braver les ours. Après avoir flatté mes guides , m'être mis en colère » les avoir pris de toutes les manières, je parvins enfin à les traîner sur une sommité voisine de la cime. Là, il ne fut plus possible de rien obtenir ; ils me firent les récits les plus absurdes pour me détour*
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378 RELATIONS m VpïAGES
, ner d'y aïler. Ja leur dis ^e m'attçpdr^ , et après qvoir marché près d'une demi-heiire , toujours dans la neige, qui forme en cet endroit iiqe plage immense , je parvins sur la ciipej de là^ j'aperçus de loin d'autres cimes peigeuses^ mais plus basses, et mes. regards suivaient à une grande distance la Tallée du Karoun. Il n*y avait, ait reste , qu'une faible portion de terrais qui fut libre déneige, et ce terrain était sec et brûlé. J'aperçifs de là une quantité d'immenses troupeaux de chèvres sauvages Ccqui) qui couritieot sur la neige, et qui serventde pâture aux tigres et aux lions (1), Mes deux guides, lasfde m'attendre, descendaient en toute hât^ 1^ montagpe , et je me
(1) Olivier, K>me m, page 4SB, parle dulidn d'Atabie, qui diffère i quelques égards de celui de l'Afrique , d'apràs Aristole et Pline , et qui habite U partie de l'Aialue Toiaine du ileuvç des Arabe» depuis {HilltO Babjlppe jusqu'à Bagdad; il se tapit parmi les roseaux du Tigre et de l'ËuphraK, et se précipite sur les animaux faibles qui viennent s'y désaltérer. — Cuvier dit que le lion est aujourd'hui confiné dans l'Afrique et quelques parties voisines de l'Asie. Chardin dit qu'on trouve des Uous dans le Caucase , mais ce pourrait ètce une erreur. {Dictionnaire ^Hitloire /faturelle.)
Les tigres (îu Zerdakou paraissent étrf le caracal ai Pêne et de Turquie , d'après Cuvier ( BicHonnaire d'S\ttoire MtVr relle). — Le caracal est connu dai& partie septentrionale de l'Afrique, en Perse et en Arabie; ,
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t^ o|ir|NT. $?d
troDTaf §^t ^vec ïpon domestique , chargé de mpn berbpfisaUon. Noiis marcbâmes pendant plus d'qpe tïeijre sur la neige, dans une profopde yallée ; ^e pb4(}^ie côté de 1^ picmtagne éditent d^ profonties cavernes , repaires de tigres, Mqu domestique aroïénien 4^ Pjulfa était k moitié mcirt de frayeur ; il me faisait voir la trace de^ tigres , leurs fientes fort récente^ ; à chaque caverne, il faisait un signe de croix- Quant à piQÎ, je n'étais pa^ non plus (rès-rassuré ; mais fpa frayeur redoubla quand nous nous trouvâmes près d'une caverne où il y avait un amas consi-r dérable d'osseflients , restes du repas d'un tigre. l^qn domestique ramassa le tibia d'un daim , ets'éçria : < El s^heh | (nous spiftmes perdus !} Voilà l'os d'un homme que le tigre a fjoangé. > He^reps^ ment pour nous, le ni^îire dn f ogis était absent ^ nous ne jugeâmes pas prudent de continuer à suivreune vallée si dangereuse ; nous gravîmes la montagne, au travers de précipices aÉfreux, et enfin , sains ef saufs, nous arrivâmes à l'endroit PU étaient nos cheyanx-^ous y pas^me^ la nuit.
J'avais trouvé dans les yallées , toujours arrosées , une végétation plus forte , mais c'élait à peu près celle de la plaine. Si je n'y fis pas une abondantempisson, la qualité medédommagea un 4)eude la quantité; j'y recueillis cinquante -cinq
îâO RELATIONS DE VOTAGES
plan tes presque toutes nouvelles : an Cleome,qnsLire astragales, six Crucifères, vn fferacteùm (i), un Chœrophflîum^eU:., toutes espèces nouvelles; les seules plantes déjà connues que je recueillis sont le f^ésicaria cretia (2), XeBufoniamacrocarpa (3). Une vingtaine de plantes nouvelles dans un jour sont certainement une acquisition qui n'est pas à mépriser; mais il faut aussi savoir que ces plantes m'ont occasionné près de 509 f. de frais, sans compter les contrariétés , les fatigues et les dangers. Allez donc vendre ces plantés i8 f. la centurie à la Société allemande (4) I
8 août. IVous reprîmes la même route ; mais en passant le Karoun , un cheval s'abattit au milieu de la rivière , tous les effets tombèrent à l'eau et furent entraînés par le courant; j'en perdis la plus grande partie ; meis pauvres plain-
(2) N* 248 , rtsiearia gnaphalodes , Boiss. , 326.
(3) Tuniea brachypelala , Jaiib. et Spach., IUiut.pl. or. tab.V.
(4) II s'est formé h Esslingen , en Souabe , une société de souscriptidn destinée à faroriser les voyages botaniques lointains. Les plantes rapportées par ces explorateurs sont partagées entre les souscripteurs. Hohenacker dans les régions caucasiennes, Kotschj en Cordofan, etc. , ont voyagé sous les auspices de cette Société. (F^oy. la Notice sur Aucba* Éloy.)
tes furent toutes trempées; mais, comme elleâ étaient récentes, elles souffrirent peu. Je les exposai au soleil , et tant bien que mal , le dégât fut réparé.
Mes guides voulaient s'arrêter à Piroun, à peine à deux, heures de la montagne. Quant à moi, pour éviter l'importunité des habitants, j'allai m'établir à quelque dislance afin d'achever de sécher mes effets ; les guides m'abandonnèrent et ils ne revinrent que pour me signifier qu'ils voulaient être payés à l'avance pour trois jours, parce que le mal du serdar devait être à cette distance de Piroun. D'après le conseil des pères missionnaires et d'autres personnes à 'Ispahan, je n'avais pris avec moi que quatre toumans, dont un avait été dépensé en route : je me trouvais donc dans l'impossibilité de contenter l'avidité de mes guides. Je leur abandonnai tout ce que j'avais et leur dis que je payerais le reste au mal du serdar, ils prirent l'argent et partirent î,. Me voilà au milieu de montagnes remplies de tigres et d'hommes aussi féroces qu'eux, sans savoir de quel côté diriger mes pas! Les gens de Piroun, s'ils nous avaient sus abandonnés de nos guides , seraient accourus pour nous dévaliser. Dans cette extrémité , mes deux domestiques réunirent ce qu'ils pouvaient avoir de menue monnaie sur eux et formèrent à peu près trois
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|Sâ RSLATIpNS DE VOYAGES
J^ri^S} Dfiqs cQurûmes à tpiïte î^ri^e après no^ gens et les rejoi{[fi!ine$. Je m'avançai à eux, et avec l'air et le tq^ qu'inspirent ordinairement de semblables circonstances, je me dépoifillaî de mon manteau et d'une partie de mes habitables jetai à leurs pieds en leur disant que je i)e pour vais leur donner autre chose en payement, puis? ^u'il ne me restait plus que la menue^ monnfiie que je leur apportais. J'eus le bonheur d'agir sur ces esprits grossiers , et ils raoïassèrent mes )ï^■• bjts, me les remirent ei^ main et me dirent qq'jls pe me <juitteraient plus- I^e soir, pops allàW ptes coucher à pu mât pommé Mamsalé.
9 aoâf. r^ous passâmes près Babditdari , gran4 village 0^ mes guides s'informèrent de nouveau de l'endroit où était le serdar. Nous gravîmes une haute montagne et arrivâmes à Jroun\, village près duquel était le mal du serdar. Nous y apprîmes de mauvaises nouvelles. Giaffer Kouli- Esset-Khan avait commencé les hostilités; j'étais bien heureux d'avoir achevé mop pxcursipp.sur le Zerdakou , car elle n'aurait plqs été pqssij*l6 ^ ce chef occupant présentement les enyironsdela fBOntagne; il avait déjà enlevé des troupeaux, etc. Le serdar n'était poîiit revenu à son mal, il était occupé à réunir ses troupes.
J'ai oxAAxé de dire que d'après le ponseil des pères misspnp^jres , j'avais emporté avec moi
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nne très-belle paire (le pistolets , afin de ppuToir les offrir au serdar, dans le cas où il me ferait préseqt d'un bea(i cheval , ainsi que ces chefs le pratiquent souvent à l'égard de leurs hôtes.
Les domestiques du serdar, à qui on les avait fait voir à Ispahan , les ayant aperçus dans mes bagages,, lui en parlèrent : il en fut émerveillé et témoigna le désir de les avoir : il n^'en demanda le prix , e(: f^t proposer ensuite par un de ses domestiques une mule oq un cheval en échange. Je lui envoyai la paire de pistolets j cpmine je ne devais pas p^irtip dp suite , il ne m'envoya point la mule. A mon rer tour au mal, je témoignai au frère du serdaf piop intention de partir: il jne dit qu'il était absolument nécessaire que j'attendisse le retour de son frère qyif , disait-il , devait revenir le lendemain. J'attendis donc la journée du 10.
1 1 août. Le ipàl changea de place et alla s'établir à Barcou .je fus bien forcé de le suivre. Nous apprîmes que le serdar ne reviendrait que dans dix jours ; je témoignai de nouveau le désir de partir. On me dit que cela était impossible , qu'on avait envoyé un exprès aq serdar pour lui dire que je voulais partir et lui demander ce qu'il fallait faire à mon égard. 11 fallut bien encore attendre la réponse et m'armer de patience} ce qui m'occupait le plus , c'est que j'é(ais absolument sans
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â84 RELATIONS DE VOYAGES
aident, que mes gens me tourmentaient et que je ne savais comment faire pour gagner Ispîifaan. Il fallait donc me résoudre à demander de l'argent au frère du , serdar, m'engageant à le remettre à l'homme qui devait me conduire à Ispahan.
12 août. On nous remît des nouvelles du serdar : il était parti pour faire une expédition contre Giaffer, au pied du Zerkadou ; il écrivait qu'on eût à me remettre une belle mule. Je voulais partir incessamment, mais il fallut attendre au lendemain pour avoir la mule : personne ne bougeait pour me la donner.. Cependant, m'étant fâché , on m'ameiia une pauvre mule sauvage qui u'avait jamais porté de fardeau; je fus forcé de l'accepter; elle valait 6 loumans; les pistolets que j'avais donnés en valaient bien 30.
13 août. Je voulais me mettre en route, et comme je n'avais plus d'argent, j'étais fort çn peine, lorsqu'un Persan qui retournait à Ispahan me proposa de faire roule avec moi : mon domestique lui Et part de mon embarras et lui dit que s'il voulait me prêter 5 krans, je lui en rendrais 7 à Ispahan. Le Persan accepta parce qu'il voyait bien qu'il n'y avait qu'à gagner; cependant, au moment de partir, un Arménien qui savait ma pénurie vint m'apporter 8 krans, à la pharge par moi de les remettre à sa femme , à
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Ispahan; je les acceptai volontiers. Lorsque nous fûmes en route, le Persan m'offrit les 5 krans; mais quand je lui dis que je n'en avais pas besoin , il montra beaucoup de mécontentement et 0nit par me quitter.
Le premier jour nous fîmes halte à Ttchatecotor, gros village à trois heures est de Banou, puis Decort, village à deux heures plus loin.; toute la journée nous marchâmes et nous vînmes coucher à Kala^ petit village où j'avais déjà logé la première fois.
14 août. Après cinq heures de marche, j'arrivai dans la belle vallée arrosée par le Zenderoud ; la culture y est bien entendue et consiste en riz, coton, etc. On voit siir les rives de nombreux et beaux villages. JVous traversâmes ensuite une montagne calcaire, fîmes halte dans un village ruiné où il y avait cependant sur la route un marchand de mulets, etc., et arrivâmes deux heures après sur les rives du Zenderoud , que nous passâmes sur un pont fort mat construit Pendant l'espace de deux heures, le pays est marécageux , inculte ; plus loin on cultive le riz, le Dolickos (1), etc. Nous cheminions tran-
(1) Genre de plantes voisin des Haricots. D'après une étiquette d'Aucher Éloy, le nom vulgaire delà plante est mâch, eton la cultive dans toute la Perse.
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qtlillement, lorsque lA maudite mnlé, qui à chaque instant se cabrait pbur la moindre cause, finit par s'échapper. Il fallut mettre à terre là charge d'Un cheTal et courir après. Mes deux domestiques y étaient occupée, et je re&tai gardien des effets àur le bord de la route. t%ë douzaine de paysans, montés stir de gros ânes, passèrentprèsde moi : uti d' eux, voyant unmatéra(i), me demanda à boit'e ; dès qu'il eut le matera en maiUj il s'enfuit en l'emportant. Je courts après lui, maispendantcetempsun autre s'empara de la bride dé mon cheval et s'enfuit aussi de toutes les jambes de sa monture. Pareille perfidie est inouïe dans tout autre pays : eU Perse c'est la Chose la plus commune. L'autorité regarde de pareilles actions comnle des peccadilles, et une plainte serait chose inutile. Le soir j'arrivai à DJufTâ , après avoir marché au moins pendant quatorze heures. ■
21 août. Je restai quelques jouts â Ispahàn pour y mettre mes collections en état, et le 2t je me mis en route pour Téhéran avec un second domestiqtie arménien de Djulfaj que j'avais pris à la recommandation du préfet de la mission.
Après avoir marché péniUement pendant plus de deux heures à travers les bazars et les ruines,
(1) Vase contenant des liquidée.
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EN ÔftIENT. 2OT
je me trouvai en6a snr la grande roatet Le pays, est à peu près dësert jusqu'à Cuès; bependaat en trouTè çà et là quelques cultures arrosëespar nn canal. A. Gués ^ je trouvai nombreuse compagnie : c'était une cinquantaine de soldats venant de Ghiraz et se rendant à Téhéran (4 farsangs)^
22 août. Moutchakttr^ 3 farsangs. Il y a à côté un petit village, mais on n'y trouve rien à manger, probablement à cause dto soldats. Mon costume, qui n'était pas décidément Franc,.ma barbé et le nouveau domestique arménien qui m'accompagUait, ûrent croire à des gens qui se disaient hommes de Hosrew-Khan que j'étais Arménien ; ils me demandèrent mon teskeré ^ et comme c'est une chose tout à fait inutile pour un Franc , je n'eu avais point pris. J'eus beau leur donner des preuves que j'étais Franc ■■, couper ma barbe devant eux , prendre un costume tout à fait Franc, ils ne voulaient rien rabattre de leur opinion , parce qu'ils voyaient bien qu'il y avait de l'argent à gagner pour elix. Ils prétendaient me retonduire à Ispahan , et comme ils étaient en fetre , je fus obligé de m' exécuter et de leur donner 5 karas , moyennant quoi je pus continuer ma route.
23 août. Sof. 8 farsangs, à u^vers le désert. AuK approêhes de Stift village en fùinË} cul-
S8S AELATJONS DE VOYAGES
ture de riz, vergers, beau caravansérail , comme sur toute la roule.
24 août. JVous nous enfonçâmes dans les montagnes, et après 5 farsangs de marche, nous atteignîmes le village de Kerau, situé sur la sommité.'Un grand nombre de cimes dominent le village de côté et d'autre ; mais , comme elles n'ont plus de neige dès le mois de juin , et que toute la végétation avait disparu , je ne jugeai pas nécessaire de les gravir : ce que j'aurais pu y trouver n'aurait probablement été autre chose que ce que j'avais déjà recueilli sur les , montagnes voisines d'ispahan. Kerau est du reste un lieu délicieux; l'air y est d'une pureté et d'une fraîcheur admirables , les Vergers immenses et les arbres d'une grosseur prodigieuse ; c'est le paradis de la Perse.-^ L'arrivée de 50 soldats à Kerau mît tous les paysans sur. pied; chacun avait à défendre son verger et ses melonnières : bientôt tout fut en émoi ; il étaitimpossible d'empêcher le pillage des vergers par des gens affamés et naturellement voleurs. Les paysans essayèrent de défeiidre leurs propriétés ; ils furent bàtonnés, d'autres blesSés dangereusement à coups de candjar fie sang coula, les femmes s'en mêlèrent; Kerau fut dans la plus grande confusion. J'avais, choisi , pour camper, un endroit assez éloigné de la foule; mais, comme cet endroit
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était voisin d'un verger rempli de superbes fruits, les paysans accoururent et voulurent m'en éloigner, craignant que je ne me laissasse tenter par le fruit défendu; mais je leur fis observer que j'étais Franc, et qu'en cette qualité j'étais dans l'habitude de respecter le bien d'autrui. Je leur dis que je payerais tQUt ce que je consommerais^ et j'obtins par là la tranquillité et des. vivres en abondance : ]a guerre continua toute la nuit.
25 août. Cachan. Le matin de bonne heuro, quand nous nous mîmes en route, nous trouvâmes une partie de la population occupant les hauteurs; elle nous salua d'un déluge de pierre&qui blessèrent plusieurs hommes assez grièvement. Craignant d'être atteint , je restai prudemment en arrière , et quand tout eut déËlé, je leur fis crier par mon domestique que je n'étais point du nombre des soldats qui les avaient pillés; que j'étais Franc , et que j'avais payé ce que j'avais acheté. Jakchi! Jackhi! s'écrièrent-ils, Guit! Guit (1)! et aucune pierre ne fut dirigée contre moi. Jusque-là les soldats n'avaient eu à dévaster que des vergers; un peu plus bas, dans la vallée, ils trouvèrent des melonnières ; c'est alors qu'un pillage universel eut lieu; ils foulèrent tout ans pieds, et autant par vengeance que par
(1) Très-bien, très-bien! marche , marche !
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9M RELATIONS D£ TOTAGES
désir d'avoir des melons , ils détruisirent tout en un instant. Les paysans accoururent , mais comme la vallée était large en cet endroit, le terrain était favorable aux soldats ; ils chargèrent les paysans et obtinrent facilement l'avantage. Telrles sont les scènes qui se renouvellent à chaque passage de troupes; quand le nombre est plus considérable , imaginez ce qu'il doit en résulter pour les villages.
A 2 farsangs environ' de là montagne, dans Un endroit où la vallée est très-étroite, on a construit une forte digue pour retenir les eaux ïorsqu'^elles deviennent rares. Un geu plus loin on trouve un beau caravansérail , vers la base de la montagne. <)n ne tarde pas ensuite à voir Cachân, où nous arrivâmes après 5 farsangs de marche. Cachân, la première ville manufacturière de la Perse, est couverte de ruines, comme toutes les autres villes. Les bazars en sontcousidérables etil y règne encore uiie grande activité; les caravansérails sont très-beaux, j'évalue ta population de 15 à 30,000 habitants. On y fabrique des velours , des tissus de soie , ^tc. , et surtout de la chaudronnerie, art daiK lequel les Persans sont fort habiles. J'y r^ marquai de charmantes tasses à boire , des cafetières, des lanternes, des réchauds pour porter les mets, etc. La ville est vaste et entou-
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rat ORIENT. t91
rée de murs en briqaes coites ati eoileil. Cachân a de très-bonnes eaux de sourt» ; il y a d'ailleurs plusieurs ruisseaux qui entretiennent une assez belle culture aux enTirous. On aperçoit de côté «t d'autre des endrorts cultive^ ex mûriers qui serrent à l'éducation des vers. Il y a non loin de Gachàn un petit palais royal , où Feth-Ali-Chah Tenait habiter quelquefois.
26 août. De €achân à Sensen , «aravansérail : on voyage dans un pays très-aride. Oa y trouve cependant quelques petits villages, dont i'importance est en raison de la quantité d'eau qui les arrose. Ily avait autrefois un village àSensen, mais il n'en reste plus guère que les ruines, à l'exception de quelques maisons pour loger les eultivaleurs; lesculturessont encore assez étendues.
"XI août. Pays aride et désert. Fag'onîa, nouvelle espèce (1). 8 farsangspour atteindre le caravans^il isolé de Pàssengoù.
28 août. De PasSengou à Koum, 4 farsangs, pays désert. Koum, ville médiocre, plus de ruines que de maisons habitées. — Tombeau de Falimé, .couvertd'or depuis labasejusqu'au sommet delà coupole : contraste de ces richesses immenses accumulées et de la misère qui règne tout autour.
29 août. Désert. Après 4 farsangs on arrive
(1} N° 804, reMemble au F. erttiea.
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292 RELATIONS DE VOTAGES
sur une petite rivière d'eau très-saumâtrê, sur laquelle il y a un pont et au bout le caravansérail de Pâl-Dalak. Quoique cette eau soit détestable , nous en 'fîmes provision , car nous avions à parcourir 18 farsangs absolument sans eau.
Nous marchâmes encore 2 farsangs , et force nous fût de nous arrêter au caravansérail de KkaourSultan , nos chevaux ne pouvant continuer. Il y avait de l'eau salée que les chevaux purent boire. Quant à nous, il fallut passer dans cet endroit la journée entière, avec î'èau saumâtre de Pâl-Dalak.
30 août. En sortant de Khaour-Sultan , nous entrâmes dans te grand Désert salé (I). l4ous employâmes toute la nuit à traverser cette aflTreuse solitude, et, au point du jour, nous descendîmes dans Ia,va11ée de l'Ange de la Mort. Les Persans ne traversent ces lieux, qu'avec de grandes appréhensions. Ils croient qu'il y a une goule (2), qui enlève les hommes. Nous fîmes 10 farsangs pour atteindre Kinaraghueit ^ village avec de bonne eau.
31 août. Nous gravîmes une petite montagne,
(1) Désert de Kaveir.
(2) Espèce de vampire, esprit, malfaisant qui erre pendant la nuit et se nourrit de chair humaine. Lorsque les hyènes vont dans les cimetières déterrer les cadavres, le* paysans attribuent aux goules ces dévastations sacrifies'.
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puis nous nous trouyàmes dans la vaste plaine où est bâti Téhéran. Cette plaine est marécageuse en quelques endroits, et d'ailleurs mal arrosée, de sorte qu'elle est, en grande partie, inculte; il n'y a un peu de culture qu'au pied dés montagnes de Choubra^ d'où coulent les eaux, et tout à fait autour de Téhéran. — 6 farsangs.
TéhéranXa ville forme un carré long ceint de touscôtéspardesmurSenbriques,cuitesausoleil, et qui ne résisteraient pas à la moindre attaqué de l'artillerie. Au centre est le palais^ édiCce qui, loin d'être admirable, comme l'ont dit certains voyageurs, ne mérite pas la moindre attention; c'est un amas confus de bâtiments , sans ordre ni régularité. L'intérieur est assez remarquable: il y a uue salle garnie de beaux cristaux , une autre oii il y a des colonnes de beau marbre de Chinas d'une seule pièce, etc. La ville ressemble à un grand village; des maisons de terre sans apparence, des rues tortueuses où il y a deux pieds de boue en hiver et de poussière en été. Les bazars sont très-mesquins, les caravansérails peu remarquables. — Presque tout le monde parle turc à Téhéran , mais c'est un turc assez différent du- dialecte de Constantinople.
L'air est très - mauvais à Téhéran en été. Cependant on attribue la plus grande partie des fièvres qui y régnent en automne à, la coosom-'
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M» RELÀTICOiS DE VOYAGES
matioA prodigieuse que les Persans font de§ fruits , qui sont poar ainsi dire leur seule nourriture.
Le .premier jour de mon arrWée, j'allai descendre à l'ambassade d'Angleterre , un des plus beaux édifices de la ville, avec de vastes jardins à la manière persane. Sir John Campbell était au camp du Chah, à quelque distante de la ville. Je lui envoyai la lettre que j'avais pour lui , il eut la bonté de venir me recevoir le lendemaio. Après déjeuner, il nous vint un message de la part du Chah qui nous faisait dire qu'ayuit appri» qu'un Français venait d'arriveretqu'ilyen avaii encore un autre (le comte de Suzaonét), ainsi qu'un Anglais, il nous recevrait le lendemain matin. Je me rendis sous ta tente de l'ambassadeur : nous nous présentâmes à l'heure indiquée, l'ambassadeur à notre tête et accompagnés d'une vingtainededomestiques, suivant l'usage persan, dans le jardin où le Chah occupait un kiosque.D'après l'étiqnetle, il nous fallut attendre une demiheure. L'ambassadeur ût étendre an tafâs qu'un domestique avait apporté, et on fuma le kelionr, en attendant que Sa Majesté voulût bien noiu recevoir. Le maître des cérémoiiies parut enfin, portant un long bâton. Nous aperçûmes le Chah à la fenêtre du kiosque : à cent pas en foce de lui, nous llmesune salutation; à cinquante pas, noM
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fimeg une seconde salutation et ôtàmes nos souliers ; lorsque irous fûmes près âe la fenêtre , nous fîmes une' troisième et dernière salu' tation. Le Chah était assis, dans un anglei sur un tapis i au milieu de la pièce où il était , on voyait un large bassin plein d'eau, d'où un ruisseau s'écoulait ensuite au dehors, et de côté et d'autre, sur les bords de l'eau, des corbeilles à fruits, des melons, etc. La âgure du Chah est douce et agréable, le sourire est continuellement sur ses lèvres ; il se montra très-affable envers nous; il lit d'abord de nombreuses questions sur la France , et demanda pourquoi nous avions chassé notre ancien roi Charles X, comment s'appelait le nouveau, en faisant un signe de tête qui, suivant l'usage des Persans, évite la question directe de : Quel homme est>ce? LaFrançe, dit-il ensuite, a-t-elle toujours une armée formidable 7 les soldats sont - ils payés régulièrement? leroia-t-il beaucoup de puissance? etc. Les Persans ont une grande estime pour la France, et les victoires de Napoléon sonttoi^ours l'objet de leur admiration. 11 demanda ensuite ce que j'allais faire sur le Demawend , je lui répondis que c'était pour chercher des plantes : ■ Il
> serait bien Juste, dit-il , que vous nous en ap-
> portassiez des vôtres, puisque vous venez chor-
> cher les nôtres. > 11 voulait parler des fleurs
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cultivées denosjardins; les Persans en font grand cas, et ce serait un présent fort agréable au Chah que de lui donner des racines de nos belles fleurs. II demanda si ces plantes étaient seulement pour le plaisir des yeux ou bien si c'était pour en faire l'application à la médecine, aux arts, ou à l'industrie ; enfin il fit à ce sujet des réflexions très-justes. Le prince du Mazanderann'ayantpoint encore fait sa soumission, il n'y avait pas entière sécurité à visiter le Demawend; le Chah me dit qu'il me donnerait un homme, et en eflet, au bout de peu d'heures, il en vint un avec lequel je me mis en route. Notre conversation avec le Chah avait duré une bonne demi-heure.
3 septembre. Je partis de Téhéran pour le pîc de Demawend, avec un homme d'un des kbans de cette contrée. Je me dirigeai àl'est, et après avoir marché environ 2 farsangs ( trois lieues ) , je fis halte un instant au caravansérail de Jour Xasor.
J'entrai ensuite dans les montagnes qui ceignent la plaine, et suivis une profonde vallée oà coule une rivière très-rapide(ancienÊ'/>ani«s,suivant Laroc^et te }; nous vimesaussi les ruines d'un pont. Il yavait un village et un caravansérail également ruiné, nommé Z^/'ac^Voui/. Je continuai ma route dans les montagnes , et vins coucher à jàsalekt espèce de caravansérail, avec quelques maisons et des cultures.
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4 septembre, l^ route ccmtinue à travers les montagnes; je descendis ensuite dans la belle plaine de Demawend, et fis halte à Bomeijn, où lé Lfaan me fit bon accueil et m'offrit une collation. Je laissai la ville de Demawend à droite et me dirigeai, à travers les montagnes, directement vers le pic; je descendis encore dans une vallée profonde où coule une rivière rapide que nous passâmes surun pont bâti à l'entrée d'une gorge. ïl y. avait beaucoup de nomades d^ns cette vallée. — Je gravis de nouveau une montagne très-escarpée, par un chemin épouvantable, et qui sert comme de rempart au pays situé au delà. C'est -cependant la route des caravanes du Mazanderan; j'en trouvai une grande quantité transportant du riz à Téhéran. Parvenu à la sommité de cette montagne, je me trouvai toutàfaitaupieddu pic de Demawend, parsemé encore d'une grande quantité de plaques de neige. La sommité du c6ne est évidemment un cratère ; elle est recouverte de diverses substances volcaniques , particulièrement de soufre , dont la couleur tranche avec le reste de la montagne. Il est faux que le cratère vomisse encore quelquefois de la fumée : les brouillards auront causé cette erreur. Les gens du pays assurent d'ailleurs que le cratère est plein de glace , et qu'il est comblé ; que lorsqu'ils vont y chercher du soufre, ils ne peuvent
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y pénétrer que rdrdtus d'étoffes de laine, parç6 que la toile s'y enflammerait (i). Je descendis ensuite dans nue vallée profonde et magnifique^ arrosée par U ririère que j'avais {déjà passée sur un pont. A l'exception des eaux du torrent ^ presque toutes celles qui viennent du pic sont minérales; il y en a de sulfureuses et chargées d'acides, etc. J'allaidescondreau village d'^jA, premier village de cette contrée, nommée Larad* Joun (2) ou Larjan. Je fis, ce jour-là, plus de 8 farsangs (douze lieues) de marche pénible.
Le khan me fit une bonne réception) maii comme sa puissance estfondée sur la difficulté des passages pourarriver dans son pays;, et qu'il n'avait point encore fait sa soumission au Chah, il s'imagina que je pourrais bien être envoyé afin d'explorer les passages pour les troupes et l'artillerie. Lorsque je lui témoignai le désir d'aller sur le pic, il n'osa me refuser et me promit même de me faire aocompagma: par son frère. Cependant , le lendemain matin , quand je
(1) Cesas3ertioDS,eiiappareace contradictoires, se concilient si l'on a égard aux variations successives que l'état de la moatAgne peut éprouver par l'effet des hivers et di^ fem sAu-
erraias.
(2) DaDsla carte d'Arrowsmith, au contraire, Larjan est le nom d'un village situé sur la rivière Héraz t,u-de$StU d'Asek.
~ Ancb»' Éhy èctïi Hérik et Aak.
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voulus partir, je rencontrai des diffimlté» : l6 frère n'était pas levé, je l'attendis; on ma dit qu'il fallait que je fisse une visite au Lhan, qui ne fut visible que vers midi, heure k laquelle il n'était plus possible 'de se mettre ea route ; enfin le guide vint me dire que le khaa avait des soupçons sur moi , et qu'il ne me permettrait pas d'aller sur le pic. Le khan me fit ensuite demander, et comme il ne parlait pas Ic turc, ce fut avec son mîrza (1) que j'entamai la conversation. Celui-ci, à la manière des Persans, ae montra très-poli; il me fit toutes les promesses imaginables: ■ Soyez le bienvenu, » commandez ici, le pays est à vous; voulez- » vous aller sur le Demawend ? je vous y accom- » pagnerai; parlez, tout est à vos ordres. ■ Je rentrai alors dans ma chambre , ^duit par ses belles promesses, et voulant ensuite profiter da reste de la journée pour visiter les rochers de« environs du torrent, je sortis avec mon portefeuille sons le bras. Je ne tardai pas à m'^>erce> voir de ta fausseté des promesses qu'on 'm'avait faites par le mirza : un homme du khan accourut, m'accal^a de questions sur le but de ma promenade, et finit àafîn par me déclarer qn»
(1} M>rza,p]acëdeTant un Doiniwoiwe, veut dire écrivû&t place à la tiuite du ikihi , c'est le titre des princes du sang.
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300 RELATIONS m VOYAGES
le kbas ne voulait pas que je sortisse de chez lui. J'étais prisonnier.
Cependant, pour me faire avaler la pilule, il me fît prier d'aller avec lui visiter un jardin qui domine la vallée : je ne voulus pas le bouder et je m'y rendis avec lui. Là, ses gens m'accablèrentde politesses et de questions : «Va-t-il venir > des troupes, des canons ? étes-vous talindji (1) ? > J'eus beau leur dire que je n'étais rien autre chose qu^un médecin, que je n'en voulais qu'auxplantes, je ne trouvai que des incrédules^. Nous causâmes longtemps; on m'apporta quantité de fruits; Ie8oir,on servit un magnifique souper, et )e khan vint me dire que le lendemain je pourrais partir pour la montagne.
Le lendemain, nouvelles difficultés , et enân , comme on ne pouvait plus reculer à m'en faire l'aveu, on me révéla que, pour rien au monde, le prince ne consentirait à mon excursion. Je pris donc mon parti, et me décidai à retourner à Téhéran. Le khan me fit alors de nouvelles cajoleries : « Qui vous presse 7 me di- » sait-il ; restez ici , rien ne vous manquera. ■ — • Suis^jedonc décidément votre prisonnier?» lui répondis-je d'un ton ferme. Il hésita à réjiondre et enfin me dit que j'étais libre de retourner à
(1} Instructeur militaire [Foy. p. 319}.
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Téhéran. Je partis en effet , mais je remarquai sur plusieurs points des hommes qui m'observaient. Je sortis en6n heureusement de ses domaines, etaprès avoir fait la même route, j'arrivai en deux jours à Téhéran, n'ayant presque rien récolté, si ce n'est un singulier cryptogame qui forme des gazons très-épais sur les rochers.
Sir Campbell fut fort surpris de la conduite du khan, d'autant plus que celui-ci parlait en ce moment de sa soumission au Chah et qu'il avait envoyé à cet effet son imam à Téhéran. Le khan qui m'avait donné le guide avec lequel j'étais sorti de Téhéran (1) devint alors suspect à son tour ; quoiqu'il passât pour être ennemi de celui du Larjan, on supposa qu'il n'en avait pas moins des intelligences avec ce dernier, et qu'il l'avait prévenii contre moi, ne sachant pas au juste ce que j'allais faire sur te pic. M. Campbell en donna avis au Chah qui fit redoubler la surveillance sur ce khan, qu'il avait fait venir à Téhéran , précisément parce que déjà il n'avait pas grande confiance en lui.
10 septembre. Je partis pour me rendre à Tabriz, et j'arrivai de bonne heure à, ^eni^, village à 3 farsangs.
(1) F09. page 296.
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9M RELATIONS Iffi T0TA6ES
De Rend , pour se rendre à Cashin, il y a plasieurs routes. On peut 7 aller en passant par :
Kend, 3 farsangs,
Songrebad, 7
Kiclak, S 1/2
Abdelabad,3
Casbin, 4 Mais je me rendis de Kend, 3 farsangs, à Hadji-jibad^ 3; Tchenard, 3; Hassen-Âbmd^A.
De ce dernier village nous all&mes camper à 2 farsangs à la gauche de Casbin, parce que la peste y faisait des ravages ; de là , Korvendère , 5 farsangs.
Nous longions toujours la chaîne de l'Elbourz, à peu de distance; un vent d'est très-frais nous venait de la Caspienne, et nous voyions les brouillards épais qu'elle fournit s'arrêter audessus des montagnes et former comme des murailles de nuages qui ne descendent jamais jusque dans la plaine. Nous nous trouvions au pied d'une petite rangée' de montagnes , que nous traversâmes pour nous rendre dans la plaine de Sultanieb, beaucoup plus élevée et très-froide pendant la nuit.
Nous fûmes reçus à Sultaniek par un officier allais , dans le palais royal en ruine ; il y a cependant quelques pièces en assez bon état , particulièrement le harem et la chambre de Fet^t-
Ali-Chah, 9a Ton remarque des peintures bien conservées. Sultanieh est, comme on sait, en ruine; ce n'est plus qu'un misérable village. Toute cette vaste plaine est couverte d'une végétation vigoureuse , et c'est là que la cavalerie vient se refaire au printemps.
Se Sultanieh, nous vînmes à Zengoum, grand village où nous n'entrâmes pas, à cause de la peste.
Jrmand-Kavé, 4 farsaugs, où nous logeâmes chez le khan. Des gens du village qui avaient prêté une marmite pour faire le pilaw, eurent le front de demander deux ducats pour ce service; cependant le docteur avait fourni gratis des remèdes à tous les malades du village.
Akkend^ 4 farsangs. Le lendemain, nous eûmes à traverser les montagnes qui séparent l'Irak de l'Aderbidjan. Nous passâmes sur des ponts le Kizil-Ouzen et ensuite un de ses affluents nommé rivière de Miané'^ S farsangs.
Miaiié était affligé du choléra; l'air y est d'ailleurs malsain. C'est là qu'on trouve, dit-on, une espèce de punaise qui, suivant l'opinion vulgaire, donne la mort anx étrangers; mais c'est un conte.
De Miané nous nous élevons toujours. Les montagnes sont presque toutes argileuses.
Nous mîmes cinq journées fort longues, à & ou 7 farsangs chacune, pour nous rendre à Tabriz. Le pays est assez bien cultivé, et les
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montagnes sont en pleine culture; cependant les villages paraissent pauvres. Je rencontrai plusieurs campements déliâtes. Les nomades ne manquaient jamais de me demandef : pouli (1) l Tabriz. £n approchant de Tabriz , la plaine est aride , peu arrosée et ressemble au désert. J*ai remarqué le contraste de certaines montagnes d'un blanc ai^enté , à côté d'autres qui sont d'un rouge éclatant. Les environs de Tabriz possèdent un grand nombre de vergers. La ville n'offre rien de remarquable : c'est lin grand village de boue; on voit cependant à l'entrée, dans ses faubourgs , les ruines d'une mosquée qui a dû être magnifique. Lorsque j'arrivai, presque toute la population était dehors, le choléra y faisant de grands ravages.
(Ici s'arrête le manuscrit de 1835. Dans le trajet de l'Aderbidjan et de l'Arménie , notre auteur fut presque constamment malade. K la Notice.)
(1) De l'argent, l'aumdiiç.
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