Tome IL
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offre une plaine composée de monticules aplatis et peu élevés. Cette plaine , de laquelle sortent plusieurs gros ruisseaux qui descendent de ces monticules est, selon l'amiral, la plus belle chose du monde. Quand le vaisseau eut abordé, l'amiral sauta dans la chaloupe pour sonder le port, qui a à peu près la forme d'une écuelle , et quand il fut près de son entrée sud, il trouva l'embouchure d'un fleuve qui avait assez de largeur pour qu'une galère y entrât. Cette embouchure était tournée de manière qu'on ne l'apercevait qu'au moment même où l'on allait y entrer, et lorsqu'on y était arrivé, on voyait qu'elle avait une largeur de cinq brasses, ce qui était la dimension en longueur de la chaloupe; elle en avait huit de profondeur. En la parcourant , c'était une chose merveilleuse de voir la fraîcheur de ce climat, la beauté des arbres qui couvraient les deux rives du fleuve, dont les eaux limpides, et les environs peuplés d'une multitude d'oiseaux, et offrant partout le spectacle le plus agréable , rendaient ce lieu si enchanteur que l'amiral écrit qu'il crut qu'il ne pourrait s'en arracher. Il disait aux hommes qui l'accompagnaient que pour faire au Roi et à la Reine le récit de ce qu'ils voyaient, mille langues ne suffiraient pas plus pour le raconter que sa main pour l'écrire, car il lui semblait qu'il se trouvait au milieu d'il-
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lusions et de prestiges. Il exprimait le désir que beaucoup d'autres personnes prudentes et de considération vissent toutes ces merveilles , sur lesquelles il est certain, dit-il, qu'elles porteraient un jugement aussi avantageux que lui (jw encarecieran estas cosas menos que él). Ici l'amiral dit de plus les paroles suivantes : « Quels seront les « avantages que l'on peut retirer de la possession « de ce pays, c'est ce que je n'écris pas. Il est cer- « tain, grand Roi et grande Reine, qu'il doit y « avoir une infinité de choses très avantageuses « là où se trouvent de telles terres. Mais je ne « m'arrête dans aucun port, parce que je veux « voir le plus de contrées qu'il me sera possible, « afin d'en faire la description à Vos Altesses. « J'éprouve malheureusement l'inconvénient de « ne pas savoir la langue qu'on y parle, et leurs « habitans ne me comprennent pas, et ni moi ni « les miens nous ne les comprenons pas davantage. « Quant aux Indiens que j'emmène avec moi, « bien souvent j'entends le contraire de ce qu'ils « veulent me dire (i), et je n'ai pas non plus « beaucoup de confiance en eux, parce qu'ils ont « déjà tenté plusieurs fois de s'enfuir. Quant à
(i) Ce défaut d'intelligence a donné lieu, dans cette relation, à beaucoup de fautes dans les citations ou dans l'orthographe des noms propres. (M. F. de NavJ
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« présent, s'il plaît à notre Seigneur, je verrai le « plus que je pourrai, et petit à petit je parvien- « drai à comprendre la langue et à connaître les « lieux, et je ferai enseigner cette langue à des « personnes de ma maison , car j ai remarqué « qu'elle est la même jusqu'à présent, et c'est « plus tard qu'on connaîtra tous les avantages « que peuvent procurer toutes ces contrées, et « qu'on travaillera à rendre tous les habitans « chrétiens , ce qui sera facile et d'une prompte « exécution, car ils n'ont aucun culte et ne « sont pas idolâtres. Vos Altesses feront con- « struire dans ces parages des villes et des for- « teresses, et ces pays seront bientôt con- « vertis. Je certifie à Vos Altesses qu'il ne me « paraît pas qu'il puisse y avoir sous le soleil « un pays plus fertile, d'une température plus « agréable et plus régulière, mieux pourvu « d'eaux abondantes, bonnes et saines, et bien « différentes de celles des rivières de Guinée , qui « n'engendrent que la maladie et la contagion. « Car, grâce à notre Seigneur, pas un seul des « gens de mon équipage n'a éprouvé jusqu'à ce « jour le moindre mal de tète, pas un seul n'a « été au lit pour cause de maladie, à l'exception « d'un seul qui souffrait de la pierre, qui en « avait souffert toute sa vie , et qui s'est trouvé « guéri après les deux premières journées de
« notre séjour dans ce pays; ce que je dis se « rapporte à l'équipage des trois vaisseaux. Aussi, « dès qu'il aura plu à Dieu que Vos Altesses ente voient ici des hommes instruits , ou qu'il y en « vienne , elles reconnaîtront la vérité de tout ce « que j'avance i lorsque j'ai parlé plus haut de « la découverte que je fis d'une position favo- « rable pour la construction d'une ville et d'une « forteresse près du fleuve de Mares, en raison « de la bonté du port (i) qu'il y a en cet endroit, « et de la beauté de ses environs. Il est certain « que tout ce que j'ai dit alors était la pure « vérité; mais il n'y a pas de comparaison entre « ces lieux et ceux où je me trouve en ce moment. « On ne peut en établir non plus entre la mer « de Notre-Dame et les parages que je parcours « en ce moment, parce qu'ici il doit y avoir dans « l'intérieur des terres des peuplades considéra- « blés, une immense population et une infinité « de choses du plus grand intérêt ; et ici surtout, « comme dans tout ce que j'ai découvert précé- « demment., et dans tout ce que j'espère encore « découvrir avant mon retour en Castille, je dis « que la chrétienté aura de grands rapports à « établir, et l'Espagne , à laquelle tout doit être « soumis, bien plus que les autres Etats. J'ajoute
(i) C'est le port de las Nuevitas. (M. F. de Nav.)
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« que Vos Altesses ne doivent permettre à « aucun étranger (i) de mettre le pied dans ce « pays et d'avoir la moindre communication s'il « n'est chrétien et catholique , car tel a été le but « des découvertes que j'ai faites par ordre de « Vos Altesses , et elles n'ont été entreprises que « pour servir à la propagation et à la gloire de la « religion chrétienne. » Ce sont les propres paroles de l'amiral. Il entra dans le fleuve à l'embouchure duquel il était , et en faisant le tour du port (2) , il vit de chaque côté de cette embouchure de charmantes plantations et une espèce de jardin délicieux; puis en remontant le fleuve, il découvrit plus haut qu'il donnait une partie de ses eaux à divers bras, et il trouva une pirogue ou canot fait d'une seule pièce et aussi grand qu'une fuste (3) de douze bancs. Ce canot était très beau, placé sur des madriers dans un chantier ou hangar construit en bois et couvert de grandes feuilles de palmiers, de manière que ni le soleil ni l'eau ne pouvaient l'en-
(1) Voyez avec quel fondement nos lois des Indes ont adopté ce conseil de Colomb, d'autant plus impartial qu'il était donné par un étranger, quoique déjà naturalisé en Espagne. (M. F. de Nav. )
(2) Le port de Baracoa. (Idem,)
(3) La fuste est une sorte de bâtiment long et peu élevé .ni' l'eau, qui va à l'aviron et à la voile. (D. L. R.)
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dommager. L'amiral dit que la bonté du port, des eaux et des terres, la beauté des environs et l'abondance du bois rendaient ce lieu extrêmement propre à la construction d'une ville et d'une forteresse.
Mercredi y 28 novembre.
L'amiral resta ce jour-là dans ce port, parce qu'il pleuvait et que le temps était très couvert. Il eût pu cependant courir toute la côte, parce que le vent, qui était sud-ouest, lui aurait soufflé en poupe; mais comme il ne pouvait bien voir la terre, et qu'il est dangereux de longer une côte qu'on ne connaît pas bien, il jugea plus prudent de ne pas partir. Les gens de l'équipage descendirent à terre pour laver leur linge , et quelques uns d'entre eux trouvèrent de grandes peuplades, mais dont toutes les maisons étaient vides, parce que tous les habitans avaient pris la fuite. Ces mariniers revinrent le long d'un autre fleuve, situé plus bas, et plus grand que celui à l'embouchure duquel étaient les vaisseaux.
Jeudi, 29 novembre.
Comme il pleuvait et que le ciel était toujours très couvert , on ne partit pas encore. Quelques uns des chrétiens arrivèrent à une autre peu^plade située vers le nord-ouest, et ne trouvèrent
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dans les maisons ni aucune personne ni aucune espèce de chose , mais ils rencontrèrent dans le chemin un vieillard qui n'eut pas la force de les éviter. Ils le prirent, lui dirent qu'ils ne voulaient pas lui faire de mal , et lui donnèrent quelques objets de pacotille, puis le laissèrent aller. L'amiral aurait voulu le voir pour le faire habiller et pour obtenir de lui quelques informations , car il s'intéressait beaucoup au bonheur de cette contrée ; il était charmé des avantages qu'elle présentait pour l'établissement d'une colonie , et il jugeait qu'elle devait être garnie de grandes peuplades. Les gens de l'équipage trouvèrent dans une maison un pain de cire (i) que l'amiral apporta au Roi et à la Reine. Il dit qu'où il y a de la cire il doit y avoir aussi mille autres bonnes choses. Les mariniers trouvèrent aussi dans une maison une tête d'homme placée dans un panier d'osier (cestillo) et recouverte d'un autre panier également d'osier, le tout suspendu à un pilier de la maison. Ils en trouvèrent une autre disposée absolument de la même façon dans un autre hameau. L'amiral crut que ces têtes devaient être celles de quelques uns des principaux habitans de ces
(1) Cette cire était venue du Yucatan dans ce pays, et cela me fait croire que cette terre dépendait de Cuba.
( Bartolomé ue Las Casas. )
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lieux, parce que ces maisons y étaient construites de manière à ce qu'un grand nombre de personnes logeassent dans une seule, d'où il inférait que tous devaient être parens et descendus d'une souche commune.
Vendredi, 3o novembre.
L'amiral ne put partir, parce que lèvent, qui soufflait de l'est, était contraire au chemin qu'il voulait suivre. Il envoya huit hommes bien armés , et avec eux deux des Indiens qu'il avait à bord , pour qu'ils vissent les peuples de l'intérieur du pays, et y prissent langue. Ils arrivèrent à beaucoup de maisons , dans lesquelles ils ne trouvèrent personne ni aucune chose, car tous les habitans avaient pris la fuite. Ils virent quatre jeunes gens qui étaient occupés à creuser (ca~ uando) dans leurs champs, et qui se mirent à fuir dès qu'ils aperçurent les chrétiens, qui ne purent les attraper. Les mariniers firent, à ce qu'ils disent, beaucoup de chemin. Ils virent un grand nombre de peuplades, une terre très fertile, toute labourée, et de grands fleuves ou rivières. Ils remarquèrent auprès de l'une d'elles une très belle pirogue ou canot fait d'une seule pièce, long de quatre-vingt-quinze palmes, et dans lequel cent cinquante personnes pouvaient se placer aisément et naviguer.
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Samedi y 1er décembre.
La même cause , celle du vent contraire , et une grande pluie qui survint empêchèrent l'amiral de partir. Il fit placer et fixer sur des roches vives une grande croix, à l'entrée de ce port, qu'il appela, je crois, Puerto Santo (i). Ce port est défendu par une pointe qui se trouve à son entrée vers la partie du sud-est. Celui qui voudra y pénétrer, devra se porter davantage du côté de la pointe nord-ouest plutôt que de celle du sud-est, parce qu'il y a à la vérité , au pied de l'une et de l'autre , le long de chacune des roches qui les dominent i^junto con la peFia), douze brasses de profondeur sur un fond très propre (muy limpio); mais à l'entrée du port, et en inclinant vers la pointe du sud-est, il y a un bas-fond qui est presque à fleur d'eau (2), et assez éloigné de la pointe pour qu'on puisse passer au milieu, s'il y avait nécessité, car au pied du bas-fond comme au pied du cap, la profondeur est de douze à quinze brasses, et en entrant dans le port il faut tourner la proue vers le sud-ouest.
( 1) C'est le port de Baracoa. (M. F. de Nav. )
(2) Ce bas-fond se trouve effectivement vers la pointe sud-est de l'entrée de ce port, qui est décrit avec beaucoup d'exactitude. ( Idem. )
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Dimanche y 2 décembre.
Le vent fut encore contraire et par conséquent l'amiral ne put pas partir. Il dit qu'il souffle toutes les nuits un vent de terre, mais que tous les vaisseaux qui seraient dans ce port n'y doivent pas craindre la tempête la plus terrible , parce que les bas-fonds qui sont à l'entrée empêchent ce vent d'y faire le moindre dégât, etc. L'amiral dit, en outre, qu'un de ses mousses trouva, à l'embouchure du fleuve, certaines pierres qui paraissaient contenir de l'or; qu'il les emporte pour les montrer au Roi et à la Reine, et qu'il y a de grands fleuves à une portée d'escopette de ce port.
Lundi 9 3 décembre.
Comme le temps était toujours contraire, l'amiral ne partit pas encore, et résolut d'aller voir un très beau cap , situé à un quart de lieue du port du côté du sud-est. Il alla avec les chaloupes et quelques hommes armés. Il y avait au pied du cap l'embouchure d'un beau fleuve (1); il tourna sa proue vers le sud-est pour y entrer, et reconnut que cette embouchure était large de cent pas et profonde d'une brasse; mais en
(i; Le fleuve Borna. (M. F. de Nav.)
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pénétrant dans l'intérieur du fleuve , la profondeur était de douze, de cinq ou de quatre brasses, et toujours au moins de deux, et tous les vaisseaux qui sont en Espagne pourraient s'y ranger. Laissant un bras de ce fleuve , l'amiral alla au sud-est, et trouva une petite anse, dans laquelle il vit cinq pirogues très grandes que les Indiens appellent canots. Elles étaient à peu près semblables à des fustes, très belles, et si bien travaillées, que l'amiral dit que c'était un plaisir de les regarder. Toutes les terres qu'il vit et découvrit du pied de la montagne étaient parfaitement cultivées. Accompagné de ses gens il était sous des arbres très épais, et suivant avec eux un chemin qui aboutissait à ces canots , ils arrivèrent à un chantier très bien ordonné, et si bien couvert que ni le soleil ni l'eau ne pouvaient endommager les canots qui s'y construisaient. Il y en avait un , creusé comme tous les autres dans une seule pièce de bois, qui était bien aussi grand qu'une fuste de dix-sept bancs. C'était un plaisir d'en voir la beauté et d'admirer tout le travail dont il était orné. L'amiral monta ensuite sur une montagne, dont il trouva que le sommet était une surface plane et semée de beaucoup de fruits de la terre, parmi lesquels on remarquait de très belles citrouilles (calabazas). Il se plut à examiner toute la cime de cette mon-
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tagne, au milieu de laquelle on voyait une grande peuplade : il s'avança et se trouva tout à coup au milieu de ses habitans, qui ne s'y attendaient nullement, et qui tous , hommes et femmes, se mirent à fuir dès qu'ils l'aperçurent. Celui des Indiens que l'amiral avait à son bord, et qui l'accompagnait en cette occasion , rassura ces habitans, en leur disant qu'ils n'eussent aucune crainte, que ces étrangers étaient de bonnes gens. L'amiral leur fit donner des grelots, des bagues de laiton et des billes de verre jaunes et vertes , ce qui les rendit très contens. Ayant vu qu'ils n'avaient ni or ni aucune autre chose précieuse, l'amiral jugea qu'il convenait de les laisser tranquilles, ce qu'il fit après s'être assuré que toute la contrée était peuplée, et que tous les naturels s'étaient enfuis de peur. L'amiral certifie au Roi et à la Reine que dix hommes en feraient fuir dix mille. Ils sont si lâches et si craintifs qu'ils ne portent d'autres armes que des bâtons, au bout desquels en est ajusté un autre très court, très aigu et durci au feu. L'amiral résolut de s'en retourner. Il dit qu'il leur ôta adroitement leurs bâtons en les leur faisant tous échanger, ce qu'ils firent volontiers. Dès qu'il fut de retour avec ses gens dans l'endroit où ils avaient laissé les chaloupes, il envoya quelques chrétiens à l'endroit par où
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ils étaient montés, parce qu'il croyait y avoir aperçu une grande ruche (colmenar). Avant qu'ils fussent revenus beaucoup d'Indiens se réunirent , et vinrent à l'endroit où étaient les chaloupes dans lesquelles l'amiral était déjà rentré avec tout son monde. L'un d'eux s'avança dans la rivière près de la poupe de la chaloupe, et fit un long discours que l'amiral ne comprenait pas, mais il remarqua que pendant qu'il dura les autres Indiens levaient de temps en temps les mains vers le ciel et poussaient un grand cri. L'amiral pensait qu'ils l'assuraient que son arrivée leur faisait beaucoup de plaisir, mais il vit bientôt l'Indien qu'il avait avec lui changer de couleur, et devenir jaune comme de la cire et tout tremblant. Puis cet Indien lui dit par signes qu'il fallait qu'il sortît promptement du fleuve , parce qu'on voulait les tuer; il s'approcha ensuite d'un chrétien qui avait une arbalète armée qu'il montra aux Indiens, et l'amiral comprit qu'il leur disait que les chrétiens les tueraient tous , parce que cette arbalète portait loin et donnait la mort. Il prit aussi une épée, la tira du fourreau, et la montra en faisant les mêmes menaces , qui firent immédiatement prendre la fuite à tous les Indiens, et néanmoins l'Indien tremblait toujours, tant il avaitpeu de cœur et de courage, quoiqu'il fût grand et vigoureux. L'amiral ne voulut pas sortir du fleuve;
il le fit, au contraire, remonter, et s'avança dans les terres jusqu'à l'endroit où se trouvaient un grand nombre d'Indiens , tous peints en rouge , et nus comme leur mère les avait mis au monde. Quelques uns avaient sur la tête des panaches et d'autres plumes , et tous portaient un faisceau de zagaies. « Je m'approchai d'eux, je leur don- « nai quelques bouchées de pain, puis je leur « demandai leurs zagaies, et je leur donnai en « retour, aux uns un petit grelot, aux autres « une bague de cuivre, à d'autres enfin des « billes, de manière que tous s'apaisèrent et « vinrent aux chaloupes, où ils cédaient avec « joie tout ce qu'ils avaient pour la moindre « chose qu'on leur donnât en échange. Les ma- « riniers avaient tué une tortue dont l'écaillé était « en morceaux dans la chaloupe. Les mousses « en donnaient un morceau gros comme l'ongle « aux Indiens, qui leur remettaient en retour un « faisceau de zagaies. Ces gens (dit l'amiral) « ressemblent aux Indiens que j'ai déjà trouvés; « ils ont la même croyance, sont persuadés que a nous venons du ciel, donnent tout ce qu'ils « ont pour la moindre bagatelle qu'on leur préce sente , sans dire que c'est peu ; et je crois « qu'ils en feraient de même des épiceries et de « l'or s'ils en avaient. Je vis une belle maison, ce pas très grande, et qui avait deux portes
« comme elles sont presque toutes ; j'y entrai , « et j'y vis un ouvrage admirable, comme qui « dirait des espèces de chambres faites d'une « certaine manière que je ne pourrais décrire, « et à la partie supérieure desquelles étaient « suspendus des limaçons et d'autres choses. Je « crus que c'était un temple; j'appelai les In- « diens, et je leur demandai par signes s'ils y « faisaient leurs prières; ils me dirent que non, « L'un d'eux monta en haut , et il nous offrit « tout ce qu'il y avait : j'en acceptai quelque « chose. »
Mardi, 4 décembre.
L'amiral mit à la voile avec un vent faible , et sortit de ce port, qu'il nomma Puerto Santo. A une distance de deux lieues il vit un beau fleuve dont il a parlé hier (i) ; il longea la côte, qui , après qu'il eut passé le cap sus-mentionné , s'étendait de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest jusqu'au cap Joli {cabo Lindd) (2), qui esta l'estquart-sud-est du cap del Monte , et en est éloigné de cinq lieues. Une lieue et demie après le cap del Monte, il y a un grand fleuve un peu étroit, qui paraissait avoir une bonne entrée , et qui est
(1) C'est le fleuve Borna. ( M. F. de Nav. )
(2) C'est la pointe del Frailc. (Idem.)
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très profond; trois quarts de lieue plus loin, l'amiral vit un autre fleuve extrêmement large , et dont le cours doit être immense. Son embouchure, où l'on ne trouve aucun banc de sable, avait bien une largeur d'une centaine de pas et une profondeur de huit brasses, par conséquent une bonne entrée. L'amiral envoya une chaloupe pour la sonder et l'examiner, et les marins qu'il chargea de cette commission reconnurent, outre sa largeur et sa profondeur, que l'eau douce de ce fleuve pénètre assez avant dans la mer, et qu'il est un des plus considérables qu'ils eussent vus jusqu'alors. Ils jugèrent qu'il devait y avoir un grand nombre de peuplades le long de ses rives. Après le cap Lindo , il y a une grande baie qui serait un bon passage par est-nord-est, sud-est et sud-sud-ouest.
Mercredi , 5 décembre,
L'amiral resta toute la nuit en panne {anduvo a la corda) sur le cap Lindo , où il était au coucher du soleil, pour voir la terre, qui s'étendait vers l'est, et dès le point du jour il vit un autre cap (1) à deux lieues et demie à Test. Après l'avoir passé, il reconnut que la côte tournait au sud, puis
(i) C'est la pointe de los Azules. (M. F. de Nav. )