‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 9 sur 21 · M. F. DE N AV · texte numérisé non relu

M. F. DE N AV

(3) C'est l'île Espagnole , à ce qu'il paraît.

(Bartolomé de Las Casas.) Cela est exact. ( M. F. de Nav. )

(4) Une conséquence de ce passage, c'est que l'amiral aurait donné à l'île de Cuba le nom de Juana. (Casas.)

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tendent qu'ils mangent les hommes. Les Indiens lui racontaient encore par signes d'autres choses très merveilleuses. L'amiral ne dit pas qu'il y ajoutât foi , mais qu'il pensait que les habitans de l'île de Bohio devaient avoir plus d'intelligence et d'adresse que les autres Indiens, puisqu'ils les faisaient prisonniers; et il ajouta que ces derniers n'avaient ni cœur ni courage. Comme le temps était nord-est, inclinant un peu vers le nord, il se détermina à abandonner l'île de Cuba ou Juana , que sa grandeur lui avait fait croire jusqu'alors être un continent, car il avait longé l'une de ses côtes pendant un espace de cent vingt lieues au sud-est (por que bien habria andado en un parafe ciento y veinte léguas}. Il partit donc, et se dirigea vers le sud-estquart-est , parce que la terre qu'il avait vue se montrait au sud -est. Il assurait sa marche en prenant ce rumb, car le vent tourne toujours du nord au nord- est, et du nord -est à l'est et au sud-est. Le vent devint très fort , et l'amiral déploya toutes ses voiles; la mer était belle et unie, le courant aidait tellement à la navigation , que depuis le matin jusqu'à une heure après midi , l'amiral fit huit milles par heure , et il ne s'était pas écoulé tout-à-fait six heures pendant cet intervalle , parce qu'on dit que , dans ces contrées , les nuits durent près de

quinze heures (ï). Il fila ensuite deux milles par heure , et à peu près de même jusqu'au coucher du soleil , qu'il se trouva avoir fait quatre-vingthuit milles, qui font vingt-deux lieues, le tout au sud-est. Comme la nuit s'approchait , il détacha la caravelle Nina , qui était bonne voilière , pour qu'elle allât en avant , et vînt voir le port avant la chute complète du jour. Etant arrivée à l'embouchure dudit port (2) , qui ressemblait à la baie de Cadix, comme il était déjà nuit, elle envoya sa

(1) La partie la plus septentrionale de Saint-Domingue est à environ 200 de latitude nord. Lorsque le soleil est au solstice d'hiver, sa déclinaison est de 23° 27', et la nuit, qui alors est la plus longue de Tannée, n'est pas de plus de i3 h. 14% c'est-à-dire d'une heure trois quarts plus courte que quinze heures. Si le rapport fait à Colomb vient des habitans, ainsi qu'on peut le supposer, cette différence n'a rien de surprenant; il est à regretter que Colomb ne nous ait pas fait connaître en combien de parties les peuples de Saint-Domingue divisaient la journée, ou bien s'il avait converti les parties du jour telles qu'ils les comptaient en heures semblables aux nôtres. Au reste, il est étonnant que Christophe Colomb, l'un des plus savans cosmographes de son temps, se soit contenté de rapporter, comme l'ayant entendu dire, une chose qu'il lui était sinon facile, du moins très possible de calculer avec une certaine précision.

(DeR....l)

(2) C'est le port du mole de Saint-Nicolas dans l'île Espagnole. (M. F. de Nav.)

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chaloupe pour le sonder à la lumière. Avant que l'amiral arrivât à l'endroit où la caravelle attendait en louvoyant que la chaloupe lui fît le signal pour entrer dans le. port, la lumière de cette chaloupe s'éteignit; alors la caravelle n'en apercevant plus, courut au large, et en alluma une autre, afin que l'amiral la yît. Lorsque ce dernier se fut approché, ils lui racontèrent ce qui s'était passé , et pendant ce temps les gens qui montaient la chaloupe allumèrent une autre lumière. La caravelle s'avança vers elle, mais l'amiral ne put s'approcher : il passa donc toute cette nuit à courir des bordées sur la côte.

Jeudi > 6 décembre.

Lorsque le jour parut, l'amiral se trouva à quatre lieues du port. Il lui donna le nom de port Marie {jpuerto Maria ) (i) , et il donna celui de cap de V Étoile (cabo del Estrella) (2) à un très beau cap qu'il vit au sud-quart-sud-ouest , et qui lui parut être l'extrémité la plus méridionale de cette île : ce cap en était cependant éloigné de vingt-huit milles (3). L'amiral aperçut

(1) C'est le port Saint-Nicolas. (M. F. de Nav.)

(2) C'est le cap Saint-Nicolas. (Idem.)

(3) L'original espagnol porte : y estarîa el Almirante dél veinteyocho millas , qui signifie littéralement : l'amiral en aurait été éloigné de vingt-huit milles. (D. L. R. )

une autre terre (i) située à l'est , et qui lui parut être une petite île , à une distance de quarante milles. Il découvrait encore, à F est-quart-sudest, un autre cap très beau et très bien fait, auquel il donna le nom de cap de V Éléphant (cabo del Elefante) (2) : il s'en trouvait à cinquante-quatre milles. L'amiral vit aussi à l'estsud-est un autre cap, qu'il appela cap de Cinquin {cabo de Cinquin), et dont il était éloigné de vingt-huit milles. Il aperçut au sud-est , inclinant vers le quart-est, une grande coupure, ou ouverture, ou havre, qu'il prit pour un fleuve (3), et qui n'était pas à plus de vingt milles de l'endroit où il le découvrait. Il lui sembla qu'entre le cap de V Éléphant et celui de Cinquin> il y avait une grande entrée (4), et quelques uns des mariniers disaient que c'était un îlot séparé de l'île par les eaux; et, en effet , c'était une petite île , à laquelle l'amiral donna le nom à'ile de la Tortue (isla de la Tortugd). L'autre grande île paraissait être une __ — ^

(1) C'est la continuation de la côte septentrionale de l'île Espagnole. ( M. F. de Nav. )

(2) C'est la pointe Palmista. ( Idem. )

(3) C'est le grand port à l'Écu (puerto Escudo).

( Idem. )

(4) C'est le canal de l'île de la Tortue. [Idem.)

terre très élevée, non hérissée de montagnes, mais plate et unie comme de belles campagnes. Elle semblait être cultivée, sinon entièrement, au moins en très grande partie; et les terres ensemencées ressemblaient aux champs de froment de la campagne de Cordoue au mois de mai. Tout l'équipage vit cette nuit un grand nombre de feux, et le lendemain il n'en vit pas moins , qui étaient allumés par des postes qui paraissaient se tenir sur leurs gardes contre des gens avec lesquels ils seraient en guerre. Toute la côte de cette terre s'étend vers l'est. A l'heure de vêpres, l'amiral entra dans ledit port, et lui donna le nom déport de Saint-Nicolas (puerto de Saji-Nicolao) y en l'honneur de ce saint, dont ce jour était la fête (1). En pénétrant dans ce port, il fut émerveillé de sa beauté et de sa bonté; et quoiqu'il ait beaucoup vanté les ports de Cuba , il dit néanmoins que celui-ci ne leur cède en rien, mais qu'il leur est au contraire supérieur, et qu'il n'en existe aucun qui lui

(1) Je ne comprends pas comment l'amiral , après avoir donné à ce port, ainsi qu'il l'a dit plus haut, le nom de port Marie 9 lui donne maintenant celui de Saint-Nicolas.

(Bartolomé de Las Casas.)

Ce port conserve encore aujourd'hui le nom de Saint- Nicolas. (M. F. de Nav. )

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ressemble. Il a une lieue et demie de large à son embouchure et à son entrée {en bocay entrada tiene , etc.), et il faut, pour y pénétrer, tourner la proue au sud-sud-est. On peut cependant la tourner du côté que l'on veut quand on est dans la grande largeur du port. Il se prolonge de cette manière au sud-sud-est l'espace de deux lieues , et , à son entrée , il est surmonté , du côté du sud , par une espèce de promontoire, après lequel ses bords ne sont plus dentelés jusqu'au cap , où se trouve une plage magnifique, et un champ planté d'arbres de mille espèces , tous chargés de fruits , que l'amiral croyait être des épiceries et des noix muscades , quoiqu'elles ne fussent pas mûres , et qu'on n'en pût reconnaître l'espèce. Un fleuve était au milieu de cette belle plage, qu'il fécondait. La profondeur de ce port est merveilleuse ^ car jusqu'à la longueur d'une (1) , avant d'arriver à terre, la ligne de sonde {la sondaresa 6 plomada) (2), entrée en mer de quarante

(1) Il y a une lacune semblable dans l'original.

( M. F. de Nav. )

(2) La ligne de sonde est une corde de la grosseur du petit doigt, dont la longueur est de plus de cent brasses, et au bout de laquelle sont attaches des plombs de différentes grosseurs. Cet instrument sert à mesurer la profondeur de la mer, et à reconnaître la qualité de son fond. ( Idem. }

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brasses , ne touchait pas le fond ; et dans l'espace compris depuis l'endroit marqué par cette longueur jusqu'à terre (j- hay hasta esta longura, etc.), la profondeur est de quinze brasses sur un fond très propre ; et la profondeur dudit port est dans l'intérieur la même d'un bout à l'autre, et sur un fond également propre et uni, jusqu'au point où l'on peut aborder (dentro a unapasada de tierra). Telle est aussi toute la côte : profonde, propre, sans un seul bas-fond; et tout le long du rivage, au pied de la terre et à la distance d'une rame de chaloupe , elle a encore une profondeur de cinq brasses. Après avoir parcouru ce port dans sa longueur, et en suivant la direction du sud-sud-est, longueur dans laquelle mille caraques peuvent courir des bordées à l'aise, un bras du port entre une grande demi-lieue dans la terre en tournant au nord-est; et sa largeur, qui est d'environ vingt-cinq pas, est toujours aussi égale que si ledit bras eût été creusé par la main des hommes , et mesuré au cordeau. Lorsqu'on a pénétré dans ce bras du port , on ne peut plus voir l'embouchure de sa grande entrée, de manière que le port paraît être un port fermé (i). La profondeur de ce bras

(i) C'est le carénage qui se trouve dans le port même de Saint-Nicolas, ( M. F. de Nav. )

est de onze brasses , depuis le commencement jusqu'à la fin ; le fond est tout vase ou sable pur, et le long de chaque rivage , la moindre profondeur qu'il y ait jusqu'au moment où les bâtimens touchent la terre {hasta tierrajponer los bordas en lasyerbas), est de huit brasses. Tout ce port est d'un aspect agréable et riant , quoiqu'on n'y voie pas d'arbres. Toute cette île parut à l'amiral avoir plus de rochers qu'aucune de celles qu'il eût encore vues. Les arbres y étaient plus petits que dans les autres , et il y en avait beaucoup de l'espèce des arbres d'Espagne, comme des yeuses ou chênes-verts, des arbousiers et autres; il en était de même des plantes et des herbes. Cette terre est très élevée; toute la campagne est unie ; l'air y est excellent, et on n'a pas encore eu de froid comme dans cette île , quoiqu'il ne faille pas dire froid en parlant de ce climat, mais seulement par comparaison à celui des autres contrées déjà parcourues. Vis-à-vis de ce port est une vallée superbe, arrosée au milieu par le fleuve dont on a déjà parlé. L'amiral dit qu'il doit y avoir de grandes peuplades dans ces environs, ainsi que le faisait croire le grand nombre de pirogues ou canots qui étaient dans le port, et sur lesquels naviguent les Indiens. La plupart de ces bâtimens étaient aussi grands que des fustes de quinze

bancs. Au premier aspect des navires européens, les Indiens de cette île prirent la fuite, comme avaient fait ceux des autres. Les insulaires qui se trouvaient à bord avaient un tel désir de retourner dans leurs foyers, que l'amiral dit qu'il croyait qu'en quittant cette île , il se verrait forcé de les y conduire , car ils le regardaient déjà comme suspect parce qu'il ne prenait pas le chemin de leurs îles. C'est pour cette raison que l'amiral fait observer qu'il ne croyait pas ce qu'ils disaient, et que d'ailleurs il ne les comprenait pas mieux qu'ils ne le comprenaient lui-même. Il ajoute que les habitans de l'île où l'on se trouvait en ce moment, leur inspiraient la plus grande frayeur du monde. Il dit en outre, que pour prendre langue avec les habitans de cette île, il eût été nécessaire qu'il s'arrêtât quelques jours dans ce port , mais qu'il ne le faisait pas , pour découvrir et reconnaître de nouvelles contrées, et parce qu'il doutait que le temps se soutînt long-temps aussi favorable. Il espérait, en notre Seigneur, que les Indiens qu'il avait à bord sauraient la langue de ceux de cette île , et ceux-ci la leur (sabrian su lenguay el la suyci) ; qu'il pourrait ensuite revenir et s'entretenir avec ces insulaires, et qu'il plairait à Dieu de lui faire trouver et acquérir par échange une grande quantité d'or avant son retour en Espagne.

Vendredi , 7 décembre.

A la fin du quart de l'aube , l'amiral mit à la voile, et sortit de ce port de Saint-Nicolas. Il navigua deux lieues au nord-est par le vent sudouest jusqu'à un cap formé par le Carénage. Il laissait au sud-est un promontoire, et au sudouest le cap de V Étoile, dont il était éloigné de vingt-quatre milles. De là il longea la côte à l'est jusqu'au cap Cinquin, à quarante-huit milles duquel il se trouvait à peu près. Il est vrai qu'il fit les vingt premiers dans la direction de l'estquart-nord-est, et que tout le long de cette côte la terre est très élevée et la mer très profonde. Elle a en effet vingt à trente brasses jusqu'au pied du rivage, et quand on en est éloigné d'une portée d'escopette on ne trouve déjà plus le fond. L'amiral fit lui-même aujourd'hui avec beaucoup de facilité {mucho a su placer) toutes ces épreuves le long de la côte par un vent favorable de sud-ouest. Il dit que le promontoire dont il a parlé plus haut n'est éloigné au port de Saint-Nicolas que d'une portée d'escopette; et que si on le séparait de la terre en creusant un canal il deviendrait une petite île d'environ trois ou quatre milles de circonférence. Toute cette contrée est très élevée, et les arbres n'y sont pas plus grands que nos chênes-verts et nos arbou-

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siers, et le terroir y ressemble beaucoup à celui de Castille. Deux lieues avant d'arriver au susdit cap Cinquin , il trouva une petite rade (i), semblable à l'ouverture d'une montagne (2), et découvrit de là une immense vallée toute semée d'une plante qui ressemblait à l'orge. Il jugea qu'il devait y avoir beaucoup de peuplades dans cette vallée, derrière laquelle se trouvent de très larges et très hautes montagnes; et lorsqu'il arriva au cûp Cinquin, il avait celui de la Tortue au nord-est, et il en était à environ trente-deux milles (3). Près de ce cap Cinquin y à une portée d'escopette, se trouve en mer une roche qui sort de l'eau et s'élève assez pour qu'on puisse la voir très distinctement. Lorsque l'amiral fut près dudit cap, il avait celui de Y Éléphant à l'est-quart-sud-est , et en était à une distance d'environ soixantedix milles (4). Tout le rivage était fort élevé. Six lieues plus loin l'amiral trouva un grand golfe

(1) L'original porte un agrezuela , et M. de Navarrete pense que c'est pour abrezuela ou anglezuela. (D. L. R. )

(2) C'est la baie Mosquito. (M. F. de Nav.)

(3) Il devait se trouver au nord , à une distance de onze milles. {Idem.)

(4) Il y a encore erreur au sujet de cette distance, car elle ne doit être que de quinze milles. ( Idem. )

i74 PREMIER VOYAGE

{una grande angla) (i), d'où il découvrit dans l'intérieur des terres de très grandes vallées, de belles campagnes et des montagnes très élevées , toutes semblables à celles de Castille. A huit milles de ce golfe, il vit un fleuve très profond, mais étroit, pas assez cependant pour qu'une caraque n'y puisse entrer très à l'aise. L'embouchure de ce fleuve n'a, ainsi que ceux dont il a été précédemment parlé , ni bancs de sable ni bas-fonds. A seize milles de ce fleuve il trouva un port (2) très large, long d'un quart de lieue, et tellement creux qu'il n'en put trouver le fond qu'à trois pas du rivage, où il y a quinze brasses. Et quoiqu'il fût encore de très bonne heure, car il n'était qu'une heure après midi , et que le vent fût très bon et soufflât en poupe, cependant comme le ciel annonçait une grande pluie, que le jour s'obscurcissait beaucoup, et que s'il est dangereux de naviguer par l'obscurité dans des parages connus, ce danger est encore plus grand quand ils ne le sont pas, l'amiral résolut d'entrer dans ce port, qu'il nomma port de la Conception, et il aborda dans un fleuve de moyenne grandeur situé au bout

(1) C'est le port à VÈcu (puerto Escudo). (M. F. de Nav.)

(2) C'est la même baie Mosqaito qu'il avait vue auparavant. ( Idem. )

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du port, et qui y arrive par des plaines et des campagnes d'une admirable beauté. L'amiral prit dans sa chaloupe des filets pour pêcher, et avant qu'il n'arrivât, un muge ou mulet (Usa) (i) , pareil à ceux d'Espagne, sauta dans sa chaloupe; il s'en réjouit parce qu'il n'avait pas encore vu de poisson qui ressemblât à ceux de Castille. Les mariniers en péchèrent et en tuèrent d'autres; ils prirent aussi desfcoles (lenguados) et d'autres poissons semblables à ceux de Castille . Il se rendit à terre et vit un pays cultivé où l'on entendait le chant harmonieux du rossignol (2) et d'autres petits oiseaux qui ressemblaient à ceux de l'Espagne. Ils virent cinq hommes et les appelèrent, mais ceux-ci ne voulurent pas les attendre, et, au contraire , ils se mirent à fuir. L'amiral trouva un myrte (3) et d'autres arbres , ainsi que plu-

(1) Lis a est le nom espagnol du muge ou mulet (mugil cephalus , Linn.), et il y a aux Antilles des muges très semblables à ceux d'Europe. Il n'y manque pas non plus de poissons du genre des soles ( lenguados ) , dont Colomb parle quelques lignes plus loin. (C....R. )

(2) Le rossignol proprement dit n'existe pas en Amérique ; mais il y a dans le Nouveau-Monde une foule d'oiseaux à bec fin qui ont pu être pris pour lui. [Idem.)

(3) La même remarque que nous venons de faire sur le rossignol , s'applique au myrte ; il existe en Amérique une foule d'arbustes auxquels un homme qui n'était pas botaniste a pu appliquer ce nom. ( Idem. )

sieurs plantes , comme il y en a en Castille. Au surplus, il répète que la terre et les montagnes de cette contrée ressemblent à celles de Castille.

Samedi , 8 décembre.

L'équipage essuya de fortes averses et un vent nord très violent dans ce port, qui est à l'abri de tous les vents à l'exception de celui du nord , lequel néanmoins n'y peut causer aucun dommage, parce que le ressac y est très impétueux, et empêche que les bâtimens ne fatiguent sur les amarres ou ne se portent sur les eaux du fleuve (;?o dd lugar a que la nao labore sobre las amarras ni el agua del rio). Après minuit le vent devint nord-est, puis tourna à l'est, vents contre lesquels ce port est parfaitement défendu par l'île de la Tortue , qui est située vis-à-vis , à une distance de trente-six milles. (1)

Dimanche , 9 décembre.

Aujourd'hui il a plu, et il a fait un temps d'hiver comme en Castille au mois d'octobre. L'amiral n'avait point encore vu de peuplade, et n'avait rencontré qu'une seule maison bâtie près le port Saint-Nicolas, et qui était plus belle et mieux construite que toutes celles qu'il avait vues dans les différens endroits qu'il avait parcourus.

( 1 ) Cette distance n'est que de onze milles. ( M. F. de Nav.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. tjy

L'île est très grande , et l'amiral dit qu'il ne serait pas étonné qu'elle eût deux cents lieues au moins de circonférence (/zo sera mucho que boje, etc.). Il a reconnu qu'elle est toute cultivée. Il croyait que les peuplades devaient être loin de la mer, et qu'elles sont situées de manière à ce que leurs habitans puissent voir ceux qui y arrivent. C'est pour cette raison que tous , à son approche , s'enfuyaient à temps, emportant avec eux tout ce qu'ils possédaient : ils faisaient des feux en partant, ainsi que des gens de guerre. L'embouchure de ce port a bien mille pas, ce qui équivaut à un quart de lieue; elle n'est obstruée par aucun banc de sable ni par aucun bas-fond, car, au contraire, on n'en trouve pas le fond presque jusqu'au rivage. Sa longueur est de trois mille pas, et il est tellement propre que tout bâtiment, quel qu'il soit, peut y attérir sans crainte , et y entrer sans précaution. H y a dans son plus grand enfoncement deux embouchures d'un nombre égal de fleuves qui y apportent peu d'eau ; et vis-à-vis se trouvent des plaines, les plus belles du monde, et presque semblables aux terres de Castille, sur lesquelles elles l'emportent encore. C'est pour cette raison qu'il donna à cette île le nom à' île Espagnole (isla Espanola).

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