Tome I. ii
lî&i INTRODUCTION.
tophe Cok>mb, parce qu'il fut iiitinienieiit lié avec lui y même ayant la conquête de Grenade , et qu'il se trouva à Barcelone lorsque Ferdi** nand et Isabelte Vy reçurent iè ma retour 4& M» l^remier voyage. Il prenait de Vmntral lui oiéme et de ceux qui Pacoompagnèrent des iafeiMations sur tous les événemens; et il écrivait chaque jour tout ce qu'il apprenait, selon sa coutume , depuis qu'il vint eu Espagne, et fut présenté au Roi et à la Reine k Saragosse^ au coTTiniencement de Tan 1488. Aussi Bartolomé ' de Las Oisas, pîarlant des écri vérins qui rap» portèrent les premiers événemens <les Indes, sans les atcftr vus, et qm écrivîMrit aîFee peu de réflexion et de connaissance des faits, ajoute : « Parmi ceux-là aueuil fie mérite, plus «fde confiance en ce qui concerne ces prelimiers événemens, que Pierre Marùr^^ qui «(écrivit en latin ses décades, étant à-^^ofette «époque e» Gastille^ I^ raison en est que ce « qu'il dit toiiehafnt les eomœracMiens , il le dit d'après le rapport de l'amiral lui-même, « qu'il voyait souvent, et d'après 4«s récits de <c ceux qui l'accompagnèrent , et des autres qui « firent ces premiers voyages. Quant aux alitres « faits t elatils à riiibioire et au gouvernement cdes indes, ainsi qu'aux progrès qui y furent a obtenus, ses décades contiennent quelques
INTRODUCTION. l63
tt &u88eté8 V (i). 11 est à regrelter qu'un homme
aussi savant et qui aimait autant à écrire, ait été auAai insouciant et aussi négbgent à fisire
disparaître les erreurs de i^es narrations et a curnger se» ouvrages négligence prouvée par don Juan Bautista Munoz, qui conseille en même temp» de lire cette histoire avec une prudacite vésenpe pour éviter de tomber dans quelques erreurs produites par la facilité et la légèreté avec lesquelles Pierre Martir écrivait.
§. Xi^Yi. Don Jiernandoon Fernando Colomb était encore enfieint lorsque son pére commença les découvertes, et il ne put, pour cette raison, raccompagner que dans le quatrième et dernier voyage, à l'époque duquel il n'avait pas encore quotoive ans accomplis. H annonçait déjà les plus heureuses dispositions (a), et il devint efieettvement un homme docte et laborieux, qui fit par la suite usage , avec autant de goût que de sagacité et de discernement, des livres et des document de son père pour écrire rUstotre de sa vie et de ses glorieuses entreprises. Son dessein, em composant cette histoire, fut de rendre
fO Bartolomé de Las Casas , dans ie discours préfiminaire 4e aon Mistoire des Indes. (M. F. de Nav.)
(i) Voyez les Lettrés de Vùmiral Chfimphe CMmnb à son Jtis don Diego, ieUres iV et V. (M. F. de Nav.)
i64 INTRODUCTION.
à la vérité des faits toute sa pureté , que la plume
d'autres écrivains conimençait déjà à ternir. Au sujet <le l'origine de la famille de l'amiral et 'de sa patrie, il s'exprima avec quelque réserve, et se borna à exposer les opinions étrangères sans émettre la sienne propre ; s'il Yetit fait connaître j û aurait probablement prévenu les disputes et les contestations qui se sont élevées de nos jours entre divers littérateurs de l'Italie. Il a gardé une semblable circonspection à l'égard de quelques autres faits; mais dans ceux qu'il rapporte il a toujours écrit avec vérité et exactitude, sauf quelques faibles erreurs qu'il est facile à une saine critique de discerner, ainsi que l'a prouvé don Juan Bautista Muhoz, On n'a pu retrouver l'original espagnol de cette his* toire, qu'Alfonso de Ulloa a traduite en italien, traduction qui servit de texte à celle que Barda publia en espagnol avec "tant de négligence; il est donc bien possible que ces fautes «légères soient PefFet du peu de soin ou d'intelligence des deux traducteurs.
§. XLYII. Bartolomé de Lcls Casds a joui hors d£spagne de beaucoup plus de célébrité, parce que ses déclamations exagérées enfaveur- des Indiens, et contre les conquérans, ont servi d'appui aux ennemis de la nation espagnole pour l'attaquer et l'accuser avec autant
INTRODUCTION. i65
de légèrieté que d'injustice. Des censeui*s aussi
passionnés ne connurent heureusement ni les principaux ouvrages de Casas, qui sont conservés inédits , ni le caractère et l'esprit de cet écrivain , ni les événemens de sa vie, ni le motif de Texaltation de ses opinions : c'est ce dont uous donnerons une idée avant d'exposer notre j ugement et de Tappuyer sur quelques exemples. §. XLVilL J-.es ancêtres de Bartolomc de Las * âi^o^ vinrentdeFranceenEspagne àl'époquede la guerre contre les Maures , et Saint-Ferdmaïul récompensa celui quisurvécutàlaprisedeSéville par le don qu il lui fit d'une maison et de quelques terres* C'est de celui-ci que naquit Francisco de Casa as y père de Bartolomé, qui alla aux Indes avec Colomb en 149^1 et revint riche à Sé ville en 1498 (1). 11 envoya alors son fils étudier à Sala-
(1) Ortiz de Zufuga assure à tort^ dans ses Annales de SàvUle (livre XII 9 maée 1498 que B&rtolomé de Las' Casas aecompagna Colomb dans son second voyage en 1 49^ ; et plusieurs historiens, tant • nationaux qu'étrangers, uot copié cette assertion dans l'ouvrage de cet écrivain , sans examen et avec beaucoup trop de crédulité. Pour nous, * nous avons sous les yeux les œuvres de Casas, et nous suivons, quant aux événemens de sa vie, le récit extièmement exact qu'en publia Fr, Antonio de Remesal, domimeain-, dans son Hisioite de Chiapa y Guatemala, imprimée à Madrid en 1619, en un vol. iii-folio. (M. F. de Nav.)
i66 li^THODUCTIOH.
manque 9 et lui donna pour le servir un j^dave indien , dont Golomlr lui avait £ût présent^ «m cointne il arriva que le joug de Fesclayage , que cet amiral imposa aux Indien» sans autre auftorvfeé que la sienne propre, déplut fortement à la Reine eadioUque, elle permit à tous ceux qvà étaient ▼enus en Espagne comme esclaves , de retourner libres dans leur pays. Akirs Bartoloi^éfiMAf^^ lioenoié en droit cîtiI et eanoniijue, foi obligé de mettre le sien en libcarté, et oette^ eir^eou'» " stanee enflamma aon aèie en feveur du sort dé ces malheureux, lin i5oa, il passa avec Ovanda à rUe Espagnole, Ait ensuite ordooné prêtre^ et chanta sa première messe en i5i<j. Se trouvant à l'ile de Cuba conseiller de don Diego Velasquez, il abandonna cet emploi , et vint deux fois, en £spagne pour y plaider la cause àe& ix^ diens , à la défense de laquelle il fit servir Tin-» jQu^jnf^e et la faveur des mimstr,es flai39ands. U j'etourna aux Indes occidentales avec des^décisions favorables ; mais fatigué de voir qu il n'en pouvait obtenir fexéeucion, et détrompé àu monde, il prit, eu 1622, Thabit des Prêcheurs (dominicains). Les découvertes s'étendaient;. Casas craignait qu'il n'arrivât la même chosC. . qu'aupar^vaol;, -et i\ revint une quatrièinj^ ioAS en Espagne, en i53o. Il repassa à>llexiieo mm un diplôme favorable de l empereur, et il par-^
courut avec quelque fruit la Nouvelle-Espagne, Guatemala, Nicaragua et le Pérou. En i539 i| fut envoyé en coiQniissiou à la cour pour y demander de nouvelles lois ; ij éprouva beaucoup de souffrances et de contrariétés, et au moment de son dépari, en*i544» '1 apprit qu'on le nommait à révéclié de Cuzco, qu'il refusa ; mais peu de temps après ses amis robligèrent d'accepter celui de Chiapa : il fut sax:ré à Séville, et partit de cette ville pour le Nouveau-Monde.
Il n'y fut pas bien reçu, et se reiKlit néannK>lns à son église, 011 il arriva en juillet |547; de là il envoya sa démission , repassa une sixième ibis eu Europe, vint à Valladolid,-oùil fixa sa rétiidence ; et s'étant rendu à Madrid pour y traiter à la cour une affaire importante relative à l'audience de Guatemala, il mourut dans cette capitale à la fin de juillet j 566, âgé de quatre-vingt-douze ans, et fut enterré dans son couvent d'Atocha.
§. XLIX. De tous les ouvrages qu'a écrits et laissés après lui ce religieux prélat , il lî'y eu a aur cun de plus important que ï Histoire générale des Indes y en trois valume^s, qui s'étendent jusqu'à l'année 1620, et se conservent en manuscrit, les deux premiers dans la bibliothéxjue de l'Académie royale de J'pistoire, et le troisième dans celle du Roi. Il déploya dans cette histoire sa vaste érudition , mais avec si peu de œénage-
i68 INTRODUCTION-
meut et d'à>propos , qu'elle y est le plus souvent fetigânte et déplacée. Il eut sous les yiDttx beaucoup de documens originaux : il copia les uns littéralement; fit des extraits des autres^ ou les résuma avec beaucoup d'exactitude, et ce ii est que lorsquHl les prend pour guide qu'il est digne
de la plus grande estime et de la plus grande confiance. Par ce motif, et comme l'auteur 4I^K#%#éi téinoitt d\m grand nombre des premiers éfwéié^ mens des Indes , sa composition a été la source où plusieurs historiens, surtout don Antoaib de Herrera, dans ses Décades et autres ouvrages, ont puisé les renseignemens purs qui ont servi d§ base à leurs écrits. Casas ue iig[^t€i|>as. qu'on ajoute à ce qu'il dit une foi aussi «atière
et aussi absolue lorsqu'il rapporte les faits qui lui furent racontés par d'autres , parce que^^jant commencé à composer son histoire, en i5a7, à l'âge de cinquaute-trois ans, ainsi qu'il le dit^ dans le prologue, il ne la termina qu*en iSSg, à celui de quatre-vingt-cinq. Il avoue en outre que, quoique bien vieux, il écrivait l'histoire d'événemens dont il avait vu les uns, n'avait pas vu les autres, et qui tous s'étaient passés dans un espace de plus de soixante et dix ans. Il n'est donc pas étonnant que sa mémoire se fôt affaiblie à cette époque ; qu'ir ait confondu plusieurs faits les uns avec les autres , et en ait
àlléré la dbironologie , les causes qui les produisirent , les lucideus qui les accompagnèrent et: les conséquences qui en résultèrent : nous pourrious citer plusieurs exemples de ce^ inexactitudes y mais le suivant suffira;
§. L. Baitolomé de Las Casas suppuse que Colomb , après avoir terminé ses premières né«* gociations à la cour, et celle qu'il entama ensuite à Séville avec le duc de Medina-Sidonia, fut appelé au port de Santa-Maria par le duc de Medinaceli, qui l'y reçut avec la plus grande satisfaction , prit du goût à sa conversation , le logea et l'entretint chez lui, écouta «es propositions, comprit Timportance de l'entreprise, puis prépara les fonds et fit construire les vaisseaux nécessaires à son exécution, |Knir laquelle il sollicita l'autorisation royale. Il ajoute que ta Reine, tout en lui adressant des remerdimens, le pria de céder cette négociation à la couronne; qu'à cet effet elle fit venir de nouveau Colomb auprès d'elle , et fit rembourser au duc tout ce qu'ilavait dépensé jusqu'àcemomentpour la construction et l'équipement des vaisseaux , et que ce fot avec ces mêmes vaisseaux que se firent le premier voyage et la première de couverte. Ca^as dit ensuite que cela lui avait été raconté longtemps auparavant par un nommé Diego de Morales, neveu du majordome qu'avait alors le
àuCf et qui fut cause que oe seifneur éeoiUa el
aiccepla &es <^Efres (1). Si l'un compare ce réeit avec les AiàcmpÊm indiqués les uimaér^s
VII et XIV que nous publions (2), ou vena que, quoiqu'il ne soit pasjdépouftmn d'uu et nain CmmIs de vérité , les circonstances y sont BNOtablemeiit différ^i^s , ^ , mUre autr^^iseUe d'où il ré«uUe que Cdbmb ne fit pas^sim pneoiier yoyage dans les vaisseaux ^e ie duc avait £ait oouijtruire et que la Beine a^raite achetés, mais bim dans emm que fit équq>er la ville de Paies, eQ ooaêéqu^ûe
de rpbligatipn iiofiosée ses bahpfjai» per une
sentence du conseil,
JJL, Vqw feire oeumâtre le «rajetène ansgolier de cet «éicrivain , i>ous «devons Qûmumtimr par ay<ertir que sm s^sateogie nelalif à le etmtffMe
du Nouveau-Mouide ^e rcrfuibait à ce que Tau* toHté du pape pouAnit m^l^ constita^ lé^ti*
memeut les princes coa:iiïie souvei aius des tenes
> 4iépouyert^s, par U concession qu'il leur ^ÎEiissM d^U|e certsaine suprématie qui n'empêchait pas lies rois et sie^gneurs naturels de «on^sei^ver Unr seigneurie et leur autorité immédiates, aii^i que i<e$ wjets que chacun evait auparavant.
(i) Bartoiomé de Las Casas, BUtotre générale des IfUkSy liv. i, diap. Ho. ( M. F. de Nav. )
(2} Tome ly 4e cette Coilcc^tioo. (D. h. M» )
lJNTaODU€TION. 171
Ce n'était qiratnsi, dîsait^l, qu'il était eonve* iMkbIe <]U6 les choses euasen^t lieu , atiu qu on put iii iriiÉilliriil dans ces contrées k t'étaUtesement de
la religioii chi'jé tienne • seul uiutii qu'il iùt, selon Mf «^asibl^ àm Européens d'ailégue^ tkfec justice pour intervenir diiu^ le gouvemeœent det» ItfiHi'^ff). fia s<Hmiii6> faf&bilité érangélique^ la iiauceur de la cli<n ité et la persuasion paciêt^gisêlfiMi^ire de^ftté^ l!«Ues étaient fos seules a ni les que l'évéque désirait qu'on em**
pliilif liaiii mue oo«N|iié4e<spiritite)ie';^en oonsé'" qi^nee, tout ce qui «'éloigne de ce pritwSpe est k cnme , une usurpation , une tyrannie, Si f amiral propose les moyens qu'il regaipdaitœmme les plus prudenspour soumettre Hlèflispagnc^e^t y éDablir la dooiinatiotf des rois d'Espagne, l'évéque ne voit 4aiis ces aïoyeiis qui: l'opi^lMkHi et la destnietioBides Inéians (a). S'il
en,i4iM^^^u^^^^^ uns pour les présenter auKoi 4liN|iitaiqu'tls lui «errent d'interprètes , il re^ garde coniuie une iiiju:»liee et^une otiease iaite èWfcJiil'tttr^aa prochain de les emmener oontre leur volonté, et de les séparer de leuis iauulles, temporairement. S'illeur impose robli«>
(1) Ejahojcyiné jde Las Casas, prologue de V Histoire des
Indes. * (M V i»e iNav.)
(2) Barlolome Ue Las Casas, Histoire gr/icralc des Indes ^ lÎT. I, chap. 54 • (Idem^)
gation. de payer quelques tributs, soit pour SttbTe&ir ou aider aux frais de Fratreprise , soit pour montrer au Roi et à la Keiue la richesse et les j^roduction» de ces pays, il qualifie ces opé- ' rations de tyranniques et de viulcutes. l^afiii, on remarque toujours en lui un historien guidé par une imagination échauffée plutôt que par un jugement dro^, par ua a&èle inconvenant et rigoureux plutôt que par la critique , par une certaine austérité propre au cloître plutôt que par la politique et la connaissance du monde : on le trouve toujours plus porté à reprendre, à blâmer, à accuser, qu'à rapporter les faits après en avoir pesé les conséquences et la valeur, examiné les circonstances et apprécié le véritable mérita II n'est pas étonnant qu'irrité par les réprimandes qu'il essuya, même devant l'empereur, de la part de Tévéque du Darien , et par les querelles et les controverses qu'il eut à soutenir d'abord, en présence de ce monarque, contre le même prélat , et ensuite contre Juau Gines de Sépulvada et autres, il ait laissé dans son histoire, en y manifestant des idées si singulières qûoique bienfaisantes, des traces du ressentiment qu'il conservait de ces reproches et de ces disputes, et l'empreinte des suggestions de Tamour-propre et des bizarreries de la vieiUesse : ses apologistes, eux-mêmes l'ont ainsi
reconnu. Robertson qualifie ses opinions d'éuidemment exagérées y et il l'abandonne souvent en divers endroits de son Histoire de r^imé- Hque pour chercher un autre guide plus sur et plus impartial (i). Le père Gharlevoix, dans son histoire de Tile de Saint-Domingue, dit, après avoir vanté la vertu, Térudition et le zèle de Casas , que son unique défaut fut d'avoir une imagination trop exaltée-, et de s'en être laissé dominer avec excès (2). Eiifin , TAcadémie n^ale de l'Histoire, après avoir examiné avec le plus grand soin le premier volimie de l'ouvrage célèbre de ce prélat, a porté le même jugement à son égard , et a pensé quHl n'était pas convenable de le publier, surtout quand d'autres écrivains espagnols ont profité dea-renseigneraeiis historiques qu'on y trouve , pour en faire usage atec plus de discernement, de pmdence et de circonspection. En somme, iiartolomé de Las Casas ne cesse de se montrer un prélat et un religieux plein de vertu et d'érudition, un historien soigneux et véridique, entièrement digne
(i) Robertson, Histoire de l'Amérique, liv. V, note 107 , tom. lly p. 448, de 1 édition de 1827, traduction de Suard et MoreUet, revue, corrigée et augmentée, et dédiée à M. le baron de Humboldt, par l'auteur de cette note.
(a) Charleyoix , Histoire de Vile Saint-Domingur , lîv. V, page %3.1. (H. F. m Nat»)
de respect et d'estime, toutes les fois que sa marotte ou son idée fixe et dominante be se tiuuve point heurtée; mais s'il a à citer un bit contrarie aoÉ.syalème de domination dans les ludes, on remarque de rincotiséqinence dans ses jugetn^» et peit vérité daas
ses descriptions, relativement au caractère des personnes qui intervinrrat dans les éTénemens ^ ainsi que nousraurons occasion de le montrer plus tard. Tel est Tineonvénient dans lequel on tombe quand on abndonnè k modéraSioti et la prudence, parce que la vérité ncm seulement n'est jamais bien comme ^ maïs qu'êlto est le plus sdtivent dédaignée au milieu du tumulte des passions enltéea. I/étéqit* le setetit peut-être ainsi Iniméfne, lorsqu'en 1 56o il fit une note qui se conserve encore éerite de sa propre main« ave&les deux premiers volumes de son histoire , et dans laqaelle il dit qu'il les laissait en dép6t confi- f dentiel au collège de Tordre des Dominicains de Saint-Grégoire de ValladoUd, en suppliant leurs prélats de ne permettre, pendant quarante ans, la lecture de son histoire à aucun laïque ni à aucun élève, mcA» que pa&sé ce terme ^ il consentait qu'elle tàt livrée à l'impression^ si elle pouvait être utile aux Indiens et à TEspagne.
§. Lil. Un auti e des historiens classiques des Jades est Gonzalo Fernandez de Oviedo, dont les ouvrages ne sont pas encore entièrement
IjNTKUUUGTION. 175
cuîiiius du. public; le principal, qui est ï Histoire naturelle et générale des Indes, des lies de la Terre Jeruie de V Océan, contient cinquante Livres divisés en trQ|| parties, dont la pren|lièfe seulement, qui en comprend dix-neuf, a été imprimée, puis réimprimée avec quelque augmentatraiti, et a été traduite en italien par Ramusio , et en français par Jean Poieur (1). De la seconde partie U n*y a eu d'imprimé ^tté le pre^ . mier Livrer les dU-huit restaus sont encore inédits^ aifisî c|iie toute la troisième partie, qui conïprend les douze derniers Livres. Il est à re ^etter qtié cette histoire n*ait pas été pdbUée dans son entier et correcteraent, ainsi qu'il avait «été ordonné à don Francisco Cerda y Rico, par cédule royale, vers la fin du règne de Charles III-. U est certain qu^vîedo n'était ni aussi érudit ni aussi savant que Pierre Martir et Las Casas ; mais son étude et son application constante à observer, à rechercher, à recueillir et à coordonner tout ce dont il était témoin et tout ce qui se passait de son temps, son zèle assidu poiu* corriger ses écrits .et ,^Jaire d'utiles
{i) Ce traducteur était valet de €faâiii}»^^^rançois I*', alors dauphin de France. Il n'a traduit qiie les dix premiers livres de V Histoire naturelle et générale îles Indes , qu'il a dédiés au même souverain , et qui ont été imprimés à Paris en i556, eii t vol. în-fol. (D« L. R.)
augmentations, rendent cet auteur digne d'éloges, et la lecture de ses ouvrages, indispensable à quiconque veut bien connaître l'histoire du Nouveau-Monde jusqu'à sa mort. Ce qui donne un nouveau poids à ses récits, c'est qu'il fut témoin de plusieurs événemens , et conserva quelques relations importantes de divers auteurs de découvertes , avec lesquels il entretint ime correspondance. Il n'ent'pas sur les pre-' miers temps un si grand nombre de documens; aussi rapporte-t-il avec beaucoup^de candeur et peu de discernement tout ce qu'il entendit raconter à des personnes qui abusèrent de sa crédulité, ou qu'il trouva adopté parles traditions populaires , qui falsifient d'autant plus les faits qu'elles se répandent davantage et s'éloignent plus de leur origine. Oviedo naquit à Madrid en 1478; et en sa qualité de page du malheureux prince don Juan de Castille , il se trouva au siège de Grenade, et vit entrer le roi Ferdinand et la reine Isabelle dans cette cité après sa conquête. Il était à Barcelone quand le Roi fut blessé , et lorsque Colomb s'y présenta à Leurs Altesses avec les Indiens qu'il amenait de retour de son premier voyage. Il rapporte ce Yait en ces termes : « Et cette même année Co- « lomb découvrit ces [ndes, et il arriva à Bar- « celone l'année suivante i493, au mois d'avril.
«Il trouva le Roi assez maigre, mais sans dan- « ger du côté de sa blessure; ces remarques sont <c présentées à la mémoire pour faire connaître « en quel temps Colomb arriva à la cour, ce dont «je parle comme témoin oculaire, parce que, a étant très jeune et page, je me trouvai au « siège de Grenade , et j'ai vu fonder la ville « de Santa Fé, dans l'emplacement qu'occupait « cette armée. J'ai vu ensuite le Roi et la Reine « catholiques entrer dans la cité de Grenade « quand on la leur livra , et les Juifs chassés « de Castille. J'étais à Barcelone quand le Roi «fut blessé, ainsi qu'il a été dit; et j'ai vu « arriver dans cette ville Tamiral don Christophe « Colomb avec les premiers Indiens qui pas- « sèrent de ces contrées en Espagne au retour a du premier voyage dans lequel la première a découverte avait été faite. Je ne parle pas par K ouï-dire d'aucune de ces quatre choses , quoi- « que je les écrive d'ici, mais bien parce que je « les ai vues, ou , pour mieux dire, je les ai écrites «à l'aide de mes mémoires, dans lesquels elles « sont consignées depuis le temps où elles se sont « passées. » Oviedo passa , en 1 5 1 3 , en terreferme avec l'emploi de contrôleur des fontes d'or ; il revint en Espagne deux ans après , et il était, en iStq, lieutenant de Pedrarias Dàvila dans le Darien , où il se distingua et rendit de Tome I. 11
grands services. U retourna à la cour en iSa3,
et le Roi le nomma, en 15:20, gouverneur et capitaine général de la province et des lies de Garthagène des Indes, puis, en i535, gouverneur de la forteresse de Santo Domingo dam llle Espagnole ; il fat enfin appelé à Femploi d'historiographe général des Indes , et mourut à. Valr ladolid , en i557 , à P&ge de soixante et dix-neof ans , dont il avait servi quarante dans la maison royale, et trente-quatre dans les Indes , pendant lesquels il avait traversé huit fois l'Océan. (1)
Lin. C'est d'après le témoignage de ces écrivains contemporains et dignes de foi, et de quelques autres d'un ordre inférieur, qu'on doit écrire l'histoire des premières découvertes du Nouveau-Monde : mais on doit préalable^ ment les examiner avec une critique judicieuse et xxxk discernement éclairé, et comparer leurs récits , ainsi que les conséquences qui en dérivent, pour épurer de plus en plus la vérité historique; car tous les hommes ne voient pas les choses d'une même manière, et ne les jugent pas diaprés les mêmes principes. Don Fernando Colomb cmsure Oviedo, mais est à son tour sévèrement critiqué par Las Casas, et cdm-ci
(i) Baena, Hommes illustres de Madrid, tom. II, p. 354
H suivantes, (M. F. de Nav.)
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n'a manqué non plus ni de censeurs ni d'apologistes. Les uns écrivent avec précipitation et légèreté ^ les autres avec une ei:ce8sive candeur et une crédulité outrée ; quelques uns indiquent par une réserve artificieuse ce qu'ils voudraient précisément cacher, et il en est plusieurs qui, emportés par une folle exaltation , réprouvent tout ce qui s'oppose à leur système ou à leur manière de penser. Au milieu de tant d'embarras et de contradictions» rien ne peut rectifier et diriger le jugement de l'historien autant que les documens authentiques et originaux qui, produits par les circonstances du moment, sont' exempts de prévention et de partialité, et qui , si l'on juge par leurs résultats, sont souvent d'un plus grand secours et d'une plus grande utilité que ne l'indique d'abord leur simple contenu et leur première lecture. Convaincu de cette \érité par une longue expérience, nous donnons dans cette collection tme place distingué.aux actes de cette espèce qui servent à éclaircir beaucoup d'événemens , jusqu'à ce jour douteux et controversés. Nous ne dirons rien sur la question relative à la vraie patrie du grand Colomb , question élevée et débattue de nos jours de part et d'autre avec tant d'acharnement, parce qu'elle nous paraît résolue et décidée par son testament, où il dit en deux endroits différens qu'il naquit
i8o IHTRODUCTiON.
à Gènes (i), et cette assertkm se troave leilement contiriuée par l'auteur de V Éloge de Vjimètal (a) , par f éditeur du Côdice Colombo* jémericano (3) , et par M. Bosâi (4) 9 que la contredire 00 en douter nom paraîtrait une témérité. 11 existe dans les archives des Indes, deux documens (papeles simples) écrits en apparence vers le commencement du seizième siècle, mais qui ne sont à la vérité revêtus d'aucune légalisation; on lit dans Fun que Colomb était naturel de Cugureo^ qui est un bourg situé près de
(i) Voyez, à la liu, la note lo, et le n° \iG des Documens diplomatiques. (M. F. de Pj>AT.)
Noua avons cru devoir joindre à ces documens la tn^ duction d'vrèë lettre qae H. Jean-Baptisfte Belloro , «yocat de Savone, a écrite à M. le baron de Zach, le 12 mai i8â6, et qui ae trouva insérée tome XIVi pages S5a et siviv. de la CorreqHméUmee asimnamigite , géà^aphique , etc*, du baron de Zach.
M. Belloro conteste Tauthenticité du testament de Chr. Colomb > prétend que ce grand bonune est né à Savonei et donne à l'appui de son opinion des raisons dont nous abandonnons le jugement à la sa-acitc du lecteur. (D. L. R. )
(a) Imprimé À Parme en pages 6 et suivantes,
dans une noie. ( M. JF. ob Nat.)
(3) Imprimé à èénes en 1823 , pages 7 et suiv. de Ilnt» ()d action. ( Idem, )
Fie de Christophe Colomb, note contenant une Dissertation sur ht patrie de Colomb, ( Idem. )
la -ville de Gènes, et daas i autre ou le fait outre à Cugureo ou à Nervi, village de la ré^ publique de Gênes. Oviedo , Gomara et Veitia ( i ) onl; pu prendre à cette source la ndti» qu'ils ne citent qu'eu ajoutant que l'opiniau était partagée sur ce point. Don Fernando Colomb, non seulement ne résolut pas davantage ce problème ^ainsfequll Taurait pu, mai& il le laissa encore plus embrouillé (2). Le curé de Los Pahcios. dit que Colomb naquit à G^nes, et quily fut marchand de livres imprimés , dont il faisait
le couuueree en Andalousie (^) ; Las Casas assume également que telle fut la première fNrofession de Cbri&to^[ke Colomb , et il ajoute que les premières an«ées qu'il habita la résidence royale, sa gène en vint au point qail était obligé, pour Tivre^de tracer des cartes marines^ qu'il rendait aux pilotes^et am. u^vigi^tqurs; et; que ce fut son
(1) Oviedô, Ut. II, cfaap. a.
Gomara, chap. i '\.
Veitia, liv. l, chap. 1. (M. F. dk.Nav.)
(3) FecdwaiMl Colomb , chap. i. Ën effet, sans émettre son opinion personnelle sur la patrie 4e son père, Ferdin. Colomb se contente de dire qne les uns prétendaieut qu'il était né Nerni , d'autres à Bugiasco, qui sont tous de petits lieux peu éloignés la viUe de .Géne^» et d'autres enfin à Savone, à,Génea„ ou même à Plaîsanpe.
/(3) Bamaldez, chap. 1 18. , {^L F. de l>fAV.)
i8a INTRODUCTION.
occupation jusqu'à ce que le duc de Medinaceli le rocueiUit dans sa maison (i). Martir de Angleria, qui était milanais, appelle Colomb, dans ses Décades et dans ses lettres latines (2) , le Ligurien (Ligur), et il est bien connu que cette dénomination comprenait non seulement les naturels de la ville de Gènes , mais encore ceux du territoire de cette république. Juan de Barres et Bartolomé de Las Casas furent portés à croire qu'il était de quelque village de la province de Gènes (3) , mais Antonio de Herrera ét don Juan Bautista Munoz affirment avec plus de certitude qu'il était né dans la ville de Gènes (4)9 opinion qui nous parait plus certaine, puisqu'elle a été récemment confirmée par une foule de documeus les plus authentiques.
UV. Les opinions sur l'époque précise de la naissance de Colomb et sur celle de quelques uns des premiers événemens de sa vie sont encore plus variées. Ramusio dit qu'à l'âgé de
(i) Bartolomé de Las Casas, liv. I, chap. 3o.
( M. F DK Nav. ) (a) Martir^ liv. I de s» Décodés, et liv. VI de ses Épùres, 1)0, i33, i34 et antres. {Idem,) i'3) Bartolomé de Las Casas, liv, 1, chap. 2. Barros, de l'Asie, décade I, liv. m, chap. 9. {Idem.) (4) Ântomo de Herrera, décade Uv. diap. 7.
MtinOB, liv. II , §. 12.
Voyez la note 1 de la p. iëo. (Idem, )
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INTRODUCTION. i83
quarante ans il proposa d'abord à la seigneurie de Gènes le projette naviguer à l'Occident pour trouver l'Inde et faire directement le commerce des épices , ce qui fut rejeté comme un songe ou une fable; et que, piqué de ce qu'on n'avait pas confiance en sa parole, il alla traiter cette affaire avec le roi de Portugal (i j. Pendant quatorze années qu'il resta à sa cour, il ne put se faire écouter de son gouvernement , ainsi que l'assure Bartoiozné de Las Casas en se référant à une lettre adressée par CoJombau roi Ferdinand , lettre qu^U vit, écrite de la propre main dunavi^ gateur génois (2) ; et comme nous savons pardon Fernando son fils, qu en quittant le Portugal il vint en Espagne vers la fin de 1484) nous devons eu conclure que dès li'jo il se trouvait à Lisbonne, et s'il avait alors quarante ans, comme le dit Ramusio, il est clair qu'il dut naître en i43o. Mais il peut y avoir en cela une erreur notable, surtout d'après le téuioignage certain de don Fernando^ qui dit que son père, étant en Portugal, commença à conjecturer que de même que les Portugais naviguaient si loin au Midij on pourrait naviguer vers V Occident ^
(i) Kamusio, Collection de Voyages maritimes, tom. III, fol I. (M.F. dsNat.)
(jt) Bartolomé de Las Casas, MitfwVt? gênénUe des Indes, liv. I, chap. et Uv. Il, chap. 87. (^ïdem*)
i84 INTftODUGTlON.
ei mmver terre <2tUM ce vojrage (i). Ce ténoici^ gi)age est coofirà^ {mit QÇKrrç$poii4ia»ce. qi^ç Colomb suivit avec Paul Toscai^Ui, en i474' pendant son séjour à I^i^bQmiQj^ Qt dans laquelle il le consultait sur ce projet comme s'il Ai^mait
fortifier les raisons $;ur lesquelles il le fqudait (d)^ On initère de là que si Goloml^ était m Pef^ tugal lorsqu'il cgniniença à jÊb;ri^er ces çQ|y^^
tures ^ il ne p4it, proposer projet a>nx« Qénff^
avant de se rendre dans çe royaun^e* Martir de Angleria dit ^utstsi cpe ÇoIm oI^ ^vaii qi«l^
rante ans quand il proposa à la seigneurie de
Q]enes.le pi^au de sa découverte (3) \ oM^comme^ U ne détermine pas Tépoque de cette propos^; tion, on ne peut pas lav^air^scorvii: k trouva celk^ de sa naissance. Munoz la place 1446^ et s'il avait quarante ai^s ijpwid il alla à Qàoên^ en. i485 9 ofiBrir ses^ services et psoposer se&pio^ jets, selon Vt^pinjipn du ménie auteur, il &sk Ié<^
(ï) Histoire de V Amiral, chap. 5. (M. F. de Nav..)j (2} Voyez le document n° x , tome XV , c^tte CoU^ don. La carte marine qiie Toscanelli envoya à Colomb, et dont cé denier parle dans sa Cearespondance , passa au pouvoir de Bartolomé de Las Casas , ainsi qu'il le dit à la fin du chap. is du liv. XAe^iï,Histoir^.généraU de^ fades,
(3) Côdi€€, Colombo 4fnmcafip, m^QàsKciioii9 3i«
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INTHODUGÏiON. ' i85
sulterait que sa namanôe iiir»îf>e*i lieu en il^f^'^.
^^^^^^(^^W^^^ écfmt de la Janmtjiier^u Roi elàv4«iàlife oatholufiiies^ le 7 juîRfi^ t Sd%îkék, <N0^S^tfi^ qu U eutra k leur service à iàge ^le ii^gt4ii]lt itiis, ce qui^|ilaeerait sa naissâacâ ëto
i456; U y a certainemÊiit une txreur daus lea. cu-
<j^]i(^ s^çn sont déjà apei çus, et que. Jiuu^ l avuiii
QiivQja à 1 cidinand et a Isabelle le livre des
'à4il^^jq!^^^ %qm-
Vi^Q,i|u|r^,tettre dans Laquelle li aitiçnjait q^1ik|l»i»iQ^ k'iMiviguè? à lage de qual^Ëœ
et à la Eme. cadpualiqum , placée après le quatrième Voyage
qui précède la relation de Mondez, et lisez dans cette lettre Tasserdon qui doirne lieu à la note dont nous parlons. On ne saurait douter que ce ne soit une yéritable erreur qui Tint sArement de la mauTaîse formation des cbiffires dans le manuscrit où Coiomb aura écrit rinîzt-hiiit an lit ii de quarant^-luiiiy tpi était l'âge qu'il devait avoir lorsqu'il vint; m Eqpbg^e. en 1484 » s'il mourut à soizante-dâ ansi, comme 1» dit.Benialdea. IMiisy en supposant même qu'il comptât les quai anic-huit ans depuis son entrée au service de Fejrdinaad et d'Isabelle^ la ao janvier (voyez la lAtiondupixnilecycyafB» §4 et iS jamdep), il résulterait touj^NKs qu'il mourut à soixante-huit ans à peu près.
(M. ï". i»R Nav.)
i86 UTTRODUCTION.
ans. Si à ce^ cmquaate-quatre an& on ça ajoute huit qu'il passa en Espagne sans s'embarquer, depuis la fin de 1484 jusqu'en août 1492»
plus les quatre qui s'écoulèrent depuis iSoa
jusqu'à sa mort, ou trouvera qu'il vécut au moins soixante-six ans : il n'en aurait vécu que soixante-cinq suivant le père Qiarlevoir (1). Le curé de Los Palados , qui le connut et ftit lié avec
lui, assure qu mourut à Falladolidy en 1 5o6 , au mois de mai^ m SBNiscrruTE boita ^ à l'âge de
' soixante-dix ans à peu près (^). Il dut, dans
ce cas, naître en i436y et c'est ce qui parait le plus probable si l'on s'en rapporte à Oviedo, qui dit en^iarlant de la mort de Colomb , qu'U était déjà vieux (3). Lorsque le Roi caâiolique lui accorda, en i5oâ, la permission d'aller sur une mule, il mit au nombre des motifs de la concession de cette permission celui de la vieillesse de Vomirai (4)9 ce qui ne pouvait pas à la rigueur se dire d'un homme de soixante ans.
(i) Chaiievoix, Histoire de Saine-Domingue , liv. III, p. 260. (M. F. deNav.)
(a) BenMe^fJESstimv iùt Roiei^dRlaBgineeatk^^ chap. Voyez, à la fin , la note 11. .(Idem*)
(3) OviL'do, Histoire naturelle et générale des Indes, des Ses et de ta terre^erme de l'Qeéan, itv. lU, chap. 9, p. 3o. -
(Idem.)
(4) Collection diplomatique , i56. (Idem.)
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LV. D'après les documens que nous publions (i), on peut conjecturer quelques unes des causes particulières qui ont influé sur sa sortie ptécipitée de Portugal pour venir en Andalousie , vers la fin de i4849 il n était pas étrange qu'il vint chercher sûreté et protection AÉfs^in pays où les Génois étaient généreusement accueiiiisdepàh des teînps fort anciens (2). Presque tous les historiens ont parié du motif qui le porta à s'établir en Portugal vers l'an 1 470 ; quelques uns, ^cependant, parmi lesquels nous citerons don Fernando Colomb, attribuent cet établissementàun événement qui n'arriva que quinze ans après , ootùine le dit Marco Antonio Sabélico lui-même , sur la foi duquel, et en s'en référant d'ailleurs à son autorité , Munoz en a fiait aussi fort judicieusement l'observation (3). Christophe Colomb se maria à Lisbonne avecdona FelipaMuniz, d'une femille noble, et dont le père, Bartholomé Muniz Pcrestrello, avait été l'un des officiers de la maison de Tin&nt don Juan de Portugal (4)- Il
(i) Collection diplomatique, n** 3 et n° i5S.
(M.F. dbNav.) .
(a) Voyez, à la fin , la note la.
(S) Muaoz, Histoire du Nouveau^Monde , prologue, p. S.
(Idem.)
(4) Barros, de l'Asie, décade I, liv. I, ch. 2. [Idem^
i88 INTRODUCTION.
était déjà mort à i'époque de ce mariage ^ et sa veuve y non seulement raconta à Colomb son gendre y dans toua leurs détaik, les navigations et ks découvertes que son mari avait Csiites par ordre de l'ioÊint don Henri, et après lesqneltes ayànt été envoyé avec d'autres de ses compatriotes pour peupler l'île de Porto-Santo, il y avait obtemi de grands biens; mais elle lut remit en outre les actes et les mémoires, les cartea et les instnunens oauliques» dont son mari s'était servi dans ses wjrages. La lecture et l'étude de ces écrits , pour lesquels it avait tant de goût, et ks. déooavertes. tc>npuvelées chaque jour par les Portugais sur la cote d'Afrique, firent nakre en lui des réflexions et des conjectures sur la navigation à riade- par rOccideat , et FeaLcitèr^ à naviguer avec les Portugais le long des cotes de Guinée et d'Ethiopie. Ges voyages, lui donnèrent occarsion d*habitev quelque temps FUe de Povtc»- Santo,. où son htam prrr avait laissé quelques domaines. C'est là qu'il donna la vie à don Diego Colomb son fils aîné, et c'est de là qu il partait pour aller naviguer sur les côtes et jusqu'à l'ile de Madère, qui fut alors découverte (i) , d'aj^ès
(i) En supposant que Madère n'ait point été découverte antérieurenienC h 1 346 , aiwî tput quelqaes éemaku le pré-
le lécit jque le ménie don Diego en fit à Barto-
kfmé dé Las Casas, qui së trouTait ainsi que lui àBarceione en i5i9, avec l'empereur. (1)
^ LVÏ. <!ôittnie ntNËÎs ne tKy^^ d'écrire l'histoire de l'amiral, et que notre projet IliiÉiilékfM^îerdeB relations et des documens -il l'aide desquels on puisse l'écrire avec exacfpilldÉV il^ M èÉt iàipossible d'entrer ici dans l'examen de tous les événemens de sa vie, et de lliller 4e détruire toutes les impostures et toutes ' HPëaldmnies par lesquelles certains écrivains . modernes s'efforcent de déprimer les Espagnols ÉKlÉ^teàrfit^di^oouveites et leurs conquêtes dW- Irc^pter. Nqu^ pourrions , pour les convaincre, ft^i^i^^jrér à l'ouvrage intitulé Réflexions impartiales sur l'Humanité des Espagnols dans ^^.^M^i que M. l'abbé Giovanno Nuix a écrit en italien contre les prétendus philosophes et politiques, et pour servir de commentaire aux histoires de Raynal et de Robertson , ouvrage dont il fut publié, en 1 782, une traduction
teodeot, elle l'a été du moins en par Jean Gonçalves
Zaroo, par coittécpient bien long-temps avant le mariage, et même avant la naissance de Ghristoplie Colomb. Voyez an surplus la note 3 , p. 66, de cette Introduction , et les documens qui y sont cités. (D. L. R.) * ( I ) Bartoiomé de Las Casas , Histoire générale des Iodes , Ht. I, chap. 4- (M* Nav.) 1
espagnole. Mais Tiguorauce est très obstinée ^ et la vénalité, la corruption des mœurs, le liber^ tinage , ^es vices les plus dégoûtans'sesont étroitement unis aux principes d'une certaine philosophie fausse et pernicieuse qui a troublé le monde entier, l'a plongé dans des révolutions et des bouleversemens épouvantables, et a semé des haines et des discordes entre des frères que devrait à jamais unir Fidentité de leur origine, de leur religion , de leurs mœurs, de leurs lois, de leur langue et de leurs intérêts réciproques t oïl veut cependant les séduire pour les diviser. Afin de faire connaître dans tout leur jour les stratagèmes , les mensonges et la perversité des desseins de ces apôtres de la discorde , nous nous efforcerons de détruire leurs argumens à l'aide des autorités mêmes qu'ils respectent, et par la force d'un jugement droit et de la critique la plus impartiale.
§. LYIL Le traducteur français de la vie de Colomb, écrite par M. Bossi, commence par assurer que la découverte iie Vjimérique appar^ tient entièrement à I Italie j p^rce que Colomb y naquit , et que l'Espagne nefl^ que lui prêter un secours bien long- temps sollicité y et qu'elle poursuivit celui-là même qui £ avait enrichie* « Je « ne vois, dit-il, de tout coté que des monstres u d<^vorés en même temps de la soif de l'or et de
« ceU^ du sang; et si nos regards ne rencon- « trnient pas ChristofJie Colomb et Las Casas, « nous ne verrions, au milieu des scènes abo- « minables qui ont ensanglanté l'Amérique , a rien qui pût consoler l'humanité de l'horrible « 4WHQuéte des Espagnols. »Telle est l'accusation à laquelle ont répliqué et répondu victorieusede mille manières , depuis bien des années, AwvnécrivaiRs' judidenx qui connaissaient la natiw espagnole bien mieux que ses détractèurs , ennemis de la vérité qu'ils ne connaissent , . pas ou qu'ils affectent de ne pas connaître.
Hais , puisqu'ils yeulent bien avoirpour l'évéque Las Casas tant de vénération et de respect, nous -
.qu'ils ne récaseront pas son témoi-
giiage quand il parle de la conduite bumaine et bienfaisante de Colomb, qi^'il connut personnelleiÉient^ e^ mous copierons , à cet efifet^ au hasard, quelques uns des nombreux passages de som^istoire: générale des Indes. Casas traitant dau$ le livre I , chap. 102 , du temps où l'amiral pn^t pour aller réduire les babitans de File Espagnole, s'exprime ainsi : « L'amiral envoya ces ff jours derniers £Edre la guerre au cacique ou roi « Guatiguana , parce qu'il avait ordonné le « meurtre des dix chrétiens; mais il prit la fuite. « On prit en vie beaucoup de gens , et on en transc< porta en CastiUe plus de cinq cents pour y être
a vendus oomuie enclaves, dans les quatre navires « qu'avait amenés Antonio deTorrès, qui repartit « avec les ïnêmes pour la C^tille, le a4 février <x 1495 » (i). Parlant plus bas de Temprisonnement du cacique Caonabo (a), il continue ainsi : a L'amiral résolut de le faire passer en Castille
(i) AosBitAt qae le Roi et la Rône catholique» eurent appris l'arrivée de ces Indiens, et même avant d*avmr
reçu les lettres de 1 aivjita! et de Torrcs, ils ordonnèrent à don Juan de Fonseca, le 12 avril i49^» de les faire vendre 'en Andalousie; mais quatre jours plus tard, après une plus apftre réBexîbo, ils le prévinrent qnfis von- Yaient prendre Tavis de jurisconsultes, de théologiens et de canonistes, pour savoir si, en bonne conscience, ces Indiebs pouvaient être v^dus^ vente à laquelle dans tous ks cas OB ne pouvait pas procéder avant la réception des lettres de Tamiral, et sans connaître la cause pour laquelle il les envoyait en captivité. Ils lui ordonnaient^ en attendant, ^ de garantir le produit ou la valeur de ladite vente; mais la eonsultalkni faite par di^ Espagnols, et dans ees temps » lut favorable à la liberté des Indiens, et le Roi et ki Reine catholiques, qui conservèrent toujours les mêmes principes d'humanité , dictèrent des lois si bienfaisantes^ qu'elles Airent tonjours le fondement de la législation qui gouverna dans la suite les habitans des possessions espagnoles dans le Nouveau- Monde. Voyez les n<" 87, 92, 98» 99, i34 et autres de notre CoUecâon domotique, (M. F. »s Nav» )
(3) Voyez, dans la Collection diplomatique y \e document 7 1 , la ruse et 1^ stratagèmes avec lesquels l'amiral ordonnait de prendre ce cacique. (Afem.)
« dans les bàtimens , et avec lui beaucoup d'autres « Indiens , comme esclaves. Il envoya donc , a à cet effet , vers Cibao et autres provinces, qua- « tre-vingts chrétiens qu'il chargea d'y prendre « de force tous ceux qu'ils pourraient, et je « trouve dans mes mémoires qu'ils en ramenè-
« rent six cents Dieu, pour montrer l'injustice
« de l'emprisonnement de ce cacique et de celui de a tous ces innocens, souleva une si effroyable temtt péte, que tous les vaisseaux qui étaient là, avec « toutes les personnes qu'ils contenaient , et le a roi Caonabo, chargé de fers, furent submergés « et périrent dans les eaux. » Dans le livre II, ^ chap. 1 1 , rapportant la manière dont on traitait les Indiens , en les faisant travailler à la journée et en les forçant d'abandonner leurs demeures, l'auteur demande quelle loi on leur montra pour les y contraindre, et il ajoute : « Les guerres « que leur ont faites l'amiral et son frère le gou- « verneur, l'expédition en Castille de vaisseaux w remplis d'Indiens réduits à l'esclavage, l'em- « prisonnement, l'exil et la mise aux fers des « deux plus grands Rois de cette île (V Espagnole)^ a Caonabo, roi de la Maguana, et Guarionex, roi « de la Vega Real , et enfin leur naufrage dans « les vaisseaux, ce sont là, sans doute, les lois « d'après lesquelles on les a gouvernés. » Dans le chapitre 23 , il dit : « Et certes, l'amiral faisait Tome I. i3
« UBe belle réparation des scandales que les Es' « paguols^ avaient causés à ces nations pacifiques ; « il montrait une patience bien exemplairet et dé* a ployait encore plus de justice et de douceur, a lorsquiey pour le seul motif de diminuer Tor- « gueil des Indiens et leur mépris pour les chréa tiens^ il le^ faisait tuer à coups de fusil ! n Dans le chapitre 27 , il s'exprime ainsi : « Don Fernando « Colomb obtint peu de ces gens-là (les Indiens ) «r par les voies de droit, et même parle désaveu a qu'il iit des injustices que son père avait comte mencé par commettre dans cette ile contre séis « babitans, ain^d^qu'il est énoncé dans le premier « livrer » Traitant dans le même chapitre de l'empriiîuunement de Quivia , roi de Veragua , Casas s'écrie : .a Et qui avait constitué l'amiral jugé de ce « prince et de ses sujets? En vertu de quelle a juridiction leur infligeait-il des cbàtimeos? £n « vertu- de quelle cause légitime et de qurile «Justice condamnait -ii tout ce peuple à servir a les JSspagnols? » Apr^s avoir rapporté lewr arrestation faite par le gouverneur, il termine ainsi :. « Mais ils ne furent pas dignes, d'être
« éclairés sur Ténormité d une erreur aussi ina toiérable, aiin qu'ils n'y retombassent plus, ce puisque , se méprenant siu* les principes prim mitiis, ils n'avaient d autre but que de cher- « cher de Tor pour satisfaire leur propre cupi- ^
INTRODUCTION. igS
« dité. j> £tà la iia du chapitre, il ajoute : ce Ce fut «c dans ces temps un singulier areuglement que a celui qui s'empara d'abord de l'esprit de l'att mirai, et ensuite de celui des autres, sur le «t prétendu droit de venir en force en ce « pays, et d'ea traiter les habitans comme des « nègres de l'Afrique. » Casas £Eiisant des réflexions sur la manière dont Fernando Colomb rapporte ces événemens et ces incarcérations , dit, chapitre iàq : « Cela prouve le peu de cas « que £atit don. Fernando des crimes qui se corn- « mirent dans ces contrées, des arrestations inet justes qui s'exécutèrent, des violences de toute « espèce qui s'exercèrent contre les Indiens ; « cria prouve combien il lui importait peu que a uous eussions été cause du suicide d'un si grand « Aomfareî de malheureux y de tant d'affreux a scandales, de l'horreur et de l'infamie attachées « aa nom chrétien dans toute l'étendue de ce
a pays » 11 se demande, enfin, « s'il était
« étonnant que tous les malheurs que rapporte «- don Fernando arrivassent k Famiral et à toute a sa troupe, et que les éiémens, les cieux et a tout ee qu'ils contiennent se conjurassent » contre eux, lorsque lui et les siens causaient c à ces innocentes gens , qui - ne leur avaient ja- « n^fûs fiât laiiioîndre injure ni le plus léger tort ,
« accablaient des plus exécrables outrages et des « plus odieuses injustices. » Dans le diapitre ^7 , Casas fait l'extrait d'un mémoire de Colomb dans lequel il exagérait les dommages et les pré^ judices qu'il souffrait dans ses revenus^ le bénéfice que produisaieat lesJncUens, la perte qu'on en faisait, et leur effrayante diminution; mémoire dans lequel, voulant se disculper de lesta^w en* voyés comme esclaves, il disait que son deaeeÎD' avait été qu après s'être instruits dans la foi, dans nos moeuis et dans nos arts, ils revinssent dans leur pays pour communiquer ces bienfaits à leurs contpatrîoleb. Notre religieux auteur ajoute à cela : « i lere dose d'ignorance fut la « sienne, si toutelois ce fut igooimoe et non
«cupidité, cupidité que je sais positivement
« avoir été la cause des chagrâns €jpi le tourmen*
« terent Quànt au reste, il a dit la vérité; car
(c c'est ainsi que mouruaent et Sucent sacrifiés « les naturels ei.les hàbitans de- cette île. Mais a il pleurait la dime d'or qu'il auri^ retirée de c^eur travml s'ils ne fiassent pasr miiNrlsv et les a autres intérêts temporels que lui faisait perdre « cette ciramstance; » St dans fet dnapitre 3>8 , entre autres passages très remarquables inspirés par SM aèle.éiisMftgéliqtieiy Casas, après avoir rapporté la Bonort de Tamirali, ainsi que les «Dgoisaesy FameiH:tmie et fes sooifnmces qui ac^
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compagnèrent les derniers temps de sa vie , termine ainsi : « Cela n'arriva pas, sans doute, « saas être l'effet de l'intention et de la permis-
it stoe divine ; et quiconque voudra remar^
«f quer et considérer de bonne foi ce que This** f toire a raconté jusquW avec véradfsé sur h «vie de l'amiral, les dommages, les guerres, « les injustices 9 les oppressions, les emprisonne* « mens , les spoliations d'autorité et de droits c seigneurimux, d'États et de domaines, la pri*
« vation de la liberté propre et naturelle à c chacun, et oelle de la vie qu'il a causés, qu'il c a autorisés ou qu'il a £iils àtaût de Rois et seitt gnèurs natur^, à tant de petits et à tant de c ^ands^ aoit dans cette tie (yEspagnolé)^ soit à « Veragua, et presque toujours absurdement et « arbitrairement, n'ayant aucun juste motif ni a aucune juridiction sur eux , et étant momeii- « tanément lui*méine sujet de ces princes parce
a qu'il était dans leurs terres, royauines et sei- « gnenrles; quiconque, dis- je, voudra faire im* <c partîalemait toutes ces observations , sentira « peu1>^tre que ces diverses infortunes, ces mal- « heurs, ces peines et ces toiirmens ont été la ré> <c compense et le châtiment de tant de fautes. »
Tels. sQnt les traits avec lesquels Bartolomé de Las Casas peint la conduite huiuame, prudente et désintéressée de Çolomb ; peinture qui peut être exagérée, et cela est probable d'après
198 INTAOBUCTION.
le caractère de celui qui Ta tracée, mais qui n'est ni dépouillée de fondement ni fausse. . On trouve la preuve de cette assertion dans la ressemblance de ce portrait, non seulement avec celui qu'en ont fait d'autres écrivains contemporains auxquels l'ont emprunté Solorzano dans sa Politique mdienne (1), et Nuix dans ses Réflexiom impaNkUks (2), mais encore avec diverses dispositions pnse& par l'amiral, et avec plusieurs traits de sa conduite que l'on pourra remarquer dans les documens que nous publions (3), quelle qu'en soit la différence avec ceux que viennent de faire de lui M« Bossi et son traducteur, et qu'ils ont moins tracés d'après nature , que d'après leur caprice et les extravagances de leur imagination. Lh quoi! la gloire de Colomb coomie auteur de la découverte du Nouveau- Monde en souffrira-t-elle? Non certainement:
ses défauts furent le propre de ia nature et de la fragilité humaines, et probablement le résultat de réducation qu'il reçut, de la cariière qu'il embrassa et du pays où il naquit, pays ou le trade et le négoce formaient la principale
■' 1^—— I I — — — ^^^^apwii t > I .1 I I I n —
(1) Liv. I, chap. 9, 10 et 11 ; etliv. II, chap. 1.
(a) Réflexion IV, %. 1 , p. a58. (Jdein^) - (S) Yoy^ai k« doGuaMAS 7a, ^» 67 et «itCfes. ■{ JUbv.)
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INTIIODUGTION. 199
branche de liai richesse , soit publique soit par-
Jticulière. Alexandre, dominé par la colère et ensuite par la superstition; Alcibiade, rempli de i|ualiteî> acimiiabies et Av vices iiilàmes; César, réoDÎnauitàdes qualitëséiuineBtedune'tAibitioli dénaesurce que reiupire universel, qui, selon V^B^nressiou de Cicéron, était son idole-, aiiiiait seul pu salislaire, n cn .sont pas aioiiis prcsontés soiitf^k^^pkiinea de Plutarc[ue et de Goméltus Nepos comme des hommes dignes de Tadmira- Uém ée tous -les siècles. Mais si k i^érité a obligé
à ne pas dissiflMW dte*tek déAtits j^tiH^'ies faire servir d'avertissemeut et de cor*iÏMttM A' leurs semblables, ils n*dnt* pas moiins mi profiter de ces ombres pour donner plus de mllÉf et d'édat à des^ tableaux que les modernes U;P|;^pas voulu ou n uut pas su uniter, peut-être . p$Me qti^ls n'ont ni Tintégrîté ni la droiture ; ni ie^^autres vertus q(u caractérisaient ceiiK qui,> AÉM'^ràlytiquité^ écrivaient eoimné amttrës de la murale publique. • ' ' -
-h§^ mm. On ne peut nier que Bartcfidtnë tlë Las Casas ne fût aiuiué d'mi zèle fervent en fa- Yéitr des Indiens; il vint en Espagne pour plaider en leur faveur, et, en mai i^^i7, il arriva à ^kisjliâa»; OU SQ trouvait k cour,.;elîfOÙ ie^eélèbiie eardiilàl Ximenez de Cisneros étaitalors malade : e'est-fioar . cette raison quil.ue pu( >«égocier ^vec^Miret quHl se rendit à Yalladolid pour y
aoo INTRODUCTION-
attendre le roi Charles (i), qui en effet m tarda pas à y arriver, lorsque le cardinal était déjà mort.. Le jeune prince 9 âgé de dix««e|it ans» régnant dans un pays étranger dont U ignorait la langue et dominé par les Flamande qui l!aocompagnaient , expédia » à leur snggestîpii, {du* sieurs cédules de répartitions de grâces et de privilèges dans les Indes « et divenes licenoes
pour le transport d'esclaves dans ces possessions, nonobstant les prohibitions qui ejustaient à cet égard. Las Casas comprit que le nioyen de réussir dans ses prétentions était de se plier aux idées des Flamands^ et de capter leur faveur. Il y parvint , et se concilia surtout celle de M. de Laxao, grand^cbambellan du Roi et l'un de ceux qui en étaient le plus favorisés; mais voyant que l'exécution de ses projets pourrait néanmoins éprouver quelque difficulté par la cupidité des nouveaux hôtes (a), ir changea son plan , et proposa, entre autres moyens , celui de permettre aux Espagnols qui résidaient dans les Indes , d*y fiiire venir frique des nègres, afin qu'ils pussent contri-
(i) Charles l^S comme roi d'E^agne, Charles Y ou Chiries-Qniiit eomme empereor. ( D« L. R. )
(a) VoyeB Sandeval» daos son Uistom de tempèrent Chmrêet-Qmm, liv. II, $$. 40 et 4x » Uv. III, g. 16,
(H.F*iiiKSr4v.)
^ INTRODUCTION. aoi
btier^au Boulagement des Indiens dans rexpioi*» talion des mioes etdes habilalîons ( i )• Dans cette vue , on s'occupa de savoir combien il faudrait
d'esclaves pour les qu^itre iies Espagnole (a), Fernandine (3), Saint-Jean (Porto Rico) et Jamaïque. Ou j>rit des iiilorinatioai> u cet égard auprès dcia^o£&ci«n4u oonseildes affaires commerciales' des Indes y établi à Séville , et leur avis fut qu il jsii Jidiait quatto mille. Les Flamands profitèrent alors de leur hifluencc , et obtinrent cette per-^ laaiiBÉiM, cpi'ils vendirent aux Génois a4»ooo du-^ cats, avec la condition que le Roi n'en donnerait pm d'autre pendant buit années; permission, dit Antonio de Herrera, qui nuisit beaucoup à V amf&isstment de la population de ces lies ^ et Jutipréjudiciabte aux Indiens (4)- De cette nar-
(x) Voir la note d-aprè», p. so3.
(a) Saint-Domingue. (N.F.dzKav.)
(3) La petite Inague. (De V...1.. )
(4) Uerrera , décade II , Kt. II » chap. 1 6 et 20. Lorsque Las Caaaapréflimtaaugrand-chanoelierkméBiom
€|ii'il avait reçu l'ordre de faire pour le remède des Indes » il y avait déjà deux ans et demi qu'il était à la cour. Dans le troisième article de ce mémoire , que Muooa a inséré tout «Dtier dans sa eoUectû» » il propoiait cp'on permit à chaque habitant de Time des quatre îles, d'emmener gratuitement deux nègres et deux négresses. Munoz. l'avait copié pour coUectian. ( M. F. ns Nav. )
202 lINTRODUGTION.
ration véridique et certaine, on JnCère, !*. que
le licencié Casas, pour soulager les Indiens, établit et autorisa le trafic des nègres d'Afrique pour les îles du Nouveau-Monde : comme si en Afrique ils n'étaient pas aussi des hommes ! Eton* nante contradiction de l'esprit humaiti! a*, que ce ne furent pas des Espagnols, maisbien des Flamands cupides et des Génois mercenaires qui turent les agens de cette négociation et y iiitervinrent Et qui aurait dit alors au Kcencié Casas que ce6 nègres, qu'il transportait des cptes d'Afrique comme esclaves pour soulager les Indiens dans leurs travauj^ et leurs labeurs, se soulèveraient un jour, et érigeraient un empire indépendant , qui serait approuvé et reconnu par les nations chrétiennes et civilisées de l'Europe (i), dans cette même île Espagnole qui fut le premier établissement et le |)remier séjour des Européens dans le Nouveau-Monde? Et que diront à présent M. Bossi et son traducteur, quand ils ne trouveront ni dans Colomb ni dans Casas lui-même la consolation que dans leurs
(i) lie foiiveraeiiMiit français a oertauremeat reeonmi riodépendance de$ nègres de Samt-Domingne, mais on ne
peui supposer qu'il l*ait approuvée^ Ou pourrait en dire autant de pluâieiin» autres {|;ouvenienie0s<de r£iirope;
(D.L*It.)
INTRODUCTION. auS
vues d'humanité, leurs regards dierdiaient en
vain chez les autres Espagnols ? (i)
§. LIX« Il faut eertainement avoir pitié de ce
(i) M. Grégoire a essayé de réfuter l'accusation portée contre Las Casas, dans un Mémoire intitulé Apologie de * Jms Casas , inséré au tome IV des Mémoires de Ut Classe des Sciences morales et politiques de F Institut. Suivant lui , Kaynal , Pauw, Robertson et les autres historiens qui ont accusé l'évéque de Chiapa de cette inconséquence , ont tous écrit sur ,Ja foi de Herrera, lôstoriien élégant, mais partial, ou d'aprèi les assertions du père Charlevoix , qui y lorsqu'il parle des colonies espagnoles, ne fait que traduire Herrera sans le citer ( assertion inexacte). II ajoute que les Espagnols achetaient des esclaves nègres des Portugais longtemps avant la découverte du Nouveau-Monde, et qu'ils en
emmenèrent avec eux dès le commencement de leur établissement à Saint-Domingue.
n existe , dit M. Dauxion Lavaysse (art Las Casas, Biographie universelle y tome "VII , p. 255 et suiv.) , trois volumes manuscrits in-fol. de Las Casas, dans la bibliothèque de Mexico; et dans celle de TAcadémie espagnole , une copie de ces volumes , qui contiennent les Mémoires, les Lettres officielles et familières , et les autres ouvrages politiques et diéologiqaes deTévéque de Chiapa; et, loin de trouver dans ces divers écrits un seul mot d'où l'on puisse coodure qu'il ait conseillé de substituer l'esclavage des noirs à celui des Indiens, on y voit, au contraire, dans trois ou quatre endroits, où il a occasion de parler des esclaves nègres, qu'il compatit vivement à leurs maux.
Cependant si , comme on ne saurait en douter. Las Casas présenta un mémoire au grand-chancelier des Indes , pour
ao4 INTRODUCTION.
manque de jugement , de œs idées absurdes, de
cette ignorance crasse et de cette prévention &tale avec lesquels certains étrangers ont écrit sur les afibires d*£spâgne. La découverte de TA-mérique, dit le traducteur français de Bossi, appartient entièrement à Vltalie^ parce que Co' lomb y naquit (i). Il est facile de reconnaître,
prqM>ser de permettre à diaqae halntant des fles décou^
vertes, d*emmener deux nègres et deux négresses, et que ce mémoire soit inséré dans la CoUectioa manuscrite de Mofios » ainsi que l'affirme M. de Navarrete , il faut reconnaître que les reproches faits au prélat espagnol sont fondés , quand bien même il serait certain que les Espagnols auraient fait le commerce des nègres avant le premier voyage de Ghr. Colomb.
M. de Navarrete reconnaît dansune note qu'il nons a adres*
sée, qu'avant la demaadc de Las Casas, on avait transporté des nègres en Amérique, mais par contrebande; et il ajoute qne Las Casas est le premier qui ait obtenu un ordre ou permission royale autorisant ce transport ( D. L. R. )
(0 PréÊMMduXmdoctonr^p» I.
9I. Bosfii attribue gratuitenent an fiumHtme wdigiêu» des
Espagnols la sanglante destruction des lodicus, et il conclut qu'il dit été heureux pour le monde entier que d'autnea qn'eoxeossfifU «bordé les pwmim aux eôtes d'Aménque » et s y fussent établis les prennsrs ( note ai , p. 164). Mais^ outre la fausseté que renferme on cUe-mêiiie ia première supposition, celui qui commandait dans les Indes, n'étaitce pas Golonb , qui était itilisn el très rett|pevK? I^evé-
INTRODUCTION. aoS
k la première vue , Tabsurdité de cet argument;
car la naissance accidentelle d'une personne dans un pays ne danse pas à ce pays des droits sur ce quelle peut acquérir pendant sa yie par son industrie et son génie, et bien moins encore quand cette même personne s'est naturalisée chez une autre nation, envers laquelle elle a contracté les obli^artiom les plus sacrées. Mais , par un surcroît de preuves, Ramusio, écrivain italien qui florissail avant le milieu du seizième siècle, ne dit-il pas que Colomb commença par proposer à la seignenrie de Gènes son projet de se diriger vers rinde par TOccident ; qu'il parut extravagant à tous ceux qui l'entendirent, parce qu'ils n'avaient jamais réfléchi ni iiiéiue pensé à une telle chose, quoiqu'ils se vantassent de savoir
que Bartoiomé de Las Casas ne dit-il pas que i'uniqae titre qui pùt justifier r pc cupa t ion d» eeé pays^ c'était ia omivemon de leurs naturels à ia^eligioii callifoUqiitf? {/Espagne n'était-elle pas alors la nation la plus puissante et la plus civilisée de l'Europe? autres, nations ne commirent-eUes pas en^iite de plus grandes atrooiiés dans leurs conquêtes C^) ? MaisrignoranoeetlamaivelUanGeaonttesmt sorts qui loiiL mouvoir la plume de cette espèce d'écrivains qui sou( aux ga^es d'une certaine politique ambitieuse qni attaque et foule aux pieds tous les droits» et excite parmi les hommes la division et la discorde. (M. F. db Nav. )
ce qoî concerne ie» Français, nous pouTom hardimeat, et avec ▼érité, affirmer que l'assertion de M. de Navarrete ii*est pas foadce.
ao6 INTRODUCTION, naviguer, et que tous, par conséquent, le traitèrent de songe ou de fable (i)? Si, voyant que dans sa patrie on n'ajoutait pas foi à ses paroles^ il alla traiter de sou projet avec le roi de Portugal en 1470 (12), comment M* Bossi, bouleversant la chronologie de l'histoire de Colomb , pcétend-il justifier ie refus des Génois par les
inquiétudes et les craintes qu'ils avaienten parce que les Turcs, qui s'étaient emparés de CafFa^ menaçaient d'une <bsstruction générale leurs établissemens dans l'Archipel (3) ? M. Bossi dit que d'après une tradition eomtante à Ye-* nise, quoiqu'elle n'y. soit appuyée par aucuu document, Colomb proposa, aussi son- entreprise à cette république i et il ajoute qu un de ses magistrats lui a^ora avoir vu dans les ar* chives publiques une mention de cette offre et du rciius des Yéuitiaas, qui se troavaieat alors
I III . I i j I I I > i i ' l n ti "m I I I > I I I
(i) Kamusiû, Collection de Koyages maritimes , iom. 111 , fol* 1. Ce ooiqpiiaieur mourut le 10 juillet x557 j ainsi que le rapporte M. Camus ^ membre de Tlnstituf de FranciCy dans son Mémoire sur ta CoUe^ion des gmnds éf des ^ètUs
royages, etc, p. 8. (M. F. de Nav.)
Jeau-^Baptisle Ramnsio où Kammisio, dont la collection CM extrémiament préciefsey était né à Venise en
(a) Voyez le S* ^4 de cette Introduction.
(3) Bossi, note i%jksaP^ie de Colomb ^ p. 1 87.
(M. F. uii JXAV.j
INTRODUCTION. aoy
clans des circonstances non moins critiques que
les Génois (i) Et l'Espagne était-telle par
hasard dans une situation beaucoup plus favorable à l'exécution du projet de Colomb, quand il vint le lui présenter ? Il n'était alors question de rien moins que d'expulser de la Péninsule les Maures , qui Tavaient occupée près de huit cents ans , et qui avaient, au commencement de cette occupation, menacé d'envahir les autres nations de l'Europe, ainsi qu'ils le firent dans les provinces de France contiguës aux Pyrénées. Cependant l'Espagne vint au secours de Colomb par diverses sommes d'argent : il fut ordonné que des logemens lui fussent donnés gratuitement partout où il passerait (2) , et que d'autres honneurs lui fussent accordés , même long-temps avant qu'on eût réglé et arrêté avec lui les conditions relatives à son nouveau voyage et à la découverte! qu'il avait proposé de faire. Colomb fait luimême allusion à la raillerie et au dédain avec lesquels les Génois, le Vénitiens, les Portugais et autres écoutèrent ses plans, lorsque, écrivant au Roi et à la Reine catholiques, il leur di-
(1) Bossi , note 14, à sa Fie de Colomb, p. i38.
(M. F. DE Nav. )
(2) Voyez les documens 2 , 4 et autres de notre Collection diplomatique. {^Jdem»)
2o8 INTRODUCTION.
sait : « Notre Seigneur m'ouvrit l'entendement a d'une manière palpable , et me fit comprendre « qu'il était possible de naviguer d'ici aux Indes, « et il m'inspira la volonté d'exécuter ce voyage ; <f et rempli de cette idée , je me présentai à Votre « Altesse. Tous ceux qui entendirent parler de «mon entreprise nièrent, en s'en moquant, la a possibilité de son exécution : toutes les sciences (f dont j'ai parlé plus liaut, et les autorités sur « lesquelles elles s'appuyaient , ne me servirent à « rien ; en Votre Altesse seule demeura la foi et ic la constance. Qui doute que cette lumière ne « vînt de l'Esprit saint? (i) » Tel était le làngage de Colomb. Et en effet , quelles que fussent les objections que, dans l'examen qu'on leur ordonna d'en faire, aient élevées contre son projet quelques géographes espagnols (car d'autres l'appuyèrent et le favorisèrent) (a), objections sur lesquelles M. Bossi s'efforce de jeter tant de ridicule (3) , il nous paraît que celles qu'on put y opposer en Italie, et surtout a Gênes, où,
(i) Collection diplomatique , Ti" 140.
- (M. F. dk Nav. )
(a) Munoz, Histoire du Nouveau-Monde , liv. II, §. a6. Remosal , Histoire de Chiapa et de Guatemala , liv. II » ch^p. 7. {Jdem.)
(3) Bossi, note i5,p. iSg. {Idem,)
INTRODUCTION* aog
selon Ramtisio, on n'avait jamais examiné ce point de géographie, quoiqu'on se vautàtd'y être si habile dantf Tart de la navigation^ n'étaient^ pas beaucoup plus fondées, et i on peut en supposer autant des Portugais, puisque, suivant Colomb, il fut quatorze ans sans pou- À'en fiiire entendre.