LX. Le traducteur de M. Bossi continue en
disant que V Espagne ne fit que prêter à Colomb un secours sollicité pendant long^temps, et poursuivre celai qui V avait enrichie (i). Quoique Colomb soit venu en fugitif de Portugal en Es» pagne vers la fin de 1484 (2), il parait, par la lettre du duc de Medinaceli, que ce seigneur Peut deux ans chez lui depuis son arrivée (3); et Colomb lui-même ,1tlans son journal, journée du 14 janvier i493, s exprime en ces termes : « Ceux qui s'opposaient à mon entrepirise ont été «cause que la couronne de Vos Altesses n'a « pas eu cent millions de rente de plus, ^20- « puis que je suis à leur service , cest^à^dire de^ « puis bientôt sept ans, qui seront accomplis le
(i) Préface du traducteur, p. i . ( M. F. de Nav. )
{%) FeRundo Colomb , EStitm de i'Amiml', duip. ii«
{Idem*)
{d) OMe^n diplomatique , n'' {Idem*) TOMB L l4
2io • INTRODUCTION.
€Mdecê présent mois de janvier* ( i ) » U réaulte de ce passage 9 qu'il entra au service du Roi et de la Reine catholiques le %o janvier i4â6, et qu'avant cette époque il se soutenait , soit aux dépens du duc , soit par son industrie , en ven-* dant des livres imprimés ou en faisant des cartes marines, ainsi que le disent Bernaldez et Las Casas (2), et que nous l'avons déjà mentionné. Il esl en outre certain que lorsqu'il se rendit à Salamanque pour y faire eicaminer et discuter les motifs de son projet, les religieux dominicaiiis du couvent de Sauit-Etienne, non seulement lui firent la mieilleure réception , lui donnèrent le logement et la table , et payèrent ses frais de voyage, mais qu'ils appuyèrent encore ses opinions 9 et parvinrent à y amener les savans les plus distingués de l'école de cette ville, n y fit la connaissance de maître Diego de Deza, professeur de théologie et précepteur du prince don Juan, qui le logeait dans son palais et le soutenait à la cour. Ce nouvel ami fut son protecteur spécial auprès de Ferdinand et d'Isabelle, et contribua principalement à la réussite de son
(t) Yoyes la relation du praoBier Voyage» à la suite à» cette IntroductioQ , journ^ du 1 4 janvier. ( M» F* bb Nav.)
(2) Bernaldez, cbap. 118.
lias Ci^, Uv. Xy cliap< 3o. . ^ ' \IdewC^
INTRODUCTION. an
entreprise; c'est à ce sujet que Colomb lui-même disait que depuis quil élaU venu en CasUUe^ ce prélat V avait protégé y avait désiré son hon^ meurj, et^ fu'U. /ut cause que. Leurs Altesses^ fos"-, sàdaient les Indes { i). LeSmai^le 3 juillet, Aout et ie i5 octobre > i4â7> on luiicompta^aur èkB «Muwltti» de Uévéque de Pftlencia , jusqu'à la ^{Q^e^de ti49<><>o.'>]^^^Y^& (aj, et ou lui fit ^^res paiémens > les= ^années' «lUttiilèé. illf * fot oypdonoé pâT cédule royale du mai 14^9, que ^Màdiil paisserait dan» Ifuelqués Tille»^ bourgs dii villages, il fut bieu logé et gratuitemeut^.et ifoàil^ii'ciit à payer que les-yiwes au prix coii* rajot; en outre le Roi et lalieiue désu*ereut Tavou" aappètide leurs personnes, honneur dont. iL jouit
pendaut les sièges de xilalaga et de Oreuade. A fMitHMfittegrande cité, dernier asile des Maiireè^ fut-elle conquise , que le Roi et la Reine catholi- ^pffkfji&^uX leur ..entrée , le a janvier 149^^ et dès le courant de eès*inême mois ils songèrent à jsHiM»y et Colomb dans l'indu pari' Occident^ ainsi
( 1 ) Kemesal, Histoire de Chiapa et de Guatemala , liv. H, chap. 7*
Yoyes les LeÊtns d& Coiomb-. à.$w fils don MHego, Lctt. ïct VI.. ■ ' , • (M. F.DE Wav.)
(a) Environ 1 1 y»>o franeSy le marsvédis de cette époque ▼alant • «nyîrQD 3 féaux ou'80 pmiu . ( D« T.«.l*
212 INXaODUGTION.
qu'il ravaitpropoâé(i). Il parle de ces dispositions dans la lettre qui précède le praosier tojrage} el H est à remarquer que Ferdiuaud et Isabelle étirent 4 peine termnié » gloneusenenl; cette guerre, qu'ils traitèrent avec lui sans perte de temps. On en trouve la piseuve dans les. docu* mens «pie nous piiblions^ ét ils éonfimimt^de même, jusqu'à révidêorce, qu'on n employa à Pégattl dé Ck>Iomb ni frauide, ni fttomperie, ni délais periides, ni hausses promesses; car il sa^itl>ien>qiie le Rbi et k Reine caAoliqiies ne commenceraient ^exéc^tloa de son projet qu'après aVoir délivré leurs rojaumef de. la dcmr nation njahométane*
§. LXL La persécûtioir À kqiieUe on suppose que Goiouib a été en butte, n'est pas plus réelle» parce que le Roi et la Reine éatholiqikes^ .non seulément conclurent leurs capitulations le 17 aviil dé cette même années mais qu'ikiui expé* dièreiit, le 3o du même mois , le titre d'atiiiraU de vidB«-roi et de gouverneur des iles et de la terre ferme qu'il découvrirait (2). Le 8 mai suivant ils nommèrent son fils don Diego page du
(,t) yùf» lé coHiaMnicèiiidiil'de U Tdaâoii du prmier
Voyage de Colomb , après cette Introduction.
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prince don Juan (i) , el Us lui accordèrent beaucoup d'autres fayeurB et prinlégiss trè» importaus relatifs aux apprêts derexpédition(a). Ainsi donc les souveraiosde f Ëspagna le oorobièreat de prévenances et de témoignages de leur estime, même avant son départ pour u&e entreprise dont l'issue était regardée par quelques uns comfne douteuse et problématique. Après le premier voyage, ^oiitI« succès avait causé au Boi et i la Reine la aatbfsèction qu ils devaient en éprouver, Colomb ftékifs: en eux une source intarissable de grâces, d'honi^urs, de marqueft^de confiance , d'éloges «t-'d^attentions, dont aucun autre sujet ne Ait peut-être jamais l'objet. Dès-lore ils l'admirent "^iés^^outes Ifsurs délibérations , ils suivirent en ^tout son avis, ils augmentèrent ses pouvoirs et ^MÉMtnèfltfnt à tous de lui obéir et de le res^ pecter : « Parce que nous voulons que l'amiral nées Indes soit beaucoup honoré '^t respecté « comme de droite et selon le rang auquel nous ^l'avons élevé. (3)» Us firent: de. sévères reproches à don Juan de Soria, et menacèrent de le châtier parce qu'il avait ti*aité Colomb avec peu
(t) CoUcetim diplomoiiqMe , 1 1.
(M. F. DE Nav.)
(s) /^«rf8m,n**8,9, loct IX . . M^^) (3) Mdem , 60. }
2i4 INTRODUCTION, d'égards; c'était néanmoins un personnage de leur hitime confiance , revéta pour celte raison des charges de secrétaire du prince don Juan et de lieutenant des maîtres des ccmiptes (i). Ils recommandèrent qu'en toutes dioses on lui complût et qu'on se conformât à son opinion (a). La Reine lui écrivit une lettre pleine d'exprès* sions de confiance et d'afiGection, dans laquelle elle rehaussait le prix de ses services, et lui ofifrait de plus grandes récompenses (3); et dans une autre lettre qu'die lui adressa , sous la même date, de concert avec le lioi son époux , les deux souverains louent ses services de la manière suivante : « Ët parce que nous n'ignorons pas € que VOUS en saves sur cette matière plus qu'au* « cun autre, nous vous prions de nous envoyer « aussitôt votré avis à cet ^rd.. * * Nous-mêmes,
V et nous seuls nous avons vu quelque chose
tr dans le livre que vous nous laissâtes; et plus
« nous nous entretenons à ce sujet, plus nous
«r l'examinons , plus nous comprenons de quelle
« importance a été votre expédition , et nous
a nous convainquons en même temps que vous
« en avez su plus dans votre art qu'on n'a jamais • Si .
(i) Collection diplomatique ^ n«« 35 et 64.
(M. F. deNav.) {%y Ibidem, 65 et 66* {Idem.) (3) nùkm, n* 70. (/dbif'O
Oigitized by
INTRODUCTION. ai5
« pensé qu'en pourrait savoir qui que ce soit «parmi les vivans..«.«* faites-nous parvenir « aussi la lelltre que naus vous amns prié de (c noûs envoyer avant votre départ, (i) » La lettre dans laquelle ils répondent aux nou-*** velles de son second voyage, en date du i3 avril 1494^ v^eA ni moins flatteuse ni moins honorable; elle contient entre autres les expressions suivantes : a Nous vous sommes « infiniment redevables pour les importans (X et éminens services que vous nous avez ce rendus dans ces grands travaux que vous avez «c exécutés avec tant d'ordre et de prudence « qu'il n'était pas possible d y en mettre davan- «tage. (a)» Dans une autre lettre datée du i6 août de la même année, ils s'expriment ainsi : « Une des principales raisons pour léser queDes votre découverte nous a causé tant « de joie, c'est parce qu'elle est due à votre
(i) CoUacûon tUphmatique , v!* 71. Cette manière de s'exprimer naus vous itvons prié, que Ferdinand et Isabelle emploient dans cette lettre, dans celle dn 14 mars i5oa (titre I), et dans plusieurs autres, prouve l'extrême cou- • descendance et la hante considération avec lesquelles ils traitaient l'amiral, parce que les vassaux ou les inférieurs sont ceux qui prient ou supplient, et les monarques ceux*» qui commandent et se font obéir. ( M, F. de Nav. ) (a) CoUetdon dipiomati^f n* 7^. (iît^in»).
at6 INT&ODUGTION.
« génie ^ et qu*eUa a été eùmaieocée et mise à fin
« par vos propres soins, par votre courage, votre « travail et votre industrie; et il nom parait que « toutes les choses que vous nous disiez d'abord «qu'on pourrait obtenir ont été obtenues a pour la plupart , comme si vous l'eussiez vu a avant de nous le dire»; et cette lettre continue dans les termes les plus obligeans et les plus délicats (i). Tel est le langage qu'employèrent le Roi et la Reine envers Tamiral f tels sont les égards qu'ils eurent constamment pour lui dans tout le cours de leur correspondance. Us voulurent complaire, non seulement à lui« mais encore à ses frères ; on en demeurera convaincu en lisant les recornmandatious qu'ils firent à Fquseca, évéque de Badajoz, pour lui prescrire de donner à don Diego Colomb toute espèce de satisfaction, d'éprire à Faipiral afin de détruire tout ressentiment qui pourrait exister entre eux, quel qu'il fût, et de s'informer préalablement de ce qu'il pourrait jfaire qui lui fut le plus agréable (a). Cependant ils répandaient des grâces sur lui et sur toute sa &miUe , comme pour lui prouver que leurs promesses n'étaient pas de simple politesse et de pure cérémonie.
(i) Collection diplomatique, n* 79, (M. F. de N4V. ) (s) Ibidem, n~ 5^3, 94 «t ^ {Idem. )
Ils ajoutèrent, en i493, de nouvelles pièces aux armes de sa famille (i ); ils accordèrent à l'amiral une rente annuelle de 10,000 maravédis, sa vie durant, parce qu'il avait été celui qui avait vu et découvert la première terre (:*); ils lui firent un présent de 10,000 doubles d'or (3); ils ordonnèrent qu'un bon appartement lui fût fourni, ainsi qu'à cinq domestiques desa suite, dans tous les lieux par lesquels il passerait (4); ils confirmèrent ses anciens titres , et lui expédièrent celui de capitaine général de la flotte qui allait aux Indes (5); ils lui donnèrent la faculté de nommer à tous les emplois publics dans ces domaines (6j; au lieu de lui transmettre des ordres ils lui recommandaient les personnes qui avaient le plus leur confiance, Je priant de leur donner quelque occupation ou quelque emploi (7). Parmi ces faveurs et autres faites à l'amiral , ils lui confirmèrent, en 1497? les grâces et les privilèges antérieurs, et ordonnèrent expressément qu'ils
(1) Collection diplomatique, n° ao.
(M. F. DE Nav.)
(2) 7^i<i?/w, n*» 32. [Idem,)
(3) Ibidem, n« 38. (Idem,)
(4) Ibidem, u 39. {Idem,)
(5) Ibidem, 41 et 42. {Idem. )
(6) Ibidem , n*» 43. ( Idem.)
(7) Ibidem , no» 5i et Sg. ( Idem.)
ai8 INTRODUCTION.
lui fussent conservés (i); ils réglèrent le mode selon lequel il percevrait, à sa oonvenance, les droits qui lui revenaient ils lui permirent l'extraction gratuite pour les Indes, de certaines quantités de Ué et d'avoine (3) , chosè bien ré» marquable pour ce temps, dans lequel on trouve à peine la concession d'ime favein^ de oè-|^Mit; ils Tautorisèrent à faire la répartition des terres entre ceux qui étaient dans cet dàtaùàiùiêÈè^&iifiA s'y rendraient (4); ils revêtirent son frère don Barthélemi de la dignité de" gou^nieiiiiMiil^^ des (5); ils lui accordèrent la faculté de f<sàÊm un ou plusieurs majorats (6); ils nommèrent^ en 149B, ses fils don Fernando et don Diegé pages de la Reine (7), honneur qui ne s'accor-
dait qu'à des fils de personnages employés aù service le plus intime du Roi et de la Reine, et qui pour cette raison jouissaient de plus de crédit auprès d'eux ; ils ordonnèrent, le 117 septembre i5oi, que lui et ses frères fiissent dédominaçés
. (1) CoUection dif^ismatique, vP* 109 et 1 13.
(M. F. deNav.)
(î) Ibidem, n' 114. (/*w.)
(3) Ibidem, 1 19. {Idem. )
(4) Ibidem, n* lai. ... {^idem.)
(5) ibidem, isa. (Idem. }
(6) Ibidem, ik"* 126, tom. IV. {Idem.)
(7) Ibidem, 1 a5 , tom. III. . ( Idem, )
INTHODUCTION. 219
des pertes et des préjudices que le commandeur Hpin^la leur avait arbitrairement causés daai Fîle Espagnole (i); ils nominèreut, en i5o3, SQP rfils don Diego Goiomb , garde-du-corps de IjeÉftt^Mlijestés (œmrmo de la Casa real) (2) , et ilS; ordonnèrent au commandeur Qvaudo de payer 4 l'amiral les droits qui lui appartenaient en cet^e qualité (3); ils accordèrent, en i5o49 dfa^let^es de naturalité dans leurs royaumes à don Diego Colomb., frère de Tamiral, faveur ff^lîllliiement rare sous le règne de ces prinee6(4). RÉ ^^5o5, le Pioi catholique accorda à Goiomb la fijlpii^Î4^an d'aller dans toutes les parties de ses roj^ilÉnes sur une mule sellée et bridée , malgré J^ijM^gpiatique récente qui le défendait (5). Le
(i) Collection diplomatique, n*" 142 et i44*
(M. F. ©E ISav.)
(s) Ibidem, i5o. {Idem^)
(3) Jhidem, n** i5i et i5a. (Itkm.)
(4) Ibidem, 11° 154. . ^Idem,)
(5) Ibidem, ir i56.
Le roi Alphonse XI, pour encourager ia propagation des chevatis, avait déjà fait, long-temps auparavant, la
défense absolue de se servir de mules; mais cette défense fut modifiée par la fixation du nombre de celles que pour- •nàent avoir les grands, les évéques et autres personnes d'un haut rang.
Semper, Histoire du Luxe, part. I, chap. 7, p. 174.
(Idem.)
même monarque, que certains histpriens ont supposé si injustement avoir été I*enneint de
ramiral , ordonna, dès qu'il fut mort , que tout ce qui lui avait appartenu fitkt remis à son &k ainé, et lui appartînt à l'avenir (i); il le mit en possession du gouvernement des Indes ^a); il concéda à Barthélemi Colomb le privilège de jouir de la solde de garde-du-corps, quoiqu'il ne résidât pas à la cour (3)^ et voulut quil oonservÂt Tile de la Uona (4), que ramiral lui avait donnée dans la répartition (5). Nous ne dirons rien des hauts et brillans emplois, des distinctions honorifiques que postérieurement ses successeurs ont obtenus de tous les monarques espagnols, qui les nommèrent vîce-rois, capitaines généraux, présideus et gouverneurs i^c . \ \
(i) Coileciion d^hmatique , iSj.
(m. F. Nav.)
(î) Ibidem, n«* i63 et 164. ^ (Idcrn,)
(i) Ibidem, n"" , {Idçm,)
(4) L ile de la IMcma, que nous appelons le Mone,est ,»ituéç fiotne Sai(^--XH)itti];^^> et Porto-Bico, Il y. a en EuMfte une autre ik.dff Moifie à l'ontuée de- kt insr Biir tiqne , et qui appartient au-Dftnemar^. VUe aoCiaelle d'Anglesey s*appçlait Jnsuia Mçna dans U gépgraphie ancienne.
(6) CoUeHm diplomatique , n^ 17 a. ^
(M. jt. i>t Nav. )
Diglized by Coo^e
de3f conseils , honneurs éminens auxquels on doit ajouter celui de la grandesse d' Espagne , déclarée de première classe par le roi Philippe V, le 18 avril 1712, en faveur de la maison et de l'état du duc de Veragua : nous ne parlerons pas non plus des honneurs qui, même de nos jours, ont été rendus aux cendres et à l'illustre mémoire du premier amiral des Indes et du premier auteur de la découverte du Nouveau- Monde ( I ). Tout cela est certain et de notoriété ' publique; mais dans la langue et dans le dictionnaire de quelques écrivains modernes, les vices ont coutume de s'appeler vertus; la générosité, ingratitude; la protection , l'asile et l'hospitalité, dh2iV\àoi\^ persécution et mépris. Oh! si la démonstration que nous venons de tracer servait à faire pénétrer la véritable signification' des phrases artificieuses et du style faux et perfide, à l'aide duquel de pareils imposteurs s'efn
forcent d'obscurcir la vérité! ' î: n
§. LXIL La conduite du commandeur Francisco dcBobadilla, et l'abus qu'il auraitfaitde son autorité ne peuvent s'imputer en aucune manière ni au Roi et à la Reine catholiques, ni à leur gouverne^ ment, ni à leur nation. La colonie de l'île Espa-
(i) Collection diplomatique, n« 177.
/ ( M. F. DE Nav. )
Ma IHTRODUCTIOlf.
gDole tomba, en 14989 cUms l'état le pins dépto* rable* Les aouvelies opposées et contradictoires que reomUent Leurs AiteBscs sur l'origme et ies causes déci^ves de ces troubles les jetèrent dans une grande affliction. L'aminUae plaignaitde Boldan et de âes partisans, et ceux-ci accusaient l'amiral et son frère legouveineur de cruauté et de 9rannie; ils les peignaient comme des hommes ACHiveaux qui ne savaient pas gouverner des gens d'honneur. Les mécxmlens qui se présentaient àla cour, répétaient des inculpations semblables et d'autres pires encore ; et de tant d'accnsatîeDS naquirent inévitablement des soupçons que lesh- ▼aux et les ennemis de Famiral eurent soin d'auge menter (i). Leurs exagérations sur la richesse de rtle se réduisaient à rien par les résultats : le manque de nouvelles pendant quelques mois inspirait des inquiétudes : l'esclavage imposé arbitrairement par Colomb aux Indiens , et la vente qui se fit par son ordre en Andalousie de quelques uns d'entre eux irritèrent à Texcès Fàme dbaritable et compatissante de la Reine (3) : la
(i ) Munoz , Histoire du Nouveau-Monde, liv. VU , encore inédit. C'est de cet ouvrage que nousavoos extrait oes renseigoemem, que nous avons néaumoîiis vérifié, et que nous confirmons par les assertions identiques des écriviini contemporains que nous citCKOS également. ( M. F. de Nat.)
(i) Bartolomé de Las Casas, Hiuoire générale des Mes,
privation de nourriture qu'il infligea à ceux qui commettaient quelque délit parut au Roi et à la Reine une peine égale à celle de mort (i) : la création de la charge de gouverneur des Indes qu'il fit en faveur de son frère don Barthélemi, sans l'assentiment préalable de la cour, y fut regardée comme une usurpation de l'autorité royale à laquelle appartient uniquement l'institution de si hautes dignités (2). Ces raisons et surtout les rapports de l'amiral contre les rebelles motivèrent la résolution d'envoyer à V Espagnole un juge supérieur muni de pleins pouvoirs pour connaître de tout ce qui s'était passé et punir
liv. I, chap. 176, et dans un Opuscule qu'il fit imprimer à Séville en i55a, sur le Huitième des Remèdes ^el Octavo de los Remédias), ou moyens qu'il proposa en i54a, dans un conseil , pour la réforme du gouvernement des Indes, p. 5.
Remesal , Histoire de Chiapa et de Guatemala , liv. II , chap. 10 , §. 3.
Voyez le n* 1 34 de la Collection diplomatique.
(M. F. DE Nav.)
(1) Collection diplomatique , 97. {^Idem. )
(2) Bartolomé de Las Casas, Histoire générale des Indes y liv. I, chap. 101. Il paraît que cette nomination eut lieu en 1494 > peu de temps après l'arrivée de don Barthélemi \ rîle Espagnole; mais les Rois, pour complaire aux deux frères , lui expédièrent le brevet de gouverneur [adelantado)^ le 22 juillet 1 497*
Collection diplomatique , n» [Idem.)
introduction.
les coupables. Le choix des souverains tomba sur Bobadilla , qui jouissait de la réputation de
bon chevalier, très honnête et très religieux ; ainsi que le qualifie le chroniqueur Oviedo (i), et que le confirme Tévéque Bartolomé de Las Casas, ajoutant c^i il n entendit jamais dire de lui quand on en parlait tant y chose deshonnête ni qui sentit V avarice y ni même après sa déposition et sa mort (2). Les commissions et les provisions royales furent rédigées dans les termes les plus mesurés, les plus justifians (Justijicados) et les plus honorables pour l'amiral lui-même. On ordonnait à Bobadilla , qu'après s'être pleinement instruit de tout, avoir procédé à une information juridique et avoir connu la vérité il Jit emprisonner les coupables et séquestrer leurs biens (3). On prévenait les conseils, les tribunaux et les justices que si Bobadilla jugeait qu'il fût convenable à notre service et à V exécution de notre justice que quelques chevaliers ou autres personnes quelconques de celles qui sont à présent ou seraient à Va-
(1) Oviedo , Histoire générale des Irides, part. I, liv. III , jcbap. 6. (M. F. de Nav.)
(9.) Bartolomé de Las Casas, Histoire générale des Indes, liv. II , chap. 6. ( Idem, )
(3) Collection diplomatique, 11" 127. (^Idem.)
INTRODUCTION. tisiS
venir dans lesdites des et terre ferme y en sortissent ^ ou n y entrassent pas et nj séjournassent pas si elles ny sont pas encore, et qu elles vinssent et se présentassent devant nous y il a le droit de l'ordonner de notre part et de les faire sortir desdites possessions (r). Comme Colomb y exerçait alors un commandement supérieur , il était facile de prévoir que l'ambition d'un juge nouveau qui pourrait le remplacer pendant long-temps, s'il Iq trouvait coupable, serait un grand obstacle à la rectitude et à l'impartialité de sa conduite, et cette circonstance ne fut peut-être pas assez mûrement examinée et pesée. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de croire que pour déterminer le Roi et la Reine à confier à Bobadilla l'autorité suprême, et à ordonner à l'amiral lui-même et aux autres autorités de l'île Espagnole de lui remettre les forteresses , même sans l'intervention à cette remise et à la prestation de fidélité et d'hommage, d'un concierge (/^or^ero) connu de la maison royale (2), intervention qui, pour de tels actes, était ordonnée par la loi, il a bien fallu
que les qualités et les talens de Bobadilla fussent '
(1) Collection diplomatique , n** 138. ^