‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 15 sur 26 · M. F. DE TV AV · texte numérisé non relu

M. F. DE TV AV

(a) Ibidem y n« 129. {Idem.)

TojvfF 1. i5

aa6 INTRODUCTION.

reconnus par des princes ausi justes qu'habiles

appréciateurs des persoiiues^ et que Tamiral ait donné quelques moti£» pour qu'ils le pri^afiseiity

temporairement au moins, de son gouvernement. Lechroniqueur Oviedo fortifie ce sou(»«cki lorsqu'il dit que les véritables causes de la destitution et de Tittcarcération de Taoïirai restaient cachées y parce que le Roi et la Reme aimèrent mieux le, voir corrigé (emendado) que malf* imité (i). Quoique les cédules et les provisions royales du commandeur Bobadilla aient été expédiées sous lesdates des a i mars, ai etaômai 1499^ il ue reçufi ordre de son départ qu au mois deiuai de l'année suivante, sansdoute parce quejessooverains, toujours remplis de bienveillance pour Colomb, attendaient de V Espagnole de meilleures nouvelles qui leur épargnassent le déplaisir de mettre à exécution une mesure qu'ils semblaient n'avoir prise qu'à force d'importunitéSt Deux vaisseaux anrîvèrent dans le cours de l'année i5oo portant les fondés de pouvoir des deux p^tis. L'amiral envoya des procédures en forme et des relations mieux certifiées et légalisées; mais ses raisonnera^*» et les témoi"* gnages qu'il invoquait , ne'' produisaient pas

(i) QviedOf Histoire générale des Indes, liv. III, chap. 6.

(M. F. DK Hay.)

autant d'e£fet sur Ferdinand et Isabelle, que

les plaintes faites de vive voix sur sa rigueur , , son injustice » son ambition , et les accusations que portaient contre lui une foule de gens tenus des Indes qui rédamaient en même

temps, les uns leur solde arriérée, les autres le prix de leurs services , ceux-là la réparation des pertes qu'ils avaient éprouvées, et tons, justice contre l'étranger qu'ils croyaient être Forigine et la cause de leurs maux. 11 y eut des momens où Ton vit à Grenade cinquante de ces mécontens se réunir dans la cour du palais de rÂiiiainbrâ, y entourer le Roi, le fatiguer de leurs clameurs mille fois renouvelées , et pousser l'insolence jusqu'à oser iiisulter par d'injurieuses railleries les fils de l'amiral qui faisaimt leur service dans le palais (i). Tant et de telles plaintes obligèrent le Roi et la Keine à prendre des mesures pour rechercher la vérité et faire justice; et c'est à cet elfet qu'ils envoyèrent enfin Bobadilla, qui partit vers la mi*juillet et arriva à l'île Espagnole le 2 '3 août 1 5oo, lorsque la révolte était déjà presque éteinte, et le remède, par conséquent, intenipesLif et mènie

{1) fernando Colomb^ Histoire de l'amiral, chap. 85.

(M.F. dbNavO

2ta8 INTRODUCTION.

dangereux. Les mécontens profitèrent de cette

conjoncture, et Bobadilla croyant, avec trop de légèreté les rapports qu'on lui £siisait, ou mu par son ambition, agit avec peu de sagesse et de prudence, et ne conserva pas les égards qu*il devait au rang , à la dignité , et à la personne de l'amiral et de ses frères. Il commença par s'emparer de leur maison et de tout ce qu'elle contenait, et il s'en servit, comme si c'eût été sa propriété. Dès que Colomb fut dans le malheur presque tous l'abandonnèrent , et le petit nombre de vrais amis qui lui restèrent fidèles furent intimidés ou atterrés par la passion du jugé et l'extrême insolence des mécontens. Il devint donc facile de trouver, dans l'instruction de la procédure, des témoins qui aggravèrent les torts et exagérèrent les défauts des trois Colomb.

Bobadilla, après les avoir fait arrêter, les fit diarger de fers et mettre dans les caravelles « en ordonnant de les conduire en Espagne jet de les livrer à Tévéque don Juan de Fonseca (i). Ils partirent du port de Sauto-Dommgu au commencement d'octobre , et arrivèrent à Cadix le ao ou le 2 5 novembre, après avoir été pendant leur traversée l'objet des égards et

Voyes le $. 61, et les notes sur ce paragraphe.

i (Bf.F. diNav.)

des soins de don Akoso de VaUejo et d'Andres

Mai tin 9 qui comniandaient les caravelles. Ces deux officiers Toulaient leur ^r leurs fers , malgré la résistance de l'amiral, qui refusa d'y consentir jusqu'à ce que le Roi et la Reine l'eussent ordonné : et à peine farent^ils arrivés en Espagne que ces deux oiiiciers donnèrent à Colomb la fisKsilité d'envoyer secrètement au Roi, à la Reine et à d'autres personnes (i) un serviteur de confiance porteur de ses dépêches, afin qu'elles arrivassent avant celles du comraapdeur, et les procédures dont elles étaient accompagnées. • ^

§. LXllI. Cette précaution produisit un bon résultat, car aussitôt que Ferdinand et Isabelle, qui se trouvaient à Grenade, apprir ent l'arrivée et l'incarcération de l'amiral et de ses frères, ils en furent extrêmement affligés, ordonnèrent qu'ils fussent tuis immédiatement en liberté , et envoyèrent à l'amiral deux mille ducats , afin quHI se rendît , sans délai , à la cour , ou les trois frères

(1} Voyez U lettre adressée à U gouvernante du prince, et placée immédiatement à la suite de la relation du troisième Voyage ; ainsi que le n* 1 37 de la CoUeethn diphmati^ue.

(M. F.walfAV.)

a3o INTRODUCTION.

arrivèrent le 17 déeembre^ suivant ce que rapportent les écrivains du tmnps (i). Ils furent reças avec beaucoup de bienveillance par le

lioi et la Reine, qui compatirent à leur disgrâce, et les assurèrent qu'ils avaient été arrêtés coutije leur volonté, ils leur donnèrent en même temps, et surtout à Tamiral, que la Reine avait toujours regardé avec une affection et une prédilection particulières, les preuves Ks plus sincères de leur satisfaction et de leur désir de les oÀi»oler. Aprèà avoir admis les justifications que Colomb présenta au sujet des fautes qu'il avait pu commettre sans le vouloir, et avec les intentions les plus pures, ainsi qu'il l'exprinia dans sa lettre à la gouvernante du prince, le Roi et la Reine lui promirent, par des paroles pleines d'affection et d'ej/îcacité {con palabras muy amorosas j efîcaces ) , dît Rartolomé de Las Casas, de venger son injure , de porter remède à ses souffrances , et de lui conserver , sans exception , tous les privilèges et toutes les grâces qu'ils lui avaient accordés. Avant qu'il entreprit son dernier voyage , ils lui disaient : « Soyez

(t) Bartolomé de Las Câsas, Mstoin générale des Indes ^ liv. I, chap. 182.

Herrera dit cjue ce ne bït que mille ducats, décade X, lir. IV , chap* 10. ( M. F. d» Nav, }

Oigitized by Coogl

INTRODUCTION. 23i

«r bien assuré que votre inoRrcération nous a fait

a la plus grande peine, et vous Tavez bien vu, c et tous l'ont clairement reconnu , puisqu'aus*^ « sitôt que nous en fumes informés nous ordon- « nàmes votre mise en liberté , et vous savez avec c quelle faveur (i) nous avons commandé qu'on iL vous traitât toujours ; nous sommes à présent « plus disposés que jamais à vous honorer et ^ a vous très bien ti aiter , etc. » Ou peutajouter qu'ils ne firent aucun cas , ni des informationa et des procédures de Bobadilla, ni des pièces et des lettres sur lesquelles elles étaient appuyées. Ils désapprouvèrent 5a conduite, ne duuuèreut aucune suite à sa déposition ^ et s^accordèrentà confier par intérim le gouvernement de Tîle Espagnole, à don !Micolas de Ovando , commandeur de Lares de Tordre d^Alcàntara, homme d'une grande intégrité et d'une maturité égaie

(i ) .Otte expression dénote, selon notre manidfe de voir, qœ qnand bien même il y amit en, d'après les procédnrss

et aux termes ri^^oureux de la loi , sujet à lui inflij^er un chàliment, le Koi et la Xleine, eu égard à ia personne et aux services de l'amiral, n'anrai^t pas a^ envers lui selon la loi écrite , mais usant ée faveur. ( M. F. ds NaV. ) '

(2) Voyez dans le quatrième Voyage, la lettre du Roi et de la Reine , qui précède Tinstruction donnée par eux à ramiral pour ledit voyage.

Casas, lib. I , cap. i8a. ( Idem.)

a3a INTRODUCTION,

à sa prudence (i)* La demande quei^ l'amiral

de a'étre pas chargé du gouvernement de l'ile jusqu'à ce que de nouveaux coIoil^ detQe91eure&

mœuFb et plus appUc^ués au travail y fussent

envoyés, contribua, sans doute, à ce choix, d'ailleurs si conforme à la justice. Cette conduite et cette demande étaient louables de la part de Tamiral , et même nécessaires , afin que les troubles qui avaient eu lieu ne se renouvelassent pas , troubles qui pouvaient, ainsi que

(i) Lorsque le Roi et ia Reioe catholiques fonnèrent une société de dix chevaliers , cinq d'un âge mftr et dnq

encore jeunes , pour que le prince don Juan leur fils ftt éievé au milieu d'eux, ils les cJioisirent par tous Um royaumes, ayant soin qu'ib fussent ea^Mnemés, vertueiui et de noble lignage, et Ovando fut l'un d'eux. (Oviedo, Histoire gt /ici aie des Indes y part. I, liv. IV, chap. i.— Clémencin, note 14 à cette histoire, p. 384)* Colomb luimême lui écrivait avec le plus grand respect et la plus hante considération , ponr le remercier des sohis qu'il avait pris de ses affaires , soins dont il ne peut être trop reconnaissant i pour le féUciter de tout ce qui lui arrivait d'agréaUe, et Vasswrer qu'il y prenait Hen sincèremeta part (y aseguràndole que no era lisonjcro en palabras), (Appendice à la Collection diplomatique , n<" ao et 2 1 . ) Il paraît cependant, d'après ses lettres familières à son fils, qu^il pensait d'une autre manière; mais les circonstances n'étaient pas les mêmes, et Thomine u>st toujours qu'un assemblage de coiH tradictions« . (M. F. o£ Nav. } .

le lui dirent le Rot et la Reine , mettre ses propres jours dans un danger émiueut. Pour qu'il n'y fut pas exposé, ces souverains le prévinrent avec non iiioins de délicatesse que de prudence en lui expédiant les instructions relatives à son dernier voyage , le 1 4 mars 1 5o2 , qu'il devait, en allant, ne pas toucher à l'Espagnole , ainsi qu'il en avait l'intentiou. Ils ajoutèrent néanmoins qu'en revenmtilpomrBits'jr arrêter unpeUf maisseulement en cas de besoin ^ parce qu'il convenait qu'ils fiiss^ informés, par lui-même, en personne, des découvertes qu'il aurait faites, afin qu'ils fi^nt, en conséquence, les dispositions nécessaires. Colomb, malgré cette insinuation de Leurs Altesses, insinuation qu'elles lui avaient faites avec tant de douceur, et seulement comme un conseil et un désir, quand elles auraient pu en faire une défense positive, se présenta à l'Espagnole et voulut y aborder. Mais Ovando , qui avait reçu les mêmes instructions , l'en em** pécha, et obéit en cela à la volonté de ses souverains. Ceux-ci, toujours justes et bienfaisans envers l'amiral, désapprouvèrent ou annulèrent diverses mesures prises par Bobadilla (i), et ordonnèrent, en conséquence, que Colomb i\x% ' ^

(i) Voyez \t II** i5i de la Collection diplomatique,

(M. F. dsNav.)

234 ii\TKODLCTION.

rétabli dans ses ancieiiMft prérogatiim; qae les

traités qu'il avait faits au profit du trésor royal reçussent leur exécution ; qu'on lui rencttt, ainsi qu'à ses frères, tout ce que ledit gouverneur leur avait pris , ou qu'on leur en domàt la valeur sur les biens que ce dernier avait laissés : enfin, qu'on payât à Tamiral tous les droits ar^

riérés qui lui revenaient. Ce simple récit prouve I^ que Ferdinand et Isabelle eurent de justes

motifs pour envoyer à l'île Espagnole un juge instructeur 9 et qu'ils choisirent, à cet e££et, un sujet distingué, ancien serviteur de la maison royale, et qui avait joui jusqu'alors d'une répu-« Itttion très honorable; que si, d'un côté, celui-ci, abusant de son pouvoir ou entraîné par

une passion quelconque, foula aux pieds les égards qu'il devait à l'amiral; de l'autre, le Roi et la Reine non seulement ne négligèrent rien , pour le consoler, d'une manière pleine de tendresaeet d'affection , et lui donner satis&ctioQ sur tout ce qui s'était fait sans leur ordre et contre leur volonté, mais encore qu'ils prirent comme souverams toutes les mesures qu'ils crurent justes pour le rétablir dans ses honneurs et t& parer le tort fait à ses intérêts; 3°. que dans cette malheureuse affaire la nation espagnole e^les monarques qui la représentaient, loin de persécuter Colomb,, le comblèrent d'honneurs

INTRODUCTION, îi35

et de bontés , soit en public soit en particulier; et vil est bien remarquable que les enquêtes et les procédures dont on ne fit aucun usage ne parurent jamais devant aucun tribunal, et que Colomb n*en ait pas sollicité la remise, comme il le pouvait, afin d'écarter les charges qu'elles auraient pu faire peser sur lui. Sa lettre à la gouvernante indique, il est vrai, quelques unes des accusations portées contre lui; mais cessons, il en est temps, de combattre ces fantômes de Terreur et de la prévention. Les exemples que nous venons de citer doivent suffire pour faire connaître, d'un côté, la précaution et la défiance avec lesquelles on doit lire de semblables livres; de l'autre, le bon usage qu'on peut faire des documens que nous publions, dans lesquels on trouvera toujours la vérité, qui est l'âme, l'essence et la splendeur de Tbistoire. Continuons donc à lever les doutes que pourraient présenter, et à réfuter d'avance quelques objections que pourraient faire ceux qui examineront de bonne foi ces deux premiers volumes (i) de la collection des voyages espagnols.

§. LXIV* On a eu sous les yeux , poujr tracer

{t) En français : ces' dnq premiers voluinés.

les routes maritimes suivies par Tamiral dans

ses quatre voyages, iiou seulement ses journaux et ses relations , mais encore celles de fiartolomé de Las Casas , de duii Fernando Colomb , . et de don Antonio de Herrera , à l'aide desquelles on a suppléé aux lacunes des premières (i). Ou ^ cru jusqu'à présent que la première terre que découvrit l'amiral, où il débarqua le octobre 149^9 et que les naturels appelaient GuanO' haniy est l'île nommée sur toutes les cartes San Salvador grande ^ située entre les parallèles du a4* et du ^5% et ayant une étendue de quinze lieues du nord-nord-ouest ou sud-sudest. Don Jiian Bautista Munoz pensa que l'ile de Guanahani est celle que Ton connaît aujourd'hui sous le nom de Watlings ( Watelin dans les cartes françaises) (2), située à quinze lieues est de la première^ d'une étendue de quatre lieues à peu près du nord au sud , et tout en-

( I ) Les cartes ont été tracées sous nos yeux par don Miguel Moreno, pilote de première classe, breveté lieulenaiit de frégate ^ et dessinateur du dépôt hydrographique, qui, ayant fidt partie de l'ex^iédition sciœtifique faite aux Antilles par don Cosaïc Churruca, a pu examiner par luimême beaucoup des lieux dont il est question dans les deux cartes. ( M. F. dx Nat* )

(a) Juan Bautista Munoz^ Histoire du Nouveau- M oiuk j \vr. III, S* 19»* {Jdemf)

tourée d*un récif de pierre. En examinant les journaux de Colomb , et eu réfléchissant sur sa route, toujours suivie vers Touest, dtle en ile, depuis la première qu'il découvrit jusqu'à sa descente à celle de Cuba (dont il décrit les ports deNipe, de Las Nuevitasdel Principe, de Tauamo, de Cayo-Moa et de Baraooa, ces deux derniers surtout, avec une admirable exactitude), nous arrivons à croire que la première terre découverte n'a pu être , sous aucun rapport , malgré Topinion assez généralement adoptée jusqu'à présent, celle que Ton connaît sous le nom de San Salvador grande. £n effet, en partant du lieu où elle est située, l'amiral n'aurait pas pu faire sa navigation en suivant toujours la direction de l'occident, ainsi qu'il le fit, à cause des obstacles que présente le graïul banc de Bahama, au nombre desquels est la Cordilr lière des Caïques, appelé de la Chaîne {de la Ckidena) ou deMontesumos, dont l'accès est très difficile. Il est encore moins croyable que, suivant la direction de l'ouest-sud-ouest et du sudouest, il soit venu atterrir au port de Nipe , qui se trouve à plus de soixante lieues au vent du cours de sa navigation , ce qu'il est très difficile de faire dans ces parages. Ces indications et ces données nous ont conduit à rétrograder depuis le point de son premier arrivage à Cuba jus-

a38 INTRODUCTION.

qu'à la quatrième île qu'il vit , dont il fit le tour, qu'il appela Ismbela, et qui doit être celle que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de la grande Inagm {Inagua grande); de même qtte nous nommons lai petite' Inague {Inagua Chicd)^ rile lernandina, que Colomb Tisita le 17 octo- ' bre* Les îles qu'il côtoya au nord et qu'il appela Sainte-Marie de la Conception (Sonia Maria de la Concepcion)^ dmvent étrè celles qu^ni nomme aujourd'hui les Caïques, où il mouilla le I S du même mois. Il résulte de ce que nous tenons de dire que la première terre qu'il décoo- ▼rit y etfiur laquelle il mit le pied dans le Nouveau- Monde, doit être , selon nous, l'ile de la grande Saline (del gran Turco), située par ai* 3o' lati* tude nord, et 73° ao' longitude ouest, (t)

S, ISKYé Colomb 9 écrivant dans son jounuil les événemens du i i et du octobre, dit qu'ils arrivèrent à une petite ile des Lucayes, et oe^ pendant, le i3 octobre, il s'exprime ainsi : Cette ile est bien gravide et très unie,plaruée d'arbres très verts ; on y trouve beaucoup d*€au^ un très grand lac au milieu, et pas une montagne ; et il ajoute dans la relation du jour suivant, quun

(i) Voyez à la suite de la relation du premier Voyage de Colomb, tom. II, la note où nous diacutoiis ropink» émiae id par M. de Navarrele. (D. L. R. }

INiHODUGTlON. aSg

grand rocher de pierre la borde tout autour {una grande restinga de piedras)* Parlant de nouY«au de cette ilé, le 5 janvier i493, il reisp^t^à i'appeier un Uol ou une petite ile. Tous efiB>«îgDes et toutes ces indications^ si Yèti ^ex- €^|)le ceUe à^^^k grandeur (de s( r hiejt grande)^ IMi^i rapportent parfaitement à File de la grande

uouîi supposons être la première que déltoov«t|Xoloinb< Parmi les diverses particula» xU^b qui la distiiigueut, il eu est uue li es remarlywble^e'eBtle lac qui est aumiUeu, et quinir^ae | i trouvedaiis aucune autre,particularUédoiit l'ami- ( l«|^fi|jil;^;lllelltion , et que n'omettent ni son fils don ; jpj^i^ii^idu , lii Las Casas, ni nerrera (ï), et qui

M. SeUin, danj» ^ De^mptim géO'

graphique des dchouquemens qui sont au nord é^^Hi^,d^ Saint-BQmmgue, qu'il pubUa avec ^Jèversés eartes et plusieurs plans, en 1768. €^ ifti^Uft^unui ont Uéteixumé à trac^r.&ur notre j oaa» numéro 1^^^ la route maritime et Fabordage 4e Coloiob daa& son premier voyage à ia.peùte • tlli^ ^tgrande Saline {el grand Turco), qui a ,

(1) Don Fernando Colomb, Hàtoire de V Amiral, chap. 22« Bartolomé de Las Casas, liv. I, chap. 4o«

Antonio de Herrera, décade I, liv. I, chap. 12. Tous donnent à cette iie une étendue de quinze lieues.

(•M. F.dbNav.)

a4o INTRODUCTION.

du nord au sud^ une étendue d'une liéue et

un tiers, avec la ville construite sur la partie occidentale, ainsi que les Indiens rapprirent à rauiiral lors de son premier débarquement, (i) LXVI. Dans le dessein de donner pfats de poids à nos copies des documens que nous pu* blions, nous avons eu soin d'indiquer le lieu où les originaux se trouvent aujourd'hui déposés; mais quoique -ces copies soient toutes authentiques dans leur essence et dans leur contenu, elles ne sont généralement pas toutes £aites avec le même zèle , le même scrupule et luie attention également minutieuse.. Ces différences viennent, pour l'ordinaire, de oe que les copistes ne connaissent pas des caractère^ qui ne sout plus en usage , ne comprennent pas bien les abréviations et les liaisons , si fréquentes et si arbitraires dans les écrits du moyen âge ; encore moins les tournures des phrases , les constructions et les régies de Tancieune syntaxe , les formules des commissions, des provisions et des lettres royaux. Souvent aussi le défaut de ponctuation et l'abandon total des règles de la bonne orthographe Yen deut obscur le sens de la phrase ou de la période. Ces difficultés , jointes à celles que présentent en même temps des papiers

(a) Voyes la noie indiquée ci-deasus^'p. a38. (D. L. R.)

INTRODUCTION. a4i

vieillis et déchires , des encres passées et prèsque e£Facées, donnent lieu à quelques fautes , qui sont cependant faciles à reconnaitre pour les personnes qui joignent à de la perspicacité l'habitude de lire les anciens manuscrits, et qui sont d'ailleurs versées dans la connaissance des anciens documens. Ceux qui ont été copiés sous nos yeux pendant la durée de la commission doiit nous lûmes chargé , et surtout ceux dont le savant Thomas Gonzalez a dirigé la copie ou qu'il a copiés lui-même, soit à Simancas, soit à Madrid y l'ont été avec toute l'exactitude et la ponctualité désirables. On trouve aussi dans le CSdice Colombo Americano des fautes légères de ce genre produites par le défeut dHntelligence, tan«» tôt des chiiires ou abréviations, tantôt des mots de la langue espagnole vieillis ou tout-à-fait \lovs d'usage ; mais ce qui est plus embarrassant, . c'est lorsqu'il y a quelque altération ou substitution de mots dans les diplômes ongmaux, dans les copies, les minutes et les actes existans, soit dans les registres, soit dans les liasses qui sont conservées dans les archives. On ne s'éton-» iiei a pas que cela ait pu arriver, si 1 ou songe que lorsqu'on a fait un brouillon, il arrive souvent qu'en le mettant au net on le change pour améliorer le style , soit qu'on replace des phrases entières par d'autres plus exactes , soit qu'à cer-

ToM£ 1* l6

a42 INTRODUCTION.

taines expressions on en substitae d*autres plus^

propres , plus justes ou plus convenables. Malgré ces difficultés nous avons fait en sorte de donner à nos copies toute l'exactitude possible, en les eoUationnant soigneusement avec les docamras originaux, avec les registres et les actes légaux, toutes le& fois que nous en avons eu les moyens , çe qui a été pour la plupart.

LXVU. Quant à Tordre que nous nous pro* po3ons de suivre dans la collection des voyais ^ nous n'avons pas balancé un instant à l'égard du sujet de ces premiers volumes; parce que le grand ColoQ^ ayant découvert ie premier les mers etfes terres occidentales , devait avoir le pas et la prélérence sur ceux qui, suivant ses ti aces, ouvrirent un vaste champ à l'ambition et à la pobtique nations de l'ancien continent. Il nous paraît, qu'en pi*aportion de la multiplicité excessive des découvertes et des expéditions sur toutes, les côtes dyLiN^ouveaurMonde, dans le grand Océan et la mer de Tlnde orientale, jusqu'aux Molt»ques et sm Philippines, cette étendue et cette diversité de mers et de pays réclamaient un classe» ment plus méthodique, et exigeaient en outre, si nou& pouvons nous exprimer ainsi, un ordre géographique qui réunît les documens relatifs à rbiâtoire de chaque pays, sans que l'ordre chronologique , qui hw appartient respective-

INTRODUCTION. a43

ment^ en fût aucanemeiit altéré. Selon ce plan , nous réunirons dans le tome Ui (i) tout ce qui 86 rattaché aux découvertes de la Terre-Ferme (Costa firme) et de la Floride; et dans le tome IV (2) les relations de Femand Gortès , en intercalant convenablement ceux des écrits de ce grand homme qui n'ont pas encore été publiés. Les volumes suivans se composeront des expéditions au Rio de la Plata, au détroit de Magellan, aux côtes du Chili , du Pérou et des Californies ; de celles qui furent exécutées dans le grand Océan ou mer du Sud, pour y Caire de nouvelles découvertes; et de œlles enfin qui furent dirigées aux Moluques et aux Philippines» Nous tacherons d'enrichir toutes ces reïar tions de quelques docuroens inédits on rares, et nous ajouterons par voie de supplément, Â ceux que noua aurons publiés d^abord, ceux que nous aurons pu acquérir postérieurement, persuadé qne c'eat le meilleur tnoyen de les mettre à l'abri du hasard qu ils courent de se perdre ou de s'égarer pendant qu'ils sont manuscrits.

§• UiVIU. Ainsi Ton connaîtra Thistoire du

Kouveau-Monde sans aucune altération ; ainsi

(i) En français, tomes TI et VIL (D. L. R.)

(a} £d fraiiçâs, tenes ¥111 et IX. (Idem, )

244 lATllODUGTION.

la vérité apparaîtra dans toute sa splendeur;

aiusi se dissiperont les ombres de Terreur, et seront détruits les mensonges de l'intérêt, des passions et d'une politique trompeuse qui u'af- ' fecte, d'un côté, des principes de concorde et de légitimité que pour violer, d*un autre, ces droits sacrés , ces hautes considérations de paix, d'union et de fraternité qui devraient, allier tous les peuples de l'univers. Les Indiens, ces hommes originaires du Nouveau-Monde , se rappelleront avec reconnaissance, au milieu des scènes sanglantes qui les entourent, la sollicitude, le zèle et les soins avec lesquels les monarques espagnols se sont occupés de leur bien-être et de leur bonheur. Ils n'oublieront pas que la reine catholique Isabelle , qui avait pour eux la bienveillance d'une xpère, leur donna, pendant sa vie, des preuves solennelles et réitérées de son amour et de sa considération, et que, peu de temps avant de mourir, elle recorniïiandait au li.01 son époux, et aux princes ses fils, de ne jamais consentir ni donner Heu (ce sont ses propres paroles) à ce que les Indiens, naturels et habitans desdites (les et des eonti^ nens, temt conquis qu'à conquérir , reçussent la moindre offense ou éprouvassent le moindre préjudice dans leurs personnes ou leurs biens, mais ^d'ordonner au contraire quiis fussent

II^TRODUGTION. a45

traités avec bonté et avec justice (i). Ils se coni^aincront, par les docuinens qui sei^ont sous leurs yeux, que les successeurs de Ferdinand et • d Isabelle, Charles- Quint , Philippe U et Philippe m, ont eu les mêmes sentimens, et n'en ont pas donné moins de preuves. Le docteur don Juan de Solorzano fisdt mention , dans sa yoUUque indienne, des mesures pleines d'humanité adoptées par ce dernier monarque, et de ses ordonnances bienfaisantes; mais nous ne pouvons nous empêcher de rappor* ter ce que le roi Philippe IV ajouta de sa propre main, dans une cédule adressée en 1628 au vice-roi et à Taudience de Mexico, pour les inviter, de la manière la plus forte et la plus expresse , à bien traiter les Indiens. « Je « veux, dit-il, que vous donniez satisfaction, à « moi et au monde entier, par la manière avec « laquelle vous traiterez mes sujets d'Amérique : « je verrai avec plaisir dans votre réponse à cette « lettre que . vous avez fait subir des chàti-»

(1) Le Roi et la Reine catholiqnes ont employé des

expressions aussi affectueuse s ot aussi l)ieri veillantes, dans rinstruction qu'ils donnèrept à Colomb pour le gouvcruement de la nouvelle colonie, quand il faisait les apprêts de son second voyiage.

Voyez la Colkciwn diplomatique, n" 46. ( M. F. i»t JNav.)

a46 INTaODUGTiUN.

« mens exemplaires à ceux qui auraient contre» a venu à mes intentions à cet égard ; et je vous c assure que si vous ne portez pas remède auK «maux qu'ont soufferts mesdits sujets, je l'y «porterai moi-même; que je saurai faire peser a sur vous comme des crimes les moindres vexa* ' vt tions qui leur seront faites, parce qu'elles sont « contre Dieu et contre moi, et qu elles peuvent a amener la destruction totale de ces royaumes, « dont j'estime les naturels, lesquels je veux « voir traités comme le méritent des sujets qui sont si utiles à la monarchie, et auxquels elle a doit tant d'agrandissement et d'illustration x>(i). Ecoutons quelques étrangers qui, certes, ne sont pas des juges partiaux ni passionnés. Kobertson , après avoir examiné les lois espagnoles des Indes, et 1 ordre de gouvernement sous lequel vivaient ceux de leurs naturels soumis à la domination de nos Rois, s^exprime ainsi : «On «c n'aperçoit dans cette législation et dans ce gou- <c vernement aucune trace du système cruel de

« destruction qu'on attribue à 1 i^pague ; les

et mesures prises pour rrgler et récompenser les « travaux îles Indiens sont sages et bien entencc dues, et il n'est pas un code de lois où se

(i) SolorsanOy Politique indienne, liv* diap. la*

(M. F. DE Nav.)

et montre plus de aollicîtude, et dans lequel on

« trouve un plus grand nombre de mesures prises « pour la conservation, la sûreté et le bonheur « du peuple que dans les lois espagnoles pour « le gouvernement des Indiens» (i). Combien de fois l'Espagne, se trouvant en gneric avec r Angleterre, a laissé à TÂmérique la plus grande partie des trésors qu'elle tirait de son sein (comme le dit M. Mollien dans son Voyage dans , la Coiombià), dans le seul but de faire jouir ces contrées d'une tranquillité inconnue à la métropole ! Quelles expressions pleines de vérité et de sentiment Tinfortimé La Pérouse et le capitaine Vancouver n^emploient«ils pas pour faire Téloge de la piété, de la charité et de la douceur touchante avec lesquelles les missionnaires espagnols instruisaient et amenaient à la vie sociale les Indiens sauvages des établissemens californiens (2)! ujais les Indiens ne l'ignorent pas ; ils savent bien foire la comparaison des temps passés avec le temps présent ; aussi, ce ne sont point

(1) Robertaon» BisÈfàrtd^ Amérique ^ liv* VHI.

(M. F. DS Nav.)

(2) Voyage de La Pérouse y tom. II, p. 253.

Voyage de Vancouver, tom. II, chap. I9 p. 12 de la •traduction française.

Introduction au Voyage des goélettes la Subtile et la Mexicaine, p. 1S6. ' (Jdem,)

eux, habitâDs originaires du pays,- descen-

dans légitimes des hommes qui furent soumis au sceptre des Incas et des Montezumas, qui ont essayé de se soustraire à la domination des monarques espagnols, dont la légitimité a été sanctionnée par le droit d'antériorité dans la découverte, par une ppssession non inter^ rompue pendant l'espace de plus de trois siècles, et par le consentement unanime de tout^ les nations de l'univers. Ils sentent bien enfin que ceux qui préparent leur véritable oppression , ce sont ceux qui, levant aujourd'hui l'étendard de la révolte , n'aspirent qu'à satisfaire leur ambition et leur cupidité ; et c'est pour cette raison que les Indiens conservent au fond du cœur, pour leurs souverains, la reconnaissance, la loyauté et la fidélité propres & la candeur et k la noblesse de leur caractère.

§• LXIX. Ces faits lie pourront être niés même par les créoles ou Espagnols-Améncams , qui, séduits par des idées fantastiques , par de faux rapports, par les déclamations exagérées d'écrivains vénaux ou systématiques , tels que ceux que nous venons de combattre , et par la politique intéressée et fallacieuse de peuples trafiquans , ont plongé ce pays dans un abîme de désolation. Ces philosophes novateurs leur représentent la conquête des premiers Espagnols

INTHODUCTION. ^49

comme Touvrage du fanatisme, de 1 ambition, de la tyrannie et d'une cupidité effrénée. Ils oublient, sans doute, que l'Espagne était alors la nation la plus civilisée et la plus puissante du monde; qu'on entendait avec étonnement et admiration dans l'Université de Paris les leçons de Siliceo et du -valencien Jûan Gelida , et qu'on y applaudissait la profonde érudition de Pedro Ciruleo, du maître Feman Ferez de la Oliva, de Pedro Juan Oliver et d'autres savans espagnols; ils oublient que nos ecclésiastiques les plus vertueux et les plus savans de ce siècle se concilièrent le respect et la vénération de l'Europe, en Italie, en Allemagne, et plus tard au concile de Trente; enfin, que le grand capitaine Goiizalo Fernandez de Cordoba (Gonzalve de Gordoue) et Antonio de Leiva perfectionnaient Tai t militaire qu'ils illustraient par leurs exploits. Tous furent élevés dans les États des Rois callioUques. L'exemple et la doctrine des premiers formèrent les dignes ministres de l'Évan^le qui se répandirent dans le Nouveau- Monde, et inspiraient à ses habitans l'amour de la vraie religion, la douceur et la pureté des mœurs, et surtout une profonde aversion pour une idolâtrie barbare et des sacrifices de sang bumam , pendant que les guerriers triomphaient les armes à la main de la résistance que leur op-

aSo INTRODUCTION.

posaient les naturels et des ruses qu'ils inventaient pour leur mûre et pour rendre leurs ef«« forts inutiles; et qu'on ne croie pas que le désir de dominer sur ces nouveaux et immenses pays ait exclusivement occupé l'esprit de ces héroi* ques Espagnols! Il est constant que tous les soldats y les chefs eux-mêmes, et surtout les ecclésiastiques et les employés civils, avaient soin, dans les expéditions et les entreprises d'outre-mer, d'emmener avec eux des ouvriers et des animaux, et d'apporter des .plantes, des graines et des instruroens européens, k l'aide desquels ils introduisirent dans ces diverses régions, l'agriculture et les arts propres à un peuple civilisé. Les Rois de glorieuse mémoire auxquels échut le bonheur de faire des décou* vertes et des conquêtes aussi importantes (i), s'en occupèrent avec une prévoyante et bien-* faisante sollicitude. Dans la conquête du Nouveau-Monde comme dans toutes celles qui ont été faites et qui se feront jusqu'au dernier âge du monde, il a fallu nécessairement des vainqueurs et des vaincus, et par conséquent de la gloire et des prospérités pour les uns ; des re-

(t) Yojes dans la Collection diplomatique, les diverses instructions que les Rois donnèrent à Colomb, à Fonseca,

à Ovando, à don Diego Colomb^ etc. , etc. ( M. F. de Nav.)

INTRODUCTION. a5i vers, de rabattement et des malheurs pour les autres. Mais malgré la fiirear et la méchanceté des accusations portées contre les Espagnols, ils a ont pas été, non certes , ils nont pas été ceux qui dans le^ conquêtes d*outr&4ner ont le plus dépassé les limites que prescrivent Thumanité et les lois de la guerre. Lorsque les Anglais conquirent le Canada et le pays qu'on nomme aujourd'hui les États-Unis , ont-ils mieux traité peut-être les Indiens qui les habitaient alors ? outils fait éprouver à ceux de la Jamaïque, un trai-* tement plus doux et plus d'humanité? et pour se rendre maîtres de l'Indostan n ont-ils pas exterminé aussi avec le fer et le feu des millions d'anciens habitans de ces contrées? Et les Français, les Hollandais, les Portugais , qu'ont-ils fait pour s'emparer des colonies qu ils possèdent ou ont possédées dans les deux hémisphères? où est la race indigène dans les colonies fondées par les Européens dans le Nouveau-Monde? Qu'on ob-* serve avec surprise que s'il en est une où elle subsiste encore, c'est dans les colonies espagnoles du continent américain, c'est là qu'outre les tribus sauvages non conquises, et les In* diens marrons enfoncés dans l'intérieur des possessions espagnoles, il existe des peuples, entiers et beaucoup d'autres composés, dans leur presque totalité, d'anciens et véritables

a5a INTRODUCTION.

Indiens (i). Mais ce qui est singulier, c'est qu'eu outrageant ainsi la mémoire de ces illustres et héroïques Espagnols, on cbei cbe à flatter bassement et à séduire par des déclamations aussi peu fondéesleurs descendans et héritiers qui jouissent tranquillement, après la longue et paisible possession de leurs aïeux, des commanderies, des domaines et des récoj^penses qu'obtinrent ces derniers comme prix de leurs mémorable^ exploits, auxquels ils affectent aujourd'hui de ne donner que les noms de cruautés et d'usurpations. Tel est l'iégarement de la raison auquel ' sont arrivés ceux qui veulent se £Edre passer pour philosophes dans ces jours de revers et de calamités. Les atrocités les plus dégoûtantes qui aient affligé le monde ont été le fruit de la révolution française dans les dernières années du siède qui vient de finir. Et quand le trépas de tant d'illustres victimes sacrifiées par la fureur révolu* tionnaire, au milieu cFunc nation si industrieuse et si civilisée, excite encore notre compassion et nos regrets; quand leurs cendres fument eo-

(i) Les observadoiis et les calculs d'un écrivain aussi

judicieux qu'impartial, M. le baron de Humboldt, confirment en partie les assertions de M. de Navarrete. Voyez fk note I , page 3i i , du tome IV de notre nouvelle éditioa de VBiftoire d'Amérique de Robertson. (D. L. R. }

core, le traducteur de M. Bossi osera-t-il ti aiter d'horreurs, osera-t-il même citer les désastres arrivés il y a plus de trois siècles dans des conquêtes lointaines et dans des pays si étendus et si éloignés les uns des autres? Qui oserait comparer Fernand Gortès à Robespierre, et Pizarre àMarat? et dans un pareil parallèle, lesquels seraient les monstres ajjarnés d'or et de sang dont parle le même traducteur français? Il appelle des temps d'ignarance et de superstition Tépoque de Colomb et de nos premières décou* vertes (i) , et il ne considère pas que ce n'est pas à cette époque, mais bien à la fin du dixhuitième siècle, que les féroces démagogues français levèrent leurs tètes ambitieuses au mi^lieu de l'Eurcpe civilisée. Et comment a fini cette fatale révolution française qui voulut, s'emparer du monde entier comme Mahomet avec son Cimeterre en portant partout la désolation et la misère? Que sont devenues les étincelles qui sortirent de ce volcan dévastateur et qui vinrent rapidement éblouir l'Espagne, Naples, le Piémont et le Portugal (a) ? Toutes se sont éva-^

(1) TradiiGtîoii française de Y Histoire de 'Colomb de

Bossi , préface du traducteur, p. 8. (M. F. de Nav.)

(2) M. de Navarrete aurait pu ajouter la Prusse ^ rAutriche^ la Kusdle , l'Égypte , etc. ( D. L. R. )

nouiescomme une ombre » et n'ont laissé que du ^

repentir et des douleurs. Ces exemples doivent rendre prudens et circonspects les Espagnols* Américains, et le» empêcher de se laisser scduire par des chimères et des illusions déjà décré^ ditées et abhorrées en Europe. L*^pénence est un grand maître pour désabuser les hommes > et il arrivera le jour où le voile qui aveugle les ' Espagnols d Amérique se déchirera ! ils maudiront alors ceux qui ont si perfidement travaillé à les appauvrir et à les dominer par le moyen de leur trafic, de leur cupide négoce et de lears ingénieuses iiiveatioiis; qui pour les séparer de leur mère-patrie leur inspirent la haine et la vengeance contre leurs frères d'Europe; qui corrompent leurs mœurs, détruisent ou défigurent ks vertus qui rendirrat leurs ancêtres si respectables afin qu'elles ne servent pas d^exemple k leurs descendans , et ne trouvent pas en eux d'imitateurs; enfin qui n'agissent ainsi que parce qu'ils savent bien que lorsqu'un peuple est efïeminé et corrompu , il est plus facile de le dominer et de l'enchainer ! Ils n'y parviendraient pas si l'honneur, la probité, l'amour de la patrie, la fidélité au souverain, vertus caractéristiques des Espagnols sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, se conservaient chez leurs fils et leurs descendans avec la néme force

ét âam le même 'esprit ! Us noas <mt kissé de

granciâ exemples, et c'est une grande honte pour les générations présentes de ne pas s'efforcer au moins de les imiter. Fernand del Pulgar (i) dit de don Gaston de la Cerda» comte de Médinaoeli, fu*il servit son Roi tout le temps de sa vie as^ec tant d'obéissdmce et de persévérance quU /ut

pour les autres un exemple de loj'auté; et il ajoute : que ce comte connut parfaitement com^

. hien la eonsUtnee et lajldélité brillent en un che^ valieTj et combien est hideuse la souillure d une

faute commise contre les Bois, L'amiral Chris- . tophe Colomb , après s éti e lamenté sur lamoi t de la Heinecatholique, disait à son fils don IXiego , et sous son nom à tous ceux qui devaient habiter les terres qu'il venait de découvrir, ces paroles mémorables : « Ensuite, {important et la seule « chose qui vaille toutes les autres j cestdes'ap- « pliquer et de faire de continuels efforts pour

I « le service du Roi notre seigneur, et de travaiUer « à lui épargner des ennuis. Son Altesse est la « té te de la chrétienté, voyez le proverbe qui dit que lorsque la tête est souffrante tous les « membres le sont aussi; et c'est pour cela que fic tous les bons chrétiens doivent prier pour la

(i) Fernand del Pulgar, Hommes Ulustres de CastUle, tit. Xn. ( M.. F. DE NavO

a56 INTRODUCTION.

« prolongation de sa vie et la conservation de « sa santé ^ et nous qui avons plus spécialement a V obligation de le servir nous devons aider à « cela avec plus âH étude et de zèle que tous les « autres » (i)- Plût à Dieu que tous ceux qui professent pour ce grand homme tant d'estime et de ^ vénération adoptassent et suivissent ses maximes et ses doctrines si différentes , en politique et en religion, de celles qui sont, hélas! aujourd'hui si communes , et qui se répandent dans les deux mondes pour troubler l'ordre de toutes les sociétés civiles et le bonheur du genre humain !

(i) Lettre IV de Colomb à son fils don Diego, tom. III. ( Avis écrit de la main même de l'Amiral.)

( M. F. DE Nav. )

FIN DE l'introduction.

Note i , III , Page 7.

La soie fiit, dans les temps anciens, un produit

spécial de la Chine , et un objet exclusif de commerce pour elle les Romains eu faisaient un grand cas , et la payaient au poids de Tor, comme Tune des marchandises les plus nécessaires au luxe de leurs vélemeus , de leurs meubles et de leurs ornemens , avant même qu'ib connussent avec certitude le pays auquel ils la devaient, et la manière dont elle se produisait. Les uns pensaient que la soie était un duyet très fin qui naissait sur les feuilles de certains arbres ou de certaines fleurs^ d'autres croyaient que c'était une espèce de laine très déliée ou de coton précieux \ et

ceux-là uiénie qui savaieiil tju elle était l'œuvre d'un insecte , manquaient d'idées exactes sur les procédés de sa confection. Son prix exorbitant et sa rareté en limitèrent d'abord l'usage aux femmes d'une classe élevée ou une grande opulence. Les progrès du luxe et l'exemple d'Héliogabale l'introduisirent parmi les hommes j t^l comme Les Aomains ne faisaient point directement ce commerce^ il leur était extrêmement onéreux. Les empereurs grecs, qui, après la dé- ' cadence des Romains, s'efforcèrent de surpasser les souverains de l'Asie en splendeur et en magni6cence , Tome I. tj

a58 NOTES.

firent un plus grand usage de la soie dans leurs habits , leurs meubles et leurs ornemens \ et comme la Chioe était Tunique contrite où elle se cultivât, les Perses, favorisés par leur position, et faisant par terre le voyage de ce pays, l'importaient à ConstaQtinople, ce qui obligea cette somptueuse capitale à souffrir le monopole d'une puissance rivale qui s'enrichissait et prospérait à ses dépens. Vers le milieu du sixième siècle , Jusiiiiien , sentant tout ce que ce monopole avait d onéreux pour Tempire, se servit dedeux moines qui avaient déjà pénétré en Chine comme missionnaires , y avaient observé la nature du ver à soie, et s'étaient instruits du mode de l'élever et de le nourrir pour obtenir de ses travaux une production si intéressante. H les engagea, par de généreuses promesses , à en apporter dans sa capitale un norake suffisant. Ils s'acquittèrent ponctuellement de cette mission , en remplissant le creux de certaines cannes des petits œufs de ces insectes , qu'ils échauffaient avec du fumier et alimentaient avec la feuille du mûrier ^ sauvage : par ce moyen on vit les vers à sdie se multiplicr dans toute la Grèce , et particulièrement dans le Péloponèse , comme dans leur climat naturel (i). Vers Tan io5o, Roger, roi de Sieile, ayant conquis en Grèce les villes d'Athènes , de Corinthe et de Thèbes , en emmena beaucoup de captifs, et spécialement des our vriers en soie, qu'il établit à Palerme, avec ordre d'en-

(i) Robertson^ iteeherehes sur l'Inde , iect ii, not. 35, citaot Gibbou, toni. IV, p- 71. (M. F. db Nat.)

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seigner aux naturels Tait de tmailler la soie, et d'élever le ver qui la produit (i). Il devint très facile que de là cet art passât en Espagne -, et quoique François Cascales , excellent historien de Murcie , aitémis l'opinion que la culture de la soie n'avait été introduite dans notre péninsule qu'à la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième, parce qu'il n'en trouva aucune mention dans les archives de Murcie (2) , Masdeu ^ confondant la création , la culture et la fabrication de la soie avec l'usage qu'on en faisait, dit qu'il est certain que les Espagnols s'en servir^t même dans le temps des Goths. Il ajoute que le Nubien (el Nubiense) (3) , qui voyagea en Espagne

(i) Biccîo, Kr. I de» Rois Je Sicile. ' ( M. F. db Nat.)

(a) Discours historiques df Murcie , dise. l6. idem.)

(3) Fsdri/ le Nubien, ou plutAt Edrisi, dont le nom est, à ce qu'il paraît y AboU'Abdalah' Mohammed hen Moiiammed al Edrisi , a été confondu avec plusieiin auteurs arabes appelés également JSdriti» Celai dont U est ici question était un géographie très célèbre, né à Çeata, en Afrique* vers Tan 1099 après J.-G. Il étudia è Gordouei et Téent ensuite è la cour de Roger, roî de Sicile. Il est surtout connu comme auteur d*an globe terrestre en argent , du poids de 800 marcs, sur lequel il avait lait gravcj en arabe totit ce qu'il avait pu savoir Hes diverses contrées de la terre alors connues, et par un livre de géographie, destiné à servir d'explication à ce globe. Nous ne possédons qu*un abrégé imparfait et tronqué de ce traité» abrégé imprimé en arabe , sous le titre de JDédtssmaU des espriis eurietut ^ Romey iSpt», ét qui fîit traduit en latin » aons le titre de Geogn^Mm ifjiàmw 9 § F^s, 1619. C'est en raison des détatb dans lesqueii Edrisi 9 dont le nom n'était pas plus connu que la patrie , mtre sur l'Afrique , que cet éditeur l'avait ap]}el( le Géographe Nubien^ surnom qn*on lui donne encore généralement , quoiqu'il ne soit pas exact.

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