‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 21 sur 26 · Tome i · texte numérisé non relu

Tome i

ago NOTES.

mettre à profit jusqu'à l'eau de pluie réunie dans les mares , et d'é tan cher la soif avec des cocos.

n est Vrai que la cause de cette pénurie était le manque de bois , comme le dit le journal on ces termes : « Journée du ii mars. Nous éprouvions une « grande disette d^eau , et les machines h'en doto- « naient plus fiiulc de bois, car notre approvisionne- « oient s'était épuisé » mais non à la cuisine. »

A la fin des Mémoires historiques sur la législo" tion et le gouvernement du conuiierce des Espagnols ài^ec leurs colonies dans lés Indes occidentales, que publia don Raphaël Antuhez , en 1797, l'auteur inséra au numéro XXUI de Vu^ppcndice, page io4 9 la lettre suivante écrite par f administration et fe.tiv bunal de commente (la casa de contratacion) ( i ) , au roi don Philippe UI , le 25 mai 161 o , sur le mode de rendre douce leau de mer : . j : |

ft Sire , Gerardo (ce doit être Fernando^de Jjç» «Rios, procureur général des Philippines, nous' a « apporté ici une machine en cuivre, au moyen' âé (i laquelle on a retiré , en notre présence , six litres Il d'eau douce de fort bon goût , de Teau salée qu'on « avait exposée dans cette machine pendant une demi- «t heure à l'action du feu j cette expérience est con- K sàdée jQAf l'acte ci-joint. Là machiné coûte à con-

(i) C'est la bourse, le tribunal de commerce, le dépôt des marebandises saisies par autorité de justice, la justice de paix pour le« différends entre marins et entre navires , etc., etc., enfin pour toutes les affaires relatives au commerce des Indes. ( Dr Y...1.. )

« struire 3oo réaux; le bois qui se brûle est peu de

« chose , et occupe peu de place , ainsi il parait qull « conviendrait d'user de cette machine afin que les c( gens de mer ne pussent en aucun temps courir le a risque de manquer d'eau. D'après la quantité d'eau n « qui a été retirée en une demi-heure, les deux fois <t que l'expérience s'est faite, on voit f|iie la machine a en question peut en donner cent quarante-quatre « azumbres ( i ) en vingt-quatre heures; on devrait donc « ordonner aux navires qui font le voyage des Indes CI occidentales de se pourvoir de cette machine , car « il ne saurait y avoir d'inconvénient à l'emporter, a et que dans l'occasion elle peut être d une grande « utilité : ainsi , il nous a paru nécessaire d'en rendre « compte à V. M. , afin (jii'clle pourvoie à ce qu'il « conviendra. Que Dieu garde la personne royale et « catholique de Y. M. Séville, le 2S mai liSio. Don « Mcichior Maldonado , don Philippe Manrique , « don Francisco de Catalayud. »

La nécessité , mattresse des arts et des inventions ' les plus utiles , suggéra Tidëe de doubler les fonds des navires de plaques de métal pour les préserver de la tarière (broma) (%) , qui causait tant de dommages

(i) Uazumire esl une mesure de liquide dont on se sert en Espagne, et qui est à peu jirrs de la grandeur d'une pinte de France; cent quarante • quatre azumbres équivalent, suivant M. de Verneaily à ceot quatre-vingt-huit litres. ( D. L. R. )

(»] Snma, quisVcrîvaît Bruma^ du temps deChr. Colomb, signifie brume , gros lirouillard ; tarUn , petit ver qui ronge le bcttt des vaisseaux f plaisanterie, chose piquante , qui n'est pas

aç)2 NOTES.

. et de préjudices , comme on le voit dans le quatrième voyage de Colomb : c'est pour cette raison qu^on in*

venta alors en Espagne les doublures de plomb , qui maintenant sont de cuivre. Dans \sl flotte que conduisit Pedrarias Davila à la Terre-Ferme, en i5t4, . on plomba la caravelle latine la iSamte -Catherine {Santa Catalina) , et on fondit en plaques, pour la doubler, trente-cinq quintaux de plomb. Au mois d'août de la même année , on acheta et on arma deux caravelles pour envoyer des secours à la Terre-Ferme ; la plus grande , appelée Sainte-Marie de la consola^ tion (Santa Maria de la cousolacion) ^ dont André Nino était maître et pilote, et la plus petite. Saint- (AcnienL (San Clcmant.e)^ ctaÎL latine, et avait pour maître et pilote Barthélemi du Mafra, habitant de Palos. Pour plomber lâ première , on employa quarante ipiiulaux de plomb, et pour la seconde, vlnglsept et une arrobes (i). Dans la même année, et le de juillet, Antoine Hernandez fot nommé, par une cédule royiiie expédiée à Ségovie, plombier de navires, avec ao,ooo maravédis d'appointemens, et 5,000 pour logement et chauffage . Lorsque Jean Diaz deSolis fut envoyé en voyage au LUo de la Plata, on lui disait, dans un ordre royal daté d'Aranda, 9.7 juillet i5i5, qu'il pouvait être envoyé quelqu'autre en remplacement de cet Antoine Her-

dîle sérieusement; verbiage $ fardeau ou poids moral ; les pierres cassées a?ec lesquelles on ferre les routes. ( De V.,.l« }

(i) Voyez la note i , p. ajS. (M. F. db Nat. )

NOTES. :m)3

nandex , plombier, parce que chaque jour on avait besoin de lui au tribunal de commerce des Indes.

U n'est point à notre connaissance qu avant celle époque on doublât les navires en plaques de métal pour en préserver les fonds de la tarière , afin d'en

jaugmeiiter Tactivilé et la durée.

Ce fut alors que les moines hiéronymites , gouver-

iKîurs de l'île Espagnole, proposèrent, sous la dale du juillet i5i^ , la liberté du commerce des Indes avec tous les ports d'£spagne : cette proposition fut renouvelée par le frère Bernandino de Manzanedo à Valladolid, au mois de février i5iÔ) par le licencié Zuazo , à Saint-Domingue , le 2!» janvier de la même année, et par la municipalité (a} l^/lfam/Vv^/^>) de cette nouvelle cité, le a4 octobre 1537. On disait à l'Empereur dans cette dernière proposition : Nous sttp^ plions de nouveau quU ne soit plus nécessaire de diriger sur SévUle les navires dans lesquels nous ent/ayons nos marchandises y mais qu 'ils puL^senL se rendre librement à quelque port que ce soit. Cependant , jus(|u'en 177 B , on ne put obtenir une faveur qui a été si avantageuse à la Péninsule et à ses ëtablissemens d'outre-mer. Ce fut aussi , en i5a7, que l'Empereur recommandait à don Sébastien Ramirez de Fuenleal , areiievecjue élu de Sanlo Domingo et de la Conception , et président de cette audience , que l'on eut un soin particulier d'ordonner aux maîtres et aux pilotes qui mendraient de l Espagnole et des autres ' parties des Indes , d'écrire le voyage qu'ils ferment pour aller et revenir ^ et quoii en presciii^ii autant à

a94 NO'i£S.

tous les navires qui partiraient de Séuille, afin qu'on parvint tùut d'une fois à èdm connattre cette navigation, etc. , etc. (i) : on y voit aussi l'ordre donné aux officiers de marine de tenir des journaux , afin que leurs observations servissent aux prof;rès de la navigation et de l'hydrographie.

Les inventions de cette espèce qui sont dues aux Espagnols dans tous les arts et dans toutes les sciences, ' sont en si grand nombre que cette collection de voyages oâ'rira successivement des occasions d en rapporter quelques unes qu'on a reproduites depuis en prétendant à la gloire de la priorité, et d'autres qui peut-être furent abandcmnées et sont maintenant mconnues*

(i) Henrm^'dee. IV, ift». Il, cap. 6.

( M. P. us Nat.)

NOTES. agS

Note ^, §. XXXVI, Page 137.

Au nombre des pertes littéraires infinies qu'a éprouvées l'Espagne dans différentes yiUes, pendant la guerre contre Buonaparle , depuis 1808 jusqu'en 181 3 , il est impossible de ne pas compter avec beaucoup de regret les archives de la députation du royaume d'Aragon et les deux excellentes bibliothèques de Tuniveraité et de Tarchevéché de Valence. Nous donnerons un résumé des choses pré-* cieuses qu'elles contenaient, aiiu d'en conserver au moins le souvenir.

Les archives de la députation aragonaise étaient placées à Saragosse d^ns une salle belle et bien décorée du somptueux édifice de Taudience royale^ auparavant cbancellerie et tribunal du ju^Li( ier d'Aragon (i) ^ on y conservait avec beaucoup d'ordre tous les papiers et actes relatifs aux privilèges et aux choses excellentes Çexcellencias) du royaume , aux titres de noblesse el de chevalerie } aux gentilshommes, aux diocèses et

(1) Il fut ooDStrait, en t45o, |>our y établir les tribunaux et y célébrer les cortès générales do royaume, et il contenait aiissi les notaireries du justicier d* Aragon. Diego MuiiUt*, iiaiicis< aiji, eu ùt la description dans sa Fondation de la citapelie de la Fierge du Pilar , et Excellences de la cite Je Saragosse^ imprimé en 1616 » traité il» chap. 3* p. 17; et là il dit c{oe» dans cette riche et belle uUe , dont le plafond était admirablement travaillé et oonyert de lambris d'or ( ils étaient lans doute dorés) , se^uvaîent les portraits dea loia d'Aragon , peiu ts parfaitement d'après natore.

(M. F. iNav. )

aux tribunaux^ les preuves faites dans les familles, les souTenÎTS des rentes anciennes et de leurs répar^

titions , et des tribunaux; la iiomeiiclature chronologique des députés (i) , depuis le eommencement, en jusqu'à 1705. On y conserrait imb»^

registres de la députation , de la cour du justicier, du;:^i)aiUiage géuéral , des offices» de suginteadanl général des finuaceà; les contrats^ les 4sowtojfiatnÊfm royaux et autres acle» publics 5 le soïamaii e des cortès de ce royaume, que rédigea, en x59âr,^l0 cétiiba^ chroniqueur Blancas , et< que continuèrent>MÉ|H6- ((^icoi s jusqu'aux deruières corlès céiébrée5^«c<?feèradas) par Philippe Y, en 170a ^ une n^tiea iw<i<ijpi différentes charges du même royaume, et «MlilÉi pei^onnes qui les occupèrent comme majo^duiu^

diambeUans, secrétaires, gouverneurs y !6ii^fiMliPl^

généraux, vice-rois, etc. 5 les raémfJire» ' «l« îkli vaux originaux de plasi(;ur» elu oniqueurs , tek que inoine Yagad, messire Santa Maria, ge te a ^ ilifÉp^ de Barcelone don Martin Garcia de Olivar, Taî^ cliiprétre de Saragossc Exericb , qui assista au de Trente ; les chanoines Ferez et Blaçcode.

le dominicain Lanuza . le moine de Citeaux Zapater, le jésuite demandez, le fraiiciscain Hebrera, le bénédictin liarripa, le capitaine Puyol^

• ■ ■ ■• '• ' i;''^itî>; ié i

(i) La députatiou d'Aragon ét.Tit composée de hnit personnes d^une haute qualité : deux ecclésiastiques , dont un ] prélat, deux membres de la noblesse, deux chevaliers et Hijosdalgo ^ et les deux autres appartenant aux villes el aux uni versités. . ' CM. F.DJiWi.v.)

deux Argensolas, Sayas , Ponter, Dormer, Panzano et Samper, et les annalistes Zurila (1) et Blancas, dont les portraits ornaient la salle des archives avec ceux du savant archevêque de Tarragonc don Antonio Agustin , et de don Vincencio Juan de Lastanosa. Ces archives contenaient en outre tout ce qui était relatif à Torigine et aux prééminences du tribunal des compétences de juridiction et de ses chanceliers, Vhistoire et la série des grands-justiciers jusqu'à leur extinction, en 17075 une revue des gouverneurs du royaume et des régens de son ancienne chancellerie et audience royale, avec une notice sur ceux qui appartinrent au conseil suprême d'Aragon-, les exemplaires imprimés des annales du royaume , et ceux du fameux Atlas dressé par Labana , sur les marges duquel l'archiviste don Thomas Fer min de Lezaun avait transcrit , en 1775 , la description historique du royaume, faite par Lupercio Leonardo de Argensola^ les tirages au sort pour la nomination aux emplois de députés , de jurés et autres officiers, avec une liste nominative d'eux tous. Il existait enfin , dans ces archives , tout ce qui pouvait contribuer à perpétuer la gloire . de l'Aragon et la noblesse de ses citoyens -, et de plus un excellent catalogue de tous ces documens, dû aui

(i) Dormer, Progrès de l'Histoire d'Aragon ^ p. 118, 119, 1 81 et.i83.

On transféra aussi dans ces archives beaucoup d'autres manuscrits de la bil)liothcque de Zurita , et notamment des histoires de Navarre, d'Aragon, de Catalogne et de Valence, p. -jiCoà jCy.

(M. F. deNav.)

•oiiM de l'arobiviste Lecaim. Mais ce précieux dëp6t de tant de richesses littëniires et politiques, fruit du géuie el de la science de laut d'iUustres Aragonais, et prc^taUes « non seulement au royaume luinniÀne,

mais encore à la civilisation géntîiale, périt entièrement dans les Ûammes par suite de Thorrible boni* bardement du 217 janvier 1809.

Quant aux bii)iiutiiéques de Valence, Toici lauoliée que nous en a communiquée don Mariano Linan, ex-bibliothécaire et professeur d'arabe à Tuniversité de celte ville, et actuellement doyen de sa faculté de théologie* Nous le copions littéralement : a LeaiiiUiiothëques de 1 université et de l'archevêché de Valence furent embrasées et entièrement consumées^ le 7 janvier 1812 , par suite du bombardement qui em lieu lors du siège de cette ville par le maréchal Suchet. La bibliothèque de l'université se composait de celle que M. Bayer donna, le 1^7 juillet 1785 , à la ville, comme prolecti ice de Técole à l'usage de laquelle il la consacrait , et de diverses acquisitions que fit le monastère, notamment des livres et des manuscrits de don Juan Bautista Munoz. Le nombre de ses volumes s'élevait à vingt-sept mille , dont vingt mille provenaient de ia bibliothèque de M. Bayer, qui était remarquable par le choix, le goût et le luxe des éditions el des reliures. La collection de Bibles était très abondante, puisque, outre les polyglottes de Cisnéros, d'Arias Montano , de Lejay et de Walton , on trouvait douze Bibles espagnoles depuis les deux premières de Fer^ rare jusqu'à la dernière hcbréo-espagnolc d'Âms-

terdam, les trois de Rome, de iSgs, de iSgS et

de 1598, et une colleclion très estimable d'autres Bibles hébraïques , grecques , arabes , syriaques , armé niemies, et de traductions dans les langues principales d'Europe , telles que la française , l'italienne , Tanglaise, la portugaise, la hollandaise, Tallemande, la suédoise et la grisonne ; cette dernière , quoique d'une impression moderne, était remarquable en raison de la grande analogie qu^on trouvait entre ridiome grison et Fidiome limousin ou ancien valencien dunt on conservait une version des psaumes, écrite par Juan Ruiz de Corella» (i) .

(( Ou liùuvdil les meilleures éditions des conciles

(f) Celte traduction fut trouvée dans la bibliothèque socrète du saint office de Valence, par le grand-inquisitcur D. Mathias BertraQ , lequel obtint de M . Ârce , inquisiteur général , la penius« •ion de la placer parmi les lima prohibés de la bibliothéiiiie de l'anÎTersité. C'est on ouvrage si rare, qu'il n'en est parlé ni par D. Nicolas Antonio, dans sa biUîothéqae , ni par M. Bayer, dans les notes, ni par Rodrîguez, ui par Jimeue, dans leora bibliothèques yalenciennes. C'est par cette raison que j*ai copié le titre, qui est t « Psalteri trellat delati en riniianç, pcr lo révèrent mestre Corella. «- Et à la fin , il est dit : « Avi Fenix lo Psalteri aromançat, per lo révèrent Mestre Joban Roiç d'Corella , luestre en sacra teologia. Gorregit é felment smerat por Joban Fernando de Goivarai prc- ▼eie* Empgreiilat en Tanesîa, por Mestre Joban Herteiog T^descb 6 XXX dias de Abril any de la natiyitat denostre senyor Dea Jesn Crist mil é CCGGLXXXX. Laus Deo. •

Dernièrement , étant à Madrid , je vis a la bihliotliéquc royale lin ext'iintlaiit^ de cet ouvrage, qui est peut-ctrc le se(]l qui se conserve eniliapague , et je l'ai , depuis , trouvé cite i>ar Meudez, dans sa Tjfpagn^fhie ê^jMgnole, ( de M. Liàw.)

3oo NOTES.

généraux » de ceux d'Espagne , de France, d'Angleterre j d'Allemagne et autres. La collection des Pères

et écrivains ecclcsiasliques était très complète. Toutes les œuvres publiées par la congrégation de Saint-Maur s*y trouvaient , ainsi que beaucoup d'éditions antérieures j tous les tomes des BoUandistes, el la Biblioiheca veterum Patrum, avec leurs tables. En ce qui

* concerne les antiquités , on y voyait les antiquités grecques et romaines des Grévius , des Gronovius , de Mazochi , de Gori , de Mnratori , de Montfaucon et d'auli es ^ les antiquités hébraïques d'Ugolin -, quarante-deux tomes de Thistoire byzantine, avec les livres rares de Gesta Dei per Francos > et &s gran corKjuLsia de Ultramar. On y remaiq Liait les Mémoires de r Académie royale des Sciences de Paris , ceux des Académies de Leipsick, de Berlin, de Saint-Pétersbourg , de Bologne , de Dijon et d'autres ; le Journal des Savons, le Trésor des Jiiscnptiens et Belles-Lettres (i) , Y Histoire générale des Voyages par Tabbé Prévost, et les nouvelles et

^ dernières découvertes, avec d'autres ouvrages sûr le même sujet*, plusieurs Dictionnaires ch'bfsis, soit historiques, soit techniques, et quelques ouvrages de mélanges d'une grande érudition.. La .eolr lection des ouvrages sur l'histoire naturelle avec

(x) Le VsiSA eqiiagnol porte : Tuoro de Imcripckmes y Bellas Letras, que nous avons traduit wm y rien changer, quoiqu'il $oit probable qu*ii 8*agit ici dus Uénoircs de F Académie des htscrutions et BdkfUitns, ( O. L. R. )

NOTES. 3oi

leurs belles planches , pour Ik plupart enluminées ,

était très nombreuse et bien cboisie : on y distinguait les œuvres de Sëba, de Calesby et de Buftbn ^ la Description des insectes de G)togne5 celle des plantes américaines , et enfin presque tout ce qui est connu en ce genre , où se sont distingués les ëtiangers modernes^ et en outre les ouvrages de Dioscorides,

d'Ullssc Altlobi ando (i) , et d autres écrivains fjiu' nous appelons anciens. La bibliothèque renfermait aussi beaucoup d'ouvrage» de théologie , de jurisprudence lanl civile que canonique , de physique , de médecine , de mathématiq[ues , d'art militaire , de navigation \ la collection appelée arts et offices y la physique sacrée , ou histoire naturelle de la Bible , par Jean- Jacob Scheuchzer, avec planches; divers voyages pittoresques , plusieurs ouvrages numismatique» y différens atlas , diverses gravures , comme la colonne trajane , les batailles d'Alexandre \ quelques ouvrages sur l'art vétérinaire , entre autres , un en français d'une magnifique impression. Il ne manquait pas un sq|iil des auteurs classiques grecs ou latins, et les collections ad usum Delphini étaient complètes , aussi-bien que celles de Pack , celles des Ëlzevirs ^ celles qui ont été imprimées à Leipsick, et les éditions de Burmaiiu eL de Diakenborc. Il y avait beaucoup de livres rares écrits en castiUan , en limousin ou ancien valencien , sur l'histoire générale d'Ëspagne ét des Indes , et sur celle des provinces et des ville:» par-

(i) Sans doute Ulysse AldroTandi. (D. L. R.)

3o2 NOTES.

ticulières , et une grande collcclion des bibliothé<jues sacrées, profanes, générales et particulières, tant anciennes que modernes, grecques , latines, arabes, et d'une grande partie des peuples et provinces de l'Europe ; plusieurs œuvres des rabbins , imprimées les unes en castillan , d'autres en bébreu , et le Talmud. Comme M. Bayer avait obtenu de l'inquisiteur général une permission pour que la bibliothèque pût acquérir et conserver toute espèce de livres probibés, on y trouvait presque tous ceux des impies du siècle passé et des hérétiques des siècles antérieurs. Finalement , il y avait dans cette bibliothèque environ deux cents volumes imprimés avant l'année i5oo. Les j)lus anciens étaient un Cicéron de Officiis , publié le 4 février 1466 , par Jean Fust ou Fauste , l'un des inventeurs de l'imprimerie , laquelle édition est la même que celle de Tannée i465, et deux exemplaires du Salluste, imprimé à Valence le i3 juillet

« On conservait les œuvres inédites de M. Bayer, toutes écrites de sa propre main , savoir : de Tolletano Hebrœorum Templo; le catalogue et l'explication des monnaies antiques qu'il possédait^ un tome in-4**. d'étymologies de la langue castillane ; une grammaire hébraïque -, deux tomes in-4°. de son voyage en Italie en 1754 , dans lequel il parlait principalement des monumens anciens , des cabinets , des musées , des bibliothèques , et où il avait recueilli tous les renseîgnemens qui pouvaient avoir trait à l'Espagne et à ses hommes illustres par leur sainteté ou leur érudition 5 une dissertation de auctore sacramentarii veronensis ; cinq

Î^OTES. 3o3

tomes in-folio des manuscrits hébreux , grecs , latins et

castillans de la bibliothèque de rEsciirial , la liturij;ie de saint Basile , traduite eu latin , avec des dissertations , Tune sur la question de savoir si saint Basile était le véritable auteur de cette liturgie, et l'autre sur le caractère du manuscrit et l'époque où il fut écrit ; un tome în-4*. contre la légitimité des monumens découverts dans le château fort de Cjrenade en 1754 ; deux tomes in»4''* du voyage qu'il fit en 1783 : le premier contient le voyage de Valence en Andalousie , et le second, celui d'Andalousie et de Portugal. U doit exister une copie de ce voyage à FÂoa demie de l'Histoire. Lu tome in-folio intitulé : Excerpta Escurùdensîa ; deux in*'B''. , Anecdota grœda ,* un in-folio , Urhium et populorum y item fluuiorum el montium wtens Hispaniœ nomenclatura y è vêteribus geographis et poetis^^tum grœcis tum latînis, eollecia^ un in-4^. sur le mot Grenade (Gmnada)^ et des conjectures touchant son étymologie cL 1 époque à laquelle la ville de Grenade commença à s'appder ainsi ^ un appendice à i'ouviage intitulé Marmara Taurinensia^ six tomes in-folio sur les grands collèges , trois renfermant une représentation au Roi, et ■les trois autres le journal des années 177 1 , 177^» 1773, 177471775, 1776 et 1777; et enfin, soixante* dix liasses de remarques , de notes , d'observations , et quelques dissertations.

« On conservait aussi différons recudis manuscrits assez anciens de la Bible hébraïque, d autres de rabbins, en hébreu et en castillan , écrits avec des

3o4 KOTES.

caractères hébreux, d'autres avec des caractères arabes , et beaucoup avec des caractères castQlans , et enfin des mouDaies antiques de diiTërentes espèces.

« Le fonds de la bibliothèque de Munoz, se . composait de livres diiumanités , de philosoplifé et . d'histoire. Parmi ses manuscrits 9 il y avait une réfulaUou de la réponse de Pozzi , un grand nombre de notes curieuses sur Louis Vives , dont il se proposa d'écrire la vie, d'autres relatives à l'histoire littéraire d'Espagne ; une logique en latin , qui devait former le premier tome du cours de philosophie qu'il avait commencé à écrire ; et qu'U abandonna pour s^occuper de VSîstù{r& du Nbuveau^Sfonde ( HisS^ delNue\H)~Mimdo) (i); diverses lettres latines ^ une histoire purement littéraire de sa vie , et beauc^ ^'autres choses que ma mémoire ne me rappelle pas.

« La hibliothéque archiépiscopale commença à être formée en 1759, pat le très digne «IckevÀ^ùe itto Aiidres Mnvoral , et Ait depuis considérablement enrichie par son successeur, don Francisco j^ÉÛln y Fuero , soît au moyen de livres qu'il acheta , soit au moyen d'un ordre spécial qu'il obtint dulloi pour que les livres que les Jésuites possédaient dans le royaume de Valence fussent adjugés à la bibliothèque arehi-

* (t) Ncms nous occupons en ce moaient de la tradnctiori de cet ouvrage remarquable « dont il n*a été publié qn'on ieill volimie. L'Académie royale d'IfiM<Mlre de Madrid , qui a bien Toahi nom

•admettre au noHibre de ses membres, nous rlijnii<:Ta, nous osons l'espérer , commuiiicaliun des autres volumes restés manuscrits et conserves dans sa bibUothcque. (D. L. R. )

NOTES. 3o5

épiscopale , savoir ceux qui étaient dans la maison professe , et ceux du séminaire de Saint-Paul de Valence et de l'université de Gandia. Elle contenait, suivant une déclaration du dernier bibliothécaire, don Thomas Rubio , cent vingt-cinq mille volumes : il y avait des Bibles , les écrits des saints Pères , des œuvres de théologie dogmatique , morale , scolastique et mystique -, des sermonnaires , de la liturgie, de l'histoire ecclésiastique et profane *, du droit canonique et civil , de la médecine , de la philosophie , des mathématiques, de la poésie, des grammaires et des mélanges; beaucoup de manuscrits appartenant à l'histoire de Valence et du royaume de ce nom, des livres prohibés, qui s'élevaient à quatre mille 5 des sphères et différens instrumens pour la physique expérimentale; une nombreuse collection de médailles , un cabinet d'histoire naturelle , qui renfermait des minéraux et des jaspes d'Espagne , principalement du royaume de Valence ^ diverses pétrifications , un grand nombre des poissons que produit la Méditerranée , des cruches et des vases antiques , la main de fer élastique dont se servaient les lutteurs , différentes figures d'idoles des Indiens , une horloge construite à Valence pour marquer les pas , des machines en petit pour les arts et métiers et pour la construction des navires et des • barques d'un ordre inférieur, une forteresse de fer portative , avec de l'artillerie de siège. On y voyait aussi différentes antiquités trouvées près de Puzol , chemin de Murviedro , parmi lesquelles on remarquait divers fragmens de statues antiques en marbre, Tome L 20

3o6 NOTES.

un torso présumé d'Hercule , un autre paraissant avoir appartenu à un satyre, un autre d'un corps couché, avec une partie des jambes -, un corps en morceaux, qui paraissait être celui* de Bacchus, et dont on conservait une main d*un bon style, appuyée sur une peau , ainsi que les pieds et les jambes; deux belles statues sans jambes, dont le caractère était charmant , et qui semblaient représenter de jeunes hommes ; queUpies tètes antiques , une urne sépulcrale en terre glaise , un fragment de pavé en mosaïque, plusieurs petites idoles , des vases , des lampes et autres objets appartenant au temps des Romains. y a T)e grands dommages furent aussi causés, pendant la guerre de l'indépendance, aux bibliothèques des réguliers, qui ne laissaient pas que d'avoir de fort bons livres, mêlés avec d'autres mauvais. Mais les précieux manuscrits que légua au monastère dos Hiéronymites de San Miguel de los Reyes, extra-muros de cette ville, le duc de Calabre , son fondateur, furent conservés intégralement, parce que les moines les transportèrent h temps aux îles Baléares , et ils sortirent ainsi sains et saufs de la dernière boiinasque. Leur nombre est de deux cent soixante-dix , et ils sont si précieux , que quelques personnes qui ont voyagé en Italie , et qui les ont vus , affirment qu'à Rome même il n'existe pas une collection qui soit comparable à la notre. »

NOTES. 3o7 NoTB 8 , %. XXXVÏ, Page i38. .

prouver que ce n*est qu'avec beaucoup de précaution 61 de^i^fiance qu'ib doivent Ere certains Uvres étran*gefj^quané ih |>ai4ent de notre nation , nom citerons

t quelques unes des nombreuses observafait naitte la lecture de k Vw de Colomb

écrite en itnlien par iM. l^ossi , traduite en français , ^

et imprimée à Paris en ibsi4*

Préface dù tmAuMir^ page 5.-^ En parlant de ^

l'arrivée de Colptnb en Espagne , ce traducteur s'exprime ainsi L'inquisition Tenait de s'élabUr en « 'Espagne , èt eertes il ne paraissait pas que Jlfian « dnd, sous les auspices d'une semblable institu- « tion , dut être le refngéde l'homme dé talent, )»-Or, Madrid n'était pas alofs la capitale (puisqu'elle ne le devint que soixante-seiie ans après), quoique M. Bossi Ilii donne encdre 6é noto , pagesi 38 et 176^ et Go^ lomb, qui était si dévot et si religieux, comme le prouvent ses écrits , ne pouvait craindre aucune ea^pèce de dnn^r de la part d'un tribunal qui avait ëté établi six ans avant son arrivée, à Timilalion de celui qui existait depub longtemps en Sicile contre lea juifs et les hérétiques. *

f ïe de Colomb, page 14. —En rapportant les causes qui firent différer l'admission de ht proposition dè Colomb, M. Bessi dît : « Les Maures, antérieurement puis- « sans en Espagne , étaient alors réduits au retourne 4( éé Navarre, où ils se. défendaient encore contre les

3o8 NOTES.

(( Espagnols , dans une lutte déjà proche de sa fin. )> Tout le monde sait que le royaume de Navarre est un pays septentrional de TEspagne , qui confine avec la Franee par les Pyrénées ^ qu'il eut des rois chrétiens depuis le milieu du huitième siècle ^ que les Maures Toccupèrent fort peu de temps ; que le dernier refuge de ceux«Kîi futle royaume de Grenade, comme frontière et comme plus rapproché des cotes d'Afrique, et qu'ils en furent chassés par le Roi et la Reine catholiques, en présence de Colomb, le 2 janvier i49^' — nouveau géographe, qui , écrivant sur l'Espagne, confond le royaume de Grenade avec celui de Navarre , est le même qui appelle les Espagnols perfides (page 19), et la cour de Ferdinand et d'Isabelle égarée ou mal conseillée, page 82. •

;Page 16. — « Colomb (dit M. Bossi) s* était marié tt en secondes^ noces avec Béatrix Enriquez de Cor- « doue , de laquelle il eut don Fernando , historien a de sa vie. » Jusqu'à présent on n'a trouvé aucun document qui affirmât l'existence de ce mariage, parce qu'en réalité il n'eut point lieu. Les amours de Colomb à Cordoue avec dona Béatrix Enriquez et ses suites contribuèrent probablement à le retenir en Espagne avant l'admission de son projet. ]Qon Fernando fut enfant naturel , et naquit à Cordoue , le i5 août 1488 , ainsi que le prouve la dernière clause du testament et codicile de l'amiral don Christophe Colomb fait la veille de sa mort-, elle porte : c< Et «je lui ordonne (à son fils don Diego) d'avoir soiU a de Béatrix Enriquez , mère de don Fernando mon

Digitizc

NOTES. 3o9

;« fils^ de la pommy de tout ce qui pourra la faire lit Vivre honorablmeol , comme personne envers la- « quelle j'ai contracté de si graves obligations : et de 5 faire cela pour le soulagement de ma coiJL|cience , « parce que cetà pèse beaucoup sur mon àm^Qf^n^est « point licite d'en écrire ici la raison » (i). Il au- Kiit peut-être été nécessaire de l'écrire, si Colomb àmi présumé qu'il dut exister des historiens qui rapporteraient ses faits et gestes avec tant de légèreté et d'inexactitude.

f Page 17. — M. Bossi, qui s'efforce inSËscrètemi^t d'attribuer à son pays et à ses compatriotes toutes' les Infventions qui ont été utiles au jgenre hui^^n , dit en jjpaarlant de Colomb, k Qu'il se lança le premier aru .«milieu de l'Océan sans autre guide que la boussole, ^ « 'nouvelle inuention sortie de l^ Italie* b — En 1800, '^clus prouvâmes, dans xin discours sur les progrès ffu n faits en Espagne U art de nainguer, discours qui t ut impnmé peu après, que vers le milieu du treizième siècle, c'est-à<<lire deux céht trente ans ayant que Colomb vint en Espagne , la boussole était déjà d'un usage général, et fort coioinu des Espagnol» pour la navigatton*. Nos lois de las partidas (2) écrites dans ce temps-là , et le témoignage de Raymond de Lulle (3) , auteur contemporain , prouTenI que la boussole n'était pas alors une

(i) ColUctimà d^iamatàfuê^ n« iSa. ( H. P. db Nat. ) («) Partîd» II, tit. IX, Id 18. {Idem, ) f

(3) Th Contemplationc ^ clup. 1^19 , et ciiA|>. i6a , 17, et dans d*atttreft ouvrage». • {idem,)

3io NOTES.

invention récente, mais que cet instrument était au contraire très commun et généralement usité par nos marins, puisque tous les écrivains s'en servaient comme de terme de comparaison , pour embellir d'autres matières. Postérieurement, M. Capmany, reproduisant ces deux autorités et en citant d'autres à l'appui , a éclairci ce point de manière à ce qu'il ne puisse plus s'élever désormais çiucun doute ni aucune hésitation (i). Mais il y a des écrivains qui, fiers de leur médisance , ferment les yeux et les oreilles pour ne point voir ni entendre la vérité; c'est donc les prêcher dans le désert : Canimus surdis.

Page 1^9. — Après avoir cité les deux voyages qu'il suppose que Vespuce fit avec les Espagnols aux côtes du Nouveau-Monde, M. Bossi ajoute : « que les « voyages que ce Florentin fit postérieurement furent « entrepris par ordre de la cour de Portugal -, que ce « fut alors qu'il s'attribua l'honneur d'avoir découvert « le Brésil , honneur que les Espagnols lui disputent , « et que les Portugais attribuent à un de leurs com- « patriotes, Pierre Alvarez de Cabrai, eu i5oo. Juan u Lopez de Thinto place la mort de Vespuce en l'an- « née i5o6, et cet écrivain ajoute qu'il fut enterré ' « dans l'île Tercère. » Il est difficile de réunir en aussi

(1) Questions critiques , imprimées en 1807 , question a. \ . i''* • .. V ^ (M.F. dbNav.)

Voyez Tarticle de Flavio Gioia {Biogr. uni^., tom. XVII, )). 4^3 ), dans lequel M. Emeric David a savamment discuté tous les témoiguages relatifs à Tinvcntlun de la boussole. ( D. L. R-)

NOTES. 3m

peu de lignes un plus grand nombre d'erreurs et d'inexactitudes. i°. Depuis que le Roi catholique , sur la réputation de grand pilote dont jouissait Vespuce, rappela de Lisbonne pour Tenvoyer à la découverte dans les mers du Nord vers Terre-Neuve (i) , il n'existe aucun renseignement qui permette de croire , qu'il ait quitté le service d'Espagne , et enot^re moins qu'après les voyages qu'il fit avec Alonso de Hojeda , il en ait entrepris d'autres par ordre du roi de Portugal. Au contraire , il est établi par des documens positifs , et don Juan Bautista Munoz a publié dans l'introduction de son Histoire du Nouyeau-Monde ( page i o ) , * ^que par cédulc royale donnée à Burgos le !a2 mars ^ji5o8, Vespuce (deux ans après sa prétendue mort) fut nommé pilote en chef, aux appointemens de cinquante mille maravédis par an , et que par une autre cédule de la même date on lui accorda vingtcinq mille maravédis de gratification une fois payés, n est également constant qu'Améric mourut à Séville, le février i5i2', que Manuel Catafïo, chanoine de la sainte église de cette ville, fut son exécuteur testamentaire-, qu'on paya à celui-ci, le 0.4 du même mois, dix mille neuf cent trente-sept et demi maravédis, pour le salaire échu à Vespuce," comme pilote en chef, depuis le 1" janvier de cette année jusqu'au jour de son décès; que Juan Diaz de Solis (auteur de la découverte des terres audelà du Rio de la Plala) fut nommé à Burgos,

(1) Herrera , dc'cjdc I , lib. VI , cliap. 16. ( M. F de Nav.)

3i2 NOTES.

le 25 mars suivant , pour lui succëder dans son emploi , mais avec l'obligation de payfer une pension viagère de dix mille maravédis par an , à Marie Cerezo (espagnole), veuve de Vespuce-, 2**. Les historiens castillans et portugais n'ont jamais attribué à Vespuce la découverte du Brésil, ni disputé cette gloire à Pedro Alvarez Cabrai. Barros, dans sa première décade , livre V , chapitre 2 , et Herrera dans sa première décade , livre IV, chapitre 7, sont d'accord sur la relation de cet événement. Nous avons s«us les yeux une lettre que le roi de Portugal Emmanuel - le - Fortuné écrivit de Santaren , le 29 juillet i5oi 5 au Roi et à la Reine catholiques, son beau-père et sa belle-mère , pour leur rendre compte de ce voyage et de la découverte du Brésil due au hasard \ et on n'aperçoit dans sa relation ni qu'Améric ait fait la découverte du Brésil par commission des Portugais, ni que les Castillans disputent à ceux-ci cet honneur (i). Mais quand on écrit sans examen ni

(i) Herrera, décade I , lib. IV, cap. 6 , p. 107 , prétend cependaut qae Vincent Yanez Pinzon découvrit le Brésil et en prit possession au nom du roi de Castille, le a6 janvier i5oa. — Descubriô, dit Herrera, tierra, bien lexos , i esta fue el cabo^ que aora llaman de San Agustin , el quai llamô Vicente Yàhez , cabo de consolacion , i los Portugueses dicen la tiebra dr Santa Cruz, i aora del Brasil. — Southey , Hist. o/Brasil, tom. I , p. 3 , a aussi adopté cette opinion , sans doute d'après le récit d'Herrera et de quelques autres écrivains espagnols. The first person wfio diseovered the coast of Brasil ^ dit cet historien, was Vicente Yanez Pinzon. P. Â. Cabrai ne toucha au Brésil , suivant les écrivains portugais, que le a/$ avril i5oo, dans une partie qu'il appela

NOTES. . 3i3

réflexion , et qu'on prend les faits en l'air comme les enfans prennent les papillons , on tombe dans de semblables erreurs , et Ton manque aux égards dus au public , à qui Ton doit toujours dire et apprendre la vérité. '

Pages 99 , loo et 356. — M. Bossi , qui se complaît à ofTenser autant qu'il le peut la nation espagnole , dit que Colomb possédait l'art du dessin , talent très rare à cette époque ^ et pour appuyer cette assertion , il cite en deux endroits une lettre dans laquelle Angelo Trivigiano, secrétaire de Dominico Pisani , alors ambassadeur de la république de Venise en Espagne , écrivant de, Grenade, en i5oi , à Dominico Malipiero, noble vénitien , lui disait que par la médiation et la protection de Colomb , il avait envoyé à Palos pour faire dessiner une carte de son voyage et de ses découvertes , parce qu'à Grenade il ne s'en trouvait qu'une seule dessinée par Colomb lui-même, et qu'il était impossible d'y

provincia de Santa Cruz , postérieurement par conséquent ao navigateur espagnol. Barros se bornant à décrire la navigation et les découvertes de Pedro Alvarez Cabrai, sans dire un mot de V. Y. Pinzon , n*est pas en contradiction avec ce que rapporte Herrera dans le chapitre 6 de sa première décade , cité plus haut; et ce dernier ne contredit nullement , dans le chapitre 7 , où il raconte la navigation de Cabrai , ce qu'il a dit dans le chapitre précédent, consacré aux découvertes de Pinzon. On peut conclure seulement de sa narration , que le navigateur portugais et le navigateur espagnol ont tous deux découvert, k des époques différentes , il est vrai , une terre qu'on appelle aujourd'hui Brésil ; mais il n'en est pas moins constant que Herrera affirme que ce fut son compatriote qui la vit et y ab«)rda le premier. (D. L. R. )

3i4 { NOTES.

rencontrer un seul homme en étal de la tracer. En somme , M. Bossi essaie de prouver par là et veut en inférer que Thabilcté dans le dessin était alors si rare, qu'à Grenade , résidence fréquente de la cour du Roi et de la Heine catholiques , on ne trouvait personne qui sût copier une carte dessinée par Colomb. Pour satisfaire M. Bossi , il sufQrait de lui montrer l'histoire ,tles arts et de la littérature en Espagne. Il y verrait que dans le plan d'éducation que la Reine catholique se proposa pour son fils le prince don Juan, elle n'oublia pas renseignement du dessin (i) , et qu'entre les livres qui composaient la bibliothèque de la Reine, elle conservait deux livres de dessin et d'autres cahiers et brouillons du temps (cartapacios y horrailorcs ) , dans lesquels le prince apprenait la langue latine (2). Le dictionnaire des Espagnols célèbres dans les beaux-arts de don Juan Cean Bermudez, imprimé en 1800 , fait connaître plusieurs peintres et sculpteurs de la fin du quinzième et du commencement du seizième siècle, lesquels assurément savaient dessiner^ et parmi les premiers on remarque Antonio del Rincon , que le Roi et la Reine catholiques nommèrent leur peintre , et qui le premier en Espagne , secouant le joug des formes gothiques , commença à faire usage des formes arrondies , et à donner du

(1) Cléinencîn, Éclaircusement XI V au règne des Rois catholiques ^ I». 384. ^^(M. F. dkNav.)

('lénieiiciu, Éclaircissement X^^l^ p. 48». ( Idem.)

NOTES. 3i5

caractère et de meilleures proportions aux figures (i). Sans compter les anciennes cartes nautiques et géographiques tracées par des Espagnols , mentionnées par diflerens auteurs (a) , et dont quelques unes furent très estimées par Améric Vespuce, je citerai seulement la mappe-monde que Jaime Ferrer construisit pour Ferdinand et Isabelle (3) , et ce que Colomb lui-même déclare dans le rapport qu'il fit; le la juin i494î ^ reconnaissance de Tile de Cuba (4). Il dit dans ce rapport : que parmi les personnes qui l'accompagnent il y a <i'uADiLEs dessinateurs DE CARTES marines et de fort bons pilotes -, les plus fameux qu'il sut choisir dans la grande flotte qu'il emmena de Castille; et plus loin il cite comme témoin d'un acte Johan de la Cosa, habitant du port Sainte-Marie, maître dessinateur de cartes nautiques, marinier de ladite cara%^elle la Nina. M. Bossi conclura donc de tout cela qu'à l'époque où Colomb fit ses découvertes , l'habileté dans le dessin et le tracé des cartes n'était pas très rare en Espagne , et qu'on n'y manquait pas de très bons et fameux pilotes, si

(i) Dictionnaire de don Jaan Âgtistin de Cean Bermudez, tome rV, p. 197, ( M. F. Dii Nav.)

(«) Introduction au Derrotero de M. Tofino, imprimé en 1787 , p. 94 suivantes. (Idem.)

Cladera , Recherches historiques , discours préliminaire » p. 19 et suivantes. ( Idem. )

(3) Col/ectioH dipiomatique f 6S. ^ (Idem.)

(4) Idem , no 76. ( idem. )

3i6 NOTES.

nous devons ajouter foi à ce qu'afïïrme Colomb lu^ même dans un rapport judiciaire.

Page 154. — L'étrange idée qu'a eue M. Bossi d'aller chercher des témoignages historiques dans les estampes d'un graveur qui vécut un siècle après les événemens qu'il voulut représenter, le précipite dans des erreurs, ou lui fait adopter des fables que repousse la saine critique. C'est ainsi que guidé par une gravure de Théodore de Bry , il rapporte qu'entre autres fêtes par lesquelles les grands de la cour honorèrent Colomb au retour de son premier voyage, le cardinal Mendoza lui donna un banquet. L'amiral occupait la pre-» mière place ^ et dans une conversation qui s'agita pendant le repas , un des grands soutint que si Colomb n'avait pas découvert l'Amérique , il n'auraà pas manqué , en Espagne , d'hommes de talent et d'une habileté suffisante pour exécuter la même entreprise. Alors Colomb prit un œuf, et demanda si quelqu'un de ceux qui étaient présens saurait le faire tenir droit sans aucun appui : personne ne put en venir à bout, et Colomb aplatissant d'un coup une des extrémités de l'œuf, le fit tenir droit sur la table. Cette fable si insipide et si invraisemblable, forgée peut-être par de Bry lui-même , ou par un autre envieux de la nation espagnole, n'a aucun fondement, puisqu'il n'est fait mention d'un semblable banquet et d'une semblable anecdocte , ni par don Fernando Colomb , ni par Oviedo , ni par Gomara , ni par Garcilaso, ni par aucun de nos historiens des Lides, ni

- le docteur Salazar de Mendoza, dans la Chronique

NOTES. 3i7

du grand Cardinal d'Espagne qu'il imprima en 1 6^5, • et dans laquelle il rapporte l'arrivée de Colomb à la cour des Rois catholiques , et les grandes faveurs que lui accorda le cardinal, (i)

^ Pour ne pas être long nous omettons de faire mention de la balle bibliothèque que forma Christophe Colomb dans les dernières années de sa vie^ sans doute pendant qu'il était à Veragua et à la Jamaïque,' en i5o3 et en i5o4i et qui prouve sa grande instruction et son goût en littérature (2) , parce que cètté assertion provient évidemment d'une équivoque qui a fait confondre l'amiral avec son fils don Fernando Colomb , de la bibliothèque duquel nous avons déjà parlé dans un autre endroit. Nous n'insisterons pas non plus sur ce que dit M. Bossi (\\x aucun des historiens de Colomb ne l'avait encore considéré comme cmVûiVi jusqu'à ce que M. Morelli l'ait fait récemment connaître comme tel (3), parce que, en Espagne, tout le monde savait déjà depuis deux siècles que Colomb avait écrit, surtout depuis que le licencié Antonio de Léon Pinclo eut publié à Madrid , en 1629 , son Epilome de la bibliothèque orientale et occidentale , nautique et géographique , dans lequel , article i de la hibliothcque occidentale ^ page 61 , et

' j (1) Chronique du grand Cardinal^ liv. I , chap. 62 , §. I , p. 214.

J (M. F.deNav.;!^^^

(a) Bossi , note 3o , p. 188. {Idem. ) y

1(3) Bossi , note ^ , page 99, où il est dit que M. Morelli fît sa

découv.eicte dans Touvrage dePinej|o, que nous citons , ouvrage

qiù est très n^pandu qn Espagne^ • , .. {Idem^) ,

3i8 NOTES.

^ titre ni de la bibliothèque nautique, page i44> il cite quelques écrits fort courts de Colomb , et entre autres, la Déclaration de la table de navigation, VEpitome de Pinelo fut en outre réimprimé avec des augmentations et des corrections , et publié , en i^Sy, par M. Barcia , en trois tomes in-folio. Ainsi, M. Morelli n'a pas été le premier qui ait fait connaître Colomb comme écrivain , et les Espagnols ne peuvent trouver dans cette vieille nouvelle, rien qui doive les surprendre.

• Ces échantillons suffisent pour faire connaître la qualité de l'étoffe qui sort de la fabrique de M. Bossi ; ceux qu'on pourrait y ajouter sont en si grand nombre qu'il n'y a presque pas une page qui n'en présente de curieux et de fort étranges; mais la prudence doit mettre un terme à nos citations, parce que celles que nous venons de faire suffisent pour détromper les lecteurs de M. Bossi, et leur inspirer une salutaire pré* vention. (i)

^' (i) Noxis ajouterons à ces observations He M. de Navarrete » sur l'ouvrage de M. Botei , quelques observations que nous avons faites nous-méme en le parcourant.

M. Bossi dit, pages i43 et i44 traduction, et il répète -dsns les notes , que les Dictionnaires historiques récemment publiés en FriSUce-^yancent que Colomb , à son départ pour son pre- • mier voyage , fut pômftOÛdL^ar la population , qui l'outrageait par des marques non équivoques deHmépris; qu'ils ne parlent que de trois voyages de Colomb , et qu'ils le font Ynourir immédiatement après son troisième voyage. Si , au lieu de se borûer à parcourir le Dictionnaire historique de Gbaudon et EMandine et Mo»

NOTES. ,' 3i$

reri , M. Bossi eût lu , dans la Biographie universelle , la notice «ur Christ. Colomb, par M. le contre-amiral de Rosscl, notice imprimée cependant depuis plus de treize ans , il n*y aurait trouvé aucune des erreurs qu'il relève ; il n*aurait pas reproché à tous les auteurs français de perpétuer (page i8i de la traduction) dans leurs écrits la fable du long emprisonnement du navigateur génois, et il n'aurait pas enfin prononcé un analh^me général contre les Dictionnaires historiques et les auteurs français, t ^ (D. L.R.)

3ao NOTES.

' Note q, S- XLffl , Page i56. ^

La singulière fantaisie de M. Bossi , de se servir très fréquemment des gravures de Théodore de Bry comme de témoignages authentiques des événemens de l'histoire de Christophe Colomb , est bien étran|fe. On sait le cas qu'il faut faire des poètes et des peintres lorsqu'il s'agit d'établir des vérités liistoriques j mais M. Bossi, dédaignant cette considération, rapporte l'embarquement de Colomb pour son premier voyage , son arrivée à Saint-Domingue , l'inhumanité des Espagnols, l'insurrection des soldats dans cette île , l'arrestation de l'amiral , son combat avec Porras , un des révoltés de la Jamaïque, le banquet du cardinal Mendoza , et l'aventure de l'œuf, etc. , comme il a plu au caprice de de Bry de supposer ou de représenter ces événemens dans sesdessins et ses gravures (i). M. Bossi ne considère point comme ressemblant le portrait de Colomb par cet artiste, et juge même que, dans le dessin et la gravure de ce portrait , de Bry ne suivit que son caprice (2) , aussi notre critique a-t-il fait graver un autre portrait , qu'il dit pouvoir être reçu comme le seul authentique y et qui certainement est tout aussi idéal que tant d'autres. Pourquoi donc alors ne portet-il pas un semblable jugement, qui serait encore plus fondé , sur la composition des autres dessins de *

. (i) Bossi, rie Je Colomb y notes 17, 19, 20, ai, aa, a5, 26, ag , etc. », . ( M. F. DB Nav. )

(a) Note 33. . {Jdem.)

NOTES. 3ai

de Bry , et quels sont ses motifs pour y ajouter plus de foi? Théodore de Bry était un libraire, imprimeur, desBikiatenr • «t^ fpnLrtUÊt en t&iUe-cbiiceV oêM de ' iiége , qié s'établit Francfort en' l'aiinëe 1570. recueiUit et fit traduire en latin plusieurs reiatiouii dèrH^féges^ des^éëcoimhrteB et des coiMpiéte» daûs

les Lides , écrites avec autant de partialité que d'animosité contre les Espagnols. Pour attejmdre le but ifU'il Vêtait pird^sé, il choisit "pour stf itolkdlîon la très courte relation de la destruction des Indes de Casas, la traduisit en latin sous !&> titre de n

devastatarum verissinm , ab anno i55i ad i55g, et cette triuliictiiin lat imprimée atec îw ^ grand notnbre <dë planches , en 1 598 , foraiàl ' ' ; t€iïi , in-4*» î 1614, in-4'»-, 1664, in-4^ (0- Tout le niâbde connait iè fid et i'âcreté aTM'

Bartolomé de L;is Casas écrivit son ouvrage , que Juan Bautista Munoz (2) appelait le fruit d'une imaginatiùn ardente, {fue quelques personne»

trouué indigne d un tel père; et Ton sait que Robertson manifeste aussi de la défiance à Tégard de ses opinions exagérées. Ge même de Bry traduisit en latin V Histoire du Nouveau-Monde de Geronimo Benzono, à laquelle il ajouta des notes, et il Km» prima en 1594, iSgS et iSpG, in-folio, sans doute parce qu'il savait que cet aujleur, comme le remarque

(i) Barcia , Bibiiotliccjuc occidentale , p. 569. (Mt. F. DE Nav.) (%) Prologue de son Mistoùr du Nouveau-Monde ^ p. 18. (Jdem.)

Page 1