‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 7 sur 29 · Tome II. q · texte numérisé non relu

Tome II. q

étaient les îles qu’il avait vues la veille et celles vers lesquelles il se dirigeait? Ce qui le confirmait dans son opinion, c’est qu’il faisait bien chaud , à ce qu’il dit : mais il est clair que s’il eût été près des côtes de la Floride, l’atmosphère, au lieu d’être chaude, eût été froide, au contraire; et il n’est pas moins évident qu’on ne croit pas qu’il puisse faire chaud en aucun lieu de la terre, situé à quarante-deux degrés de la ligne (i), à moins que ce ne soit par suite d’une cause extraordinaire, per accidens , ce dont je ne sache pas qu’il y ait encore eu d’exemple. De cette chaleur que l’amiral dit qu’il éprouvait en cet endroit , il inférait que dans ces Indes et dans les parages qu’il parcourait il devait y avoir beaucoup d’or. Martin Alonso Pinzon avec la caravelle Pinta, qu’il commandait, se sépara ce jour-là des deux autres bâtimens, non seulement sans en avoir reçu l’ordre , mais même contre la volonté de l’amiral. Suivant ce dernier, Pinzon agit ainsi par avarice, et parce qu’il avait conçu l’espoir de trouver une grande quantité d’or, avec

(i) D’après l’explication donnée par M. de Navarrete (note 2, page 93), les observations de Las Casas n’ont aucun fondement, puisque Colomb se serait trouvé à 210 de l’équateur, et qu’alors il n’est pas étonnant que ce grand navigateur ait écrit qu’à cette latitude la chaleur était asse? forte. (t>. L. R.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i3i l’assistance d’un Indien que l’amiral avait fait embarquer à bord de la Pinta. Il partit ainsi sans attendre, sans être forcé de s’éloigner par aucun mauvais temps , mais seulement parce qu’il le voulut bien , et de propos délibéré. De plus , l’amiral dit ici : « Pinzon m’a fait et dit bien d’autres choses. »

Jeudi , 22 novembre.

Pendant la nuit du mercredi il navigua au sud-quart-sud-est par le vent d’est, et fut presque pris de calme : au troisième quart il venta nordnord-est : l’amiral suivait encore le rumb du sud pour voir cette terre qui lui restait encore à visiter dans cette direction; mais quand le soleil parut il s’en trouva aussi loin que le jour précédent par suite des courans contraires, et il était encore à quarante milles de la terre. Cette nuit Martin Alonso Pinzon suivit la route de l’est pour aller à l’ile de Babeque } où les Indiens disent qu’il y a beaucoup d’or. Il naviguait en vue de l’amiral, dont il n’était guère éloigné que de seize milles. Pendant toute la nuit, l’amiral ne perdit pas de vue la terre ; il fit plier ou ferler quelques unes de ses voiles, et tenir toute la nuit le fanal allumé, parce qu’il lui parut que Pinzon venait à lui, ce qu’il aurait fort bien pu faire s’il l’eût voulu, car la nuit était très belle et très claire, et il faisait un vent doux et frais.

i3a PREMIER VOYAGE

Vendredi, si 3 novembre.

L’amiral navigua toute la journée vers la terre, toujours au sud, par un vent mou, et le courant, loin de lui permettre dy aborder, 1 en tint tellement éloigné, qu’il n’en était pas plus près au coucher qu’au lever du soleil. Le vent était nord-est, et assez bon pour aller au sud, s’il eût été moins faible. Près de ce cap s’en trouve un autre avec lequel il forme embranchement , cap dont le prolongement suit aussi la direction de l’est, et qui fait partie d’une terre que les Indiens qui étaient à bord appelaient Bohio. Ils disaient quelle était très grande et quelle contenait une race qui n’avait qu’un œil au front, et des habitans qu’ils nommaient cannibales , qui paraissaient leur inspirer une grande frayeur. Dès qu’ils virent que l’amiral prenait le chemin de cette contrée * la peur les empêchait de parler, parce qu’ils prétendaient que c’étaient des gens qui les mangeaient, et qui étaient très bien armés. L’amiral dit qu il croit bien qu’il y a en cela quelque chose de vrai, mais que ce devaient être des gens un peu civilisés, puisqu’ils étaient armés. Il pensait qu’ils avaient sans doute fait prisonniers quelques autres Indiens, dont les compatriotes, voyant qu’ils ne revenaient pas , s’étaient imaginé qu’ils avaient été mangés. Ces Indiens

DE CHRISTOPHE COLOMB. i33 n’avaient-ils pas, d’ailleurs, eu la même idée des chrétiens et de l’amiral les premières fois que quelques uns d’entre eux les aperçurent?

Samedi y 24 novembre.

L’amiral navigua toute cette nuit, et vers trois heures du jour il prit terre à File Plate (1), dans le même lieu où il avait relâché, la semaine dernière, quand il allait à File de Babeque. D’abord , il n’osa pas s’approcher de terre , parce qu’il lui paraissait que la mer se brisait avec violence dans l’intérieur de ce havre , formé par des montagnes. Il arriva enfin à la merde Notre- Dame , ou il y avait une si grande quantité d’îles, et il entra dans le port situé près de l’embouchure de l’entrée des îles. Il dit que s’il eût connu ce port auparavant, et ne se fût pas occupé à visiter les îles de la mer Notre-Dame , il n’aurait pas été dans la nécessité de retourner sur ses pas, quoiqu’il regarde, ajoute-t-il, ce temps comme bien employé, puisqu’il l’avait été à voir les îles dont il vient de parler. Aussitôt qu’il fut arrivé à terre, il envoya la chaloupe et sonda le port; il y trouva une longue barre ( muy buena barra ) de six brasses de profondeur; le port en avait jusqu’à vingt, et il était si propre, que le fond était tout sable. L’amiral y entra en tournant

(0 C’est la caïe de Mo a.

( M. F. DE Nav. )

la proue au sud-ouest ; mais ensuite il se dirigea vers l’ouest, laissant du côté du nordl’île Plate, qui , avec celle qui lui est presque contiguë , forme dans la mer un lac dans lequel pourraient tenir tous les vaisseaux d’Espagne (i) , qui y seraient certainement à l’abri de tous les vents et très en sûreté , même sans amarres. Cette entrée du côté du sud-est , que l’on franchit en tournant la proue au sud-sud-ouest , a , du côté de l’orient , une sortie très profonde et très large ; il est en conséquence facile de passer au milieu desdites îles, ce que peut faire, pour en prendre connaissance, tout navigateur venant du nord, sans se détourner de sa traversée directe. Lesdites îles sont au pied d’une grande montagne (2) qui s’étend de l’est à l’ouest; et celle où l’amiral aborda est très longue, plus longue même et plus élevée que toutes les autres îles semées sur cette côte, où il y en a une infinité; elle est bordée à l’extérieur, le long de ladite montagne , par un rocher à peu près semblable à une espèce de banc qui arrive jusqu’à l’en-

(1) Ce doit être le port que Colomb appela Santa-Catalina (Sainte-Catherine), parce qu’il arriva la veille de la fête de cette sainte. (Bartolomé de Las Casas.)

Ce ne peut être que le port caie de Moa , dont la description qu’en fait ici l’amiral est très exacte. ( M. F. de Nav. ) (ot) Les chaînes de montagnes de Moa. ( Iclem.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i35 trée. Tout ceci est du côté du sud-est; du côté de l’île Plate il y a aussi un autre rocher beaucoup plus petit que celui du sud-est. Ainsi donc il y a entre ces deux îles, comme cela a déjà été dit, une grande largeur et beaucoup de profondeur. Aussitôt qu’ils furent entrés dans l’intérieur du même port, ils virent, du côté du sud-est, un grand et superbe fleuve (1) qui contenait plus d’eau que tous ceux qu’ils avaient vus jusqu’alors, et dont l’eau se conservait douce jusqu’à la mer. Il existe un banc de sable à son embouchure; mais en pénétrant dans l’intérieur, il a huit et neuf brasses de profondeur; ses rives , ainsi que celles des autres fleuves , sont garnies de palmiers et de beaucoup d’autres arbres.

Dimanche , 2 5 novembre.

Avant le lever du soleil l’amiral monta dans la chaloupe, et alla voir un cap ou pointe de terre (2) située au sud-est de la petite île Plate , à une distance d’une lieue et demie, parce qu’il lui paraissait qu’il devait y avoir quelque bonne rivière. En effet, à l’entrée du cap, du côté du sud-est, et après avoir fait un trajet de deux

( 1 ) Le fleuve de Moa. ( M. F. de Nav. )

(2) C’est la pointe du Mangle ou du Guarico.

( Idem. )

Nr J

i36 PREMIER VOYAGE

portées d’arbalète , il aperçut un grand ruisseau d’une eau très limpide , qui descendait depuis le haut jusqu’au pied d’une montagne (i), en faisant un grand bruit; il alla à ce ruisseau, et il y vit briller quelques pierres tachetées de couleur d’or (2). Il se ressouvint alors qu’à l’embouchure du fleuve Tejo } près de la mer, on trouva de l’or, et il lui parut certain qu’il devait y en avoir ici (3). Il fit choisir plusieurs de ces pierres pour les porter au Roi et à la Reine. Au moment où on faisait ce choix , les mousses jetèrent des cris en disant qu’ils voyaient des forêts de pins (4). L’amiral regarda du côté de la montagne, et il en vit de si beaux et de si grands, qu’il n’exagérait nullement en disant qu’ils étaient droits comme des fuseaux, et d’une

( 1 ) L’une des montagnes des chaînes de Moa.

(2) Ce devaient être des pierres de marguerite [piedras

de margarita ). ( Bartolomé de Las Casas. )

Beaucoup de sortes de pierres peuvent avoir des taches couleur d’or , dues à des pyrites , à des mica , ou à quelques autres substances. Une semblable description n’indique rien de précis. (C....R. )

(3) Il n’y a aucun doute qu’il y en avait.

( Bartolomé de Las Casas. )

(4) Il est vrai qu’il y a en cet endroit des pins admirables. ( Idem. )

DE CHRISTOPHE COLOMB. i37 grosseur ainsi que d’une élévation prodigieuse. Il se réjouit de voir qu’on pouvait construire des vaisseaux en ce pays , et qu’il y avait de quoi y faire des planches et des mâts pour les plus grands vaisseaux d’Espagne ; il vit des chênes et des arbousiers , et un beau fleuve , et il appareilla pour faire des moulins à scier des planches ( sierras de agua ). L’élévation et la beauté des montagnes rendaient la terre et l’air plus tempérés en ce lieu, que l’amiral ne les avait trouvés jusquelà. Il vit sur la plage beaucoup d’autres pierres , toutes roulées par le fleuve ; les unes étaient couleur de fer, et les autres, selon l’opinion de plusieurs personnes de l’équipage, provenaient de mines d’argent. C’est là qu’il prit une antenne et un mât pour la misaine de la caravelle Nina. Il arriva à l’embouchure du fleuve, et entra dans une anse ( una cala ) ( i ) très vaste et très profonde, située au pied de ce cap, du côté du sud-est, et dans laquelle tiendraient cent vaisseaux sans ancres ni amarres. Le port qui la termine est tel, que les yeux n’en ont jamais vu de semblable. Les montagnes de ce cap sont très hautes ; de chacune d elles descendent en abondance des eaux limpides, et elles sont toutes remplies de pins, et couvertes, ainsi que les plaines, de

(•) C’est le port de Jaragua.

( M. F. de Nav. )

petits bois remplis de divers arbres très variés, et tous plus beaux les uns que les autres. L amiral laissait derrière lui deux ou trois fleuves. Il fait au Roi et à la Reine un éloge pompeux de tout ce pays, et il annonce qu’il a éprouvé une jouissance et une satisfaction extrêmes de l’avoir vu , et surtout d’avoir trouvé de si beaux pins , parce qu’on pouvait construire en cet endroit autant de vaisseaux qu’on désirerait, en y apportant toutes les matières, objets et agrès necessaires, excepté du bois et de la poix-résine, que 1 on trouve la en quantité. L’amiral affirme que son éloge n’équivaut pas à la centième partie de la vérité : il dit qu’il plut à notre Seigneur de lui montrer toujours une chose meilleure qu’une autre, et que jusqu’à présent il avait été toujours de bien en mieux dans toutes ses découvertes, tant à l’égard du sol, des arbres, des plantes , des fruits et des fleurs qu’en ce qui est relatif aux personnes; et il ajoute qu’il a trouvé partout des différences , et dans les productions et dans les habitans , et qu’il n’est pas d’endroit où il n’ait remarqué ces gradations. Il a observé la même chose dans les ports et dans la qualité des eaux. Il dit enfin que puisque toutes ces merveilles excitent à un si haut degré l’admiration de ceux qui les voient, elles feront bien plus d’impression sur l’esprit de ceux qui en liront

DE CHRISTOPHE COLOMB. i3q seulement la description ; et que personne même ne pourra , sans les voir, croire à leur réalité.

Lundi } a 6 novembre.

Dès le point du jour l’amiral leva les ancres du port de Sainte-Catherine ( Santa Catalina) où il était dans l’île Plate , et il navigua le long de la côte par un faible vent sud-ouest dans la direction du cap del Pico (i) , qui était au sudouest. Il arriva à ce cap un peu tard , parce que le temps devint calme; et quand il fut arrivé, il aperçut un autre cap au sud-est-quart-est éloigné d’environ soixante milles, et il en vit de là un autre au sud-est-quart-sud , qui lui parut être à peu près à vingt milles. Il donna à ce dernier le nom de cap de Campana (2), et il n’y put arriver de jour, parce que le temps redevint encore entièrement calme. Il fit dans toute cette journée trente-deux milles, qui équivalent à huit lieues. Il reconnut, pendant ce court trajet, des ports très remarquables (3) dont il prit note

(1) C’est la pointe du Mangle ou du Gucnico.

(M. F. de Nav.)

(2) C’est la pointe Faez. ( Idem. )

(3) Parmi les neuf ports que l’amiral dit qu’il reconnut

et signala dans cette partie de la côte, on doit distinguer le golfe Yamaniquc , et les ports de Jaragua , de Taco , de Cayaganueque , de Nam et de M aravi. ( Idem. )

i4o PREMIER VOYAGE

et dont tous les mariniers étaient émerveillés. Il reconnut en même temps cinq grands fleuves , car il longeait toujours la côte pour bien voir tout ce qui s’y trouvait. Tout ce pays est formé de montagnes très hautes et très belles, qui ne sont ni arides ni composées de rochers; elles sont toutes , au contraire , aisées à parcourir, et on y voit de très belles vallées; et ces vallées, ainsi que les montagnes , étaient couvertes d’arbres élevés et verts, qui faisaient plaisir à voir, et qui paraissaient être des forêts de pins. Derrière le susdit cap del Pico , du côté du sudest, il y avait deux petites îles, qui ont chacune environ deux lieues de circonférence; on y trouve trois superbes ports et deux grands fleuves. L’amiral ne vit sur toute cette côte , depuis la mer , aucune peuplade : il serait cependant possible qu’il y en eût ; ce que plusieurs indices portent à croire, car, en quelque endroit qu’on descendît à terre , on trouvait des signes , et en particulier des restes de feux , qui prouvaient quelle était habitée. L’amiral crut que la terre qu’il avait vue ce jour- là au sud-est du cap de Campana était l’île que les Indiens appelaient Bohio ; et il se fondait sur la distance qui sépare ledit cap de cette île. Il dit que tous les insulaires qu’il a trouvés jusqu’à ce jour ont une crainte extrême des habitans de Caniba ou Ca-

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DE CHRISTOPHE COLOMB. i Zj i wma, qu’ils disent demeurer dans cette île de Bohio, laquelle doit être très grande, ainsi quelle le paraît ; et il croit que les cannibales vont attaquer dans leur pays, et prendre jusque dans leurs propres maisons les autres insulaires, qui sont très lâches et ne savent faire usage d’aucune arme pour leur défense. L amiral pensait que le voisinage de ces hommes de Lamba est le motif qui a déterminé les Indiens qu’il avait à bord à ne pas construire leurs bourgades sur les côtes de la mer; et il ajoute que lorsque ces derniers le virent prendre la direction de Bohio , ils furent tellement frappés de l’idée qu’ils allaient être mangés, que cette crainte, dont rien ne pouvait les guérir, les empêchait de parler. Ils disaient que les anthropophages n’avaient qu’un œil et une figure de chien , et l’amiral croyait qu’ils mentaient , et que ces prétendus cannibales devaient être des sujets du Grand Can, qui venaient prendre les insulaires pour les réduire en captivité.

Mardi, 27 novembre.

Hier, au coucher du soleil, l’amiral arriva près d’un cap , qu’il appela Campana. Quoique le ciel fût clair et serein, et quoiqu’il eût sous le vent cinq ou six ports admirables, il ne voulut pas néanmoins aller à terre pour ne pas retarder la

marche de son voyage et l’accomplissement de son but principal. Le vent d’ailleurs était faible, et il s’arrêtait toujours plus qu’il ne voulait, entraîné par le désir et la jouissance qu’il avait de voir et d’admirer la beauté et la fraîcheur de ces pays, de quelque côté qu’il y pénétrât. Pour toutes ces raisons , il se tint cette nuit en panne et temporisa jusqu’au jour. Et comme les courans, extrêmement rapides, l’avaient repoussé cette nuit à plus de cinq ou six lieues au sud-est, vis-à-vis de l’endroit où il se trouvait à la chute du jour, endroit qui lui avait paru être la terre de Campana, et que, d’un autre côté, le cap auquel il avait donné ce nom lui semblait formé par une grande ouverture , qu’il croyait séparer une terre d’une autre , et faire comme une île au milieu , il résolut de retourner sur ses pas par le vent sud-ouest, et il arriva au lieu où l’ouverture avait paru se trouver. Il reconnut que ce n’était qu’une grande baie (i), à l’extrémité de laquelle , du côté du sud-est, se trouve un cap sur lequel est une montagne (2) haute et carrée, qui de loin paraissait une île. Le vent devint nord , et l’amiral reprit alors la direction du sud-est pour courir la côte et découvrir tout ce qu’il y

(1) C’était le port de Baracoa.

(2) C’était le mont de Yunquc.

( M. F. de Nav. ) ( Idem. )

DE CHRISTOPHE COLOMB. i43 avait à y voir. Il vit bientôt au pied de ce cap de Campana un port (i) admirable et un grand fleuve, et à un quart de lieue de là un autre fleuve , et encore à une demi-lieue de celui-ci un autre fleuve , et à une autre demi-lieue de ce dernier un autre fleuve, et à une lieue de là un autre fleuve , et une autre lieue après encore un fleuve qui n’était séparé que par un quart de lieue d’un autre fleuve, à une lieue duquel s’en trouvait un dernier très grand et à une distance d’environ vingt milles du cap de Campana situé au sud-est de tous ces fleuves. La plupart de ces fleuves ont des embouchures grandes, larges *et propres ( limpias ); leurs ports admirables sont capables de contenir des bâtimens de la plus grande dimension, et n’ont ni bancs de sable, ni rochers, ni récifs. Arrivant ainsi en longeant la côte au sud-est du dernier de ces fleuves, il trouva une grande peuplade (2), la plus grande qu’il eût encore rencontrée jusqu’à ce jour; et il vit venir au rivage de la mer une multitude infinie de gens entièrement nus et armés de zagaies, qui poussaient de grands cris. Comme il désirait parler avec eux, il ferla les voiles, aborda, et envoya les chaloupes du vais-

(1) C’était le port de 'M aravi.

(2) Celle de Baracoa.

( M. F. DE Nav. ) (. Iclcm .)

i44 PREMIER VOYAGE

seau et de sa caravelle , disposées de manière à ce que ceux qui les montaient ne pussent faire aucun mal aux Indiens ni en recevoir de leur part, et il prescrivit à ses gens de leur donner quelques petits objets choisis parmi les marchandises de pacotille qu’il avait apportées. Les Indiens firent mine de ne pas les laisser sauter à terre et de vouloir leur résister , mais voyant que les chaloupes s’approchaient davantage deterre, et que ceux qui étaient dedans n’avaient pas peur d’eux , ils s’éloignèrent du bord de la mer. Les chrétiens croyant que les Indiens n’auraient pas peur si deux ou trois d’entre eux seulement descendaient des chaloupes, ne sortirent qu’au nombre de trois, en criant à ces sauvages de ne rien craindre , et cela dans leur langue , car ils en avaient, appris quelques mots par la conversation de ceux qui étaient abord; mais ils se mirent tous à fuir, sans qu’il en restât un seul grand ni petit. Les trois chrétiens allèrent aux maisons, qui sont de paille et de la forme de toutes celles qu’ils avaient vues : ils ne trouvèrent dedans ni habitans ni meubles, ni quoi que ce soit. Ils retournèrent à leurs vaisseaux, et levèrent les voiles vers le milieu du jour pour se rendre à un beau cap (i) qu’ils découvraient à l’est, et

(i) C’est la pointe de Maïci. (M. F. de Nav. )

DE CHRISTOPHE COLOMB. ,45 dont ils pouvaient être éloignés d’environ huit lieues. L’amiral, après avoir fait une demi-lieue dans la même baie, vit du côté du sud un port très remarquable (1), et du côté du sud-est des terres merveilleusement belles, semblables à une P âme couverte de monticules et entourée de grandes montagnes. On apercevait dans cette vaste plaine de grands feux, de grandes peuplades, et des terres parfaitement labourées, ce qui détermina l’amiral à se diriger vers ce port, et à tenter de prendre langue avec les habitans, ou de communiquer avec eux d’une manière ou d’autre. Il dit que ce port était tel , que s il avait loué les autres, il devait louer celui-ci beaucoup plus encore à cause des terres dont il est entouré, de leur température, des peuolades qu elles renferment et de leurs environs. Il dit des merveilles de la beauté de la terre et de celle des arbres, parmi lesquels se trouvent beaucoup de pins et de palmiers (a), et il n’en dit pas moins de la grande plaine qui s’étend vers le sud-est, et dont la superficie n’est pas entièrement plate (no « llana de llano) (3) mais

(1) C’est le port de Baracaa. , (M. F. de Nav.)

(2) Partout où il y a des palmiers d’une grande hauteur la «erre es, très fertile. ( Baetoeomk de Las Casas. ) J3) L amiral veut dire iei que ce n’est pas un terrain

( Idem. )

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