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LE DIABÈTE INSIPIDE. — DESCRIPTION CLINIQUE

On décrit sous le nom de diabète insipide un syndrome caractérisé par une polyurie abondante et constante sans glycosurie. C’est seulement en 1674 qu'on le sépara du diabète sucré. Il fut alors consi-. déré comme une entité morbide ; ce c’est que plus tard qu’on l’envisagea comme un syndrome clinique aux causes les plus diverses. Il n’en est pas moins vrai, que, sauf l’absence du sucre dans les urines, le diabète insipide peut présenter tous les symptômes que l’on rencontre habituellement au cours du diabète sucré. C’est d’ailleurs ce quile

distingue des polyuries symptomatiques que l’on

peut voir au cours de ceriaines .néphrites interstitielles ou de dégénérescences amyloïdes ou celles qui apparaissent à la fin des maladies infectieuses, véritables crises urinaires.

Le diabète insipide est une affection relalivement rare. Il peut apparaître à tout âge de la vie.

1° Début. — On peut rencontrer les débuts les plus divers : tantôt c’est brusquement que le malade

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est pris d’une soif ardente, impérieuse, qui l'étonne à ce point que la. voyant continuer, il s’en inquiète tout à coup. Plus souvent c’est lentement qu’un sujet se plaint de somnolence, de fatigue générale, de polydipsie associée parfois à la polyphagie et accompagnée toujours de polyurie et de pollalkyurie.

o° Période d'état. —- Peu à peu ce malade voit ces phénomènes s’exagérer et ce trépied caractéristique de polyurie, polydipsie et polyphagie fait de suite penser chez lui à l’existence d’un diabète.

En effet, souvent dès le début des quantités d’urine émises peuvent être relativement considérables: on va même jusqu’à citer le chiffre exceptionnel de 60 litres ; mais la moyenne oscille entre 5 et 12 litres. Pensant alors au diabète, on examine les urines et l’on est étonné dene pas y trouver de sucre.

Le malade urine aussi bien la nuit que le jour. C'est même pour lui une cause d’insomnie qui le fatigue beaucoup. Il semble que lurine émise ne soit pas toujours proportionnelle aux liquides ingérés ; de plus l'élimination urinaire se fait après l'injection de liquide plus tardivement que chez . individu sain et la‘polyurie durerait chez eux plus longtemps.

Cette polyurie peut être également bien supétieure aux boissons absorbées, ce qui s’expliquerait par un phénomène de déshydratations des tissus.

On s’est demandé si le fait de diminuer les besoins entraînerait une diminution parallèle des urines, et l’on a constaté que, si dans certains cas le malade.

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manifeste une amélioration certaine de l’état général, d’autrefois, au contraire, les phénomènes de deshydratation sont si intenses que le malade est obligé de recourir aux boissons, sinon il s'expose à des troubles graves du métabolisme hydrique.

En dehors des quantités plus ou moins grandes de boissons ingérées et de la diminution ou de l’augmentation consécutive du taux de l'urine, ily a certains médicaments qui peuvent en modifier la quantité. Jusqu'à présent il n'y a guère que les sudorifiques qui agissent en détournant une certaine quantité d’eau qui s'élimine par voie cutanée. L’aspirine, par exemple, de même que d’autres antithermiques, agissent d'une façon analogue.

- M. Rathery a signalé récemment les bons effets de l’antipyrine chez une de ses malades présentant une polyurie de 8 à 10 litres.

L'urine éliminée a une composition qui dépend surtout de sa plus ou moins grande concentration, aussi les sels minéraux sont rares, ou bien alors leur teneur se rapproche de la normale ; sauf dans ces

cas de polyurie très abondante, où l’on voit quelquefois les malades pris d’une soif intense, n’ayant pas d’eau pour l’apaiser, ne pas hésiter à boire leur propre urine. Dans ces cas le plus souvent, elle a une composition très faible en sels minéraux; la densité en est abaissée, oscillant entre 1001 à 1010 et le point cryoscopique s'élève. La quantité d'urée éliminée est souvent bien au-dessous de la normale.

Quand une polydipsie abondante accompagne la

DCE polyurie, on peut se demander si ce n'est pas elle qui soit la cause de cette dernière. Les avis des auteurs ont été différents lorsqu'il s'est agi de savoir si c'était la polyurie qui précédait da polydipsie, ou bien au contraire si ce n’était pas la dernière qui était cause d’urines abondantes.

A la vérité les deux cas semblent se présenter, mais souvent la polyurie précède la polydipsie, ainsi que le montre très bien notre observation r où, en diminuant la polyurie par une médication spéciale, on faisait disparaître secondairement la polydipsie. Cette sensation de soif est d’acuité différente selon les cas, sien moyenne elle nécessite par vingt-quatre heures l’ingestion de5 à 10 litres de liquide, on a vu des cas aiteindre 20-et même 30 litres. La polyphagie par contresi elle estquelquefois rencontrée ,est cependant beaucoup moins fréquente que dans le diabète sucré. Notre observation I la signale transitoire, ayant disparu au bout de quelques mois après le début de Paffection. :

On relève souvent aussi, chez ces malades, d’autres symplômes, qui, n'’ayantpas la même fréquence que ceux déjà énumérés ont toutefois une grande valeur diagnostique. C’est ainsi qu'au cours du diabète insipide il n’est pas rare de voir la sudation: très diminuée, rendant la peau deces malades d’une sécheresse spéciale et même l'emploi des sudorifiques ne donne aucun résultat, Au cours de certaines affections, telle par exemple que la bronchite, on. peut voir toutefois la sudation apparaître et, consé-

cutivement, la quantité d'urine totale diminuer et la sensation de soif s’atténuer.

Ces variations dans les phénomènes de sudation retenlissent quelquefois sur la température que l’on peut voir augmenter sans trouver à cette fièvre une autre cause que dans les troubles de régulation thermique en rapport avec cette sudation même. Parmi ces signes accessoires, les troubles digestifs et circulatoires ne prennent qu’une faible place. Tout au plus peut-on noter un peu de constipation ‘ou de sécheresse de la langue el des lèvres.

Du côté de l'appareil vasculaire la tension est normale, on note cependant des épistaxis répétés. Au microscope le sang révèle surtout une formule d’anémie globulaire, d'autrefois sa composition reste tout à fait normale,

Aussi rares et aussi légers sont les troubles digestifs et vasculaires aussi fréquents, an contraire, sont ceux qui relèvent du système nerveux. Souvent les malades sont des émotifs, se plaisant à relater dans les débuts de leur affection un incident qui les a profondément touchés. Lenr attention y revient parfois sans cesse et certains se plairont à attirer l'intérêt de leur enlourage sur leur état maladif.

A côté d'un système merveux centralen apparence indemne, le système nerveux périphérique montre son altération soit par des névrites fréquentes, soit par une siatique ou d'autres névralgies.

Parmi les signes accessoires, nous mentionnerons tout particulièrement les troubles de la nutrition,

C'est dans ce cadre spécial que rentrera le malade de l'observation de MM. Lereboullet, Faure-Beaulieu et Vaucher. |

L'état de la nutrition dans le diabète insipide est à

peu près normal dans la plupart des cas, ce n’est qu’à la période terminale que l’on peut voir survenir des troubles de dénutrilion intense, et c'est surtout dans la forme du diabète azoturique qu’on les rencontre. L’amaigrissement peut alors s’accuser de façon très sersible avec mauvais état général,grande fatigue, somnolence, impotence, ‘inaptitude au travail et impossibilité de tout effort physique. Cet état se complique souvent de troubles trophiques tels que : chute des dents et des cheveux, eczéma, troubles divers, éruptions prurigineuses ou éclosion de furonculose. Il est exceptionnel que ces troubles tropbiques atteignent l'intensité de ceux que l’on rencontre au cours du diabète sucré, tels que lésions onguéales, maux perforants ou gangrène.

Ces diabétides génitales sont également moins fréquentes. Quant aux troubles oculaires, ils sont là aussi souvent rencontrés.

En dehors des conjonctivites, kératites ou iritis, on peut trouver des œdèmes papillaires par stase, des amblyopies unies ou bilatérales, souvent liées à des lésions hypophysaires, confirmées par l’existence d’une hémianopsie de types différents suivant les

. La cataracte existe parfois, il en est de même ie as oculaires. Plus rares sont les troubles de l’ouïe, de l’odorat et du goût.

Formes cliniques. — Ces nombreux symptômes sont de fréquence diverse, associés de façons multiples qui donnent lieu à autant de formes cliniques pouvant parfois aiguiller le praticien vers tel ou tel diagnostic étiologique. :

C’est ainsi que l’on peut rencontrer le diabète insipide au cours de certains états dystrophiques particuliers. Il n’est pas rare de le voir associé à l'infantilisme hypophysaire, comme nousle rapportons dans ce travail, cas de MM. Lereboullet, Faure, Beaulieu et Vaucher, cas de Souques et Chauvet, cas de Pierre Marie-et Boutier. Il s’agit d'individus à l’aspect infantile, aux organes génitaux peu développés, au système pileux inexistant, aux cheveux minces et clairsemés, à la voix enfantine, qui présentent une polyurie plus ou moins abondante, associée à la polydipsie et aux divers troubles que nous avons signalés.

Ou bien ce sont des sujets que leur habitus particulier, leur embonpoint exagéré, leur face bouffe, leur apathie, liée à l’aspect absolument infantile de leur zone génitale : pubis glabre, verge réduite, scrotum peu développé, sans pigment, dans lequel on trouve des testicules atrophiés, nous font ranger dans la classe des malades présentant le syndrome adiposo-génital.

D'autre fois le diabète insipide apparaît chez des individus normalement constitués, mais, en même temps que s'installe chez eux la polyurie et la polydypsie, apparaissent peu à peu les symptômes

d'infantilisme ; c’est ce que l’on a décrit sous le nom d’infantilisme tardif de l'adulte, infantilisme tardif ou infantilisme régressif. « L'homme, dit M. Gandy,perd lou ce qui fait la virilité : il devient impubère, véritablement infantile quant au sexe; il se retrouve absolument, comme l’infantile par arrêt de développement, porteur des stigmates essentiels de l’infan- Lilisme : organes génitaux rudimentaircs, incapacité fonctionnelle sexuelle, absence des caractères sexuels secondaires. » | |

Notre observation IE. due à MM. Lereboullet et ; Sedan rapporte un cas typique à ce sujet. Lorsqu’en plus de la dystrophie sexuelle il existe des signes de gigantisme ou d’acromtgalie, le rôle de l'hypophyse est nettement caractérisé ; dans les autres cas (outes les pathogénies ont été admises et discutées : atteinte primitive du testicule, au contraire atteinte primitive de la thyroïde ou de l’hypophyse, avec participation secondaire de la glande génitale, enfin atteinte simultanée de plusieurs glandes.

Le problème est encore difficile à trancher. Il est cependant indéniable, ainsi que le prouvent les observations que nous rapportons plus loin, que dans bien des cas lhypopbyse doit être mise en cause, puisqu on obtient pas la médication hypophysaire, non seulement la régression des symptômes d'infantilisme, mais encore la diminution nette de la polyurie et secondairement de la polydipsie.

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