I. — Centres D'AsaociAiroNS MOTRtCES des mouvements
COORDONNÉS DE L'fEIL ET DU PAVILLON AURICULAIRE
Cette coordination, cette association motrice est prouvé^ par les expériences de Ferrier et de Ch. Richet. Par l'exq
tation de la première circonvolution temporale, chez les animaux, Ferrier a constaté f[ue l'oreille du côté opposé ge dresse et que les yeux exécutent un mouvement dans le même sens.
Cil. Richet j fait des recherches sur le réflexe de direction de l'oreille chez le lapin.
Il a montré qu'il y avait adaptation delà direction du pavillon de l'oreille avec les sensations visuelles. En enlevant les circonvolutions temporales du lapin, celui-ci devient sourd, mais la vue est conservée; si l'on déplace un objet placé dans son champ visuel, on voit son pavillon de l'oreille se déplacer en môme temps que l'objet. Cette expérience, qui réussit toujours, met en évidence la synergie fonclionnelle des deux organes des sens.
II, — Action du trijumeac sor l'oreille et l'oeil
Cette action est démontrée : 1° par des lésions expérimentales portant sur l'origine du trijumeau (expériences de MM. Duval et Laborde) ; 2" par des lésions expérimentales de l'oreille et surtout par les processus pathologiques de cet organe.
1" Au cours de leurs recherches sur la racine descendante du trijumeau, MM. Duval et Laborde ont pu observer des troubles trophiques atteignant à la fois l'œil et l'oreille, La blessure ou ia section de ces ttbres descendantes de la S" paire chez les animaux (chiens el lapins) a déterminé des troubles de circulation et de nutrition dans tout le territoire du trijumeau, et en particulier, au point de vue qui nous occupe, du côté de l'oeil et de l'oreille. Ils ont ainsi obtenu l'insensibilité de l'œil et les troubles troplii[|ues suivants : injection oculaire, forte tuméfaction conjonclivale, opacité plus ou moins considéra-
ble de la corm-e. (onto punilenle de l'œil. Chez le chien ces Iroubles se produisent avec moins de rapldilé que chez le lapin. Cette influence Prophîque s'exerce aussi sur l'oreille moyenne dont les altérations ont été particulièrement étudiées par Gellé, qui les a trf-s bien décrites. A la suite des lésions produites chez les chiens et les lapins par MM. Duval et Laborde, Gellé a pu voir la muqueuse de la caisse du tympan se vasculariser d'une façon très accusée du côté répondant au nerf lésé. Dans un cas, la lésion ayant été bilatérale, les deux bulles du chien opéré présentaient la même altération : injection très vive et une petite quantité de liquide rougeâlre. Gellé a pu constater aussi chez des cobayes'et des lapins des bémorrhagies, de la suppuration dans la bulle et l'oreille interne.
Voilà des expériences qui démontrent bien l'influence trophique du trijumeau s'exerçant simultanément sur l'oreille et l'œil : dans ces cas, les recherches ont porté sur les origines de la cinquième paire.
Nous avons pu Irouver dans la littérature médicale un cas oii la résection du trijumeau dans son Irajel inlra-crânien a produit des altérations inflammatoires de l'appareil auditif. Asher, en 1894, a publié un cas d'otile moyenne consécutive à la résection de deux branches du trijumeau.
i( Il s'agit d'une malade de 37 ans alTectée, depuis sept ans, de névralgie de toutes les branches du trijumeau droit, mais n'ayant jamais présenlé le moindre trouble du côté de l'appareil auditif. Le 13 juin 1893, Gzerny fit la résection des deuxième et troisième branches du trijumeau par la méthode ostéoplastique intra-crflnienne de Ki-ause. Les douleurs cessèrent à la suite de l'opération, mais dès le 7 juillet la malade commença à souffrir de nouveau dan.'i l'oreille droite, pi'incipalement au niveau de l'apophyse inasluïde. Os douleurs augmentèrent dans
la suite, et l'examen de l'oreille, le 13 juillet, permit de poser le diagDostic d'olite iiioyeiine avec propagation aux cellules mastoïdes. En outre, au bout de qu^ques jours, apparureal des synipifimes indiquant l'extension des lésions inflammatoires à l'oreiile interne. Au bout de trois mois, la malade était guérie de sa névralgie, mais elle conservait les symplômes d'un catarrhe chronique simple de l'oreille moyenne. » Aslior discute le cas et les hypothèses qui peuvent expliquer la complication otique, et il conclut à une inHanimation névro-paralytique de l'oreille moyenne, consécutive à l'intervention sur le trijumeau. L'explication esL plausible d'après ce que nous savons sur la physiologie de ce nerf.
2° Certaines lésions expérimentales ou pathologiques de l'oreille peuvent, par propagation, atteindre le trijumeau au niveau du ganglion de Casser et déterminer des lésions oculaires. « H n'est pas rare, dit Gellé, de rencontrer des sujets frappés à la fois de cécité et d'olorrhée unilatérales dans l'enfance. Le rapport de cause à eBet <ies deux afiections n'est peut-être pas difficile à établir; la lésion du rocher qui cause l'otorrhée peut en elle! avoir lésé le ganglion de Casser, si proche du tegmen tympani, et provoqué des lésions Irophiques consécutives ".
Au point de vue expérimental, tîellé ayant pratiqué la desti'ucLion des deux limaçons chez un cobaye, observa des troubles oculaires remarquables d'un côté; l'œil droit présenta une opacité très marquée de la cornée, de la chute de la paupière, etc. A l'autopsie, il trouva un soulèvement du rocher et du ganglion de Casser par une masse de pus qui englobait complètement le trijumeau et par suite la lésion trophique de l'œil droit s'expliquait par la destruction du trijumeau intracrânien.
Réflexes oculaires d'origine otique
Nous avons vu dans le chapitre précédent l'action de la S" paire sur l'organe de la vision, nous allons passer ici en revue une série de phénomènes oculaires réflexes, d'origine otique, qui se produisent : 1" par la voie du trijumeau, 2" par l'intermédiaire d'autres nerfs.
Toute excitation de l'appareil auditif peut retentir sur l'œil par une action réflexe. Ainsi, par exemple, dans l'emploi du courant galvanique en olologie, on a pu observer une série de troubles : douleur, contraction des peauciers de la face, vertige, nausées, mouvements de déglutition, de salivation, etc., tous symptômes réflexes particulièrement bien étudiés par Ducbenne de Boulogne, et qui résullent de l'excitation de tous les filets nerveux qui se distribuent aux ditïérents segments, de l'organe de l'ouïe. Ducbenne a également signalé, dans ces cas, des phénomènes lumineux, qui sont de même ordre que les précédents.
Rappelons ici les troubles auditifs dus à l'impression de la lumière électrique, la surdité passagère produite par une excitation de la rétine, troubles qui trouveront mieux leur place et que nous discuterons au chapitre « De l'influence de l'œil sur l'oreille ».
Dans ses recherches sur l'influence d'une excitation sensorielle sur les autres sens, Urbantschitsch a constaté que les perceptions auditives peuvent augmenter la perception de la lumière et des couleurs. Dans ses expériences, l'auteur a employé des sons très élevés pour exciter le sens chromatique, et celui-ci était alors beaucoup plus développé ; les yeux pouvaient alors, au moment de l'expérience, lire des mots qui jusque-là n'étaient pas visibles.
Ri^cemment, au Congrès international de physiologie, tenu f) Berne en septembre )89o, Epstein a pu démontrer l'augmentation lie l'acuité visuelle due à l'audition. Il conclut, d'une série d'expériences, failes avec, un a[)pareil qu'il a présenté, que sous l'influence d'impressions auditives l'acuité visuelle est augmentée. Selon l'auteur, le phénomène ne se passe pas dans la corlicalité encéphalique, mais il est sous la dépendance des tubercules quadrijumeaux où les libres du nerf optique se mettent en relation avec celles des nerfs oculo-raoleur et cochléaire : c'est une innervation centrifuge réllexe du nei-l optique qui produirait cette sensibilisation de la rétine.
Dans un ordre de faits dilïérent, et pour montrer les influences diverses que peuvent avoir les sons sur la contraction des muscles de l'œil, Aug. Charpentier, faisant résonner d'une façon continue près d'une oreille une anche donnant le la du diapason, a observé fi plusieurs reprises un abaissement de la force de divergence de 16 k U degrés.
D'autre part, nous considérons comme tout à fait fantaisistes les assertions de Stein qui, en recherchant l'influence des sons et des vibrations du diapason sur les yeux, a observé qu'après une action prolongée du diapason, la cataracte avait pu se développer, puis disparaître et être reproduite par la même expérience, et son imagination allait jusqu'à attribuer ce liouble oculaire k la perle de la chaleur produile danw les yeux par les vibrations 1
Beaucoup plus dignes de foi et d'intérêt sont les faits suivants, qui prouvent que sous l'influence d'une irritation des filets terminaux de la 3" paire dans le conduit auditif externe, peuvent se produire des modifications dans l'organe de la vue et des troubles de l'accommodation. Urbantschitsch a remarqué dans des expériences de cet ordre, une augmentation de l'acuité visuelle qui durait de une à dix minutes, et qui persistait parfois pendant une heure. Le cas rapporté par P. Bonnier est
à rapprocher de ceux d'Urljantschitsch, Un malade, après des injections assez fortes qu'il se fit faire dans le conduit, pour extraire un bouchon céruraineux, » devint momentanément lij'periuétro|ie de l'œil corres pondant, pendant plusieurs heures, au point de devoir cesser toute lecture. Cet accident se reproduisit nettement plusieurs fois, sans le moindre vertige, ii
Verdos a signalé aussi, dans des cas d'ohstruction cérumineuse du conduit, la diplopie réflexe, et avec notre maître Lermoyez, nous voyons dans ce trouble une irritation de l'auriculo-temporal dans l'oreille externe.
Rappelons aussi, les réflexes vaso-moteurs oculaires d'origine sacculaire (injection vive de l'œil par la pression de l'étrier du même cflté avec un stylet) et tous les réflexes uculo-moteurs étudiés récemment par P. Bonnier.
Il nous reste enfin à parler du nystagmus réflexe que l'on a pu provoquer expérimenlalement par des lésions de l'oreille ou de l'acoustique. Nous verrons ultérieurement l'étude clinique de ce trouble oculaire et les causes étiologiques qui peuvent le produire, Nous nous bornerons ici à décrire brif'vement les recherches physiologiques au moyen desquelles on a pu le provoquer. Tout d'abord et en premier lieu, les expériences sur les canaux semi-circulaires, puis l'introduction de corps étrangers dans l'oreille [nitrate d'argent, Beaunis). Habituellement les mouvements des deux yeux sont isoclirones et le nystagmus est de même sens des deux côtés. Une fois, Beaunis a pu constater, par l'introduction d'un fragment de nitrate d'argent dans l'oreille droite d'un lapin : un nystagmus vertical à l'œil gauche, un nystagmus rotatoire à l'œil droit; les deux mouvements n'étaient pas isoclirones. KreidI, enfin, a déterminé du nystagmus par la section de l'acoustique. Il a montré à la Société des médecins de Vienne, en 1895, deux chats auxquels il avait fait la section des nerfs acous-
- souques k l'aide d'uD thermocautère spécial ; au moment où il atteignait l'acoustique, il put constater l'apparition du nyatagmus.