‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 119 · DE LA MISSION DE SAINT-JEAN-BAPTISTE A ONNONTAGUÉ · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DE SAINT-JEAN-BAPTISTE A ONNONTAGUÉ

Lettre du P. Jean de Lamberville au R, P. Dablon.

Si autrefois les lois et les consciences se trouvaienl en désaccord dans le plus florissant empire du monde, il doit être bien difficile d’établir les lois de l'Evangile dans un pays de Sauvages, où le démo} de la guerre, de l’orgueil et de l’ivrognerie possèdeh entièrement les esprits. :

La foi captive l’entendement, et veut assujetti} l’homme aux devoirs d'un véritable chrétien, dM l'Iroquois ne peut souffrir la moindre chose di monde qui le gène. C’est le génie sauvage de vivreib sa guise, et de ne suivre les maximes étrangère}

sonner co Révérence nous procure, s’il lui plaît, les spirituels, | ,

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qu’autant qu’il se les trouve commodes. H faut sa- B voir d’abord que les Iroquois sont incapables de raisonner comme font les Chinois et autres peuples po- Llicés, à qui on prouve la foi et la vérité d’un Dieu. L'Iroquois ne se conduit point par raisoa : la première appréhension qu’il a des choses est le seul flambeau qui l’éclaire. Les motifs de crédibilité dont la théologie a coutume d’user pour convaincre les plus forts esprits, ne sont point écoutés ici, où Von qualifie du nom de mensonge nos plus granà des vérités. On ne croit ordinairement que ce que l’on voit. Pour convertir les Iroquois supérieurs, il faudrait entreprendre de les réduire à la Foi avec E deux bras, l’un d’or et l’autre de fer : je veux dire Ales gagner par les présents, et les tenir soumis par la crainte des armes. Les missionnaires n’ont ni l’attrait de l’un, ni la force de l’autre. IL faut, ou que la crainte de quelque mal, ou l'espérance de quelque bien temporel les détermine à embrasser notre religion. Mais, après tout, c’est au missionnaire à travailler fidèlement, et à attendre le temps auquel la Providence a résolu de faire des enfants d'Abraham de ces Sauvages en vérité plus durs que la pierre. Ce nous est beaucoup d'honneur d’être les agents de Dieu, de porter sa parole et ses intérêts, et de le faire adorer de quelques chrétiens qui composent une petite Eglise, dans un pays où le démon est absolument le maître par l’infidélité ou le libertinage.

Dieu a des élus partout, et c’est beaucoup de coopérer au salut de ses prédestinés.

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