DE LA MISSION DE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER CHEZ LES IROQUOIS D'ONNEIOUT
Une lettre du P. Millet fera voir l’état de cette mission; voici comme il la commence :
J'ai baptisé, depuis que je suis en cette Mission, à trente-quatre personnes, entre autres six adultes «l douze enfants avec les cérémonies de l'Eglise, le! reste en danger de mort tant adultes qu’enfants. |l en est mort seize. Voilà en peu de mots les fruits de nos travaux, ou plutôt de la grâce de Dieu pendant} cet hiver. Mais, puisqu'on souhaite de savoir les} choses plus en détail, je vous en ferai un récit plus étendu.
Je ne me fus pas plutôt rendu dans ce pays, que je m'appliquai à connaître ceux qui l’habitent, à réunir nos chrétiens, et à me mettre à la recherche
La person des malades. P | sé pccasion, m
Je rencontrai d’abord, et fort heureusement, une age quiser
pauvre femme qui n’avait plus qu’un jour de vie. Lek
RL elle-même r temps pressait, mais comme je ne vis point de jour
conféré, il y
1. Onneïout ou Onneyout, une des cinq tribus iroquoises, enfants.
glise, le fants. |
vie. Lei
de jour
lui parler de Dieu et de son salut à cette première entrevue, je retournai sur le soir et ne pus encore rien faire. Elle détourna le discours et me parla de oute autre chose; le moment de la grâce n’était pas encore venu. Je n'avais quasi plus d’espérance de son salut; néanmoins, après avoir recommandé j'affaire à Dieu, je l’allai voir le lendemain et me plaçai vis-à-vis d'elle. Elle ne pouvait presque plus
parler, et elle fut obligée de se servir d’une tierce
personne pour m'expliquer l’état de sa maladie, et
Da peine qu’elle avait eue à passer la nuit. Je lui fis
dire par la même personn. en effet, je la jugeais
là l'extrémité, que nous a... Robes noires, en ces
occasions, nous priions Dieu pour les malades, afin qu'en perdant cette vie mortelle, ils en recouvrasent une autre où l’on est éternellement bienheureux. Je lui demandai si elle ne voulait pas que je lui procurasse ce bonheur. Elle me fait approcher je ’instruis, la baptise, et le même jour elle mourut. 2e baptême me combla de joie, et je remerciai Dieu de s'être servi de moi pour lui gagner cette âme dont
Bj'appréhendais la perte.
La personne qui m’avait servi d’interprète en cette occasion, m’a encore aidé à baptiser une autre Sauage qui se mourait dans la même cabane. Elle s’est elle-même rendue digne du baptême; je le lui ai
onféré, il y a environ deux mois, à elle et à ses deux enfants.
enfer, qu jetterait, pécheurs pour ce ou s’acco partenait.
que les pa Mais, p | chrétienn qu'elleaf superstitic Elle me d que d’user tieux.
Pour ce
La bénédiction que Dieu a donnée à nos remède m'a fait succéder en partie à l'affection qu’avaienl nos Onneïouts pour leur premier pasteur, le P. Bruÿas, et m'a ensuite ouvert la voie pour le instruire sur l'affaire de leur salut. J'ai trouvé dan quantité de personnes de très-bonnes dispositions la Foi : dans les unes la crainte de l’enfer, dans d’autres la créance et le désir du Paradis, et, dans la plu: part, une grande sincérité à me découvrir leu conscience, même dans celles qui ne sont pas chré tiennes.
Je ne rapporteräi qu'un exemple de la craint qu’ils ont de l’enfer, qu'ils appréhendent d’une façon fort grossière. On avait dérobé la nuit à une chrétienne ce qu’elle avait de plus précieux, c'est-à
dire une peau de chevreuil et quelques autres harde dis, ils co semblables. Elle en fait recherche, et,ne pouvarilii nus et qu avoir d'autre justice, elle dit, à ce qu’on m’a rap. sont plus porté, que la Robe noire jetterait en enfer ceux qu tions croi l'avaient volée. Cela fit peur aux Sauvages de kW leurs âme cabane où habitait celle qui était en faute. La maïh monteron tresse de la cabane me vint trouver; elle me rap qu'après ] porte ce que j'ai dit plus haut ; puis elle ajoute qui viendront c'était sa sœur qui avait fait le vol, qu’on avait déj animer le fait restitution de tout, excepté de quelques meuble une tout de cuisine que sa sœur voulait retenir, pour d’an-WR ciel, il fat ciennes dettes de jeu qui n’avaient pas été acquittées M Robe noir
Je lui dis qu’en effet les voleurs seraient jetés en taient poin
remèdes u’avaien!
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enfer, que ce ne serait pas la Robe noire qui les y jetterait, mais Dieu qui sait tout, et qui punit les pécheurs ; qu’on avait bien fait de restituer, et que, pour ce qui restait, il fallait encore ou le rendre ou s’accommoder à l’amiable avec celle à qui il appartenait. J'ai appris depuis que cela s'était fait et que les parties étaient d'accord.
Mais, puisque j'ai commencé à parler de cette chrétienne, je ne saurais trop louer la constance qu’elle a fait paraître en ne voulant pas recourir aux superstitions du pays pour la guérison de ses enfants. Elle me dit un jour qu’elle les verrait plutôt mourir que d’user pour les guérir de ces remèdes superstitieux.
Pour ce qui est de la créance et du désir du Para-
dis, ils conviennent presque tous qu’ils en sont ve-
nus et qu’ils y retourneront. Ceux d’entre eux qui sont plus attachés à leurs fables et à leurs superstilions croient à la métempsycose; ils pensent que leurs âmes sont descendues du ciel, qu’elles y remonteront quand elles seront séparées du corps, et qu'après y avoir demeuré quelque temps, elles reviendront habiter dans les mêmes familles, pour y animer leurs descendants. Mais les plus instruits ont une tout autre idée; ils croient que pour aller au ciel, il faut avoir la foi et être assisté à la mort de la Robe noire. Quelques-uns de ces Sauvages qui n’étaient point baptisés, m’envoyèrent quérir un soir ; ils
voulaient me faire prier Dieu pour un enfant qui s’en allait mourir, afin qu’il fut bienheureux au ciel. D’autres, à qui je l'avais proposé moi-même, ont été bien aises que je rendisse ce service à leurs enfants; et la mère d’une jeune femme, qui mourut en mon absence d’une maladie irmprévue, mé témoigna un jour bien du déplaisir de ce que je n'avais pas prié Dieu pour sa fille, afin qu’elle allât au ciel. Je lui dis que je n’en avais pas moins dé regret qu’elle, mais qu’il m'avait été impossible dé la secourir. Elle ajouta que j'aurais du au Moins jeter de l’eau bénite sur le corps de la défunte, étant venu assez à temps pour le faire. La pauvre femme né svait pas que cela n'aurait servi de rien, sa fille n'ayatit pas reçu les sacrements nécessaires. Je la consolai le mieux que je pus, et maintenant elle
éxhorte tous ceux de sa cabane à se faire baptiser, k
ét me presse de leur donner le baptême.
Outre les confessions des chrétiens qui ont été fréquentes et qui m'ont bien édifié, plus de quarant Sauvages non baptisés m'ont ouvertleur cœur et fait| une espèce de confession générale. Îls font cela avec B
une simplicité admirable; et nous écoutornis tout, pour prendre de là occasion de les instruire chacun
selon la disposition de sa conscience. Grand nom- |
bre d’entre eux ont ensuite refusé les invitations qu'on leur faisait de se trouver à des festins d’ivrognerie, de débauche et de superstition.
Comme réglés, as messe, 0 les uns en s'instruise devais pl quoiqu'il que fautes tiens sont sable de le bonnes dis ensuite à ê courent ris
J'ai don jugé les contribuer cordé cett avaient de:
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Comme d’un autre côté, j'ai vu les chrétiens bien réglés, assistant les dimanches très-décamment à la messe, ou ils prient ordinairement à deux chœurs, les uns en Huron et les autres en Onnéiout, et où ils s'instruisent les uns les autres, j'ai cru que je ne devais plus faire difficulté de baptiser des adultes, quoiqu'il y ait à craindre qu'ils retombent en quelque faute après le baptême. Car en quel pays les chrétiens sont-ils impeccables ? Je croirais être responsable de leur salut, si je ne les baptisais pas dans les bonnes dispositions où je les vois, et qu’ils vinssent ensuite à être tués par leurs ennemis, comme ils en courent risque tous les jours.
J'ai donc baptisé parmi les infidèles ceux que j'ai jugé les mieux disposés, et qui pouvaient le plus contribuer à l'avancement de cette Église. J'ai accordé cette grâce particulièrement aux mères qui avaient des enfants baptisés, ou en maladie, ou à la sollicitation de leurs parents. Ces petits innocents n'auraient pu être élevés chrétiennement, si les mères elles-mêmes n'étaient chrétiennes.
Une de ces néophytes me vint dernièrement trouver et me dit : « Je suis un peu embarrassée, il faut que tu me donnes conseil. Voici le temps que les guerriers doivent revenir ; le père de ma fille que lu as baptisée avec moi m'avait quittée et s'était remarié à une autre; mais il me dit en allant en
Dguerre qu'il me reprendrait à son retour. Je ne sais
s’il sera content que nous soyons chrétiennes. Je suis résolue, ajouta-t-elle, de lui montrer le petit crucifix de ma fille et mon chapelet, et de lui dire : Vois-tu bien ces marques du Christianisme ; nous ne sommes plus ce que nous étions. Nous étions infidèles
quand tu es parti, et nous sommes maintenant bap- |
tisées. S'il me témoigne que cela lui déplaît, je lui dirai qu’il est libre de se retirer, et que je fais plus d'état de la Foi que du mariage. »
Je la confirmai fort dans sa bonne résolution que je jugeais d’autant plus louable et méritoire devant Dieu, que les maris sont rares en ce pays, et que toute la fortune des femmes dépend de leurs maris,
qui leur fournissent de quoi vivre et de quoi sk
vêtir.
Les hommes, pour la plupart, n’ont pas cette simplicité ni cette docilité pour les choses de la foi, non plus que le courage de quitter leurs vices et les superstitions dans lesquelles ils ont été nourris ; mais
il y a espérance que les enfants, qui sont longtemps à ici sous l’aile de leurs mères, se feront avec elles auh devoir du Christianisme, et que, dans quelque temps,
il y aura ici une Eglise bien réglée, malgré l'ivro-h
gnerie et les autres désordres du pays.
Plusieurs ont déjà renoncé à l’invocation d’Agres-|
koué et n’ont pas craint de l'avouer hautement en pleine assemblée. Les uns me disent, nous n'avons
point fait d’invocation parce que tu nous a enseigné
que cela n la prière, Communé quand ils la principe festins. Les cérémonies Le plus nièrement faisait fest d'invocatio pelât pour l'avais ens parti; sa fe tout.
Si ce ca dit-il, qu’il pour cette Nous espér lisé, et d’er
Comme festin, j'ai de Noël et Cela réveil l'oreille à | sources, et d'éclat aux cela sans d
x, Je suis crucifix Vois-tu ne $0minfidèles antbapît, je lui fais plus
tion que e devant s, et que rs maris,
ces et les ris ; mai
que cela n’est pas bien; d’autres disent, « un tel fera la prière, c’est lui qui s'entend bien à la faire. » Communément ils m’avertissent les premiers, mais quand ils l’oublient, je ne l'oublie pas; car c’est là la principale chose qui me porte à assister à leurs festins. Les festins sont en ce pays comme autant de cérémonies religieuses.
Le plus considérable du bourg, en partant dernièrement pour la chasse, recommanda que si on faisait festin en son absence, on n’employät point d'invocations superstitieuses, mais, où qu'on m’appelât pour faire la prière, où qu’on la fitcomme je l'avais enseignée. Je ne sus cela qu'après qu'il fut parti; sa femme, à l’occasion d’un festin, me raconta tout.
Si ce capitaine était chrétien, comme il croit, dit-il, qu’il le sera un jour, ce serait un grand bien pour cette Mission; mais il faut encore du temps. Nous espérons que Dieu lui fera la grâce d’être baplisé, et d’en faire baptiser beaucoup d’autres.
Comme en arrivant j'avais invité les anciens à un festin, j'ai de même invité nos chrétiens aux fêles de Noël et de Pâques, et je m'en suis bien trouvé. Cela réveille les plus endormis, et leur fait prêter l'oreille à l'instruction. Si nous avions plus de ressources, et que nous pussions donner un peu plus d'éclat aux choses de la Foi, et faire plus de charités, cela sans doute gagnerait bien mieux nos Sauvages,
etles retirerait plus facilement de leurs superstitions,
Mais il faut se contenter de ce que Dieu nous donne Æ
Si les secours temporels nous manquent, que Votre
et se souvienne souvent de nous en ses prières.