‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 119 · PRÈS QUÉBEC · texte numérisé non relu

PRÈS QUÉBEC

[La Mission de Notre-Dame de Foye, établie en un lieu nommé la Côte-Saint-Michel, à une lieue et

demie de Québec, a été formée des débris des tribus huronnes chassées de leur pays par les Iroquois. Consacrée d’abord à la Sainte Vierge, sous le titre de son Annonciation, cette Mission a été appelée depuis Notre-Dame de Foye, à l’occasion d’une image de la Mère de Dieu envoyée de Belgique au Canada. Cette statue de la Vicrge avait cela de remarquable qu’elle était faite du bois d’un chène dans le cœur duquel on en avait trouvé une semblable, quelques années auparavant, dans le village de Foye, au pays de Liége, à une lieue de la ville de Dinant !. Le

1. Relations de la Nouvelle-France, de 1669-1670. — La triple

couronne de la B. V. Mère de Dieu, par le P. Poiré, S.-J., traité I, chap. x11, — Vie du P. Chaumonot, New-York, 1858, p. 87.

P. Chaumonot gouvernait, dès l’origine, cette chrétienté fervente. Voici un extrait de la relation qu'il a envoyée à la fin de l’année 1673 !.]

Les bons chrétiens de Notre-Dame de Foye continuent à mener une vie qui retrace en plus d’un point celle des chrétiens de la primitive Église. Je me contenterai d’en rapporter quelques exemples.

Je commence par la mort de Pierre Atironta. Ce bon capitaine des Hurons est passé à une meilleure vie, le 16 décembre 1672, avec de grandes marques de prédestination. Depuis six ans qu’il est revenu du pays des Iroquois, où il avait été assez longtemps captif, il a toujours été très-fervent ; jamais on ne l’a vu tomber dans un excès de boisson ni dans tout autre péché scandaleux. Il fut admis, quelque temps après son retour, en la Sainte Famille*, et pour lors il a redoublé ses dévotions. Il était d'ordinaire avant le jour à la chapelle, hiver et été, pour y réciter son chapelet et ses autres prières.

Cela n’empêchait pas qu’il n’assistât tous les jours à la sainte messe très-dévotement ; et, quand on en disait plusieurs, il les entendait toutes.

IL était toujours un des premiers à la chapelle et

4. Ce qui est renfermé entre des crochets a été ajouté à la Relation manuscrite. On en usera de même toutes les fois qu’on le jugera nécessaire pour l'intelligence du texte.

2, Confrérie de la Sainte-Famille instituée à Québec par Monseigneur l'évêque de Pétrée en l’honneur de Jésus, Marie, Joseph. Le P. Chaumonot avait obtenu que les chrétiens les plus fervents de N.-D. de Foye scraient associés à la Confrérie de Québec.

le dern fiaient voyait € une pos

Tout vité, il peu de assez lo cabane, soirs et

Plusi tume de veillait, pelet au

Sa ve dies, qu des autr durer cl plaindre souhait | trages. ] que cell va bien mon Sat

Penda quatre 1 senlit, d' il s’affail

lle chrén qu’il a

DyE COnlus d’un glise. Je nples.

onta. Ce neilleure marques venu du mps Capne l’a vu ut autre ps après lors il a avant le iter son

les jours don en

apelle et

à la Res qu'on le

ar Monseioseph. Le ervents de

le dernier à en sortir. Sa modestie et dévotion édifaient grandement les Français. Jamais on ne le voyait en l’église qu'à deux genoux, quoique ce soit une posture extrêmement incommode aux Sauvages.

Tout âgé qu’il était, lorsqu'il revint de sa captivité, il ne laissa pas d'apprendre par cœur, en fort peu de temps, toutes les prières huronnes, qui sont assez longues ; de sorte qu’il devint le dogique de sa cabane, et avait soin de les faire réciter tout haut, les soirs et les malins, à ses domestiques.

Plusieurs mois avant sa mort, il avait pris la coutume de prier Dieu la nuit toutes les fois qu’il se réveillait, et, pour cet effet, il tenait toujours son chapelet au chevet de son lit ou pendu à son cou.

Sa vertu à particulièrement éclaté dans ses maladies, qui étaient fort fréquentes, à cause des coups et des autres mauvais traitements qu'il avait eu à endurer chez les Iroquois. Jamais on ne l’a entendu se plaindre ni proférer aucune malédiction ou mauvais souhait contre cette nation, dont il a reçu tant d’outrages. IL n’avait point d’autres paroles en bouche que celles-ci : «Il n’importe ce que je souffre ; cela va bien. J'ai de quoi offrir quelque satisfaction à mon Sauveur pour mes péchés. »

Pendant sa dernière maladie, qui dura plus de quatre mois, il ne laissait pas, quelque mal qu'il sen{ît, d’aller tous les jours à la messe. Mais comme il s’affaiblissait tous les jours de plus en plus, il fut

= 3 : né 2 z ss EE A A I IR go on LE ENORME

Grrhgéeit PRES

réduit à un tel état, qu’il n'avait plus la force de lever les pieds pour aller à l'église. Sa ferveur lui suggéra un expédient pour subvenir à cette grande fai. ” blesse; ce fut de prier sa femme de l’aider à se tenir debout, et ensuite à mettre un pied devant l’autre, pour aller à la messe, afin d’y unir ses douleurs à celles de Notre-Seigneur. D’autres fois, il se trainait sur les genoux et sur les mains, tantôt en s’accrochant aux perches des cabanes qu'il rencontrait le long de sa route, tantôt en s'appuyant sur quelques personnes charitables qui soutenaient sa marche chancelante.

Quand il ne lui fut plus possible d’aller à la sainte messe, il tâchait d'y assister du moins en esprit chaque fois qu’on la disait, et, quelque mal qu'il sentit, ilne cessait point de réciter duront toute la messe les mêmes prières qu'il aurait faites s’il eût eu à l’entendre dans la chapelle.

Quand son Père spirituel lui suggérait quelque bon sentiment, il disait : « Voilà mon entretien pour aujourd'hui; je ne penserai qu’à cela tout le jour. »

Il avait partagé entre les jours de la semaine certaines dévotions appropriées à chaque jour différent.

Le dimanche, il disait le chapelet de la très-sainte Trinité, composé de trente Gloria Patri; le lundi, il en disait un autre pour les trépassés; le mardi, un auire à l’honneur des anges, etc.

Il était surtout très-soigneux de réciter trois fois le

jour | chées :

Éta plus dé Famil Dieu p Ceu derniè patienc frances et qui tres sec ne fais bonne quillité me dit visiter, du Sau vage.

Ces!

troduit ter sou après | qui l’e exempl tres pr exercit à celte

rce de ler Jui sugande faià se tenir t l’autre, ouleurs à e trainait | s’accroontrait le quelques \ marche

| la sainte prit chail sentit, messe les u à l’en-

quelque

aine cerdifférent.

es-sainte

jour l’Angelus, pour gagner les indulgences attachées à cette pieuse pratique.

Étant près de mourir, il dit que ce qui lui donnait plus de consolation était d’avoir été admis à la Sainte’ Famille, où tant de gens de bien qui en sont prieront Dieu pour lui après sa mort.

Ceux de ses compatriotes qui le visitaient en sa dernière maladie étaient grandement touchés de sa patience ; car, quoiqu'il éprouvât de cruelles souffrances, parce que sa chair tombait en lambeaux, et qu’il nageait dans le sang faute de linge et d’autres secours dont ces pauvres gens sont destitués, il ne faisait paraître aucun signe de tristesse. Une bonne chrétienne, admirant la douceur et la tranquillité d’esprit qu’il conservait parmi tant de maux, me dit, quelques jours après sa mort, que l’allant visiter, il lui semblait voir la constance et la patience du Sauveur représentées par celle de ce pauvre Sauvage.

C’est une bonne coutume, que celle qui s’est introduite parmi ces nouveaux chrétiens, d’aller visiter souvent les malades et de prier Dieu pour eux après les avoir salués. C’est notre fervent néophyte qui l’a établie et qui lui a donné cours par son exemple; car, comme il était capitaine, tous les autres prirent bientôt l'habitude de limiter en ce saint exercice. Quant à lui, il donnait beaucoup de temps à celte visite des malades, qu’il faisait tous les jours

Page 1