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blier l'Evangile aux infidèles, Son dessein approuvé et son congé reçu, il part avec deux Hurons, sous la conduite de Garakontié, grand capitaine des Iroquois, ami dévoué des Français et fervent chrétien. Après 4voir vogué cinq jours sur le grand lac Ontario, ils abordèrent sur les terres des Onnontagués, d'où on envoya quelques anciens à léur avance, afin de les recevoir et les conduire au bourg avec plus d'honneur.
Le soir même de leur arrivée, comme on était venu de toutes les cabanes pour les complimenter, notre Louis voyant l’assemblée très-nombreuse, leur fitun discours fortsolide sur l'importance de laPrière, c'est-à-dire du Christianisme, et sur la sainte coutume des chrétiens de s'adresser à Dieu tous les soirs et tous les matins. Ensuite, afin d'instruire son audiloire plus encore par.son exemple que par ses paroles, lorsque son discours fut achevé, il se mit à genoux et pria tout haut âvec son conducteur et ses deux compagnons sans craindre les railleries auxquelles il s’exposait. Le lendemain ils allèrent entendre la messe du P. Lamberville, où le bon Louis fit encore une fervente exhortation aux Iroquois et aux Hurons qui se trouvèrent dans la chapelle; il visila ensuite toutes les cabanes pour instruire plus en particulier les fidèles et même les infidèles.
Pendant son séjour à Onnontagué, il continua tous
les saints exercices de notre religion avec tant d’édification des Sauvages, qu’ils lui portaient un singulier respect, et avec tant d'approbation du missionnaire, qu'il souhaitait le retenir auprès de lui. En effet, il a jeté en l’esprit de beaucoup d’Iroquois infidèles les semences de la Foi, et il a excité dans les cœurs des Hurons chrétiens de grands désirs de se rendre à Québec pour y remplir en paix les devoirs du Christianisme, et avec plus de liberté qu'ils n’en ont dans le pays de leur captivité.
Il se trouvait alors à Onnontagné une-autre nation tout entière que l’on appelle la Nation Neutre. Ces peuples, qui s’étaient volontairement donnés aux Iroquois, en étaient cependant traités comme des esclaves. Dans le désir de se délivrer de cette tyrannie, ils invitèrent Louis à un conseil secret, où ils le prièrent de leur obtenir d'Ononthio ‘ des soldats pour favoriser la fuite qu’ils méditaient. Il leur répondit sagement : « Ononthio est trop fidèle à garder sa parole et trop habile à conduire les affaires pour donner aux Iroquois un si beau prétexte de se plaindre de lui; cependant, pour ne pas laisser ses alliés dans l'oppression, il a fait bâtir le fort de Katarokoui; vous pouvez vous y retirer sans bruit sous prétexte de la chasse; les Français vous y recevront
4. Ononthio est k nom que les Sauvages donnaient au roi de France.
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Avant de se séparer de Garagontié, il lui donna un avis où il ne montrait pas moins de prudence que de piété. «Souvent, lui dit-il, vous voûs trouvez dans les conseils des infidèles; je vous exhorte de n’en jamais sortir que vous n’y ayez parlé à l'avantage de notre sainte Religion. L'expérience nous fait connaître que c'est un des meilleurs moyens de convertir nos frères. » j
D'Onnontagué il partit pour Onneiout, où réside le P. Millet. Ce missionnaire nous a écrit qu’il a été très-consolé des peines que le bon Louis a prises pour la conversion des âmes; que, par ses discours, par ses exemples et par ses présents, il a remis dans la voie du devoir grand nombre de Sauvages engagés dans le vice, entre autres une jeune chrélienne que l’ivrognerie avait perdue. Thaondechoren lui remontra si fortement son malheur, qu’elle pleura ses péchés avec abondance de larmes, et qu’elle lui en demanda les remèdes avec beaucoup d'instance, Il lui répondit qu’elle les trouverait aux pieds du Père par l’absolution et par les avis qu’il lui donnerait ; et, afin de l’affermir en la bonne résolution qu'elle avait conçue, il lui fit un présent de poudre et de plomb.
Comme il est pauvre et libéral tout ensemble, sa charité l’eut bientôt dépouillé de tout, jusque-là
qu'ayant passé chez les Aguiéronnons, ildonna à une
Huronne chrétienne l’unique chose qui lui restait, et qui lui était très-chère. Cette femme élait malade à l'extrémité ; il la consola si bien des douleurs excessives qu’elle endurait, et il la fortifia si heureusement contre toutes les craintes de la mort, qu’il la laissa dans une profonde paix et dans une entière résignation à la volonté de Dieu, Un peu après qu’il l’eût quittée, il apprit que les parents de la malade voulaient la faire visiter par les jongleurs: il retourne aussitôt l’avertir du péché qu’elle commettrait si elle permettait cette visite; qu’il ne fallait pas perdre son âme pour sauver son corps, ni acheter un peu de vie misérable au prix d’une heureuse éternité; en un mot, il la confirma si bien, qu’elle ne voulut pas même souffrir les approches des jongleurs. Le bon Thaondechoren en conçut tant de joie, que pour témoigner sa reconnaissance à Dieu, et pour encourager la malade, il tira de son cou une image représentant Notre-Dame, et la lui donna, en lui disant que la mère de Dieu, que cette image représentait, la consolerait, l’instruirait et la protégerait en son absence.
Après ces heureux succès, il eut poussé plus loin ses saintes conquêtes s’il n’eût été obligé de revenir en notre bourgade. Il avait été saisi d’une grosse fièvre et attaqué d’une fluxion dangereuse sur les poumons. Il n’est pas encore guéri, et on craint même
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qu'il ne succombe au mal. Ce serait une grande
perte pour notre Mission; car, pour le bon Louis,
nous avons sujet d'espérer que Notre-Seigneur le ré-" compensera libéralement de la santé gt de la vie qu’il
aurait sacrifiées à son service et pour sa gloire,
D'après le manuscrit canadien, la Mission suivante appartiendrait aux relations des années 1673-1674 ; dans le manuscrit romain elle est rangée parmi les Missions des années 1672-1673. Cette place nous a paru mieux lui convenir.
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