‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 39 sur 119 · Le loup habitera avec l'agneau. (/saïe, ch. 1, v · texte numérisé non relu

Le loup habitera avec l'agneau. (/saïe, ch. 1, v

En voyant ces nouveaux fidèles rassemblés, dès

l'automne passé, dans le bercail de Jésus-Christ, c'était chose bien agréable pour nous de compter, dans une seule Mission naissante, jusqu’à vingtdeux nations, dont plusieurs ont des langues entièrement differentes, et les autres diffèrent seulement par leurs idiomes. On y trouvait mêlés ensemble des Outouagannha‘ des Gentagega*, des Algonquins Montagnais, des Nipissiriniens*, des Hurons, des Iroquois, des Loups, Mahingans ou Socokis #, et autres nations non moins opposées entre elles par de longues inimitiés que par la diversité du langage, Cette Mission a commencé, il y a environ quatre ans’, par la réunion en ce lieu de quelques familles Iroquoises. Ces Sauvages, ayant entendu parler de l'Évangile par ceux de nos Pères qui sont en leurs pays, prirent aussitôt résolulion de l’embrasser. Mais,

4. Outouagannha, ou Mascontins. Voir ci-dessus, p. 125. 2. Gentagega ou Gentaguetehronons, Sauvages de l'Amérique du nord. | =

3. Nipissiriuien:, ou Nipissings, Sauvages qui habitaient près du lac Nipissing, au dessus du lac Huron, |

4, Socokis, Sauvages de la Nouvelle-Angleterre 5 ils sont aussi nommés Socoquiois; ils faisaient partie de la Mission abénaquise.

5. Dans le courant de l'année 1669.— La prairie de la Magdeleine ne possédait alors qu'une maison ou résidence qui servait de lieu de retraite où les Pères venaient se reposer des fatigues de leurs missions. Mais le grand concours de Sauvages, qui y abordaient de toutes parts, obligca d'y entretenir deux missionnaires habiles dans les différentes langues de ces nations. Telle fut l'origine de la célèbre Mission ou chrétienté de Saint-François Xavier des Prés, dont le P. Jacques Frémin a été le premier apôtre.

tres Ir chés « rester Bier nation:

compa et que dessein Sauvag aussi à La :

bientôt laines } lièreme veaux monde | trait d résoluti

mblés, dès sus-Christ, > compter, qu’à vingtgues entiè- , seulement semble des Algonquins [urons, des kis 4, et auelles par de 1 langage.

viron quatre ques familles u parler de ont en leurs rasser. Mais,

à l'Amérique du

bitaient près du

be: ils sont aussi abénaquise.

e la Magdeleine servait de lieu atigues de leurs y abordaient de es habiles dans igine de la cére des Prés, dont

voyant trop de difficulté à exécuter leur dessein, s’ils restaient dans leur patrie, où l'idolâtrie et le vice règnent avec un empire absolu, ils se détermirèrent à la quitter pour venir demeurer avec ceux qui les assuraient d’une éternité bienheureuse, s'ils voulaient vivre en bons chrétiens.

Ils ne furent pas plus tôt arrivés qu’ils firent bien voir que Dieu a des élus par toute la terre habitable, puisque dès lors on put les comparer aux chrétiens de la primitive église. Quelque temps après, d’autres Iroquois, venus pour les visiter, furent si touchés de leurs bons exemples, qu’ils résolurent de rester avec eux, et de les imiter en tout.

Bientôt, le bruit s'étant répandu par toutes les nations iroquoises qu’un nouveau bourg de leurs compatriotes se formait à la prairie de la Magdeleine, et que tous ceux qui s’y retiraient n’avaient d'autre dessein que de se faire chréliens, plusieurs de ces Sauvages touchés de la grâce de Dieu, y vinrent aussi afin d’y mener le même genre de vie,

La multitude augmentant chaque jour, on fut bientôt obligé de procéder à la création de capilines pour le gouvernement du bourg, et particulièrement pour la conservation de la Foi. Les nouveaux capitaines assemblèrent aussitôt tout leur monde pour déclarer publiquement qu’on n’admet-

| trait dans le bourg personne qui ne fût dans la

résolution de s'abstenir de trois choses qui sont :

ag EM ESRI +

l'idolâtrie du songe, le changement de femme et l'ivrognerie. Il fut donc arrêté que personne ne demeurerait parmi eux qu’il n’eût fait auparavant protestation publique de renoncer à ces abominations, et que si quelqu'un venait à y retomber, il serait chassé honteusement.

Tout ceci s’élant fait publiquement, fut bientôt su de toutes les nations qui abordent de tous côtés vers ces quartiers, tellement qu'aucun Sauvage ne vient demeurer ici, pas même en passant pour deux ou trois mois, qu'il ne s’oblige à suivre les lois qui régissent la nouvelle bourgade.

Ce fondement solide ainsi établi, on n'a pas eu beaucoup de peine à introduire parmi les nouveaux venus la pratique des vertus et la dévotion fervente qui sont l'apanage ordinaire de toutes les Églises naissantes. C’est une chose fort rare qu’un Sauvage de cette Mission n’assiste pas à la messe tous les jours ouvriers, et à la prière publique le soir. Plusieurs même entendent les deux messes qui s’y disent, etsi quelqu'un, pour quelque empêchement raisonnable, n’a pu y assister, aussitôt que cetempêchement cesse, il vient faire ses prières devant le Saint-Sacrement ; et, s’il y manquait, il s’en confesserait comme d’une grande faute dès le dimanche suivant; car la coutume des plus fervents est de se confesser tous les dimanches; pour les moins fervents, ils le font tous les mois. Les communions sont réglées par le mis-

sio out gral cre tant char ques se te prièl caba dans une | enten blabl L’} comn trées ; grâce, vages deux :

gnons chez e voir. E rités d sieurs, ont dit chain | Ils ont

le

e femme et Jersonne ne auparavant es abominaretomber, il

, fut bientôt de tous côlés Sauvage ne nt pour deux re les lois qui

n n'a pas eu les nouveaux otion fervente s les Églises ’un Sauvage tous les jours bir. Plusieurs y disent, etsi raisonnable, ement cesse, -Sacrement ; omme d’une , car la couesser tous les s le font tous s par le mis-

sionnaire selon la piété de chacun. Le dimanche, outre la mésse ordinaire , ils assistent tous à la grand’messe des Français et au salut du Saint-Sacrement, qui se dit après vêpres , auquel ils ont tant de dévotion , que très-peu passent devant la chapelle sans y entrer pour l’adorer et y faire quelques prières. Enfin des dimanches et jours ouvriers se terminent, avant que de se coucher, par une prière publique qui se fait tout haut dans chaque cabane. On y ajoute ordinairement, aussi bien que dans la chapelle, quelques cantiques spirituels, avec une harmonie si agréable, que les Français qui les entendent, disent qu'ils n’ont rien entendu de semblable en Europe.

L’hospitalité est une vertu morale, qui est fort commune parmi les Sauvages infidèles de ces contrées ; mais, quand cette vertu est accompagnée de la grâce, elle produit des effets admirables. Les Sauvages de la Prairie avaient des provisions de blé pour deux ans; mais plus de huit cents de leurs compagnons, ayant abordé et séjourné en divers temps chez eux, tout a été consommé pour les bien recevoir. Prenant de là l’occasion de les instruire des vérités de notre Foi, ils ont touché les cœurs de plusieurs, qui se sont fixés ici pour toujours; d’autres ont dit, en s’en allant, qu’ils reviendraient l’an prochain pour partager leur habitation et leur repos. Ils ont même ajouté, que si l’on faisait quelque pré-

Page 1