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sent aux anciens d’Agnié, il était vraisemblable que toute Ja nation viendrait se ranger ici sous les lois de l'Evangile.
C'est une chose fort rare chez les Sauvages de contredire ceux qui leur parlent; et, quand on les instruit , ils approuvent tout. Cela donne beaucoup de peine aux missionnaires pour distinguer ceux qui veulent croire sincèrement. Les naturels de ce pays ont ordinairement beaucoup de respect humain, et n'oseraient faire profession publique de la religion quand ils sont avec les infidèles. Mais les Sauvages de la Prairie ont surmonté cet obstacle dès les commencements. Ils font gloire d’être chrétiens, et en font profession si publique, que personne n’ose venir demeurer parmi eux s’il n’est résolu tout de bon à embrasser la Foi, persuadé qu’on l'en chasserait bientôt s’il n’était tout à fait disposé à vivre en bon chrétien. Ce qui fait dire aux impudiques et aux ivrognes : «Je ne vais pas à la Prairie, puisqu'il n’y a ni femmes ni boissons. »
L’eau-de-vie a ruiné les missions algonquines. Elle empêche encore maintenant que beaucoup de Sauvages ne se convertissent. L’avarice insatiable des Français en est la cause. Ils vont jusqu’à deux cents el trois cents lieues chercher les Sauvages dans les bois, pour avoir leurs pelleteries en les enivrant. Cependant, quoique cette petite mission soit au milieu des Français, qui font ce détestable commerce,
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pas un, par la grâce de Dieu, n'a encore eu la pensée d'en apporter ici, ni les Sauvages d'en aller chercher, bien que ceux-ci aient été presque tous adonnés à l'ivrognerie avant leur baptème. Je regarde cette conduite des uns et des autres comme un miracle de la Providence. Je crois qu’il y a un ange tutélaire de ce bourg qui écarte toutes ces occasions, et que s’il venait à le quitter et la boisson à y entrer, il n’y aurait plus de Christianisme.
L'hiver passé tous allèrent à la chasse en cinq ou six bandes. Chacune avait son dogique ; et, pendant ce voyage de trois ou quatre mois, ils firent règlement de toutes leurs dévotions accoutumées, sans y manquer un seul jour, comme s’ils eussent été dans le bourg, assisté de leur pasteur ; et ils vécurent avec tant d’innocence, qu’on avait peine à y trouver matière de confession à leur retour. Ces Sauvages, en vérité, se lèveront contre nous au jour du jugement.
Un seul catéchumène, avec sa femme très-bonne chrétienne, fit sa chasse à quartier. Il rencontra deux des plus considérables de là nation d'Agnié, et se joignirent ensemble pour faire leur chasse. Le catéchumène les instruit de tout ce qui se passe à laPrairie. Ils écoutent, et priant Dieu tous les jours ensemble, il leur apprend parfaitement les prières. Le prinlemps venu, ils se rendent ici, afin, disent:ils, d'y demeurer avec nous et d’y vivre en chrétiens. Avant
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de s'établir pour toujours, ils allèrent en leur pays pour y chercher leurs femmes, et ils publièrent hautement leur dessein. Quarante-deux personnes, touchées de Dieu, se joignirent à eux. Arrivés tous ici, ils offrent un présent pour déclarer qu’ils ont quitté parents, amis, cabanes, champs, pour avoir plus de facilité à se faire bons chrétiens; en vérité, on n’a jamais vu d’âmes mieux disposéès.
Le nom de Sauvage fait naître une idée si désavantageuse de ceux qui le portent, que bien des gens en Europe ont jugé qu’il était impossible d’en faire de véritables chrétiens. Mais ceux-là n’ont pas fait réflexion que Dieu est mort pour le barbare aussi bien que pour le juif, et que son esprit souffle où il veut. Les bons arbres portent les bons fruits, et l’on juge dans l’occasion de la vertu d’un homme. Ce qui a été dit et ce qu’on va dire suffit pour montrer que non-seulement il y a de vrais chrétiens parmi ces peuples sauvages, mais même qu'il y en a un plus grand nombre à proportion que dans notre Europe civilisée. Un vieillard ayant demandé, l'automne passé, de demeurer ici avec sa famille assez nombreuse, cette grâce lui fut accordée. Peu de temps après, il fait un festin où les habitants du bourg se trouvant réunis, il déclare qu’il est malade, et que, pour guérir, il lui faut accomplir un songe. Le dogique ec cs chrétiens se lève ausitôt, et dit tout haut au nom de l'assemblée : « Non, cela ne se fera, puisqu'il y a
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Un autre infidèle, qui venait nous visiter, ne fut pas plutôt arrivé qu’il commença un festin par l'immolation de viandes au démon. Tout le monde en est indigné. Le missionnaire se transporte à la cabane, met bas la chaudière, et les chrétiens jettent la viande aux chiens. L'infidèle fut piqué, dit que le songe était son dieu, et qu’il n’appréhendait pas de mourir, ni lui ni les siens, en choquant le Dieu du ciel. Le missionnaire lui répliqua que, peut-être dans peu de temps, il éprouverait les effets de la juste colère de ce Dieu tout-puissant. Ces menaces ne tardèrent pas à s’accomplir, car au bout de trois mois, les trois enfants de ce Sauvage, qui se poraient très-bien pour lors, lui furent tous enlevés par la mort. Cet exemple de la justice Divine a puissamment confirmé nos chrétiens dans la Foi, et inspiré de la terreur aux infidèles.
Il est rare de voir un homme véritablement dévot sans être vrai serviteur de Notre-Dame. Voilà pourquoi on a établi dans cette Mission une association de la Sainte-Famille et de l'Esclavage de la Sainte- Vierge. C’est une réunion composée de nos chré-
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tiens les plus fervents. Ils s’assemblent tous les dimanches, pour examiner si l’on garde toutes les règles, pour voir le bien qu’on peut faire et le mal qu'on peut empêcher. Je serais trop long si je voulais décrire en détail toutes les dévotions de cette sainte confrérie, montrer leur tendre dévotion envers Notre-Dame, leur charité pour le prochain, leur zèle pour le salut de leurs compatriotes ; je me contenterai de dire que tout le bien qui est dans cette Mission vient de cette source abondante en toute sorte de biens. Ce sont, en effet, les membres de cette association qui attirent ici les Iroquois, qui les instru < nt, qui les préparent au baptême. Ce sont eux encore qui les conservent et maintiennent dans la ferveur, et qui les disposent ainsi à régner un jour dans le ciel.
Une femme de cette confrérie, voyant son fils unique à l’agonie, le porta à la chapelle, et, le mettant aux pieds de Notre-Dame, lui dit : « Ma chère Maîtresse, mon Tout après Dieu, voilà mon fils, ou plutôt le vôtre, qui est agonisant ; si vous le voulez prendre, il est à vous ; si vous voulez me le rendre, je vous serai reconnaissante toute ma vie. J'ai employé inutilement jusqu'ici présent, toutes sortes de remèdes pour l’arracher à la mort. Je ne veux plus y avoir recours ; il faut que toute la gloire, après
Dieu, vous en revienne, et que vous le guérissiez vous-même | »
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Cette courte prière achevée en présence du missionnaire, elle retourne en sa cabane avec son enfant. Le lendemain, où l'on croyait le trouver sans vie, on l’a trouvé beaucoup mieux. Deux jours après, il était hors de danger, et il a recouvré une santé parfaite.