ENVOYÉE DE QUÉBEC
PAR LE P. DABLON Supérieur général des Missions de la Compagnie de Jésus
LE 1er AOÛT 1674.
IL y a deux ans que M. le comte de Frontenac notre gouverneur, et M. Talon, alors notre intendant, jugèrent qu’il était important de s'appliquer à la découverte de la mer du Midi, après celle qui a été faite de la mer du Nord. Il s'agissait surtout de savoir dans quelle mer s’allait décharger la grande rivière dont les Sauvages font tant de récits, et qui est à cinq cents lieues d’ici, au delà des Outaouais.
1. En 1671, le P. Albanel avait été envoyé, dans la compagnie de M. de Saint-Simon et d'un autre Français, pour découvrir le chemin qui, de Québec, conduit par terre à la baie d'Hudson et à la mer du Nord. Ils y arrivèrent au mois de juillet 1672, et, le 9 de ce mois, ils arborèrent les armes du roi de France sur la pointe de l'île qui coupe e lac de Nemiskan. (Relation de l’année 4672 par le P. Albanel.) |
Dans ce dessein, ils ne purent choisir personne qui eût de plus belles qualités que le sieur Jolliet qui avait déjà fait plusieurs voyages dans ces contrées-là. Et de fait, il s’est acquitté de cette commission avec toute la générosité, toute’ l'adresse et toute la conduite qu'on pouvait souhaiter.
Étant arrivé aux Outaouais, M. Jolliet se joignit au P. Marquette qui l’attendait pour cela, et qui depuis longtemps préméditait cette entreprise, l'ayant bien des fois concertée ensemble.
Ils se mirent en chemin, avec cinq autres Français, vers le commencement de juin 1613, pour entrer danis des pays où jamais aucun Européen n’avait mis le pied. Étant partis de la baie des Puants par les 43 degrés 40 minutes d’élévation, ils navi-
guerent sur unc pelite rivière fort douce et fort Ù qu
agréable près de soixante lieues, tirant vers l’ouest- vient
sud-ouest. Là, ils trouvèrent le portage qu’ils cher- haute devie
1. Ces paroles sont à remarquer. Ainsi, jusqu’en juillet 1673,
à aucun Européen n'uvait mis le pied dans les Pays qu'allaient par- “"H courir le P. Marquette et ses compagnons. Cette conviction du par j 1 P. Dablon que les pays parcourus par le sieur Jolliet et le P. Mar- IL: ë quette n'avaient pas encore été explorés par aucun Européen (ve- Ù nant du côté du nor) était partagée par M. de Frontenac, gou- arbre verneur du Canada. M. de Frontenac écrivait la même année au . ministre de la marine sur le même sujet, et après lui avoir fait qu < part du retour du sicur Jolliet, il lui parlait des pays admirables dinai que ce voyageur à découverts, de la grande rivière qu'il a trou- : vée, qui va du nord au sud, et qui est aussi large qu'est celle de cano! Saint-Laurent vis-à-vis de Québec. Ou sait que cette grande ri- sur fi
vière que M. Jollict a trouvée (dans la compagnie du P. Marquette) est le Mississipi. I. L
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chaient; ce portage, de demi-lieue, devait les faire passer de cette rivière dans une autre, qui venait du nord-ouest, sur laquelle s'étant embarqués et ayant fait quarante lieues vers le sud-ouest, ils se trouvèrent enfin, le 15 juin, à 42 degrés et demi, et entrèrent heureusement dans cette fameuse rivière que les Sauvages appellent Mississipi, comme qui dirait la grande rivière, parce que, de fait, c’est la plus considérable de toutes celles qui sont en ce pays.
Elle vient de fort loin, du côté du nord, au rapport des Sauvages. Elle est belle, et a pour l’ordinaire un quart de lieue de large. Sa largeur est bien grande encore aux endroits où elle est coupée d’iles qui sont néanmoins assez rares. Elle a jusqu’à dix brasses d’eau, et coule fort doucement jusqu’à ce qu’elle reçoive la décharge d’une grosse rivière qui vient de l’ouest-nord-ouest, vers le 38° degré de hauteur". Alors, étant enflée de ces deux eaux, elle devient très-rapide, et a un courant si roïde, qu’en remontant on ne peut faire que quatre à cinq lieues par jour, voguant depuis le matin jusqu’au soir.
Il y a des bois des deux côtés jusqu’à la mer. Les arbres qu’on y voit sont une espèce de cotonniers qui sont d’une grosseur et d’une élévation extraordinaires. Les Sauvages s’en servent pour faire des canots, tout d’une pièce, de cinquante pieds de long sur trois de large, dans lesquels trente hommes avec