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leur équipage peuvent s’embarquer. Ils les travaillent avec bien plus de petitesse que nous ne faisons les nôtres, et ils en ont un si grand nombre, qu’à une seule bourgade on en voit jusqu’à cent-quatrevingts ensemble.
Parmi les nations qui habitent ce pays, les unes sont placées près de la grande rivière, les autres, plus avant dans les terres. Nos voyageurs ont compté plus de quarante bourgades, dont la plupart étaient composées de soixante à quatre-vingts cabanes. Il s’est même trouvé des bourgs de trois cents cabanes, comme celui des Illinois, qui comprend plus de huit mille âmes. Tous les Sauvages de ces contrées paraissent d’un bon naturel; ils sont affables et obligeants.
Nos Français ressentirent les effets de cette civilité dès la première bourgade où ils entrèrent; car ce fut là qu’on leur présenta un bâton de pétunoir!, long de trois pieds, façonné et environné de divers plumages. Cette offrande du pétunoir est d’une grande signification chez ces peuples, parce que le calumet est comme un passeport et une sauvegarde pour aller en assurance partout, sans qu'on ose, en aucune façon, offenser ceux qui portent cette espèce de caducée. On n’a qu’à le montrer, et on est assuré de la vie, même dans le plus fort du cembat. Comme il y a un bâton de paix, il y a aussi un bâton de
1. Pétunoir, instrument dont les Sauvages se servent pour fumer; on l'appelle plus communément ca/umet.
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guerre, qui ne sont différents que par la couleur des plumes dont ils sont ornés : le rouge élant signe de guerre, et les autres couleurs signe de paix.
Il y aurait bien des choses à dire de ce bâton, aussi bien que des n:œurs et des façons d’agir de ces peuples. En attendant que nous en recevions le récit, nous dirons seulement que les femmes y sont fort retenues. Ce sont elles qui, avec les vieillards, ont le soin de la culture de la terre; et, quand les semences sont faites, les hommes partent tous ensemble pour la chasse des bœufs sauvages dont ils se nourrissent. Ils se font des habits de leurs peaux, qu'ils passent ! avec une certaine terre, qui leur sert aussi de teinture.
Le sol est si fertile, qu'on fait la récolte du blé trois fois l’an. Il produit naturellement des fruits qui nous sont inconnus, et qui sont excellents ; le raisin, les prunes, les pommes, les mûres, les marrons, les grenades, et quantité d’autres, se cueillent partout et presque en tout temps; car on ne connaît guère ici l'hiver que par les pluies abondantes qui tombent en cette saison.
Les prairies et les forêts partagent également le pays qui fournit de beaux pâturages à un grand nombre d'animaux de différentes espèces. Les bœufs sauvages ne prennent pas la fuite à la vue de l'homme. Le P. Marquette en a compté jusqu'à quatre cents en une seule bande. Les cerfs, les bi-
1. Passer, terme de corroyeurs qui signifie imbiber, enduire.