‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 46 sur 119 · Ici quelques mots manquent dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Ici quelques mots manquent dans le manuscrit

croire ; c’est que nous pourrions assez aisément aller jusqu’à la Floride en barque, et par une fort belle navigation. [l n’y aurait qu’une saignée à faire, en coupant une demi-lieue de prairie seulement, pour passer du lac des Illinois dans la rivière de Saint- Louis *. Voici la route qu’on tiendrait : la barque devrait se faire dans le lac Erié qui est proche du lac Ontario; elle passerait aisément du lac Erié dans le lac Huron, d’ou elle entrerait dans le lac des Illinois. On ferait à l'extrémité de ce lac la tranchée ou le canal dont j'ai parlé, pour avoir passage dans la rivière Saint-Louis, qui se décharge dans Mississipi. La barque étant ainsi entrée dans ce fleuve, naviguerait facilement jusqu’au golfe de Mexique. Le fort de Catarokoui, que M. le comte de Frontenac a fait construire sur le lac Ontario, favoriserait beaucoup cette entreprise, parce qu’il faciliterait la communication de Québec au lac Erié, dont ce fort n’est pas très-éloigné, et même sans une chute d'eau qui sépare le lac Erié d'avec l'Ontario, une barque construite à Catarokoui pourrait aller jusqu’à la Floride, par les routes dont je viens de parler.

La cinquième remarque regarde les grands avan-

1. La rivière nommée ici Saint - Louis est appelée communément Rivière des Illinois. 11 faut remarquer que ce n’est point par cette rivière que nos voyageurs descendirent de la baie des Puants et de la rivière des Renards jusqu'au Mississipi, mais que ce fut par elle qu'ils remontèrent du Mississipi jusqu’à la pointe du lac des Illinois, ou lac Michigan.

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tages qu’il y aurait à établir de nouvelles colonies dans de si beaux pays et en des terres si fertiles. Voici ce qu’en dit le sieur Jolliet, « Lorsque, dans le commencement, on nous parlait de ces terres sans arbres, je m'imaginais un pays brûlé, où la terre était si chétive qu’elle ne pouvait rien produire. Mais nous avons remarqué le contraire, et il ne s’en peut trouver de meilleure, ni pour les blés, ni pour la vigne, ni pour quelques fruits que ce soit.

« La rivière à qui nous avons donné le nom de Saint-Louis, et qui a sa source non loin de l'extrémité du lac des Illinois, m’a paru offrir sur ses bords des terres très-belles et très-propres à recevoir des habitations. L'endroit par lequel, après être sorti de la rivière, on entre dans le lac, est une anse fort commode pour contenir des vaisseaux, et les mettre à l'abri du vent. La rivière est large et profonde !, remplie de barbues et d’esturgeons; le gibier se trouve en abondance sur les rives; les bœufs, les vaches, les cerfs, les coqs-d’Inde, y paraissent beaucoup plus qu'ailleurs. Pendant l’espace de 80 lieues, je n’ai pas été un quart d’heure sans en voir. Il y a des prairies de trois, de six, de dix et de vingt lieues

41. Le cours de la rivière des Illinois, dont le sicur Jolliet fait une si belle description, est de 305 milles américains, depuis son embouchure dans le Mississipi jusqu’à sa source, près de Chicago, à l'extrémité méridionale du lac Michigan. Sur ses bords était autrefois le fort Saint-Louis, qui restait comme souvenir du nom que Jolliet avait d'abord donné à cette rivière.

de long, et de trois de large, environnée de forêts de même étendue, au delà desquelles les prairies recommencent, en sorte qu’il y a autant de l’un que de l’autre. On rencontre quelquefois les herbes fort basses, quelque fois on les voit hautes de cinq et six pieds ; le chanvre qui y croît naturellement monte jusqu’à huit pieds.

«Un habitant n’emploierait point des dix années à abattre le bois et à le brûler ; dès le jour même de son arrivée, il mettrait la charrue en terre, et sil n’avait pas de bœufs de France, il se servirait de ceux du pays ou de cesanimaux qu'ont les Sauvages de l’ouest, sur lesquels ils se font porter comme nous sur nos chevaux. Après la semence de toutes sortes de grains, les nouveaux colons pourraient s'appliquer à planter de la vigne, et à enter des arbres fruitiers, à passer des peaux de bœufs dont ils se feraient des souliers; et de leur laine ils se feraientdes étoffes beaucoup plus fines que celles que nous apportons de France : ainsi ils trouveraient de quoi se nourrir et se vêtir; rien ne manquerait que le sel, mais il ne, serait pas difficile avec un peu de prévoyance d'obvier à cet inconvénient. »

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