‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 119 · IV. — DE QUELQUES ANCIENS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

IV. — DE QUELQUES ANCIENS CHRÉTIENS

Je ne saurais taire ici l'édification que nous a

donnée un capitaine huron, nommé Louis Thaondéchoren, qui avait accompagné M. le gouverneur à Catarokoui; de là il était venu ici avec quelques autres capitaines visiter ceux de sa nation qui sont naturalisés dans le pays des Iroquois. Le peu de temps qu'il a passé en cette bourgade, il s’y est conduit avec tant de sagesse, qu'il nous a laissé à tous un très-doux souvenir de sa vertu. Il portait toujours au

cou son chapelet et son crucifix qui lui servaient de :

sauvegarde contre les invitations de festins et contre les autres occasions de pécher qui ne sont ici que

à notre chair dès le lenqu’on ne dit a Prière qui donna d’autraire qu’un Dieu. « Mais 1oi jusqu’à la mpêcher, ne ux filles déjà it de la mort

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trop fréquentes. Il me pria de le confesser et de le communier, afin que Dieu lui fortifiât l'esprit dans ce pays de l’infidélité et lui inspirât des paroles de vie et de salut quand il parlerait aux autres Sauvages. Le dimanche il fit une instruction aux chrétiens pendant la messe, et, aux exhortations particulières qu’il faisait dans les cabanes, il ajouta divers présents, tant pour retirer quelques-uns du désordre que’ pour les affermir dans le bien. Je n'ai su ces particularités qu'après son départ. Depuis, étant allé à Agnié, je le rencontrai encore dans les mêmes exercices de piété et de charité, et j'eus la consolation de l’entretenir plus particulièrement dans quelques courses que je fis avec lui en visitant la Mission d’Agnié. Ses discours n'étaient que de Dieu, el il se plaisait extrêmement à chanter par le chemin des airs de l'Eglise, pour réparer, disait-il, les fautes qu'il avait faites autrefois en chantant des chansons profanes. La charité l'avait dépouillé de tout, et autant je l’avais vu à Onneïout pourvu de bien des choses utiles ou commodes, autant je le trouvai à Agnié dénué de tout, excepté de sa vertu, qui me paraissait d'autant plus charmante qu’elle l'avait réduit à une plus grande pauvreté.

Nous avons ici deux chrétiennes qui me sont d’un grand secours pour l'instruction des fidèles et pour l'avancement de cette Eglise. La première, et la plus ancienne, se nomme Félicité; elle avait puisé

à Québec, chez les Ursulines, où elle a demeuré quelques années, une teinture si solide et de si bons

principes de piélé, qu’elle a su prendre, par sa vertu, et conserver toujours un certain ascendant sur tous les autres chrétiens. Elle sait parfaitement toutes les prières, les chants de l'Église et les mystères de notre Foi, et elle en donne l'explication avec tant de netteté, que les hommes eux-mêmes l’écoutent volontiers comme leur maîtresse. Elle est secondée par une autre jeune femme baptisée, qui, entre autres actes de zèle, s’est signalée par l'adresse qu’elle a fait paraître en ramenant dans le bon chemin une de ses amies qui s’en écartait. Celle Sauvage était tombée en quelque faute de superstition, à l’instance de ses parents, pendant une grave maladie qui avait mis ses jours en danger. Elle avait bien, à la vérilé, réparé en quelque façon sa faute, en renonçant à ses superstions et refusant d'écouter davantage ses parents, néanmoins, la honte d’avoir succombé à leurs premières sollicitations, ou quelque autre respect humain, l'empêchait, après sa guérison, de re: venir à la chapelle. Je l’y avais invitée deux ou trois fois sans effet; à peine venait-elle le dimanche à la messe. Je m’adressai à notre jeune chrétienne, qui incontinent alla lui parler, et par ses sages exhortations la ramena à la chapelle. Elle avait encore de la peine à se confesser, mais la même chrétienne retourna la voir, l'instruisit elle-même de la manière

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de le faire, en la confirmant par son propre exemple,

ne la quitta point qu’elle ne l’eût amenée au confessionnal, et qu’elle ne l’eût vue s'adresser au confesseur.

V. — DE QUELQUES CAPITAINES EN PARTICULIER ET DE L'ÉTAT GÉNÉRAL DE CETTE MISSION.

J'ai déjà parlé du zèle que le plus considérable capitaine du bourg d’Onneïout avait fait paraître pour la Foi à son retour de Catarokoui, et comme il avait exhorté ses compatriotes, en public et en particulier, à fréquenter la prière et à écouter nos instructions. Il a continué depuis d’en agir ainsi dans toutes les occasions. Un jour il fit un festin solennel où, haranguant selon sa coutume à l'entrée du festin, il commenca ainsi : « Comme nous reconnaissons Jésus qui règne au ciel pour le maître de nos vies et la règle de nos actions, nous n’avons point invoqué d'autre génie en ce festin ; ce sera la Robe noire qui fera la prière. » Ensuite il exhorta les anciens, les guerriers, les femmes et les enfants à estimer la Prière, comme M. le gouverneur le leur avait recommandé à Catarokoui.

IL avait une autre fois invité à un festin les plus considérables du bourg, et il voulut que j'y fisse la

ar eme

prière. On m'y proposa beaucoup de questions sur l'éclipse qui était arrivée quelques jours auparavant, et nous en vinmes bientôt aux matières de la Religion et de la Foi. Après que j'eusse parlé quelque temps de nos mystères, un vieillard vénérable, extrêmement âgé et de bon naturel, s’écria : « Oui, je crois que c’est à Celui qui règne au ciel et non pas au songe à qui je suis redevable de tant d'années que j'ai vécu.» Depuis, il vint assez régulièrement à la prière, avec un autre vieillard encore plus âgé que lui.

Le maître du festin, à son tour, dit tout haut : «Je ‘EE vois bien que nos anciennes coutumes s’en vont se ch perdre, et que la Foi prend le dessus. Voici ce qu’elle qu nous enseigne, voici ce qu'elle nous défend, » et il on continua ainsi, par forme d'entretien, à instruire les je conviés. Je puis dire qu’il le fit, en cette circonstance et en beaucoup d’autres, aussi bien et plus efficace- po ment que je n’aurais pu le faire. fer

Un autre capitaine est souvent venu me trouver en pour se faire instruire, et m'a aussi envoyé sa femme dé en notre chapelle pour le même sujet. Il m’a assuré be qu’à son retour de la guerre, où il est obligé d’aller, tac ils se feraient baptiser tous deux; et qu’alors il dé- ble clarerait publiquement, en présence des chefs des fai guerriers et des anciens de la nation, qu’il renon- pél çait aux superstitions du pays et qu’il voulait pro-

fesser le Christianisme. Il est éloquent et hardi, j'es-

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père beaucoup de lui si Dieu lui fait la grâce d’être chrétien.

Un autre capitaine, non moins considérable, et dont la femme ét'les enfants sont déjà chrétiens, m'est aussi venu prier de l’instruire quelques jours avant son départ pour la guerre. Un troisième m’a fait baptiser par avance sa fille unique ; et, en signe d'honneur, il a voulu passer avec la jeunesse auprès de notre chapelle, au moment où ils partaient pour l'armée.

Tous ces chefs, réunis avec les anciens, m'envoyèrent quérir un jour pour leur enseigner diverses choses de la Foi, sur lesquelles ils me firent plusieurs questions. Je répondis à leurs questions ; et depuis ils ont avoué publiquement qu’ils croyaient vrai ce que je leur avais dit.

Les mariages qui, parmi les Sauvages, se rompent pour le moindre mécontentement du mari ou de la femme, deviennent :"intenant plus solides, même entre les infidèles, à l'exemple des chrétiens. Le culte de leur divinité, qu'ils nomment Agriskoué, s’est beaucoup diminué; plusieurs ne sont plus aussi attachés à leurs songes qu’ils l’étaient, et se déclarent bien plus hardiment pour la Foi qu’ils n'auraient fait par le passé. Ces bonnes dispositions me font espérer de voir dans peu d’années les Iroquois d’Onneiout, pour la plupart, embrasser le Christianisme. L'ivrognerie, pour laquelle tous ces pauvres Sau-

vages ont un très-grand faible, est’ peut-être l’unique obstacle qui s'oppose maintenant à leur conversion. Je les recommande aux S. S. Sacrifices de Votre Révérence, et moi particulièrement.

PiERRE Mucer, S. J.

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