‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 66 sur 119 · DE LA MISSION DE SAINT-JEAN-BAPTISTE A ONNONTAGUÉ · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DE SAINT-JEAN-BAPTISTE A ONNONTAGUÉ

L'Eglise d'Onnontagué s’est diminuée heureusement cette année par la mort de quelques chrétiens qui sont allés augmenter le nombre des bienheureux, et par le départ de plusieurs autres qui ont quitté leur pays, c’est-à-dire le siége de l’ivrognerie, des superstitions et des débauches, pour aller demeurer à la Prairie de la Magdeleine, et augmenter le nombre de ceux qui y vivent en véritables chrétiens. Le P. Jean de Lamberville n’a pas cru perdre ni les uns ni les autres; mais au contraire, il en écrit en des termes qui marquent assez la joie de son cœur, de voir le fruit de ses travaux en lieu d'assurance, et de ce que ceux qu’il a cultivés avec tant de peine

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JL. — DU DÉPART DE QUELQUES CHRÉTIENS D'ONNONTAGUÉ POUR ALLER À LA PRAIRIE DE LA MAGDELEINE,

Une Iroquoise, parente de Garakontié, baptisée avec les cérémonies ordinaires, aussi bien que ses trois filles, dont deux sont adultes, à fait ces jours passés ses adieux à notre bourgade, après avoir partagé entre ses parents et ses amis le peu de biens qu’elle avait, emportant seulement une natte de jonc; puis chargée de quelques vivres et précédée de ses enfants, elle a quitté heureusement cette Babylone pour aller demeurer à la Prairie de la Magdeleine. Elle y avait été attirée par son fils aîné, qui n’est encore que.catéchumène , et qui ayant été par hasard chasser vers ce lieu, y visita quelques-uns de ses parents. [l y fut si charmé de l’heureux état et de la vie exemplaire de ses compatriotes à la Mission de Saint-Xavier des Prés, qu’il résolut de s’y établir avec eux, Il invita sa mère et ses sœurs à faire de

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même ; une de ses tantes et son oncle l’ont aussi suivi dans ce dessein. Leur exemple était ici fort utile, car ils professaient tous franchement la Foi ; mais Dieu, nous ayant ôté ces chrétiens, nous en a substitué d’autres qui promettent beaucoup.

Cependant le fruit principal que j'ai recueilli a été auprès des moribonds.

D'un autre côté, Garakontié soutient toujours le Christianisme par ses paroles et par ses exemples, et ne se dément point de cette générosité ave laquelle il s’est toujours déclaré pour la Foi. Il en a donné de nouvelles preuves cette année. Pendant que l’on solennisait ici la fête des songes, il a refusé constamment de donner son sac à pétun, assez bien travaillé, à un songeur qui, ainsi, a eu la honte d’être refusé, ce qui se fait rarement; car l’on a tant de déférence pour les songes que l’on accorde ordinairement tout ce que demande celui qui a songé. Cette action est une suite de la première déclaration publique qu’il a faite il y a quatre ans, d’avoir renoncé toutes les superstitions du pays en se faisant chrétien.

Mais voici une autre déclaration de sa foi non moins solennelle, que Garakontié a faite en présence de tous les Iroquois. L'hiver passé il fut député, avec les plus considérables du bourg, comme ambassadeur des Onnontagués, pour porter leurs présents chez les quatre autres nations iroquoises. Lorsqu'il vint à raconter la généalogie et l’origine des lroquois, dont le

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narré n’est qu’une longue fable, il protesta toujours que ce qu'il allait dire était uniquement une forme que l’on a coutume de garder en cette circonstance, mais que ce n’était pas une vérité; enfin que tout ce qu’il raconterait de la création du monde était un pur divertissement, et que Jésus était le seul Maître de nos vies. Il ne se contente pas d'enseigner ces vérités de bouche, il les apprend aux autres encore mieux par ses exemples, car il est extrêmement exact à remplir en quelque lieu qu'il soit, tous les devoirs et exercices du chrétien.

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