‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 119 · II]. — DU BAPTÈME DE QUELQUES ENFANTS · texte numérisé non relu

II]. — DU BAPTÈME DE QUELQUES ENFANTS

Si l'expérience ne nous convainquait qu’il est dangereux de conférer le baptême aux petits enfants qui ne sont pas malades, on en baptiserait un assez grand nombre avec le consentement des parents ; mais on n'ose hasarder le sacrement de peur que plus tard ils ne le profanent par l’infidélité dans laquelle ils vivent ordinairement, quand ils sont plus avancés en âge. On ne baptise donc que les enfants des chrétiens et des catéchumènes, et tous ceux qui sont en danger de mort. J'en compte vingt-sept baptisés cette année, dont six ont reçu le baptème avec les cérémonies accoutumées, les autres sans cérémonies, et tous sont morts à la réserve de trois. C'est le fruit le plus assuré que l’on cueille en ce pays où il est à souhaiter que les enfants meurent avant l’usage de raison. Sans remèdes ilestdifficile deles baptiser; ils servent à tromper saintement les pères, les mères et autres

parents dont plusieurs ont encore de l’aversion du baptême comme s’il avançait les jours de celui qui le reçoit. Ayant été appelé pour procurer quelque soulagement à un enfant que tous les jongleurs et les médecins du bourg s’étaient mêlés de guérir, un seul de mes remèdes eut plus d'effet que toutes les jongleries et médecines des Sauvages n’en avaient eu en six mois.

Cela me donna facile accès dans la cabane du malade ; les jongleurs feignaient de faire sortir du corps de l'enfant des dents d’ours et de chien, de porc et de cerf, des cheveux d'homme et choses semblables qu'ils appellent des ofkis, c’est-à-dire des sorts ou petits démons, abusant ainsi de la crédulité des simples. Mon remède fut plus efficace, il fit sortir quantité de vers qui étaient bien d’autres démons que les leurs, ce qui soulagea fort le petit malade, qui devait guérir, disait-on, pourvu que la Robe noire ne le baptisät pas. C'était la conviction de ces Sauvages, et elle était fondée sur ce que tous les enfants qu’avait eus la mère du malade et qu’on avait baptisés étaient morts après le baptême. De là vient qu'on m’épiait de fort près lorsque j'allais visiter le malade, et qu’on ne me permettait plus de m’asseoir auprès de lui comme auparavant. On poussa la défiance jusqu’à me faire asseoir dans la cabane de l’autre côté du feu, en sorte que je n’y allai plus qu'aux approches de la nuit, afin de baptiser, si je pouvais, le

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moribond à l'insu de ses parents, qui m’observaient trop exactement pendant le jour; mais toutes mes tentatives furent longtemps inutiles. Enfin, ayant appris que l’enfant était fort mal, je cachaï dans ma main une petite éponge , et j’allai de nuit le visiter pour la dernière fois. On ne manqua pas de me raconter le mauvais état où il était. Je me levai incontinent disant : « Je puis savoir tout à l’heure s’il va bientôt mourir en lui touchant les tempes. » Et, sans sans attendre qu’on me répondit , je passai la main sous la couverture où on avait caché le petit malade, et je le baptisai.

Après deux ou trois mots d'entretien, je me retirai dans la résolution de faire le difficile et de me faire bien prier en cas qu’on me rappelât. Ce qui est arrivé; car l'enfant étant près d’expirer, le père et la mère s’imaginèrent que si je le baptisais, peut-être ne mourrait-il pas comme les autres, et que le Maitre de la vie lui rendrait la santé; mais il mourut avant que l’on m’eül rencontré. Les parents en furent si touchés, qu'ils m’apportèrent à la chapelle un petit enfant d’un an qui leur restait pour qu’il fût baptisé, de crainte qu’il ne mourût comme l'aîné, et aussi pour qu'il fût préservé des sortiléges et des otkis.

Un Huron marié à une [roquoise ne fit pas tant de difficulté pour laisser baptiser sa petite fille qui se mourait; lui et sa femme me prièrent d’intcrcéder

pour elle auprès du Maître de la vie pour qu es fût bienheureuse au ciel après sa mort.

C'est la coutume des Sauvages d'exposer leurs morts la face découverte et de les parer de ce qu'ils ont de plus précieux. Je lui mis au cou un petit crucifix attaché à un ruban, et priai sur le corps pour le salut du père et de la mère, ce qu’ils me firent réitérer lorsqu'on l’alla porter en terre. Je priai tout haut; et ils en eurent tant de contentement, que la * mère se fit baptiser peu après, et que le père m'a fait baptiser ses deux autres filles. Il m’a pressé aussi d'accorder la même grâce à son fils, mais je le remis à un autre temps, ne le trouvant pas encore assez bien préparé pour recevoir le baptême.

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