‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 79 sur 119 · IT. — DE LA MISSION HURONNE A N.-D. DE FOYE · texte numérisé non relu

IT. — DE LA MISSION HURONNE A N.-D. DE FOYE

On a parlé suffisamment, dans les relations précédentes, du bon ordre et de la ferveur qui règnent en cette Mission ; nous nous contenterons ici de citer deux ou trois traits de vertu de nos bons Sauvages.

Vers la fête de la Toussaint de l’année 1673, les chemins étant très-mauvais, et les Pères chargés de cette Mission, demeurant pour lors à Sillery, qui est à une demi-lieue de Notre-Dame de Foye, avaient bien de la peine à s’y rendre, comme ils y étaient

souvent obligés plusieurs fois par jour. Pierre Andahiacon, un de nos braves capitaines, et Jeanne Asenragéhaon, sa femme, la première de toutes nos chrétiennes en esprit, en ferveur et en constance, ayant fait réflexion sur la difficulté des chemins, allérent secrètement et d'eux-mêmes les raccommoder où ils étaient en plus mauvais état.

Les missionnaires, les ayant rencontrés, leur demandèrent qui les avait portés à ce travail. Ils répondirent: « Nous avons pensé que, si nos Pères prennent lous les jours tant de peine pour nous venir préparer le chemin du ciel, c’est bien la moindre chose que nous allions leur préparer le chemin de notre bourg. »

Le second exemple que nous rapporterons esi pris d’une famille de bénédiction. Les chefs en sont Hotachétak, dont nous avons déjà parlé plus haut, et Catherine Téoüachégnien sa femme, qu’on peut justement surnommer l’aumônière, à cause de sa libéralité envers les pauvres. Entre autres enfants, ils ont une fille, âgée de vingt-trois ans environ, trèsbien faite pour une Sauvagesse, et si chaste, qu’il y a quelque temps, un jeune homme, ayant prononcé devant elle plusieurs mauvaises paroles, elle alla tout éplorée trouver le missionnaire pour s’en plaindre; elle ne pensait pas avoir jamais donné lieu, par sa conduite, à être traitée de la sorte. Le Père, l'ayant rassurée, la renvoya toute consolée, Cette

. Pierre Ans, et Jeanne de toutes nos n constance, les chemins, s r'accommo-

rés, leur deavail. Ils rési nos Pères ar nous venir 1 la moindre le chemin de

lerons est pris s en sont Hoplus haut, et ’on peut jusse de sa libées enfants, ils environ, trèsaste, qu'il ya ant prononcé les, elle alla ur s’en plain-

donné lieu, rte. Le Père, nsolée, Cette

jeune Sauvage, appelée Marguerite Egandarekoüi, s'est mariée à un homme de sa nation, nommé Jacques Ontagannahoché, qui lui a laissé trois enfants, un garçon et deux filles, dont la plus jeune est née après la mort de son père. Il y eut un an, à la présentation de Notre-Dame, que Ontagannahoché, étant déjà attaqué de la maladie qui l’a conduit au tombeau, sa femme lui rapporta ce que le P. Chaumonot avait dit, dans son sermon, du sacrifice que saint Joachim et sainte Anne avaient fait de leur fille unique, la bienheureuse Vierge Marie. Cet exemple le toucha, et, de concert avec sa femme, il prit la résolution de présenter de même à Dieu leur fille Marie-Anne Garihonnentha. Ils lui déclarent leur dessein , et cette enfant, âgée pour lors de quatre ans et demi seulement, y consentit avec autant de joie et de ferveur qu’eût pu le faire une grande personne qui aurait une vocation bien décidée à la vie religieuse. Le P. Chaumonot est ensuite appelé, et on lui met l'enfant entre les mains, en le priant de la conduire chez les Ursulines, afin qu'après y avoir été élevée en qualité de pensionnaire, elle y soit reçue religieuse, si Notre-Seigeur lui en conserve la volonté. Pour eux, ajoutaient-ils, ils faisaient à Dieu un entier sacrifice de cette fille, leur aînée et leur unique, qu’ils aimaient plus qu'eux -mêmes.

Le missionnaire, qui voulait les éprouver, leur répondit d’abord qu’il penserait à cette affaire. Mais

le père de l'enfant ne se contenta pas de cette réponse; et, avant de mourir, il l'en chargea encore très-particulièrement, en protestant que ce serait le missionnaire qui en répondrait, si sa fille, lui ayant été confiée, n’était pas entièrement dévouée à Dieu, à qui sa femme et lui l’avaient présentée et la présentaient encore.

Ce pieux malade reçut ensuite les derniers sacrements avec beaucoup de dévotion, et mourut trèschrétiennement, le 25 décembre de l’an 1673; de sorte que nous avons sujet de croire que Dieu lui a fait la grâce de naître au ciel le même jour qu’il est né sur la terre pour notre amour. Sa veuve n’oublia rien de tout ce qu’elle devait à son mari, et, ne se contentant pas de ses propres prières, elle fit des aumônes de blé et de porcelaine, afin que l’on priât Dieu pour le repos de son âme. Il n’y eut pas jusqu'à la petite Marie-Anne, qui, étant avertie de la mort de son père, demanda un chapelet, et alla le dire tout entier dans la chapelle de Notre-Dame de Foye. Depuis ce temps-là, elle et sa mère nous pressent ‘ presque continuellement de la faire recevoir au séminaire des Révérendes Mères Ursulines; et parce que M. le comte de Frontenac, notre gouverneur, y nourrit depuis quelque temps de petites Sauvagesses, elles se présentèrent toutes deux à lui, lorsque, dernièrement, il vint faire ses dévotions à Notre-Dame de Lorette. Elles lui demanderent une place chez les

de cette réargea encore e ce serait le Île, lui ayant ouée à Dieu, ée et la pré-

erniers sacremourut très- ’an 1673; de 1e Dieu lui a jour qu'il est euve n’oublia ari, et, ne se Ile fit des auque l’on priât at pas jusqu'à ie de la mort t alla le dire ame de Foye.

ous pressent cevoir au sées; et parce rouverneur, y s Sauvagesses, lorsque, derà Notre-Dame place chez les

religieuses. Ayant répondu qu’à l’arrivée des vaisseaux il verrait ce qu’il pourrait faire en leur faveur, elles ne furent pas encore tout à fait contentes. Ainsi un des Pères de leur Mission étant allé à Québec, elles vinrent l’y trouver par un très-mauvais temps, et le prièrent de les mener aux Ursulines.

La Révérende Mère de Saint-Athanase, supérieure, qui était malade, envoya d’abord au parloir plusieurs de ses religieuses; maïs celles-ci lui ayant rendu un compte très-avantageux de notre petite Huronne, elle vint elle-même recevoir l'enfant qu'on lui présentait. L’ayant vue, elle fut ravie de sa modestie, de ses réponses, comme aussi de la beauté de la voix et de toute la conduite de la petite Marie-Anne, qui n'avait que cinq ans et demi. Elle l’eût dès lors retenue, si M. le gouverneur n’eût promis de la mettre, l'été prochain, dans leur séminaire. Elle ajouta même que, s’il était empêché de garder sa parole, elle la recevait déjà pour ce temps-là. Pour gage de sa promesse, elle lui fit quelques présents et l’adopta pour sa fille, à la manière des Sauvages. La mère et l’enfant, bien contentes des marques d'affection que leur ont données les religieuses, attendent le temps de la réception. Le grand-père, la grand’mère et les autres parents de la petite Marie-Anne, sont dans les mêmes sentiments pour le sacrifice qu’ils en veulent faire. Toutes ces circonstances nous donnent sujet de croire qu’il y a quelque chose de surnaturel dans

cette vocation, vu la tendresse extrême qu'ont naturellement les Sauvages pour leurs enfants.

Au printemps de l’année 1674, il mourut à Notre- Dame de Foye un jeune homme nommé Zacharie Aoüenion , qui, pendant un an entier qu'a duré sa maladie, a montré une patience et une résignation parfaites. Il s’est approché des sacrements, qu’il venait recevoir à l’église, aussi souvent que son mal a pu le lui permettre. Deux jours avant sa mort, son confesseur l’étant allé visiter, il lui témoigna qu'il avait dessein de faire une confession générale de toute sa vie. Le Père approuva ce ie :x désir avec d’autant plus de joie que cette pr: : 1. a été jusqu'ici plus rare parmi les Sauvages. Le malade se confessa donc avec beaucoup d’exactitude et de contrition, et voulut, après avoir imité la Madeleine dans sa pénitence, imiter l'humilité du Centenier dans sa communion ; car, ne s’estimant pas digne que Notre-Seigneur vint chez lui, il se fit porter à l’église pour y recevoir le saint viatique. Il reçut ensuite l’extrêmeonction avec la même dévotion qu'il avait fait paraître en communiant.

Les anciens et les plus fervents étant venus le soir pour le veiller, selon leur coutume, ils lui suggérèrent d’abord plusieurs actes de diverses vertus, et ils l'entretinrent assez longtemps de choses spirituelles. Puis, ils lui demandèrent s’il n’agréérait pas qu’ils parlassent de quelque autre sujet indifférent, afin de

e qu'ont. natuants.

ourut à Notremmé Zacharie r qu'a duré sa ne résignation ents, qu’il veque son mal a t sa mort, son émoigna qu’il nérale de toute ésir avec d’aua été jusqu'ici ade se confessa > contrition, et > dans sa pénians sa commuue Notre-Sei- "église pour y ite l’extrêmeavait fait pa-

t venus le soir s lui suggérès vertus, et ils es spirituelles.

ait pas qu'ils érent, afin de

ne le pas trop fatiguer. « Non, leur dit-il; continuez, je vous prie, de raconter des histoires saintes et de parler de Dieu; je prends plaisir à vous entendre. » Enfin, se sentant plus faible, il baisa dévotement le crucifix, et, prononçant les noms de Jésus, de Marie et de Joseph, il expira doucement.

Page 1