‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 80 sur 119 · IT, — DE LA MISSION HURONNE À N.-D. DE LORETTE · texte numérisé non relu

IT, — DE LA MISSION HURONNE À N.-D. DE LORETTE

Nos Sauvages étant, comme nous avons dit, dans la nécessité de changer de bourg, ils n’ont point trouvé de lieu plus propre sur toutes nos terres qu'à une lieue et demie de Notre-Dame de Foye et à trois de Québec. La pureté de l'air, l’égalité du terrain, la bonté et la commodité des eaux, en rendent le séjour un des plus agréables de ce pays. Dès l'été de l’année 1673, pendant qu’à neuf ou dix lieues de là nous faisions faire de la brique pour bâtir la chapelle, nos Sauvages dressèrent à la hâte douze ou treize cabanes pour y passer l'hiver. Mais avant de quitter Notre-Dame de Foye, ils sont tous allés en pèlerinage à Sillery, y faire une communion générale et un vœu public en l'honneur de

1. Le P. Chaumonot, dans sa vie écrite par lui-méme, expose les raisons qui l'ont engagé à bâtir un nouveau sanctuaire de Notre-Dame de Lorette sur le modèle de celui où la Mère de Dieu est honorée eu Italie. On trouvera dans l’Appendice quelques extraits de la narration du P. Chaumonot.

saint Michel, patron de ce lieu. Ils ont présenté à ce sé glorieux archange un collier de porcelaine pour ob- et tenir par son intercession leur heureux établissement dans le nouveau bourg de Lorette. A peine y cal ont-ils été logés qu’ils ont fait un autre vœu et une dre autre communion à l'honneur de sainte Anne, à qui eol ils offrirent aussi un collier de porcelaine pour lui de demander la grâce de voir bientôt au milieu de leur Vi bourg la maison de la Sainte Vierge, sa fille, bâlie dis sur le modèle et sous le nom de celle qu’elle lui ent avait laissée à Nazareth, et que les anges ont trans- de. portée à Lorette en Italie. leu

Comme nos Hurons n’avaient pas encore de cha- pel

pelle à leur nouveau bourg, où ils s'étaient transportés le 27 décembre de l’année 1673, le P. Chau- side

| monot demanda publiquement si quelqu'un pouvait do | prêter la moitié de sa cabane pour en faire un ora- pa toire et y dresser un autel. Tout aussitôt François de

Athoricher, qui s’est montré un des plus fervents con pour leur établissement à Lorette, et sa sœur, la ac bonne Marie Oüendraka, vinrent nous presser de en

prendre leur cabane tout entière, en disant que Dieu l'iv | méritait bien d’avoir un logis entier à lui seul. Leur fini | offre acceptée, pendant dix mois et plus, nous y de | avons dit la sainte messe, et exercé assez commo- hr

dément toutes nos autres fonctions.

Pour eux, ils arrangèrent tout près de là quelques méchantes écorces, sous lesquelles toute leur famille nait

présenté à ce ine pour obax établissee. À peine y e vœu et une , Anne, à qui aine pour lui ailieu de leur sa fille, bâtie le qu’elle lui ges ont trans-

core de chaétaient trans- , le P. Chauqu'un pouvait faire un orasitôt François plus fervents t sa sœur, la us presser de isant que Dieu lui seul. Leur plus, nous y assez commo-

de là quelques te leur famille

se logea avec beaucoup d’incommodités et du froid et de la fumée.

Quelque temps après, le plan de la chapelle et des cabanes qui devaient se bâtir l’été suivant étant dressé !, on demanda dans une conférence spirituelle, comment il pourrait se faire que le nouveau bourg de Lorette fût véritablement le bourg de la Sainte Vierge. Notre dogique, Louis Thaondéchoren fit un discours plein d'esprit <t de solidité; en rapportant entre autres choses ce qu’il avait entendu de la N.-D. de -Lorette d'Italie, il dit qu’il lui semblait que toutes leurs cabanes, qu’il voyait disposées autour de la chapelle lui représentaient le grand temple qui renferme la sacrée maison de Lorette, qu’ainsi ils devaient considérer tout leur village comme une grande église dont chaque cabane faisait autant de différentes parties. D'où il conclut que les pères et les mères de famille devaient se regarder dans leur maison comme dans autant de postes et de places que Marie a confiées à leur fidélité pour les défendre contre les ennemis, qui sont les péchés, nommément ceux de l'ivrognerie et de l’impureté. « Ainsi, dit-il en finissant, notre bourg sera véritablement le bourg de Marie pendant qu'aucun vice ne lui en disputera la possession et la souveraineté. »

Qu'il serait à souhaiter pour le bon règlement des

1. On lit en marge dans le manuscrit : « Le plan du village se mettra ici. » Ce plan n’est point parvenu jusqu’à nous.

familles chrétiennes qu’on entrât dans la pensée de ce fervent Sauvage, qui tout infirme et tout malade qu'il est depuis un an et demi, vit dans un contentement d'esprit et dans un détachement de la vic qui sont admirables !

Sa résignation me fait souvenir d’une certaine veuve qui se nomme Jeanne Atsigoüendia. Un jour que sa petite fille était allée au bois avec une de ses cousines, on lui vint dire que celle-ci avait lué l’autre d’un coup de hache qu’elle lui avait donné par mégarde. À cette nouvelle, cette généreuse el dévote grand’mère s’adressa à la Sainte Vierge et lui fit cette prière : « Vous ne m’eûtes pas plus tôt donné cette enfant que je vous l’offris. Voilà que vous me l’ôtez aujourd’hui. Quoique sa perte me soit très-sensible, que votre volonté soit faite! Je vous remercie du temps que vous me l’avez laissée.»

Quoique cette nouvelle se soit trouvée fausse, et que la petite en eût été quitte pour la perte d’un de ses doigts, la vertu de son aïeule n’en est pas moins digne d’éloges.

Vers le même temps une autre veuve, nommée Hélène Andotrahon, n’a pas moins signalé sa vertu pendant la maladie de son frère et de son petit-fils. Celui-ci, enfant de cinq ans, était attaqué d’une grave fièvre et tourmenté par une prodigieuse multitude de vers. Quelque soin qu’eût la grand’mère du corps de son petit-fils, elle en avait encore plus de

la pensée de et tout madans un conrent de la vic

’une certaine ndia. Un jour rec une de set - ci avait lué i avait donné généreuse el e Vierge et lui s pas plus tôt ris. Voilà que e sa perte me soit faite! Je ’avez laissée.»

vée fausse, el perte d’un de est pas moins

euve, nommée gnalé sa vertu

son petit-fils.

attaqué d’une digieuse mulla grand’mère encore plus de

son âme, lui faisant faire presque continuellement divers actes de vertu qu’elle prononçait d’abord, et qu’il répétait avec une docilité et une douceur admirables dans un âge si tendre. Pour le frère de notre Hélène, étant tombé malade au moment où tous nos Sauvages relournaient à Notre-Dame de Foye pour y ensemencer leurs champs, elle demeura seule à Lorette pour le soigner. Le P. Bouvart, étant allé les visiter, demanda à cette fidèle sœur si elle ne s’ennuyait pas d’être seule. « Non, répondit-elle, parce que j'ai ici tout proche la cabane de Jésus et de Marie, où je vais m’acquitter de ce que je leur dois après que j'ai satisfait à ce que je dois à mon frère. »

Le même Père, visitant un autre malade, il lui demanda comment il passait le jour et la nuit, couché, commeil était, si peu commodément sur sa natle etsur son écorce. Il répondit : « Je dis continuelment mon chapelet, et je ne m'ennuie point. » C’est à la vérité un homme qui vit dans une grande union avec Dieu; et qui, pour ne point partager le soin qu'il a de le servir avec le soin qu'il lui faudrait prendre d’une femme, a refusé encore dernièrement de se marier. Il répondait à sa sœur, qui lui proposait un parti assez avantageux, qu'elle l’obligerait de le laisser comme il était, puisqu'il s’en trouvait très-bien. Ce chaste et dévot Sauvage s'appelle Jacques Onoüandousandik.

Le 16 juillet de l’année 1674, le R. P. Claude

Dablon, supérieur général des Missions de la Compagnie de Jésus en la Nouvelle-France, et recteur du Collége de Québec, vint poser la première pierre de la nouvelle maison de Lorette avec les cérémonies ordinaires et non sans une joie extraordinaire de nos Sauvages. Depuis ce jour-là jusqu’au jour de la bénédiction et de l’ouverture de la chapelle, qui a eu lieu le 4 novembre suivant, ils ont eu d'eux-mêmes la dévotion d'aller tous les matins prier Dieu au pied de la croix que l’on a placée, selon la coutume, à l'endroit où devait être l'autel.

Dans le désir qu’ils avaient de voir bientôt leur église achevée, ils ont volontiers contribué de leur travail lorsqu'on a souhaité qu'ils aidassent les ouvriers. Et malgré leur pauvreté ils ont, au retour de leur chasse, fait présent à la Sainte Vierge de dix-huit peaux d’orignal; mais nous avons mieux aimé les échanger pour des vêtements que nous leur avons procurés pour aider à les couvrir. Nous avons agi de même par rapport à deux autres peaux qu’ils avaient données pour témoigner leur joie de ce que nous apprenens à leurs enfants à servir à la messe, et pour leur acheter des robes et des surplis ; nous avons préféré fournir du nôtre à cette dépense,

La chapelle étant achevée, elle fut bénie le 4 novembre, -et la bénédiction faite, on alla en procession à un reposoir dressé dans le bois sur le chemin

s de la Comce, et recteur emière pierre es cérémonies dinaire de nos jour de la béelle, qui a eu | d'eux-mêmes r Dieu au pied la coutume, à

» voir bientôt s contribué de qu'ils aidassent vreté ils ont, nt à la Sainte al; mais nous r des vêtements aider à les courapport à deux es pour témoibrenons à leurs leur acheter des éféré fournir du

t bénie le 4 noalla en process sur le chemin

de Québec, à un quart de lieue du bourg. Les Français et les Sauvages y chantaient à deux chœurs des hymnes, des motets et les lilanies de Notre-Dame, dont on allait recevoir l’image qui nous a été envoyée d'Italie. Comme elle est faite sur le modèle de la miraculeuse image de Lorette, et qu’elle y a touché, elle est ici dans une grande estime et dans une juste vénération.

Après qu’on l'eût placée sur le manteau de la cheminée, comme est aussi placée la madone de Loretté en Italie, on chanta la messe en musique. Notre R. P. Supérieur, qui officiait, y prononça un dévot et solide sermon, où il fit un beau parallèle des deux Lorette de Canada et d'Europe; et de fait, tous ceux qui les ont vues toutes deux jugent qu’elles sont parfaitement semblables,

En effet, notre nouvelle Lorette, aussi bien que la première, est longue de quarante pieds sur vingt de largeur, et haute de vingt-cinq. Elle est percée de trois portes, d’une cheminée et de deux fenêtres, Audessus de la porte du pignon d'en bas, qu’on croit avoir été celle par où entra l’ange, on a élevé un clocher, et dans la muraille, au côté droit de l’autel, on a placé une armoire, et parce que nons ne possédons aucune des véritables pièces de vaisselle qni ont servi à Jésus, à Marie et à Joseph, au moins y avons-nous suppléé en en faisant faire une toute semblable. Elle a été appliquée et mise dans les

saintes écuelles qui furent trouvées, le siècle passé, ‘dans le plafond de la sacrée maison de Lorette, et que l’on ôta de peur que le feu ne s’y prit, à cause du grand nombre de lampes qui brülent continuellement dans la sainte chapelle.

Comme dans la pauvreté où nous sommes nous n'avons pas sujet de craindre un semblable accident pour notre nouvelle Lorette, nous l’avons hardiment plafonnée en bois, comme était anciennement la véritable Lorette. Pour le petit retranchement qui est derrière l'autel, les grilles et les autres choses, nous avons lâché de les représenter aussi le mieux qu’il nous a été possible.

Depuis l'ouverture de la chapelle, la ferveur de nos Sauvages a redoublé; il n’y a pas eu jusqu’à un vieillard âgé au moins de cent ans, nommé Jacques Andaron, qui n’en ait donné des preuves; il s'était d’abord montré assez contraire à l’établissement de Loretle, mais il n’eut pas plus tôt vu la chapelle achevée, que, changeant de sentiments, il témoigna sa joie par une harangue où il félicitait toute sa nation d’avoir au milieu d’eux la maison de Marie. Il invitait tous les Sauvages les plus éloignés à venir reconnaître leur Dieu dans un sanctuaire tout semblable à celui qu’il a habité après s'être fait homme ; et il assurait qu’il mourrait désormais content, puisqu'il voyait ses neveux établis dans un bourg si beau et si dévot.

e siècle passé, de Lorette, et y prit, à cause ent continuel-

sommes nous lable accident l'avons hardi- ‘anciennement anchement qui autres choses, aussi le mieux

, la ferveur de as eu jusqu’à s, nommé Jacdes preuves; il re à l’établisseplus tôt vu la , sentiments, il où il félicitait ix la maison de les plus éloidans un sanca habité après 1 mourrait déneveux établis

Lorsque des religieux, des ecclésiastiques ou quelque autre personne un peu considérable y viennent en pèlerinage, comme il en vient en assez bon nombre, il va les saluer, et ensuite crier au milieu du village, et haranguer pour témoigner combien il est réjoui de l’honneur qu’on y rend à Notre-Dame.

Les enfants même ont témoigné une ferveur qui surpasse leur âge; leur grande dévotion est de servir la messe dans ce saint lieu, en robes et en surplis ; ainsi nos petits Sauvages, au grand contentement de leurs parents, paraissent à présent à l’église en habits de clercs ou d’enfants de chœur, et en font trèsbien tous les offices. Pour marquer combien, tous jeunes qu'ils sont, ils estiment de servir à la messe, le petit Jean Atheiïaska, qui n’a que sept à huit ans, fit vœu de servir vingt messes pour obtenir la guérison de sa mère, Marie Oüendraka, qui était dangereusement malade d’une pleurésie. La guérison de la mère est probablement une preuve que Notre-Sei-

| gneur a agréé non-seulement la piété de l’ enfant,

mais encore sa fidélité à s'acquitter de sa promesse; en effet, toutes les messes qu’il a servi depuis jusqu'au nombre de vingt, il avait eu soin de les marquer luimême sur un aïs de sa cabane, en y tirant à chaque fois une ligne avec du charbon.

Mais Dieu a inspiré un sentiment encore plus spirituel à une Iroquoise de qualité. Cette femme,

après avoir soutenu généreusement de grandes per-

RE nn I TE PGA pe à D M =

PR En D

PR e

sécutions en son pays, où en haine de la Foi on l'avait privée de son rang dans les conseils’et dans les assemblées, était venue se fixer ici pour y faire plus librement tous les exercices de notre religion, Quelques jours après la bénédiction de la chapelle, elle alla trouver son directeur, et en lui ouvrant toute son âme à l'ordinaire : « Mon père, lui dit-elle, dites-moi si je prie bien ; voilà la prière que Notre- Seigneur m’a inspirée et qui me remplit d’une grande consolation. Je lui dis : « Seigneur, maître de nos « vies; jusqu'ici je ne vous ai point remercié de m'a- « voir donné un corps et une âme capables de vous «connaître, de vous aimer et de vous servir; mais « à présent que mes pieds me portent dans une cha- « pelle toute semblable à votre maison, que mes «yeux en voient toutes les dimensions, que mes «oreilles en entendent les excellences dans les dis- «cours que l’on nous en fait, que mon esprit s’oc- « cupe à y penser, et que toute moi-même je suis si «souvent dans ce sanctuaire; c’est, mon Dieu, avec « joie et avec sujet que je vous rends grâce de m'a- «voir créée, de m'avoir conservée et de m'avoir « donné les sens et les puissances que j’ai reçus de (VOUS. »

Puisque j'ai commencé de parler de cette chrétienne, si avancée dans la vie spirituelle qu’il y en à peu qui la puissent égaler en esprit et en dévotion, j'ajouterai encore quelques mots à sa louange. Le jour

la Foi on l'ails-et dans les ar y faire plus eligion. Quelchapelle, elle

ouvrant loute

, lui dit-elle, ère que Notreit d’une grande maître de nos mercié de m'apables de vous us servir; mais t dans une chaison, que mes ions, que mes s dans les dison esprit s'oc-

ême je suis si

on Dieu, avec s grâce de m'aet de m'avoir ue j'ai reçus de

de cette chréelle qu'ilyeni en dévotion, j'auange. Le jour

de la Toussaint, elle a passé toute la nuit à prier pouf les âmes du purgatoire, et a dit jusqu'à treize chapelets, qui sont presque une fois aussi longs en sa langue qu’en la nôtre.

En second lieu, sa petite fille, âgée de huit à neuf mois, étant malade à l’extrémité, elle est allée à la chapelle l’offrir à Dieu, afir qu'il en disposât pour sa plus grande gloire. Au milieu de la prière et de son sacrifice, se sentant attendrie par la force de l'amour qu’elle porte à ion enf nt, elle accourt aussitôt au pied de son directerr jour lui demander si elle fait bien de pleurer, et si ce ne :#ra point manquer de conformité 4 1: volonté de Dien que de lui offrir sa fille avec des larmes, qui sont u:4 :narque qu’on fait les choses à regret. Le Père lui répondit que si Notre-Seigneur avait pleuré sur son ami Laÿare, elle pouvait pleurer sur son enfant; et que n’étant pas toujours en notre pouvoir de répandre ou de retenir nos larmes, : il sufisait que le cœur ft soumis aux ordres de Dieu. Il lui ordonna ensuite de fai: :ine neuvaine à la Sainte Vierge pour la santé de sa fille, qui commença de se mieux porter aussitôt ju’elle l’eût commencée. Elle avoua après à son confesseur qu’elle n’a encore rien demandé à Marie sa bonne patronne qu’elle ne l’ait obtenu par son moyen. Aussi sait-elle reconnaître les faveurs qu’elle en reçoit et en bien profiter. En effet, pour remercier Notre-Dame de la santé de sa fille, elle a tâché

que le premier mot que cet enfant prononcerait fût le saint nom de Jésus. Elle lui a donc tant répété de fois ce nom adorable que la première parole qu’à dite cette enfant a été Jésus; et elle a continuellement ce beau nom à la bouche, ce qui cause une extrême joie à sa mère.

La troisième chose que nous dirons de cette vertueuse [roquoise, appelée Marie Tsaoüenté, c’est que comme elle a fort bon esprit, et qu’elle sait parfaitement nos mystères, lorsqu'il y a des catéchumènes iroquois, elle nous aide beaucoup à les instruire. De plus, comme dans la cabane où elle demeure il y a un grand nombre de chrétiens, puisqu'il sy trouve quatre ménages, elle les assemble tous les soirs autour d’elle pour leur répéter les histoires saintes qu'ont racontées les Pères et les discours qu'ils ont prononcés. Ensuite elle leur fait faire les prières tout haut et chanter quelque cantique spirituel avant qu'ils se retirent pour prendre leur repos.

Nous avons sujet de croire que Jacques Onnhatetaionk, premier capitaine de nos Sauvages, qui l'a reçue en sa cabane, a profité de ses pieux discours et de ses bons exemples, puisqu'il montre depuis ce temps-là une ferveur tout extraordinaire. Ce bon vieillard, lorsqu'il a neigé, se lève secrètement dès les deux heures après minuit pour ôter la neige autour de la chapelle et pour en préparer les chemins. Le jour de l’Immaculée-Conception de Notre-Dame,

“ononcerait fül tant répété de re parole qu'à a continuellequi cause une

ns de cette verüenté, c’est que lle sait parfaites catéchumènes es instruire. De , demeure il ya qu’il s’y trouve pus les soirs auistoires saintes scours qu'ils on!

e les prières tout spirituel avant epos.

acques Onnhateauvages, qui l'a s pieux discours ontre depuis ce dinaire. Ce bon secrètement dès ter la neige aurer les chemins.

de Notre-Dame,

le P. Chaumonot ayant dit que c'était une belle dévotion de réciter autant d’Ave Maria qne la Sainte Vierge avait été de jours dans le sein de sa mère, ce qui faisait en tout quatre chapelets et demi, il prit aussitôt son chapelet et en dit cinq tout entiers.

Nous choisirons encore deux marques de la ferveur de nos Sauvages ; la première est leur dévotion de venir à la chapelle dès quatre heures du matin, soit pour y faire oraison mentale, comme le pratiquent les plus spirituels d’entre eux, soit pour y réciter des chapelets et d’autres prières vocales, comme le font les autres. Il y en a qui y demeurent des deux et des trois heures; et parce qu’ils venaient même avant quatre heures du matin, et qu’ils étaient obliger de prier dehors, exposés au froid, la chapelle ne s’ouvrant qu’à celte heure-là, il a fallu leur défendre de venir jusqu’à ce qu'ils vissent de la lumière dans l’église ; notre pauvreté ne nous permettant pas d’y entretenir une lampe toujours allumée, comme nous le souhaiterions.

La seconde marque de leur dévotion est que, comme en Italie, on a justement une grande vénération pour le petit retranchement qui est derrière

| l'autel de Lorette, que l’on nomme 27 camino santo,

nos Sauvages, pour honorer un si saint lieu dans sa représentation, n’entrent qu'après avoir communié dans le retranchement que nous avons aussi prati-

qué derrière notre autel. Ils le nomment en leur 18,

A Ra

de

langue Marie etiondata, V'appartement de Marie, parce que c'était là où, à ce que l’on croit, la Sainte Vierge avait son lit, et où il est assuré qu’elle a souvent habillé et chauffé son divin enfant.

Comme aux jours de fête, nos Sauvages ne pourraient pas être commodément introduits dans ce petit sanctuaire, à cause des Français qui viennent en grand nombre faire leurs dévotions, et qui n’entrent aussi dans ce saint lieu qu'après leur communion, ils ont pris pour eux les jours ouvriers; ainsi il y a tous les jours une famille qui se confesse et qui communie pour ce sujet; et lorsque le tour des cabanes est achevé, ils recommencent avec autant et plus de ferveur qu’à la première fois. Leurs principales prières ont pour objet de demander le bon règlement des familles sur celle de Jésus, de Marie et de Joseph, la conversion des infidèles, nommément des Sauvages, et un heureux succès pour la France, dans toutes ses affaires et toutes ses entreprises.

Page 1