‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 81 sur 119 · DE LA MISSION DE TADOUSSAC · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DE TADOUSSAC

Le P. François de Crépieul, qui a la charge de cette Mission, témoigne recevoir toujours beaucoup de satisfaction de la conduite de ses chrétiens. Les fatigues qu’il a endurées en les accompagnant dans les bois pendant tout l'hiver ne se peuvent convoir que par ceux qui les ont éprouvées. Après tout, elles sont bien douces, lorsqu'on les souffre

1. Les Algonquins inférieurs sont ainsi nommés parce qu'ils ha bitent les pays qui se rapprochent de l'embouchure du fleuve Saint-

Laurent ; les Algonquins supérieurs sont ceux qui habitent les contrées qui sont plus près de la source du fleuve.

pour aller à la recherche de pauvres brebis égarées, que le Fils de Dieu est venu chercher lui-même, Cette petite Église de Tadoussac a été augmentée, cette année, de plusieurs adultes et de vingt-deux enfants, qui ont reçu la grâce du baptème. Nous donnons ici le journal du voyage et des travaux du P. de Crépieul chez les Papinachois, les Mistassins, etc., tel qu'il nous l’a envoyé.

Journal du P. de Crépieul.

Le 23 septembre 1673, après soixante-dix ou qua- |

tre-vingts lieues faites en canot, et après avoir couru divers périls et essuyé plusieurs fâcheux temps dans une saison assez incommode, couchant sur le sable ou sur quelque rocher, j'arrivai à Québec, d’où

quelques jours après je m'embarquai pour aller aux

Papinachois !, de là à Chegoutimi, et ensuite au lac Saint-Jean, où je devais passer un troisième hiver avec une bande de Sauvages.

Dès le jour du départ, le 4 octobre, je commençai ma mission par le baptème d’un enfant Etchemin’ âgé de deux ans. Nous fûmes ensuite surpris d'un

vent impétueux qui nous mit en danger, et, rom- |

1. Papinachois ou Papinachiwek, Sauvages montagnais au nord des Bersiamites.

2. Etchemins, primitivement Efeminquois, Sauvages qui habitent les bords de la rivière Saint-Jean au Kénébec.

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pant un des câbles de la barque, nous obligea de relâcher. Trois jours après, un vent fort favorable nous poussa bien avant dans notre route et nous fit aborder, au bout de deux jours, aux îlets de Jérémie, où je trouvai cinq cabanes de Papinachois qui nous attendaient et que j'instruisis pendant six ou sept jours !.

Le 21 octobre, nous levâmes l’ancre avec un vent assez favorable et nous primes notre roule vers le Saguenay *; mais étant surpris de la nuit, et le vent venant à se grossir, nous fûmes en danger de nous perdre, la barque étant extraordinairement agitée et se remplissant d’eau. Ce fut même une merveille comment nous n’échouâmes point; car le vent nous avait poussé avec tant de violence, quoique nous

1 r'eussions point de voile, que vers minuit nous nous

trouvâmes près de terre. Cette tempête dura dix heures entières, pendant lesquelles nous croyions à chaque moment devoir faire naufrage; mais enfin Dieu nous rendit le calme et nous fit arriver à Chegoutimi 5, J’y trouvai deux cents Sauvages qui m'’attendaient ; je leur fis des instructions pendant dix jours, confessant et communiant ceux que l’âge ren-

1. Ilets de Jérémie, sur le Saint-Laurent, non loin de l’embouchure de la rivière des Bersiamites et du havre des Papinachois. 2, Saguenay, rivière qui se jette dans le Saint-Laurent, près de Tadoussac.

3. Chegoutimi, presqu'ile formée par les eaux du Saguenay; les Français y avaient un poste et les Jésuites une petite Mission.

PR SN TN CEE RE on nn Le iles RE ES dE + Cd SE ia 2

dait capables de ces sacrements. J’enterrai aussi le fils du chef de Tadoussac, qui montra en ses derniers moments une résignation vraiment chrétienne,

Le dernier jour d'octobre, je baptisai un enfant et donnai l’extrême-onction à une moribonde très-bien disposée au grand voyage de l'éternité. Nous passâmes le lendemain, jour de la Toussaint, dans les exercices de dévotion que demandait une si grande fête; presque tous les Français et les Sauvages se confessèrent et communièrent. En outre, je donnai le viatique à deux malades et le baptême à un enfant. Les chefs de Tadoussac et de Sillery firent de belles barangues, en faveur de la Prière, à l’occasion du festin d’adieu que leur offrirent les Français qui devaient partir le lendemain. En effet, le 2 novembre, après avoir rendu nos devoirs aux âmes du purgatoire, la barque fit voile vers Québec et me laissa seul avec mes chers Sauvages, qui se disposèrent à aller hiverner chacun de leur côté. Sur le soir, je partis accompagné de six canots de Sauvages, avec lesquels j'allai coucher vers le rapide de la grande rivière qui descend du lac Saint-Jean ét se rend dans la belle rivière du Saguenay. Le ierdemain, nous fûmes obligés de porter notre canot et tout ce que nous avions avec nous pendant deux lieues, avec beaucoup de fatigue, marchant tantôt dans la boue et tantôt dans les neiges. Pendant que nous marshions, je remarquai de funestes traces du grand tremblement de

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terre de 1663; je fis aussi rencontre de quatre familles d’Outabitibecs ! que j’instruisis. Au bout de notre chemin, je trouvai un gros rapide et la belle rivière des Papinachois . Deux jours après, ces quatre familles que nous avons rencontrées se joignirent à nous, et, tous ensemble, nous entrâmes dans le bois pour y chercher notre vie, et pour aller au devant d’une grande quantité de Sauvages qui devaient descendre, le printemps.

Après avoir heureusement traversé sept rapides, les glaces commencèrent à nous beucher le passsge, ce qui nous obligea de nous arrêter sur une montagne. Nous construisimes deux cabanes, composées de trente-quatre personnes, que j'instruisais tous les jours en attendant que les neiges fussent assez épaisses pour qu'on püt aller en raquettes. Il faut avouer que si la vie d’un missionnaire est pénible, elle est aussi remplie de bien des consolations. Ce n’en était pas une peu sensible pour moi de voir tous les jours mes instructions recherchées, écoutées et suivies avec une ferveur incroyable par les plus petits comme par les plus grands. En souvenir de notre passage, je plantai une croix dans cette vaste solitude.

Le 19 novembre, nous allâmes cabaner à une

1, Outabitibecs, Oufabitibis, Sauvages algonquins du nord du Canada.

2. La rivière par laquelle les Papinachois descendaicnt à Chégoutimi,

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grande lieue de là, en un endroit où la chasse était bonne, mais où le manque d’eau —car la neige fondue n’étanche presque pas la soif — et où la fumée, qui était fort incommode, nous donna grande malière à patience. Nous ne sortimes de ce lieu que le 6 décembre, parce que les premiers froids furent plus tardifs qu’à l'ordinaire. Nous avons célébré la fête de saint François-Xavier et ensuite celle de l’Immaculée Conception avec toute la dévotion possible, nous occupant, pendant ces jours et pendant leur octave, à chanter des cantiques spirituels en langue sauvage. Ce fut vers ce temps qu’il arriva près de nous un assez grand tremblement de terre. J'eus encore occasion, pendant notre marche, d’observer les étranges ravages de l’épouvantable tremblement de terre qui eut lieu, il y a quelques années, en ces contrées sauvages !. On y remarque aussi les traces récentes que de cruels incendies ont laissées à dans ces vastes forêts. Les Sauvages disent qu'ils se sont étendus jusqu’à plus de deux cents lieues.

Le 15, je baptisai une petite fille qu’on nomma Marie.

Le 18, nous marchâmes dans un beau pays plat, entrecoupé de rivières et de lacs; nous y choisimes un endroit pour dresser notre cabane. Nous y fûmes si persécutés de la fumée que très-souvent j'étais

1. Dans ce tremblemet de terre‘ arrivé en 1663, des montagnes entières furent déracinécs et jetées dans le Saguenay.

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obligé, pour l’éviter, de m’exposer à la rigueur d'un vent froid et glacial. Les vents furent si violents pendant sept ou huit jours que nous craignions à tous moments qu’ils n’emportassent notre cabane faite d’écorce, ou qu’ils ne renversassent des arbres qui nous auraient écrasés dans leur chute.

Je fus ravi de voir une pauvre fille traîner sa mère sur les neiges, l’espace de trois ou quatre grandes lieues, pour avoir la consolation d’être auprès de nous, el de participer aux prières et aux instructions que nous faisions tous les jours. Je confessai et communiai celte pauvre malade selon son désir. Elle croyait mourir bientôt, mais Dieu la conserva pour exercer sa patience et celle de sa pauvre fille.

On me raconta en cet endroit une action généreuse qu'avait faite un de nos chrétiens, l’été passé. Il avait été invité à un festin superstilieux sans savoir qu'il le fût; mais, de bonnes chrétiennes l’en ayant averti au moment où il s’y rendait, il rebroussa chcmin, et revint en sa cabane. On eut beau lui dire qu'il n’y avait rien à craindre, puisque la Robe noire, qui pourrait le trouver mauvais, n’y était pas. «Ce n'est pas elle, dit-il, que je crains, mais uniquement Celui qui a tout fait, dont les Robes noires ne sont que ks interprètes. » Sa réponse édifia singulièrement ks uns et donna beaucoup de confusion aux autres

qui ne tardèrent pas à se repentir de leur faiblesse.

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Nous passâmes la nuit et la fête de Noël dans notre pauvre cabane d’écorce : et nous la célébrâmes, sinon avec magnificence, du moins avec de grands té. moignages d'amour et de dévotion envers l’adorable mystère du Dieu fait enfant, dont nous honorions la naissance.

Le 4 janvier 1674 nous partimes de ce lieu, après y avoir laissé une belle croix, pour en aller planter une dans un autre endroit où nous arrivâmes bien fatigués. Nous y eûmes beaucoup à souffrir à cause | des mauvais temps, des froids et de la fumée presque continuels.

Le 13 janvier, quelques Sauvages arrivèrent et nous apprirent en quel endroit se trouvait le P, Albanel qui était en route pour la baie du Nord!. Je voulus aller le voir, et en même temps instruire quelques Sauvages qui n'étaient pas éloignés de lui, et auprès desquels un mal qui lui était survenu l’empêchait de se rendre.

Ainsi, le 16 janvier, je me mis en chemin avec un capitaine algonquin et deux Français. Nous partimes après la messe, et nous fimes cinq grandes lieues en raquettes, avec beaucoup d'incommodité, parce que la neige étant molle, elle rendait nos raquettes ex-| trêmement pesantes. Au bout de cinq lieues, nous

4. La baie d'Hudson. Le P. Albanel avait déjà fait, en 1672, un voyage à la mer du Nord. Il y retournait en 1674 pour établir une Église parmi les Sauvages qu'il avait commencé d'instruire,

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MISSION DES MONTAGNAIS, 327 nous trouvâmes sur un lac de quatre à cinq lieues

lout glacé, où le vent faisait voler grande quantité de neige qui obscurcissait l'air et nous empêchait de voir où nous marchions. Après avoir fait une autre lieue et demie, avec bien de la peine, les forces commençaient à nous manquer. Le vent, le froid et la neige étaient si intolérables qu’ils nous obligèrent à retourner un peu sur nos pas pour couper quelques branches de sapin qui pussent, à défaut d'écorce

nOUS servir à construire une cabane. Ensuite, du voulûmes faire du feu, mais il nous fut impossible de l’allumer. Nous étions ainsi réduits au plus piloyable état. Le froid commençait à nous saisir re étrange manière, la nuit élait profonde et le vent soufflait horriblement. Ainsi, pour ne pas nous lais- &r mourir de froid, nous nous remimes, malgré notre faiblesse, à marcher sur le lac pendant l’obscurité de la nuit, sans savoir où nous allions. Nous étions d’ailleurs toujours très-incommodés du vent et de la neige; mais, après une lieu et demie du chemin, il fallut succomber malgré nous, et nous irrêter à l'endroit où nous nous trouvions. Le danger où nous étions de mourir de froid me fit souvenir du charitable Père de Noue! qui, dans une pareille

7 a LS pes missionnaire au Canada depuis l’année ; ctime ité ili i Ne e sa charité, au milieu des neiges, en

rencontre, fut trouvé mort sur la neige, à genoux et les mains jointes. Cette pensée me ranima; je fis à Dieu le sacrifice de ma vie, et j’unis ma mort, que je croyais être proche, à celle de ce pieux missionnaire, Les Français avec qui nous étions, abattirent quelques branches de sapin qu’ils mirent sur la neige, et sur lesquelles nous nous jetâmes, après avoir fait nos prières, et pris, pour tout repas, un peu de thériaque et sept à huit grains de raisin sec que nous trouvâmes par hasard sur nous. La lassitude nous faisait tomber dans le sommeil que le vent, le froid et la neige ne nous permettaient pas de goûter longtemps. Nous veillâmes ainsi tout le reste de la nuit. La Providence cependant nous a préservés de plus graves accidents, et nous le devons sans doute à l'intercession de la sainte Vierge à qui nous nous étions à particulièrement recommandés. Le lendemain matin, deux Français de la cabane du P. Albanel arrivérent bien à propos, et allumèrent un grand feu sur la neige. Un d’eux alla chercher de l’eau pour étancher notre soif qui était excessive. Puis, nous nous remîmes en chemin sur le même lac; et enfin, malgré le vent et la neige, qui nous donnaient dans le visage, nous arcrivâmes à l’endroit où était le P. Albanel. Je trouvai avec lui quatre cabanes de Sauvages que j'instruisis. Une blessure grave, occasionnée par la chute d'un pesant fardeau qui lui

ze, à genoux el ‘anima; je fis à na mort, que je x missionnaire.

ibattirent quelit sur la neige, après avoir fait un peu de thén sec que nous , lassitude nous le vent, le froid de goûter longreste de la nuit.

réservés de plus sans doute à l'in-

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était tombé sur les reins, ne lui permettait pas de se remuer, et encore moins de faire les fonctions de missionnaire.

Deux jours après, je relournai à ma cabane, qui était environ à dix lieues de là. J'y administrai les derniers sacrements à une femme malade, qui me les demanda avec instance, et témoigna mourir fort contente. Cette bonne Sauvage faisait paraître de grands sentiments d'amour envers Dieu et de dévotion et confiance envers la Sainte Vierge. Je me rendis ensuite à denx cabanes de Sauvages Outabitibecs, qui étaient environ à quatre lieues de distance, et je leur expliquai les vérités du salut, Il n’est pas concevable avec quelle avidité ils écoutèrent mes instructions, et quelle dévotion ils apportèrent au sacrement de pénitence et à la communion.

Après être demeuré deux jours avec eux, je refournai à ma cabane, pour me disposer au voyage que je devais entreprendre chez les Mistassins et chez les Papinachois,

Le 2 février, je rencontrai encore une fois le P, Albanel. |

Le 6, je le quittai, et j’allai avec les Sauvages qui m'accompagnaient me loger auprès d’une très-belle rivière où nous fûmes quelques jours en paix, jusqu'à ce que le P. Albanel m'envoya un Français pour m'avertlir que l’épouvante était partout , qu’on croyait que les Iroquois étaient en marche et qu'ils

avaient surpris un parti de nos Sauvages au lac de Æ I Kinougami ! ; que les Outabitibecs et autres tribus se à s rassemblaient dans une enceinte fortifiée, afin de s'y Æ g mettre à couvert et en défense. Ces tristes nouvelles Æ t m'obligèrent de les aller trouver pour les confesser

et les encourager, parce que le P, Albanel était en- Æ n core incommodé de sa blessure, Je me mis en che- Æ d min, accompagné d’un Français. v

Nous fimes vingt lieues dans les bois, avec des D sa

peines incroyables, et dans la crainte continuelle Æ fo

| d’être rencontrés par les Iroquois. Nous trouvions Æ nc

|A sur notre route grand nombre de cabanes que la Æ qt | peur avait fait abandonner.

Le 3 mars, nous arrivâmes à l’endroit où les Sau- Æ de vages s'étaient fortifiés. Ils étaient bien au nombre de Æ bic quatre-vingts hommes bien décidés. Ils furent ravis M ha de nous voir. Je les consolai de mon mieux et je les M En confessai. Cependant un de leurs chefs était allé avec Æ sie trois jeunes gens pour découvrir l'ennemi; en atten- Æ ont dant, nous passâmes quatre nuits dans l’épouvante, et pendant les deux premières nous couchâmes dans

leur fort et sur la neige.

Le 5, ceux qui étaient allés à la découverte revinrent et nous rassurèrent un peu. Ils nous apprirent que le meurtre qui avait causé cette panique générale ne s’était pas fait si près de nous, mais au lac de

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1. Kinougami, Zac Long, qui se décharge dans le Saguenay par la rivière Kinougamiou, aujourd'hui rivière de Chécoutimi,

vages au lac de autres tribus se ifiée, afin de sy tristes nouvelles ur les confesser \ibanel était enme mis en che-

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MISSION DES MONTAGNAIS. 391 Piécouagami !, et que les Sauvages qui demeuraient sur ces bords allaient se fortifier et s’assembler en grand nombre pour attaquer les Iroquois, le printemps prochain.

Ces nouvelles, qui nous tranquillisaient, me permirent de retourner à ma première cabane. J'y étais depuis quelques jours, lorsque cinq Sauvages envoyés par le chef des Mistassins vinrent m’avertir de sa part de l'aller trouver pour l’instruire, Il leur avait fort recommandé de m'aider autant qu'ils pourraient pour adoucir les difficultés et la longueur du chemin qu'il y avait à parcourir pour arriver jusqu'à lui.

Je partis avec eux le 26 mars. Nous fûmes obligés de marcher dans l’eau jusqu’à mi-jambes et avec bien de la peine. Nous établimes notre cabane au haut d'une colline qui borde la rivière qu’on nomme Emenipemagau, à cause de sa rapidité et de plusieurs ‘îlots dont elle est entrecoupée. Elle est en outre très-large et très-profonde, et extrêmement poissonneuse. Elle descend vers le nord-ouest, où, | perdant un peu de sa largeur, elle prend le nom de rivière des Papinachois. |

Nous marchämes deux grandes journées pour trouver la chute d’eau dont elle est coupée. Ce ne fu pas sans de grandes fatigucs, parce que nous étions obligés de marcher continuellement sur les

1. Piécouagami, ou lac Srint-Jean, d'où sort la rivière de Saguenay.

TA Dm GABA A A ro PDA PR

glaces, qui étaient extrêmement unies et glissantes.

Enfin nous arrivâmes à la belle rivière de Mauchau-: traganich !, J'y trouvai plusieurs Sauvages qui me

reçurent avec tous les témoignages de joie dont ils

purent s’aviser. Îls n'épargnaient ni les festins, ni les L

danses, ni les chants, et ils venaient incessamment me visiter, au point que je trouvai ces pauvres gens tout disposés à recevoir mes instructions, et j'admirai les miracles de la grâce, qui les avait ainsi préparés à m'écouter. Je me mis à les instruire, en particulier et en public, pendant six ou sept semaines, qui me semblèrent bien courtes. J'en baptisai cent deux, tant enfants qu'adultes, et entre autres deux de leurs chefs. Ces bons Sauvages me témoignèrent publiquement leur joie et ne savaient de quelle manière me remercier du bien que je leur avais fait en leur conférant le baptême. Quatre vieillards à qui je l'avais différé depuis un an étaient du nombre de ceux qui me reçurent dans cette bourgade : ils déclarèrent par un discours public combien ils s’eslimaient heureux, et me convièrent à les instruire plus pleinement et à les revenir trouver, ce que je leur promis.

4, Mauchautraganich, ou Mouchaouraganich, comme cle est $

nommée sur la seconde carte du P. Laure. Ce missionnaire à dressé deux cartes géographiques de cette contrée. La première ne

comprend que le cours du Saguenay ; la scconde renferme le pays à

qui est au nord du fleuve Saint-Laurent jusqu’à la baie d'Hudson. Ces deux cartes nous ont beaucoup servi à donner une explication du voyage du P. de Crépieul.

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MISSION DES MONTAGNAIS. 99) Parmi ces Sauvages, plusieurs, qui étaient descendus de la baie du Nord, furent fort surpris de : voir des Français venir de si loin, et furent ravis d'entendre les discours que je leur adressai sur la religion. Ils promirent tous de se rendre au printemps prochain à l'endroit où ils apprendraient que je ferais la Mission, afin d’être instruits plus à loisir qu'ils ne pouvaient l'être pour lors ; ils ajoutèrent même qu'ils s’efforceraient d'amener avec eux grand nombre de leurs compatriotes pour le même dessein.

Cependant une partie des Mistassins partlirent peu de temps après pour Québec, afin d’aller présenter leurs respects à M. de Frontenac, gouverneur du D Canada. Ils avaient aussi intention de lui demander sa protection contre l’Iroquois, de l’assurer qu’ils le prenaient pour leur père, et qu’afin de porter mieux A la qualité de ses enfants, ils voulaient continuer d'aimer la Prière, pour laquelle ils savaient qu'il avait int de zèle. Je m'embarquai avec eux. Pendant notre voyage, nous fûmes presque tous malades, et quatre ou cinq des plus âgés moururent. Ces bons Sauvages n'avaient point encore vu de missionnaires avant moi, et, comme ils s'éfaient convertis dès les premières instructions qu'ils avaient reçues, Dieu vou- Rlut récompenser ainsi leur promptitude à obéir à la srâce, en leur accordant la grâce de mourir peu de Liemps après leur baptème. J'étais assez abattu par

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la faim que j'avais soufferte en diverses rencontres, et par les fatigues que m’avaient causées tant de voyages si difficiles, mais Dieu me donna encore assez de force pour achever le reste.

’artis le 6 de mai, nous fîimes trois grands porlages avant que de nous rendre à la rivière des Mislassins et à celle des Papinachois. Le mauvais temps, la pluie et les maringoins, nous incommodèrent beaucoup. Je visitai cependant quelques pauvres malades et quatre grandes cabanes, que je trouvai sur les bords du Manaouni, rivière extrêmement poissonneuse, qui nourrit quantité de brochets d’une grosseur extraordinaire. Après être demeuré quelques jours auprès du grand et profond lac d’Echitagameth ‘, où je baptisai trois personnes , je me remis en chemin, accompagné de vingt canots de Sauvages. Nous franchîimes heureusement douze rapides, où les eaux étaient si basses qu’il fallut nous mettre à l’eau pour traîner nos canots nous-mêmes, ce qui ne se put faire sans beaucoup de peine,

Le 24 mai, nous arrivâmes à Chécoutimi; jy trouvai quelques Français et grand nombre de Sauvages, auxquels j’expliquai les vérités de notre Foi. Je conférai le baptême à trois enfants et je le différai à quelques adultes qui le demandaient; je voulais qu’ils en connussent encore mieux l'importance, et que

1. Echitagameth, ou Echetagama, comme on lit sur la carte du &

P. Laure,

la « des fait roc] cha lieu

À loi

:s rencontres, usées tant de

j'eusse moi-même plus de loisir de connaitre s’ils en étaient dignes.

donna encore Le 31, je quittai Chécoutimi, accompagné seule-

ment de douze canots. Nous arrivèmes à Québec js grands por- peu de jours après, et les Sauvages que j'avais emvière des Mis- menés allèrent sur-le-champ rendre leurs respects à nauvais temps, M. le comte de Frontenac, qui les reçut avec bien de ncommodèrent la bonté, et qui les exhorta fortement à continuer de es pauvres ma- vivre en véritables chrétiens.

je trouvai sur émement pois-

brochets d’une bee demeuré quelnd lac d’'Echitanes, je me remis CHAPITRE Il

canots de Saunent douze raw’il fallut nous ts nous-mêmes, de peine.

butimi; jy trou- Sous le nom des Sept-lles est compris un pays de re de Sauvages, Æ la côte du Nord, à plus de cent lieues de Québec, en tre Foi. Je con- Æ descendant sur le fleuve de Saint-Laurent, où de je le différai à WE fait l’on voit sept îles, qui ne sont composées que de je voulais qu'ils À rochers fort stériles et couverts seulement de mértance, et que À chants arbrisseaux. La plus grande n’a pas deux | n lit sur la carte du à lieues de tour, et la plus près de la terre n’en est À éloignée que d’une bonne lieue. Elles ne laissent pas

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