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VISITE QUE MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE DE QUÉBEC ET M, L'INTENDANT ONT RENDUE AUX SAUVAGES DE LA PRAIRIE DE LA MAGDELEINE OU EST ETABLIE LA MISSION DE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER,
Le vingtième jour de mai, le R. P. Claude Dablon, supérieur de la Mission de la Compagnie de Jésus en la Nouvelle-France , étant ici à faire sa visite, nous apprimes que Mgr de Laval, premier évêque de Québec, n'était qu’à trois lieues de Montréal, où il devait faire son entrée le lendemain. A cette nouvelle, le Père supérieur prit avec lui le P. Cholenec pour s’en aller saluer Sa Grandeur. Ils trouvèrent ce prélat apostolique avec le train et l’équipage d’un prince de la primitive Église. Ce grand homme pour sa naissance et encore plus pour ses vertus, qui ont fait tout récemment l’admiration de la France , et qui , dans son dernier voyage en Europe, lui ont justement mérité l'estime et l’approbation du roi; ce grand homme, dis-je, faisant la visite en son diocèse, était mené dans un pelit canot d'écorce par deux paysans, sans aucune suite que d’un ecclésiastique seulement, et sans rien porter qu’une crosse de bois, qu’une mitre fort simple et que le reste des ornements absolument nécessaires à un évêque d’or, comme le disent les auteurs, en parlant des premiers prélats du Christianisme, Comme
il se trouvait dans ce misérable canot exposé à toutes les injures de l'air, il arriva à Montréal après avoir reçu toute ja pluie qui fut excessive en ces quartiers, le vingt et unième jour du mois.
La fête de la Pentecôte, qui était proche, l’obligeant de s'arrêter dans cette île pour la consolation des Français, dont plusieurs ne l’avaient pas encore vu, il donna parole à nos Pères que, dès le lundi suivant, 25 de mai, il irait visiter leur Mission de Saint- Xavier, à la prairie de la Magdeleine ; et il les pria de témoigner aux Sauvages les tendresses de l’affection qu’il avait pour eux. Cette nouvelle réjouit infiniment tout le bourg ; et comme on a toujours donné à nos catéchumènes et à nos néophytes toute l’estime due au caractère et au mérite d’un si digne évêque, on ne peut exprimer ni la joie que leur causa la seule espérance de le voir, ni la ferveur qu'ils apportèrent d'eux-mêmes à disposer toutes choses pour le recevoir à leur manière le mieux qu’il leur serait possible. C’est pourquoi, dès le même jour, ils commencèrent à nettoyer et à aplanir les avenues, les rues et la place de leur village ; ce qu’ils continuèrent encore le lendemain, veille de la Pentecôte. Le lundi, qui en était la deuxième fête, uyant entendu la sainte messe, ils demandèrent au P. Frémin, leur principal missionnaire, la permission de travailler aux préparatifs qu'ils n’avaient pu faire
plus tôt. L’ayant obtenue, ils allèrent tous au bois
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et en rapportèrent chacun leur charge de branchages dont ils formèrent une allée agréable dans la grande place, qui est depuis leur chapelle jusqu’au fleuve de Saint-Laurent. Au bout de cette allée, sur le bord de la rivière par où Monseigneur devait arriver, ils avaient placé une petite estrade élevée sur l’eau d'environ deux pieds. Au milieu de la même allée , ils avaient dressé un berceau, et un autre tout au bout qui joignait la chapelle ; les travaux achevés, ils s’en allèrent tous se parer de leurs plus beaux vêtements, pour accourir au premier signal qui leur serait donné.
Comme le ciel était très-serein ce jour-là, on découvrit de loin, sur la petite rivière, le canot qui portait notre grand prélat. Tout aussitôt, le Révérend Père supérieur, montant dans le sien, s’en alla audevant de Sa Grandeur. La cloche de l’église commençant en même temps de sonner, chacun accourut où Monseigneur devait débarquer. Le P. Frémin se mit sur la droite, à la tête de tous ses Sauvages, et le P. Cholenec prit la gauche, ayant avec soi tous les Français qui demeuraient aussi en assez bon nombre à la Prairie. Un des capitaines Hurons et un des anciens de la nation se placèrent sur l'estrade, d'où celui-là cria, en leur langue, à Monseigneur, lorsqu'il était encore à quelques pas du bord : « Évêque, arrête ton canot et écoute ce que j'ai à te dire. » Sa Grandeur s'étant fait expliquer ce compli-
ment sauvage, prit plaisir à cette naïveté, et s'arrêta volontiers pour écouter ces deux orateurs qui le haranguèrent l’un après l’autre, en l’assurant de leur joie et de l'espérance qu'ils avaient qu’il les comblerait des bénédictions du ciel, en le louant de son esprit, de sa vertu et de sa dignité, qui l'élèvent tant au-dessus des autres maîtres de la Foi et de la Prière, et en l’invitant de prendre terre chez eux; qu'ils le conduiraient , selon son désir , dans la maison du grand Maître de nos vies. Monseigneur mit pied à terre; et, étant revêtu de son camail et de son rochet, il donna la bénédiction à tout le monde, qui était à genoux. Le P. Frémin entonna aussitôl le Veni Creator en langue iroquoise et fut secondé de tous les Sauvages, hommes et femmes, selon leur coutume. Ils le suivirent aussi dans une espèce de procession qu’il commença le loag de l'allée qui avait été faite pour ce sujet. Monseigneur marchait après eux et avait à sa suite M. de Bouy, son prêtre, M. Souar, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, et, enfin, le Père supérieur, le P. Cholener, fermant cette marche avec les Français, chantaient alternativement en latin avec eux le Ven: Creator, qui avait été entonné en sauvage; on arriva en cet ordre au premier berceau, sous lequel Monseigneur s'étant arrêté, un capitaine des Onnontagués ct un autre des Onneïouts le haranguèrent au nom des cinq nations iroquoises, On s’avança
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ensuite jusqu’au second berceau, sous lequel Sa Grandeur fut haranguée pour la troisième fois par notre fervent Dogique, nommé Paul, qui, étant accoutumé de parler souvent en public pour instruire ses frères, fit ici son compliment avec une force d'esprit, une piété et une éloquence incroyables dans un Sauvage. Étant donc monté sur un tronc d'arbre qui lui servait de chaire, il fit le signe de la croix, et, levant les yeux avec sa voix au ciel, il remercia Dieu de la grâce qu’il leur faisait de leur envoyer le saint évêque, son lieutenant, et demanda aussi celle de profiter de sa visite. Puis, s'adressant à Sa Grandeur, il le loua de son zèle et de sa charité pour les âmes, en lui rendant mille actions de grâces pour les soins également étendus sur les Français et sur les Sauvages. Ce discours fini, Monseigneur entra dans l’église, où le P. Cholenec, en surplis, lui présenta l’eau bénite, et donna ensuite le salut et la bénédiction du Saint-Sacrement, où les Français « : ‘es Sauvages chantèrent encore à deux chœurs le Pange lingua, VAve maris stella et le Domine salvum fac regem; après quoi les Sauvages. r!'ernativement chantèrent un secund motet du Saint-Sacrement.
Le salut achevé, Monseigneur étant arrivé dans notre maison, comme il vit que les Sauvages le suivaient, il fit entrer les hommes dans notre chambre, leur donnant à tous sa main à baiser, et leur faisant ll, 4
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plusieurs caresses, nommément à ceux qu’on lui disait être les plus fervents. Étant passé dans une chambre qui est entre celle-ci et la chapelle, il permit aux femmes d’y entrer pour louer leur piété, à proportion du bien qu’on lui disait de chacune d’elles ; enfin, il les congédia en donnant à toutes sa bénédiction. Des Iroquois infidèles , arrivés depuis peu de leur pays, et qui ne respiraient que la guerre et la fierté, la reçurent aussi en rendant à Sa Grandeur tous les mêmes devoirs et toutes les mêmes soumissions que nos chrétiens, comme si la présence d’un si bon pasteur eût changé ces cruels loups en de doux agneaux.
Le lendemain, qui était la troisième fête de la Pentecôte, fut véritablement un jour de descente du Saint-Espritsur cette Mission, par la grâce des sacrements que Monseigneur y conféra avec toute la bonté et la joie possibles, et quenos Sauvages reçurent avec une modestie et une dévotion admirables, Il commença de grand matin par le baptême de dix adultes, quatre hommes et six femmes. Il continua par trois mariages qu’il bénit; après quoi il dit la messe, pendant laquelle nos Sauvages chantèrent de leur mieux et communièrent pour la plupart de sa main. Il leur donna encore la confirmation en permettant ici aux Français qui ne l’avaient pas encore reçue de se joindre aux Sauvages pour lesquels seuls il était venu, à ce qu'il assure. Le P. Frémin leur répéta en
sauvage langue.
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La matinée s'étant ainsi passée, on fit en son nom un grand festin à tous nos Sauvages dans la cabane du Dogique; comme ils surent que Sa Grandeur voulait y assister, ils préparèrent pour lui et pour sa suite des places qu'ils ornèrent de leurs meilleures couvertures et de leurs plus beaux vêtements. Le festin, qui fut plus long en harangue, en chant et en cérémonie qu’à manger, étant achevé, Monseigneur ne se contentant pas de cette faveur faite à tous en général, voulut encore, par un excès de sa bonté et de sa condescendance ordinaires, visiter chaque famille et chaque particulier dans sa propre cabane, de quoi nos Sauvages ne se furent pas plutôt aperçus que, pour reconnaître une faveur si grande, ils ornèrent leurs cabanes de tout ce qu’ils avaient de plus précieux dans leurs petits magasins, préparant une place pour y faire asseoir Sa Grandeur, et étendant à terre, les uns des branchages, les autres des nattes bien travaillées, d’autres de belles peaux, d’autres des couvertures de ratine et de semblables étoffes. Monseigneur fut on ne peut plus content et édifié de ces sincères témoignages d'affection et de respect. Comme nos meilleurs chrétiens se signalèrent en cette occasion, il fut aisé de remarquer que le principe qui les faisait agir était un vrai motif de piété et un juste désir de la gloire de Dieu, qu’ils regar-
daient par la foi dans leur prélat comme dans sa vive et parfaite image. Quoiqu'il se fit tard quand il eut visité tout le monde, la passion qu'il montrait de leur pouvoir rendre service, et l’ardeur que témoignaient quelques parents à lui faire baptiser leurs enfants, fut cause que nouslui en présentâmes sept, auxquels il conféra tout aussitôt ce sacrement. IL assista ensuite au salut qui fut célébré avec pompe, comme le Jour précédent. Le lendemain, Monseigneur, ayant encore voulu dire la messe à nos Sauvages, ils la chantèrent très-bien à leur ordinaire. Sa Grandeur reprit enfin le chemin de Montréal, tout le monde l’accompagnant jusqu’à la rivière, comme on avait fait à son arrivée. Lorsqu'il fut sur le point de rentrer en son canot, on se mit à genoux pour recevoir sa bénédiction, qu'il donna à toute l’assemblée qui le suivit tant qu'elle put, et dont il emporta tous les cœurs en leur laissant le sien.
Une des choses par où ce saint Prélat et sa suite remarquèrent mieux lasolide vertudes Sauvages de cette Mission, et qui les ravit davantage, fut que la joie de toute cettefête ne fût point troublée par la plus funeste nouvelle qui pût arriver pour ce bourg. Comme depuis quelque temps on était en peine d’une bande de chasseurs entre lesquels était le capitaine des
Agniés, un des plus considérables de tous les Iroquois, et qui de plus est un très-excellent chrétien, le mardi au matin, comme on était prêt de dire la
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messe, un Sauvage arriva de Québec, qui assura, qu'en passant par les Trois-Rivières, il avait apprit des Sauvages-Loups que d’autres de leur nation auraient tué les chasseurs dont on était en peine à la Prairie.
Quoique cette nouvelle se soit dans la suite trouvée fausse, grâce à Dieu, cependant elle fut crue de tout le monde pour véritable ; etainsi, suivant lacoutume des Sauvages, dans de pareilles occasions, tous les parents de ceux dont on avait annoncé la mort devaient se tenir renferinés chez eux sans paraître à aucune action publique, si est-ce que non-seulement ils assistèrent tous au divin service, auquel ils reçurent le sacrement de pénitence, d’eucharistie et de confirmation, mais encore la femme de ce capilaine, toute abimée dans la douleur, ajouta à toutes ses dévotions celle de présenter à la messe le pain bénit qu’elle devait donner ce jour-là, et fit ensuite la quête par l’église avec toutes les civilités d’une dame française, et avec une modestie, une force d'esprit et une résignation aux ordres de Dieu, infiniment plus grande. Monseigneur l’évêque ayant appris après la messe ce qui était arrivé, et ayant été informé de la parfaite amitié que cette femme forte avait pour son mari, loua hautement sa vertu, et lui témoigna, par {out ce qu’il put, la part qu’il prenait à sa perte et à celle des Iroquois qui croyaient leurs gens morts; ainsi, tout le stratagème qu’il semblait que le
démon n’avait inventé que pour jeter ‘le désordre dans les esprits, et pour empêcher les fruits de la visite de Monseigneur l'Évêque, ne servit qu’à faire éclater davantage la vertu de nos nouveaux chrétiens et qu’à augmenter la juste estime où est cette Mission.
M. l’intendant : n’en a pas conçu moins d’opinion dans la visite qu’il y fit peu après. Cet illustre ministre de Sa Majesté, dont l’arrivée a été si heureuse à la Nouvelle-France, et qui, par sa piété, sa douceur, son intégrité, son ardeur d’obliger tout le monde, et son application aux affaires, remplit si dignement toutes les charges, arriva dans la ville de Montréal un samedi au soir, 20 juin ; il prit aussilôt jour pour venir visiter nos Sauvages à la Prairie, où il se rendit en effet le samedi. suivant, accompagné de M. Dambrant, son fils aîné, de M. Perrot, gouverneur de Montréal, et de plus de cinquante personnes des plus considérables du pays, entre lesquelles était M. le curé de Montréal.
Comme nos Sauvages ont l'obligation à ce digne intendant d'une belle terre d’une lieue et demie qu'il leur a accordée ?, parce que celle de la Prairie étant dans un fond, n’est pas propre pour le blé
A. Du Chesneau, qui, en 1675, avait succédé à Talon.
2. Cette donation d’uñ nouveau terrain, ajouté à celui de la prairie de la Magdeleine, ne fut régularisée qu'en 1680. Alors, par lettres patentes du 29 mai, Louis XIV confirma cette concession sous le nom de terrain du Sault-Saint-Louis, C'est de là que, de-
d'Inde, ce river sur | suite de d même, mt grand nom au-devant piété par le quise, Apr.
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d'Inde, ce leur fut une indicible joie de le voir arriver sur le soir par un très-beau temps et avec une suite de douze ou quinze canots. Il n’eut pas, luimême, moins de joie de voir sur le rivage un si grand nombre de Sauves chrétiens , qui étaient venus au-devant de lui, et dont il connaissait la foi et la piété par la réputation qu'ils se sont justement acquise. Après l'avoir salué, selon leur coutume, nos Pères et eux le conduisirent à l’église, où il fit ses prières devant le Saint-Sacrement. Ensuite, pour montrer aux Sauvages qu'il était venu pour eux, il alla à leur village, qui était un peu éloigné de la chapelle, et ayant passé quelque temps dans les cabanes à donner mille marques de son amitié et de sa vertu, il retourna à l’église, d’où on alla processionnellement au bücher préparé pour la fête de Saint-Jean, qui tombait le lendemain.
Le P. Frémin marchait à la tête des Sauvages, puis le porte-croix avec deux enfants en surplis qui portaient les chandeliers, après lesquels marchait le P. Cholenec qui servait de diacre à M. le curé de Montréal, que l’on avait prié d’officier ; M. l’intendant suivait, et avait après lui M. le gouverneur de Montréal et un grand nombre de Français; sur les deux
puis cette époque, l’üncienne chrétienté de la Prairie est appelée tantôt Mission du Sault-Saint-Louis, tantôt Mission de Saint- François. Xavier-du-Sault. — En 1718, cette Mission fut encore transportée un peu plus loin.
côtés de cette longue procession s'était rangée en haie et en armes, la jeunesse Sauvage à la gauche, et la française à la droite, ayant à sa tête le fils de M. l’intendant. Ils firent tous plusieurs décharges, à l'instant où M. l’intendant eut commencé de mettre le feu au bûcher et où l’officiant eut entonné le chant ordinaire; ce chant fut continué par les Français et les Sauvages qui chantaient en deux chœurs, ceux-ci en latin et ceux-là en iroquois. Si M. l’intendant témoigna après cette cérémonie qu'il avait été ravi du chant et principalement de la dévotion de nos Sauvages qui avaient assisté à cette procession en silence et prière, nos Sauvages ne furent pas moins édifiés de l’y avoir vu toujours nu-tête, son chapelet à la main, et avec les marques de cette haute piété dont il fait une profession exemplaire. Il nous en donna encore de nouvelles preuves, soit par le peu qu’il prit pour la collation de ce jour-là, qui était la vigile de Saint-Jean, soit le lendemain par la dévotion qu'il fit paraître en entendant la messe, et en recevant les sacrements de pénitence et d’eucharistie. Comme, pendant tout ce temps, nos Sauvages chanièrent en leur langue, alternativement les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, il témoigna que leur chant lui avait donné bien de la
dévotion et de la joie de voir Dieu loué et servi par
des gens qui vivaient, il y a peu d’années, plutôt en bêtes qu’en hommes.
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Avant le diner, il tint chez nous un conseil général de tous les Sauvages qui étaient à la Prairie, savoir des cinq nations iroquoises, des Hurons et des Loups; leur ayant par son interprète donné de grandes louanges de leur zèle et de leur fidélité pour le culte de Dieu et pour le service du roi, il les exhorta de continuer et leur promit tout ce qui pourrait dépendre de sa personne; il accompagna son discours de beaux présents pour ces peuples, au nom desquels il fut remercié par le capitaine de la Prairie. En se mettant à table, il fit asseoir à ses côtés nos capilaines, but à leur santé et voulut qu’ils bussent à la sienne, ne pouvantse lasserde leur témoigner sonaffection. C’est pourquoi, après son dîner, il fit faire un festin à tout le village dans la plus grande de toutes les cabanes, où il eut la bonté de demeurer plus de deux heures pour assister à toutes leurs cérémonies, quoi qu'il fit un chaud insupportable. Au sortir de là, on lui présenta un pelit Sauvage de six à sept ans pour le tenir sur les fonts de baptême, ce qu’il fit en le nommant François-Xavier, à cause de la dévotion qu’il a pour ce grand patron de notre Mission.
Après nous avoir donné toutes ces marques, et plusieurs autres encore de sa solide piété et de sa cordiale affection, il s’en retourna à Montréal avec touie sa suite, pendant que tous nos pauvres Sauvages, l’ayant reconduit jusqu’à la rivière, l'accompagnaient du cœur et des yeux. Il leur rendit comme
une seconde visite quelque temps après, laquelle ne fut pas moins obligeante que la première. Mais, pour ne pas user de redite, je dirai seulement qu elle fut plus familière, étant venu cette fois, lui troisième, et qu’elle lui coûta beaucoup plus à cause de la pluie et de l'orage dont il fut surpris en chemin. Cependant toute l’eau qui tomba ne ralentit rien du feu de sa charité et de son zèle pour le bien de nos pauvres Sauvages. -