‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 2 sur 88 · DES PÈRES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS EN LA NOUVELLE-FRANCE · texte numérisé non relu

DES PÈRES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS EN LA NOUVELLE-FRANCE

MISSIONS

Nous avons dans le pays des Outaouais plus de douze Missions particulières, entre lesquelles il ÿ en a trois principales, qui ont chacune une grande :: chapelle très-bien décorée.

La première de ces trois Missions est Sainte-Marie du Sault, à l’extrémité orientale du lac supérieur. Elle est gouvernée par le P. Nouvel, qui, avec les Pères Dreuillettes et Bailloquet, travaillent tantôt

A. Outaouacs dans le manuscrit.

conjointement et tantôt séparément, car ils doivent donner leurs soins non-seulement aux Algonquins du Sault, mais aussi à ceux d’Ekaentouton, de Nipissing et de Mississagué ; ce sont trois nations considérables, chez lesquelles les Pères vont hiverner, les unes après les autres.

Ils ont baptisé, depuis un an, plus de 120 personnes, nonobstant toutes les oppositions que le démon apporte à l'Évangile par diverses superstitions, auxquelles ces peuples sont si attachés, qu’ils ont bien osé lever la hache par plusieurs fois sur la tête des missionnaires qui s'opposent à ces coutumes diaboliques.

La seconde mission est celle de Saint-Ignace, à Michillimakinac ; c’est un lieu très-avantageux pour la pêche, qui se trouve précisément situé entre le lac des Hurons et celui des Illinois !.

* C'est Ià où se sont ramassés, depuis assez peu de temps, les Hurons d’Etionnontaté, et quelques nations algonquines. Un assez bon nombre des uns et des autres font profession publique de la Foi, et y vivent fort chrétiennement ; les premiers sous la conduite du P. Pierson, qui emploie beaucoup de zèle et d'industrie pour les instruire; les seconds ont eu le P. Nouvel et le P. Marquette pour pasteurs.

La belle chapelle, qui fut achevée il n’y a qu’un

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an, ne fut pas plutôt ouverte, qu’elle fut comme consacrée par soixante-six baptêmes. On y comptait quarante adultes Hurons avec treize enfants, et quinze adultes Algonquins avec trente-quatre enfants de la même nation. Le vendredi-saint, on y prêcha la Passion en trois langues différentes. L’adoration de la Croix s’y fit avec grande piété par cinq ou six diverses nations de Sauvages ; et le jour de Pâques, seize, tant Hurons que Huronnes, y firent leur première communion.

Les cérémonies qui ont eu lieu à Noël, et par lesquelles ces bons Sauvages ont honoré l'Enfant Jésus dans la crèche, sont surprenantes ; on ne peut en être témoin sans être touché de dévotion, de voir Notre-Seigneur faire triompher son enfance au milieu de l’infidélité.

La troisième Mission est celle de Saint-François- Xavier, un peu au delà de la baie des Puants. Elle est comme le centre de grand nombre de nations différentes qui sont aux environs.

Le P. André cultive celles qui sont dans la baie des Puants ; par sa fermeté, il a su dompter ces esprits, qui étaient les plus féroces et les plus superstitieux, en les assujettissant peu à peu et avec une constance inébranlable, au joug de la Foi. Aussi peut-on dire qu'il a une église toute formée ; elle est composée de quatre à cinq cents chrétiens ; le Père en a baptisé

jusqu’à cent quarante la dernière année.

Le P. Allouez a soin des Outagamis et des Mascoutins !, dont il a admis au baptême, depuis un an, plus de cent soixante. La croix que ce missionnaire a plantée au milieu de ces bourgades, y est en vénération, et le nom de Jésus-Christ est adoré avec grand

respect, dans ces terres sauvages et infidèles.. Lak chapelle d’écorce, que le Père a dressée dans le bourg}

des Mascoutins, se remplit tous les jours, à diverses reprises. Trente-sept adultes et soixante-quinze enfants y ont été baptisés, et on y compte jusqu’à douze nations, qui sont de trois langues différentes, et qui ne font pas moins de vingt mille âmes ramassées en ce seul bourg. Le P. Silvy est allé pour aider le P. Allouez dans ses travaux auxquels il ne pouvait plus suffire.

Le P. Jacques Marquette a commencé une qua- |

trième Mission, qui est celle des Illinois. Ce sont les premiers peuples qu’il a rencontrés dans le voyage qu’il fit l’an passé, pour la découverte de la mer du Sud. Ce Père est allé, le printemps dernier, jeter les fondements de cette Mission; c’est à son retour qu’il a glorieusement fini sa vie au milieu de ses travaux, sur les bords mêmes du lac des Illinois. Nous donnons ici le narré de sa mort et des circonstances remarquables qui l’ont accompagnée.

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