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faction, et y endurant bien volontiers, en ces cabanes d'écorce, l’âpreté du froid bien piquant, la disette des vivres et mille autres incommodités, les uniques apanages de ces saintes Missions. Mais Dieu qui a plus d'égard à ses bontés et à ses miséricordes qu'à mes péchés, m’y conserve toujours la santé et les forces pour les supporter constamment. Ensuite il me fallut assister trois ou quatre malades; instruire et disposer deux Abénaquis, trois Etchemins à leur première communion, qu’ils firent à la messe de minuit avec bien de la joie. Tous, jusqu'aux enfants de 3 à 4 ans, voulurent assister à la solennité de cette sainte nuit, que nous passâmes presque entière, soit en prière, soit en cantiques spirituels, les bois semblant se joindre à nous par leurs agréables échos. Nous eûmes tous le bonheur de recevoir notre divin Sauveur dans nos cœurs, et de le loger dans une nouvelle étable de Béthléem, car à vrai dire, nos cabanes lui étaient fort semblables.
Le 7 janvier nous allâmes loger à la rivière de l'Iroquois, ainsi nommée à cause qu'il y fut tué et défait‘. À peine fûmes-nous cabanés que la petite Catherine Rarabanakouan, âgée de huit à neuf ans, entra en agonie. Sur la fin des recommandations de l'âme, elle expira entre les bras de sa chère mère,
1. Cette rivière de l'Iroquois ou des Iroquois se jette dans la rivière de Nékoubau , quelques lieues avant que celle-ci se décharge dans le lac Saint-Jean.
femme de défunt Tékouarimat, qui avait été chef de ce bourg et de celui de Sillery. La mort de cette enfant m'a donné plus de joie que de chagrin, parce qu'elle avait conservé l'innocence baptismale, et qu’elle mourait dans une parfaite disposition et résigoation aux volontés de Dieu. Elle avait souffert avec beaucoup de patience les incommodités d'une maladie de quinze jours, et m'avait bien promis de penser à moi dans le ciel, surtout quand je serais arrivé à l'heure de la mort.
D'un côté, la fumée qui remplissait la cabane, et de l'autre, le mauvais temps sans neige qui empêcha les chasseurs de courir l'élan, nous firent extraordinairement souffrir ; toutefois sans interrompre les exercices de piété et les instructions.
Le 4 de février, je fus obligé de retourner à la maison ! pour y insiruire d’autres Sauvages qui venaient des environs. Nous y arrivâmes après deux ou trois jours de fatigues, et nous y trouvâmes, entre autres, un jeune Sauvage qui avait fait plus de douze lieues pour demander du secours et venir se confesser. Celui-ci était à peine retourné chez lui que d’autres arrivèrent de neuf lieues pour avoir le bonheur d'être instruils, et de se confesser, et de communier, ceque
1. Le P. de Crépieul n'indique pas où était cette maison ou domicile du missionnaire, qui était comme le centre de leurs courses apostoliques pendant leur hivernement. Ce n'était pas Chécoutimi le rendez-vous général, mais Métabetchouan, où les Français avaient un poste et les Jésuites une Mission près du lac Saint-Jean.
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je leur accordai bien volontiers. Je fus fort surpris de voir un père et une mère qui avaient porté tour à {our leur enfant à travers les bois pendant neuf lieues, et dans un temps fort incommode. Comme je leur représentais que je n’approuvais pas cette imprudence, ils me répondirent que le salut de leurs âmes et celui de leur petit enfant, qu’ils m’apportaient pour être baptisé, était préférable à toutes choses, et qu'ils s’en retourneraient bien consolés si je voulais seulement les confesser, communier, et baptiser leur enfant, appréhendant uniquement qu’il ne mourût sans avoir reçu cette grâce.
Le 15 mars, on vint me chercher de quatre lieues pour administrer les sacrements à une moribonde ; je ne lui eus pas plutôt rendu ce devoir, que cinq Sauvages me vinrent rappeler en un autre endroit, J'y demeurai fort occupé, jusqu’à ce qu'on vint m’appeler ailleurs pour confesser une femme qu’on pensait être suffoquée par l’abondance du sang qu’elle jetait par la bouche. Je fis ce voyage avec beaucoup de peine , la neige étant très-mauvaise et la chaleur excessive, mais aussi avec bien de la consolation de l'entendre en confession et de voir les saintes dispositions de celte âme vraiment élue. Dix-sept familles, tant d’Etchemins que d’Algonquins, arrivèrent avec tout leur petit équipage, et se cabanèrent auprès de la chapelle pour pouvoir assister plus facilement aux instructions.
Le 5 juin, je partis de Métabetchouan avec quinze canols, et nous vinmes cabaner à Kouspahigan ! où sept grandes cabanes de Sauvages nous attendaient. Je demeurai en ce lieu deux jours entiers; tous les chefs et vieillards y renouvelèrent dans leurs harangues leur résolution d'embrasser sérieusement le Christianisme, de quitter les superstitions du pays, et de se rendre assidus à la Prière et aux instructions dans la chapelle.
Le 6 juin, nous arrivâmes à Chécoutimi ; je fus fort occupé parmi plus de quatre cents personnes que j'avais à instruire, auxquelles j'avais à conférer les sacrements de baptême, de pénitence, d’eucharistie et de mariage, autant qu’ils en étaient capables et qu’ils s’y étaient suffisamment préparés. Ensuite, je m'embarquai pour la Mission de Tadoussac où l’on m’appelait pour différents ministères. Je reviendrai de Tadoussac à Chécoutimi le plus tôt que je pourrai, et de là au lac Saint-Jean, pour contenter tant de peuples et tant de différentes nations qui m'invitent à venir les instruire et les disposer au baptême. Ainsi se passèrent l’hiver et l’été dans ces travaux, pendant lesquels j'ai baptisé cinquante ou soixante tant enfants qu’adultes.
4. Probablement sur les bords de la rivière de Kouspahiganich, qui se jette dans le lac Saint-Jean,
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Extrait d'une lettre du P, Boucher,
Quoique les fatigues et les souffrances soient inséparables des hivernements qu’un fait avec lr. Sauvages errants, qui ne demeurest aux mÂmes lieux qu’autant de temps que la chasse leur y fournit de quoi vivre, je puis dire néanmoias ave; vérité que j'ai passé l'hiver avec bien de la douceur. fui: j'ai reçu beaucoup de consolation de la ‘ft et de la ferveur des Sauvages que j'ai accomyagnis dans le bois; mon hôte entre autres et sa femme se sont trèsbien comportés, et je leur dois rendre iémoignage que je n’ai point encore vu de meilleurs chrétiens.
Comme je devais aller au printemps chez les Papinachois , jai élé obligé de partir de bonheur du lac Saint-Jean , afin de ne pas perdre l’occasion de la barque qui devait me prentre à Tadoussac. Nous fûmes onze jours en chemin à: iieu de trois qu’on a coutume d'employer; nous souffrimes, durant ce temps-là, tout ce que pe::vent endurer des gens qui sont obligés de marcher la plus grande partie du temps dans l’esu à demi-glacée, jusqu'aux genoux, chargés de leurs paquets; et qui; après avoir bien fatigué, se trouvent le soir sans hache pour couper du bois, sans écorces pour se couvrir, et sans autre lit
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