‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 29 sur 88 · HU · texte numérisé non relu

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que la neige. Il fallut aussi que les provisions, que nous avions prises pour trois jours, nous en durassent onze, n'ayant ni poudre ni plomb pour chasser. Après m'être reposé un instant à Tadoussac, je m'embarquai pour me rendre chez les Papinachois et aux Sept-Îles. J'y ai trouvé des Sauvages qui témoignaient un grand désir d’être instruits,etd’autres qui ne sont plus chrétiens que de nom, ayant été fort longtemps sans voir aucun missionnaire. La Providence est admirable sur quelques-uns de ces pauvres abandonnés qui, sans le secours des sacrements et sans aucune instruction, passent plusieurs années dans une merveilleuse innocence. Si ces projets qu'on a faits d'aller passer avec eux une partie de l’année s'exécute, j'espère qu’on rétablira les anciens chrétiens dans leurs premières ferveurs, et que bon nombre d'infidèles entreront dans l'Église. J'ai baptisé depuis six mois trente-neuf personnes, parmi diverses nations que j'ai visitées.

Je crois que la reconnaissance m’oblige de ne pas taire un frait de la protection de sainte Anne à notre égard. Ayant perdu le mouillage où nous devions nous mettre à l'abri du gros temps, le nord-ouest fraichissant devint si furieux, pendant une nuit fort obscure, qu'il nous obligea de mettre à la cape, et, ce qui est surprenant, qu’il nous fit faire dix-huit lieues de traversée en quatre ou cinq heures ; de sorte que, lorsque nous croyions n'être pas fort éloignés de la

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terre du Nord, nous étions au Sud, à la pointe de l’île du Bik, entre trois îlets de roche. La mer était si grosse et ses coups si fréquents, que tout l'équipage était obligé de demeurer dans la chambre. Enfin, un coup de mer plus rude que les autres ayant tout renversé à fond de cale, et deux matelots ayant été commandés pour y aller, s’aperçurent que nous élions à la côte et se mirent à crier : « ferrel terrel nous sommes perdus; que chacun sorte de la chambre. » Aussitôt on jeta l'ancre, et nous nous trouvàmes heureusement mouillés à quinze brasses d’eau; il ne fallait plus que l’espace d’un muserere pour êlre perdus sans ressources. Le coup de mer fut assurément un avertissement de Dieu, que chacun attribua aux mérites de sainte Anne, dont nous avions exposé la Relique et dit les litanies.

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