À LA RIVIÈRE DU LOUP
Extrait d’une lettre du P. Morain écrite le 20 juin 1677.
Cette mission est composée de deux nations, savoir : les Gaspésiens et les Etchemins, l’une desquelles n’a pas encore été évangélisée ‘, aussi est-elle bien éloignée du Christianisme et extrêmement adonnée à l’ivrognerie, à la jonglerie et à la pluralité des femmes ; l’autre , qui est celle des Gaspésiens , a été instruite , il est vrai, mais il y a si longtemps qu'elle n’a vu de missionnaire, qu'elle a presque oublié
4, Les Etchemins n'avaient pas eu encore de Mission ouverte dans leur pays, mais un grand nombre de ces Sauvages avaient reçu la lumière de la Foi, ou chez les Abénaquis, ou dans la Mission de Tadoussac, chez les Algonquins inférieurs.
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l'instruction chrétienne, et qu’il y en a peu, parmi ces Sauvages, qui sachent les prières. Je vais parler de chacune de ces nations en particulier.
Les Etchemins composent une nation d'environ quatre à cinq cents âmes, à ce que j'en puis juger. Elle habite un pays situé au Sud du fleuve Saint- Laurent, et qui est arrosé par trois rivières, le Pentagouët !, la Pertemagouate* et la rivière Saint-Jean.
Cette dernière, comme elle est la plus considérable
et une des plus belles du Canada après le fleuve Saint- Laurent, est aussi plus peuplée que les autres. Quoique ces nations n'aient qu'une même langue , cette langue a cependant quelque chose de différent, à mesure que ceux qui la parlent s’éloignent d'ici; et les habitants du Pentagouët, étant plus près des Abénaquis, ont aussi plus de rapport dans leur langage avec eux. Ces peuples sont errants et vagabonds plus qu'aucun autre de ce pays; ils ont communication également avec nous et avec les Anglais de la Nouvelle-Angleterre. Pour ceux de Pentagouët, ils sont alliés avec les Abénaquis dans la guerre que ceux-ci font aux Anglais.
1. Pentagouët, aujourd'hui Penobscot , dans les États-Unis, État du Maine.
2. Pertemagouate (sic). Cette rivière , qu’on ne trouve ainsi désignée sur aucune carte géographique, est probablement celle que le P. de Charlevoix appelle-rivière des Etchemins, ou Peskadamioukkanti, et qui se jette dans le Saint-Laurent, presque visà-vis de Québec.
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MISSION LES ETUCHEMINS. 161
Comme la rivière du Loup , sur les bords de laquelle est établie la Mission du Bon-Pasteur, appartient à leur pays, ils sont en plus grand nombre en celte Mission, qu’on peut appeler naissante, au moins à leur égard. Ils m'ont paru d'abord faire un grand méprisde la Prière, à laquelle beaucoup ne se mettaient guère en peine d’assister, quoiqu’ils fussent à la porte de la chapelle. Mais dans la suite, à force de les exhorter, soit en public, par le rapport que ceux qui venant à l'instruction leur faisaient part de ce que j'avais dit, soit en particulier, en les visitant chacun dans leur cabane, tous se sont déterminés à y venir assez assidûment, à la réserve d’un fort petit nombre. J'ai même remarqué, sur la fin, que beaucoup commençaient à s’y accoutumer, et à ne trouver pas cela si étrange. Quelques-uns ont quitté plusieurs de leurs femmes et n’en ont gardé qu’une, et d’autres m’ont déjà parlé de la résolution où ils étaient d’embrasser le Christianisme. L'image d'un damné, que j'ai exposée dans la chapelle, n’a pas laissé de leur donner quelques bonnes pensées, comme me l'ont témoigné plusieurs d’entre eux, dont je ne l’attendais pas. Il me semble aussi que, pour le peu de temps qu’on les a instruits, ils sont déjà beaucoup moins enclins à l'ivrognerie. Vous diriez de quelques-uns qu’ils commencent à concevoir que c'est mal fait de s’enivrer,
1, La rivière du Loup se jette dans le Saint-Laurent, vis-à-vis de l'ile du Lièvre.
et à ne le pouvoir pas faire si librement. Lorsque je les vais visiter, je leur fais ordinairement dire les prières, afin qu’ils les apprennent plus aisément; mais ils n’attendent pas que je leur en fasse la proposition, ils me préviennent et me disent d'abord que j'entre : « Fais-nous prier. » Qu bien, s’il m'arrive de m’en aller sans leur en avoir parlé, ils m’en avertissent et m’arrêtent, jusqu’à ce que j'aie satisfait à leurs désirs. Aussi sont-ils persuadés par leur propre expérience, .et ils l’ont témoigné plus d’une fois, que ce n’est pas une chose inutile que d’invoquer Dieu. J'ai entendu dire à quelques-uns, que quand ils manquaient de chasse et qu’ils se trouvaient dans la nécessité, ils avaient recouru à Dieu, et qu’il leur était souvent arrivé d’être incontinent exaucés. C'est pourquoi ils me demandent quelquefois, quand ils partent, de prier Dieu pour eux et pour leurs gens, quand ils sont en peine. Cutre autres, une des femmes que j'ai baptisées, ayant oui-dire qu’on avait vu un canot brisé et emporté par le courant dans la grande rivière, et appréhendant que son mari n’eût été un de ceux qui avaient péri dans cette rencontre, elle vint me trouver et me demander : « As-tu prié Dieu pour lui lorsqu'il s’est embarqué? » Je lui répondis que oui, et elle fut tout incontinent censolée, et n’en eut plus d'inquiétude , mettant toute son assurance dans la prière que j'avais adressée à Dieu pour son mari. La même néophyte vint une autre
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