‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 32 sur 88 · MISSION DES ETCHEMINS · texte numérisé non relu

MISSION DES ETCHEMINS

mins. Aussi, quoiqu'ils soient voisins, ils ne s'aiment pas beaucoup , et n’ont pas grande communication les uns avec les autres. Les Gaspésiens sont j:i comme dans un pays étranger, c'est pourquoi toute là nation ne s’y assemble pas; on n'y voit qu’une bande de près de deux cents Sauvages qui, à ce qu'on m'a dit, sont sous la conduite d'un chef qui a pris affection pour ce pays-ci. Par ce que j'en ai vu, ils me paraissent bien plus humains et bien plus modérés que les Etchemins et ne sont pas aussi portés au vice. Je n’en dirai pas grand chose maintenant, soit parce que je n’en ai pas encore vu beaucoup, et encore je ne les ai vus que sept ou huit jours. Du reste, ils ont oublié l’instruction chrétienne qu’ils avaient reçue, parce que depuis plusieurs années ils n’ont pu être cultivés que l’espace de deux mois. Ce fut alors, il y a environ deux ans, que le P. Richard, qui les avaitinstruits autrefois, alla les visiter. Ces Sauvages ont néanmoins quelque chose de la douceur et de la bonté de leur ancien Christianisme, et quoiqu’ils retiennent encore beaucoup de choses de leurs superstitions et de leurs jongleries , je crois qu’on pourrait aisément leur ôter cela si on les pouvait fixer quelque temps. Mais ce sont des chasseurs perpétuels, qui n'arrêtent point et qui n'ont pas la patience d’être huit jours dans un lieu sans retourner à leurs chasses.

Ce que j'ai pu faire pendant le peu de temps que

je les ai vus, le printemps dernier, a été de leur remettre en mémoire les principaux mystères de notre foi et de les exhorter à prier Dieu, à se souvenir souvent de lui, et enfin à se confesser. Après les avoir instruits sur cela, plusieurs se sont confessés en effet avec beaucoup de sincérité et de dévotion. Deux femmes et un homme ne furent pas plus tôt arrivés, qu’ils me vinrent demander à se confesser, J'ai trouvé une personne âgée de près de 30 ans, d'une pureté et d’une candeur admirables; je ne remarquai pas dans toute sa vie que je jugeasse être péché mortel. Quelques-uns se sont encore confessés avant leur départ, et j'ai aussi remarqué dans plusieurs un grand désir de communier; mais je suis bien aise de les instruire à fond sur ce mystère et de

leur faire concevoir sa grandeur. J'ai commencé par baptiser huit petits enfants de cette nation ; plusieurs adultes m’ont demandé le baptême, mais leur départ trop prompt ne m’a pas permis de les instruire. J’cspère de les voir l'automne en plus grand nombre.

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