‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 54 sur 88 · Pekitanouï, actuellement le Missouri · texte numérisé non relu

Pekitanouï, actuellement le Missouri

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que celles de France, et un petit fruit que nous primes d'abord pour des olives, mais il avait le goût d'orange, etun autre fruit gros comme un œuf de poule; nous le fendimes en deux, et parurent deux séparations, dans chacune desquelles il y a huit ou dix fruits enchâssés; ils ont la figure d'amande et sont fort bons quand ils sont mûrs. L'arbre néanmoins qui les porte a trèsmauvaise odeur, et sa feuille ressemble à celle du noyer; il se trouve aussi dans les prairies un fruit semblable à des noisettes, mais plus tendre. Les feuilles sont fort grandes, et viennent d’une tige au bout de laquelle est une tête semblable à celle d’un tournesol, dans laquelle toutes ses noisettes sont proprement arrangées ; elles sont fort bonnes et cuites et crues.

Comme nous côtoyions des rochers affreux pour leur hauteur et pour leur longueur, nous vimes sur un de ces rochers deux monstres en peinture, qui nous firent peur d’abord, et sur lesquels les Sauvages les plus hardis n'osent pas arrêter longlemps les yeux. Ils sontgros comme un veau; ils ont des cornes.en tèle comme des chevreuils, un regard affreux, des yeux rouges, une barbe comme d’un tigre; la face a quelque chose de l'homme, le corps couvert d’écailles, et la queue si longue qu’elle fait tout le tour du corps, passant par-dessus la tête et retournant entre les jambes. Elle se termine en queue de poisson, Le vert, le rouge et le noirâtre sont les trois couleurs qui le composent. Au reste, ces deux mons-

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tres sont si bien peints que nous ne pouvons pas croire qu'aucun Sauvage en soit l’auteur, puisque les bons peintres en France auraient peine à si bien faire, vu que d’ailleurs ils sont si haut sur le rocher, qu'il est difficile d’y atteindre commodément pour les peindre. Voilà à peu près la figure de ces monstres comme nous l’avons contretirée.

Comme nous nous entretenions sur ces monstres, voguant paisiblement dans une belle eau claire et dormante, nous entendimes le bruit d’un rapide dans lequel nous allions tomber. Je n’ai rien vu de plus affreux; un embarras de gros arbres entiers, de branches, d'’ilets flottants, sortait de l'embouchure de la rivière Pekitanouï avec tant d’impétuosité, qu'on ne pouvait s’exposer à passer au travers sans grand danger. L’agitation était telle que l’eau en était toute boueust, et ne pouvait s’épurer.

Pekitanouï est une rivière considérable, qui venant d’assez loin du côté du nord-ouest, se décharge dans le Mississipi ; plusieurs bourgades de Sauvages sont placées le long de cette rivière, et j'espère par par son moyen faire la découverte de la mer Vermeille ou de Californie.

Nous jugeons bien par le rumb de vent que tient le Mississipi, s’il continue dans la même route, qu'il a sa décharge dans le golfe du Mexique; il serait bien avantageux -de trouver celle qui conduit à la mer du Sud, vers la Californie, et c’est, comme j'ai dit, ce que

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j'espère de rencontrer par Pekitanouï, suivant le rapport que m’en ont fait les Sauvages, desquels j'ai appris qu’en refoulant celte rivière pendant cinq ou six journées, on trouve une belle prairie de vingt ou trente lieues de long. Il faut la traverser allant au nordouest ; elle se termine à une autre petite rivière, sur laquelle on peut s'embarquer, n’étant pas bien difficile de transporter les canots par un si beau pays tel qu'est cette prairie. Cette seconde rivière a son cours vers le sud-ouest pendant dix ou quinze lieues, après quoi elle entre dans un petit lac qui est la source d’une autre rivière profonde, laquelle va au couchant, où elle se jelte dans la mer. Je ne doute presque point que ce ne soit la mer Vermeille, et je ne désespère pas d’en faire un jour la découverte, si Dieu m'en fait la grâce et me donne la santé, afin de pouvoir publier l'Évangile à tous les peuples de ce nouveau monde, qui ont croupi si longtemps dans les ténèbres de l’infidélité.

Reprenons notre route, après nous être échappés comme nous avons pu de ce dangereux rapide, causé par l'embarras dont j'ai parlé.

SECTION VI

Du nouveau pays que le Père découvre; diverses particularités ; rencontre de quelques Sauvages; premières nouvelles de la mer et des Européens; grand danger évité par le moyen du calumet.

Après avoir fait environ vingt lieues droit au sud, et un peu moins aû sud-est, nous nous frouvons à

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une rivière nommée Ouaboukigou!, dont l’embouchure est par les trente-six degrés d’élévation. Avant que d'yarriver, nous passons par un lieu redoutable aux Sauvages, parce qu'ils estiment qu’il y a un manitou, c'est-à-dire un démon qui dévore les passants, et c’est de quoi nous menaçaient les Sauvages, qui nous voulaient détourner de notre entreprise. Voici ce démon, c'est une petite anse de rochers haute de vingt pieds, où se dégorge tout le courant de la rivière, lequel étant repoussé contre celui qui le suit et arrêté par une île, qui est proche, est contraint de passer par un petit canal, ce qui ne se fait pas sans un furieux combat de toutes ces eaux, qui rebroussent les unes sur les autres, et sans un grand tintamarre qui donne de la terreur à des Sauvages, qui craignent tout,

Mais cela ne nous empêche point de passer et d’arriver à Ouaboukigou. Cette rivière vient des terres du Levant, où sont les peuples qu’on appelle Chaoüanons, en si grand nombre, qu'en un quartier on compte jusqu'à vingt-trois villages et quinze en un autre, assez proche les uns des autres. Ils ne sont nullement guerriers, et ce sont ces peuples que les Iroquois vontchercher si loin pour leur faire la guerre sans aucun sujet; et parce que ces pauvres gens ne savent pas se défendre, ils se laissent prendre et emmener commè des troupeaux, et tout innocents qu'ils

À. Ouaboukigou, l'Ohio, ou belle-rivière,

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sont, ils ne laissent pas de ressentir quelquefois la barbarie des Iroquois, qui les brûlent cruellement.

Un peu au-dessus de cette rivière dont je viens de parler sont des falaises, où nos Français ont aperçu une mine de fer, qu’ils jugent très-abondante; il y en a-plusieurs veines, et un lit d'un pied de hauteur ; on en voit de gros morceaux liés avec des cailloux. Il s’y trouve d’une terre grasse de trois sortes de couleur, de pourpre, de violet et de rouge. L'eau dans laquelle on la lave prend la couleur de sang. IL y a aussi d’un sable rouge fort pesant. J'en mis sur un aviron qui en prit la couleur si fortement, que l’eau ne la put effacer pendant quinze jours, que je m'en servais pour nager.

C'est ici que rous commençons à voir des cannes ou gros roseaux qui sont sur le bord de la rivière. Elles ont un vert fort agréable; tous les nœuds sont couronnés de feuilles longues, étroites et pointues. Elles sont fort hautes, et en si grande quantité que les bœufs sauvages ont peine de les forcer.

Jusqu’à présent nous n’avions point été incommodés des maringoins, mais nous entrons comme dans leur pays. Voici ce que font les Sauvages de ces quartiers pour s’en défendre; ils élèvent un échafaud, dont le plancher n’est fait que de perches, et par conséquent est percé à jour, afin que la fumée du feu qu'ils font dessous passe au travers, et chasse ces petits animaux qui ne la peuvent supporter; cn

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se couche sur ces perches, au-dessus desquelles sont des écorces étendues contre la pluie, Cet échafaud leur sert encore contre les chaleurs excessives et insupporlables de ce pays ; car on s’y met à l'ombre à l'étage d’en bas, et on s’y garantit des rayons du soleil, prenant le frais du vent qui passe librement au travers de cet échafaud. À

Dans le même dessein, nous fûmes contraints de faire sur l’eau une espèce de cabane avec nos voiles, pour nous mettre à couvert et des maringouins et des rayons du soleil. Comme nous nous laissions aller en cet état au gré de l’eau, nous aperçümes à terre des Sauvages armés de fusils avec lesquels ils nous attendaient. Je leur présentai d'abord mon calumet empanaché, pendant que nos Françaisse mettent en défense, et attendaient à tirer que les Sauvages eussent fait la première décharge; je leur parlai en huron, mais ils me répondirent par un mot qui me semblait nous déclarer la guerre. Ils avaient néanmoins autant de peur que nous, et ce que nous prenions pour signal de guerre, était une invitation qu’ils nous faisaient de nous approcher, pour nous donner à manger.

Nous débarquons donc et nous entrons dans leurs cabanes, où ils nous présentent du bœuf sauvage et de l'huile d'ours, avec des prunes blanches qui sont très-excellentes. Îls ont des fusils, des haches, des houes, des couteaux, de la rassade,

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