‹ Relations intellectuelles avec les Centraux? "Écrasons l'Infâme."Chapitre 122 sur 196 · VI. 1920. J. Massart · texte numérisé non relu

VI. 1920. J. Massart

Si le régime d'aujourd'hui se perpétue, la carrière de l'enseignement sera désertée [en Belgique]. 8. III. 1921. P. E. Janson.

domaines ; c) l'Université catholique de Louvain est encore, dans l'ensemble, très supérieure à l'Université maçonnique de Bruxelles.

Si l'enseignement de toutes nos Universités est si misérable, surtout depuis l'armistice, cela tient, en grande partie, à la manière dont se recrute le corps professoral : nous y reviendrons un peu plus loin.

Nos universités sont donc dans un état lamentable. Mais que dire de l'enseignement secondaire ! Là, c'est la débâcle ! La pénurie des professeurs est telle que l'on doit confier de nombreuses chaires à de nondiplômés; des retraités depuis plus de dix ans sont sollicités de reprendre leurs cours ! Voilà le gâchis où a conduit le geste barbare de la fermeture des Universités pendant la guerre ! Belges, la haine vous a aveuglés ! Nous avions prévu le résultat, nous l'avons écrit, et le chauvinisme imbécile nous en a voulu ! Pourquoi n'a-t-on pas fait comme à Lille, ville située aussi en territoire occupé ? Son Université de l'Etat eut, en 1915, 70 élèves; en 1916, 260; en 1917, 350. Nos autorités, généralement têtues et de mauvaise foi, reconnaîtront-elles leur erreur ?

(1) Antérieurement, le 8 novembre 1919, le grand et sympathique botaniste avait fait, à l'Académie royale de Belgique, une première communication « sur quelques-unes des dernières nominations scientifiques en Belgique ». Il ne parla que de quelques cas, omettant les plus scandaleux. L'intention de M. Massart était excellente et très louable; hélas ! elle ne servira à rien : elle n'empêchera pas la Classe des Sciences de ladite Académie de provoquer le gouvernement « union-sacriste » (!) à faire des nominations iniques et qui devraient faire sauter les pavés ! — C'est surtout depuis la guerre qu'elles se font en dépit du bon sens et de toute justice, non seulement dans les Universités de l'Etat, mais aussi dans les universités « libres ». Inspirées par un fanatisme chauvin et par les considérations les plus mesquines, elles crient vengeance au Ciel ! Alors que les compétences ne sont pas introuvables, on bombarde professeurs de doctorat des candidats qui n'ont pas écrit une panse d'à et qui doivent, de par leurs fonctions, juger les thèses originales de leurs élèves ! Les cancres sont choyés parce qu'ils ne sont pas gênants ! Quelle honte ! Comment voudrait-on que l'étranger nous respectât dans ces conditions ?

Veut-on un exemple illustrant la manière dont se préparent ces nominations iniques ? Invités par un ministre des Sciences et des Arts à donner leur avis sur la valeur scientifique d'un candidat à une chaire universitaire scientifique (mathématique), un Corps savant (!?), composé en grande partie de pantins élus par camaraderie, et les Facultés des sciences de deux universités ont, par leurs majorités maçonniques, répondu à peu près en ces termes : « Nous refusons de discuter la valeur scientifique du candidat et... [nous plaçant sur le terrain exclusivement politique] nous donnons un avis défavorable ». Le motif est d'abord qu'il y a en général,, chez les professeurs d'université, une tendance à choisir leur inférieur et qu'ils craignent ceux qui possèdent plus de diplômes qu'eux ! ! ! ; c'est ensuite que le candidat en question est catholique « papiste et presque ultramontain », que sa résistance contre le vrai ennemi n'a jamais faibli et qu'il n'a par conséquent jamais consenti à enseigner, sous n'importe quelles conditions, dans certaine Université grossièrement matérialiste; c'est enfin qu'il estime que les principes du Christianisme doivent être appliqués non seulement entre compatriotes, mais aussi entre étrangers, et que les hommes de science se déshonorent lorsqu'ils donnent dans le caporalisme.

Que fit le ministre ? Esclave politique de son intérêt personnel, il choisit

Les Etats sont bien malades lorsque la récompense du mérite est devenue le prix de l'intrigue (1). Antisthène ( — 424/ — 352).

" Adoptant la théorie du « chiffon de papier » et revenant sur sa décision unanime de publier notre Mémoire sur le calcul des variations, qu'elle couronna en 1912, la Classe des Sciences de l'Académie royale de Belgique

l'injustice (la possession du pouvoir peut corrompre la raison ou obscurcir l'honnêteté !) et il suivit bien docilement les hurleurs, les cancres qui osent prétendre placer la Science plus haut que la Religion, alors que, surmilitaristes, ils mettent, en réalité, au-dessus de tout, l'esprit de chicane internationale (qui n'est ni scientifique ni religieux).

Une Académie et un ministre qui se comportent ainsi sont disqualifiés.

Voici un jugement porté sur le candidat par un illustre mathématicien belge, qui est aussi l'homme le plus méticuleux, le plus intègre et le plus consciencieux du monde :

Louvain, le 7 janvier 1920.

« Cher Monsieur,

» Vous m'avez demandé mon opinion sur vos travaux mathématiques. Je vous la donnerai très volontiers.

» Je pense que l'ensemble de vos publications sur le calcul des variations constituent la documentation la plus considérable qui ait été réunie jusqu'ici sur cette question. Cette œuvre témoigne d'un labeur extrêmement méritoire et fait honneur au sens critique de son auteur.

» Je pense ensuite que vos recherches sur la théorie des déterminants sont la preuve d'aptitudes mathématiques très exceptionnelles et d'une véritable originalité.

» Je pense enfin que, parmi tous les mathématiciens belges qui ne sont pas encore attachés à l'enseignement supérieur, aucun ne peut faire valoir de titres scientifiques comparables aux vôtres.

» Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués ». (Signé) G. de la Vallée Poussin.

De janvier 1920, datent encore des lettres très analogues, adressées au même candidat par d'autres savants mathématiciens belges et par des membres de l'Institut de France. Il y a aussi des physico-chimistes de grand renom qui ont conclu à peu près comme la lettre ci-dessus, mais pour la chimie physique.

Or, depuis cette époque (janvier 1920), les Universités belges ont fait, dans le domaine des sciences mathématiques et chimiques, beaucoup de nominations qui, bien des personnalités compétentes l'ont dit, sont des monstruosités d'injustice ! Pendant la période d'abrutissement chauvin d'après-guerre, c'est bien de recommandations scientifiques qu'il peut être question dans l'esprit des autorités belges ! Mais les plus infamantes campagnes de calomnies faites dans l'ombre, ont de l'effet !

Le résultat, c'est que des savants doivent aller demander justice à l'étranger et qu'ainsi la Belgique s'anémie intellectuellement ;

On ne sert nulle part mieux l'Humanité que dans son pays.

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