‹ Relations intellectuelles avec les Centraux? "Écrasons l'Infâme."Chapitre 124 sur 196 · I. 1920. G. Rency · texte numérisé non relu

I. 1920. G. Rency

Hélas ! c'est tout à fait inexact ! L'effet du cataclysme de 1914-18 est désastreux. Les Belges, en bloc (il y a de très heureuses exceptions, naturellement), sont encore bien plus cupides qu'avant la guerre et la soif des plaisirs bêtes et immondes est plus intense que jamais. La vérité, c'est que la Belgique (surtout la population d'expression française) s'est complètement paganisée sous l'influence prolongée du militarisme (1).

Ce n'est pas en dansant nuit et jour qu'on écoute la voix des morts ! Et que faut-il penser de ces danses ? Dans nos grands centres urbains, en Belgique, surtout à Bruxelles (seconde Ville-Lumière), les danses ne valent guère mieux que celles des Néo-Calédoniennes (2). La hardiesse de la mimique et des gestes dans le tango heurtent les plus élémentaires convenances et choquent vivement la pudeur. A Buenos-Ayres, d'où il est originaire, le tango est demeuré le divertissement de la populace des mauvais lieux ; en Belgique pas : le tango et d'autres danses encore plus lascives s'exécutent partout dans la « bonne société ». Nous pourrions citer, comme exemple, le Bal de la Monnaie... Mais il y a mieux. Même à la Cour de Belgique — il est avec la Cour des accommodements (3) ! — ce sont les danses nouvelles et sauvages que l'on exécute de préférence. Il en fut ainsi, nous dit-on, au Bal de janvier 1921 (4). Pour faire passer la

(1) Si la Belgique n'était pas entrée en guerre, tous les belliqueux patriotards, en présence d'un relâchement de mœurs beaucoup moins évident que celui dont nous sommes aujourd'hui les spectateurs attristés, l'eussent, sans aucun doute, attribué à l'état de paix ! La guerre purifie !?

(2) Chez tous les peuples, même les plus vraiment civilisés, la danse d'amour, où les femmes se mêlent, est faite pour charmer et exciter les sens ; elle devient donc aisément indécente. Aussi les théologiens catholiques s'accordent-ils à considérer toute danse dans laquelle les deux sexes sont en action, comme une pratique incompatible avec la pudeur et les sérénités de la chasteté. Mais c'est bien des théologiens qu'on s'inquiète, maintenant que l'irréligion s'allie au snobisme ! Certaines danses sont un spectacle des plus provoquants, notamment celles des Néo- Calédoniennes, qui consistent uniquement en quelques mouvements obscènes.

(3) Voir notre recueil de Pensées, Bruxelles, 1919, à l'article Cour et Courtisans, p. 148/9.

(4) Y assistaient les ambassadeurs, y compris le ministre d'Allemagne à Bruxelles ! La guerre a fait plus de quinze millions de victimes...

...Et cela pour des altesses

Qui, vous à peine enterrés,

Se feront des politesses,

Pendant que vous pourrirez.

1865. V. Hugo (1802/85).

Oui, on se complait aux vaniteuses, stériles et frivoles « politesses » entre ambassadeurs ! Mais on interdit, d'une manière draconienne, aux hommes de science honnêtes, qui, en extase devant la magnificence de l'Univers, se sentent tous compatriotes, on leur interdit de communier dans le domaine sacré de la pure Pensée !

pillule, des journaux soutiennent qu'on « dansa avec la mesure et la distinction qui s'imposent à une aussi bonne maison ». Donc, les danses modernes, dont nous avons dit ce qu'elles valent, reçoivent en Belgique une consécration officielle ! Un de nos amis nous signale que « c'est encore une nouvelle et formidable leçon d'indécence que viennent de recevoir les Belges, qui en avaient besoin pour parfaire leur éducation » ! Après cela il n'est pas trop étonnant que la « bonne société » (!?) exécute, le vendredi saint, au Kursaal d'Ostende, lieu réputé « comme il faut », les danses dont nous avons parlé. Morale païenne !

A Bruxelles, en 1921, on rétablit le Carnaval (1), ces honteuses saturnales, folies d'un caractère répugnant, crapuleux et immoral, fêtes du

(1) Est-ce donc étonnant de la part d'une administration communale dont un chauvinisme malsain et faisandé a obnubilé l'entendement jusqu'au point de lui faire voter à l'unanimité la réédification de la statue F errer ?! Catholiques et même socialistes se sont toujours montrés hostiles aux saturnales. Cette fois-ci, les socialistes, il faut leur rendre justice, ont protesté énergiquement contre l'incroyable mesure. Le libéralisme belge est un parti de bourgeois voltairiens, qui n'ont aucune notion de la morale et qui, la plupart, vivent comme des porcs (ce qui, hélas ! n'empêche pas certains catholiques — égarés par les passions chauvines — de s'acoquiner avec ces individus-là). Récemment, un journal « libéral » belge, la Gazette, établissait un parallèle entre la polygamie des Congolais et le mariage chrétien, parallèle qui avait le cynisme de faire la part belle aux mœurs des sauvages ! Les libéraux qui, dans une ville pourrie comme Bruxelles, ne peuvent manquer d'être nombreux, sont partisans de la liberté jusqu'à la licence la plus effrénée et... ils vont jusqu'à ériger la débauche en une institution ! Bourgmestre de Bruxelles, M. M a x qui héberge dans sa cervelle des réserves inépuisables de patriotardisme électoral et carnavalesque, s'est couvert d'opprobre ainsi que les maïeurs libéraux de toute l'agglomération, qui ont pris la mesure du rétablissement des saturnales : ils ont avili la malheureuse Belgique. Qu'ils soient, pour leur gaffe offensante, marqués du sceau de l'ignominie ! Mais le diable prétendra toujours se justifier : « J'ai pensé, dit M. Max (31. I. 1921), que nous pouvions rétablir le Carnaval pour sauvegarder les intérêts du commerce » (sic !!!). Beauté de la morale « neutre » et « civique » d'un libéral, chef de la Police ! Profondeur de pensée d'un « librepenseur » ! Est-il fort intéressant le commerce que font « marcher » les noceurs du Carnaval ? Est-ce parce qu'on dépensera 500.000 frs de vins de France que les chômeurs belges auront du travail ? D'un côté, on dit • « Belges, amusez-vous, vautrez-vous dans la fange si vous le voulez, mais dépensez sans compter pour faire marcher le commerce » ; d'un autre côté, on dit : « en vue de restaurer nos ruines et de nous relever économiquement, produisez beaucoup, consommez peu, épargnez, ne dépensez pas » î Logique belge ! Mais « pourquoi se fait-on des consciences erronées, sinon parce qu'on a, en ce bas monde, des intérêts à sauver » ? M. M a x et ses acolytes auront songé aux élections communales ! Est-ce honorable ? Ces maïeurs, bien que portant la responsabilité morale de l'inconduite de milliers de gens et de toutes les misères qu'elle engendre, sont en liberté et l'on est fier de les saluer ! (Même, M. Max, qui est le plus grand coupable, se croit encore digne d'accepter le Grand Cordon de l'ordre du British Empire !!!). Mais les idéalistes qui, en 1917-18, ont prêché la paix comme S. S. Benoît XV, ceux-là sont en prison pour toute leur vie ! Morale neutre et civique !

Au moment de la correction des épreuves, un ordre du jour nous parvient, dont nous croyons intéressant de reproduire cet extrait :

Bravo, Messieurs les conseillers communaux ! Votre expérience d'auto-

diable, comme le dit très bien O x e n s t i e r n. Et la Direction de la Monnaie (à Bruxelles), en a profité pour donner trois bals masqués, à l'usage des gens « comme il faut » (!?), qui semblent croire (c'est bien franc-maçon), qu'on peut faire le mal quand on n'est pas reconnu. Il fallait bien cela encore ! Les scènes de folie indécentes et les ignobles orgies des Bals de la Monnaie recommencent donc, mais plus dégoûtantes que jamais, et les anciens et nouveaux riches y fraternisent, alors que des milliers de familles portent encore le deuil de leurs fils victimes du militarisme, que des milliers de mères, de veuves et d'orphelins pleurent encore, et que la masse de la population craint d'avoir faim à cause de la crise du chômage ! Morale païenne !

Avant la guerre, la Belgique répugnait à certaines passions spéciales. Actuellement, le cocaïnisme et le morphinisme sévissent ignoblement à Bruxelles, et font énormément de victimes (1). Le monde des théâtreuxy des fêtards, des habitués des restaurants de nuit et de tous ceux qui puent la « libre-pensée » ou la franc-maçonnerie, est, naturellement, le plus atteint ; mais, hélas ! les milieux réputés bons et qui font profession d'idéalisme philosophique ou religieux, commencent aussi à se gangrener et la classe ouvrière n'est pas indemne, tant s'en faut ! Morale païenne !

En Belgique, il y a, actuellement, comme en France, un syphilitique sur 7 habitants, malgré Pasteur, Bordet et Bayet! Pendant les années de guerre, le nombre des Belges enlevés par cette maladie honteuse et répugnante fut encore plus considérable que celui des soldats tombés dans les tranchées ; la guerre finie, la syphilis accélère encore ses ravages (2). Morale païenne !

riser des journées officielles de folie, d'orgie et de libre-débauche a pleinement réussi. Grâce à vous les saturnales carnavalesques ont pu se dérouler avec tout le déploiement nécessaire de grossièreté et de licence. Nous avons enfin pu entendre à nouveau sur nos boulevards hurler des chants obscènes et, mêlés à la foule, nous livrer sans retenue sous le couvert du masque aux plus réjouissantes malpropretés. Les débauchés, ivrognes, zeeps et voyous se sont bien amusés. Quelques centaines de jeunes gens et de jeunes filles de plus sont initiés au vice, et nous allons avoir sous peu un estimable renfort pour les hôpitaux et les prisons... Bientôt les faiseuses d'anges verront croître la prospérité de leur industrie... Au nom des vieux parents, des veuves et de nos 40.000 martyrs, merci, Messieurs, cordialement merci. Confédération des Combattants catholiques.

(1) Les fournisseurs des produits diaboliques sont... des militaires, rustres soldats ou officiers snobs, corsetés et monoclés. Nous l'avons dit cent fois et nous le répéterons encore souvent (car les préjugés ont la vie dure en Belgique) : le militarisme n'entend absolument rien ni à la morale ni à la simple honnêteté.

(2) La cause principale de l'extension effrayante de la syphilis en Belgique réside dans l'enseignement païen que donnent, à une nombreuse et bouillante jeunesse, certaines universités anti-religieuses et franc-maçonnes. Une éducation athée, qui (avec Le Dante c) nie la morale ou préconise la morale « indépendante » (!), doit forcément corrompre les mœurs. Malheur au pays qui subit, dans la capitale, le fléau d'un tel enseignement ! Malheur surtout si la jeunesse catholique est amenée, par la faute des dirigeants et sous l'influence dépravatrice du militarisme, à se contaminer par la fraternisation (notamment dans une Union nationale des étudiants !) avec de jeunes gredins sans foi ni loi et qui n'acceptent

Aucun autre peuple réputé chrétien ne s'est jamais livré si ouvertement, si ostensiblement au vice, que la Belgique !

« Comment ! Vous désapprouvez les danses lascives, vous n'êtes ni alcoolique, ni cocaïnomane, ni morphinomane ; vous n'êtes pas pourri de syphilis et de débauche ? Alors vous êtes un antipathique collet-monté, un arriéré ; vous devez avoir subi l'influence néfaste de la lèpre monacale ! Voyons, il faut suivre le courant du progrès, il faut être de son temps ! » Voilà ce que nous avons entendu soutenir très sérieusement par un monsieur qui occupe, en Belgique, une haute situation officielle !

Oui, nous le répétons, la Belgique, en exceptant une partie des Flandres, plus chrétienne et plus honnête (1), s'est honteusement paganisée. La Hollande l'a bien dit (2) ! Les Beiges ont bu£ le vin mauvais de la Victoire !

O glorieuse Belgique, tu es bien malade ; la nuit descend sur toi. Nous assistons à un vrai suicide (3) ! L.

d'autre dieu que la licence la plus désinvolte ! L'Episcopat doit bien s'être aperçu du danger qui provient de la capitale. Deux années ont suffi à corrompre une grande partie de la population catholique. — « Union sacrée », éteignoir de tout idéal, accointance de catholiques avec la Loge,, avec le diable !

Les grands malfaiteurs de notre société contemporaine, ce sont les libres-penseurs athées. IV. 1912. Card. Mercier (1851 /...).

Pour empêcher l'extension de l'horrible fléau moral et physique, certaines hautes autorités belges ne trouvent d'autre moyen préventif que d'engager les jeunes gens à s'adonner aux sports, surtout au foot-ball ! Quel idéal élevé ! Étudiants, vous répugnez à l'étude, qui devrait, par définition, constituer votre passion et votre joie ? Eh bien ! alors nous disons : promenez-vous seuls et méditez ; c'est noble, c'est digne d'un homme et d'un chrétien i Mais, depuis la guerre qui a déchaîné sur l'Occident un ouragan de paganisme, seriez-vous devenus incapables de toute fonction intellectuelle ?

Les milieux médicaux, qui ont, en général, subi la déformation professionnelle, ne voient d'autre remède, pour combattre l'épouvantable et honteuse maladie infectieuse, que la médecine ! Eh bien ! ils se trompent ! Car la science ne suffit pas ; ce qu'il faut c'est la religion et la morale chrétiennes. Pour M. B a y e t, « les moyens d'ordre moral portent mal, autant en emporte le vent ». Il combat donc la police des mœurs (!) ; il souhaite l'augmentation du nombre des prostituées officielles ! Or la capitale belge compte déjà 23.000 (vingt-trois mille) femmes exerçant le plus infâme métier ! « La syphilis, dit M. B a y e t, n'est pas une maladie honteuse ! » Non, c'est, sans doute, une maladie honorable ! Assurément, ce ne sont pas les idées païennes du professeur de l'Université maçonnique de Bruxelles qui empêcheront la Belgique de pourrir complètement ! On a beaucoup critiqué (et non sans quelque raison) la Kultur; elle a provoqué, Dieu sait, quelles moqueries. Que penser de la syphilisation ? Mais peut-être cherchera-t-on à expliquer la syphilisation du pays par l'intimité forcée, pendant 4 ans, des Belges avec les Prussiens ? Est-il donc à l'éloge des premiers s'ils ont trop profité des enseignements des seconds ?

(1) La Wallonie a perdu contact avec le guide surnaturel et la force divine qui indiquent la route à suivre... R. P. Lemaire, S. J.

(2) La Hollande n'est cependant pas tout à fait indemne non plus ! (8) On oublie trop, lorsqu'on parle de la grandeur et de la décadence

des peuples, que les causes de ces grands événements sont purement morales. Prévost-Paradol (1829 /70).

Les nations tombent en décadence lorsqu'elles perdent leur moralité.

J.Ziegler (1837/1905).

Pauvre cœur humain, combien tu souffres aujourd'hui ! Après les soirées et les nuits d'orgie, quel dégoût profond s'empare de tout ton être ! C'est comme un commencement d'enfer...

IT. 1921. S. G. Mgr Crooy, évêque de Tournay.

La Belgique marche à grands pas sur la trace de tous les pays qui abandonnent la religion, vers la stérilité consciente et sa redoutable conséquence, la dépopulation (1). XII. 1920. R. P. Lemaire, S. J.

... [En Belgique on laisse] placarder des affiches, devant lesquelles les singes les plus lubriques seraient gênés... Un théâtre de Bruxelles étale à sa porte un placard qu'une maison de prostitution n'oserait pas attacher à la poignée de sa porte entr' ouverte !... Les snobs et les intellectuels vont applaudir... les propos d'académiciens... qui sapent avec un art subtil les bases de la société, la famille, l'autorité et le reste. Le gros public se rue au théâtre de la rigolade... Plus le propos est salé... plus le déshabillé est complet, davantage il bave de plaisir... Notre culte béat, aveugle ou intéressé, pour certaines libertés, fait que nous sommes en pleine licence... Je parle de cette licence qui pourrit les nations et attire les barbares, comme les putréfactions attirent les vautours.

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