‹ Relations politiques des comtes de Foix avec la Catalogne jusqu'aucommencement du XIVe siècleChapitre 160 sur 358 · Pièces just., p · texte numérisé non relu

Pièces just., p

2. Villanueva, Viage lit!., t. XI, p. 220-228; app., n" 2.'i.

3. Villanueva a commis une erreur en datant cette lettre du 19 au lieu du 18 (t. XI, p. 86).

par les deux glaives et cherche à lui enlever les possessions que lui ont léguées ses parents. Il est lui-même clans le cas de légitime défense et ne l'ait la guerre que pour recouvrer les domaines usurpés par le prélat ; les attaques de celui-ci ont coûté la vie à beaucoup de ses hommes. Pons n'a pas craint, du reste, de rompre injustement les trêves conclues et (il rougit de le dire) de violer la foi du serment. Il supplie le pape, en conséquence, de recevoir favorablement son procureur et d'ordonner à l'évèque de faire la paix qu'il lui avait si souvent offerte en vain.

Le texte de cet intéressant document nous est parvenu par l'intermédiaire dune lettre du procureur de ce dernier ; il lui en envoyait la copie, en lui recommandant de faire adresser au pape, le plus tôt possible, une protestation contre les assertions du comte, de peur, disait-il, que le Souverain Pontife ne fût trompé par les flatteries et les paroles astucieuses et mensongères de celui-ci « per adulationis astucia ac ficta mendalia et dolosa ».

Malheureusement pour Pons de Vilamur, la division et le scandale venaient d'éclater, à son sujet, au sein de l'église d'Urgel : plusieurs membres du chapitre avaient porté contre lui, devant le Saint-Siège, les accusations les plus graves. Pons se trouvait ainsi dans une situation fort complexe, ayant à soutenir les droits de son église contre les prétentions du comte et à défendre, en même temps, sa réputation personnelle, sérieusement attaquée. Son procureur lui explique, très catégoriquement, le péril auquel il est exposé et le presse de faire la paix avec Roger ; le prélat pourrait ainsi mettre toute sa prudence et toute son énergie à déjouer les manœuvres des adversaires qui s'en prenaient à sa conduite privée *.

I. Le procureur de l'évêque ajoute beaucoup d'autres détails sur la marche des affaires de Pons devant le Saint-Siège ; il lui mande, notam-

Pons de Vilamur accusé à Home pour sa conduite personnelle. — // 1/ est déposé.

Dès le mois de novembre1 précédent, en effet, trois chanoines, Ricard de Gervera, archidiacre d'Urgel, Guillaume- Bernard de Fluvia (ou de Foliano), archidiacre de Gerb, et Arnaud de Querol étaient allés incriminer leur évèque auprès du Saint-Siège. Arrivés à Pérouse, où se trouvait alors le pape 2, deux jours avant le procureur de Pons, ils se présentèrent devant lui et tous les cardinaux réunis, ainsi que devant lévèque de Valence, les frères Prêcheurs et les Templiers et ils remirent à Innocent IV une accusation écrite 3 contre Pons de Vilamur. Ils reprochaient à celui-ci d'être débauché et de doter ses enfants avec les biens ecclésiastiques, d'avoir fabriqué de la fausse monnaie, dissipé les biens de son église et de lui avoir causé plus de torts que le comte de Foix luimême. Ils demandèrent iinalement une enquête; l'on ne vou-

rneut, qu'il lui envoie copie de la bulle obtenue contre lui par les trois chanoines qui avaient été l'accuser auprès du pape; que ceux-ci l'ont chargé de crimes si horribles qu'on ne peut les rapporter. Il se plaint que, dans la cause du comte de Foix, la procuration envoyée par lévèque porte seulement le sceau épiscopal et non point celui du chapitre; il y en a bien une munie de ce dernier, mais il craint qu'on ne puisse la déclarer suspecte, car la couleur de la cire n'en est pas irréprochable, etc.

1. Cf. la lettre de B. de Lirii, procureur cfe Pons à celui-ci. Pérouse, 2't décembre. Villanueva, Viage lift., t. XI, p. 221-223.

2. Innocent avait quitté Lyon, le 9 avril 1251, et était arrivé à Pérouse au commencement de novembre de la même année. Il y resta jusqu'au 6 octobre 1253. Cf. Art de vérifier les dates.

3. Ils étaient porteurs de lettres de l'archevêque intrus qui était mort depuis et du sacriste de Gérone ; il y était dit que l'église d'Urgel souffrait beaucoup par la faute de son pasteur et qu'il fallait en réformer la tète et les membres.

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lut pas cependant les écouter, et on les chassa ignominieusement du palais pontifical. Néanmoins, ils obtinrent, un peu plus tard et à la prière de l'évêque de Valence, d'avoir pour auditeur le cardinal P. de Capoixo (Capoci) ; leur affaire n'en marcha pas plus vite ; elle n'avait encore abouti à rien au moment où le procureur de Pons lui transmit un compte rendu sur 1 état de son procès devant la cour romaine (Permise, 24 décembre [1251]).

Les détails ci-dessus nous ont été fournis par cette pièce curieuse ; l'on y trouve pareillement, en dehors des chanoines d'Urgel, le nom des autres détracteurs de Pons, de même que celui de ses partisans. L'évêque de Valence faisait partie des premiers, on l'a déjà cité ; sont mentionnés encore parmi ceux-ci G. de Cardone, maître du Temple, qui avait écrit au pape contre le prélat ' , ainsi qu'un propre cousin de Pons, le procureur de l'évêque de Saragosse. Le sacriste de Tarragone et le prieur, son frère, prenaient, au contraire, fait et cause pour le pontife. Maître André, le même évidemment qu'André del Mercat, dont nous avons déjà parlé, paraît également dans la relation susdite comme le représentant de l'évêque devant le Saint-Siège. Il y faisait de grandes dépenses et entretenait journellement 6 avocats pour la discussion du procès. Aussi la lettre du procureur se termine-t-elle par une demande d'argent. Il annonce finalement à Pons qu'il a prévenu le prieur, le sacriste et les chanoines d'Urgel de tout le mal rapporté contre eux par les ennemis du prélat et qu'il les a encouragés à se tenir fermement avec lui.

Parmi les accusateurs de Pons, il importe de ne pas laisser

1. Le procureur conseille à Pons de si- souvenir de l'attitude du maître du Temple et de prendre des mesures telles (pie l'ordre en pâtisse.

G TERRES DE ROGER IV AVEC PONS DE VlLAMUtt 191

passer inaperçu le nom de G. de Cardone ; sa famille, ell'ectivement, était alliée à celle du comte de Foix. Si l'on rapproche ce fait d'une insinuation perfide, contenue dans la lettre de celui-ci au pape « vcrus etenim ac utinam plus », on se demande si Roger n'avait pas provoqué cette dissension intérieure de l'église. Il dut, en tout cas, la favoriser grandement car elle servait trop bien sa cause, en détournant l'attention du pape de sa propre conduite et en déconsidérant l'évêque d'Urgel aux yeux de ce dernier. Ces accusations étaient-elles vraies, au moins en partie? Une chose est certaine, c'est qu'Innocent les trouva assez sérieuses pour ordonner ' une enquête ; il en chargea saint Raimond de Penafort et le provincial des frères Mineurs d'Aragon et de Catalogne (15 mars L252).

A cette nouvelle, l'évêque se hâta de quitter la Seo pour aller se défendre lui-même auprès du pape. 11 choisit, avant de partir'2, B. de Foila, archidiacre d'Urgel, et G., prieur de Cornellana, pour le remplacer dans l'administration du diocèse (28 avril 1252).

Ce fut très peu de temps après, sans doute, qu'usant de ses pouvoirs, B. de Foila leva3 l'interdit jeté sur le vicomte de Castelbon et permit aux ecclésiastiques de cette seigneurie de célébrer les offices comme autrefois. Il confirma4 ensuite 2.'] mai 1252) la trêve conclue par l'évêque avec Roger IV. On convint qu'elle durerait jusqu'à la Toussaint au moins et qu'en toute occasion l'archidiacre ne pourrait la dénoncer avant le retour du prélat. Le comte prit le même engagement et pro-

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