III. Campagne du roi d'Aragon et prise de Balaguer
Intrigues de Roger-Bernard pour se soustraire à ses engagements envers le roi d'Aragon.
Pierre III n'avait pu oublier la conduite de son frère le roi de Majorque dans la dernière coalition du comte de Foix. Jacques avait uni ses armes à celles de Roger-Bernard et donné un puissant appui à l'audace de ce dernier. Le monarque aragonais comprit plus que jamais la gravité de la faute commise par son père en faisant du royaume de Majorque un état autonome. Un pareil voisinage pouvait être fort périlleux pour la Catalogne, à un moment donné, aussi Pierre III résolut-il de parer à ce danger, en imposant à son frère sa suzeraineté.
Baudon de Mony. — Ceintes de Foix et Catalogne. I. 16
Incapable de résister, celui-ci dut consentir 1 à tenir de lui ses possessions en fief (20 janvier 1279, n. st.).
Cependant, pour ménager la susceptibilité de Jacques Pierre n'exigea pas de lui personnellement l'hommage ni les autres services féodaux ; il se contenta de les stipuler pour les successeurs de celui-ci. Il fit, en outre, jurer - par les vassaux de son frère l'exécution des conventions ainsi conclues ; c'étaient : Roger-Bernard, comte de Foix, Guillaume de Canet, Bernard-Hugues de Serralonga, Dalmaude Castellnou, Pons de Guardia, Arnaud de Corsavi et Guillaume de Son (20 janvier).
Pierre III pensa peut-être avoir vaincu définitivement la coalition dont nous avons parlé plus haut ; il subsistait, néanmoins, trop de germes de mécontentement parmi la noblesse pour qu'elle ne se réformât pas tôt ou tard. Roger-Bernard essaya le premier de se soustraire aux engagements forcés qu'il avait pris en 1278. A peine libre de ses actions, il s'employa, de toutes manières, à rompre le mariage de sa fille Constance avec l'infant Jacques. Evitant toutefois, semble-t-il, de découvrir ses projets dès l'abord, il se mit à intriguer et à user de subterfuges 3.
Mais Pierre n'était pas homme à accepter ces moyens dilatoires ; il intima au comte l'ordre d'exécuter ses promesses. Désireux, cependant, de ne pas donner lieu à une nouvelle révolte en Catalogne, il ne voulut point faire appel, immédiatement, à la force, en exerçant des rigueurs prématurées contre Roger-Bernard. Il commença donc par le faire assigner 4 devant la cour du roi de France, afin de l'y sommer