Cf. Pièces just., n
Gérone, et manda aussitôt à Gaucerand d'Anglesola, viguier de Cervera et de Paillars , ainsi qu'à celui de Lérida d'aller combattre le vicomte de Couserans. Il exprima, du reste, sa surprise au viguier d'Urgellet et le requit de forcer Arnaud à lever le siège de Lort.
Raimond-Foulques se disposa ensuite à partir pour Barcelone, afin d'y prendre plus facilement les mesures réclamées par les circonstances, et ordonna aux viguiers de Catalogne de se préparer à marcher, avec toutes leurs forces, vers le comté de Paillars.
Cependant le viguier d'Urgellet répondit au vicomte de Cardone, par une lettre évasive : il avait, disait-il, expédié au comte de Foix trois courriers, l'un après l'autre, pour l'aviser de la trêve projetée ; la réponse de Roger-Bernard arriverait certainement avant la fête de Pâques et serait sans doute favorable.
Raimond-Foulques n'accepta point ce subterfuge et récrivit au viguier ainsi qu'au vicomte de Couserans ; il prévint celuici que les forces entières de 1 la Catalogne se réuniraient contre lui si le siège du château de Lort n'était pas levé sur l'heure et si la bastide édifiée auprès de cette forteresse n'était pas détruite en même temps.
Jacques II, du reste, se hâta de partir pour le comté de Paillars et de mander (Valence, 17 mars) à différents seigneurs de le suivre a la guerre contre Arnaud'2 d'Espagne et les gens du comte de Foix. L'on comprend son empressement à étouffer cette nouvelle rébellion : les entreprises des
i. Cf., pour tous ces détails, le n" 139 de nos Pièces. 2. /f/., n° 138, et Arch. d'Aragon, coll. dos Carias reaies, aos 1211, 1213 et 121i.
grands agitaient la Catalogne et y diminuaient le prestige de l'autorité royale. L'esprit d'indépendance pouvait facilement se réveiller chez tous les ricombres. Il fallait donc une action prompte et vigoureuse pour en finir avec les menées de Roger- Bernard et de ses alliés.
Le monarque ne se trompait point sur la gravité de la situation ; un vent d'insurrection soufflait, en effet, sur tout le royaume et, à ce moment même, des troubles sérieux éclatèrent en Aragon, à la suite de la conjuration formée1 par Lope Ferrench de Luna , procureur général du roi dans ce pays , Jacques de Exerica, majordome de Jacques II, et un grand nombre d'autres seigneurs (30 avril 1301). Prétextant que le souverain ne leur payait pas ce qui leur était dû, ils se prêtèrent mutuellement serment, se livrèrent des châteaux en gages, prirent les armes et commencèrent à ravager les environs de Saragosse.
Il convient de remarquer la coïncidence de cette révolte avec la reprise des hostilités dans le pays de Paillars. Le comte de Foix et ses amis étaient peut-être d'intelligence avec les conjurés, pour opérer une diversion en leur faveur; l'on peut, du moins, le supposer, car il n'y aurait à cela rien d'improbable. Jacques fut obligé, en tout cas, de partir pour 1 Aragon ; il réunit les cortès à Saragosse et porta ses plaintes contre les rebelles, devant D. Ximen Perez de Salanova, justicia d'Aragon. Celui-ci les ayant déclaréscoupables (13 septembre 1301), le monarque les priva des grâces et privilèges qu'il leur avait accordés, confisqua les biens qu'ils avaient acquis par donation, achat ou à un autre titre quelconque, et les condamna les uns à un an. les autres à cinq années d'exil.