Pièces jus/., iv
dame se fût exécutée. On eût dit assurément qu'elle faisait le jeu du comte de Foix. Le souverain se trouvait, en effet, dans une position fort embarrassante : il lui fallait ou bien confisquer les domaines en question ou bien attendre la mort de Guillelme pour recouvrer les revenus cédés à celleci. Jacques ne pouvait, toutefois, recourir au premier moyen sans répugnance, d'autant (pie, par une sévérité pareille, il risquait de s'aliéner de nouveau les sympathies de la noblesse catalane; l'attitude des ricombres ne lui avait pas été favorable durant la récente guerre de Roger-Bernard. Celait, d'autre part, compromettre la dignité royale que de tolérer plus long-temps les fantaisies de sa belle-sœur. Il ne lui restait plus, pour sortir de cette alternative, qu'à écouter les réclamations de Gaston et à déchirer le traité précédemment conclu. Il se décida donc à cette dernière solution et convint ] avec le vicomte de Cardone (Tortose, 8 janvier 1 303, n. st.) d'annuler léchange fait par lui. Il promit à la comtesse et au comte de Foix d'appuyer leurs droits à la succession de Moncade, tout en leur imposant quelques conditions nouvelles, dans le cas où ils deviendraient maîtres de ces domaines.
Les fiefs devaient rester soumis aux mêmes services que par le passé, mais les alleux seraient transformés en fiefs d'honneur, à tenir du roi sans obligation féodale. Celui-ci s'engageait d'ailleurs à rendre, à la mort de Guillelme, les biens de cette dernière qu'il aurait confisqués. Quant aux domaines, fiefs ou alleux, non compris clans l'échange et réservés par elle, ils passeraient à la comtesse de Foix et à son fils dans l'état où ils se trouvaient actuellement, excepté cependant les châteaux d'Oris et de Mataro qui, d'alleux, deviendraient des fiefs d'honneur.
I. Pièces Just., n" 140, et Arch. d'Aragon, coll. de parch. datés de Jacques II, n° 1832.
Raimond-Foulques jura celte convention, en son nom et en celui de Bernard-Amat, son frère. Il promit à Jacques, en même temps, de ne pas défendre Guillelme. si celle-ci venail à lui faire quelque difficulté au sujet de la présente affaire et il stipula d'obtenir, à bref délai, l'approbation delà comtesse de Foix et de son fils.
Le vicomte de Cardone et son frère Hugues tranchèrent1 également (même jour une question controversée entre Jacques II et Gaston de Foix. celle de savoir si ce dernier devait se rendre aux cortès de Catalogne, à titre de vicomte de Castelbon. Ils avaient trop bien réussi dans leurs négociations en faveur de ce seigneur pour n'être pas disposés à donner raison au roi en cette circonstance; il était, du reste. parfaitement juste que le comte fût astreint, pour ses domaines catalans, aux mêmes obligations que les autres ricombres. Ils jugèrent donc que, le vicomte de Castelbon se trouvant en Catalogne, Gaston et ses successeurs étaient obligés d'assister aux cortès réunies par le monarque, en tant que comte de Barcelone.
Malgré ces succès notre comte n'avait, cependant, pas encore atteint son but final : la rescision complète du traité fait avec sa tante : pour y arriver le consentement de celle-ci elle-même était indispensable. Ce fut la cause de nouveaux débats et d'un retard de deux mois dans l'arrangement définitif.
Le roi prétendait-, en effet, recouvrer les revenus perçus par Guillelme dans les localités qui lui avaient été concédées à titre viager et réclamait, en outre, la somme de 200.000 sous dont il lui avait payé la moitié en espèces et assigné l'autre sur la nu-propriété des châteaux de Villamayor et de Carotitulo. Mais Guillelme s'étant refusée obstinément à faire droit