‹ Relations politiques des comtes de Foix avec la Catalogne jusqu'aucommencement du XIVe siècleChapitre 75 sur 358 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

I. Description géographique du vicomte de Castelbon. IL Constitution du vicomte de Castelbon. — Réunion des vicomtes de Cerdagne et de Castelbon au xne siècle.

III. Premières relations des vicomtes avec l'église : démêlés au sujet du

château de Ciutat. — Liens de vassalité formés entre les vicomtes et les évèques.

IV. Intrigues de Raimond et d'Arnaud de Castelbon pour obtenir la suc-

cession de la maison de Caboet. — Réunion des domaines de cette maison à ceux des vicomtes de Castelbon.

V. Démêlés d'Arnaud de Castelbon avec le comte et l'évêque d'Urgel.

Description géographique du vicomte de Castelbon.

Un auteur du dix-septième siècle a fait, dans un mémoire inédit, une description aussi exacte que pittoresque de la Catalogne ' :

« Ceste province, par sa naturelle situation, est inexpugnable ; elle est toutte semée de montagnes, la plus part inaccessibles, entre lesquelles l'industrie des hommes pour la rendre communicable a faict des chemins pour passer seulement bestes à bast ; entre ces montagnes il y a plusieurs plaines ; chacune desquelles porte son nom

Outre les dites pleines, il y a infinité de petites vallées que,

1. Description du Principat de Catalogne et de l'Estat d'Espagne Bibl. nat., Cinq-cents de Colbert, vol. 47',l, non paginé.

sans suivre tout le païs la plume à la main, il est presque impossible de les nommer ; la mesme chose est des montagnes lesquelles petites ou grandes surpassent le nombre des villes et paroisses; pour le dire tout en peu de parolles, tout le principat est presque une montagne, lequel à prendre la mesure des montées et dessentes, il serait deux fois plus grand de ce qu'il

a esté dict dessus; lesquelles le rendent inconquistable »

Le voyageur qui a visité la Catalogne garde, en effet, le souvenir de son sol accidenté, non moins que du caractère indépendant et des mœurs hospitalières du peuple qui l'habite. Un simple coup d'oeil jeté sur une carte suffit, du reste, à démontrer l'exactitude de la description citée plus haut. Le cours sinueux des rivières, les lignes tourmentées de leurs nombreux affluents supposent des ramifications innombrables de collines et de hauteurs, se rattachant par quelques grands contreforts à la ligne centrale des Pyrénées.

Le principal de ces contreforts part du col de Finestrelles dans le département des Pyrénées-Orientales et court sur une ligne sensiblement parallèle à la Sègre ; la plupart des pentes rapides qui s'en détachent viennent se briser sur la rive gauche de cette rivière. Cette sierra sépare du reste de la Catalogne l'ancien pays d'Urgellet. lequel se terminait un peu en amont d'Oliana. La rive droite de la Sègre était également encadrée par les nombreux rameaux sortant du massif de l'Andorre et par la chaîne située entre le pays d'Urgellet et le bassin de la Noguera Paillaresa. C'est dans cette région sauvage et pittoresque que se déroulent les principaux événements de l'histoire des comtes de Foix, au delà des Pyrénées. Il ne sera donc pas inutile d'en faire connaître la topographie avec quelques détails.

Après avoir passé le col de Puvmorens, on débouche, par la vallée de Carol, dans la Cerdagne française. Arrivé a Puycerda,

LES ÉVÈQUES d'lRGEL ET LA MAISON DE CASTELBON 89

la capitale de laCerdagne espagnole, le voyageur découvre toute la belle plaine qui s'étend vers le nord-ouest jusqu'à la Tour de Carol et vers le sud-ouest jusqu'à Bellver. Le chemin de la Seo d'Urgel traverse cette dernière localité et entre un peu plus loin dans la partie de la Cerdagne plus spécialement désignée sous le nom de Baridan. Après avoir dépassé Martinet, bâti près de l'ancien château de San Marti des Castels,la Sègre coule encaissée dans une échancrure profonde, jusqu'à la plaine de la Seo. Celle-ci se prolonge sur la rive gauche jusqu'à Pla de San Tirso. vis-à-vis de la rivière de Castelbon. et se termine à la Valira. sur la rive droite; ce dernier cours d'eau baigne le pied des collines couronnées actuellement par la citadelle de Castell-Ciutat et par les riants vignobles du village de Monfarrer.

C'est là. en face de la ville épiscopale de la Seo, que se trouvait le centre des domaines des vicomtes de Castelbon. Ceuxci avaient hérité, de la maison de Caboet, de toutes les vallées débouchant sur la rive droite de la Sègre et de la Valira depuis Orgaîïa jusqu'au port de l'Andorre. Ils s'étaient fait céder par le comte d'Urgel le château de Ciutat. qui dominait de ses tours la Seo, ville sans défense naturelle ; de cette position militaire de premier ordre, il leur était facile d'intercepter, sur une certaine étendue, le chemin de l'Andorre et de la vallée de San Juan, de couper l'église d'Urgel de ses plus belles possessions : Monfarrer, Adrall, Aravell.

Ce château était en tête d'un massif hérissé de forteresses comprenant les vallées de Castelbon, Sainte-Cécile. Aguilaret Caboet. La puissance des vicomtes de Castelbon. des comtes de Foix ensuite, put aisément se développer au milieu de ces montagnes ; elle y trouva un abri sûr contre l'influence envahissante des rois d'Aragon eux-mêmes. Elle eut beau jeu surtout contre l'église d'Urgel et abusa trop souvent de la fai-

blesse de celle-ci pour attenter à ses droits de suzeraineté et empiéter sur ses domaines.

Au sud de Pla de San Tirso, la Sègre recommençait à coulei dans une vallée resserrée, sorte de muraille naturelle merveilleusement disposée pour la défense du vicomte de Castelbon. Celui-ci se terminait par un étroit défilé, un peu en amont d'Oliana. On voyait encore aux xvme siècle, près de Panella. une croix sur laquelle se trouvaient sculptées les armes du comte de Foix.

De ce point, la limite du vicomte de Castelbon va de l'est à l'ouest, traverse le Rialp, puis, en contournant la sierra qu sépare le bassin de la Sègre de celui de laNoguera Paillaresa. elle remonte vers le nord, où elle embrasse la vallée de San Juan, avec Tor comme point extrême. Elle redescend à l'est de cette vallée, en suivant la frontière de l'Andorre jusqu'à la Valiraet le lit de cette rivière, qui la borne avec les possessions de l'église d'Urgel, jusqu'à son embouchure dans la Sègre. En partant de la croix de Panella vers lest, la limite dépasse la Sègre et suit la ligne de hauteurs qui encadrent la rivière jusqu'au col de Creu et aux contins du Baridan.

Les domaines de la maison de Castelbon s'étendaient donc sur un territoire considérable ; ils ne formaient pas cependant un bloc compact et se trouvaient, en maints endroits, enchevêtrés dans les possessions de l'église d'Urgel. Cette situation explique les rapports fréquents de celle-ci avec les vicomtes de Castelbon, ainsi que les guerres provoquées par les usurpations de ces seigneurs : un contact aussi rapproché devait engendrer des luttes continuelles. Ce fut bien pis encore lorsque le vicomte devint une dépendance du comté de Foix. Mais, avant de parler de ces débats, il est indispensable d'examiner les origines de la maison de Castelbon. et spécialement celles de ses relations avec l'église d'Urgel.

Constitution du vicomte de Castelhon. — Réunion des vicomtes de Cerdagne et de Castelhon au XIIe siècle.

Le premier texte relatif au vicomte de Castelbon est de la fin du xe siècle : c'est la donation ' de Borrel, comte d'Urgel et de Barcelone, au vicomte Guillaume et à Sancie-, sa femme, de plusieurs alleux de la vallée de Gastel Léon (plus tard Castelbon), vallée située dans le comté d'Urgel (988). Accablé d'alîaires multiples, Borrel sentit apparemment la nécessité de se décharger sur son lieutenant, le vicomte d'Urgel, d'une partie du gouvernement du pays : on a signalé plus haut la coïncidence de cette donation avec celle qu'il lit à l'église de ses alleux en Andorre. Cette libéralité fut, sans doute, l'origine de la puissance territoriale de la maison de Castelbon ; nous en avons la preuve dans 1 habitude prise par les successeurs de Guillaume, dès le milieu du siècle suivant, de porter le titre de vicomtes de Castelbon.

Il convient, du reste, de remarquer, à ce propos, la singulière méprise de ceux qui ont cru à la subdivision, par Charlemagne, des comtés de la Catalogne en territoires gouvernés par des vicomtes, des comtors et des vavasseurs. Comme Villanueva l'a démontré, en effet, le vicomte était, dans les commencements de la féodalité, le délégué du comte dans tout le pays soumis à ce dernier ; son titre n'était point atta-

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