‹ Religion et humanitéChapitre 13 sur 31 · Jean, mx · texte numérisé non relu

Jean, mx

. le raffinement de ce que nous appelons civilisa- 5 tion; il y a les ruines de tous les peuples déchus, à de toutes les religions déjà mortes, il y a les tares des sociétés contemporaines, avides et impuissantes, il y a le fléchissement moral des peuples épuisés, il y a, il paraît bien y avoir, la banqueroute des vieilles religions, leur impuissance à résoudre les problèmes du temps présent et à se sauver ellesmêmes. Il y a tout cela. Mais il y a aussi, avec tout cela, malgré tout cela, à travers tout cela, le mouvement ascendant de l’esprit, mouvement toujours faible en apparence, jamais vaincu, ou du moins toujours renaissant de ses défaites; il ya le besoin de vie morale, plus ou moins senti, mais toujours % agissant ; il y a la permanence d’un idéal nécessaire et toujours renouvelé, auquel l’humanité s'attache pour se tirer de la boue. Qu'est-ce au fond que cette puissance mystérieuse, mais réelle,

et quelles garanties peut-elle nous offrir ?

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Un sage du dernier siècie nous a dit : « Parmi les dix ou vingt théories philosophiques sur les fondements du devoir, il n’y en a pas une qui supporte l'examen. Le héros, quand il se met à réfléchir,

trouve qu'il a agi comme un être absurde, et c’est

z justement pour cela qu’il est un héros. Il a obéi

à un ordre supérieur, à un oracle infaillible, à une

voix qui commande de la façon la plus claire sans

donner ses raisons +.» Notre vieux sage, qui par

ailleurs professa. la religion de la science, n’est

point à suspecter d’anti-intellectualisme, et. pour-

tant il dit que la raison pure ne saurait fonder le

:FES devoir; s’ensuit-il que le héros agisse « comme un

être absurde »? Cela s'entend au point de vue de

cette raison, qui ne peut fonder le devoir; cela ne

peut se dire eu égard à l'intuition qui montre le

devoir plus sûrement que ne le peut faire aucune théorie rationnelle.

Nonobstant l'allure paradoxale de ses formules, notre sage était infiniment plus avisé que les modernes théoriciens qui ont prétendu construire une morale humaine et tout le système de la vie sociale sur le fondement de la raison pure et de l’expérience scientifique, à l’exclusion du sentiment et de tout mysticisme. Depuis qu’ils ont adopté ce programme et qu'ils le prônent comme notre unique loi, comme le seul remède efficace contre toutes nos folies et toutes nos faiblesses, on ne voit pas qu'ils aient beaucoup avancé les affaires de

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