‹ Religion et humanitéChapitre 15 sur 31 · MATE RU · texte numérisé non relu

MATE RU

Rte L'ILLUSION MYSTIQUE 163

de le voiret d’en juger, l’évolution religieuse et morale de notre espèce, nous avons essayé de le dire dans le petit livre intitulé la Religion. Comme très peu de personnes ont eu le temps de nous . lire, répétons-le aujourd’hui. C’est dans la religion que s’est formé, agrandi et reflété le sens de l’hu- manité. Il apparaît dans ces humbles sociétés que

. nous appelons sauvages, où l'horizon ne s’étend

: pas au delà de la tribu ou d’un petit nombre de tribus apparentées; où les hommes nous ont l’air de vivre comme un troupeau déjà intelligent, sub- » tilement dressé; où existe déjà une sorte de droit coutumier, légué par les ancêtres, gardé par les

anciens de la communauté, comportant rites

. sacrés et règles de vie sociale, le tout garanti par - le prestige mystique de la tradition : mysticisme

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enfantin, mais Cependant efficace, grâce au- . quel l’homme, dans l’intérieur de son groupe, se . comporte autrement qu'un vulgaire animal. Le . cadre s’élargit dans les premières civilisations; la … cité, le royaume ont leurs lois et leurs dieux, ceux-ci révélateurs et gardiens de celles-là, type de ; l'humanité particulière qui les vénère comme ses fl patrons et ses chefs célestes; mais les étrangers n’ont pas droit à la protection des lois ni à celle des dieux; on pourrait dire que l'humanité finit à la frontière de la cité ou du royaume, s’il n'existait

déjà un code rudimentaire de relations interna. tionales, par conventions placées sous la garde réciproque des dieux qu’honorent les contractants. Une conscience d'humanité plus haute s’élabore dans les grands empires, avec celle d’une fraternité plus étendue, conscience et fraternité qui ont été perçues plus ou moins nettement en suite du contact réalisé entre différents peuples, entraînés plus ou moins volontairement à mener une existence commune sous l'influence d’une même civilisation. Nous l’avons déjà dit maintes fois, le christianisme est, en un sens, la synthèse des religions du monde méditerranéen; mais, ce qu'il a été avant tout, et grâce à son point de départ dans la religion israélite, ce fut une intuition de l’unité morale du genre humain à réaliser dans la communion de la foi. Il a failli à sa tâche et il ne pouvait pas manquer d'y faillir, parce que son programme n'était pas mûr et débordait ses facultés de réalisation, parce que, pratiquement, il n’était adapté et ne s’adaptait, ne pouvait s’adapter qu’au monde limité où il prenait les éléments de sa croyance et de son organisation; parce qu'il. s’est figé dans les moules qu’il s’était faits; parce qu'il en est venu à ne les pouvoir briser qu’en se transformant radicalement, en cessant d’être luimême. Mais le mérite lui revient d’avoir tenté et

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formulé mieux que toute autre religion la notion morale de l’humanité unique et universelle. Il ne . pouvait pas être et sans doute ne sera-t-il jamais . la religion de l'humanité, mais il aura été le dernier degré qui y conduit. :

Si le développement du sens humain n’a pas été sans rapport avec le développement de la culture générale, de la raison, de la science, des arts, ce

- n’est pas toutefois ce développement de la culture , rationnelle qui a été le principe et l’inspirateur du

. progrès moral; il en a été plutôt l’occasion, et il a

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pu soit y faire obstacle, soit en devenir, jusqu’à un - certain point et transitoirement, l’auxiliaire. Israël . était moins civilisé, au sens rationnel et vulgaire du mot, que l'Egypte et que Babylone, et Israël . eut de la justice humaine un sens plus profond que les sages de ces grands empires. Ce n’est pas la civilisation gréco-romaine qui a pris l’initiative du mouvement chrétien; il lui manquait le sentiment profond de l’humaine misère et de l'idéal moral à réaliser en toute humanité. Nonobstant l’inconsistance de son rêve eschatologique et de son mythe

de salut, dont s’égayaient les sages du paganisme, : gay 8

le christianisme a conquis le monde romain par son esprit d'humanité, et il a retenu encore assez - de cet esprit pour conquérir et dégrossir les bar- bares. Ce qui importe le plus à l'humanité, ce qui

la séduit le plus sûrement, ce n’est pas la science raisonnée, toujours froide et courte, c’est le sentiment mystique, religieux et moral, du devoir social et humain, c’est la poussée ascendante de lesprit, plus forte que la science et qui la supporte, c’est l'intuition pénétrante du devenir humain, avec son infirmité réelle et ses possibilités infinies. Celui qui a écrit : « C’est dans ma faiblesse que je suis fort; il y a plus de sagesse dans la folie divine que dans la science des hommes, et plus de ressource : en cette infirmité que dans leur puissance ? », celui-là pouvait bien être un illuminé, c'était un. ” illuminé de génie, et l'événement a prouvé que, . si Paul s’était trompé en annonçant le prochain. avènement du Christ sur les nuées, il ne s'était pas trompé sur l’impuissance de la science grecque et sur le pouvoir de la foi au Christ. É Ne cherchons done pas à dépouiller l’humaine : moralité du caractère mystique, religieux, qui lui appartient naturellement. Ne nous obstinons pas à soutenir que le devoir n’est que raison pure. Vérité etraison sont deux,et le devoir est plus qu’une simple vérité. C’est une vérité qui veut vivre et . grandir. Le sentiment du devoir est le respect du. divin, lintuition d’une volonté supérieure, plus

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