Concile du Vatican, Const. de Fide catholica, c. xx
tabilité. — Distinction de deux principes de connaissance, l’un inné, l’autre surajouté, et de deux objets, l’un intelligible en soi et directement démontrable, l’autre inintelligible pour nous en son fond mais divinement autorisé : et cette classification est arbitraire, psychologiquement et historiquement indéfendable, un tel dualisme n’existant pas dans le travail de notre esprit, et les cas mystiques dits d'inspiration et de révélation n'ayant pas le caractère de transcendance absolue qu’on leur voudrait attribuer ; la distinction dont il s’agit a d’ailleurs été conçue, en fait, pour un ajustement plus ou moins mécanique de la science grecque à l’enseignement religieux de l'Eglise. — Accord des deux principes et des deux objets de connaissance ainsi institués : or cet accord ne pourrait exister qu’à condition d’immobiliser non seulement le travail scientifique mais aussi bien celui de la pensée croyante; d’où vient que l’orthodoxie a toujours été menacée par l’hérésie, et que, dans ces derniers temps, elle s’écroule sous la poussée du travail scientifique. —- Subordination de la raison et de la science à la foi éclairée, c’est-à-dire à la théologie : et de là résulte une discipline de mort pour la science et pour l'esprit humain, une tyrannie incompatible avec le développement normal du progrès
scientifique : c’est pourquoi ce progrès, accompli malgré l'Eglise, s’est tourné contre elle.
Notons que cette critique atteint, de manière ou d’autre, tout système d’accord qui retient, sous une forme quelconque, le mythe chrétien du salut, et considérons l’opinion de ceux qui, répudiant absolument ce mythe, soutiennent que
la foi même n’a plus de raison d’être et qu’elle
est à rejeter, comme tout mysticisme, toute religion, avec le mythe chrétien. Ceux-là, semble-t-il, Fe méconnaissent la fonction utile, relativement k nécessaire du mythe religieux dans le passé, aussi É le caractère plus ou moins symbolique, c’est-à- dire plus ou moins mythique, de tous les concepts humains, même scientifiques, et encore la part : indispensable du sentiment religieux dans l’édu- 3 cation morale, dans la formation sociale des hommes, dans l’édification lente et laborieuse de l'humanité universelle. Ils s’obstinent à confondre
la foi-croyance avec lafoi-sentiment ; ils s’imaginent se passer de celle-si parce qu'ils se passent de celle-là, et ils ne s’aperçoivent pas qu’ils se font les croyants absolus d’un mythe nouveau, qui … pourrait bien n'être pas plus consistant que les anciens mythes religieux, le mythe du salut par
Ja raison pure et la science exacte : comme si la raison était le tout de l’homme; comme si elle était
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égale en tous, et toute seule les conduisait tous | pareillement; comme si les concepts scientifiques, qui ne sont pas immuables dans leur ordre, pouvaient être absolus dans l’ordre de la vie morale et de la conduite. Par phobie du dogme traditionnel ils créent un autre dogme dont on peut discuter l'efficacité sociale et même le fondement philosophique. Ce dogme, qui renie la foi, implique la” foi, et il est en contradiction avec lui-même.
Si l'accord de la raison et de la foi est un problème fictif, ce n’est pas seulement parce quil. n'existe pas, à proprement parler, de révélation divine; c’est, au fond, parce que la raison seule, raison dite théologique ou raison dite scientifique, crée des dogmes absolus, et qu’elle a tort de s’en imposer. Celui qui vous parle n’a pas pu se résoudre à vivre sous le joug d’un dogme théologique, mais il lui répugnerait tout autant de souscrire à un dogme scientifique, à un système . quelconque, si vraisemblable qu’il paraisse, même à ses opinions personnelles, si cette souscription devait signifier qu'il se juge désormais suffisamment instruit pour n’y rien changer; et.
c’est seulement après s’être émancipé de la tradition catholique et des croyances chrétiennes, qu'il a pensé comprendre ou plutôt entrevoir le rôle de la foi dans la vie de l'humanité. La foi
ÉD Se Lo è APR SEn
s’accorde, en principe, avec la raison, parce qu’il n’est de croyance, religieuse ou autre, que moÿennant là raison, la raison seule définissant et rete:
nant toutes nos opinions quelles qu’elles soient;
le désaccord commence lorsqu'on veut conserver, en leur attribuant une autorité qu’elles n’ont pas, des croyances qu'a iminées le progrès de la culture humaine, soit dans l'individu, soit dans la société. Le vrai problème n’est donc pas, il né saurait être, de garder à tout prix les vieilles croyances, les opinions qui tombent, contre les
opinions qui naissent et les croyances qui se forment; car il n’est pas de doctrine immuable,
toutes sont susceptibles de transformation et de
perfectionnement; tout dogmatisme intransigeant
se condamne lui-même à mort.
Le vrai problème, réel et permanent, est d’assu-
rer, à travers toutes les fluctuations de l’existence
individuelle et sociale, à travers toute l’évolution des connaissances personnelles et de la culture commune, à travers les accidents de la vie et les crises, petites et grandes, de la civilisation, l’équi-
libre de la conscience humaine,de l’esprit humain,
dé tous les rapports sociaux et aussi bien des rap-
ports internationaux, dans la possession d’un haut idéal de vérité à connaître, de beauté à atteindre, de perfection morale et sociale à réaliser. De cet
équilibre, qui ne saurait être entièrement stable, les formules de la science acquise ne suffiront jamais à garantir absolument la solidité, car ces. formules sont et resteront indéfiniment perfec-
tibles. I1 y faut l’élan, l’ardeur, la confiance, le sens de l’au-delà dans l’idéal conçu et dans la perfection réalisée; ily faut la foi,quiest le grand propulseur du mouvement vital d’où naît tout progrès dans l’ordre de l'esprit. La foi n’a jamais été, elle n’est pas autre chose qu’une pleine assu-
rance dans la vie de l’esprit : c’est la foi qui soutient notre effort vers la connaissance et la science, elle admet spontanément la réalité du vrai; c’est la foi qui soutient notre effort moral, elle admet spontanément la réalité du bien, et elle s’identifie : au courage dans le dévouement; c’est la foi qui soutient même notre goût du beau, elle admet spontanément la réalité du beau sous toutes les formes de l’être. La foi entre dans la science, dans la moralité, dans l’art, comme elle entre dans la . religion; elle est comme la substance et le moteur … de la vie spirituelle. La foi est le grand ressort de l’activité humaine : la raison commune et souvent même la raison savante ne demanderaient qu’à
s’'immobiliser dans leurs concepts, la moralité vul-
gaire dans ses règles, l'esthétique dans ses clichés; en un sens très vrai, c’est la foi,sentiment profond.
du réel et pressentiment de l'idéal, qui sollicite incessamment la religion, la science, la morale et l’art à de nouveaux progrès. En toute rigueur de langage, c’est par la foi que vit l’homme, et s’est la foi qui est la condition essentielle du salut pour l’humanité. Ces vieux principes de notre religion sont aujourd’hui comme hier infiniment plus vrais que les théologiens ne l’avaient rêvé.
De la Religion
La religion n’est facile à définir que pour Île croyant d’une religion particulière, qui, n’admettant comme religion vraie que sa religion propre,
range toutes les autres dans la catégorie des su-
perstitions erronées : pour lui, la religion, c’est sa religion, type absolu à l’égard duquel les autres religions sont des formations fausses ou imparfaites.
Pour le savant, ce sont les religions qui existent,
non la religion, si ce n’est comme raison commune
des religions, et cette raison commune est à rechercher dans l’évolution religieuse de l’humanité;
car les religions appartiennent à l’histoire des hommes, et, pour autant que cette histoire nous
est connue, elles la remplissent. Est-il possible de discerner, à travers la diversité des religions dans