‹ Religion et humanitéChapitre 8 sur 31 · Le Temps, 10 décembre · texte numérisé non relu

Le Temps, 10 décembre

SCIENCE, FOI, RAISON er

humaines, blanche, noire, jaune, et leur inégalité, Je progrès de l’humanité serait à obtenir par la suppression des races inférieures; dans la race noble elle-même il y aurait lieu de pratiquer la sélection, d'éliminer, comme ont fait certains peuples de l’antiquité, les nouveau-nés qui apparaissent mal doués pour la vie,et de rendre impuissants les adultes qui se trouveraient être de mauvais repro-

ducteurs.… Pris tel quel, en sa sérénitéscientifique,

ce programme l’emporte pour la barbarie sur les plus odieux impérialismes. On dira que la science ne devrait jamais se brouiller avec le bon sens, —et le fait est qu’il serait sage de prendre l’avis de nos amis jaunes et noirs avant d'opérer leur extermination sur le papier; — mais c’est au sens moral qu’on doit faire appel. Un certain sens élé mentaire de moralité humaine est indispensable pour prémunir même les sciences de la nature contre les excès de leur propre logique. Il y a, il doit y avoir une moralité du savant. Tant qu'il s’agit d'investigation, l'honnêteté suffit ::il faut vouloir sincèrement voir ce qui est, et admettre ce que l’on voit réellement, quand même ce que l’on trouve dérangerait des opinions chères et des préjugés reçus. Quant aux applications pratiques, le sens humain de la justice et de la bonté doit intervenir, nos intérêts sociaux et nos

intérêts individuels, pris dans leur intégrité, n'étant pas précisément les mêmes que ceux d’un troupeau ou d’une bête à tenir en bonne forme pour l’accomplissement de leur fonction physiologique. Le désintéressement est la loi de la science, en tant que la science doit être dégagée de ses propres préjugés et d’un utilitarisme étroit et immédiat; mais la science ne-peut ni ne doit être indifférente aux grands intérêts humains que son rôle est de servir.

À plus forte raison les sciences de l’humanité ne sauraient-elles se mouvoir en dehors de ces intérêts. Elles aussi ne cherchent que le vrai; mais, dans leurs applications, elles doivent poursuivre, non moins directement, le bien, au sens le plus large et le plus compréhensif du mot. La philosophie n’est pas complète, qui ne vise qu’à un certain équilibre transcendant de la pensée, à une synthèse supérieure du savoir humain : on a dit que, philosopher, c’est apprendre à mourir; mais ce doit être d’abord apprendre à vivre. La psychologie est insuffisante, qui ne tend qu’à prendre une vue de la mentalité humaine, et qui ne se double pas d’une pédagogie, d’une méthode pour l’éducation véritablement humaine de cette mentalite. La sociologie serait imparfaite, qui ne considèrerait

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